vendredi 30 novembre 2018

Les Voyages de Gulliver

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"The 3 Worlds of Gulliver" de Jack Sher. 1960. Angleterre/U.S.A. 1h39. Avec Kerwin Mathews, Jo Morrow, June Thorburn, Lee Patterson, Grégoire Aslan, Basil Sydney.

Sortie salles France: ?. U.S: 16 Décembre 1960

FILMOGRAPHIE PARTIELLE: Jack Sher, 16 mars 1913 à Minneapolis - 23 août 1988 à Los Angeles, est un réalisateur, scénariste et producteur américain. Four Girls in Town (1957). Kathy O' (1958). The Wild and the Innocent (1959). Les Voyages de Gulliver (1960). Love in a Goldfish Bowl (1961).


Récit initiatique plein de fantaisie et de magie grâce en priorité au maître des trucages artisanaux, Ray Harryhausen, Les Voyages de Gulliver fleure bon le Fantastique vintage, aussi naïf soit son singulier contexte de survie conçu pour séduire toute la famille. Féerique en diable, cocasse et romantique, les Voyages de Gulliver retrace avec puissance visuelle onirique le parcours conflictuel de ce docteur avide d'ambition dans son désir d'explorer l'Inde afin de parfaire ses travaux médicaux. Or, Gulliver est compromis par un choix cornélien depuis sa relation houleuse avec Elisabeth aussi obtuse que férue d'amour à conquérir son coeur le plus fidèlement. Echoué sur une île après avoir été évincé de son bateau lors d'une tempête nocturne, celui-ci est rapidement kidnappé par des êtres minuscules, les lilliputiens se disputant une guerre clanique pour l'enjeu risible d'un oeuf. Docile, tolérant et doué de raison, Gulliver s'efforce avec philosophie de résoudre leur dissension belliqueuse avant d'à nouveau faire naufrage vers une autre destination, un microcosme de géants aussi vaniteux, ballots et mégalos que leurs homologues de petite taille.


Satire sur l'ignorance, le caprice, l'orgueil et le dĂ©sir de possession pour y dominer les plus faibles, les Voyages de Gulliver s'avère agrĂ©ablement contĂ© au fil de pĂ©ripĂ©ties ludiques davantage hostiles et haletantes si bien que Gulliver et Elisabeth devront faire preuve de subterfuges et bravoures pour s'extirper de  situations lĂ©tales avec comme thĂ©matique majeure Ă  dĂ©jouer, la superstition du patrimoine mĂ©diĂ©val. Baignant dans une photo flamboyante parmi la disparitĂ© de dĂ©cors orientaux, les Voyages de Gulliver constitue un rĂ©gal formel dans sa capacitĂ© de nous Ă©vader Ă  travers ces univers Ă  la fois chimĂ©riques et mĂ©taphoriques parmi d'adroits effets-spĂ©ciaux donnant chair Ă  l'infiniment petit et grand. ScindĂ© en 2 parties tenant lieu de reflet de miroir, l'intrigue truffĂ©e de pĂ©ripĂ©ties fantaisistes ne cesse d'amuser et dĂ©payser sous l'impulsion d'un casting frĂ©tillant s'en donnant Ă  coeur joie dans les railleries, les provocations, l'Ă©goĂŻsme, les sournoiseries et la mĂ©chancetĂ© du cĂ´tĂ© d'ignorants individualistes incapables d'accorder une clĂ©mence Ă  une ethnie qu'ils ne peuvent comprendre. Quand bien mĂŞme le duo prĂ©venant Kerwin Mathews / June Thorburn nous transmet leurs sentiments avec une tendresse indĂ©fectible. Ce qui les convergera Ă  l'issue de leur pĂ©riple binaire (et grâce Ă  la vigueur de leur amour commun) Ă  rendre compte d'une rĂ©flexion sur la dichotomie du bien et du mal dans leur refus de se laisser berner par la haine, la jalousie et la cupiditĂ© du pouvoir.


Spectacle flamboyant tous publics aussi insolent qu'enchanteur, les Voyages de Gulliver préserve son pouvoir d'évasion et de fascination en dépit de brèves ellipses narratives que Jack Sher parvient pour autant à pallier à travers des répliques explicatives. Du cinéma Fantastique purement artisanal et délicieusement rétro auprès d'une moisson de trucages bluffants de réalisme poétique. Au demeurant, le spectacle idéal de fêtes de fin d'années !

* Bruno
2èx

jeudi 29 novembre 2018

My girl

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site thefancarpet.com

de Howard Zieff. 1991. U.S.A. 1h42. Avec Dan Aykroyd, Jamie Lee Curtis, Macaulay Culkin, Anna Chlumsky, Richard Masur, Griffin Dunne.

Sortie salles France: 24 Juin 1992. U.S: 27 Novembre 1991

FILMOGRAPHIE: Howard Zieff est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 21 octobre 1927 Ă  Chicago et dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Los Angeles, le 22 fĂ©vrier 2009. 1973 : La Chasse aux dollars. 1975 : Hearts of the West. 1978 : House Calls. 1979 : Tendre combat. 1980 : La Bidasse. 1984 : Faut pas en faire un drame. 1989 : Une journĂ©e de fous. 1991: My Girl. 1994: My Girl 2.


«Ă” mon beau saule pleureur aux fleurs en cascade. Pourquoi fais-tu couler ces larmes de jade ? Parce qu’un jour il a dĂ» te quitter ? Parce qu’un jour il a dĂ» s’en aller ? Ă€ tes branches, il aimait grimper Ton cĹ“ur regrette-t-il le bonheur de ces jours aimĂ©s ? Tes feuilles toutes inondĂ©es de soleil. Riait de ses folies, riait de ses merveilles. Bel arbre triste, cesse de pleurer. Retiens ta peine et sache apaiser ton âme. Tu crois que la vie a abandonnĂ© ton bel ami. Mais en toi constamment il renaĂ®t»

Vendu comme une comĂ©die familiale niaise avec en tĂŞte d'affiche l'illustre Macaulay Culkin rĂ©vĂ©lĂ© un an plus tĂ´t grâce Ă  Maman, j'ai ratĂ© l'avion, My Girl est l'antinomie du produit standard dĂ©nuĂ© de personnalitĂ©. Car Ă  travers un sujet aussi grave que dĂ©licat (l'affres de la mort du point de vue d'une fillette hypocondriaque), Howard Zieff s'extirpe du tire larme et des convenances grâce Ă  son refus de pathos qu'un tel sujet aurait osĂ© racoler s'il eut Ă©tĂ© entre les mains d'un cinĂ©aste trivial, et grâce Ă  son vibrant casting plein de panache. Tant auprès des adultes (le couple incandescent Dan Aykroyd / Jamie Lee Curtis se prĂŞte au jeu sentimental avec une tendre fraĂ®cheur !) que du couple d'enfants que la jeune Anna Chlumsky impose Ă  son partenaire timorĂ© (Culkin s'efface souvent pour s'exprimer en second plan !) avec une libertĂ© d'expression souvent autoritaire.


Prenant son temps Ă  nous caractĂ©riser ses personnages Ă  travers deux liaisons amoureuses (celles des  parents jouant la drague improvisĂ©e puis des enfants apprentis singeant ces derniers en second acte); My Girl s'Ă©rige en rĂ©cit initiatique du point de vue candide d'une fillette terrifiĂ©e Ă  l'idĂ©e de mourir depuis la disparition de sa mère (dès sa naissance) et de la profession morbide de son père toujours en deuil conjugal. Pleine de vie, jalouse, possessive et fureteuse Ă  tenter de comprendre le monde des adultes, Vada va sous notre regard scrupuleux apprendre Ă  vivre et Ă  s'exprimer, ou plutĂ´t se forger progressivement une personnalitĂ© plus cĂ©rĂ©brale Ă  la suite d'une tragĂ©die accidentelle qui bouleversera Ă  jamais son existence fĂ©erique. TruffĂ© de sĂ©quences intimistes pleines de charme et de lĂ©gèretĂ© Ă  travers une banalitĂ© quotidienne solaire ou Ă  proximitĂ© d'une nature onirique, My Girl touche au coeur avec une poignante sincĂ©ritĂ©. Tant et si bien que la puissance dramatique de son dernier acte nous arrache les larmes au fil de 2 sĂ©quences rĂ©solument cruelles pour autant expurgĂ©es de dramaturgie outrancière (si on Ă©pargne une conclusion un chouilla sucrĂ©e vis Ă  vis de la maman en berne). Une situation vite pardonnĂ©e eu Ă©gard de son monologue final d'une vibrante dignitĂ©.


"J'apprends avec la souffrance, j'ai appris Ă  comprendre la mort grâce Ă  la souffrance." 
Attachant mĂ©lo plein de charme et d'un humanisme Ă  la fois candide et mature (notamment les leçons d'apprentissage qu'inculquent Harry et Shelly auprès de Vada en guise de rĂ©demption); My Girl fait office de conte existentiel Ă  travers la curiositĂ© de celle-ci en voie de rĂ©conciliation avec la plus Ă©prouvante des tragĂ©dies: celle d'accepter la perte de l'ĂŞtre cher Ă  un âge inconsĂ©quent mais chrysalide. 

Dédicace à Cate mini.

* Bruno

mercredi 28 novembre 2018

Planète Interdite

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Forbidden Planet" de Fred McLeod Wilcox. 1956. U.S.A. 1h38. Avec Walter Pidgeon, Anne Francis, Leslie Nielsen, Warren Stevens, Jack Kelly.

Sortie salles U.S: 15 Mars 1956

FILMOGRAPHIEFred M. Wilcox ou Fred Wilcox est un rĂ©alisateur amĂ©ricain, nĂ© Fred McLeod Wilcox Ă  Tazewell (Virginie) le 22 DĂ©cembre 1907, dĂ©cĂ©dĂ© le 23 Septembre 1964 Ă  Berverly Hills (Californie). 1938: Paradise for Three. 1943: Fidèle Lassie. 1946: Le Courage de Lassie. 1948: Le MaĂ®tre de Lassie. 1948: Cupidon mène la danse. 1949: Le Jardin Secret. 1952: Shadow in the sky. 1953: L'Auto sanglante. 1954: Tennessee Champ. 1956: Planète Interdite. 1960: I passed for White.


« Quelles que soient les intentions des hommes, il existe toujours en chacun une part d’ombre, un consentement au mal ; sans cesse Ă  dĂ©busquer, selon les termes de la psychanalyse qui s’affirme alors, jusque dans l’inconscient de chaque ĂŞtre. »
En reconnaissance sur la planète Altaïr IV, l'équipage d'un astronef tente de secourir les derniers survivants que forment le Dr Morbius et sa fille n'ayant plus donné signe de vie 19 ans plus tôt. En dépit du refus péremptoire de ce dernier les avertissant d'un probable danger, le commandant John J. Adams et ses sbires se posent sur leur planète pour y découvrir une technologie avancée.


Grand classique des Fifties, fer de lance de la science-fiction novatrice cĂ©lĂ©brĂ© par son scope couleur, ses FX rĂ©volutionnaires, ses dĂ©cors baroques (conçus en matte painting en arrière plan) et par la prĂ©sence iconique de Robby le robot, Planète Interdite marqua aussi bien une gĂ©nĂ©ration de spectateurs que de cinĂ©astes, eu Ă©gard de son pouvoir de fascination encore aujourd'hui prĂ©gnant. Tant et si bien que ce chef-d'oeuvre a beau comptabiliser 62 ans d'âge, on continue de rĂŞvasser auprès de son rĂ©alisme kitch sous l'impulsion d'un score dissonant volontairement expĂ©rimental. Remarquablement interprĂ©tĂ© et dialoguĂ© avec un traitement fouillĂ© pour chacun des personnages (notamment auprès du profil Ă©quivoque de Morbius ou de la fragilitĂ© candide de la fille de celui-ci en Ă©moi amoureux), Planète Interdite bĂ©nĂ©ficie en prime d'un scĂ©nario complexe pour autant passionnant afin de mettre en garde la mĂ©galomanie du savant dĂ©sireux de se substituer Ă  Dieu.


Car sous couvert de rĂ©flexion sur la part de Mal cohabitant en chacun de nous, l'intrigue met aussi bien en parallèle les dangers du progrès technologique apte Ă  y transcender les utopies du scientifique le plus cĂ©rĂ©bral. Au-delĂ  du dĂ©veloppement narratif progressivement inquiĂ©tant et obscur qu'il faut suivre scrupuleusement, Fred McLeod Wilcox se permet en intermittence de dĂ©tendre l'atmosphère par le biais de situations cocasses restĂ©es dans les mĂ©moires. Tant auprès de Robby le robot (hyper charismatique et si attachant en majordome futuriste), du cuisto guilleret un peu trop portĂ© sur le Whisky que de la fille adulescente du Dr Morbius qu'un lieutenant et un commandant s'opposent gentiment pour un enjeu de drague anthologique. On peut Ă©galement, et pour parachever, signaler la sĂ©quence saillante du monstre invisible se dĂ©battant contre les circuits Ă  haute tension Ă  travers une scĂ©nographie rutilante. Une confrontation dantesque entre les officiers et le potentiel animal capable de dissoudre ces proies Ă  l'aide de flammes rugissantes. Bref, du cinĂ©ma d'anticipation intelligemment ludique, visionnaire et innovant, l'un des plus notoires des annĂ©es 50.

* Bruno
28.11.18. 3èx
27.02.15. (82 v)

mardi 27 novembre 2018

Calme Blanc

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site soimarriedamoviegeek.podbean.com

"Dead Calm" de Philip Noyce. 1988. 1h36. Avec Nicole Kidman, Sam Neill, Billy Zane, Rod Mullinar, Joshua Tilden.

Sortie salles France: 23 Août 1989. U.S: 7 Avril 1989

FILMOGRAPHIEPhillip Noyce est un réalisateur australien, né le 29 avril 1950 à Griffith (Australie). 1977 : Backroads. 1978 : Newsfront. 1982 : Heatwave. 1987 : Echoes of Paradise. 1989 : Calme blanc. 1989 : Vengeance aveugle. 1992 : Jeux de guerre. 1993 : Sliver. 1994 : Danger immédiat. 1997 : Le Saint. 1999 : Bone Collector. 2002 : Le Chemin de la liberté. 2002 : Un Américain bien tranquille. 2004 : Welcome to São Paulo - segment Marca Zero. 2006 : Au nom de la liberté. 2010 : Salt. 2014 : The Giver.


RĂ©alisateur hollywoodien plutĂ´t habituĂ© aux produits commerciaux mainstream (Jeux de GuerreSliver, Danger Immediat, le Saint, Bone Collector, Salt), Philip Noyce est tout de mĂŞme parvenu en 1988 Ă  tirer son Ă©pingle du jeu avec Calme Blanc. Un thriller maritime impeccablement ficelĂ© au sein du cadre exigu de bâtiments de navigation si bien que le rĂ©alisateur parvient très efficacement Ă  mettre en parallèle deux situations de survie Ă  deux endroits opposĂ©s. L'un, l'Ă©poux, tentant de s'extirper d'un bateau Ă  la dĂ©rive progressivement envahi par la montĂ©e des eaux; l'autre, l'Ă©pouse, tentant de s'extraire des griffes d'un psychopathe depuis l'absence de son mari parti ratisser l'embarcation Ă©trangère. Car au prĂ©alable, ayant eu la clĂ©mence de porter secours Ă  un naufragĂ©, unique survivant d'une potentielle contamination alimentaire, l'Ă©poux profita de l'assoupissement de celui-ci pour explorer les lieux du bateau jonchĂ© de cadavres. Franchement passionnant Ă  travers son suspense ciselĂ© aux situations couramment censĂ©es (si on fait fi de ses 2 dernières minutes inutilement Ă©culĂ©es et racoleuses), Calme Blanc inquiète et palpite Ă  la fois avec une maĂ®trise assez dense. Notamment eu Ă©gard de l'habile variĂ©tĂ© des lieux restreints que nos survivants dĂ©sorientĂ©s explorent avec autant de dĂ©sarroi que de bravoure retorse.


Au-delĂ  de son original contexte de survie confinĂ© en plein coeur d'une mer tantĂ´t agitĂ©e, Calme Blanc bĂ©nĂ©ficie en prime d'une atmosphère parfois envoĂ»tante si je me rĂ©fère Ă  sa partition musicale assez ombrageuse, pour ne pas dire tĂ©nĂ©breuse que compose Graeme Revell avec souci sensitif. Il sera d'ailleurs rĂ©compensĂ© 1 an plus tard au Festival de l'Australian Film Institute Awards. Ainsi donc, le spectateur observe ce cauchemar bicĂ©phale avec une apprĂ©hension constamment tangible. Principalement du point de vue chĂ©tif de l'Ă©pouse usant de stratĂ©gies communicatives (les appels en morse que son Ă©poux lui inculquera furtivement) et dĂ©fensives (les diverses armes que renferme le bateau) avec une audace crĂ©dible (Nicole Kidman monopolisant l'Ă©cran dans une douceur fĂ©brile !). Quand bien mĂŞme l'Ă©poux dĂ©muni car complètement isolĂ© dans l'habitacle du bateau Ă©tranger s'efforce avec pugnacitĂ© de trouver une issue de secours afin d'Ă©viter la mort par noyade. Parfaitement structurĂ© donc grâce Ă  son intrigue fertile en rebondissements (on s'amusera d'ailleurs de la complicitĂ© malgrĂ© lui du chien Ă  un moment propice de l'action) et subterfuges de survie (notamment en se disputant les commandes de la navigation !), Calme Blanc dĂ©stabilise d'autant plus qu'il est uniquement incarnĂ© par 3 acteurs magnĂ©tiques s'extirpant spontanĂ©ment du stĂ©rĂ©otype en dĂ©pit de l'Ă©pilogue grand-guignolesque susnommĂ©. La juvĂ©nile et tĂ©nue Nicole Kidman, la force mature de Sam Neill et l'inquiĂ©tant Billy Zane se disputant le pouvoir Ă  jeu Ă©gal.


Haletant, parfois atmosphĂ©rique, dĂ©licatement angoissant et d'une tension minutieusement diluĂ©e, Calme Blanc explore brillamment le survival horrifique Ă  travers l'Ă©lĂ©ment perturbateur du psychopathe implantĂ© ici dans le cadre feutrĂ© d'une mer bipolaire. 

* Bruno
3èx

Récompenses: Meilleure musique, meilleure photographie, meilleur montage et meilleur son (Ben Osmo, Lee Smith et Roger Savage), lors des Australian Film Institute Awards en 1989.
Meilleur montage son pour un film étranger, par la Motion Picture Sound Editors en 1990.

lundi 26 novembre 2018

X Tro. Licorne d'Or, Paris, 1983.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site esplatter.com

de Harry Bromley Davenport. 1983. Angleterre. 1h27 (Uncut version). Avec Philip Sayer, Bernice Stegers, Maryam d'Abo, Danny Brainin, Simon Nash, Peter Mandell.

Sortie salles France: 18 Juillet 1984. U.S: 7 Janvier 1983

FILMOGRAPHIE: Harry Bromley Davenport est un rĂ©alisateur anglais, nĂ© le 15 Mars 1950.
1976: Whispers of Fear. 1983: X Tro. 1990: X Tro 2. 1995: X Tro 3. 1996: Life among the Cannibals. 1998: Horton, drĂ´le de sorcier. 1998: Erasable You. 2001: L'Enfant Sauvage.

 
"La chair venue d’ailleurs".
Ovni atypique dans le paysage de la science-fiction, Xtro marqua toute une gĂ©nĂ©ration de cinĂ©philes lors de sa sortie en salles, puis en VHS, et plus tard lors de sa diffusion sur la chaĂ®ne cryptĂ©e Canal +. Il fut d’ailleurs l’un des premiers films d’horreur programmĂ©s en seconde partie de soirĂ©e un samedi, rendez-vous sacrĂ© pour tous les amateurs de frissons. AurĂ©olĂ© de la Licorne d’Or au Rex de Paris, Xtro n’a jamais usurpĂ© sa rĂ©putation d’objet culte : il continue d’insuffler un pouvoir de fascination Ă©trangement bicĂ©phale. Car il ne cesse de jongler entre horreur malsaine et anticipation onirique.

Pitch: EnlevĂ© par des extraterrestres, un père de famille rĂ©apparaĂ®t trois ans plus tard pour dĂ©couvrir que son Ă©pouse le trompe avec un autre. RĂ©solu Ă  protĂ©ger son fils, il lui transmet d’Ă©tranges pouvoirs pour le prĂ©parer Ă  rejoindre une planète lointaine. Si ce rĂ©sumĂ© semble Ă  première vue banal, voire nĂ©buleux, le rĂ©alisateur parvient Ă  s’extraire des conventions grâce Ă  une imagination singulière. Ainsi, pour retrouver sa forme humaine, le père revenu d’ailleurs rĂ©apparaĂ®t sur Terre sous l’aspect (inexpliquĂ© !) d’une crĂ©ature patibulaire... avant de violer une femme afin d’ĂŞtre littĂ©ralement enfantĂ© et renaĂ®tre humain.  

Cette sĂ©quence, malsaine et improbable, subjugue par son effet de surprise dĂ©placĂ©, et le rĂ©alisme scabreux d’une situation morbide n’Ă©pargnant aucun dĂ©tail (excrĂ©ments expulsĂ©s du vagin, cordon ombilical arrachĂ© Ă  pleines dents !). Et ce, malgrĂ© un montage elliptique dictĂ© par les contraintes d’un budget famĂ©lique — lequel n’entrave pourtant en rien l’efficacitĂ© de ses trucages, aussi soignĂ©s que dĂ©rangeants. Du jamais-vu pour l’Ă©poque, et encore aujourd’hui, aucun rĂ©alisateur n’a osĂ© dupliquer pareille idĂ©e incongrue.

D’autres sĂ©quences fortes, dĂ©rangeantes ou insolites, parsèment le rĂ©cit sans prĂ©venir : Ă  l’image du fils, Sam, douĂ© de pouvoirs tĂ©lĂ©pathiques, dont les jouets prennent vie pour tourmenter son entourage. Ce surnaturel, parfois impĂ©nĂ©trable (Sam et Tony aspirent une sève verdâtre Ă  travers la peau de leurs victimes, une femme est rĂ©duite Ă  l’Ă©tat de cobaye pour pondre des Ĺ“ufs d’alien !), est renforcĂ© par les caractĂ©risations Ă©quivoques du père amnĂ©sique et de son fils complice. Figures troubles en pleine mutation, aspirant Ă  procrĂ©er une nouvelle race d’E.T avant de s’Ă©vaporer ensemble dans l’ailleurs.

Si la mise en scène manque de maĂ®trise et la direction d’acteurs semble timorĂ©e, ces faiblesses nourrissent le climat d’inquiĂ©tude que le cinĂ©aste entretient avec un score synthĂ©tique, aussi dissonant qu’envoĂ»tant.

 
"Cosmogonie d’un cauchemar".
HermĂ©tique, fascinant, malsain, Xtro tire parti de sa modestie budgĂ©taire grâce Ă  une inventivitĂ© en roue libre et des maquillages artisanaux minutieusement conçus (la morphologie de la crĂ©ature et l’esthĂ©tique baroque du cadavre d’Analise restent gravĂ©s en mĂ©moire). Son ambiance hybride, dĂ©routante autant que captivante, demeure l’atout majeur de ce dĂ©lire bisseux imprĂ©gnĂ© de vitriol. Une perle de dĂ©viance, Ă  laquelle il est impossible de rester indiffĂ©rent.

Avertissement : le DVD Ă©ditĂ© par Mad Movies reprend la fin alternative imposĂ©e par les producteurs, plus grand-guignolesque que celle diffusĂ©e en salles, en VHS et sur Canal+. Dommage que la version initiale — bien plus fantasmagorique, Ă©thĂ©rĂ©e, diaphane — ne figure pas en bonus…

*Bruno
27.12.22. 7èx. (Vost uncut)
26.11.18. 
04.02.14 (278 v)

DĂ©dicace Ă  Dany Dumont

Récompenses: Licorne d'Or au Festival du film fantastique de Paris, en 1983.
Prix des Meilleurs Effets-spéciaux à Porto, 1984.

vendredi 23 novembre 2018

Le Métro de la Mort

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Death Line/Raw Meat" de Gary Sherman. 1972. Angleterre. 1h28. Avec Donald Pleasance, David Ladd, Sharon Gurney, Christopher Lee, Norman Rossington, Clive Swift.

Sortie salles France: 13 AoĂ»t 1986 (int - de 13 ans). U.S: Septembre 1976

FILMOGRAPHIEGary A. Sherman est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© en 1943 Ă  Chicago dans l'Illinois. 1972: Le MĂ©tro de la mort, 1981: RĂ©incarnations, 1982: Descente aux enfers, MystĂ©rious Two (TV film), 1984: The Streets (TV film), 1987: Mort ou Vif, 1988: Poltergeist 3, 1990: Lisa, After the Shock, 1991: Murderous Vision (TV film).
                                 

Premier essai du rĂ©alisateur nĂ©ophyte Gary Sherman avant de s'ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ© 9 ans plus tard avec son chef-d'oeuvre RĂ©incarnations, Le MĂ©tro de la Mort demeure une sĂ©rie B plutĂ´t follingue et insolite. De par son contexte improbable auquel des monstres cannibales croupissent sous un mĂ©tro et sa scĂ©nographie malsaine annonçant les futures ambiances poisseuses de Massacre Ă  la Tronçonneuse  et La Colline a des yeux Ă  l'orĂ©e des Seventies. Dans le mĂ©tro londonien, un couple dĂ©couvre un homme inanimĂ© sur l'escalier d'un quai. Après avoir informĂ© la police, ils se rendent Ă  nouveau sur les lieux et dĂ©couvrent que le corps a disparu. Ayant appris que cet Ă©ventuel notable eut Ă©tait portĂ© disparu, l'inspecteur Calhoun mène l'enquĂŞte. Mais trois nouveaux meurtres viennent Ă©branler sa perplexitĂ© ! Amateurs de bisseries dĂ©bridĂ©es, mĂ©fiez vous de l'affiche initiale rĂ©solument kitch et outrancière car annonçant un gros dĂ©lire cartoonesque avec en tĂŞte d'affiche ce gourou sectaire entourĂ© de ses disciples ! Dans la mesure oĂą cette Ă©trange curiositĂ© occultĂ©e depuis trop d'annĂ©es (d'ailleurs, il sort en salles tardivement chez nous !) privilĂ©gie l'aspect documentĂ© d'une sordide filiation anthropophage. ScĂ©narisĂ© par Sherman himself, Le MĂ©tro de la mort renvoie plutĂ´t Ă  la fable caustique Ă  travers son sous-texte socio-politique, Ă  l'instar d'un  Georges A. Romero frondeur, et ce en pointant du doigt l'immoralitĂ© d'un entrepreneur exploitant les dĂ©favorisĂ©s pour ensuite lâchement les abdiquer faute de faillite financière. Spoil ! Pour cause, au 19è siècle, suite Ă  un Ă©boulement, un groupe d'ouvriers resta coincĂ© Ă  l'intĂ©rieur d'un souterrain qu'ils venaient de façonner pour l'achèvement d'un mĂ©tro londonien. Suite Ă  une crise financière, le projet est avortĂ© et ces derniers restèrent cloĂ®trĂ©s dans leur crevasse pour ne jamais en sortir.


L'horreur sociale qui y Ă©mane est que ces ouvriers condamnĂ©s Ă  l'oubli sont parvenus Ă  survivre en se nourrissant de chair humaine et de rats d'Ă©gout. RĂ©duits Ă  l'Ă©tat primitif et co-existant dans un environnement crasseux envenimĂ© par la peste, nos SDF vont rĂ©apprendre Ă  survivre dans leur taudis dĂ©shumanisĂ©. Fin du Spoil. ExtrĂŞmement consciencieux Ă  radiographier l'existence intime d'un couple de mutants au sein de leur cocon mortifère, Gary Sherman dĂ©peint avec Ă©motion et apprĂ©hension le retour Ă  l'instinct de survie de ces monstres apatrides destinĂ©s Ă  croupir, tel des pestifĂ©rĂ©s, sous les Ă©gouts de la ville. Le rĂ©alisateur s'attachant Ă  dĂ©crire avec une discrète humanitĂ© le portrait misĂ©reux de ces nouveaux pauvres livrĂ©s Ă  l'autarcie, la solitude, l'incommunicabilitĂ©, la famine et l'insalubritĂ©. Ainsi donc, il voue une certaine empathie auprès du patriarche Ă©plorĂ© après que sa dulcinĂ©e engrossĂ©e succomba Ă  la maladie. Du cĂ´tĂ© de l'enquĂŞte que mène l'inspecteur  Calhoun, elle s'avère limite semi parodique tant Donald Pleasance se glisse dans le corps d'un jean-foutiste Ă  l'aide de rĂ©pliques sarcastiques un chouilla dĂ©routantes. A l'instar de son Ă©trange score dissonant plutĂ´t en dĂ©calage avec l'horreur scrupuleusement dĂ©peinte en gros plan. Un leader plus prĂ©occupĂ© Ă  prĂ©parer son thĂ© anglais ou Ă  s'imbiber d'alcool avec un adjoint plutĂ´t que de rĂ©soudre une affaire criminelle irrĂ©solue depuis trop d'annĂ©es. Ce n'est qu'avec la disparition d'un notable de classe supĂ©rieure (alors que le jour de sa disparition ce dernier sollicita une prostituĂ©e sur le quai de mĂ©tro !) que les forces de l'ordre dĂ©cident accordent enfin un quotient d'intĂ©rĂŞt, notamment grâce au couple juvĂ©nile en proie Ă  l'incomprĂ©hension et la curiositĂ©, et avant que les services secrets ne tentent d'Ă©touffer l'affaire.


TournĂ© dans des dĂ©cors naturels afin d'accentuer sa facture rĂ©aliste (sur ce point le film est une authentique rĂ©ussite immersive sous un Ă©clairage sĂ©pia !), Le mĂ©tro de la mort constitue une excellente bobine horrifique grâce Ă  son parti-pris documentĂ© d'y dĂ©peindre un environnement malsain improbable jalonnĂ© d'estocades gorasses (les impressionnants macchabĂ©es putrescents sont particulièrement olfactifs !). Bien que son rythme un peu languissant pâti d'un manque de surprises, le rĂ©cit parfois poignant et intense (notamment auprès de sa dernière partie en mode survival) dĂ©gage une forte personnalitĂ© sous le pivot de sa thĂ©matique politique stigmatisant une sociĂ©tĂ© condescendante et Ă©litiste. D'autre part, et pour confirmer les intentions sincères de l'Ă©bauche macabre, le MĂ©tro de la mort gagna au fil des dĂ©cennies un statut culte mĂ©ritĂ© si bien que le cinĂ©aste Christopher Smith lui rendit hommage en 2004 avec l'excellent Creep (autrement terrifiant, plus contemporain et haletant).

* Bruno
23.11.18. 3èx
09.04.11. 182 v

jeudi 22 novembre 2018

Head-on. Ours d'Or, Berlin 2004.

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Fatih Akın. 2004. Allemagne/Turquie. 2h02. Avec Cem Akin, Meltem Cumbul, Sibel Kekilli, Güven Kirac, Catrin Striebeck, Birol Ünel.

Sortie salles France: 21 Juillet 2004 (Int - 12 ans). Allemagne: 11 Mars 2004.

FILMOGRAPHIE: Fatih Akin est un Allemand rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur, nĂ© le 25 AoĂ»t 1973, d'origine turque. 2017: In the Fade. 2016 Goodbye Berlin. 2014/I The Cut. 2009 Soul Kitchen.
 2009 Deutschland 09 - 13 kurze Filme zur Lage der Nation (segment "Der Name Murat Kurnaz").
 2008 New York, I Love You (segment "Fatih Akin"). 2007 De l'autre cĂ´tĂ©. 2004 Visions of Europe (segment "Die alten bösen Lieder"). 2004 Head-On. 2002 Solino. 2000 Julie en juillet. 1998: L'engrenage.


"Trouver le bonheur, c'est exploser le carcan des cultures et des générations, se fracasser aux libertés artificielles, se perdre dans des bras". Bredele.
Probablement passé inaperçu en France (et sans doute ailleurs) en dépit de ses nombreux prix internationaux, Head-on est ce que l'on prénomme un uppercut émotionnel à travers son histoire d'amour écorchée vive contée ici avec souci d'authenticité au point d'en sortir aussi sonné que désorienté. Car d'une extrême violence dans les rapports passionnels que se dispute le couple destroy (Cahit, alcoolique marginal autodestructeur en perdition morale; Sibel, jeune fille instable et immature avide de liberté faute du conservatisme de sa famille musulmane !) et dans les pugilats lors de soirées d'ébriété où sexe, drogue, alcool coulent sans modération, Head-on nous entraîne de manière sournoise dans une descente aux enfers bicéphale. Dans la mesure où le réalisateur prend d'abord soin de nous attacher au couple turc en ascension amoureuse en décrivant avec souci de vérisme leur glauque quotidien aussi bien sordide que décomplexé. Leur appart insalubre se condensant à une moisson de déchets alimentaires, canettes de bière et mégots humectés disséminés à même le sol que le couple dégénéré assume sans complexe.


Baignant dans une photo hyper naturelle sublimant au passage les contrĂ©es turcs (dont celle d'Istanbul en seconde partie), Head-on nous fait suivre le parcours Ă  la fois chaotique et initiatique de ses amants d'infortune hurlant leur douleur et leur dĂ©sespoir avec une rage humaine bipolaire ! (le rĂ©cit Ă©tant scindĂ©e en 2 actes que l'on ne voit pas arriver !). Ainsi donc, Ă  travers ce maelstrom d'imagerie très agressive, tantĂ´t cocasse, tantĂ´t dramatique, et de musicalitĂ© rock, orientale, punk opĂ©rĂ©e dans les pubs et boites de nuit, le spectateur reluque leur dĂ©chĂ©ance avec une contrariĂ©tĂ© sensiblement malsaine. Pour autant, parmi le regard incandescent de Cahit en voie de mutation morale et l'insouciance de sa dulcinĂ©e fĂ©rie d'expĂ©riences interdites, Head-on sublime l'essence de l'amour avec un grand A. Celui incontrĂ´lĂ© que l'on ne voit pas arriver si bien que de nouveaux sentiments rĂ©dempteurs sont amenĂ©s Ă  nous transformer ad vitam, et ce de manière Ă  reconsidĂ©rer notre destinĂ©e autrefois galvaudĂ©e. Or, ici la tournure des Ă©vènements erratiques finit incidemment par se solder par une tragĂ©die, ce qui convergera Ă  sa seconde partie beaucoup grave, cruelle, dĂ©sespĂ©rĂ©e, voir mĂŞme insoutenable (pour les plus sensibles d'entre nous) que le spectateur subira avec une dĂ©sillusion nĂ©vralgique incontrĂ´lĂ©e. Les rĂ´les dĂ©rangĂ©s s'inversant promptement au fil d'un nouveau cheminement existentiel autrement rigoureux que chacun apprivoisera ensuite indĂ©pendamment dans la quiĂ©tude et la sĂ©rĂ©nitĂ©, faute d'une culpabilitĂ© commune rongĂ©e de remord, faute de remise en question et de quĂŞte de rĂ©demption.


Bouleversant mĂ©lo punk destroy d'une cruditĂ© Ă©pineuse au point d'y laisser de graves sĂ©quelles cĂ©rĂ©brales lors de sa dernière partie escarpĂ©e, Head-on transfigure le sentiment amoureux parmi l'Ă©tude comportementale d'un couple pulsatile divisĂ© entre une culture intĂ©griste et l'Ă©mancipation irrĂ©pressible de dĂ©vorer la vie en s'autorisant tous les excès possibles. Au-delĂ  de sa structure narrative atypique jouant avec machiavĂ©lisme avec notre Ă©motivitĂ© ramifiĂ©e, le couple Birol Ăśnel  (sosie de Jean-Louis Aubert en plus charnu) / Sibel Kekilli (Game of Thrones et quelques pornos) immortalise l'Ă©cran de leur empreinte subversive avec une dĂ©chirante vĂ©ritĂ© humaine. 

Pour public averti 
* Bruno

Un grand merci Ă  Cine-Bis-Art !

Récompenses:
Prix ​​du film bavarois 1998, Meilleur nouveau rĂ©alisateur
2004 Ours d'or au Festival du film de Berlin
Prix du cinéma européen 2004 , Meilleur film, Prix du public
Prix Golden Orange du Festival de film Orange 2007 à Antalya 2007 , Meilleur réalisateur
Prix du film bavarois 2007 , meilleur réalisateur
Prix ​​LUX 2007 du cinĂ©ma europĂ©en dĂ©cernĂ© par le Parlement europĂ©en
Festival de Cannes 2007 , Meilleur scénario
Ordre du mérite de la République fédérale d'Allemagne 2010 (Verdienstorden der Bundesrepublik Deutschland) pour sa contribution à la description des problèmes des germano-turcs.
Golden Globe Award 2018 , meilleur film en langue étrangère

mercredi 21 novembre 2018

Point Break : ExtrĂŞme limite

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Point Break" de Kathryn Bigelow. 1991. U.S.A. 2h02. Avec Patrick Swayze, Keanu Reeves, Gary Busey, Lori Petty, John C. McGinley, James LeGros.

Sortie salles France: 28 Août 1991. U.S: 12 Juillet 1991.

FILMOGRAPHIE: Kathryn Bigelow est une réalisatrice et scénariste américaine, née le 27 Novembre 1951 à San Carlos, Californie (Etats-Unis). 1982: The Loveless (co-réalisé avec Monty Montgomery). 1987: Aux Frontières de l'Aube. 1990: Blue Steel. 1991: Point Break. 1995: Strange Days. 2000: Le Poids de l'eau. 2002: K19. 2009: Démineurs. 2012: Zero Dark Thirty. 2017: Detroit.


Succès commercial international (dont 1 351 132 entrĂ©es rien qu'en France), Point Break n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation de film culte auprès des fans tant Kathryn Bigelow est parvenue Ă  communier film sportif et action policière avec une efficacitĂ© en roue libre. Car si l'intrigue s'avère simpliste (un jeune agent du FBI infiltre une communautĂ© de surfeurs afin de dĂ©masquer une bande de braqueurs Ă©mĂ©rites), la cinĂ©aste parvient habilement Ă  la structurer Ă  travers un contexte original d'Ă©preuves sportives Ă  couper le souffle. Tant auprès des vagues dĂ©ferlantes que nos surfeurs chevauchent sur leur planche avec stoĂŻcitĂ© que de leurs sauts en parachute d'un rĂ©alisme rĂ©solument vertigineux. Le spectateur ayant la trouble impression de s'immerger parmi eux, sous les vagues ou dans le ciel, avec une sensation d'ivresse exaltante ! On retrouvera d'ailleurs en intermittence une autre forme d'Ă©panouissement dĂ©licieusement envoĂ»tant Ă  travers les rapports sentimentaux de Johnny (Keannu Reeves) et Tyler (Lory Petty, pĂ©tillante et tĂ©nue avec une douceur de miel !) sous l'impulsion du score fragile de Mark Isham (que l'on prĂ©serve longtemps en mĂ©moire). Des moments intimistes pleins de pudeur et de tendresse d'une intensitĂ© capiteuse Ă  nous rendre amoureux !


Autant avouer que comme la soulignait la tagline de l'Ă©poque, Point Break c'est du 100% adrĂ©naline sans Ă©quivoque possible ! Si bien qu'au-delĂ  de ses sĂ©quences sportives au souffle Ă©pique, Point Break regorge en prime de scènes d'action percutantes de par sa violence assez escarpĂ©e et le brio du montage que Kathryn Bigelow gère Ă  la perfection, et ce sans jamais se laisser guider par une esbroufe racoleuse. Chaque scène d'action s'exprimant Ă  travers les stratĂ©gies illĂ©gales des braqueurs autant motivĂ©s par leur soif d'Ă©mancipation que de leur goĂ»t immodĂ©rĂ© pour l'ivresse des sensations fortes. On peut d'ailleurs Ă©voquer Ă  titre d'anthologie la poursuite Ă  pied que Johnny perdurera afin de rattraper un braqueur en pĂ©nĂ©trant communĂ©ment par effraction dans de nombreux foyers domestiques. Une longue endurance subjective filmĂ©e camĂ©ra Ă  l'Ă©paule avec un art consommĂ© du rĂ©alisme immersif ! Mais si Point Break s'avère aussi grisant, fun et jouissif, il le doit autant Ă  son casting spontanĂ© flirtant avec une Ă©thique spirituelle Ă  travers leur addiction pour les sensations les plus couillues. La confrontation attachante mais Ă©quivoque que se partagent Keanu Reeves (mĂŞme si un poil trop lisse dans son rĂ´le juvĂ©nile) et Patrick Swayze s'avĂ©rant toujours plus intense au fil de leur trahison amicale engendrant en second acte une inimitiĂ© hĂ©roĂŻque. Enfin, Ă  travers les rapports si solidaires de Johnny et de l'agent Angelo Pappas, on peut Ă©galement prĂ´ner la prĂ©sence charismatique de Gary Busey en faire-valoir bonnard d'une touchante loyautĂ© envers sa jeune recrue. 


Lyrique, envoĂ»tant, romantique, violent, homĂ©rique sans que jamais l'action ne s'essouffle en cheminement de filature, Point Break est parvenu Ă  renouveler le cinĂ©ma d'action avec une originalitĂ© assez burnĂ©e. Tant et si bien que chez un vulgaire tâcheron le ridicule aurait Ă©tĂ© de rigueur. Et donc, plus inspirĂ©e que jamais, Kathryn Bigelow est parvenue Ă  imprimer de son empreinte musclĂ©e l'un des meilleurs actionner des annĂ©es 90. 

* Bruno
3èx

mardi 20 novembre 2018

Dr Cyclops

                                     Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site jamesreasoner.blogspot.com

"Doctor Cyclops" de Ernest B. Schoedsack. 1940. U.S.A. 1h15. Avec Albert Dekker, Thomas Coley, Janice Logan, Charles Halton, Victor Kilian.

Sortie salles France: 1er Mai 1953. U.S: 10 Avril 1940

FILMOGRAPHIE: Ernest Beaumont Schoedsack est un réalisateur, directeur de photo, producteur, monteur, acteur et scénariste américain, né le 8 Juin 1893 à Council Bluffs (Iowa), décédé le 23 Décembre 1979 dans le Comté de Los Angeles. 1925: Grass: a nation's battle for life.1927: Chang. 1929: Les 4 plumes blanches. 1931: Rango. 1932: Les Chasses du comte Zaroff. 1933: King Kong. 1933: The Monkey's Paw. 1933: Blind Adventure. 1933: Le Fils de Kong. 1934: Long Lost Father. 1935: Les Derniers jours de Pompéï. 1937: Trouble in Morocco. 1937: Outlaws of the Orient. 1940: Dr Cyclop. 1949: Monsieur Joe. 1952: The is Cinerama.


CĂ©lĂ©brĂ© pour le duo lĂ©gendaire Les Chasses du comte Zaroff / King Kong, Ernest B. Schoedsack n’en a pas fini de nous Ă©merveiller – et de nous cauchemarder – avec Dr Cyclops, rĂ©alisĂ© en 1940. TournĂ© exceptionnellement en Technicolor dans les dĂ©cors restreints d’une jungle fictive, et avec une poignĂ©e d’acteurs, Dr Cyclops dĂ©ploie son charme fantasque Ă  travers des trucages aussi soignĂ©s qu’ingĂ©nieux (mĂŞme si, le plus souvent, on agrandit les dĂ©cors pour rapetisser les personnages !). Sous le prĂ©texte de la miniaturisation – que Jack Arnold portera Ă  son apogĂ©e 17 ans plus tard avec L’Homme qui rĂ©trĂ©citSchoedsack insuffle une tension vive Ă  une histoire de rapt aussi singulière qu’audacieuse. Et l’intrigue, bien que dĂ©bridĂ©e, ne verse jamais dans le grotesque, notamment grâce Ă  la solidaritĂ© hĂ©roĂŻque des protagonistes miniatures, immergĂ©s avec ferveur dans leur nouvelle condition d’exilĂ©s.


RecrutĂ©s par le biologiste Thorkel pour parfaire ses recherches opaques, des scientifiques se retrouvent rĂ©trĂ©cis par une machine au radium. EmprisonnĂ©s dans sa cabane, ils finissent par s’Ă©chapper Ă  travers une jungle peuplĂ©e d’animaux menaçants. Ce survival haletant, riche en stratĂ©gies de dĂ©fense et d’attaque, oppose cinq rescapĂ©s Ă  un savant fou, Ă  des bĂŞtes domestiques devenues gĂ©antes, et Ă  une nature aussi belle que hostile. Le film nous entraĂ®ne dans son univers chimĂ©rique grâce Ă  des effets spĂ©ciaux simples mais crĂ©dibles (avec deux ou trois ratĂ©s attendrissants). MĂŞlant poĂ©sie fĂ©erique et cocasserie lĂ©gère, il n’en reste pas moins inquiĂ©tant, voire cruel, notamment Ă  travers l’interprĂ©tation trouble d’Albert Dekker, inquiĂ©tant Thorkel aux lunettes dĂ©mesurĂ©es, jouant avec un plaisir sadique le rĂ´le du dĂ©miurge dominateur.


Pur divertissement de quartier, Dr Cyclops a trouvĂ© sa place dans la mĂ©moire collective, au point qu’Eddy Mitchell lui rendit hommage dans La Dernière SĂ©ance (diffusĂ© le 1er avril 1993, en deuxième partie de soirĂ©e après Luke la main froide). Le film milite pour le rĂŞve avec une modestie et une sincĂ©ritĂ© rares, oĂą acteurs expressifs et effets artisanaux s’embrassent dans un rĂ©cit menĂ© tambour battant. Une sĂ©rie B savoureuse, au charme dĂ©licieusement rĂ©tro, qui fait vibrer l’enfant rĂŞveur tapi en nous.

* Bruno
3èx

lundi 19 novembre 2018

Dogman. Prix d'interprétation masculine, Marcello Fonte, Cannes 2018.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Matteo Garrone. 2018. Italie. 1h43. Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi.

Sortie salles France: 11 Juillet 2018 (Int - 12 ans). Italie: 17 Mai 2018 

FILMOGRAPHIE: Matteo Garrone est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 15 octobre 1968 Ă  Rome. 1997: Terra di mezzo. 1998: Ospiti. 2000: Estate romana. 2002: L'Étrange monsieur Peppino. 2004: Primo amore. 2008: Gomorra. 2012: Reality. 2015: Tale of Tales.


Un drame social inoubliable.
Inspiré d'une sordide histoire vraie, Dogman décrit le parcours solitaire de Marcello, toiletteur pour chien quotidiennement discrédité et molesté par un de ces anciens amis récemment sorti de prison. Ce dernier, mastard, semant la terreur dans le quartier, notamment faute de ses crises de manque avec la cocaïne. Dans un concours de circonstances malchanceuses et de manière involontaire, Marcello va sombrer dans une dangereuse vendetta. Magnifique portrait d'un quidam taiseux, introverti et timoré que l'acteur Marcello Fonte retransmet avec une vérité humaine bouleversante (le réalisateur parvenant à saisir le silence de ces pensée à travers la neutralité du regard), Dogman relate avec un âpre réalisme sa descente aux enfers tristement amère. L'intérêt du récit imprévisible résidant dans les contrariétés morales de ce commerçant inculte incapable de s'affirmer, de se défendre avec le monde extérieur mais pour autant en requête d'amitié, voire même d'une main secourable.


Qui plus est, et faute Ă©galement de sa corpulence malingre; si Marcello est toutefois considĂ©rĂ© comme un toiletteur serviable et sans histoire, il reste aux yeux des autres terriblement influençable et beaucoup trop naĂŻf pour tenter de se rebeller contre les voix les plus rĂ©prĂ©hensibles. Son camarade  Simoncino Ă©tant un minable consommateur de coke dĂ©nuĂ© de loyautĂ© et de reconnaissance envers lui, il profitera donc de sa gentillesse pour l'exploiter dans les combines les plus tordues. DĂ©nuĂ© de personnalitĂ© mais d'une loyautĂ© indĂ©fectible en ce qui concerne l'amitiĂ©, Marcello tentera malgrĂ© tout dans une forme de dĂ©sespoir suicidaire de prendre sa revanche sur la sociĂ©tĂ© avec une maladresse terriblement prĂ©judiciable. Car davantage rĂ©duit Ă  la solitude, Ă  l'humiliation, Ă  la culpabilitĂ© et Ă  l'injustice, Marcello tentera vainement de se tailler une nouvelle carrure plus inflexible et autonome en dĂ©pit de ses rapports intenses auprès de sa fille et de sa tendresse pour les chiens.


Profil d'un loser en perdition
Magnifique portrait d'un paumĂ© dĂ©chu aux yeux de l'entourage local issu d'un quartier pauvre, Dogman s'avère d'une intensitĂ© dramatique rigoureuse de par sa tendresse immodĂ©rĂ©e que Matteo Garrone porte pour son personnage infortunĂ© plongĂ© dans l'impuissance morale. TranscendĂ© par la performance (corporelle et cĂ©rĂ©brale !) de Marcello Fonte (prix d'interprĂ©tation Ă  Cannes), celui-ci soulève l'intrigue du poids de ses frĂŞles Ă©paules avec une puissance d'expression dĂ©pouillĂ©e, si bien que l'on ne sort pas indemne de son destin cruellement galvaudĂ©. Du grand cinĂ©ma italien qu'imprime de sa personnalitĂ© auteurisante Matteo Garrone (Gomorra).

* Bruno

Festival de Cannes 2018 : Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte.
Rubans d'argent 2018 : meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur.

vendredi 16 novembre 2018

Fog. Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site telerama.fr

"The Fog" de John Carpenter. 1980. 1h29. Avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, John Houseman, Tom Atkins, James Canning, Charles Cyphers, Nancy Kyes, Ty Mitchell, Hal Holbrook, John F. Goff.

Sortie salles France: 19 Mars 1980. U.S: 8 FĂ©vrier 1980

FILMOGRAPHIEJohn Howard Carpenter est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste, monteur, compositeur et producteur de film amĂ©ricain nĂ© le 16 janvier 1948 Ă  Carthage (État de New York, États-Unis). 1974 : Dark Star 1976 : Assaut 1978 : Halloween, la nuit des masques 1980 : Fog 1981 : New York 1997 1982 :The Thing 1983 : Christine 1984 : Starman 1986 : Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin 1987 : Prince des tĂ©nèbres 1988 : Invasion Los Angeles 1992 : Les Aventures d'un homme invisible, 1995 : L'Antre de la folie 1995 : Le Village des damnĂ©s 1996 : Los Angeles 2013 1998 : Vampires 2001 : Ghosts of Mars 2010 : The Ward

                                       

"Tout ce que nous voyons ou croyons voir n’est-il qu’un rĂŞve dans un rĂŞve ?"
— Edgar Allan Poe

Hormis son Prix de la critique Ă  Avoriaz en 1980 et un succès commercial (947 944 entrĂ©es rien qu’en France), Fog reçut un accueil critique timorĂ©. Carpenter lui-mĂŞme, insatisfait du premier montage, remania un tiers du film : ajouts, coupes, réécriture sonore, recomposition musicale.

Synopsis: Antonio Bay, petite ville cĂ´tière de Californie du Nord. Une lĂ©gende murmure que des fantĂ´mes tapis dans le brouillard ressurgiront des flots pour assassiner six citadins et rĂ©cupĂ©rer leur or. Car le village fut Ă©rigĂ© sur le pillage : un prĂŞtre, Malone, et cinq complices attirèrent le navire de Blake et de ses lĂ©preux vers un Ă©cueil, grâce Ă  un feu de camp trompeur. L’embarcation se fracassa, l’Ă©quipage pĂ©rit. Cent ans plus tard, les morts rĂ©clament justice.

Ă€ l’image de son prĂ©ambule envoĂ»tant - un vieux marin contant aux enfants, autour d’un feu, une histoire de spectres vengeurs - Fog redonne ses lettres de noblesse aux mythes, renouant avec l’aura sĂ©culaire des ghost stories d’antan.
Longtemps jugĂ© mineur dans la filmographie de Carpenter, fragilisĂ© par ses multiples rĂ©visions, Fog n’en demeure pas moins une Ă©clatante dĂ©monstration de ce qu’une sĂ©rie B modeste peut offrir de plus brumeux, ouatĂ©, crĂ©pusculaire. Le spectateur s’y perd avec dĂ©lectation, happĂ© par une imagerie fantastique oĂą se reflètent autant les contes noirs que les plaies du passĂ©.

Sur la trame d’un rĂ©cit horrifique aux allures de fable - en arrière-plan, une allĂ©gorie du colonialisme : fonder une sociĂ©tĂ© en versant le sang des plus faibles - Carpenter Ă©labore une mise en scène exemplaire, centrĂ©e sur le brouillard comme phĂ©nomène (sur)naturel.
L’angoisse, le suspense, le mystère sourdent lentement. Et lorsque surgissent les spectres, leur look mortifère - silhouettes humides, yeux luminescents, serpes rouillĂ©es - nous aimante le regard. Ils glissent dans le dĂ©cor cĂ´tier d’Antonio Bay avec une alchimie spectrale, presque organique.

Il fallait oser faire du brouillard le rĂ´le principal, cette nappe vaporeuse oĂą se dissolvent les morts-vivants, vectrice d’une menace opaque et indicible. Par son aura sĂ©pulcrale, cette entitĂ© naturelle pervertie par la vengeance nous happe avec un rĂ©alisme diaphane.
Souvent suggĂ©rĂ©s avant d’assaillir, les revenants apparaissent comme des ombres noires, silencieuses, avant de frapper - brutalement - d’un crochet rubigineux. L’intrigue, minimaliste mais redoutablement efficace, suit plusieurs trajectoires qui convergent vers un sanctuaire : une chapelle isolĂ©e, ultime refuge pour deux couples de survivants, rassemblĂ©s par les ondes paniquĂ©es d’une voix radiophonique bientĂ´t aux abois.

Parallèlement, son enfant - rĂ©fugiĂ© chez une septuagĂ©naire - devient la cible d’un effroi larvĂ©, une peur sourde lorsque Blake et ses fantĂ´mes rĂ´dent.
Peu Ă  peu, la menace Ă©merge du brouillard. Les attaques sont cinglantes, les lĂ©preux putrĂ©fiĂ©s surgissent dans une terreur parfois suggĂ©rĂ©e, parfois tranchante. Le tout s’enlace Ă  une partition entĂŞtante, envoĂ»tante, composĂ©e par le maĂ®tre Carpenter lui-mĂŞme. Le film pulse d’un rythme haletant, culminant dans un huis clos Ă©touffant au cĹ“ur d’une Ă©glise vermoulue… et redoublant la tension dans un second siège : l’animatrice radio, acculĂ©e, se retranche sur le toit de son phare, seule face Ă  l’indicible.

 
Derrière la brume… l’horreur.
D’une beautĂ© surnaturelle que Carpenter magnifie par son amour viscĂ©ral du fantastique, Fog sĂ©duit par son casting de visages familiers du genre (Hal Holbrook, Jamie Lee Curtis, Janet Leigh, Tom Atkins… et surtout Adrienne Barbeau, magnĂ©tique, dans le rĂ´le le plus substantiel). Le film s’impose comme une sĂ©rie B formellement envoĂ»tante, singulière, hantĂ©e. Son concept, audacieux - qui aurait pu sombrer dans la sĂ©rie Z sous une main moins inspirĂ©e - laisse au contraire libre cours Ă  l’imagination, sans une goutte de sang, mais tout imprĂ©gnĂ© d’un souffle poĂ©tique venu des rivages de Poe.

* Bruno
16.11.18. 6èx
15.06.12. (96 v)

jeudi 15 novembre 2018

Mission Impossible : Fallout

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Christopher McQuarrie. 2018. U.S.A. 2h28. Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Ving Rhames, Simon Pegg, Rebecca Ferguson, Sean Harris, Michelle Monaghan, Angela Bassett.

Sortie salles France: 1er Août 2018. U.S: 27 Juillet 2018

FILMOGRAPHIE: Christopher McQuarrie est un réalisateur et scénariste américain, né en 1968 à Princeton, New Jersey. 2000: Way of the Gun. 2012: Jack Reacher. 2015: Mission Impossible: Rogue Nation. 2018: Mission Impossible: Fallout.


Monstrueux, apocalyptique, galvanisant, tĂ©tanisant, vertigineux, Ă  couper le souffle ! Mes Ă©loges subjectives ont beau paraĂ®tre outrancière, Mission Impossible : Fallout m'a clouĂ© au fauteuil 2h20 durant (en Ă©pargnant les 8 mns de gĂ©nĂ©rique de fin), Ă  l'instar du tout aussi rĂ©volutionnaire Mad-Max Fury Road ! Car oui, Mission Impossible : Fallout dĂ©passe tous ses opus antĂ©cĂ©dents pour carrĂ©ment rĂ©inventer l'actionner bourrin (comme je dĂ©teste cette locution tant ici l'action dĂ©ployĂ©e dĂ©pend intelligemment d'une narration retorse !) par le biais de morceaux de bravoure jamais vus au prĂ©alable ! Quand bien mĂŞme la 1ère heure nous mettait dĂ©jĂ  KO par sa frĂ©nĂ©sie formelle (Ă©paulĂ© du montage ultra dynamique), l'heure vingt suivante nous hypnotise les sens avant de nous combler auprès d'un point d'orgue de 45 minutes instaurĂ©es au creux de montagnes enneigĂ©es ! Notamment en alternant Ă  deux endroits distinctes deux actions discontinues que le spectateur dĂ©boussolĂ© savoure avec une apprĂ©hension aussi oppressante ! Et donc mĂŞme si nous avons affaire Ă  un pur divertissement en roue libre, l'invraisemblance des scènes d'action a beau paraĂ®tre outrĂ©e, on y croit sans sourciller, on s'accroche Ă  son fauteuil en renouant avec un sourire de gosse, notamment en se laissant sĂ©duire par l'implication spontanĂ©e des personnages stoĂŻques bravant le danger avec un dynamisme si communicatif (Tom Cruise crevant une fois de plus l'Ă©cran en hĂ©ros striĂ© Ă  la force d'expression).


Christopher McQuarrie ayant en prime l'astuce d'y injecter une bonne rasade d'humour Ă  travers leurs rĂ©pliques dĂ©complexĂ©es. Une manière fantaisiste de dĂ©tendre l'atmosphère dĂ©bridĂ©e et ainsi rappeler que nous sommes au cinĂ©ma, alors que le spectateur s'implique comme jamais dans la tourmente d'une folle course contre la mort Ă  grande Ă©chelle (l'enjeu humain de la dĂ©mographie de l'Inde, du Pakistan et de la Chine). Modèle de mise en scène (de par sa fluiditĂ©, l'exigence maniaque du travail technique) et d'ultra efficacitĂ© sous la mainmise d'un Christopher McQuarrie furieusement animĂ© d'ambition dĂ©mesurĂ©e (alors qu'il Ă©tait dĂ©jĂ  signataire du prĂ©cĂ©dent volet), Mission Impossible : Fallout tire parti de son attrait ultra jouissif grâce Ă  une intrigue Ă  suspense Ă  la fois tendue et infiniment haletante. En gros, il s'agit pour l'Ă©quipe d'Ethan Hunt de rĂ©cupĂ©rer en un temps furtif 3 bombes de plutonium en Ă©change de livrer un ancien terroriste (celui entrevu dans le prĂ©cĂ©dent opus) auprès de la "veuve". TruffĂ© de rebondissements, pĂ©ripĂ©ties de survie, revirements et faux semblants Ă  travers une poignĂ©e d'acolytes, de maĂ®tres chanteurs, d'espions et de dissidents, Mission Impossible... cumule Ă  rythme mĂ©tronome des bastonnades martiales (celle dans les WC est mĂ©morablement chorĂ©graphiĂ©e !) et courses-poursuites ahurissantes de rĂ©alisme (tant en moto, qu'en voiture, en fourgon, en hĂ©lico ou en parachute). Quand bien mĂŞme nos personnages hĂ©roĂŻques (jamais superficiels !) font preuve de sentiments Ă  travers leur humanisme solidaire, notamment sous l'impulsion nostalgique de l'ex femme d'Ethan Hunt permettant Ă  l'intrigue annexe de nous scander une superbe histoire d'amour pleine de pudeur et de dignitĂ©. Bref, rien ici n'est laissĂ© au hasard pour caresser dans le bon sens le grand public en faisant fi d'esbroufe ou d'effets de manche disgracieux trop coutumiers du genre bĂŞtement bourrin.


D'une intensitĂ© Ă©motionnelle exponentielle, Mission Impossible : Fallout relève la difficile gageure de rĂ©animer la fibre du vrai cinĂ©ma d'action sous sa forme la plus authentique et intègre comme le furent plus tĂ´t Rambo, Mad-Max 2, Piège de Cristal, True Lies, A toute Epreuve, Une journĂ©e en Enfer ou encore Speed. GĂ©nĂ©reux en diable et follement vrillĂ© au fil d'une action substantielle jamais rĂ©barbative, Mission Impossible... renoue avec la chimère du CinĂ©ma. Celle du gout du rĂŞve, de l'Ă©vasion et de l'adrĂ©naline appuyĂ© d'un brio technique aussi millimĂ©trĂ© qu'infaillible. Et c'est franchement Ă  couper le souffle ! 

* Bruno  

Box Office France: 3 010 246 entrées