vendredi 28 novembre 2014

Ghosts of Mars

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de John Carpenter. 2001. U.S.A. 1h38. Avec Natasha Henstridge, Ice Cube, Jason Statham, Clea DuVall, Pam Grier, Joanna Cassidy, Richard Cetrone.

Sortie salles France: 21 Novembre 2001. U.S: 24 Août 2001

FILMOGRAPHIE: John Howard Carpenter est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur, compositeur et producteur de film américain né le 16 janvier 1948 à Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des ténèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnés 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.


Échec commercial d’autant plus injustement discrĂ©ditĂ© par une frange de la critique de l’Ă©poque, Ghosts of Mars incarne l’Ĺ“uvre maudite Ă  rĂ©habiliter. Un western futuriste d’une redoutable efficacitĂ©, constamment captivant par son flot d’action, de mystères (toute la première partie Ă©thĂ©rĂ©e) et de rebondissements, tout en distillant, en sous-texte, une diatribe acerbe contre le colonialisme amĂ©ricain.

Synopsis: En 2076, Mars est exploitĂ©e par une colonie de mineurs afin d’ĂŞtre rendue habitable. Deux femmes flics, Helena Braddock et MĂ©lanie Ballard, sont chargĂ©es de rĂ©cupĂ©rer un dangereux criminel responsable de la mort de six travailleurs Ă  Shining Canyon. Sur place, elles dĂ©couvrent une citĂ© Ă©trangement dĂ©sertĂ©e, Ă  l’exception de Desolation Williams et de quelques prisonniers erratiques, confinĂ©s dans une cellule. Mais Ă  l’extĂ©rieur, une menace bien plus vicieuse et dĂ©lĂ©tère s’apprĂŞte Ă  lancer son offensive.

Si l’on peut reprocher Ă  Carpenter de recycler certaines situations de siège dĂ©jĂ  explorĂ©es dans Assaut ou The Thing, il est impossible de nier l’efficacitĂ© implacable de cette guĂ©rilla homĂ©rique, aussi barbare que belliqueuse. En s’appuyant sur une dynamique de groupe minĂ©e par la discorde avant de converger vers une cohĂ©sion salvatrice, les survivants finissent par s’allier Ă  des marginaux pour affronter une tribu de guerriers sanguinaires.

La scĂ©nographie rutilante d’un Mars inquiĂ©tant participe pleinement au dĂ©paysement, immergeant le spectateur dans un environnement aussi hostile que tangible. Ă€ l’image de cette menace invisible - une poudre rouge - qui s’empare des corps humains pour les possĂ©der un Ă  un, fĂ©dĂ©rant une hiĂ©rarchie rĂ©volutionnaire. AffublĂ©s de peintures tribales et de piercings couvrant leurs visages, ces fantĂ´mes issus d’une biologie indigène, libĂ©rĂ©s de leur caveau, deviennent une mĂ©taphore limpide du sort rĂ©servĂ© aux peuples indiens lors de la conquĂŞte amĂ©ricaine. Leur vengeance s’accomplit ici sur Mars, pour repousser une fois encore l’envahisseur.

Au-delĂ  du caractère jouissif de sĂ©quences d’action rigoureusement chorĂ©graphiĂ©es et d’idĂ©es subversives - l’ingestion de drogue devient ici un rempart contre l’emprise de l’entitĂ© indigène - Ghosts of Mars brille aussi par la prestance burnĂ©e de comĂ©diens en roue libre, affublĂ©s d’un look fĂ©tichiste. L’audace de Carpenter rĂ©side Ă©galement dans le choix d’un personnage fĂ©minin pour incarner l’autoritĂ© : une jeune mannequin blonde, rĂ©vĂ©lĂ©e dans la très sympathique sĂ©rie B La Mutante, parfaitement crĂ©dible, pour ne pas dire magnĂ©tique, en lieutenant inflexible, tout aussi loyale lorsqu’elle coopère avec un anti-hĂ©ros difficilement domptable. SecondĂ© par Ice Cube, celui-ci livre sans retenue l’un de ses rĂ´les les plus marquants, incarnant un dĂ©linquant inĂ©branlable sur la rĂ©serve, longtemps stigmatisĂ© par sa couleur de peau, dĂ©sormais mĂ» par un hĂ©roĂŻsme rĂ©dempteur.


"Invaders from Mars." 
PortĂ© par le score Ă©lectro de Carpenter et les percussions hard rock d’Anthrax, Ghosts of Mars illustre l’excellence d’une sĂ©rie B de samedi soir menĂ©e avec maĂ®trise, efficacitĂ© et subversion. On s’attache Ă  ces protagonistes au caractère bien trempĂ©, symboles d’une escorte solidaire placĂ©e sous le signe de la bravoure et du sacrifice, quelles que soient les diffĂ©rences et les appartenances sociales. Un spectacle rĂ©gressif, aussi savoureux qu’atmosphĂ©rique, traversĂ© d’Ă©motions furibondes et d’accalmies anxiogènes, sourdement envoĂ»tantes. Le mĂ©pris qu'il essuie depuis sa sortie me parait donc disproportionnĂ©, voir imbitable, surtout venant de la part d'amateurs Ă©clairĂ©s du maĂ®tre. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

4èx. 4K. Vost


jeudi 27 novembre 2014

Harlequin. Prix du Jury, Prix de la Critique, Prix du Meilleur Acteur (Robert Powell) au Rex de Paris.

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineday.orange.fr

de Simon Wincer. 1980. Australie. 1h35. Avec Robert Powell, David Hemmings, Carmen Duncan, Broderick Crawford, Gus Mercurio, Alan Cassell, Mark Spain.

Sortie salles France: 14 Janvier 1981. Australie: 20 Mars 1980

FILMOGRAPHIE: Simon Wincer est un réalisateur, producteur et scénariste australien né en 1943 à Sydney (Australie). 1979: Snapshot. 1980: Harlequin. 1983: Phar Lap. 1985: D.A.R.Y.L. 1987: La Chevauchée de Feu. 1990: Mr Quigley l'Australien. 1991: Harley Davidson et l'Homme aux santiags. 1993: Sauvez Willy. 1994: Jack l'Eclair. 1995: Opération Dumbo. 1996: Le Fantôme du Bengale. 2001: Crocodile Dundee 3. 2003: La Légende de l'Etalon Noir. 2011: The Cup.


Sorti en plein âge d'or du Fantastique australien, Harlequin reçu un accueil enthousiaste de la part du public et du vidĂ©ophile l'ayant dĂ©couvert Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80 dans son vidĂ©o-club du coin. CĂ©lĂ©brĂ© de trois prix au Festival du Rex de Paris (Prix du juryPrix de la Critique et Prix du Meilleur acteur pour Robert Powell), cette sĂ©rie B impeccablement troussĂ©e puise son originalitĂ© par son concept peu commun bâti autour de l'intrusion d'un prestidigitateur chez une famille politique. Car surgi de nulle part, GrĂ©gory Wolf se rĂ©signe Ă  sauver la vie du fils d'un sĂ©nateur atteint d'un cancer incurable. Alors que le sous-gouverneur Steele est portĂ© disparu en mer, Rick Rast est sur le point de prendre sa place parmi l'influence de son entourage politique. Mais l'arrivĂ©e inquiĂ©tante de Wolf multipliant tours de prestige et exploits de guĂ©rison va bouleverser son ambition professionnelle ainsi que sa vie conjugale ! 


Cet étrange scénario dénonçant en sous texte social la corruption, l'influence et la mégalomanie au sein du corps politique use de supercherie et de manipulation parmi le témoignage d'un énigmatique Harlequin. Endossé par Robert Powell, l'acteur parvient à se tailler une stature quasi surnaturelle par son apparence lunaire, ses tours de passe-passe improvisés, sa spontanéité d'y dominer l'illusion. Renforcé de son regard azur littéralement perçant, sa présence magnétique doit beaucoup au caractère fascinant et ambigu de sa personnalité tant il réussit à nous faire douter de ses intentions louables ou disgracieuses. Tout l'intérêt réside alors de savoir quel est le motif de son arrivée au sein de la famille Rast, est-il réellement doué de pouvoirs surnaturels et de guérison, et d'où vient-il ? Alors que d'étranges évènements vont ébranler la tranquillité de certains membres du sénateur et rendre publique une potentielle affaire de viol, Grégory Wolf ne se prive pas de sarcasme pour railler ses adversaires avec une insolence dérangeante. Ainsi, avec intense efficacité et suspense progressif, Simon Wincer met en appui une intrigue infaillible auprès de son lot de rebondissements oscillant stratégies politiques et simulacre de magie, là où l'apparence s'avère aussi bien fallacieuse dans les deux camps. Quand au final haletant imprégné de mysticisme, il laisse planer le doute quand à la nouvelle destinée du fils du sénateur, quand bien même le générique de fin s'attarde sur son portrait imprimé sur le carrelage d'une cuisine !


Avec intelligence, malice et originalitĂ©, Harlequin idĂ©alise le divertissement adulte Ă  travers une fantaisie sardonique diablement ficelĂ©e fustigeant la manipulation politique. RehaussĂ© de la performance ensorcelante de Robert Powell, de seconds-rĂ´les attachants et d'un climat d'inquiĂ©tude teintĂ© d'onirisme, le film prĂ©serve toujours autant son pouvoir irrĂ©el de fascination ! 

Récompenses: Prix du jury, Prix de la Critique et Prix du Meilleur Acteur pour Robert Powell au 10è Festival du film Fantastique de Paris.
Prix du jury de la critique internationale, meilleur scénario et meilleure photographie au Festival du film de Catalogne, 1980

*Bruno
4èx

    mercredi 26 novembre 2014

    PREDESTINATION

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site comingsoon.net

    de Michael Spierig et Peter Spierig. 2014. Australie. 1h37. Avec Ethaw Hawke, Noah Taylor, Sarah Snook, Elise Jansen, Christopher Kirby, Freya Stafford.

    Sortie Dvd France: 1er Décembre 2014. Australie: 28 Août 2014

    FILMOGRAPHIEMichael Spierig et Peter Spierig sont des réalisateurs australiens, nés le 29 Avril 1976 à Buchholz (Allemagne).
    2003: Undead. 2010: Daybreakers. 2014: Predestination


    "Ne faites jamais hier ce qui devrait être fait demain. Si vous réussissez, ne réessayez jamais !"

    Après le mĂ©diocre Undead et le sympathique Daybreakers, les frères Spierig se retrouvent pour le coup relĂ©guĂ©s Ă  la case DTV avec Predestination, une sĂ©rie B d'anticipation inspirĂ©e d'un roman de Robert A. Heinlein, "Vous les zombies". Un agent secret a pour mission d'annihiler un dangereux terroriste. Avec l'aide d'un procĂ©dĂ© temporel, il parcourt le passĂ© afin d'Ă©viter un prochain attentat de grande envergure. Gravement brĂ»lĂ© au visage lors d'une ultime altercation avec l'assassin, il se rĂ©signe une dernière fois Ă  voyager dans le temps afin de l'Ă©radiquer. 


    Si ce bref rĂ©sumĂ© a de quoi laisser dubitatif l'amateur de rĂ©cits temporels "singuliers", dĂ©trompez vous du leurre, Predestination tirant parti d'un concept follement original autour de l'affrontement psychologique de personnages en quĂŞte identitaire. Exit donc les scènes d'action pĂ©taradantes observĂ©es dans le dernier Blockbuster ricain pour laisser place ici Ă  un affrontement entre deux individus avides d'une rĂ©solution existentielle car compromis dans un concours de circonstances dysfonctionnelles. La première partie nous prĂ©cise le passĂ© tourmentĂ© d'une jeune femme pugnace, Jane, rĂ©duite Ă  la solitude depuis sa naissance dans un orphelinat. Captivant dans sa structure dĂ©taillĂ©e, son cheminement malchanceux insuffle une rĂ©elle empathie pour l'Ă©trange destin de cette femme destituĂ©e de sa propre personnalitĂ© et en quĂŞte de vengeance. Le second acte se focalise ensuite sur la transaction temporelle impartie entre l'agent secret (barman Ă  ses heures perdues) et Jane après que cette dernière lui eut expliquĂ© ses raisons de supprimer son amant, le paternel responsable de sa nouvelle condition et d'un enfant prĂ©alablement kidnappĂ© Ă  la naissance. Je n'en dĂ©voilerais pas plus pour la progression des enjeux dramatiques riches d'imprĂ©vus et de rĂ©vĂ©lations malsaines, mais outre l'aspect captivant d'une Ă©nigme retorse embourbĂ©e dans un contexte temporel sans fin, Predestination sous-tend une rĂ©flexion sur l'Ă©chec de la personnalitĂ©, de la psychose et la schyzophrĂ©nie (qui suis-je ? d'ou je viens ?) lorsqu'une personne rongĂ©e par la solitude et la colère se condamne elle mĂŞme Ă  briser une vie commune sans issue. L'intensitĂ© du conflit Ă©mane donc de la gĂ©nĂ©alogie scabreuse d'une relation humaine bâtie sur la fraude, le simulacre et le viol d'identitĂ©.  

    Destination finale
    Conçu Ă  la manière d'un puzzle complexe inĂ©vitablement confus, Predestination brode un scĂ©nario perfide pour nous entraĂ®ner dans une inexorable descente aux enfers autour de personnages interlopes noyĂ©s par leur solitude et l'Ă©chec de la rĂ©ussite. Il en Ă©mane une perle de dĂ©viance (encore plus couillue que l'Ă©tonnant Looper de Rian Johnson !), un rĂ©cit de science-fiction lancinant dans ses thĂ©matiques abordĂ©s oĂą le contexte temporel fait office d'offrande empoisonnĂ©e (le serpent qui se mord la queue indĂ©finiment!), rehaussĂ© en prime d'un score percutant et surtout de la constance tranchĂ©e des comĂ©diens (Ethan Hawke et Noah Taylor sont hantĂ©s par une dĂ©sillusion amoureuse).

    Dédicace à Jean Marc Micciche
    Bruno Matéï 

    mardi 25 novembre 2014

    L'ORPHELINAT (El Orfanato). Grand Prix, Gérardmer 2008.

                                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site allocine.fr

    de Juan Antonio Bayona. 2007. Espagne. 1h45. Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Montserrat Carulla, Géraldine Chaplin, Mabel Rivera.

    Récompenses: Grand Prix à Gérardmer, 2008
    Prix du Jury Sci-Fi à Gérardmer, 2008
    Prix Goya des Meilleurs Effets Spéciaux, 2008

    Sortie salles France: 5 mars 2008. Espagne: 11 Octobre 2007

    FILMOGRAPHIE: Juan Antonio Bayona est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste espagnol, nĂ© en 1975 Ă  Barcelone. 2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007: l'Orphelinat. 2012: The Impossible.


    Immense succès dans son pays d'origine, Ă  l'instar de son ovation française reçue au Festival de GĂ©rardmer (Grand Prix, Prix du Jury Sci-fi !), l'Orphelinat incarne l'archĂ©type du Fantastique Espagnol noble lorsqu'un scĂ©nario charpentĂ© est entièrement allouĂ© Ă  l'humanisme des personnages, au sens d'un mystère palpable et Ă  l'ambiance Ă©thĂ©rĂ©e d'un cas de hantise. En empruntant les thĂ©matiques dĂ©licates de l'enfance meurtrie, de l'instinct maternel, de la difficultĂ© de surmonter le deuil et du sens du sacrifice, Juan Antonio Bayona se porte en conteur avisĂ© pour mettre en exergue l'investigation rigoureuse d'une mère de famille obsĂ©dĂ©e par la disparition de son fils. Ancienne pensionnaire d'un orphelinat durant sa jeunesse, Laura dĂ©cide aujourd'hui de rouvrir l'Ă©tablissement pour accueillir de jeunes enfants handicapĂ©s. Mais le comportement de son fils, Simon, s'avère toujours plus inquiĂ©tant lorsqu'il se distrait avec ses potentiels amis invisibles. Le jour de l'inauguration, ce dernier disparaĂ®t sans laisser de traces. MalgrĂ© l'impuissance de la police, Laura se lance alors Ă  sa recherche afin de le retrouver en vie puis finit par faire appel Ă  une Ă©minente parapsychologue. 


    Autour de cette douloureuse histoire de disparition infantile Spoil !!! mais aussi du châtiment macabre intentĂ© Ă  de jeunes orphelins fin du Spoil !, Juan Antonio Bayona aborde le sujet de l'injustice de la mort avec la sensibilitĂ© prude de parents dĂ©boussolĂ©s en quĂŞte de vĂ©ritĂ©. En particulier du point de vue de Laura, une mère dĂ©jĂ  Ă©branlĂ©e par son ancienne adoption au sein de l'orphelinat, puisque du jour au lendemain contrainte de se sĂ©parer inopinĂ©ment de ses jeunes amis pensionnaires. La manière intelligente dont le cinĂ©aste fait intervenir le surnaturel s'avère d'autant plus crĂ©dible qu'il ne fait appel Ă  aucune esbroufe puisque prĂ©conisant la fragilitĂ© psychologique de Laura (Belen Rueda s'avĂ©rant remarquable de sobriĂ©tĂ© dans son Ă©preuve maternelle toujours plus significative !) embarquĂ©e dans une investigation aussi macabre que fructueuse. Outre sa force dramatique impartie aux thèmes de l'enfance meurtrie, du deuil inĂ©quitable et de la dĂ©mission parentale, l'Orphelinat joue sur la notion spirituelle de l'existence en l'au-delĂ  avec pudeur afin de dĂ©dramatiser l'angoisse du trĂ©pas. En second plan, son onirisme candide et son atmosphère feutrĂ©e laissent planer un mystère diffus autour de cette bâtisse gothique entachĂ©e de mauvais souvenirs et de secrets inavouĂ©s. Sans dĂ©florer l'alibi de l'intrigue riche en rebondissements, le film puise donc son acuitĂ© dans le cheminement mystique de Laura emmĂŞlĂ©e dans une Ă©nigme aussi longue et cruelle mais aussi salvatrice. 


    Avec Ă©motion et sensibilitĂ©, Juan Antonio Bayona renouvelle le film de fantĂ´me grâce Ă  l'intelligence d'un script retors impeccablement structurĂ©. Car sans volontĂ© d'Ă©branler le spectateur, il occulte la terreur traditionnelle pour miser sur le suspense lattent et la caractĂ©risation humaine de ces personnages confrontĂ©s Ă  un destin aussi funèbre que rĂ©dempteur ! Poème d'amour et de mort, l'Orphelinat se rĂ©sumant Ă  une bouleversante leçon de dĂ©cence envers ces enfants martyrs Ă©pris de grâce maternelle ! 

    Bruno Matéï
    2èx

    vendredi 21 novembre 2014

    Assaut / Assault on Precinct 13

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

    de John Carpenter. 1976. U.S.A. 1h31. Avec Austin Stoker, Darwin Joston, Martin West, Laurie Zimmer, Nancy Kyes, Tony Burton, Charles Cyphers.

    Sortie salles France: 5 Juillet 1978. U.S: 5 Novembre 1976

    FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques. 1979: Le Roman d'Elvis. 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 : The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward.
     

    Après un premier essai de science-fiction fauchĂ© (Dark Star), John Carpenter signe un coup de maĂ®tre avec Assaut, variation moderne du Rio Bravo d’Howard Hawks qu’il vĂ©nère sans rĂ©serve. Mal reçu dans son pays, le film gagne pourtant ses lettres de noblesse en Europe, jusqu’Ă  devenir culte. InspirĂ© aussi de La Nuit des morts-vivants, Carpenter, avec un budget dĂ©risoire, orchestre une prouesse : narrer l’Ă©tat de siège d’un commissariat assailli par une horde de meurtriers impassibles. Tout part du tĂ©moignage d’un homme rĂ©fugiĂ© dans le central 13, tĂ©moin de l’assassinat brutal de sa fille (scène-choc d’un rĂ©alisme insoutenable encore aujourd'hui) qui, dans un geste de vengeance, abat le chef du gang. TraumatisĂ©, incapable d’articuler sa dĂ©tresse après avoir vu sa fille et un marchand de glace exĂ©cutĂ©s, il entraĂ®ne malgrĂ© lui le commissariat dans un blocus infernal. BientĂ´t, autour du bâtiment, se regroupent des assaillants venus de toutes origines, prĂŞts Ă  le rĂ©duire au silence. Alors, avec l’aide de deux criminels en transfert, le shĂ©rif Ethan Bishop, la secrĂ©taire Leigh et la standardiste Julie vont tenter de le protĂ©ger et de rĂ©sister.


    Modèle d’efficacitĂ© brute, Assaut enferme ses protagonistes dans un huis clos oĂą des policiers s’allient Ă  des criminels pour survivre, acceptant leurs divergences morales et sociales face Ă  un ennemi commun. Ces gangsters, silhouettes fantomatiques, mutiques et vĂ©loces, prennent des allures surnaturelles dans leur attaque mĂ©thodique. Carpenter nous projette dans un western moderne quasi horrifique: action rageuse, hĂ©roĂŻsme viril, commissariat vĂ©tuste transformĂ© en fortin et surtout climat d'angoisse et d'inquiĂ©tude indicible qui imprègne toute la pellicule. ScandĂ©e par la pulsation Ă©lectro du maĂ®tre, l’ambiance crĂ©pusculaire s’agrippe d’une horreur diffuse, surtout lors des assauts silencieux au pistolet muni de silencieux : scènes d’anthologie, jouissives et glaçantes, oĂą le silence devient une arme. Au-delĂ  de ses Ă©clairs de violence spectaculaires et de son ambiance sĂ©pulcrale aux allures d'apocalypse, Assaut brille par un suspense implacable et par l’engagement total de ses acteurs, jusque dans les seconds rĂ´les inoubliables. Chacun prend des risques insensĂ©s pour Ă©viter les balles et chercher une improbable issue. Parmi eux, l'Ă©trange Laurie Zimmer magnĂ©tise Ă  coeur ouvert : secrĂ©taire tĂ©mĂ©raire, au regard doux et loyal, elle impose une force tranquille, discrète et audacieuse qui surpasse parfois ses partenaires endurcis.

    Dans sa lecture sociale Ă  la fois implacable et visionnaire, Assaut rĂ©vèle une AmĂ©rique rongĂ©e par la violence (policière / dĂ©linquante) et la prolifĂ©ration des armes. Mais il transcende ce constat en western urbain incandescent : mise en scène millimĂ©trĂ©e, partition obsĂ©dante, frĂ©nĂ©sie d’action, ambiance funèbre parfois mĂ©lancolique et hĂ©roĂŻsme dĂ©sespĂ©rĂ©. Tout concourt Ă  hisser ce film indĂ©pendant au rang de mythe sous l'impulsion d'un sublime portrait de femme langoureuse dont je ne me suis jamais remis de son pouvoir de sĂ©duction Ă©vanescent. 

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
    6èx. Vostf

    jeudi 20 novembre 2014

    Le Mort-Vivant / Dead of Night

                                                                                Photo scannĂ©e appartenant Ă  Bruno Matéï

    de Bob Clark. 1972/74. U.S.A. 1h32. Avec John Marley, Lynn Carlin, Richard Backus, Henderson Forsythe, Anya Ormsby, Jane Daly, Michael Mazes.

    Sortie salles France: 20 AoĂ»t 1975. U.S: 30 AoĂ»t 1974  

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Bob Clark est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 5 Août 1941 à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane (Etats-Unis), décédé le 4 Avril 2007 à Pacific Palisades, en Californie. 1966: The Emperor's New Clothes. 1967: She-Man. 1972: Children Shouldn't play with dead things. 1974: Le Mort-Vivant. 1974: Black Christmas. 1979: Meurtre par décret. 1980: Un Fils pour l'été. 1982: Porky's. 1983: Porky's 2. 1983: A Christmas Story. 1984: Rhinestone. 1985: Turk 182 ! 1987: From the Hip. 1990: Loose Cannons. 1995: Derby (télé-film). 1999: P'tits génies. 2004: SuperBabies.


    Juste avant Black Christmas, fer de lance du psycho-killer, Bob Clark marqua les esprits avec le Mort-Vivant, authentique film culte d'une surprenante originalitĂ© pour son thème empruntĂ© au mythe du zombie suggĂ©rant une mĂ©taphore sur le trauma vietnamien. Car sous couvert d'une intrigue horrifique au climat sĂ©vèrement mortifère, le film traite en filigrane de la difficile rĂ©insertion des vĂ©tĂ©rans amĂ©ricains livrĂ©s Ă  la folie et la solitude dans leur pays en berne. 

    Le pitchUn officier du ministère vient apprendre Ă  la famille Brooks que leur fils Andy est mort au front vietnamien. Quelques jours plus tard, ce dernier rĂ©apparaĂ®t vivant Ă  la stupeur des parents ! Mais dĂ©boussolĂ©, impassible et mutique, Andy se morfond dans la solitude quand bien mĂŞme un routier est retrouvĂ© sauvagement assassinĂ©. Une descente aux enfers commence pour la famille et leur nouveau rejeton rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de monstre. 


    Portrait glaçant d'un soldat infĂ©riorisĂ© par sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence physique et morale, le Mort-Vivant est un cauchemar amĂ©ricain d'un rĂ©alisme acĂ©rĂ©. De par la prestance magnĂ©tique de l'acteur John Marley pourvu d'une trogne aussi famĂ©lique que rigide, et le parti-pris de sa mise en scène proche du documentaire, Le Mort-Vivant laisse en Ă©tat de choc. PrivilĂ©giant l'Ă©tude de caractère des personnages, le film gagne en crĂ©dibilitĂ© lorsque le cinĂ©aste s'attarde Ă  souligner la situation de crise d'une cellule familiale tourmentĂ©e par le retour de leur fils, car rĂ©fugiĂ© depuis dans l'isolement. Alors que le père adopte un comportement davantage irascible et suspicieux Ă  son Ă©gard, la mère, dĂ©jĂ  bien perturbĂ©e de sa longue absence, prĂ©serve aujourd'hui son instinct maternel afin de le protĂ©ger contre toute culpabilitĂ©. Quand Ă  la soeur d'Andy, elle mise pour le retrait, une manière docile de ne pas interfĂ©rer dans la discorde afin d'y apaiser les tensions. EmaillĂ© de sĂ©quences horrifiques assez malsaines, le Mort-Vivant provoque une terreur sourde pour les agissements meurtriers de ce soldat revenu de l'Enfer ! Les meurtres sauvagement perpĂ©trĂ©s s'avĂ©rant d'autant plus dĂ©concertants qu'Andy pratique des perfusions intraveineuses pour se nourrir du sang des victimes. Il y Ă©mane une trouble fascination face Ă  son comportement interlope, notamment pour la variation de son look (col roulĂ© et lunettes noires afin de panser ses plaies purulentes puis sa vision dĂ©clinante) et de sa dĂ©gĂ©nĂ©rescence physique appuyĂ©e des maquillages du dĂ©butant Tom Savini (Andy se putrĂ©fiant inexorablement en dĂ©pit de ses dernières agressions sanglantes). Qui plus est, Ă©paulĂ© d'une photo granuleuse et sombre, le climat glauque qui enveloppe le rĂ©cit distille une atmosphère Ă©touffante que la musique de Carl Zittrer accentue dans des tonalitĂ©s dissonantes. Enfin, le film s'achève de manière bien cruelle lors d'un Ă©pilogue dĂ©rangeant restĂ© dans les mĂ©moires, de par son caractère poignant proprement tragique nous laissant dans un Ă©tat d'amertume dĂ©semparĂ©.


    Moi, Zombie, chronique du traumatisme.
    Avec audace, intelligence et originalitĂ©, Bob Clark suggère avec le Mort-Vivant un pamphlet contre la barbarie guerrière et le traumatisme des vĂ©tĂ©rans livrĂ©s Ă  l'abandon Ă  leur retour au pays. Grâce Ă  l'interprĂ©tation effrayante de John Marley, aux seconds-rĂ´les dĂ©pouillĂ©s plus vrais que nature (les parents d'Andy insufflent une empathie torturĂ©e) et Ă  la verdeur de son rĂ©alisme, cette oeuvre ultra noire insuffle une aura putrescente auprès de sa descente aux enfers d'une rigueur infiniment cauchemardesque. 
    AVERTISSEMENT ! N'optez surtout pas pour la Version Française, le doublage ultra superficiel et sa nouvelle partition musicale usurpée dénaturant sans vergogne l'identité de l'oeuvre maudite.

    *Bruno
    5èx. Vostfr. 13.07.24. 

    Récompenses: Prix du Meilleur Scénario au Festival du film fantastique de Paris.
    Prix du Meilleur Scénario au Festival du film de Catalogne, 1975

    mercredi 19 novembre 2014

    Aliens, le Retour (Aliens)

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine

    de James Cameron. 1986. U.S.A. 2h17 (Version Cinema) / 2h34 (Director's Cut). Avec Sigourney Weaver, Michael Biehn, Carrie Henn, Lance Henriksen, Paul Reiser, Bill Paxton.

    Sortie salles France: 8 Octobre 1986. U.S: 18 Juillet 1986

    FILMOGRAPHIE: James Francis Cameron est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur canadien, nĂ© le 16 AoĂ»t 1954 Ă  Kapuskasing (Ontario, Canada). 1978: Kenogenis (court-mĂ©trage). 1981: Piranhas 2, les Tueurs Volants. 1984: Terminator. 1986: Aliens, le Retour. 1989: Abyss. 1991: Terminator 2. 1994: True Lies. 1997: Titanic. 2003: Les Fantomes du Titanic. 2005: Aliens of the Deep. 2009: Avatar.


    Si Ridley Scott innova en matière de space-opera horrifique avec son modèle matriciel Alien, James Cameron en exploite ici le concept sous une facture autrement belliqueuse : Aliens mise autant sur le film de guerre que sur l’horreur tentaculaire d’une hostilitĂ© organique dĂ©multipliĂ©e en masse. ÉpaulĂ©e de Ripley, une escouade de marines et un androĂŻde charitable ont pour mission de gagner la planète LV-426 depuis qu’un groupe de colons s’est volatilisĂ©. EnrĂ´lĂ©s Ă  la rescousse, armĂ©s jusqu’aux dents, ils livreront une bataille sans merci contre des XĂ©nomorphes innombrables, toujours plus vicieux, voraces dans leurs stratĂ©gies meurtrières. Film d’action pur et dur, mis en scène avec une maestria implacable, Aliens, le Retour prend le contre-pied de son modèle, concentrĂ© d’angoisse diffuse et de suggestion, pour s’Ă©riger aujourd’hui en blockbuster homĂ©rique d’une intensitĂ© insatiable. Avec intelligence et efficacitĂ©, Cameron mobilise le potentiel Ă©pique de son histoire au service de la vulnĂ©rabilitĂ© de ses personnages - quand bien mĂŞme un traĂ®tre Ă  bord s’acharne Ă  compromettre la mission pour ramener un spĂ©cimen sur Terre.


    Sur le mode opĂ©ratoire du survival, nos combattants, d’abord aveuglĂ©s par une menace insidieuse, redoublent de vigilance pour dĂ©busquer les Aliens tapissant souterrains et plafonds de galeries. Cameron tire Ă  merveille parti de l’aspect anxiogène de ce refuge industriel, de ses laboratoires et navettes spatiales plongĂ©s dans un crĂ©puscule permanent. La première partie mise sur l’attente exponentielle d’un danger sous-jacent, de plus en plus tangible, donc Ă©minemment oppressant. Pour densifier l’enjeu humain, la dĂ©couverte d’une survivante enfantine, adoptĂ©e par le commando, Ă©veille chez Ripley un instinct maternel - elle qui venait d’apprendre la mort de sa propre fille après cinquante-sept ans d’hypersommeil ! Le cinĂ©aste exploite cette complicitĂ© tendre pour les Ă©prouver Ă  une suite de pĂ©rils soudains, alarmistes, Ă©reintants. Enfin, dans un chaos d’incidents techniques — navette de secours pulvĂ©risĂ©e, rĂ©acteur nuclĂ©aire prĂŞt Ă  imploser -, nos baroudeurs persistent, dĂ©ployant stratĂ©gies dĂ©fensives et offensives pour contrer l’envahisseur. Un occupant dĂ©cuplĂ© : des centaines d’Aliens se ruent pour les exterminer dans une voracitĂ© toujours plus vĂ©loce ! Cette alternance de suspense suffocant, d’horreur organique et d’action spectaculaire est charpentĂ©e avec une prĂ©cision d’orfèvre, tenant le spectateur en Ă©tat d’alerte - jusqu’Ă  l’apothĂ©ose : le corps Ă  corps titanesque de Ripley contre la reine Alien ! Le caractère bien trempĂ© de chacun imprime le rĂ©cit d’une bravoure, d’un honneur et d’un sens du sacrifice admirables.


    "Ne la touche pas, sale pute !"
    Modèle de mise en scène au scalpel, Aliens, le Retour conjugue horreur insidieuse et action guerrière avec un rĂ©alisme d’une intensitĂ© vertigineuse. Il en surgit un grand huit jouissif, dominĂ© par la prestance virile d’une Sigourney Weaver humble et hardie, mère et guerrière Ă  la fois. Formellement fascinant — scĂ©nographie spatiale humide, rubigineuse, effets spĂ©ciaux encore bluffants - ce chef-d’Ĺ“uvre homĂ©rique est enfin transcendĂ© par les percussions Ă©chevelĂ©es de James Horner.

    *Bruno
    4èx

    RĂ©compenses: Oscars du Meilleur Montage Son et des Meilleurs Effets visuels en 1986
    Prix Hugo: Meilleur Film en 1987
    Kinema Junpo Awards: Meilleur Film Etranger
    Saturn Awards: Meilleur Film de Science-Fiction

    Le p'tit mot de Laurent !
    "Aliens le retour ! du lourd, du très lourd ! C'est vrai que James Cameron n'est pas du genre à filmer des grille-pain pendant une heure sous tous les angles mais plutôt des usines entières ! Après une décennie de d'hégémonie du space op' type Guerre des Etoiles, Cameron nous rappelait que les hommes n'iraient pas dans l'espace seulement comme des rêveurs idéalistes mais y transporteraient leurs arsenaux (du métal perforant, du nucléaire) leurs idéologies (libéralisme, techno-militarisme) et leurs pathologies(névroses, psychose et autres blessures). A part le film "Outland" je ne connais pas d'autres films du genre aussi politiquement explicites(2001,Solaris, Silent Running datant d'avant 1977, il me semble).
    Mais l'ami James n'est pas un moraliste, ni un donneur de leçons, c'est un véritable artiste qui n'oublie jamais que le cœur reste la plus fascinante des machines.
    Ici, au centre de son immense mécano en voie de détérioration, au milieu des jets de vapeurs et d'acides, au bord du gouffre et de l'autodestruction, quand le cancer gagne, quand la folie guette, il nous bouleverse en faisant de l'attachement (mère/enfant) une condition essentielle de la survie de notre humanité."


    Les critiques des autres opus: 
    Alien, le Huitième Passager: http://brunomatei.blogspot.fr/2012/04/alien-le-huitieme-passager.html
    Alien 3: http://brunomatei.blogspot.com/2011/09/alien-3.html
    Alien, la Résurrection: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/alien-la-resurrection.html

    mardi 18 novembre 2014

    La Dernière Vague. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 78.

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site solium.ru

    "The Last Wave" de Peter Weir. 1977. Australie. 1h46. Avec Richard Chamberlain, Olivia Hamnett, David Gulpilil, Frederick Parslow, Vivean Gray, Nandjiwarra Amagula, Walter Amagula.

    Sortie salles France: Novembre 1977. Australie: 15 Décembre 1977

    FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australien, né le 21 Août 1944, à Sydney, Australie. 1974: Les Voitures qui ont mangé Paris. 1975: Pique-nique à Hanging Rock. 1977: La Dernière Vague. 1981: Gallipoli. 1982: l'Année de tous les Dangers. 1985: Witness. 1986: Mosquito Coast. 1989: Le Cercle des Poètes Disparus. 1990: Green Card. 1993: Etat Second. 1998: The Truman Show. 2003: Master and Commander. 2011: Les Chemins de la Liberté.

                                             

    Fleuron de l'âge d'or du fantastique australien, la Dernière Vague est aujourd'hui souvent rĂ©duit au mutisme auprès des fans du genre, alors que le jeune public en ignore son existence faute de son invisibilitĂ© sur nos Ă©crans. Pourtant couronnĂ© du Prix SpĂ©cial du Jury Ă  Avoriaz et depuis sorti en Dvd chez nous dans un superbe coffret regroupant 4 films fondateurs de Peter Weir, La Dernière Vague symbolise avec subtilitĂ© un fantastique Ă©thĂ©rĂ© autour de visions d'apocalypse, entre rĂŞve prĂ©monitoires et rĂ©alitĂ© pessimiste. Le pitch: A Sydney, Ă  la suite du meurtre d'un aborigène, un avocat tente de dĂ©fendre cinq accusĂ©s mis en cause par ce lynchage communautaire. Au fil de son investigation, David Burton va ĂŞtre assujetti Ă  d'Ă©tranges rĂŞves tĂ©moignant des rites ancestraux d'une tribu aborigène. Et pour endosser l'avocat en perte de repère et en perdition existentielle, il est Ă©tonnant de retrouver ici le bellâtre acteur des Oiseaux se cachent pour mourir au sein d'une oeuvre indĂ©pendante aussi mĂ©taphysique que dĂ©routante ! De par son rythme apathique rĂ©futant le spectacle d'envergure et son atmosphère irrĂ©elle  Ă©manant d'une imagerie onirico-crĂ©pusculaire. 


    Si la première partie prodigue un certain effort pour accepter la monotonie ambiante du hĂ©ros en perpĂ©tuel questionnement sur l'idĂ©ologie aborigène, la suite s'avère toujours plus captivante lorsqu'il tente de dĂ©mystifier le rite tribal d'un meurtre commis en rĂ©union. Ainsi, Ă  travers cette Ă©trange intrigue dĂ©nonçant la colonisation de l'homme blanc sur le peuple aborigène, la Dernière Vague fait appel Ă  la tradition de "l'âge d'or", au respect tribal et Ă  leur Ă©thique, lĂ  oĂą l'importance du rĂŞve accorde une grande place pour y surveiller le climat de notre environnement. Et s'il y a trahison d'un de leur membre, le coupable en est sĂ©vèrement châtiĂ© par le pouvoir de la sorcellerie ! Cette race d'esprits que l'on prĂ©nomme ici "Mulkurul" a comme devoir d'y prĂ©dire l'avenir Ă  travers les songes et d'imposer leur nouvelle prĂ©sence lorsque la nature cyclique est sur le point de s'y renouveler ! TraversĂ© de sĂ©quences impressionnantes (mais concises !) d'intempĂ©ries diluviennes, de tempĂŞtes de grĂŞle et de pluie noire, le film emprunte la voie mĂ©taphorique de Dame Nature se rebellant contre l'irrespect de l'homme moderne rĂ©fractaire aux anciennes religions et depuis condamnĂ©es Ă  l'oubli. Une ambiance d'apocalypse y est alors distillĂ©e de par la suggestion de prĂ©dictions cauchemardesques auquel un homme blanc tentera  d'interfĂ©rer parmi la tĂ©lĂ©pathie d'un aborigène pour y percer leurs secrets. Tel ce potentiel achèvement de notre monde venu purifier de nos pĂŞchers toutes formes de civilisations ! Par la force d'images sensitives oĂą l'eau y symbolise autant la puretĂ© que l'Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur d'une violence climatique, la Dernière Vague fait appel Ă  la puissance d'Ă©vocation, au sens de la suggestion afin d'anticiper une angoisse latente toujours plus pessimiste ! 


    Le Nouveau Monde
    RĂ©flexion mĂ©taphysique sur une perpĂ©tuelle renaissance existentielle et sur le rapport spirituel des rĂŞves, La Dernière Vague fait appel au dĂ©chaĂ®nement de la nature pour nous rappeler son omnipotence face Ă  notre Ă©gocentrisme. EpaulĂ© du score lancinant de Charles Wain, d'une photo naturelle et de l'interprĂ©tation habitĂ©e d'un Richard Chamberlain transi d'Ă©moi (sans doute son meilleur rĂ´le !), cette enquĂŞte mystique aussi fascinante qu'inquiĂ©tante laisse en exergue une vision plutĂ´t crĂ©pusculaire de notre avenir. Et ce avant qu'un nouveau monde n'Ă©clot... Chef-d'oeuvre.

    *Bruno 
    07.10.20. 
    23.06.23. 5èx

    Récompenses: Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1978
    Meilleure Photographie, Meilleur Son lors des Australian Film Institute Awards, 1978
    Meilleur Acteur, Richard Chamberlain au Festival du film de Catalogne, 1982.

                                        

    lundi 17 novembre 2014

    La Morte-Vivante

                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site t411.me

    de Jean Rollin. 1982. France. 1h29. Avec Marina Pierro, Françoise Blanchard, Mike Marshall, Carina Barone, Jean-Pierre Bouyxou.

    FILMOGRAPHIE: Jean Michel Rollin, Roth Le Gentil est un réalisateur, producteur et scénariste français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (France), décédé le 15 Décembre 2010.
    1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'Itinéraire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les Démoniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquées, 1981 : Fugues mineures (Les Paumées du petit matin), 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : À la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La Fiancée de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la Méduse.


    Dans la mouvance du gore transalpin qui Ă©claboussa les Ă©crans Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80, Jean Rollin profite du filon commercial pour mettre en scène La Morte-Vivante. Une sĂ©rie Z franchouillarde, truffĂ©e de maladresses et d’incohĂ©rences, mais nĂ©anmoins rattrapĂ©e par une thĂ©matique dĂ©jĂ  explorĂ©e avec force par le magnifique Moi, zombie, chronique de la douleur et Le Jour des morts-vivants : la rĂ©surgence d’une conscience Ă  travers le regard d’un zombie.

    Synopsis: Après avoir dĂ©posĂ© des fĂ»ts toxiques dans la crypte d’un château, trois hommes rĂ©veillent l’âme de la dĂ©funte Catherine Valmont. LivrĂ©e Ă  sa nouvelle dĂ©chĂ©ance, elle tue de sang-froid les intrus, mue par un instinct sanguinaire. Seule dans le château, Catherine se replie sur ses souvenirs d’enfance, se remĂ©morant HĂ©lène, son amie la plus chère, avec qui elle partageait une complicitĂ© fusionnelle.

    Produit commercial surfant sur la vague des zombie movies impulsĂ©e par Fulci, Lenzi, Bianchi et consorts, La Morte-Vivante exploite avant tout l’explicite de ses situations gores, Ă©manant du comportement erratique d’une hĂ©roĂŻne avide de sadisme et de sang frais. Ă€ l’aide de trucages en latex rudimentaires mais efficaces, Rollin ne lĂ©sine pas sur le racolage, filmant en gros plan plaies bĂ©antes et chairs dĂ©chiquetĂ©es. PortĂ© par des comĂ©diens inexpressifs et une rĂ©alisation approximative, le film prĂŞte souvent Ă  sourire par son aspect aussi ridicule que fauchĂ©. Or, la sensibilitĂ© singulière de son auteur finit par capter l’attention, nous entraĂ®nant dans le cheminement indĂ©cis d’une morte-vivante victime de sa condition meurtrière et de son isolement.

    Autour de son errance nocturne et de la relation tendre qu’elle renoue avec son amie d’enfance, Ă©mergent les thèmes de l’amour, de la rĂ©miniscence, de l’amitiĂ©, du sacrifice et du sentiment, lovĂ©s dans l’intimitĂ© fragile de deux femmes compromises par une dĂ©rive sanguinaire. Les rĂ´les s’inversent alors : Catherine, gagnĂ©e par une forme de conscience et de sensibilitĂ©, se dĂ©tourne de ses exactions morbides, tandis qu’HĂ©lène persĂ©vère dans l’avilissement, prĂŞte Ă  sombrer pour combler le vide existentiel de sa compagne.


    Liens d’amour et de sang
    En dĂ©pit de son amateurisme et de ses inĂ©vitables maladresses parfois risibles, La Morte-Vivante parvient Ă  divertir et attendrir, nimbĂ©e d’un romantisme funèbre portĂ© par une zombie livide, vĂŞtue de blanc. Si sa dimension psychologique reste maladroitement exploitĂ©e et que la fadeur des comĂ©diens lui nuit, on s’attache nĂ©anmoins Ă  la destinĂ©e singulière de Catherine, fantĂ´me abandonnĂ© de Dieu comme de la mort. Un film intimiste Ă  rĂ©server aux inconditionnels du cinĂ©ma personnel et imparfait de Jean Rollin.

    — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

    26.12.25. 3èx


    vendredi 14 novembre 2014

    Spectre / The Boogeyman

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

    de Ulli Lommel. 1980. U.S.A. 1h22. Avec Suzana Love, Ron James, John Carradine, Nicholas Love, Raymond Boyden, Felicite Morgan.

    Sortie salles France: 15 Juillet 1981. U.S: 11 Juillet 1980

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ulli Lommel est un rĂ©alisateur, acteur et scĂ©nariste allemand, nĂ© le 21 DĂ©cembre 1944 Ă  Sulecin (Pologne). 1973: La Tendresse des Loups. 1979: CocaĂŻne Cowboys. 1980: Spectre. 1980: Blank Generation. 1983: The Devonsville Terror. 1983: Mad Night. 1983: Boogeyman 2. 1985: A la poursuite de la pierre sacrĂ©e. 1986: Overkill. 1989: Top Gun Sacrifice. 1994: Marilyn my love. 1997: Alien X Factor. 1998: Bloodsuckers. 2005: Zodiac Killer. 2005: B.T.K Killer. 2006: The Raven. 2007: Borderline Cult. 2007: Curse of the Zodiac. 2007: The Tomb. 2008: Son of Sam. 2008: Dungeon Girl.


    "Une graine (maudite) de film culte que ce psycho-killer surnaturel." 
    SĂ©rie B bisseuse des annĂ©es 80 totalement oubliĂ©e de nos jours, Spectre rencontra le succès lors de sa sortie en salles US et durant son exploitation vidĂ©o dans l'hexagone. RĂ©alisĂ© par Uli Lommel, cinĂ©aste prolifique comptabilisant une cinquantaine de films Ă  son curriculum, le film surfe sur le succès en vogue du psycho-killer initiĂ© par Halloween ainsi que le film sataniste inspirĂ© de l'Exorciste et d'Amityville (la demeure familiale de nos hĂ©ros ressemble d'ailleurs Ă©trangement Ă  celle des Lutz). 
    Ainsi, ce curieux mĂ©lange des genres aurait pu sombrer dans la gaudriole s'il n'eut bĂ©nĂ©ficiĂ© d'une idĂ©e aussi originale que retorse, alors que son ambiance inquiĂ©tante nous plonge avec dĂ©lice dans un univers susceptible. Car par l'entremise d'un miroir brisĂ©, le fantĂ´me d'un tortionnaire d'enfants revient ici d'entre les morts pour se venger d'eux et de leurs proches. 

    L'intrigue dĂ©butant avec un prologue particulièrement sordide lorsqu'un frère et une soeur, Lacey et Willy, sont Ă  nouveau les souffres douleurs d'un beau-père pervers parmi le tĂ©moignage complice de leur mère. En particulier Willy retrouvĂ© enchaĂ®nĂ© sur son lit pendant que les bourreaux copulent dans la pièce d'Ă  cĂ´tĂ©. Finalement libĂ©rĂ© par sa soeur cadet, il se prĂ©cipite dans leur chambre pour poignarder sauvagement son beau-père Ă  plusieurs reprises. 


    20 ans plus tard, nous retrouvons Lacey et Willy hĂ©bergĂ©s chez leurs grands-parents mais profondĂ©ment dĂ©stabilisĂ©s par cette sanglante tragĂ©die. Alors que Lacey trouve le soutien auprès de son mari Kevin, Willy se terre dans le mutisme depuis son exaction criminelle. Mais afin d'exorciser leurs dĂ©mons, Lacey dĂ©cide tout de mĂŞme de retourner dans la maison de leur enfance en se confrontant au fantĂ´me du beau-père dans le reflet d'un miroir. 

    Ce pitch Ă  la limite du grotesque rĂ©ussit miraculeusement Ă  Ă©viter le ridicule de par la persuasion du sentiment de danger et l'efficacitĂ© de sa rĂ©alisation oscillant entre l'expectative du suspense et les altercations morbides. Tant auprès de l'accomplissement des meurtres aussi inventifs que sanglants, de l'ambiance glauque agrĂ©ablement diffuse que de la conduite soutenue du rĂ©cit, Spectre parvient donc Ă  captiver par le biais d'une hostilitĂ© invisible particulièrement sournoise. Et pour renforcer et avertir la sensation de danger, un soupir lourd nous est imposĂ© durant ses dĂ©placements en camĂ©ra subjective, quand bien mĂŞme le score envoĂ»tant de Tim Krog amplifie ce trouble sentiment de prĂ©sence irrĂ©elle. 
    Et si le manque de cohérence de certains personnages s'y fait parfois sentir dans leur apathie de stupeur et que l'approximation des dialogues avait gagné à être mieux argumenté (bien qu'on a largement vu pire ailleurs), la bonne volonté des comédiens réussit tout de même à insuffler une réelle sympathie à travers leur fonction de victimes éprouvées et leur bravoure de dernier ressort (le final délirant s'avérant explosif pour leur combat opposé aux forces du Mal).


    Grâce Ă  son ambiance ombrageuse plutĂ´t palpable, sa photo soignĂ©e, son score lancinant et l'originalitĂ© d'un pitch dĂ©tonnant, Spectre rĂ©ussit Ă  provoquer charme et sympathie Ă  travers un esprit naĂŻf de bisserie dĂ©licieusement rĂ©tro. A prĂ©coniser aux nostalgiques de l'Ă©poque, le film Ă©tant aujourd'hui encore plus attachant dans sa sincĂ©ritĂ© maladroite mais assez efficace et semĂ© de trouvailles si bien que l'on s'amuse Ă  se surprendre de ses effets chocs escomptĂ©s. Enfin, notons Ă©galement l'apparition clin d'oeil de David Carradine dans un rĂ´le avenant de psychiatre sclĂ©rosĂ©.

    DĂ©dicace Ă  Adrien Pennequin et remerciement Ă  Uncut Movies et Lupanars visions
    Bruno Matéï
    04/02/22/ 4èx

      jeudi 13 novembre 2014

      L'ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS

                                                                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

      de Bruno Forzani et Hélène Cattet. 2014. France/belgique/Luxembourg. 1h41. Avec Klaus Tange, Jean-Michel Vovk, Sylvia Camarda, Sam Louwyck, Anna D'Annunzio.

      Sortie salles France: 12 Mars 2014

      FILMOGRAPHIE: Bruno Forzani et Hélène Cattet sont un couple de cinéastes français résidant à Bruxelles.
      2010: Amer. 2013: L'Etrange couleur des Larmes de ton corps.


      Après leur premier coup d'essai Amer qui avait tant divisĂ© son public, le duo Forzani/Cattet rĂ©explore l'univers du giallo auteurisant Ă  coup de stylisme alambiquĂ© et d'expĂ©rimentation sensorielle. Un tĂ©lĂ©phoniste rentre dans son appartement et dĂ©couvre que sa femme a disparu. Perdu dans sa solitude, il tente de la retrouver dans son immeuble parmi la compagnie de voisins interlopes et parmi l'Ă©trangetĂ© de sons stridents. 


      Autant prévenir de suite, tous les spectateurs qui avaient été frustrés par l'hermétisme de l'intrigue en triptyque d'Amer risquent à nouveau de faire grise mine avec l'Etrange couleur des larmes de ton corps ! Notre couple de cinéastes continuant de verser dans l'expérimental et de pousser au paroxysme une imagerie sensuello-morbide imbriquée dans une trame aussi vertigineuse que nonsensique. C'est du moins mon ressenti personnel en tant que témoin d'un premier visionnage auquel il sera ici impossible de disserter de manière objective ! Le film se révélant à nouveau une expérience sensitive encore plus aboutie d'un point de vue stylisé et plus organique dans la manière vénéneuse dont les auteurs exploitent un dédale d'obsessions du corps féminin et du regard oculaire avant les coups de lames acérées. Formellement sublime dans sa maîtrise picturale (les cadrages tarabiscotés accumulent avec frénésie les prouesses techniques !) magnifiant la présence suspicieuse des protagonistes comme celle de sa scénographie art-déco, l'Etrange couleur des larmes de ton corps fait appel au sens olfactif, au tactile et à l'ouïe (la BO vintage honore des tubes transalpins quand bien même les bruitages stridents ne cessent de nous agresser !). De cette fantasmagorie baroque et sexuelle émane une confusion (volontaire) d'écriture pour mieux nous égarer dans un labyrinthe de paranoïa où inceste, sadomasochisme et fétichisme sont étroitement liés.


      Fascinant et agaçant à la fois, de par l'incompréhension de l'intrigue, la multiplicité des plans rapides et l'attitude équivoque des protagonistes surgis parfois de nulle part, l'Etrange couleur des larmes de ton corps s'avère une expérience fulgurante dans son maelstrom de séquences hallucinées faisant office d'anthologie atypique. Inévitablement, cette expérience avec l'art du cinéma déchaînera une fois de plus les passions comme celle des déceptions. Mais aussi abstrait et nébuleux, ce giallo néo-surréaliste pourrait à nouveau séduire et éclaircir l'interrogation du spectateur au fil d'autres visionnages. Et quitte à insister, l'hypnose impartie au florilège de séquences oniriques n'a jamais été contemplé de manière aussi symétrique sur la toile !

      Bruno Matéï