vendredi 27 septembre 2013

UN ETE POURRI (The Mean Season). Grand Prix Ă  Cognac.

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Philip Borsos. 1985. U.S.A. 1h44. Avec Kurt Russel, Mariel Hemingway, Richard Jordan, Richard Masur, Richard Bradford, Joe Pantoliano, Andy Garcia, William Smith.

Récompenses: Grand Prix spécial TF1 à Cognac, 1986
Prix du Public, 1986

Sortie salles France: 24 Juillet 1985. U.S: 15 Février 1985

FILMOGRAPHIE:  Philip Borsos est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 5 Mai 1953 Ă  Hobart (Australie), dĂ©cĂ©dĂ© le 2 FĂ©vrier 1995 Ă  Vancouver (Canada).
1976: Cooperage. 1977: Spartree. 1979: Nails. 1982: The Grey Fox. 1985: Un Eté pourri. 1985: One Magic Christmas. 1990: Bethune: The Making of a Hero. 1995: Loin de la maison.


Thriller occultĂ© de nos jours alors qu'il fut en 1986 couronnĂ© du Grand Prix et celui du Public Ă  Cognac, Un EtĂ© pourri est le seul film reconnu en France par le cinĂ©aste Philip Borsos. DĂ©cĂ©dĂ© en 1995, ce jeune rĂ©alisateur laisse derrière lui un petit thriller retors rondement menĂ© auquel l'interprĂ©tation de Kurt Russel, en journaliste susceptible, et celle de Richard Jordan, en serial killer aussi patibulaire que goguenard, doivent beaucoup au caractère intense de leur confrontation.
Un journaliste devient l'instrument d'un serial-killer afin que ce dernier puisse accĂ©der Ă  une certaine notoriĂ©tĂ© auprès des mĂ©dias et du public. 


D'après le roman In the Heat of the Summer de John Katzenbach, Un EtĂ© Pourri est Ă©rigĂ© sous le moule de la sĂ©rie B avec sagacitĂ© dans son scĂ©nario Ă©quivoque mettant en exergue les rapports troubles qu'un jeune journaliste doit entretenir avec un tueur en mal de renommĂ©e. RĂ©flexion sur la quĂŞte de cĂ©lĂ©britĂ© et le rapport cynique du journalisme Ă  sensations, Philip Borsos confronte un duel haletant entre deux rivaux contraints de collaborer sous les feux des projecteurs. Alors que ce reporter commence Ă  gagner une popularitĂ© grandissante auprès des mĂ©dias, le tueur inconsidĂ©rĂ© dĂ©cide de prendre sa revanche sur son orateur afin de pouvoir renouer avec sa cĂ©lĂ©britĂ©. Face Ă  cette trahison, quoi de plus perfide que de mettre en place une une stratĂ©gie accès sur l'esprit de provocation et le rapt d'un otage. Dans ce jeu de duperie auquel leur rapport malsain est toujours plus Ă©troit, c'est une course poursuite endiablĂ©e que le journaliste va devoir finalement entamer afin de retrouver ATTENTION SPOILER sa femme en vie. FIN DU SPOILER. Efficacement rĂ©alisĂ© et surtout interprĂ©tĂ© avec dextĂ©ritĂ© par deux comĂ©diens inflexibles, Philip Borsos alterne Ă©tude de caractères, meurtres en sĂ©rie et action trĂ©pidante dans une dernière partie riche en rebondissements. Avec un certain rĂ©alisme et l'effet de suggestion, il n'oublie pas de renforcer le caractère crapuleux de son intrigue vis Ă  vis des crimes lâchement exĂ©cutĂ©s par un tueur sans vergogne. A l'image de cette sĂ©quence Ă©prouvante auquel un bĂ©bĂ© en larmes est retrouvĂ© aux abords d'une forĂŞt sous une pluie torrentielle alors que sa mère vient d'ĂŞtre dĂ©coupĂ©e en morceaux !


En privilĂ©giant la psychologie ambivalente de deux adversaires confrontĂ©s Ă  l'ascension de la popularitĂ©, Philip Borsos redouble d'efficacitĂ© pour mettre en exergue leur rivalitĂ© possessive. DominĂ© par la prĂ©sence indĂ©fectible de Kurt Russel, ce solide thriller est notamment pourvu d'une atmosphère blafarde (la ville de Miami risque Ă  tous moments d'ĂŞtre balayĂ©e par un ouragan !) que n'aurait pas reniĂ© Seven

27.09.13. 3èx
Bruno Matéï


jeudi 26 septembre 2013

Isolation. Grand Prix, Gérardmer 2006.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Billy O'Brien. 2005. Irlande/Angleterre/U.S.A. 1h35. Avec John Lynch, Essie Davis, Ruth Negga, Sean Harris, Marcel Lures, Crispin Letts, Stanley Townsend.

Sortie salles France: 7 Juin 2006

FILMOGRAPHIE: Billy O'Brien est un réalisateur irlandais.
2005: Isolation. 2014 : Scintilla (The Hybrid). 2016 : I Am Not a Serial Killer


Premier long-mĂ©trage du rĂ©alisateur irlandais Billy O'Brien, Isolation sort vainqueur de GĂ©rardmer en remportant le prestigieux Grand Prix et celui de la critique. InfluencĂ© par Alien et The Thing, mais sans jamais prĂ©tendre les plagier, cette sĂ©rie B horrifique redouble d'efficacitĂ© dans une structure narrative imparable alliant suspense anxiogène, intensitĂ© Ă©prouvante, terreur diffuse. Le Pitch: Dans une ferme, un agriculteur et son ex femme sont confrontĂ©s Ă  une menace biologique d'un genre nouveau. Celle d'une mutation gĂ©nĂ©tique fĂ©condĂ©e par l'une de leur vache. Huis-clos Ă©touffant rĂ©gi en interne d'une ferme isolĂ©e, Isolation ne perd pas de temps pour immerger le spectateur lors d'une sĂ©quence d'accouchement aussi dĂ©rangeante qu'ultra rĂ©aliste. Si bien qu'un agriculteur et une vĂ©tĂ©rinaire tentent dĂ©sespĂ©rĂ©ment d'extraire du ventre de sa mère un veau. Mais suite Ă  des manipulations gĂ©nĂ©tiques expĂ©rimentĂ©es par l'homme, cette gĂ©nisse y enfante un foetus difforme. Et ce dernier de produire Ă  son tour 6 nouveaux embryons dans l'estomac de sa mère ! Ainsi, dans un climat Ă  la fois humectĂ© et insalubre oĂą le peu de clartĂ© s'avère ternie par la nuit, nos 2 fermiers, un scientifique et un jeune couple en escapade tenteront de se dĂ©barrasser d'une crĂ©ature belliqueuse particulièrement insidieuse. Or, le problème avec cette nouvelle menace inconnue c'est qu'elle grossit rapidement après s'ĂŞtre nourrie de sang auprès de son hĂ´te et qu'elle rĂ©ussit par la mĂŞme occasion Ă  se dĂ©multiplier afin de propager une contamination. 


Pire encore, l'embryon est capable de corrompre des cellules humaines Ă  partir d'une simple morsure et ainsi provoquer une future mutation chez l'homme ! Ce scĂ©nario catastrophe alarmiste, Billy O'Brien le retransmet avec souci de vĂ©ritĂ© et du dĂ©tail scientifique. EpaulĂ© de la sobriĂ©tĂ© de comĂ©diens Ă  la dimension humaine en dĂ©sarroi (pour ne pas dire dĂ©pressive), Isolation distille une angoisse infiniment oppressante (juqu'au malaise viscĂ©ral) face Ă  des situations inopinĂ©es toujours plus embarrassantes. Sa rĂ©alisation habile exploitant parfaitement les recoins glauques de son dĂ©cor industriel (notamment un jeu contrastĂ© d'Ă©clairage limpide) et la manière pertinente dont le rĂ©alisateur structure l'embryon provoquant inĂ©vitablement l'effroi proprement dĂ©rangeant pour le spectateur incommodĂ© par tant de visions Ă  la fois horrifiantes, cauchemardesques, fĂ©tides. Sa morphologie indescriptible et son instinct de survie Ă  se planquer dans les recoins insalubres distillant un suspense mĂ©tronome auquel l'intensitĂ© des enjeux progressera d'un Ă©chelon vers son point d'orgue crucial. Sans esbroufe, le film joue donc la carte de l'ultra rĂ©alisme clinique en suscitant une apprĂ©hension anxiogène car il fait notamment appel Ă  la peur contemporaine des manipulations gĂ©nĂ©tiques. C'est Ă  dire le fait d'oser intĂ©grer des gènes Ă©trangers, animaux ou vĂ©gĂ©taux, dans le corps d'un membre d'une espèce distincte, ou encore d'y altĂ©rer les gènes d'un organisme afin de l'amĂ©liorer et de le rendre plus rentable.

 
Un mutant Ă  la ferme
A partir d'un canevas Ă©culĂ©, Billy O'Brien rĂ©invente le huis-clos claustro et la menace animale avec une efficacitĂ© effroyablement implacable. Le caractère parano des protagonistes livrĂ©s Ă  une Ă©preuve de force impitoyable accentuant le cĂ´tĂ© docu-vĂ©ritĂ© de cette horreur viscĂ©rale auquel un monstre hybride aura dĂ©cidĂ© d'annihiler notre monde. Sa physionomie squelettique, sorte de lombric Ă©laborĂ© Ă  partir d'os broyĂ©s et de viscères y transcende une oeuvre littĂ©ralement glauque, inquiĂ©tante, cauchemardesque de par la puissance de ses images crapoteuses terriblement dĂ©rangeantes... ad nauseam. Surtout lorsque l'on a affaire Ă  une horreur Ă©colo impartie Ă  la cause bovine soumise Ă  la mĂ©galomanie de l'homme vĂ©nal.  
Pour Public averti.

*Bruno

26.09.13.
04.08.23. 3èx

RĂ©compenses: Grand Prix Ă  GĂ©rardmer, 2006
Prix de la Critique à Gérardmer, 2006

Screamfest 2006 :

Meilleur film

Meilleure actrice Essie Davis

Meilleur réalisateur Billy O'Brien

mercredi 25 septembre 2013

Deadgirl

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Marcel Sarmiento et Gadi Harel. 2008. U.S.A. 1h41. Avec Shiloh Fernandez, Noah Segan, Michael Bowen, Candice Accola, Andrew DiPalma, Eric Podnar, Nolan Gerard Funk, Christina Blevins

Sortie salles France: 31 Janvier 2009 (DTV). U.S: 19 Septembre 2008

FILMOGRAPHIE: Marcel Sarmiento est un rĂ©alisateur, acteur, producteur, scĂ©nariste amĂ©ricain. 2003: It's better to be wanted for murder than not to be wanted at all. 2007: Toi, moi... et mon chien. 2008: Deadgirl.  2012: The ABCs of Death. Gadi Harel est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste israĂ©lien, nĂ© le 16 Mai 1971. 2002: Operation Midnight Climax. 2008: Deadgirl (Co-rĂ©alisateur)

 
Teen movie au vitriol sorti directement en DTV dans nos contrĂ©es, Deadgirl est un ovni putrescent, difficilement digĂ©rable par son absence totale d’empathie envers ses protagonistes et cette provocation jusqu’au-boutiste distillant un malaise poisseux avec une irresponsabilitĂ© dĂ©sarmante. Pour l’anecdote, le film est tirĂ© d’un scĂ©nario de Trent Haaga, ancien membre de l’Ă©curie dĂ©jantĂ©e Troma, Ă  qui l’on doit notamment Toxic Avenger 4 et de nombreux camĂ©os dans diverses productions de la firme.

Le pitch. Dans les sous-sols d’un hĂ´pital abandonnĂ©, deux adolescents dĂ©couvrent un cadavre dĂ©vĂŞtu. Surgie de nulle part, cette femme en voie de putrĂ©faction s’avère ĂŞtre une zombie enchaĂ®nĂ©e sur une table d’opĂ©ration. Comment est-elle arrivĂ©e lĂ , par qui, et depuis quand ? On ne le saura jamais. Pas plus que l’origine de ce chien-cerbère surveillant les alentours, comme vouĂ© Ă  la protĂ©ger. L’un des deux Ă©tudiants dĂ©cide alors de la violer, sombrant aussitĂ´t dans un culte de la perversion.

Ă€ la sortie de la projo, il est presque indĂ©cent de dĂ©voiler ses impressions tant l’expĂ©rience amorale semble dĂ©nuĂ©e de raisonnement, prisonnière des motivations putassières d’une bande de teenagers dĂ©complexĂ©s. Avec la volontĂ© Ă©vidente de choquer le spectateur et de l’entraĂ®ner dans un bad trip inĂ©dit (la sĂ©questration d’un cadavre mourant restant un cas d’Ă©cole dans les annales du zombie movie), Marcel Sarmiento et Gadi Harel n’hĂ©sitent jamais Ă  renchĂ©rir dans le sordide, nous immergeant dans leurs exactions sexuelles.

Gang bang volontiers Ă©mĂ©tique Ă  travers les Ă©changes avec une esclave zombie. ÉpaulĂ© par une photographie blafarde et des dĂ©cors rubigineux, Deadgirl instille un malaise persistant en Ă©talant les Ă©tats d’âme vĂ©reux d’ados Ă©cervelĂ©s, galvanisĂ©s par les penchants nĂ©crophiles de leur leader. Seul son acolyte restera l’Ă©lĂ©ment le moins corruptible, parce que plus sensĂ©, bien qu’incapable d’affirmer son refus ou d’extĂ©rioriser ses remords. Vivant reclus dans un foyer fracturĂ©, entre l’absence de sa mère et la prĂ©sence inhospitalière d’un beau-père alcoolique, Rickie rĂŞve de conquĂ©rir une lycĂ©enne inaccessible, dĂ©jĂ  engagĂ©e auprès d’une “terreur” du lycĂ©e. EmbarquĂ© dans cette sordide spirale et incapable d’imposer une autoritĂ©, il se rĂ©fugie dans les bas-fonds de l’hĂ´pital pour assister aux abus nĂ©crophiles. Le climat nausĂ©eux, l’ambiance de claustration, cette pièce calfeutrĂ©e oĂą les lycĂ©ens s’embrigadent, convoquent un sentiment d’impuissance et de voyeurisme malsain. Sans issue, les rĂ©alisateurs prolongent l’Ă©preuve de force immorale avec parfois une ironie sardonique dĂ©concertante (la tentative grotesque d’enlèvement d’une fille stoĂŻque sur un parking), jusqu’Ă  une conclusion nihiliste, refusant la rĂ©demption de l’amour. On sort de l’expĂ©rience incongrue aussi Ă©trangement fascinĂ© qu’Ă©prouvĂ©, avec l’amertume d’avoir participĂ© Ă  un dĂ©lire scabreux dĂ©nuĂ© d’Ă©thique.

L’Amour Ă  mort.
Sous couvert de frustration sexuelle, de remise en question morale et d’Ă©moi amoureux, Marcel Sarmiento et Gadi Harel dissèquent le malaise adolescent avec un parti pris aussi radical que profondĂ©ment dĂ©rangeant. Deadgirl s’apparente alors Ă  un teen movie nĂ©crosĂ©, vĂ©ritable cauchemar existentiel d’une jeunesse dĂ©pravĂ©e, totalement larguĂ©e par la dĂ©cence de la tendresse sentimentale. Quoi qu’on en dise, l’expĂ©rience a le mĂ©rite de rĂ©futer les conventions de l'entertainment pour revendiquer son constat immoral, nous plongeant dans les abysses d’une horreur fĂ©tide difficilement oubliable.

À découvrir avec précaution.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
25.09.13. 
15.01.24. 3èx

mardi 24 septembre 2013

CURSE OF CHUCKY

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bloody-disgusting.com

de Don Mancini. 2013. U.S.A. 1h33. Avec Brad Dourif, Fiona Dourif, Danielle Bisuttin, A Martinez, Brennan Elliott, Chantal Quesnelle, Kevin Anderson.

Sortie salles France: 1er Novembre 2013 (DTV). U.S: 8 Octobre 2013 (DTV)

FILMOGRAPHIE: Don Mancini est un scénariste, producteur et réalisateur américain, né le 25 Janvier 1963.
2004: Le Fils de Chucky
2013: Curse of Chucky



9 ans ! C'est le temps qu'il aura fallu à Chucky pour remonter les marches et se refaire une santé vers nos salles obscures, ou plutôt devant la lucarne de notre téléviseur puisque Curse of Chucky est directement passé par la trappe DTV ! Au vu du résultat désastreux du produit, on comprends aisément qu'une exploitation au cinéma aurait été une sacré prise de risque, voir un suicide commercial imparable. Alors pourquoi ce Dtv réalisé par le scénariste attitré de la saga, Don Mancini, (déjà responsable de l'excellent l'opus précédent, le Fils de Chucky), se vautre dans la banalité avec une telle insignifiance ? A cause d'un scénario inepte affligeant de bêtise, de comédiens stéréotypés dénués de toute psychologie et se situations rebattues de plus en plus lassantes.


Si le prologue futilement plaisant et son générique techniquement retors annonçait une éventuelle série B sympathique, la suite des évènements va prendre une tournure toujours plus conventionnelle quand Don Mancini tente de distiller un suspense lattent avant d'escompter les prochaines exactions de notre poupée de sang ! (la séquence du souper empoisonné s'avère un bon exemple pour la science de son intensité attendue !).
En guise de deuil, et avec l'aimable présence d'un prêtre, un trio d'amants vient rendre visite à Nica, jeune célibataire impotente vivant recluse parmi l'assistance de sa mère. Mais un mystérieux colis laissé par le facteur va transformer leur paisible existence en canular cauchemardesque !
Durant 45 minutes, on tente de s'attacher à nos personnages dans le huis-clos restreint de cette demeure familiale auquel une soeur cupide tente de négocier à son aînée handicapée la revente de la maison familiale depuis le décès accidentel de leur mère. Pour accentuer le côté manipulateur de la mégère, celle-ci fornique avec une femme de ménage topless ATTENTION SPOILER !!! alors que son mari suspicieux a déniché une trouvaille ingénieuse pour la surveiller (planquer une mini caméra dans la poche de vêtement de Chucky !). FIN DU SPOILER
Ce genre d'idĂ©es inutiles, Curse of Chucky en regorge, Ă  l'instar de l'Ă©troite relation que le rĂ©alisateur souhaite raccorder avec le premier volet de la saga initiĂ©e par Tom Holland. Avec une certaine prĂ©tention et refus d'ironie mordante, le rĂ©alisateur improvise une filiation parentale afin de justifier les nouvelles motivations vindicatives de Chucky, mais aussi dĂ©mystifier l'handicap corporel de notre hĂ©roĂŻne. Et Ă  se prendre trop au sĂ©rieux, ce Dtv trivial est donc plombĂ© par une quasi absence de dĂ©lire sardonique et la fadeur de quelques meurtres routiniers, Ă  deux exceptions près ! (ATTENTION SPOILER !!! la mort du prĂŞtre et celle du mari FIN DU SPOILER). MĂŞme son Ă©pilogue Ă  tiroirs, clins d'oeil caustiques aux deux rĂ©cents Ă©pisodes, ne fait preuve d'aucune originalitĂ© pour tenter de nous surprendre avec l'apparition d'une icone sexuelle ! Sans vouloir faire preuve de mauvaise foi, j'ajoute enfin que notre poupĂ©e molle du genou fait ici pâle figure car elle semble fatiguĂ©e Ă  daigner commettre ses nouveaux forfaits (le caractère haletant des dernières altercations est dĂ©nuĂ© de toute intensitĂ©) tout en tentant d'inculquer sa doctrine auprès d'une fillette (le rejeton docile de la soeur infidèle).  


Out of order
Par son absence totale de suspense, d'originalité, de terreur et de rythme alerte, Curse of Chucky s'avère le plus mauvais épisode de la saga, d'autant plus desservi par une facture télévisuelle blafarde (la plupart des séquences se déroulant le plus souvent dans une lumière nocturne). Et il faudra sans doute faire preuve d'indulgence pour trouver l'ensemble distrayant.

24.09.13
Bruno Matéï

                                     

jeudi 19 septembre 2013

Hostel, Chapitre 2 (Hostel: Part 2)

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site impawards.com

de Eli Roth. 2007. U.S.A. 1h35. Avec Lauren German, Bijou Philips, Heather Matarazzo, Jay Hernandez, Roger Bart, Vera Jordanova.

Sortie salles France: 11 Juillet 2007. U.S: 8 Juin 2007

FILMOGRAPHIE: Eli Roth est un réalisateur américain, né le 18 Avril 1972 à Boston.
2002: Cabin Fever. 2006: Hostel. 2007: Thanksgiving (faux trailer). 2007: Hostel 2. 2009: Nation's Pride - Stolz der Nation (trailer). 2013: The Green Inferno.


Rares sont les suites qui parviennent Ă  supplanter leur modèle. Jubilatoire et fascinant autant qu'inquiĂ©tant et profondĂ©ment dĂ©rangeant par son ultra perversitĂ© hallucinĂ©e.
Durant le phĂ©nomène du torture porn initiĂ© par Saw, Eli Roth nous offrit Ă©galement sa copie avec un pur film d'exploitation moins roublard mais tout aussi hardcore, Hostel. Un an plus tard, il dĂ©cide de  remettre le couvert avec ce second chapitre toujours produit par son compère Quentin Tarantino. Hostel 2 reprend donc le mĂŞme concept linĂ©aire auquel de traditionnels touristes Ă©garĂ©s en Slovaquie deviendront les futurs cobayes de rupins assoiffĂ©s de sang et de perversitĂ©. Sauf qu'en l'occurrence, les victimes ne sont plus de jeunes dragueurs machistes mais trois fĂŞtardes un peu trop influençables (tout du moins chez 2 d'entre elles). Avec sa photo saturĂ©e et l'aspect flamboyant de dĂ©cors stylisĂ©s (la fĂŞte Ă©sotĂ©rique au sein du village, la pièce des trophĂ©es oĂą sont Ă©tagĂ©es les tĂŞtes dĂ©capitĂ©es, l'antichambre des tortures gĂ©rĂ©e Ă  l'instar d'une forteresse), Eli Roth nous plonge dans un nouveau bain de sang oĂą l'art du supplice est nĂ©gociĂ©e aux enchères par la tĂ©lĂ©phonie mobile de riches notables. De par l'efficacitĂ© d'un suspense expectatif, Hostel 2 joue autant la carte de l'humour noir violemment sardonique que de la perversitĂ© innommable sous l'entremise de deux bourgeois en quĂŞte de plaisir morbide. En apprĂ©ciant la mĂ©chancetĂ© de son intensitĂ© dramatique en crescendo dĂ©nuĂ©e de concession. 


Alors que l'un s'excite Ă  l'idĂ©e de commettre ses horribles mĂ©faits sur une jolie Ă©tudiante, l'autre semble beaucoup plus distant et timorĂ© Ă  oser braver l'interdit. C'est dans la caractĂ©risation de ces antagonistes maladifs, deux pères de familles aisĂ©s qu'Eli Roth prend soin de nous dĂ©velopper leur divergence morale. Roger Bart (dĂ©couvert dans la sĂ©rie Desperate Housewives) insufflant une complexitĂ© psychologique dans son esprit introverti et refoulĂ©, faute d'une mĂ©gère asexuelle, mais nĂ©anmoins rattrapĂ© par ses pulsions misogynes. En père de famille contrairement serein et plein d'aplomb, Richard Burgi (Ă©galement issu de la mĂŞme sĂ©rie TV !) lui partage la vedette avec un cynisme pervers autrement assumĂ©. La densitĂ© nĂ©vrotique qu'ils vĂ©hiculent spontanĂ©ment s'avère donc l'atout capital pour l'entreprise de ce second chapitre. Quand aux trois jeunes Ă©tudiantes, consĂ©cutivement endossĂ©es par Lauren German, Bijou Phillips et Heather Matarazzo, elles rĂ©ussissent Ă  nous retransmettre leur douleur morale et leur affres de la mort avec une fragilitĂ© fĂ©minine beaucoup plus empathique que nos machistes lubriques du prĂ©cĂ©dant opus. En manipulatrice aguicheuse oh combien insidieuse, la sublime et longiligne Vera Jordanova impose l'antinomie d'une prĂ©datrice vĂ©nale sous son regard noisette de louve mesquine.


EmaillĂ© de sĂ©quences chocs douloureuses et radicales (le supplice du bain de sang inspirĂ© par la comtesse Elisabeth Bathory est une scène d'anthologie Ă  marquer d'une pierre blanche), non exempt d'humour potache vers son dernier quart d'heure festif (le dĂ®ner anthropophage que Ruggero Deodato pratique en autodĂ©rision, la partie de foot des orphelins avec une tĂŞte dĂ©capitĂ©e, l'Ă©masculation risible), Hostel 2 bĂ©nĂ©ficie d'un savoir-faire infaillible auprès de son efficacitĂ© mĂ©tronome culminant Ă  l'horreur hardcore aussi incisive que dĂ©rangeante. Son constat social sur la cupiditĂ© dĂ©montrant aussi avec ironie mordante Ă  quel point l'argent, la richesse, le pouvoir peuvent conditionner les bas instincts des fortunĂ©s les plus dĂ©pravĂ©s. Une sĂ©quelle supĂ©rieure Ă  son modèle donc, techniquement mieux maĂ®trisĂ©e, formellement rutilante (avec un sens du dĂ©tail constamment stylisĂ© !), si bien que l'effet de surprise est (miraculeusement) renouvelĂ© de par la densitĂ© psychologique des antagonistes et des victimes soumises s'efforçant de s'extirper de l'atrocitĂ© avec une force d'expression Ă  la fois dĂ©munie et hystĂ©risĂ©e. A ne pas rater, en le priorisant toutefois Ă  un public aguerri (il est d'ailleurs interdit aux - de 16 ans). 

La Chronique de Hostel: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/01/hostel.html

*Bruno Matéï
19.09.13. 
23.04.22. 3èx

mercredi 18 septembre 2013

Philadelphia Experiment. Meilleur Film au Fantafestival, 1985

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Stewart Raffill. 1984. U.S.A. 1h42. Avec Michael Paré, Nancy Allen, Eric Christmas, Bobby Di Cicco, Louise Latham, Stephen Tobolowsky.

Sortie salles France: 16 Janvier 1985. U.S: 3 AoĂ»t 1984

FILMOGRAPHIE: Stewart Raffill est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain, nĂ© le 27 Janvier 1942 au Royaume-Uni. 1971: The Tender Warrior. 1974: When the North Wind Blows. 1975: La LibertĂ© Sauvage. 1976: Across the Great Divide. 1978: Les NaufragĂ©s de l'Ă®le perdue. 1981: Les Risques de l'Aventure. 1984: The Ice Pirates. 1984: Philadelphia Experiment. 1988: Mac et Moi. 1991: Mannequin: on the move. 1994: l'Ami Africain. 1994: Tammy and the T-Rex. 1998: Les NaufragĂ©s du Pacifique. 1999: Grizzly Falls. 2001: A Month of Sunday. 2005: Survie: les naufragĂ©s. 2007: Croc (tĂ©lĂ©-film). 2007: Bad Girl Island. 2010: Standing Ovation.


Dans la lignĂ©e de Nimitz, Retour vers l'enferPhiladelphia Experiment inverse sa situation temporelle pour confronter deux gabiers des annĂ©es 40 dans l'Ă©poque contemporaine de 1984. Car suite Ă  une expĂ©rience scientifique destinĂ©e Ă  rendre invisible un navire de guerre des radars ennemis, nos deux matelots se retrouvent projetĂ©s 41 ans plus tard sur le mĂŞme lieu de leur disparition. Au mĂŞme moment, dans une base militaire, le Dr Longstrat s'aperçoit qu'une ville cĂ´tière a entièrement disparu ! InspirĂ© d'une lĂ©gende urbaine fondĂ©e sur l'expĂ©rience de Philadelphie (Project Rainbow) qui aurait consistĂ© Ă  rendre invisible le navire USS Eldridge le 23 Octobre 1943, Philadelphia Experiment joue la carte de la sĂ©rie B en alternant fougueusement action, science-fiction et bons sentiments Ă  rythme mĂ©tronomique.  Nancy Allen / Michael ParĂ© demeurant très attachants en hĂ©ros de dernier ressort apprenant Ă  se connaĂ®tre pour finalement s'Ă©treindre amoureusement au fil d'un cheminement investigateur fertile en mauvaises rencontres policières, courses poursuites (sur bitume et Ă  travers champs) et revirements dramatiques (la disparition de son ami et surtout ses retrouvailles avec Jim et Pamela s'avĂ©rant les moments les plus poignants du film).


Ainsi, Ă  travers sa folle histoire rocambolesque (estampillĂ©e John Carpenter) et sa mise en scène aussi modeste que scrupuleuse Ă  l'Ă©coute de ses personnages, Stewart Raffill combine avec rĂ©elle efficacitĂ© l'action trĂ©pidante (les diverses courses-poursuites de nos hĂ©ros amorcĂ©es contre les forces de l'ordre, les quelques incidents mortels qui s'ensuivent, l'altercation dans l'hĂ´pital) et l'anticipation technologique Ă©paulĂ©e d'effets spĂ©ciaux assez crĂ©dibles (avec en sus, l'emploi de certaines images de synthèses) pour s'immerger avec voluptĂ© dans la brèche temporelle. EmaillĂ© de surprenants soubresauts (la ville soudainement ensevelie dans l'espace temps) et d'idĂ©es pittoresques (le futur prĂ©sident Ronald Regan jouant les cowboys dans les westerns de sĂ©rie B, la diffusion des Monstres de la mer Ă  la TV d'un bar que nos hĂ©ros reluquent, les punks accoutrĂ©s de crĂŞtes colorĂ©es, le travelo racolant David lors de sa garde Ă  vue !), Philadelphia Experiment se dĂ©cline en palpitant divertissement  plein de charme et de nobles sentiments qu'on ne retrouve guère aujourd'hui. L'humilitĂ© des protagonistes ainsi que la trogne affable des seconds rĂ´les renforçant le charme rĂ©tro de ce voyage temporel inscrit dans la volontĂ© d'y braver ses doutes et ses peurs en tentant de percer la vĂ©ritĂ© d'une expĂ©rience incongrue.


Rondement menĂ© Ă  travers une moisson de sentiments Ă  la fois mĂ©lancoliques et exaltants, d'anticipation dĂ©bridĂ©e et d'actions soumises au fil narratif, Philadelphia Experiment  demeure une rĂ©jouissante sĂ©rie B qui saura encore sĂ©duire la gĂ©nĂ©ration 80 la plus sensible. Si bien que son charme candide dĂ©nuĂ© de toute forme de prĂ©tention nous parait aujourd'hui encore plus probant (ou alors aussi expressif) au sein de notre Ă©poque davantage pisse-froid et obscurantiste, et ce Ă  l'aide d'une pointe de nostalgie gratifiante. Au demeurant, je peux mĂŞme prĂ©tendre aujourd'hui (passĂ© le 4è visionnage !) qu'il s'agit d'une des meilleures sĂ©ries B des annĂ©es 80 (qui plus est beaucoup plus rĂ©ussie, fascinante et captivante que son homologue Nimitz, retour vers l'Enfer). 

*Bruno
24.09.21. 4èx
18.09.13

Ci-joint la chronique video de Jean-Marc Micciche


lundi 16 septembre 2013

Le Facteur sonne toujours 2 fois / "The Postman always rings twice"

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site listal.com

de Bob Rafelson. 1981. U.S.A. 2h00. Avec Jack Nicholson, Jessica Lange, John Colicos, Michael Lerner, William Traylor, John P. Ryan, Angelica Huston.

Sortie salles U.S: 20 Mars 1981

FILMOGRAPHIE: Bob Rafelson est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 21 Février 1933 à New-York. 1968: Head. 1970: Cinq pièces faciles. 1972: The King of Marvin Gardens. 1976: Stay Hungry. 1981: Le Facteur sonne toujours 2 fois. 1986: La Veuve Noire. 1989: Aux Sources du Nil. 1992: Man Trouble. 1996: Blood and Wine. 1998: Poodle Springes (télé-film). 2002: Sans motif apparent.

Remake du film homonyme de Tay Garnett, adaptĂ© du cĂ©lèbre roman de James M. Cain, le Facteur sonne toujours 2 fois adopte une dĂ©marche plus sulfureuse sous la houlette du rĂ©alisateur Bob Rafelson pour l'audace d'un Ă©rotisme torride (le coĂŻt dans la cuisine reste dans toutes les mĂ©moires). RĂ©unissant deux illustres acteurs incarnant avec passion un duo d'amants diaboliques, ce thriller habilement charpentĂ© allie leur romance dĂ©chue avec une acuitĂ© Ă©motionnelle somme toute Ă©lĂ©giaque. 

Le pitchDans le Middle-West des annĂ©es 30, deux amants paumĂ©s vont tenter de se dĂ©barrasser du mari gĂŞnant afin d'assouvir leur nouvelle relation. Mais rien ne se dĂ©roulera comme prĂ©vu...  

AurĂ©olĂ© d'une aura de scandale dès sa sortie internationale pour la verdeur Ă©rotique de sa sĂ©quence prĂ©-citĂ©e, le Facteur sonne toujours deux fois continue toujours de surprendre Ă  travers la violence ardente d'Ă©bats passionnels. Si bien que cette charge torride que Jessica Lange et Jack Nicholson retransmettent vigoureusement enveloppe tout le rĂ©cit par leur complicitĂ© faillible et leur dĂ©sespoir amoureux Ă  tenter de fonder une aubaine conjugale.

Sous ses atours de thriller criminel au suspense sous-jacent et aux rebondissements parfois fortuits - notamment Ă  travers les magouilles Ă©difiantes de la jurisprudence - Bob Rafelson transcende le drame passionnel pour sublimer le portrait subversif d’amants broyĂ©s par leur frustration sociale. Par l’Ă©lĂ©gance formelle de sa mise en scène appliquĂ©e - reconstitution soignĂ©e de l’après-crise de 1929, baignĂ©e d’une photo sĂ©pia - Le Facteur sonne toujours deux fois nous ensorcelle dans un climat feutrĂ© oĂą deux amants s’enfoncent dans la dĂ©veine Ă  mesure que leur entreprise crapuleuse s’accomplit.

En amant meurtrier, Jack Nicholson magnĂ©tise l’Ă©cran, endossant avec ambiguĂŻtĂ© la figure d’un marginal flâneur et infidèle, mais rĂ©solument dĂ©terminĂ© Ă  conquĂ©rir sa dulcinĂ©e. PaumĂ©e et effrontĂ©e, dĂ©bordante de fragilitĂ© amoureuse, Jessica Lange lui donne la rĂ©plique avec une complicitĂ© vĂ©nale empreinte d’idĂ©ologie immorale. La beautĂ© suave qu’elle dĂ©gage, la charge sensuelle violente qu’elle distille Ă  travers son regard doucement carnassier insufflent un jeu de sĂ©duction digne des grandes figures fatales. Corps et âme, les deux interprètes composent un couple fĂ©brile, aussi dĂ©sespĂ©rĂ© que dĂ©lĂ©tère, nourrissant l’envoĂ»tement malsain de leur nĂ©vrose commune.

DĂ©clinaison charnelle portĂ©e par une aura Ă©rotique omniprĂ©sente, un score mĂ©lancolique entĂŞtant et l’alchimie incendiaire du couple Nicholson / Lange, transperçant l’Ă©cran par la fusion de leurs corps et de leurs pulsions, Le Facteur sonne toujours deux fois oppose le thriller Ă©rotique au drame romanesque avec une intensitĂ© Ă©motionnelle profondĂ©ment bouleversante. Un classique ambitieux et rĂ©solument moderniste qui, Ă  mon sens - subjectif et assumĂ© - transcende mĂŞme son modèle notoire, autrement plus prude et docile. Une fois n’est pas coutume. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
16.09.13. 3èx


vendredi 13 septembre 2013

La Colline a des yeux / The Hills Have Eyes. Prix du Jury Ă  Catalogne

                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thefilmpilgrim.com

de Wes Craven. 1977. U.S.A. 1h29. Avec Susan Lanier, Robert Houston, Martin Speer, Dee Wallace Stone, Russ Grieve, John Steadman, James Whitworth, Virginia Vincent, Lance Gordon, Michael Berryman.

Sortie salles France: 20 Juin 1979. U.S: 22 Juillet 1977

FILMOGRAPHIE: Wesley Earl "Wes" Craven est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur et monteur né le 2 Aout 1939 à Cleveland dans l'Ohio. 1972: La Dernière maison sur la gauche, 1977: La Colline a des yeux, 1978: The Evolution of Snuff (documentaire), 1981: La Ferme de la Terreur, 1982: La Créature du marais, 1984: Les Griffes de la nuit, 1985: La Colline a des yeux 2, 1986: l'Amie mortelle, 1988: l'Emprise des Ténèbres, 1989: Schocker, 1991: Le Sous-sol de la peur, 1994: Freddy sort de la nuit, 1995: Un Vampire à brooklyn, 1996: Scream, 1997: Scream 2, 1999: la Musique de mon coeur, 2000: Scream 3, 2005: Cursed, 2005: Red eye, 2006: Paris, je t'aime (segment), 2010: My soul to take, 2011: Scream 4.


                      "Ma première dĂ©cision a Ă©tĂ© de filmer comme dans les actualitĂ©s". Wes Craven
 
"Carnage au bout du désert".
Cinq ans après le traumatisme La Dernière Maison sur la Gauche, Wes Craven renoue avec l’ultra-violence en mode docu-vĂ©ritĂ© avec La Colline a des Yeux. Vaguement inspirĂ© d’une lĂ©gende Ă©cossaise du XVe siècle, le film retrace la survie d’une famille de vacanciers face Ă  l’offensive d’une bande de cannibales, quelque part dans le dĂ©sert du Nouveau-Mexique. Non content d’avoir Ă©branlĂ© des millions de spectateurs avec son premier long, Craven persiste dans l’horreur craspec avec ce survival d’une rare intensitĂ©.

Grâce Ă  un concept aussi dĂ©bridĂ© qu’original — planquĂ©e derrière ses collines, une famille de rednecks sauvages attaque les voyageurs pour les bouffer — La Colline a des Yeux provoque une stupeur inĂ©dite. La trogne patibulaire des cannibales, leur dĂ©froque de peaux de bĂŞtes, Ă©voquent un retour brutal Ă  l’Ă©poque de NĂ©andertal. Et les paysages rocailleux, brĂ»lĂ©s de soleil, renforcent ce sentiment de dĂ©paysement insolite qu’on observe avec une fascinante anxiĂ©tĂ©. LĂ -dessus, Craven excelle Ă  instiller dans sa première partie une atmosphère crĂ©pusculaire, presque suffocante, lorsque les vacanciers, dĂ©sorientĂ©s, errent autour de leur caravane après la disparition du père, trop longtemps absent.

PassĂ©e cette mise en place d’une angoisse sourde, Craven fait exploser une violence insoutenable : deux des cannibales parviennent Ă  s’introduire dans la caravane, et ce qui suit relève d’un carnage d’un rĂ©alisme sec, frontal, glaçant. La brutalitĂ© saisit Ă  la gorge. Les corps tombent. L’horreur devient insupportable, tant la sauvagerie s’abat sur ces victimes avec une cruautĂ© implacable. Le spectateur, clouĂ©, subit cette dĂ©ferlante de haine et d’inhumanitĂ©. La femme paie le prix fort. Un bĂ©bĂ© frĂ´le la mort. La tension atteint son paroxysme, et elle n’a rien perdu de sa puissance, mĂŞme aujourd’hui.

La dernière partie — la plus incisive, la plus nerveuse — s’engage alors dans la voie du revenge. Dans un Ă©lan de survie, les derniers rescapĂ©s retournent la violence contre leurs tortionnaires. Ils improvisent, piègent, tuent. Comme dans La Dernière Maison sur la Gauche, Craven interroge la frontière entre justice et barbarie. Il ausculte ce point de bascule oĂą l’homme civilisĂ©, brisĂ© par l’injustice, devient Ă  son tour un monstre, mĂ» par une pulsion primitive plus haineuse encore que celle de ses agresseurs. Le montage nerveux, les altercations haletantes, la rage brute des corps au combat : tout nous implique. On serre les dents avec eux, on s’enfonce dans cette rancune malsaine qui gomme les diffĂ©rences entre l’homme et l’animal.


"Anthropophagie américaine".
Des dĂ©cennies après sa sortie, La Colline a des Yeux n’a rien perdu de sa vigueur estomaquante ni de son efficacitĂ© sauvage. Son humour noir, sec, vitriolĂ©, en renforce encore l’Ă©trangetĂ© grinçante. Une Ĺ“uvre culte, puissamment Ă©prouvante — peut-ĂŞtre l’une des plus viscĂ©rales de son auteur, si l’on accepte, çà et lĂ , une certaine rudesse de mise en scène.
 
*Bruno
13.09.13. 6èx
 
Récompense: Prix du Jury au Festival International de Catalogne, 1977

La Chronique de la Colline a des Yeux (2006): http://brunomatei.blogspot.fr/20…/…/la-colline-des-yeux.html

"Visiblement, ce film de Wes Craven est destiné à épouvanter. C'est surtout sa médiocrité qui fait peur"
Jean-Paul Grousset, Le Candard Enchaîné, 27 Juillet 1979

"C'est horrible et totalement abject." Jean Wagner, Télérama, 04 Juillet 1979

"Lorsque le réalisateur n'a d'autre préoccupations que de mettre en images un spectacle de violence complaisant flattant les plus bas instincts de racisme et d'intolérance, on n'obtient des films comme (...) l'odieux La Colline a des Yeux. (...) Par son efficacité et par son sens de l'effet immédiat, La Colline a des Yeux est, ni plus ni moins, une incitation au crime."
Gilles Gressard, Mad Movies, Juin 1980.

"La Colline a des yeux est le film le plus écoeurant et le plus estomaquant que j'ai vu de toute ma vie."
Sam Raimi.

La réception de la Colline a des yeux en France n'a rien de glorieux. Il sort discrètement durant le mois de Juillet 1979. Sans vraie promotion, le film est descendu en flèche par la majorité des critiques. Moins offensés qu'affligés, ils témoignent de leur consternation devant cette "chose" qu'ils ne comprennent pas. Seul, l'ECRAN FANTASTIQUE se fend, sur le tard, d'une critique élogieuse.

jeudi 12 septembre 2013

ATTENTION, LES ENFANTS REGARDENT

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinemapassion.com

de Serge Leroy. 1978. 1h43. France. Avec Alain Delon, Sophie Renoir, Richard Constantini, Thierry Turchet, Tiphaine Leroux, Adelita Requena, Henri Vilbert.

FILMOGRAPHIE: Serge Leroy est un réalisateur français, né le 14 Mai 1937 à Paris, décédé le 27 Mai 1993.
1973: Le Mataf. 1975: La Traque. 1977: Les Passagers. 1978: Attention, les enfants regardent. 1981: Pause-café. 1982: Légitime Violence. 1983: L'Indic. 1985: Double Face (téléfilm). 1985: Le Quatrième Pouvoir. 1988: Contrainte par corps. 1989: Pause-café, pause tendresse. 1989: Une saison de feuilles (télé-film). 1991: Les Cahiers Bleus (télé-film). 1992: Maigret chez les Flamands (télé-film). 1992: Maigret et le corps sans tête (télé-film). 1993: Taxi de Nuit.


    Thriller à suspense méconnu car peu diffusé à la TV et occulté par une majorité de cinéphiles, Attention, les Enfants regardent est, à l'instar de Demain les Mômes, l'une des rares réussites françaises à avoir su traiter du thème de l'enfance diabolique. Avec la présence notable d'Alain Delon, en vagabond condescendant, et un quatuor d'enfants étonnamment crédibles, cette oeuvre dérangeante pointe du doigt les effets néfastes de la TV envers son jeune public, particulièrement l'influence de la violence complaisamment illustrée au cinéma.


    A la suite de la noyade de leur majordome, des enfants livrés à eux mêmes, car dispensés de l'autorité parentale, profitent de leur autonomie au sein d'une villa familiale. Mais un inconnu, préalablement témoin de l'accident meurtrier, décide de les faire chanter afin de pouvoir séjourner dans la maison.
    Avec rĂ©alisme et efficacitĂ©, le rĂ©alisateur de la Traque autopsie ici la dĂ©gĂ©nĂ©rescence morale d'une bande de marmots indisciplinĂ©s, car livrĂ©s Ă  l'anarchie depuis que leurs parents ont pliĂ© bagage Ă  l'Ă©tranger. Profitant d'une libertĂ© totale, nos quatre bambins s'autorisent tous les excès afin de pouvoir s'Ă©panouir dans les loisirs et refonder un semblant de vie quotidienne en s'inspirant de celle de leurs parents. Malencontreusement, ils vont devoir se mesurer Ă  l'intrusion d'un Ă©trange inconnu surgi de nulle part. Avec l'influence perverse de l'aĂ®nĂ©e autoritaire, les cadets vont peu Ă  peu se laisser endoctriner pour tenter de commettre un assassinat. DĂ©jĂ  responsable de la mort accidentelle de la bonne, les enfants semblent de plus en plus dĂ©tachĂ©s de leur nouveau train de vie pour oser commettre l'irrĂ©parable. Sous le mode du thriller psychologique, Serge Leroy allie le drame social tristement actuel puisqu'ici, des gosses de riches vont s'inspirer de la violence vue Ă  la tĂ©lĂ© pour se dĂ©barrasser d'adultes autoritaires afin de prolonger leur libre indĂ©pendance.


    CarrĂ© blanc 
    Cri d'alarme envers la dĂ©mission parentale auquel l'enfant indisciplinĂ©, dĂ©nuĂ© de repère, n'a plus aucune notion du bien et du mal, Attention les Enfants regardent vĂ©hicule une inquiĂ©tude sous-jacente jusqu'au malaise Ă©prouvĂ© face Ă  la culpabilitĂ© des mĂ©dias. Avec une certaine audace, Serge Leroy façonne un curieux suspense psychologique, d'autant plus que l'innocence machiavĂ©lique des enfants insuffle une aura insolite au climat Ă©thĂ©rĂ© de la pellicule. 

    La Chronique de La Traque: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/03/la-traque.html
    12.09.13. 2èx
    Bruno Matéï

    mercredi 11 septembre 2013

    Explorers

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zootropita.wordpress.com

    de Joe Dante. 1985. U.S.A. 1h46 (1h49 extented cut). Avec Ethan Hawke, River Phoenix, Jason Presson, Dick Miller, Bobby Fite.

    Sortie salles France: 18 Décembre 1985. U.S: 12 Juillet 1985

    FILMOGRAPHIE: Joe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978: Piranhas,1981 : Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure, 1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound. 2009: The Hole.


    De la magie à l'état pur injustement infortunée, bain de jouvence afin de stimuler l'enfant tapi en nous.
    Un après le succès planĂ©taire de Gremlins, Joe Dante revient avec un cinĂ©ma plus intime pour autant fantasque et dĂ©bridĂ© (l'anthologie du final cartoonesque) dans ce moment de fĂ©erie en apesanteur que symbolise Explorers. Une aventure spatiale insensĂ©e auquel un trio de bambins malicieux dĂ©cide de voyager dans l'espace Ă  l'aide d'une capsule confectionnĂ©e de bric et de broc. Divertissement familial par excellence, Explorers s'inscrit dans une dĂ©marche si intègre Ă  daigner illustrer un conte fantastique influencĂ© par le sens du merveilleux. A l'instar lyrique de ces sĂ©quences de rĂŞve aĂ©riennes que l'un de nos hĂ©ros matĂ©rialise durant son sommeil afin de s'Ă©vader de sa routine. Avec d'Ă©tonnantes plages de poĂ©sie aux trucages toujours aussi persuasifs (les premiers essais scientifiques avec la bulle, leur escapade nocturne Ă  bord de leur capsule, l'odyssĂ©e spatiale qui s'ensuit et leur rencontre extravagante avec les E.T), Explorers nous entraĂ®ne dans une expĂ©dition fantasmatique parmi la curiositĂ© de gamins avides de dĂ©couverte auprès d'univers insondables. Ainsi, de par le refus des conventions et du stĂ©rĂ©otype, Joe Dante nous caractĂ©rise des aventuriers infantiles infiniment attachants et fragiles Ă  travers leur carapace humaine. Dans la mesure d'une rĂ©flexion existentielle avec la nature belliqueuse de l'homme (son instinct dĂ©libĂ©rĂ©ment destructeur entraperçu Ă  travers le cinĂ©ma de sĂ©rie B) et d'une quĂŞte sentimentale pour leurs premiers Ă©mois amoureux (la relation naissante de Ben avec sa voisine de palier). 


    Pas de marmots turbulents donc complaisamment interprĂ©tĂ©s mais de p'tits gĂ©nies attendrissants fĂ©rus de soif de dĂ©couverte auprès des galaxies stellaires. Au-delĂ  de son hymne Ă  l'exaltation du rĂŞve, Explorers demeure notamment un vibrant hommage au cinĂ©ma de science-fiction des annĂ©es 50, (particulièrement la Guerre des mondes) Ă  travers l'aspect exubĂ©rant des extra-terrestres et des dĂ©cors kitchs particulièrement insolites (le dĂ©dale industriel du vaisseau spatial jonchĂ© de chambres multiformes ne cesse de nous dĂ©payser avec curiositĂ©). Mais l'aspect le plus jouissif s'avère la confrontation entreprise entre nos voyageurs en herbe et les monstres tentaculaires d'apparence "fluo".  Et donc, Ă  travers leur tentative de communication, Joe Dante nous Ă©nonce en filigrane une satire acide de la sous-culture, du consumĂ©risme et du pouvoir de la tĂ©lĂ©vision auquel les ĂŞtres humains s'y sont vulgairement abreuvĂ©s ! (mĂŞme si ici ce sont les enfants qui sont pointĂ©s du doigt). Si bien que depuis des siècles, nos extra-terrestres contemplatifs ont pu s'instruire Ă  travers nos retransmissions audiovisuelles de jeux tĂ©lĂ©visĂ©s, de B movies et de show animĂ©s. Tenant un discours incohĂ©rent face Ă  leurs invitĂ©s terriens en parodiant machinalement les sketchs saugrenues de show TV, les martiens ironisent en diable Ă  nous caricaturer tels des Ă©trangers Ă©cervelĂ©s d'autant plus hostiles Ă  travers notre dĂ©marche destructrice (annihiler l'Ă©tranger stellaire est le thème rĂ©current abordĂ© dans la sĂ©rie B de science-fiction). 


    Cap sur les Etoiles. 
    Bijou immuable de fantaisie, d'inventivitĂ©, de tendresse et de fĂ©erie Ă  l'instar d'une expĂ©dition humaine inoubliable, Explorers constitue une denrĂ©e caustique pour le divertissement familial car il s'adresse autant aux enfants mĂ©ditatifs qu'aux adultes Ă©rudits pour sa satire assĂ©nĂ©e Ă  la sous-culture.  

    *Bruno
    03.01.23. 4èx
    11.09.13.

    mardi 10 septembre 2013

    Mad-Max: Au delĂ  du Dome du Tonnerre / Mad Max: Beyond Thunderdome

    Photo empruntée sur Google, appartenant au site lluviadeestrellasenlaloberia.blogspot.com

    de Georges Miller et George Ogilvie. 1985. Australie/U.S.A. 1h47. Avec Mel Gibson, Tina Turner, Bruce Spence, Adam Cockburn, Frank Thring, Angelo Rossitto, Paul Larsson.

    Sortie salles France: 25 Septembre 1985. U.S: 10 Juillet 1985

    FILMOGRAPHIE: Georges Miller est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur australien, nĂ© le 3 Mars 1945 Ă  Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delĂ  du dĂ´me du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rĂŞve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max 4; Fury Road. 

    Avant-propos (du 24/05/23) : En espĂ©rant que, depuis la regrettable disparition de Tina Turner, ce magnifique opus humaniste soit enfin reconsidĂ©rĂ© Ă  sa juste valeur — avec une touche aujourd’hui autrement Ă©lĂ©giaque.

    Quatre ans après le phĂ©nomène planĂ©taire Mad Max 2, George Miller rempile pour un troisième opus influencĂ© par la notion humaniste de son hĂ©ros dĂ©chu. Alors que des millions de fans espĂ©raient un avatar aussi homĂ©rique que son modèle barbare, la dĂ©ception fut rude pour une majoritĂ© d’aficionados. Or, avec luciditĂ© — et le refus de remaker l’Ă©lite d’un western post-apo truffĂ© de cascades Ă©bouriffantes — Miller prend le risque de dĂ©concerter son public avec ce troisième volet, autrement docile, assagi et optimiste que ses aĂ®nĂ©s. En jouant la carte du lyrisme et du dĂ©paysement, Mad Max 3 nous dĂ©voile cette fois un guerrier de la route apaisĂ©, idĂ©alisĂ© par la candeur d’une escouade de sauvageons en quĂŞte d’apprentissage.

    Pitch : Dans la citĂ© de Trocpolis, oĂą son vĂ©hicule vient d’ĂŞtre dĂ©robĂ©, Max est contraint de combattre vaillamment un adversaire colossal pour rĂ©cupĂ©rer son bien et prendre le contrĂ´le du monde souterrain. Épargnant in extremis son rival, il est condamnĂ© par leur leader au Goulag, vaste dĂ©sert aride dĂ©nuĂ© de toute prĂ©sence humaine. Ou presque. Car une tribu d’enfants pacifistes, gouvernĂ©e par la matriarche Savanah, va lui porter secours, persuadĂ©e que cet inconnu est le messie d’une ancienne prophĂ©tie : le Capitaine Walker. Une opportunitĂ© inespĂ©rĂ©e leur permettant d’envisager la rĂ©paration de leur Boeing accidentĂ© et l’espoir d’amorcer un pĂ©riple vers la contrĂ©e inexplorĂ©e d’une terre promise.

    Ĺ’uvre maudite (euphĂ©misme), tant elle fut dĂ©prĂ©ciĂ©e et conspuĂ©e par des puristes littĂ©ralement intransigeants, Mad Max 3 s’offre pourtant la subtilitĂ© de ne pas bĂŞtement reproduire l’anthologie des cascades homĂ©riques sublimĂ©e dans les opus prĂ©cĂ©dents. InfluencĂ© ici par le pĂ©plum (toute la première partie, trĂ©pidante, confinĂ©e autour du DĂ´me) et par le lyrisme exaltant de Lawrence d’Arabie (la traversĂ©e du dĂ©sert de Max et sa confrĂ©rie), George Miller ne manque pas d’ambition pour nous transposer une flamboyante aventure humaine.

    Un spectacle chargĂ© de souffle romanesque, portĂ© par un onirisme limpide et une quĂŞte initiatique de l’apprentissage. Sous l’Ă©gide d’une tribu d’enfants utopistes, Max rĂ©apprend Ă  vivre, Ă  renouer avec la cohĂ©sion fraternelle, en tentant d’exaucer une prophĂ©tie fantaisiste. Croire au rĂŞve, croire en son destin : « Croyez en vos rĂŞves et ils se rĂ©aliseront peut-ĂŞtre. Croyez en vous, et ils se rĂ©aliseront sĂ»rement », disait Martin Luther King. VoilĂ , Ă  mon sens, le message d’espoir qu’on peut dĂ©celer dans cette solidaritĂ© entre Max et sa troupe de bambins innocents, unis dans leur volontĂ© de renouer avec civilisation et savoir.

    Fort de ses dĂ©cors Ă©clectiques — aussi insolites (la citĂ© de Trocpolis) qu’idylliques (l’oasis des enfants perdus) — Mad Max 3 renouvelle une fois encore sa scĂ©nographie post-apo, avec une ampleur singulière. Soin esthĂ©tique d’une photo ocre pour transcender l’urbanisation primitive en mutation, puretĂ© opaline d’un dĂ©sert clairsemĂ© : George Miller nous fait partager, avec exaltation, un conte post-apo chargĂ© d’optimisme, cristallisant l’horizon d’un avenir meilleur. Sans renier pour autant les fans d’action vrombissante, il renouvelle sa virtuositĂ© technique et son imagination fertile — dans une première partie spectaculaire (toute l’action intense centrĂ©e Ă  l’intĂ©rieur du DĂ´me, dont la conception s’avère d’un rĂ©alisme scrupuleux), et un point d’orgue frĂ©nĂ©tique qui renoue clairement avec l’esprit guerrier de Mad Max 2. Ă€ ce titre, la dernière course-poursuite, menĂ©e entre bolides erratiques et locomotive archaĂŻque, culmine en une Ă©chappĂ©e aĂ©rienne Ă  nous clouer au fauteuil.


    A Tina...
    Parmi l’apparition surprise de la chanteuse Tina Turner — surprenante de charisme animal, portĂ©e par le naturel d’un instinct belliqueux — et celle d’une tribu d’enfants dociles Ă  l’aura presque fĂ©erique, Mad Max 3 rĂ©fute les conventions et la redite pour proposer un spectacle flamboyant, transi de lyrisme, de chaleur humaine et de poĂ©sie prude, tout en divertissant en bonne et due forme.

    ScandĂ© de l’inoubliable tube We Don’t Need Another Hero, ce troisième opus s’Ă©rige en magnifique odyssĂ©e humaine, dans la quĂŞte initiatique d’une terre nouvelle et la prĂ©sence d’un hĂ©ros quasi mystique. Un spectacle Ă©pique, d’une beautĂ© immaculĂ©e, qu’il serait temps de rĂ©habiliter — d’autant qu’il ne cherche jamais Ă  se prendre au sĂ©rieux (l’humour malicieux Ă©tant omniprĂ©sent), tout en prĂ©servant, avec une grande sensibilitĂ©, une ambiance de quiĂ©tude, portĂ©e par une gĂ©nĂ©ration sacrifiĂ©e en voie de renaissance.

    *Bruno
    10.09.13. 4èx

    Récompense: NAACP Image Award 1986: Meilleure Actrice pour Tina Turner.

    La critique de Mad-Max 2http://brunomatei.blogspot.fr/…/mad-max-2-mad-max-2-road-wa…

    Dédicace à Jean-Marc Micciche