Sortie salles France: 14 Mars 2012. U.S: 3 Février 2012
FILMOGRAPHIE: James Watkins est un réalisateur et producteur anglais né en 1978.
2008: Eden Lake. 2012: The Woman in Black. 2009: The Descent, Part 2 (scénariste)
Après trente ans de silence, la célèbre firme anglaise (rachetée par Exclusive Media Group) renaît de ses cendres en 2008 avec Beyond the Rave, un DTV passé inaperçu. Deux ans plus tard, la société enchaîne avec un remake plutôt bien accueilli par le public et la critique, Let Me In. Mais en 2011, les espoirs de retrouver la verve singulière si chère à la compagnie s'amenuisent avec deux œuvres conventionnelles, Wake Wood et La Locataire. En 2012, c'est une véritable résurrection, un retour aux sources de cette flamboyance gothique typiquement britannique. Bien qu'il s'agisse encore du remake d'une adaptation télévisée de 1989, The Woman in Black est une excellente transposition du roman de Susan Hill, publié en 1983.
Le pitch : Un jeune notaire se rend dans l'étrange demeure d'une cliente récemment décédée afin de régler sa succession. Les habitants du village semblent terrorisés par l'apparition récurrente d'une dame en noir qui entraîne les enfants vers une mort tragique sous l'emprise de son influence maléfique. Au-delà des manifestations surnaturelles qui hantent la demeure, Arthur Kipps découvre que le corps d'un enfant noyé dans un marécage n'a jamais été retrouvé.
Discrètement sorti en salles, The Woman in Black est le genre de petit film dont on n'attendait pas grand-chose et qui parvient pourtant à réconcilier avec une sincérité désarmante les aficionados des ambiances romantico-macabres héritées du patrimoine gothique de la Hammer. Visuellement splendide, cette œuvre nappée de mystère éblouit par le soin apporté à chacun de ses décors, sublimés par une superbe photographie. De l'architecture poussiéreuse et opaque d'une vieille bâtisse aux paysages d'une campagne noyée dans la brume, cette ghost story insuffle un sentiment palpable de mystère latent. La trame, pourtant classique, fondée sur la perte de l'innocence, captive avec efficacité malgré des rebondissements volontairement mesurés. Le spectateur est entraîné dans le giron d'une demeure hantée par les voix funèbres d'enfants victimes de l'emprise d'une sinistre mégère vêtue de noir.
Ainsi, le réalisateur de Eden Lake réussit, dès sa première partie, à distiller un climat anxiogène, trouble et oppressant en misant avant tout sur un suspense latent. Les nombreuses apparitions surnaturelles qui jalonnent le récit ne versent jamais dans l'esbroufe grand-guignolesque, mais participent au contraire à tourmenter un protagoniste irrésistiblement attiré par le sombre secret de ces morts innocentes. C'est précisément ce sentiment omniprésent de mystère, entretenu par les tourments de la Dame en noir et l'emprise maléfique qu'elle exerce sur son entourage, qui rend cette ghost story aussi cruelle (les enfants son particulièrement malmenés) que captivante.
La seconde partie, plus surprenante et décisive pour notre héros lancé dans une quête de vérité à travers l'exhumation d'un cadavre, accentue encore davantage son intensité et multiplie les séquences anxiogènes particulièrement efficaces. Quant à son épilogue inattendu, il pourrait déconcerter une frange du public encore attachée aux traditionnels happy ends réconfortants.
Par sa présence sobre et entièrement investie dans son rôle d'investigateur obstiné, Daniel Radcliffe fait preuve d'une réelle sensibilité en incarnant un notaire irrésistiblement attiré par une présence maléfique. Discret, taciturne et profondément meurtri, il se retrouve prisonnier des filets d'une veuve noire sournoise, vindicative et délétère.
D'une beauté macabre évoquant les plus belles heures de la Hammer ou les adaptations d'Edgar Poe mises en scène par Roger Corman, The Woman in Black renoue avec cette flamboyance funèbre chère aux fantasticophiles. Son sens de l'efficacité, la sobriété élégante de sa mise en scène et son épouvante délicieusement surannée en font une authentique ghost story à l'ancienne. Mais c'est surtout la qualité de son storytelling qui finit par s'imposer en abordant avec une émotion sincère l'impossibilité de faire son deuil à travers le prisme de l'instinct maternel.
— Celui du cœur noir des images 🖤





















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