jeudi 28 janvier 2021

Police Academy 2

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jerry Paris. 1985. U.S.A. 1h27. Avec Steve Guttenberg, Bubba Smith, David Graf, Michael Winslow, Bruce Mahler, Marion Ramsey 

Sortie salles France: 29 Mars 1985 (ou 3 Avril 1985)

FILMOGRAPHIE: Jerry Paris est un acteur, rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain nĂ© le 25 juillet 1925 Ă  San Francisco, Californie (États-Unis), dĂ©cĂ©dĂ© le 31 mars 1986 Ă  Los Angeles (Californie). 1967 : Don't Raise the Bridge, Lower the River. 1968 : Frissons garantis. 1968 : How Sweet It Is ! 1969 : Viva Max ! 1970 : L'Amoureuse. 1971 : Star Spangled Girl. 1980 : Leo and Loree. 1985 : Police Academy 2 : Au boulot ! 1986 : Police Academy 3 : Instructeurs de choc. 

On prends les mĂŞmes et on recommence, en saupoudrant le plat d'une pincĂ©e de sucre et de gras Ă  travers ses gags les plus lourdingues, tant et si bien qu'une frange de spectateurs pourrait facilement dĂ©crocher Ă  force de surenchère potache. Pour autant, de par l'expansivitĂ© des comĂ©diens communĂ©ment rĂ©unis une seconde fois avec cette similaire complicitĂ© badine, et l'accumulation des gags toujours influencĂ©s par l'esprit des ZAZ, Police Academy 2 amuse constamment le spectateur, partagĂ© entre rires et sourires avec une bonne humeur attractive. Et si certaines situations saugrenues, pour ne pas dire sciemment dĂ©biles, demeurent aussi gratuites que poussives, son climat sĂ©millant Ă©manant des bĂ©vues de nos flics en roue libre transcendent tout sur leur passage Ă  travers leurs efforts hĂ©roĂŻque typiquement cartoonesque. Sans compter des profils secondaires franchement hilarants si je me rĂ©fère Ă  Zed, le leader criminel Ă  l'expressivitĂ© exagĂ©rĂ©ment hystĂ©risĂ©e (c'est peu de le dire !) et Ă  Carl Sweetchuck, le commerçant parano adepte de l'ultrasĂ©curitaire au sein de sa boutique blindĂ©e (le prologue annonçant immĂ©diatement la couleur). 

Une séquelle bougrement ludique donc à travers son esprit à la fois bonnard, déjanté et décomplexé, si bien que l'on trépigne d'impatience et de curiosité à découvrir son 3è opus toujours réalisé par Jerry Paris

*Bruno

Ci-joint la chronique du 1er volet: http://brunomatei.blogspot.com/2011/08/police-academy.html

mercredi 27 janvier 2021

Le Jour se lève

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lucienparis.com

de Marcel Carne. 1938. France. 1h32 (version non censurĂ©e). Avec Jean Gabin, Jules Berry, Jacqueline Laurent, Arletty, Arthur Devère, Jacques Baumer. 

Sortie salles France: 9 Juin 1939

FILMOGRAPHIE: Marcel CarnĂ© est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, nĂ© le 18 aoĂ»t 1906 Ă  Paris, dĂ©cĂ©dĂ© le 31 octobre 1996 Ă  Clamart. 1929 : Nogent, Eldorado du dimanche. 1936 : Jenny. 1937 : DrĂ´le de drame. 1938 : Le Quai des brumes. 1938 : HĂ´tel du Nord. 1939 : Le jour se lève. 1942 : Les Visiteurs du soir. 1945 : Les Enfants du paradis. 1946 : Les Portes de la nuit. 1947 : La Fleur de l'âge (inachevĂ©). 1950 : La Marie du port. 1950 : Juliette ou la ClĂ© des songes. 1953 : ThĂ©rèse Raquin. 1954 : L'Air de Paris. 1956 : Le Pays d'oĂą je viens. 1958 : Les Tricheurs. 1960 : Terrain vague. 1962 : Du mouron pour les petits oiseaux. 1965 : Trois chambres Ă  Manhattan. 1968 : Les Jeunes Loups. 1971 : Les Assassins de l'ordre. 1974 : La Merveilleuse Visite. 1977 : La Bible. 1991 : Mouche (inachevĂ©). 

Jean Gabin / Jules Berry / Jacqueline Laurent / ArlettyUn quatuor d'acteurs proverbiaux touchés par une forme de grâce alchimique. De par leur talent inné d'y composer un jeu naturel plus vrai que nature, du noir et blanc à l'onirisme naturaliste, des dialogues ciselés de Prévert constamment en roue libre et de la mise en scène prodigieuse de Marcel Carné filmant scrupuleusement ses comédiens à travers des confrontations psychologiques tantôt tendues, tantôt langoureuses. Romance passionnelle entre un ouvrier charmeur et deux jeunes femmes harcelées par leur ancien amant cossu, Le Jour se lève se décline en drame criminel sous l'impulsion fielleuse d'un Jules Berry redoublant de cynisme, de feinte (son incongrue confession incestueuse auprès de François) et d'arrogance afin d'asseoir son autorité et emporter la mise.

Quand bien mĂŞme Jean Gabin tente d'occulter ses provocations pernicieuses avec un flegme difficilement gĂ©rable lorsque son rival ne cesse de le brimer avec un masochisme insatiable. Secrètement amoureuse de François, Arletty endosse une sorte de matrone infortunĂ©e Ă  l'aide d'une force de caractère si comprĂ©hensive eu Ă©gard de son indulgence Ă  tolĂ©rer l'infidĂ©litĂ© de celui-ci pour autant franc et direct Ă  lui confesser avec une certaine amertume ses sentiments pour Françoise. Jacqueline Laurent incarnant de manière Ă  la fois tĂ©nue et ingĂ©nue une jeune fleuriste au doux regard mielleux lorsqu'elle se laisse chavirer par ses sentiments pour François. Folle romance Ă©perdue au sein d'un huis-clos anxiogène dĂ©nuĂ© de lueur d'espoir, le Jour se lève traite Ă  nouveau du crime passionnel avec une force expressive terriblement ensorcelante. Marcel CarnĂ© composant une forme de marche funèbre monochrome autour des Ă©tats-d'âme dĂ©chus de François rongĂ© par la dĂ©sillusion, l'Ă©chec, la folie et la tristesse d'avoir rompu si brutalement avec l'amour.  

Grand moment de cinĂ©ma d'une intensitĂ© Ă©motionnelle aussi bien envoĂ»tante que capiteuse, de par sa puissance romanesque compromise Ă  la mĂ©lancolie sentencieuse, le Jour se lève nous remĂ©more au sein d'un huis-clos crĂ©pusculaire la tragĂ©die humaine d'un fervent amoureux prisonnier de ses pulsions irascibles faute de son mal-ĂŞtre prolĂ©taire. Un des plus grands drames romanesques que le cinĂ©ma français nous ait contĂ© si bien que l'on reste constamment transi d'Ă©moi face Ă  ces oppositions psychologiques d'un magnĂ©tisme indicible proche de l'absolu.  

*Bruno
2èx

mercredi 20 janvier 2021

La BĂŞte Humaine

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jean Renoir. 1938. France. 1h39. Avec Jean Gabin, Simone Simon, Fernand Ledoux, Julien Carette, Blanchette Brunoy, GĂ©rard Landry, Jenny HĂ©lia. 

Sortie salles France: 23 Décembre 1938

FILMOGRAPHIE: Jean Renoir, nĂ© Ă  Paris le 15 septembre 1894 et mort le 12 fĂ©vrier 1979 Ă  Beverly Hills (Californie), est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français. 1924 : Catherine (uniquement projetĂ© en privĂ©). 1925 : La Fille de l'eau. 1926 : Nana. 1927 : Sur un air de charleston. 1927 : Une vie sans joie. 1927 : Marquitta. 1928 : La Petite Marchande d'allumettes. 1928 : Tire-au-flanc. 1928 : Le Tournoi dans la citĂ©. 1929 : Le Bled. 1931 : On purge bĂ©bĂ©. 1931 : La Chienne. 1932 : La Nuit du carrefour. 1932 : Boudu sauvĂ© des eaux. 1932 : Chotard et Cie. 1933 : Madame Bovary. 1935 : Toni. 1936 : Le Crime de monsieur Lange. 1936 : Partie de campagne. 1936 : La vie est Ă  nous. 1936 : Les Bas-fonds. 1937 : La Grande Illusion. 1938 : La Marseillaise. 1938 : La BĂŞte humaine. 1939 : La Règle du jeu. 1941 : L'Étang tragique. 1943 : Vivre libre. 1945 : L'Homme du sud. 1946 : Le Journal d'une femme de chambre. 1946 : Salut Ă  la France. 1947 : La Femme sur la plage. 1951 : Le Fleuve. 1953 : Le Carrosse d'or. 1955 : French Cancan. 1956 : Elena et les Hommes. 1959 : Le Testament du docteur Cordelier. 1959 : Le DĂ©jeuner sur l'herbe. 1962 : Le Caporal Ă©pinglĂ©. 1971 : Le Petit Théâtre de Jean Renoir. 


Sorti la mĂŞme annĂ©e que l'inoubliable Quai des Brumes, La BĂŞte Humaine est une seconde claque Ă©motionnelle beaucoup plus Ă©prouvante car autrement perverse, malsaine et dĂ©rangeante sous l'impulsion d'un Jean Gabin habitĂ© par ses nĂ©vroses meurtrières. Tant et si bien qu'il demeure terrifiant Ă  l'Ă©cran lors de ses confidences et interrogations Ă©quivoques qu'il amorce auprès de sa bienaimĂ©e SĂ©verine que Simone Simon endosse avec une sensualitĂ© proprement alchimique. Cette dernière irradiant l'Ă©cran Ă  travers son personnage d'aguicheuse entĂŞtĂ©e incapable de se contenir lorsqu'il s'agit de se laisser conquĂ©rir par un nouveau prĂ©tendant. Impuissante d'aimer ses amants comme elle l'avoue si bien Ă  Jacques Lantier dans une poignante amertume, mais assoiffĂ©e de tendresse et d'affection après avoir Ă©tĂ© sexuellement abusĂ©e lors de son enfance (tout du moins c'est ce qu'elle sous-entend lors d'une rĂ©plique sentencieuse), SĂ©verine s'entoure malencontreusement d'amants machistes adeptes du crime passionnel. 


Ainsi donc, cette sombre atmosphère de dĂ©sir ardent et de pulsions criminelles plane de façon insidieuse sur les Ă©paules de ses protagonistes en requĂŞte dĂ©sespĂ©rĂ©e de fulgurance amoureuse. Un amour Ă©minemment impossible lorsque jalousie, possessivitĂ©, soumission et châtiments viennent se confondre au coeur de leur quotidien conjugal bâtis sur le doute, la rancoeur et la suspicion. EclairĂ© d'un vĂ©nĂ©neux noir et blanc Ă  travers l'impulsion stridente de locomotives Ă  vapeur, La BĂŞte Humaine nous immerge lentement (mais surement) vers une descente aux enfers criminelle dĂ©nuĂ©e de luminositĂ©. Tant et si bien que l'on reste Ă  la fois perturbĂ© et empathique face au douloureux portrait imparti Ă  Lantier que Jean Gabin transcende avec une vĂ©ritĂ© psychologique terriblement perturbante quant Ă  ses fantasmes morbides qu'il redoute avec une Ă©tonnante luciditĂ©. Car victime malgrĂ© lui de ses pulsions criminelles qu'il canalise toutefois grâce aux moteurs de sa locomotive s'accrochant aux rails Ă  vive allure, Lantier se laissera sĂ©duire par la mante religieuse SĂ©verine après l'avoir sauvĂ© d'une suspicion policière.   


Les amants criminels
Admirablement interprĂ©tĂ© avec un flegme dĂ©rangeant (et ce sans diction théâtrale) sous la mainmise d'un Jean Renoir terriblement inspirĂ© Ă  immortaliser le roman d'Emile Zola avec un rĂ©alisme limite horrifique, La BĂŞte Humaine demeure psychologiquement Ă©peurant Ă  travers son tableau dĂ©risoire sur ses petites gens tributaires de romance illusoire. Un chef-d'oeuvre mortifiĂ©, âpre et dĂ©stabilisant, que le couple bovarien Jean Gabin / Simone Simon transcende de leur empreinte pernicieuse. 

*Bruno

mardi 19 janvier 2021

Pieces of a Woman. Mostra de Venise 2020 : Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine: Vanessa Kirby.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de KornĂ©l MundruczĂł. 2020. Canada. 2h08. Avec Vanessa Kirby, Shia LaBeouf, Iliza Shlesinger, Molly Parker, Ellen Burstyn. 

Diffusion Netflix: 7 Janvier 2021

FILMOGRAPHIEKornĂ©l MundruczĂł, nĂ© le 3 avril 1975 Ă  GödöllĹ‘ dans le comitat de Pest, est un acteur, metteur en scène de théâtre et rĂ©alisateur hongrois. 2000 : Nincsen nekem vágyam semmi. 2002 : Pleasant Days. 2005 : Johanna. 2008 : Delta. 2010 : Tender Son: The Frankenstein Project. 2014 : White God. 2017 : La Lune de Jupiter. 2020 : Pieces of a Woman. 


Drame maternel d'une intensitĂ© dramatique Ă©prouvante au fil d'un axe narratif tributaire de l'introspection morale d'une jeune mère incapable d'accepter le poids de son fardeau, Pieces of a woman fait l'effet d'un uppercut Ă©motionnel difficilement gĂ©rable. Dans la mesure ou le cinĂ©aste hongrois KornĂ©l MundruczĂł s'efforce de nous dĂ©peindre le dĂ©sarroi de ses protagonistes avec un vĂ©risme organique eu Ă©gard de sa mise en scène quasi expĂ©rimentale Ă  la synergie infaillible. Tant auprès du jeu viscĂ©ral des comĂ©diens sidĂ©rants de fragilitĂ© dĂ©munie que de cette camĂ©ra zoomant dĂ©licatement ses visages sentencieux ou se faufilant Ă  travers les pièces domestiques avec pudeur naturaliste. L'Ă©cueil qu'Ă  su Ă©viter l'auteur demeurant la complaisance Ă  travers le thème mĂ©lodramatique de la perte de l'ĂŞtre cher, en l'occurrence un nourrisson potentiellement dĂ©cĂ©dĂ© de mort subite. Tout du moins c'est ce que nous suggère son final rĂ©vĂ©lateur au sein du prĂ©toire lors d'un procès fatalement mĂ©diatisĂ© lorsque la sage-femme incriminĂ©e y redoute le verdict. Mais bien avant ce final escomptĂ© dĂ©nuĂ© de dramaturgie appuyĂ©e (tout le contraire s'y produit quant au revirement moral de la plaignante), l'auteur aura pris soin de nous familiariser auprès de ce couple Ă©plorĂ© tentant maladroitement de survivre après le deuil. 


Ainsi, Ă  travers la force d'expression colĂ©rique de Shia LaBeouf en amant dĂ©laissĂ© par sa compagne, sombrant peu Ă  peu dans une forme de dĂ©chĂ©ance acrimonieuse, et la puissance de jeu somatique de Vanessa Kirby en mère accablĂ©e par le chagrin et l'injustice au point de se replier sur l'autisme, on reste figĂ© par leur prestance plus vraie que nature de leurs confrontations conjugales dĂ©nuĂ©es de discernement. Le spectateur assistant impuissant Ă  leur humeur caractĂ©rielle avec un rĂ©alisme rigoureux aussi bien brutal (parfois mĂŞme Ă©tonnamment charnel auprès des corps meurtris d'affection sexuelle) que dĂ©nuĂ© de concession. Et ce, avec en filigrane, la prĂ©sence emblĂ©matique d'Ellen Burstyn  (l'Exorciste) en mère sclĂ©rosĂ©e Ă  la fois Ă©goĂŻste, hautaine, voir mĂŞme condescendante (auprès de son beau-fils) mais dĂ©bordante d'amour et de raison pour sa fille afin de lui prodiguer rĂ©silience et surpassement. C'est donc une Ă©preuve de force, un parcours du combattant, un chemin de croix capiteux que nous dĂ©voile le rĂ©alisateur Ă  travers ses personnalitĂ©s contradictoires tentant difficilement d'accepter le deuil infantile. Et ce parmi le tĂ©moignage externe de la famille Ă  la fois discrète mais sur le qui-vive Ă  espĂ©rer la renaissance de Martha traumatisĂ©e par son infĂ©conditĂ©. 


De par ses dĂ©licates rĂ©flexions sur la culpabilitĂ© et les prĂ©jugĂ©s (chacun reportant la faute sur soi mĂŞme ou sur l'autre quand on ignore les raisons d'une mort inexpliquĂ©e), et la sagesse du bon sens Ă  tolĂ©rer le deuil insurmontable et Ă  renouer avec l'amour d'une mère, Pieces of a Woman nous bouleverse sans anesthĂ©sie (Ă  l'instar de son plan sĂ©quence liminaire d'une durĂ©e de 30 minutes quant Ă  l'accouchement gĂ©rĂ© avec une minutie documentĂ©e). Le tout baignant en intermittence dans un onirisme Ă  la fois Ă©thĂ©rĂ© et bienveillant au lieu de nous quitter sur une note pessimiste en dĂ©pit des consĂ©quences dramatiques du couple en perdition sentimentale. Mais au-delĂ  de l'incroyable nuance de sa mise en scène Ă©galement personnelle, on reste subjuguĂ© par le jeu Ă©corchĂ© vif de Vanessa Kirby (rĂ©compensĂ©e Ă  juste titre Ă  Venise) Ă  travers son regard impassible suggĂ©rant une douleur maternelle aigue pour autant en voie de salut. 

P.S: attention toutefois aux âmes les plus sensibles pour sa première demi-heure tranchĂ©e d'un rĂ©alisme sensitif Ă  couper au rasoir.  

*Bruno

lundi 18 janvier 2021

Nelly et Mr Arnaud

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Sautet. 1995. France/Italie/Allemagne. 1h46. Avec Michel Serrault, Emmanuelle Béart, Jean-Hugues Anglade, Claire Nadeau, Michael Lonsdale, Françoise Brion, Michèle Laroque.

Sortie salles France: 18 Octobre 1995

FILMOGRAPHIE: Claude Sautet, nĂ© le 23 fĂ©vrier 1924 Ă  Montrouge (Seine) et mort le 22 juillet 2000 dans le 14e arrondissement de Paris, est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur français. 1951 : Nous n'irons plus au bois (court-mĂ©trage). 1955 : Bonjour sourire (non crĂ©ditĂ© comme scĂ©nariste). 1960 : Classe tous risques. 1965 : L'Arme Ă  gauche. 1970 : Les Choses de la vie. 1971 : Max et les Ferrailleurs. 1972 : CĂ©sar et Rosalie. 1974 : Vincent, François, Paul... et les autres. 1976 : Mado. 1978 : Une histoire simple. 1980 : Un mauvais fils. 1983 : Garçon ! 1988 : Quelques jours avec moi. 1991 : Un cĹ“ur en hiver. 1995 : Nelly et Monsieur Arnaud. 

                                      Une exclusivitĂ© publiĂ©e par Docteur_Jivago le 20 octobre 2015

La cruauté de la vie.
C'est en 1995, soit cinq ans avant son dernier souffle, que Claude Sautet livre son testament Nelly et Mr. Arnaud où il va s'intéresser à la rencontre entre une jeune femme ayant quelques difficultés financières et de couple et d'un riche retraité vivant dans la solitude. Si Nelly et Mr. Arnaud ne se place pas comme l'une des plus belles réussites du cinéma de Claude Sautet, notamment dû à un manque d'émotion (toute proportion gardée), il n'en reste pas moins intéressant à plus d'un titre, en particulier dans les deux portraits qu'il dresse. Se montrant toujours d'une grande justesse, et intelligence, d'écriture, il évoque les problèmes de Nelly puis ceux de Mr. Arnaud avant de les faire rencontrer, puis se rapprocher pour une relation qui mêlera amitié, travail, non-dit, solitude ou encore amour impossible.

C'est ce point-lĂ  qui va surtout l'intĂ©resser, Ă  savoir une histoire impossible, avec d'abord des premiers pas chaleureux oĂą l'amitiĂ© et les confidences seront prĂ©sents, jusqu'Ă  ce que la jalousie s'attaque Ă  Mr. Arnaud. Toujours d'une incroyable justesse, Sautet en dresse deux portraits tendres, Ă©vitant la caricature ou les jugements mal venus mais toujours d'un rĂ©alisme fort, ce qui se ressent aussi dans les dialogues et l'Ă©volution des rapports. Comme toujours, Sautet Ă©voque la vie et ses dilemmes, mais aussi la cruautĂ© comme la solitude et surtout l'amour, qu'il soit impossible, non partagĂ© ou encore faussĂ©. Il met aussi en avant les pulsions humaines, Ă  l'amour que l'on ne maitrise pas forcĂ©ment et qui peut laisser de bien douloureuses cicatrices. Il plane sur le long du film un soupçon de mĂ©lancolie et de temps qui passe qui se ressent pleinement grâce Ă  la mise en scène immersive de Sautet, nous faisant partager l'intimitĂ© des protagonistes, que ce soit dans un bar ou un appartement. Il se montre Ă  nouveau d'une grande sobriĂ©tĂ© derrière la camĂ©ra, trouvant toujours les bons plans pour mieux nous inclure au coeur du rĂ©cit. Devant la camĂ©ra, Michel Serrault est remarquable, tout comme l'osmose qu'il forme avec la belle Emmanuelle BĂ©art, tandis que les seconds rĂ´les (Claire Nadeau, Jean-Hugues Anglade etc) sont impeccables. 

Testament réussi pour Claude Sautet qui, à défaut de mettre en scène l'une de ses oeuvres les plus mémorables, trouve toujours la justesse et l'intelligence pour nous immerger au coeur de la vie de ses personnages, où se mêleront non-dits, amour, amitié, solitude et malheur. Le cinéaste de l'humain et de la vie s'éteindra quelques années plus tard et peut reposer en paix, bénéficiant de l'une des plus remarquables filmographies qu'il m'ait été donné de voir avec de nombreux films qui m'auront très fortement marqué.

7/10. Dr Jivago (sens critique)

Récompenses
Prix Louis-Delluc 1995
Prix de la critique : prix Méliès du meilleur film français
Césars 1996
César du meilleur réalisateur : Claude Sautet
César du meilleur acteur : Michel Serrault
Prix Lumière 1996
Prix Lumière du meilleur acteur : Michel Serrault

vendredi 15 janvier 2021

Une Histoire Simple. César de la Meilleure Actrice: Romy Schneider, 1979.

                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Alamyimages.fr

de Claude Sautet. 1978. France/Allemagne. 1h49. Avec Romy Schneider, Bruno Cremer, Claude Brasseur, Arlette Bonnard, Roger Pigaut, Sophie Daumier, Eva Darlan.

Sortie salles France: 22 Novembre 1978

FILMOGRAPHIE: Claude Sautet, nĂ© le 23 fĂ©vrier 1924 Ă  Montrouge (Seine) et mort le 22 juillet 2000 dans le 14e arrondissement de Paris, est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur français. 1951 : Nous n'irons plus au bois (court-mĂ©trage). 1955 : Bonjour sourire (non crĂ©ditĂ© comme scĂ©nariste). 1960 : Classe tous risques. 1965 : L'Arme Ă  gauche. 1970 : Les Choses de la vie. 1971 : Max et les Ferrailleurs. 1972 : CĂ©sar et Rosalie. 1974 : Vincent, François, Paul... et les autres. 1976 : Mado. 1978 : Une histoire simple. 1980 : Un mauvais fils. 1983 : Garçon ! 1988 : Quelques jours avec moi. 1991 : Un cĹ“ur en hiver. 1995 : Nelly et Monsieur Arnaud. 

Joli portrait de femme tourmentĂ©e, entre ses Ă©checs sentimentaux et sa quĂŞte maternelle contradictoire (le prologue s'ouvre par un projet d'avortement alors que sa conclusion opte pour un revirement solaire), Une histoire Simple naquit du projet de Romy Schneider Ă  solliciter auprès de son auteur fĂ©tiche un film de femmes qu'elle endosserait en tout 1er rĂ´le. Quand bien mĂŞme Claude Sautet n'avait jusqu'Ă  prĂ©sent illustrĂ© que des histoires d'hommes virils Ă©voluant autour de leurs discordes amicales et sentimentales. Celui-ci possĂ©dant ce don innĂ© de filmer la banalitĂ© quotidienne Ă  travers des tracas conjugaux et professionnels difficilement bienheureux. Et si on est loin de ses rĂ©ussites les plus probantes (les Choses de la Vie, Vincent, François, Paul et les autres, CĂ©sar et Rosalie), Une Histoire Simple reste une jolie chronique naturaliste d'une femme en quĂŞte de bonheur et de libertĂ© Ă  la fin des annĂ©es 70. 

Romy Schneider demeurant comme de coutume Ă©blouissante de naturel avec toutefois ici une sobre expression d'amertume quasi permanente. L'actrice âgĂ©e de 40 ans lors du tournage dĂ©voilant ici une apparence autrement tranquille, rĂ©servĂ©e et posĂ©e en femme prĂ©venante nantie de tendresse pour y prĂ©server son entourage. Tant auprès de ses relations avec ses proches amies et consoeurs que de ses rapports empathiques avec les hommes, notamment auprès de ses deux ex qu'endossent Claude Brasseur et Bruno Kremer dans des dĂ©marches machistes assez Ă©goĂŻstes et indĂ©pendantes. Claude Brasseur endossant l'amant envieux teintĂ© d'irascibilitĂ© dans son refus d'accepter la triste rĂ©alitĂ©, quand bien mĂŞme Bruno Kremer se taille une carrure d'ex mari un peu trop orgueilleux, notamment auprès de son Ă©thique professionnelle dĂ©nuĂ©e de compassion (un de ses collègues suicidaires sur le point de rĂ©cidiver ne lui suscite qu'un timide intĂ©rĂŞt Ă  son Ă©ventuel destin morbide).

De par sa scrupuleuse attention psychologique Ă  illustrer sans fard la vie quotidienne d'une femme dubitative en quĂŞte d'Ă©quilibre moral, entre dĂ©sir maternel et sentimental, Une Histoire Simple se dĂ©cline en chronique sociĂ©tale des Seventies (l'Ă©mancipation de la femme, tant conjugal que professionnel; le chĂ´mage, l'IVG instaurĂ© en 75) avec un rĂ©alisme mĂ©lancolique assez magnĂ©tique. Romy Schneider, rĂ©compensĂ©e pour la seconde fois de sa carrière d'un CĂ©sar de la Meilleur Actrice, irradiant Ă  nouveau l'Ă©cran en femme langoureuse en initiation optimiste. A l'instar de ce final solaire prĂ©sageant une filiation autrement fructueuse. 

*Bruno

jeudi 14 janvier 2021

Les Choses de la Vie. Prix Louis-Delluc, 1969

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Sautet. 1970. France. 1h25. Avec Michel Piccoli, Romy Schneider, Lea Massari, Jean Bouise, Gérard Lartigau, Boby Lapointe.

Sortie salles France: 13 Mars 1970

FILMOGRAPHIE: Claude Sautet, né le 23 février 1924 à Montrouge (Seine) et mort le 22 juillet 2000 dans le 14e arrondissement de Paris, est un scénariste et réalisateur français. 1951 : Nous n'irons plus au bois (court-métrage). 1955 : Bonjour sourire (non crédité comme scénariste). 1960 : Classe tous risques. 1965 : L'Arme à gauche. 1970 : Les Choses de la vie. 1971 : Max et les Ferrailleurs. 1972 : César et Rosalie. 1974 : Vincent, François, Paul... et les autres. 1976 : Mado. 1978 : Une histoire simple. 1980 : Un mauvais fils. 1983 : Garçon ! 1988 : Quelques jours avec moi. 1991 : Un cœur en hiver. 1995 : Nelly et Monsieur Arnaud.

"Avoir sous les yeux la triste preuve de l'extrême fragilité de l'existence rend soudain exaltant le sentiment d'être encore en vie."

La vie, l'amour, la mort. Tels sont les thèmes Ĺ“cumĂ©niques que nous Ă©voque l'immense rĂ©alisateur Claude Sautet, un des plus grands auteurs du cinĂ©ma français dont on ne peut se lasser de revoir ses classiques de par sa facultĂ© Ă  nous immerger dans les tourments de ses personnages fragiles avec un rĂ©alisme qui n'appartient qu'Ă  lui. Ainsi, la trame nous Ă©voque l'interrogation perplexe de Pierre, architecte quadragĂ©naire sĂ©parĂ© de son Ă©pouse depuis sa rencontre avec HĂ©lène. Or, il dĂ©cide depuis quelques temps de s'Ă©loigner de cette dernière pour des raisons indĂ©cises. Et ce au point de vouloir lui Ă©crire une lettre pour mettre un terme Ă  leur liaison dĂ©clinante qu'HĂ©lène a bien du mal Ă  accuser dans sa condition dĂ©laissĂ©e. Mais avant de la lui adresser, et alors qu'il empreinte une route nationale Ă  bord de son vĂ©hicule, un camion calĂ© Ă  l'intersection d'une chaussĂ©e lui cause l'accident fatal. Semi-comateux sur un lit de pelouse, il se remĂ©more son passĂ© sentimental auprès des deux compagnes de sa vie. 

De par son climat austère et son rĂ©alisme clinique quasi documentĂ©, Les Choses de la vie pourrait aujourd'hui paraĂ®tre un peu difficile d'accès auprès d'un jeune public non prĂ©parĂ©. Son rythme languissant (surtout avant l'accident), ses dĂ©cors parfois blafards et le jeu si particulier du grand Michel Piccoli dans sa fonction assez orgueilleuse peuvent entraĂ®ner un sentiment un peu dĂ©concertant auprès d'une frange du public. Pour autant, de par la prĂ©sence divine de Romy Schneider fidèle Ă  sa nature radieuse et sensuelle et son cheminement narratif traitĂ© de manière rĂ©solument personnelle (notamment auprès de cet anthologique crash automobile filmĂ© de l'habitacle), les Choses de la Vie instaure un climat d'Ă©trangetĂ© tantĂ´t doucereux, tantĂ´t morbide (une aura mortuaire plane sur les Ă©paules de Piccoli lors de ses pensĂ©es internes parfois hallucinogènes). Et ce au point de nous susciter un sentiment de fascination indicible. Sautet, rĂ©fractaire aux conventions, nous immergeant de manière subjective dans les pensĂ©es de la victime avec un rĂ©alisme aussi trouble qu'onirique. Les Choses de la vie traitant de l'importance du jour prĂ©sent par le biais du spectre de la mort que Piccoli cĂ´toie sans apprĂ©hension particulière. Tant et si bien que l'on reste figĂ© d'Ă©motions brutes de dĂ©coffrage lors de sa dĂ©chirante conclusion au point de ne pas en sortir indemne. Les Choses de la Vie s'offrant Ă  nous telle une leçon existentielle Ă  travers notre Ă©goĂŻsme, notre fiertĂ© et notre ego de s'opposer parfois Ă  la rĂ©conciliation pour des raisons triviales. 

A la fois Ă©trange, hermĂ©tique, onirique, cruel et mĂ©lancolique (appuyĂ© de l'inoubliable mĂ©lodie lancinante de Philippe Sarde) entre quelques bribes (solaires) de tendresse et d'insouciance, les Choses de la Vie peut faire office d'ovni spirituel Ă  travers sa rĂ©flexion sur le temps s'Ă©tiolant inexorablement au point d'en omettre notre (extrĂŞme) fragilitĂ© existentielle. Du grand cinĂ©ma d'auteur d'une dignitĂ© humaine davantage sensorielle (notamment auprès de la pudeur des regards en berne passĂ©e la tragĂ©die) au point de quitter l'Ă©cran dans un Ă©tat d'amertume aussi dĂ©muni que dĂ©senchantĂ©. Mais en traversant le cap de cette destinĂ©e mortuaire, les Choses de la vie nous offre surtout le dĂ©sir de se remettre en question Ă  travers nos sentiments prĂ©judiciables d'amour-propre, d'instabilitĂ© et d'insatisfaction.  

*Bruno

Récompense: Prix Louis-Delluc, 1970

mercredi 13 janvier 2021

César et Rosalie

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Sautet. 1972. France. 1h51. Avec Yves Montand, Romy Schneider, Sami Frey, Umberto Orsini, Eva Maria Meineke, Bernard Le Coq, Gisela Hahn. 

Sortie salles France: 27 Octobre 1972

FILMOGRAPHIE: Claude Sautet, né le 23 février 1924 à Montrouge (Seine) et mort le 22 juillet 2000 dans le 14e arrondissement de Paris, est un scénariste et réalisateur français. 1951 : Nous n'irons plus au bois (court-métrage). 1955 : Bonjour sourire (non crédité comme scénariste). 1960 : Classe tous risques. 1965 : L'Arme à gauche. 1970 : Les Choses de la vie. 1971 : Max et les Ferrailleurs. 1972 : César et Rosalie. 1974 : Vincent, François, Paul... et les autres. 1976 : Mado. 1978 : Une histoire simple. 1980 : Un mauvais fils. 1983 : Garçon ! 1988 : Quelques jours avec moi. 1991 : Un cœur en hiver. 1995 : Nelly et Monsieur Arnaud.


"Tout s'oublie, même les grands amours. C'est ce qu'il y a de triste et d'exaltant à la fois dans la vie. C'est pour ça qu'il est bon quand même d'avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie. ça fait au moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés."
Albert Camus.

ComĂ©die de marivaudage d'une justesse inusitĂ©e de par le talent auteurisant de Claude Sautet Ă  transfigurer un triangle amoureux avec une vĂ©ritĂ© humaine qui n'appartient qu'Ă  son tempĂ©rament, CĂ©sar et Rosalie est un morceau de cinĂ©ma intemporel confinant au vertige Ă©motionnel. Tant auprès du vĂ©risme de sa mise en scène pour autant cinĂ©gĂ©nique, que du talent hors-pair de ces comĂ©diens habitĂ©s par une spontanĂ©itĂ© si communicative. Yves Montand endossant un ferrailleur affabulateur afin de reconquĂ©rir sa muse bovarienne que Romy Schneider incarne avec son naturel Ă©minemment bienveillant en dĂ©pit de son ambivalence si indĂ©cise Ă  oser se prononcer pour l'Ă©ventuel prĂ©tendant. Au centre de ce duo singulier fertile en chamailleries et rĂ©conciliation, le jeune Sami Frey endosse une carrure altière dans celui, taiseux, de David aussi complexe Ă  partager son coeur auprès de Rosalie pour une durĂ©e (in)dĂ©terminĂ©e. 


C'est donc une improbable romance bipolaire que nous fait partager Claude Sautet, Ă©maillĂ©e de temps Ă  autre d'Ă©clairs de violence cinglants quant au comportement erratique de CĂ©sar transi d'amour pour Rosalie mais incapable de la combler depuis que cette dernière Ă©prouve (en toute sincĂ©ritĂ©) d'autres sentiments vers David, dessinateur charmeur aussi flegme que discret. ComĂ©die douce-amère oĂą s'y intègre frĂ©quemment une dramaturgie poignante quant Ă  l'Ă©tat dĂ©pressif d'un CĂ©sar impuissant face Ă  son contexte conjugal en dent de scie, CĂ©sar et Rosalie nous retransmet Ă©galement avec un ton tragi-cocasse une Ă©trange amitiĂ© entre ces 2 cocus contraints de s'unifier afin de pallier leur chagrin. C'est donc le thème central de la romance passionnelle que nous dĂ©crit Claude Sautet avec ce que cela sous entend de crime passionnel si on observe la posture atrabilaire de CĂ©sar potentiellement capable de commettre l'irrĂ©parable de par sa dĂ©tresse rĂ©solument dĂ©munie. Yves Montand demeurant terriblement touchant dans ses expressions sentencieuses d'amant en perdition se rattachant Ă  la bouĂ©e de sauvetage David afin d'Ă©vacuer ses idĂ©es noires que l'on suggère Ă  travers son tempĂ©rament tempĂ©tueux, pour ne pas dire incontrĂ´lable. 


Folle histoire d'amour entre un trio insoluble condamné à s'isoler, César et Rosalie fait parti des plus belles romances que le cinéma nous ait conté à travers sa véracité à nous faire partager une intimité amoureuse en compagnie de l'une des plus talentueuses actrices planétaire (qui plus est une des plus belles femmes du monde). Romy Schneider transperçant l'écran à chacune de ses apparitions de par sa trouble beauté du regard scintillant au point de croire en la foi d'Yves Montand de la sacraliser à travers ses sentiments ingouvernables. Du cinéma épuré aujourd'hui révolu à revoir d'urgence auprès des amoureux d'un 7è art dénué de fioriture.

*Bruno

mardi 12 janvier 2021

Vincent, François, Paul et les Autres. Prix Jean Cocteau, 1974.

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Sautet. 1974. France. 1h54. Avec Yves Montand, Michel Piccoli, Serge Reggiani, Gérard Depardieu, Stéphane Audran, Marie Dubois, Umberto Orsini.

Sortie salles France: 20 Octobre 1974

FILMOGRAPHIEClaude Sautet, né le 23 février 1924 à Montrouge (Seine) et mort le 22 juillet 2000 dans le 14e arrondissement de Paris, est un scénariste et réalisateur français. 1951 : Nous n'irons plus au bois (court-métrage). 1955 : Bonjour sourire (non crédité comme scénariste). 1960 : Classe tous risques. 1965 : L'Arme à gauche. 1970 : Les Choses de la vie. 1971 : Max et les Ferrailleurs. 1972 : César et Rosalie. 1974 : Vincent, François, Paul... et les autres. 1976 : Mado. 1978 : Une histoire simple. 1980 : Un mauvais fils. 1983 : Garçon ! 1988 : Quelques jours avec moi. 1991 : Un cœur en hiver. 1995 : Nelly et Monsieur Arnaud.

DĂ©couvrir pour la première fois ce morceau de cinĂ©ma des Seventies demeure tout bonnement divin en prime de nous Ă©mouvoir sans ambages eu Ă©gard de la capacitĂ© du metteur en scène Ă  radiographier les Ă©tats contrariĂ©s de ses acolytes partagĂ©s entre bonheur et dĂ©sillusion. Et ce mĂŞme si l'espoir finit heureusement par gagner du terrain lors de sa conclusion Ă  la fois mĂ©lancolique et luminescente militant pour l'optimisme (je songe Ă©videmment au nouveau destin de Vincent en proie Ă  une soudaine renaissance). Tant et si bien que rien n'est jamais vĂ©ritablement perdu lorsque l'on parvient Ă  dĂ©pister la chance qui s'offre Ă  nous afin de reconsidĂ©rer notre existence d'un point de vue autrement positif. Il s'agit donc d'une ode Ă  la vie, Ă  l'amour, Ă  la camaraderie et Ă  l'optimisme que Claude Sautet nous immortalise sous l'impulsion d'un quatuor d'acteurs admirables de sobriĂ©tĂ©. Tant auprès du jeune GĂ©rard Depardieu en boxer plus ambitieux qu'il n'y parait, de Michel Piccoli en chirurgien embourgeoisĂ© ou encore de Serge Reggiani en Ă©crivain ratĂ© au grand coeur. Car Vincent, François, Paul... et les autres est un film d'acteurs au sens le plus digne et Ă©purĂ© qui soit tant ses comĂ©diens expriment leur fĂŞlure morale dans une posture vĂ©riste somme toute modĂ©rĂ©e. 

Claude Sautet, littéralement amoureux d'eux, les dirigeant à la perfection de par son attention avisée (jamais voyeuriste) de les authentifier dans le cadre d'une fragilité humaine inscrite dans la réserve. Qui plus est sans une once d'élocution théâtrale comme on a hélas trop coutume d'en voir dans le cinéma français contemporain (mais aussi séculaire chez certains classiques renommés). Et pour conclure sur une ultime dithyrambe, je tiens à vénérer l'interprétation tant nuancée du monstre sacré Yves Montand en entrepreneur en perdition partagé entre le dépit de sa profession et celui de son échec conjugal. Si bien qu'il ne parvient pas à omettre ses sentiments pour son ex épouse Catherine que Stéphane Audran endosse avec une maturité pleine de sagesse et d'humilité. Rien que leur aparté dépeinte au sein d'un café fait office de morceau d'anthologie lorsque Sautet scrute avec une grande délicatesse ces regards tour à tour intimidés, déçus, mélancoliques, tristes, angoissés. Des amants de l'infortune incapables de renouer avec leur bonheur d'autrefois à travers des postures si posées et déférentes. Montand jouant une sorte de machiste ambitieux avec une naïveté bouleversante. Tant et si bien que derrière ce regard strié par l'âge s'y tapi un enfant chétif égaré dans la crainte de la déroute.

"La fragilitĂ© de la douleur morale Ă  l'aune de la maturitĂ©." 
Immense film d'amour dĂ©chu Ă  travers le ressort plus solide de l'amitiĂ© (en ce en dĂ©pit de chamailleries parfois trop houleuses), Vincent, François, Paul et les autres... est Ă©galement une leçon de mise en scène du point de vue auteurisant de Claude Sautet dirigeant ses comĂ©diens avec une affectivitĂ© bouleversante. Du grand cinĂ©ma noble et affranchi (les comĂ©diens ne cessent de boire et de fumer face Ă©cran si bien que l'on finit par y ressentir les vapeurs !) qu'il est impossible de retrouver sur nos Ă©crans formatĂ©s actuels. 

*Bruno

RĂ©compenses: Prix Jean-Cocteau 1974. 

Festival du film de Téhéran 1974 : Prix du meilleur film

lundi 11 janvier 2021

Willow Creek

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Bobcat Goldthwait. 2013. U.S.A. 1h20. Avec Alexie Gilmore, Bryce Johnson, Peter Jason 

Sortie salles U.S: 6 Juin 2014

FILMOGRAPHIE: Robert Francis Goldthwait, dit Bobcat Goldthwait, Ă©galement connu sous le nom de Bob Goldthwait, est un acteur, humoriste rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 26 mai 1962 Ă  Syracuse, New York (États-Unis). 1992 : Shakes the Clown. 1999 : The Man Show (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2000 : Strip Mall (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2002 : Crank Yankers (sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e). 2003 : Windy City Heat. (tĂ©lĂ©film). 2003 : "Chappelle's Show" (2003) TV Series. 2007 : Juste une fois ! 2009 : World's Greatest Dad. 2011 : God Bless America.

InĂ©dit en salles chez nous, Willow Creek est un "Found Footage" particulièrement influencĂ© par le maĂ®tre Ă©talon du genre, le Projet Blair Witch. Tant au niveau de son schĂ©ma narratif (visite touristique de nos hĂ©ros, interview de leurs tĂ©moins locaux, camping sauvage au sein d'une nature feutrĂ©e, final horrifique en crescendo), de sa scĂ©nographie forestière, de ses effets de peur bâtis sur la tension, l'angoisse puis la frayeur (avec 2/3 jump-scare Ă©tourdissant d'efficacitĂ© !) que de l'exploitation du hors-champs sonore fonctionnant ici (Ă  nouveau) Ă  merveille. Ainsi, 1h20 durant, nous suivons les pĂ©rĂ©grinations d'un jeune couple de campeurs s'enfonçant dans les bois afin de retrouver les traces du cĂ©lèbre Bigfoot. Louablement, le rĂ©alisateur parvient Ă  les rendre attachants de par leur spontanĂ©itĂ© insouciante, leur humour gentiment potache et leur communs sentiments du bonheur matrimonial (comme en atteste cette touchante demande de mariage improvisĂ©e dans la tente). Le rĂ©alisateur parvenant Ă  l'aide de sa camĂ©ra Ă  l'Ă©paule Ă  les rendre authentiques Ă  travers leurs expressions naturelles jamais outrĂ©es. 

Et si la première partie aux air de dĂ©jĂ  vu (le couple interrogeant face camĂ©ra commerçants et quidams rĂ©gionaux) fait craindre une resucĂ©e poussive, la suite embraye le trouillomètre dès que nos campeurs se retrouvent confinĂ©s dans leur tente la peur au ventre. Ainsi, durant 20 minutes d'apprĂ©hension tendue mĂŞlĂ©e de frayeur cinglante, Willow Creek renoue avec le rĂ©alisme blafard du Projet Blair Witch Ă  travers sa capacitĂ© Ă  foutre les pĂ©toches par le biais des regards Ă©peurĂ©s et d'une bande-son tantĂ´t ombrageuse, tantĂ´t stridente se jouant habilement de la suggestion. Et pour ceux qui avaient Ă©tĂ© effrayĂ©s par la randonnĂ©e pĂ©destre du Projet Blair Witch fondĂ©e sur le mythe des sorcières, ils ne seront pas déçus de retrouver ce similaire sentiment d'insĂ©curitĂ© palpable Ă  travers une menace invisible terriblement fascinante. Tant et si bien qu'en adoptant une dĂ©marche rigoureuse lors de son climax Ă©peurant, Willow Creek enfonce le clou du malaise cauchemardesque lors de sa dernière sĂ©quence gĂ©nialement improbable et irrĂ©solue. Notamment auprès de cette vision d'effroi inexpliquĂ©e entraperçue en focus ! 

Excellente surprise issue d'Outre-Atlantique nantie d'un pouvoir de fascination davantage trippant, Willow Creek mĂ©riterait une meilleure reconnaissance Ă  travers son concept de Found Footage transmettant une peur malaisante comme si vous Ă©tiez Ă  la place des personnages en Ă©tat de catatonie. C'est dire si la flippe parvient ici Ă  se renouveler de manière quasi aussi prĂ©gnante que son modèle susnommĂ©. Tant et si bien que l'on regrette rĂ©ellement que sa durĂ©e soit aussi Ă©courtĂ©e (1h18) et qu'il aurait peut-ĂŞtre fallu abrĂ©ger une première partie un peu trop conventionnelle, bien que ce climat de lĂ©gèretĂ© demeure fallacieux (et fructueux) pour mieux nous prĂ©parer Ă  la tournure dramatique de ces Ă©vènements. 

*Bruno

vendredi 8 janvier 2021

Incubus / The Incubus

                                                   
                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site grindhousedatabase.com

de John Hough. 1981. Canada. 1h34. Avec John Cassavetes, John Ireland, Kerrie Keane, Erin Flannery, Duncan McIntosh, Wendy Hughes.

Sortie salles France: 24 FĂ©vrier 1982

FILMOGRAPHIEJohn Hough est un rĂ©alisateur anglais, nĂ© le 21 Novembre 1941 Ă  Londres.
1969: Wolfshead : The Legend of Robin Hood. 1970: Eyewitness. 1971: Les SĂ©vices de Dracula. 1972: l'Ă®le au TrĂ©sor. 1973: La Maison des DamnĂ©s. 1974: Larry le dingue, Mary la garce. 1975: La Montagne EnsorcelĂ©e. 1978: Les Visiteurs d'un Autre Monde. 1978: La Cible EtoilĂ©e. 1980: Les Yeux de la ForĂŞt. 1981: Incubus. 1982: Le Triomphe d'un Homme nommĂ© Cheval. 1986: Biggles. 1988: Hurlements 4. 1988: American Gothic. 1989: Le Cavalier MasquĂ© (tĂ©lĂ©-film). 1990: A Ghost in Monte Carlo (TĂ©lĂ©-film). 1992: Duel of Hearts (tĂ©lĂ©-film). 1998: Something to Believe In. 2002: Bad Karma.


Incube: Démon censé abuser des femmes durant leur sommeil
Succube: Démon qui revêt une apparence femelle, généralement humaine, afin d'entretenir des rapports sexuels avec un homme.

"Incubus; le viol des âmes".
Aimable artisan de la sĂ©rie B - Ă  qui l’on doit l’un des classiques de la hantise, La Maison des DamnĂ©s - John Hough n’aura jamais Ă©tĂ© aussi convaincant que lorsqu’il explore les recoins obscurs du cinĂ©ma horrifique. Incubus, sorti Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 80, en est une nouvelle preuve. Une affiche explicite, qui fit fantasmer toute une gĂ©nĂ©ration de spectateurs et de vidĂ©ophiles (il connut d’ailleurs un joli succès sous la bannière de Sunset Video), et une surprise de taille : l’illustre John Cassavetes se prĂŞtant au jeu avec une dĂ©fĂ©rence inattendue, incarnant un mĂ©decin-enquĂŞteur dĂ©cidĂ© Ă  percer le mystère d’un dĂ©mon incube.

Le pitch : au bord d’un lac, un couple en pleine Ă©treinte est attaquĂ© par un inconnu. L’homme meurt sur le coup, la jeune fille violĂ©e, en Ă©tat de catatonie, est transportĂ©e d’urgence Ă  l’hĂ´pital. Le docteur Sam Cordell tente, en vain, de lui faire retrouver la parole. Peu après, un nouveau viol d’une sauvagerie inouĂŻe secoue leur paisible bourgade.

SĂ©rie B sans prĂ©tention, Incubus Ă©tonne par le soin apportĂ© Ă  sa mise en scène et la construction limpide d’un rĂ©cit trouble, flirtant entre fausses pistes, meurtres ritualisĂ©s et soupçons diffamants. Il confronte l’horreur archaĂŻque Ă  un contexte contemporain avec une force sourde. Car il est question ici d’un dĂ©mon, censĂ© violer d’innocentes jeunes femmes, pendant qu’un adolescent, Tim Gallen - victime de visions morbides - semble Ă©trangement liĂ© aux crimes. Duncan McIntosh, d’une sobriĂ©tĂ© poignante, incarne ce garçon rongĂ© par l’angoisse, comme si ses rĂŞves eux-mĂŞmes Ă©taient habitĂ©s.

John Hough tisse une toile de personnages ambigus et contrariĂ©s, nourrissant le doute et l’inquiĂ©tude. La relation Ă©quivoque entre le docteur Cordell et une journaliste de passage, les liens protecteurs entre sa fille Jenny et le jeune Tim, ou encore la figure obscure de la grand-mère du garçon, tout concourt Ă  crĂ©er un climat trouble, aux frontières du surnaturel. Et Ă  mesure que les cadavres s’accumulent, le montage elliptique installe une sensation de cauchemar Ă©veillĂ©. Alternant l’enquĂŞte rationnelle et les pulsions de l’irrationnel, Incubus captive par sa montĂ©e en tension constante, culminant dans une scène de confrontation oĂą la vĂ©ritĂ© Ă©clate enfin, glaçante.


"Le Démon dans la Tête, la Chair comme Théâtre".
PortĂ© par une atmosphère singulière, baignĂ©e d’ombre et de fatalitĂ©, le film s’inscrit dans cette tradition du cinĂ©ma d’horreur gothique des annĂ©es 80, oĂą l’Ă©trange le dispute Ă  l’angoisse diffuse. Outre son casting investi (jusqu’aux moindres figurants), c’est cette Ă©trangetĂ© rampante, cette ambiance vĂ©nĂ©neuse, qui s’imprime durablement. Sans jamais verser dans le gore facile, Hough prĂ©fère la suggestion - et la terreur, d’autant plus dĂ©rangeante, sourd des dialogues, des regards, des silences. Comme le souligne justement Marc Toullec dans le livret du coffret Blu-ray Ă©ditĂ© par Rimini, Incubus se bonifie avec le temps. Son Ă©trangetĂ© intacte, son audace visuelle et son aura malsaine le rendent peut-ĂŞtre encore plus perturbant aujourd’hui qu’Ă  sa sortie.

*Bruno 
29.05.25. 6èx.                  
08.01.20. 
06.08.10 . 142 v

mercredi 6 janvier 2021

Le Sauvage

                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jean-Paul Rappeneau. 1975. France. 1h46. Avec Catherine Deneuve, Yves Montand, Luigi Vannucchi, Tony Roberts, Bobo Lewis, Dana Wynter. 

Sortie salles France: 26 Novembre 1975

FILMOGRAPHIE: Jean-Paul Rappeneau est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français nĂ© le 8 avril 1932 Ă  Auxerre (France). 1958 : Chronique provinciale (court-mĂ©trage). 1966 : La Vie de château. 1971 : Les MariĂ©s de l'an II. 1975 : Le Sauvage. 1982 : Tout feu, tout flamme. 1990 : Cyrano de Bergerac. 1995 : Le Hussard sur le toit. 2003 : Bon voyage. 2015 : Belles Familles. 

Sympathique comĂ©die d'aventures des Seventies, Le Sauvage est Ă  dĂ©couvrir pour le duo fulminant Catherine Deneuve / Yves Montand. Ces derniers jouant les "Robinson Crusoe" avec une spontanĂ©itĂ© assez frĂ©tillante Ă  travers leur inlassable dispute conjugale. Et bien que son cheminement narratif s'avère aussi lĂ©ger qu'une plume (en tentant de fuir son Ă©poux italien erratique, Nelly s'improvise aventurière de fortune auprès d'un nomade confinĂ© sur son archipel), la mise en scène solide de Jean-Paul Rappeneau (Les MariĂ©s de l'An 2, Cyrano de Bergerac, le Hussard sur le Toit) parvient Ă  maintenir l'intĂ©rĂŞt grâce Ă  son Ă©motive tendresse pour ces personnages en cavale. Chieuse et envahissante, Catherine Deneuve imposant un charme sensuel d'autant plus innocent, quand bien mĂŞme Yves Montand endosse l'aventurier bougond avec une rĂ©silience pittoresque. Et ce avant de se laisser sĂ©duire par cette Ă©trangère frondeuse dĂ©nuĂ©e de complexe Ă  daigner le conquĂ©rir afin de fuir sa solitude. Alors certes, Le Sauvage est loin d'ĂŞtre un grand film si bien qu'il ne laissera pas un souvenir impĂ©rissable (surtout auprès de la nouvelle gĂ©nĂ©ration) mais on ne peut en tous cas nier sa sincĂ©ritĂ© Ă  renouer avec la simplicitĂ© d'une comĂ©die d'aventures bien emballĂ©e, qui plus est scandĂ© du score aimant de Michel Legrand (qui reste en mĂ©moire bien au-delĂ  de la projo).

*Bruno

lundi 4 janvier 2021

Shadow in the Cloud

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Facebook

de Roseanne Liang. 2020. U.S.A. 1h23 (1h15). Avec ChloĂ« Grace Moretz, Taylor John Smith, Beulah Koale, Nick Robinson, Callan Mulvey.

Sortie salles U.S: 1er Janvier 2020

FILMOGRAPHIE: Roseanne Liang est une rĂ©alisatrice, productrice et scĂ©nariste amĂ©ricaine. 2011: My Wedding and Other Secrets. 2020: Shadow in the Cloud. 

"Les séries B des années 80 brûlaient encore."

Formidable vignette Fantastique que l’on aime prĂ©coniser un samedi soir entre amis, Shadow in the Cloud s’impose comme un digne hĂ©ritier des annĂ©es 80. La cinĂ©aste, animĂ©e d’un amour Ă©vident pour le genre, y façonne une Ĺ“uvre modeste mais sincère, humaine, originale, et dotĂ©e d’un rĂ©el charisme cinĂ©gĂ©nique. Ă€ l’instar de sa percutante partition Ă©lectro - que l’on croirait arrachĂ©e Ă  une Ĺ“uvre de Carpenter -, la musique Ă©pouse les images dans une mouvance quasi clipĂ©e, portĂ©e par une direction d’acteurs sobrement impliquĂ©s dans leur aventure pĂ©rilleuse.

StylisĂ© par une rĂ©alisation soignĂ©e, saturĂ©e d’une photographie flamboyante - le crĂ©puscule de la première partie cĂ©dant peu Ă  peu Ă  un horizon solaire orangĂ© -, Roseanne Liang parvient surtout Ă  donner chair Ă  son univers belliciste grâce Ă  une foi manifeste en ce qu’elle raconte. VĂ©ritable hommage Ă  un Ă©pisode anthologique de La Quatrième Dimension, Shadow in the Cloud transpire l’amour du travail bien fait, notamment dans l’exploitation de ses FX en CGI, souvent rĂ©ussis, qui donnent vie Ă  un gremlin rĂ©solument fascinant, au charisme dĂ©licieusement dĂ©lĂ©tère. C’est d’ailleurs lĂ  l’attraction majeure du film, que la cinĂ©aste exploite avec discrĂ©tion, oscillant entre expectative et confrontations aĂ©riennes dantesques - non sans distiller une ou deux idĂ©es franchement dĂ©mentielles.

Un lĂ©ger regret subsiste toutefois : le mano a mano final souffre d’un rĂ©alisme perfectible. MAIS la sĂ©quence, dĂ©lirante et Ă©tonnamment fortuite, demeure aussi jouissive que spectaculaire. Adoptant dès son premier acte le principe d’un huis clos exigu, lorsque ChloĂ« Grace Moretz, embarquĂ©e Ă  bord d’un avion, se retrouve confinĂ©e dans une tourelle, le film installe un suspense latent, plantant son dĂ©cor restreint et ses personnages machistes brimant sans retenue leur invitĂ©e surprise - d’autant plus suspicieuse qu’elle voyage avec un mystĂ©rieux sac.

Par petites touches d’apprĂ©hension, subtilement exprimĂ©es par ChloĂ« Grace Moretz lorsqu’elle croit percevoir l’improbable, Shadow in the Cloud conjugue le fantastique et le film de guerre Ă  travers des sĂ©quences d’action toujours plus intenses et dĂ©coiffantes. Certes, une frange de spectateurs agitĂ©s pourra ĂŞtre déçue par cette absence d’esbroufe tapageuse, l’action restant avant tout au service du fil narratif. Mais il est difficile de nier les intentions louables de la rĂ©alisatrice, dĂ©sireuse de renouer avec un cinĂ©ma de divertissement empreint d’un amour sincère du Fantastique, au sens le plus noble.

Aux amoureux des annĂ©es 80, bercĂ©s par ces petites sĂ©ries B modestes mais intègres, touchantes, charmantes et viscĂ©ralement sincères, Shadow in the Cloud est une invitation Ă  un moment de pur divertissement bonnard. ChloĂ« Grace Moretz, pleinement impliquĂ©e, y offre toute la mesure de son talent en baroudeuse intrĂ©pide, naviguant entre fragilitĂ© maternelle et hĂ©roĂŻsme - presque malgrĂ© elle - stoĂŻque. En filigrane, le film dresse aussi un superbe portrait de femme affirmĂ©e, pĂ©trie d’humilitĂ©, de loyautĂ©, de pugnacitĂ© et de dĂ©passement de soi, dans une solitude imposĂ©e. 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

28.01.26. vf video projo