jeudi 30 septembre 2021

FenĂŞtre sur Cour

                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Senscritique.com

"Rear Window" d'Alfred Hitchcock. 1954. U.S.A. 1h52. Avec James Stewart, Grace Kelly, Wendell Corey, Thelma Ritter, Raymond Burr, Judith Evelyn, Ross Bagdasarian Sr., Georgine Darcy 

Sortie salles France: 25 Avril 1955 (ou 14 Septembre 1955). U.S: 1er AoĂ»t 1954

FILMOGRAPHIE: Alfred Hitchcock est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste anglo amĂ©ricain, nĂ© le 13 AoĂ»t 1899, dĂ©cĂ©dĂ© le 29 Avril 1980. 1935: Les 39 Marches. 1936: Quatre de l'Espionnage. Agent Secret. 1937: Jeune et Innocent. 1938: Une Femme Disparait. 1939: La Taverne de la Jamaique. 1940: Rebecca. Correspondant 17. 1941: Soupçons. 1942: La 5è Colonne. 1943: l'Ombre d'un Doute. 1944: Lifeboat. 1945: La Maison du Dr Edward. 1946: Les EnchainĂ©s. 1947: Le Procès Paradine. 1948: La Corde. 1949: Les Amants du Capricorne. 1950: Le Grand Alibi. 1951: L'Inconnu du Nord-Express. 1953: La Loi du Silence. 1954: Le Crime Ă©tait presque parfait. FenĂŞtre sur cour. 1955: La Main au Collet. Mais qui a tuĂ© Harry ? 1956: l'Homme qui en savait trop. Le Faux Coupable. 1958: Sueurs Froides. 1959: La Mort aux Trousses. 1960: Psychose. 1963: Les Oiseaux. 1964: Pas de Printemps pour Marnie. 1966: Le Rideau DĂ©chirĂ©. 1969: l'Etau. 1972: Frenzy. 1976: Complot de Famille.


"Quand on se sent voyeur c'est qu'on n'est pas assez proche des gens."
Modèle de mise en scène Ă  travers un concept narratif follement original et inventif ne recourant qu'Ă  très peu d'actions, FenĂŞtre sur Cour est un rĂ©gal d'intelligence aux moult niveaux de lecture. Mise en abyme auprès du pouvoir du cinĂ©ma (James Stewart se confond en cinĂ©aste novice Ă  imprimer de son regard des tranches de vie clippesques au sein d'une quotidiennetĂ© domestique), rĂ©flexion sur les rapports dĂ©licats du couple, la peur de l'engagement mais aussi de la solitude. Mais surtout mĂ©ditation sur le voyeurisme auquel nous dĂ©pendions tous, comme le souligne notre passion immodĂ©rĂ©e pour le 7 art d'y reluquer confortablement sans bouger de notre siège moults images extravagantes, FenĂŞtre sur Cour doit ĂŞtre enseignĂ© dans toutes les Ă©coles spĂ©cialisĂ©es tant Hitchcock, en pleine possession de ses moyens techniques (on ne compte plus les plans-sĂ©quences gĂ©omĂ©triques d'y contempler la banalitĂ© quotidienne de rĂ©sidents d'un immeuble) redouble de dextĂ©ritĂ© et de crĂ©ativitĂ© Ă  travers une intrigue criminelle inusitĂ©e. Car il fallait oser façonner huis-clos aussi laconique avec, comme personnage principal, un hĂ©ros grabataire clouĂ© sur son fauteuil et tuant son ennui Ă  Ă©pier ses voisins en compagnie quelque peu houleuse de sa compagne et de sa domestique. Or, en tant que maĂ®tre incorruptible du suspense, Hitchcock leur confie sur un plateau d'argent un argument criminel redoutablement jouissif. Dans la mesure oĂą ceux-ci vont rapidement se substituer en enquĂŞteurs en herbe Ă  tenter de dĂ©masquer, sans quasiment bouger de leur bercail, leur voisin probablement coupable du meurtre de son Ă©pouse aujourd'hui disparue. 

EmaillĂ© de dĂ©tails troubles et inquiĂ©tants que ces derniers reluquent Ă  l'aide d'une jumelle et d'un tĂ©lĂ©objectif qu'ils se relayent de temps Ă  autre, FenĂŞtre sur Cour demeure un jubilatoire jeu du chat et de la souris par appartements interposĂ©s. L'entièretĂ© du rĂ©cit s'Ă©vertuant Ă  confiner nos hĂ©ros dans leur appartement restreint puisque observant mĂ©ticuleusement, et dans la pĂ©nombre pour ne point ĂŞtre dĂ©masquĂ©s, faits et gestes des voisins et du prĂ©sumĂ© coupable avec une audace toujours plus illĂ©gale. A l'instar du stratagème badin de Grace Kelly (d'une douceur d'esprit pour autant lascive et raffinĂ©e) dĂ©cidant finalement de pĂ©nĂ©trer par effraction dans l'appartement du potentiel assassin. Quand bien mĂŞme James Stewart (d'une sobriĂ©tĂ© placide en posture fureteuse et contrariĂ©e) et Thelma Ritter (en domestique sclĂ©rosĂ©e prĂ´nant le bon sens auprès de son employeur, cĂ©libataire endurci difficile Ă  persuader) observent la situation avec une apprĂ©hension davantage ingĂ©rable. Alfred Hitchcock redoublant par ailleurs de perversitĂ© lorsque l'une des voisines de l'immeuble est sur le point de s'empoisonner au moment mĂŞme oĂą Grace Kelly demeure en très fâcheuse posture avec le propriĂ©taire suspicieux de l'appartement. Ainsi, se pose donc la question cruciale ! Qui doivent-ils sauver ? Et donc, Ă  travers leurs attitudes fureteuses et affrontements contradictoires Ă  culpabiliser ou non ce mystĂ©rieux voisin de manière toujours plus affirmative, Hitchcock nous dĂ©montre Ă  quel point l'accoutumance irrĂ©pressible du voyeurisme puisse parfois prĂŞter Ă  confusion Ă  partir de prĂ©jugĂ©s. MĂŞme si en l'occurrence nos protagonistes s'avèrent sur la voie de la vĂ©ritĂ© de par leur intelligence d'esprit Ă  cumuler de nombreux indices probants.  

Modèle de rigueur dans son suspens ciselĂ© (en dĂ©pit de quelques longueurs lors de sa mise en place) n'omettant jamais l'humour auprès des aimables apartĂ©s des comĂ©diens Ă  la complicitĂ© vivace, FenĂŞtre sur Cour ne cesse de nous Ă©branler la vue et l'esprit Ă  travers cette insensĂ©e mise en abyme  qu'Hitchcock transfigure pour mieux nous opposer aux bas instincts du "spectacle" visuel. Celui de notre appĂ©tence voyeuriste que chacun de nous reluque dans une discrĂ©tion Ă  peine assumĂ©e.  

*Eric Binford
3èx

Récompense: Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur scénario en 1955 pour John Michael Hayes

La Momie

                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site sallesobscures2.over-blog.fr

"The Mummy" de Stephen Sommers. 1999. U.S.A. 2h04. Avec Brendan Fraser, Rachel Weisz, John Hannah, Arnold Vosloo, Kevin J. O'Connor, Jonathan Hyde, 

Sortie salles France: 21 Juillet 1999 

FILMOGRAPHIEStephen Sommers (nĂ© le 20 mars 1962) est rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 1989: Catch Me If You Can. 1993: Les Aventures de Huckleberry Finn. 1994: Le Livre de la Jungle. 1998: Un Cri dans l'OcĂ©an. 1999: La Momie. 2001: Le Retour de la Momie. 2004: Van Helsing. 2009: G.I. Joe : Le RĂ©veil du Cobra. 2013: Odd Thomas. 


Les aventuriers de la Momie Perdue n'a rien Ă  envier aux cinĂ©mas de quartier rĂ©volus. 
Jouissive rĂ©crĂ©ation du Samedi soir beaucoup plus inspirĂ©e par la saga d'Indiana Jones que de la Momie d'Universal immortalisĂ©e par Karloff, La Momie ne nous laisse nul rĂ©pit 2h04 durant. Puisque dĂ©libĂ©rĂ© Ă  contenter un public familial Ă  travers son savant dosage de romance, d'actions, d'aventures, d'humour et d'horreur (docile), La Momie transpire la sĂ©rie B de luxe sous l'impulsion de l'orchestration effrĂ©nĂ©e de Jerry Goldsmith et de personnages extravagants jouant les drilles avec une mine frĂ©tillante. Tant auprès de ceux tributaires de leur pĂ©riple hĂ©roĂŻque (Brendan Fraser en aventurier de seconde zone, regard assurĂ© / mâchoire serrĂ©e en mode semi-parodique, Rachel Weisz en bibliothĂ©caire gentiment godiche) que des secondes tĂŞtes (John Hannah endossant le frère de la bibliothĂ©caire dans une carrure fluette aussi empotĂ©e qu'Ă©tourdie, Arnold Vosloo se fondant dans le corps mastard de la momie avec une sobriĂ©tĂ© patibulaire oĂą perce la dĂ©rision tacite, et enfin Kevin J. O'Connor endossant le fĂ©lon rĂ©cidiviste dans une expression chafouine gentiment dĂ©testable). 

Ainsi, tous ces personnages bonnards se prĂŞtent aimablement Ă  l'aventure trĂ©pidante (parfois traversĂ©e de souffle-Ă©pique comme le souligne son incroyable sĂ©quence d'ouverture digne d'une offensive chevaleresque de Lauwrence d'Arabie !) avec un goĂ»t du risque, de l'audace, de la bĂ©vue et de la compĂ©tition eu Ă©gard des rivalitĂ©s entre clans se disputant le trĂ©sor (pour la mise du livre des morts et  du livre d'or !) lors d'une inimitiĂ© cocasse. Stephen Sommers parvenant en toute efficacitĂ© Ă  relancer l'action et le rĂ©cit dans de multiples directions exotiques ou caverneuses, notamment par l'entremise des MedjaĂż, descendants des gardes des pharaons uniquement prĂ©occupĂ©s Ă  prĂ©server la nĂ©cropole maudite que se disputent les 2 clans adverses. MagnifiĂ©s de somptueux dĂ©cors Ă©gyptiens, tant naturels que domestiques, faisant office de seconds-rĂ´les parmi l'appui d'effets numĂ©riques tantĂ´t crĂ©dibles, tantĂ´t perfectibles, La Momie est toutefois un ravissement formel rehaussĂ© qui plus est d'une photo sĂ©pia subtilement nuancĂ©e (tout du moins en version 4K plus jaunâtre, moins rutilante qu'en format Dvd). Et si certains CGI s'avèrent complètement foirĂ©s (les scarabĂ©es pĂ©nĂ©trant sous la peau des victimes sans aucun rĂ©alisme), d'autres parviennent in extremis Ă  fasciner (la rĂ©gĂ©nĂ©ration corporelle de la Momie passant de squelette Ă  diffĂ©rents stades de mĂ©tamorphoses afin de reconstituer son corps de chair et de sang qu'il sustente grâce Ă  ses proies). 

Spectacle exhaustif d'actions et d'aventures familiales sous le pilier d'un humour bonnard Ă  la fois attachant et rafraĂ®chissant, la Momie rend hommage Ă  Universal (en toute modestie), Ă  Ray Harryhausen (son final belliqueux qu'amorce une armĂ©e de squelettes fusant tous azimuts autour de nos hĂ©ros haletĂ©s) et surtout Indiana Jones Ă  travers une plĂ©thore de savoureux clins d'oeil jamais vulgaires ou contrefaits. Stephen Sommers vouant plutĂ´t une prĂ©dilection amoureuse au cinĂ©ma de quartier avec l'appui d'un budget autrement substantiel. D'ailleurs, le public avide de manège Ă  sensations ne s'y trompera pas, la Momie se hissant 6è au Box-Office français avec 3 millions d'entrĂ©es, sans compter ses 416 millions de dollars de recettes cultivĂ©es Ă  travers le monde. 

 *Eric Binford
3èx

Récompenses:

1999 Écran d'or Prix de l'Écran d'or -

Prix Bogey d'or

Prix international de la critique de musique de film

2000 Académie des films de science-fiction, fantastique et d'horreur - Saturn Awards Saturn Award du meilleur maquillage Nick Dudman et Aileen Seaton

Prix BMI du cinéma et de la télévision Prix BMI de la meilleure musique de film Jerry Goldsmith

mardi 28 septembre 2021

Humongous (la Malédiction de l'île aux chiens)

                                                      
                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au s ite Imdb.com

de Paul Lynch. Canada. 1982. 1h35. Avec Janet Julian, David Wallace, John Wildman, Janit Baldwin, Joy Boushel, Layne Coleman.

Sortie US : 11 Juin 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVEPaul Lynch est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur britannique de films et sĂ©ries TV, nĂ© en 1946 Ă  Liverpool (Royaume-Uni). 1973 : The Hard Part Begins, 1978 : Blood & Guts, 1980 : Le Bal de l'horreur (Prom Night), 1982 : La MalĂ©diction de l'Ă®le aux chiens (Humongous), 1983 : Cross Country, 1986: Blindside, 1997 : No Contest II, 1999 : More to Love, 2004: The Keeper.

SĂ©rie B d’exploitation surfant sur les succès d’Anthropophagous et, Ă  moindre Ă©chelle, de La Tour du Diable, Humongous fut, dans les annĂ©es 80, un hit de vidĂ©o-club que certains spectateurs n’hĂ©sitèrent pas Ă  Ă©riger en Ĺ“uvre culte, aussi mineur soit son contenu linĂ©aire. ExhumĂ© de l’oubli grâce Ă  l’Ă©diteur français Uncut Movies, le voilĂ  enfin disponible en DVD, plus de trente ans après sa sortie ! Une aubaine que les nostalgiques s’empresseront d’acquĂ©rir dans une copie plutĂ´t correcte, et l’occasion pour la jeune gĂ©nĂ©ration de jauger sa petite renommĂ©e.

Reprenant le mĂŞme pitch que l’Ĺ“uvre scandaleuse de Joe D’Amato (une poignĂ©e de vacanciers Ă©chouĂ©s sur une Ă®le livrĂ©s Ă  un tueur cannibale), Humongous lorgne davantage du cĂ´tĂ© de Survivance et de Vendredi 13, pour ce cadre forestier infestĂ© d’un fou auquel une bande de gamins va Ă©videmment tenter d’Ă©chapper, l’enjeu n’Ă©tant rien moins que leur survie. Si l’argument fut maintes fois rebattu et que les clichĂ©s usuels — personnages cabotins en tĂŞte — ne plaident guère en sa faveur, Humongous s’en tire par l’Ă©clat d’une ambiance envoĂ»tante, laissant traĂ®ner un suspense latent. Car jouant sur l’attente de la menace invisible et sur l’Ă©clair fulgurant des estocades, Paul Lynch distille avec minutie une angoisse sourde, retardant l’apparition (hideuse) du monstre.

 
Une manière subtile de mĂ©nager le mystère, de titiller la peur par l’ouĂŻe : les hurlements de chiens filtrant des sous-bois, la respiration rauque (vue subjective oblige) Ă©pousant chaque geste, chaque tremblement des vacanciers. Mais le clou de l’effroi, le cĹ“ur palpitant du film, pulse dans la dĂ©couverte d’une demeure familiale aux secrets fangeux. On y revient, au prologue d’une cruautĂ© glaçante : un homme ivre viole une amie avant d’ĂŞtre dĂ©chiquetĂ© par une meute de chiens. Sans conteste le moment le plus violent, le plus scabreux, rendu insoutenable par le vĂ©risme abrupt de sa dramaturgie. Par touches, par un journal intime froissĂ©, par de vieilles photos jaunies, Paul Lynch crĂ©dibilise la souillure familiale, viol et homicide en germe du mal.

Si certains comĂ©diens, Ă  la banalitĂ© de leur physique, s’avèrent superficiels en victimes expiatoires, ils parviennent malgrĂ© tout Ă  captiver, Ă  susciter un Ă©lan de compassion par leur vaillance, leur obstination Ă  franchir l’antre maudit, leur solidaritĂ© fragile face Ă  une menace tapie. Mention Ă  Janet Julian, hĂ©roĂŻne inattendue, qui distille un charisme sombre dans sa peur, et quelques audaces salvatrices face Ă  l’ogre sylvestre.

 
"Échos de chiens et soupirs de sang".
Modestement efficace, parfois angoissant, souvent brutal, et haletant dans ses ultimes convulsions (les meurtres claquent et le final, clichĂ© ou pas, mord jusqu’au bout), Humongous se hisse surtout par l’Ă©toffe de son atmosphère mortifère, chose rare aujourd’hui : musicalitĂ© au synthĂ©, photogĂ©nie blafarde, tension rampante. Un petit survival horrifique, scandĂ© par un score dissonant, Ă  savourer encore, nostalgiques en tĂŞte : Humongous tient la route, immerge sans relâche dans son sous-bois obscur, et surprend par quelques cadrages alambiquĂ©s, formels jusqu’Ă  l’inattendu.

Salutation Ă  Uncut Movies (http://www.uncutmovies.fr/)

*Eric Binford
05.08.14. 158 v
26.09.21. 3èx

lundi 27 septembre 2021

Zombie Holocaust / La Terreur des Zombies

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Marino Girolami. 1979. Italie. 1h24. Avec Ian McCulloch, Alexandra Cole, Sherry Buchanan, Peter O'Neal, Donald O'Brien 

Sortie salles France: 22 Avril 1981. Italie: Décembre 1979

FILMOGRAPHIE: Marino Girolami (aussi connu sous les pseudonymes de Franco Martinelli, Frank Martin, Jean Bastide, Fred Wilson ou Bernado Rossi) est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 1er fĂ©vrier 1914 Ă  Rome et mort Ă  Naples le 20 fĂ©vrier 1994. Il est le père d’Ennio Girolami et Enzo G. Castellari et a pour frère l’acteur Romolo Guerrieri. 1951 : Milano miliardaria. 1951 : Il mago per forza. 1951 : Terre de violence (Amore e sangue). 1951 : Quelles drĂ´les de nuits (Era lui... sì! sì!). 1975 : Rome violente. 1976 : OpĂ©ration jaguar. 1979 : La Terreur des zombies.  

Croisement improbable de Cannibal Holocaust et l'Enfer des Zombies (dont il reprend mĂŞme quelques dĂ©cors et acteurs), Zombie Holocaust est une sĂ©rie Z transalpine qui vaut essentiellement pour ses scènes gores assez rĂ©ussies et crapoteuses. Dommage que le rĂ©cit ridicule, ses dialogues risibles, la posture contractĂ©e des acteurs de seconde zone et les zombies peu convaincants finissent (très) rapidement par plomber toute ambition ludique. 

*Eric Binford
2èx

mercredi 22 septembre 2021

Serpico

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sidney Lumet. 1973. U.S.A/Italie. 2h10. Avec Al Pacino, John Randolph, Jack Kehoe, Biff McGuire, Barbara Eda-Young, Cornelia Sharpe, Tony Roberts, Allan Rich. 

Sortie salles France: 22 Mai 1974. U.S: 5 Décembre 1973

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York. 1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.

"Ma prĂ©sence ici aujourd'hui me donne l'espoir qu'Ă  l'avenir les membres de la police n'Ă©prouveront plus les dĂ©ception et les angoisses que j'ai subi par la faute de mes supĂ©rieurs parce que j'essayais de dĂ©noncer la corruption. Ils m'ont fait sentir que je les chargeais d'une tâche dont ils ne voulaient Ă  aucun prix. Ce qui importe c'est de mettre un terme Ă  cette ambiance et Ă  cet Ă©tat d'esprit, il faut qu'un policier honnĂŞte puisse agir sans avoir peur du ridicule ou des reprĂ©sailles de ces collègues. La corruption de la police ne peut exister que si elle est tolĂ©rĂ©e par les plus hautes autoritĂ©s. Votre devoir le plus important c'est de redonner confiance Ă  tous, c'est de convaincre le personnel de la police que de grands changements interviendront. C'est pour assurer cette garantie que la crĂ©ation d'un comitĂ© permanent et indĂ©pendant enquĂŞtant sur la corruption comme l'a fait cette commission est essentielle." Serpico. 

Une date dans l'histoire du cinĂ©ma policier symptomatique du cinĂ©ma vĂ©ritĂ© des Seventies sous l'impulsion d'un Pacino aussi fĂ©brile que vulnĂ©rable. 

Sortir Ă  nouveau de la projo de Serpico après une dizaine d'annĂ©es d'abstinence prouve Ă  quel point le cinĂ©ma des annĂ©es 70 demeure un vivier inĂ©puisable de classiques inoxydables eu Ă©gard de la puissance Ă©motionnelle qui s'y dĂ©gage sans fioritures. Mais pas que, car son rĂ©alisme documentĂ©, sa violence âpre ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit d'y pratiquer un cinĂ©ma engagĂ© auprès du profil stoĂŻque d'un reprĂ©sentant de l'ordre Ă  la fois burnĂ©, dubitatif et anticonformiste. Ainsi donc, en s'inspirant de l'histoire vraie du jeune recrue Serpico dĂ©libĂ©rĂ© 11 annĂ©es durant Ă  tenter de percer au grand jour la corruption policière au sein de son propre commissariat, l'immense Sidney Lumet dĂ©ploie son talent de conteur et de metteur en scène studieux au grĂ© d'une intensitĂ© dramatique lestement exposĂ©e. Pour ce faire, on peut Ă©videmment compter sur la prĂ©sence (dĂ©jĂ ) iconique d'Al Pacino tout en sobriĂ©tĂ© pour se fondre dans le corps d'un policier nĂ©ophyte rĂ©futant les conventions Ă  travers sa tenue vestimentaire baba cool, longs cheveux bruns et barbe en sus afin de se dĂ©marquer de ses confrères et ainsi mieux alpaguer la faune urbaine. 


Omniprésent à l'écran, Al Pacino dégage une force d'expression à la fois irascible, langoureuse et soucieuse de par son parcours de longue haleine à dénoncer le corps policier complice de corruption, entre violences policières, pots de vin, abus de pouvoir, racket, malversations (et non assistance à personne en danger). L'intérêt de l'intrigue soigneusement charpentée dépeignant l'acharnement de ce jeune flic seul contre tous, qui plus est exploité par quelques bienfaiteurs sournois, se démenant à ébruiter la vérité au grand dam de sa liaison conjugale en perdition. Sidney Lumet accordant notamment beaucoup d'intérêt (tout du moins à un moment propice du récit) à radiographier la dépression morale de Serpico peu à l'écoute de l'être aimé, car peu enclin à considérer son épouse en détresse affective. Celui-ci demeurant hélas tiraillé par sa résilience, ses risques suicidaires et ses efforts disproportionnés à tenter de réunir des mains secourables dans sa prise de position contestataire à dénoncer ses pairs au mépris de sa hiérarchie davantage hostile. Le film débutant par l'agression probablement mortelle de Serpico, Sidney Lumet instaurant durant tout le récit un suspense dramatique tacite quant au sort précaire de celui-ci. Quand bien même nous nous interrogions autant sur les conditions qui ont pu engendrer son agression et quels en étaient les complices osant commanditer pareil guet-apens ?

Puissant rĂ©quisitoire contre toute forme de corruption policière, Serpico est un grand moment de cinĂ©ma Ă  la fois humaniste et engagĂ© Ă  travers l'inoubliable profil de ce jeune flic vaillant (quelle leçon de courage !) sacrifiant sa vie (professionnelle et conjugale) au profit de sa droiture d'esprit. Inoubliable. 

*Eric Binford. 
3èx

mardi 21 septembre 2021

Les Yeux de Laura Mars / Eyes of Laura Mars

                                                                                                                                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site toutlecine.com

d'Irvin Kershner. 1978. U.S.A. 1h43. Avec Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif, René Auberjonois, Raul Julia, Frank AdonisSal, Lisa Taylor, Darlanne Fluegel, Rose Gregorio.

Sortie salles France: 31 Janvier 1979. U.S: 2 AoĂ»t 1978

FILMOGRAPHIEIrvin Kershner est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 29 AoĂ»t 1923 Ă  Philadelphie (Pennsylvanie), dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Novembre 2010 Ă  Los Angeles (Californie). 1958: Stakeout on Dope Street. 1959: The Young Captive. 1961: Le Mal de vivre. 1963: Face in the Rain. 1964: The Luck of Ginger Coffey. 1966: l'Homme Ă  la tĂŞte fĂŞlĂ©e. 1967: Une sacrĂ© fripouille. 1970: Loving. 1972: Up the Sandbox. 1974: Les 'S' Pions. 1976: La Revanche d'un Homme nommĂ© Cheval. 1978: Les Yeux de Laura Mars. 1980: l'Empire contre-attaque. 1983: Jamais plus jamais. 1990: Robocop 2.

"Les Ă©clats d’un Ĺ“il brisĂ©".
Deux ans avant L’Empire contre-attaque, Irvin Kershner succède Ă  Michael Miller pour mettre en scène un thriller fantastique portĂ© par l'une des stars les plus illustres d’Hollywood : Faye Dunaway. Avec un scĂ©nario conçu par David Zelag Goodman et le maĂ®tre de l’horreur John Carpenter, Les Yeux de Laura Mars devient une machine Ă  suspense passionnante et efficace, par son savant mĂ©lange de thriller, de fantastique, d’Ă©rotisme, de psychanalyse et d’angoisse.

Le pitch : durant le tournage d’une publicitĂ©, une photographe de renom est assaillie de visions d’horreur prĂ©monitoires. Un tueur mystĂ©rieux s’en prend Ă  ses proches, crevant les yeux de ses victimes avec un pic Ă  glace. Tandis que la police piĂ©tine, le psychopathe continue ses exactions dans l’ombre. SoupçonnĂ©e Ă  cause de ses visions, Laura Mars finit par entretenir une liaison trouble avec l’inspecteur John Neville.

S'appuyant sur un argument fantastique basĂ© sur la prescience - thème qu’Armand Mastroianni reprendra quatre ans plus tard dans le curieux et attachant Un Tueur dans la Ville -, et portĂ© par une intrigue criminelle solidement menĂ©e, Les Yeux de Laura Mars gagne en densitĂ© grâce Ă  la complexitĂ© morale de son hĂ©roĂŻne. Photographe de mode esthĂ©tisante hantĂ©e par ses dĂ©lires Ă©rotico-macabres, Faye Dunaway incarne une femme dĂ©concertĂ©e, vulnĂ©rable, qui vacille face Ă  l’infortune de son don.

Ă€ l’instar de Christopher Walken dans Dead Zone, son calvaire imposĂ© devient d’autant plus poignant qu’elle se rĂ©vèle incapable de prĂ©venir ou de sauver la prochaine victime. Cette impuissance face Ă  des visions qu’elle ne contrĂ´le pas est d’autant plus troublante que les flashs surviennent en vue subjective. Les yeux de Laura, transis d’effroi, se trouvent envahis d’images diaphanes prĂ©figurant le crime Ă  travers le regard mĂŞme du meurtrier. Des sĂ©quences impressionnantes distillent, par ce dispositif, un climat horrifique saturĂ© d'une bande-son stridente, dissonante.

On peut Ă©galement souligner la charge charnelle des mises en scène de Laura, avec ces mannequins aux postures provocantes, Ă  peine vĂŞtues, incarnant une esthĂ©tique de la transgression. Entre l’empathie qu’elle Ă©prouve pour ses modèles devenues victimes, et sa culpabilitĂ© de sublimer une violence visuelle dans ses photos, l’actrice vĂ©hicule une forme d’humanisme fragile, dĂ©muni. MĂŞme sa romance naissante avec l’inspecteur Neville semble ne lui offrir qu’un rĂ©pit illusoire, avant qu’une nouvelle vision ne vienne l’alpaguer. Leur relation, pourtant, touche par sa sincĂ©ritĂ©, sa douceur retenue, sa dissonance Ă©motive. Et le mĂ©lange de suspense et de romantisme fonctionne ici grâce Ă  la justesse de deux comĂ©diens habitĂ©s, qui ne trichent jamais.

"Les yeux de la Terreur."
PortĂ© par la voix envoĂ»tante de Barbra Streisand, Les Yeux de Laura Mars reste un thriller captivant et intelligent, aussi sensuel qu’angoissant, aussi troublant qu’intense. Une allĂ©gorie du regard fĂ©minin pris au piège d'une culture saturĂ©e de violence visuelle masculine. Faye Dunaway, lumineuse et tragique, croise la route d’un Tommy Lee Jones glaçant, et tous deux insufflent Ă  l'intrigue surnaturelle une tension charnelle et ambiguĂ«. Au-delĂ  de sa mĂ©canique ludique, le film interroge la lĂ©gitimitĂ© de glorifier violence et sexe Ă  des fins artistiques dans un monde mĂ©diatisĂ© Ă  outrance. Et transfigure New York en un théâtre Ă  la fois rĂ©aliste, chaotique, presque documentaire - la foule urbaine sur le qui-vive, la police dĂ©bordĂ©e, l’effervescence d’une ville sans mise en scène.

Les Yeux de Laura Mars est enfin une fable trouble sur l’image comme violence, le regard comme domination, l’amour comme piège.
Un film de silence et de vertige.
OĂą l’on comprend que parfois, regarder, c’est dĂ©jĂ  blesser.

Et que rĂ©sister, c’est apprendre Ă  fermer les yeux.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir

Tournage: 56 jours. Budget: 7 millions (il en rapporta 20)
 
29.07.25. 5èx. Vost 
21.09.21. 
08.11.12. 141 v


lundi 20 septembre 2021

Sueur Froide dans la Nuit

                                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

"Fear in the Night" de Jimmy Sangster. 1972. Angleterre. 1h34. Avec Joan Collins , Peter Cushing , Judy Geeson , Ralph Bates , James Cossins.

Sortie salles France: 8 Octobre 1975. Angleterre: 9 Juillet 1972.

FILMOGRAPHIE: Jimmy Sangster est un réalisateur, scénariste et producteur de cinéma britannique né le 2 décembre 1927 dans le North Wales (Pays de Galles), décédé le 19 août 2011 à Londres. 1970 : Les Horreurs de Frankenstein. 1971 : Lust for a Vampire. 1972 : Sueur froide dans la nuit.


Thriller Ă  suspense produit par la Hammer au moment de nous livrer leurs derniers fleurons Ă  l'orĂ©e des Seventies, Sueur froide dans la Nuit est rĂ©alisĂ© par Jimmy Sangster ayant dĂ©jĂ  oeuvrĂ© pour la firme Ă  2 antĂ©cĂ©dentes reprises avec Les Horreurs de Frankenstein et Lust of a Vampire. Deux oeuvres horrifiques plutĂ´t mal aimĂ©es par la critique si bien que l'on peut avouer sans rougir que Sueur froide dans la nuit est de loin sa plus franche rĂ©ussite. Clairement influencĂ© par Hitchcock Ă  travers ses thèmes du simulacre et de la machination, le rĂ©cit s'articule autour des efforts infructueux de Peggy Heller tentant de convaincre son mari qu'un mystĂ©rieux individu l'eut agressĂ©e Ă  deux reprises. Un manchot Ă  main gantĂ© s'efforçant de la molester alors que celle-ci venait d'ĂŞtre soignĂ©e pour dĂ©pression après avoir sĂ©journĂ© en psychiatrie. IsolĂ©e dans la propriĂ©tĂ© de son Ă©poux Ă  proximitĂ© d'une Ă©cole enseignĂ©e par le professeur Michael Carmichael, elle remarque que celui-ci, manchot, ne transmet aucun cours dans une classe vide d'Ă©lèves. 


Soigneusement rĂ©alisĂ© et sobrement interprĂ©tĂ© par des acteurs irrĂ©prochables se dĂ©lectant Ă  martyriser notre hĂ©roĂŻne avec une duplicitĂ© dĂ©testable, Sueur Froide dans la nuit est d'autant mieux construit pour entretenir un certain suspense latent au fil du parcours parano de Peggy en proie Ă  des agressions nĂ©buleuses eu Ă©gard que l'agresseur n'a pas pour fonction de l'occire. Judy Geeson (inoubliable interprète d'InseminoĂŻd) endossant la pauvre victime dĂ©munie avec une fragilitĂ©  nĂ©vralgique expressive auprès de sa gestuelle communicative. Quand bien mĂŞme Ralph Bates lui partage la vedette en Ă©poux rĂ©servĂ© assez peu attentionnĂ© au comportement angoissĂ© de son Ă©pouse tan et si bien que l'acteur demeure Ă©patant d'orgueil et de charisme impassible pour des raisons probablement suspicieuses. On peut d'ailleurs autant suspecter la fonction secondaire de Peter Cushing en professeur taiseux plutĂ´t snob mais avenant Ă  travers son langage courtois. Enfin, Joan Collins est une fois de plus dĂ©licieuse d'arrogance, de cruautĂ© (le coup de fusil sur le lapin) et de condescendance Ă  mĂ©priser notre Peggy bien esseulĂ©e Ă  tenter de se faire une petite place amicale auprès de ce trio altier. 


InquiĂ©tant et captivant dans une juste mesure avant d'amorcer un rythme plus nerveux au fil de son ultime demi-heure fertile en rebondissements escomptĂ©s, Sueur Froide dans la Nuit demeure tout Ă  fait plaisant Ă  travers sa mĂ©canique huilĂ©e de suspense Hitchcockien. Son atmosphère d'angoisse Ă©thĂ©rĂ©e et sa dramaturgie graduĂ©e gagnant du terrain au fil d'une cruautĂ© morale Ă  la fois perverse et humiliante quant au sort inĂ©quitable de l'hĂ©roĂŻne recluse sur elle mĂŞme (comme le souligne l'Ă©pilogue Ă©vocateur dĂ©nuĂ© d'illusion). 

*Eric Binford
3èx

vendredi 17 septembre 2021

Bac Nord

                                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de CĂ©dric Jimenez. 2021. France. 1h45. Avec Gilles Lellouche, Karim Leklou, François Civil, Adèle Exarchopoulos, Kenza Fortas, Cyril Lecomte, MichaĂ«l Abiteboul.

Sortie salles France: 18 Août 2021

FILMOGRAPHIE: CĂ©dric Jimenez est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste français nĂ© le 26 juin 1976 Ă  Marseille. 2012 : Aux yeux de tous. 2014 : La French. 2017 : HHhH. 2021 : BAC Nord. 2022: Novembre. 

“On ne sert plus Ă  rien... plus je fais mon mĂ©tier, moins je le fais.”
Uppercut Ă©motionnel Ă  couper le souffle, Bac Nord est une Ă©preuve morale comme peu de mĂ©trages ont sur le parfaire avec autant de rĂ©alisme documentĂ© Ă  travers sa dĂ©linquance urbaine aujourd'hui rendue incontrĂ´lable (c'est peu de le dire et c'est du jamais vu dans le paysage français). Il faut d'ailleurs remonter Ă  mon sens au percutant la Haine de Kassovitz (et non aux MisĂ©rables auquel j'Ă©mets quelques rĂ©serves) pour retrouver cette dimension dramatique malaisante, cette fulgurance rigoureuse parfois rĂ©solument terrifiante eu Ă©gard de la guerre sans merci que se livrent flics et voyous s'acharnant Ă  monopoliser leur autoritĂ© dans un brouhaha suicidaire. C'est dire si l'efficacitĂ© de la mise en scène au cordeau de CĂ©dric Jimenez rivalise avec les productions ricaines les plus musclĂ©es dans son sens du cadrage, dynamisme du montage, camĂ©ra portĂ©e Ă  l'Ă©paule, pour nous immerger de plein fouet dans l'hystĂ©rie collective de ces règlements de compte oĂą le pire est sur le point d'Ă©clater lors de tirades d'affolement communautaire. Certaines situations incongrues filmĂ©es dans l'urgence demeurant d'une tension paroxystique quant au sort prĂ©caire de nos policiers confrontĂ©s Ă  l'arrogance des dĂ©linquants prĂŞts Ă  se sacrifier pour dĂ©fendre leur territoire de deal coordonnĂ© dans une directive militaire. Tant et si bien que depuis des dĂ©cennies, politique, justice et membres pĂ©dagogues semblent avoir dĂ©missionnĂ© de leur fonction impĂ©rieuse de par le sentiment d'affranchissement d'une dĂ©linquance mineure et majeure parvenant communĂ©ment Ă  imposer leur dictature au sein de leur fief ghettoĂŻsĂ©.   

Et de mĂ©moire, Ă  moins d'y avoir loupĂ© une oeuvre rĂ©fĂ©rence, je ne connais aucun mĂ©trage ricain ayant su inscrire avec tel souffle belliqueux moult pĂ©ripĂ©ties effrĂ©nĂ©es de par le vĂ©risme frĂ©nĂ©tisĂ© des acteurs aussi bien amateurs que professionnels s'affrontant physiquement / verbalement les nerfs Ă  vif. Tous demeurant communĂ©ment Ă©poustouflants de charisme nĂ©vralgique dans leur fureur animale dĂ©complexĂ©e. D'oĂą l'incroyable sentiment d'immersion morale que procure le mĂ©trage traitant avec souci de vĂ©racitĂ© de la hiĂ©rarchie dĂ©linquante aussi coordonnĂ©e et studieuse que leur homologues policiers. Tant et si bien que la frontière entre le Bien et le Mal est rompue, et que certains flics Ă  bout de nerfs dans leur posture humiliĂ©e, pour ne pas dire avilissante, finissent par perdre pied avec le sens des valeurs au point de se comporter comme leur rivaux haineux et d'adopter leur gestuelle, leur orgueil dĂ©mesurĂ© faute de cette violence primale fatalement contagieuse. Ainsi, Ă  travers cette cacophonie dĂ©saxĂ©e oĂą complices et indics se mĂŞlent Ă©galement Ă  la partie du gendarme et voleur, Bac Nord jette un effrayant pavĂ© dans la mare. Un effrayant constat d'amertume, de dĂ©sillusion et de dĂ©route auprès d'une corruption humaine dĂ©chue de leurs codes moraux. Et ce tout en romantisant la situation finalement dĂ©soeuvrĂ©e de ce trio de flics aussi vĂ©reux qu'hĂ©roĂŻques (leurs burnes s'avèrent aussi grosses que des boules de billards Ă  travers leurs risques encourus, leur course poursuite Ă  bout de souffle et leur stoĂŻcitĂ© radicale !) abandonnĂ© par leur propre confrère pour un enjeu de racket et de trafic de stupĂ©fiants pas aussi prĂ©judiciable que prĂ©vu. 


"Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu regardes longtemps dans l'abîme, l'abîme regarde aussi en toi."
ImpulsĂ© du vĂ©hĂ©ment trio Gilles Lellouche, Karim Leklou et surtout François Civil (en fringant jeune loup fumeur de joint), accompagnĂ© du talent plus vrai que nature d'Adèle Exarchopoulos en jeune maman intuitive; Bac Nord met les nerfs Ă  rude Ă©preuve au coeur d'un western urbain en dĂ©liquescence sĂ©ditieuse d'oĂą perce l'animositĂ© d'une jeunesse criminelle davantage azimutĂ©e, pour ne pas dire quasi invincible. Un constat d'Ă©chec Ă©videmment effrayant car sans lueur d'espoir alors que la gĂ©nĂ©ration prochaine osera inĂ©vitablement relever le dĂ©fi d'imposer leur loi avec plus de cran, d'autonomie et de bassesse. 

*Eric Binford

jeudi 16 septembre 2021

Candyman (2021)

                                  Photo empruntĂ©e sur Facebook par l'entremise de Thierry Spadino

de Nia DaCosta. 2021. U.S.A. 1h31. Avec Yahya Abdul-Mateen II, Teyonah Parris, Nathan Stewart-Jarrett, Colman Domingo, Vanessa A. Williams, Tony Todd, Rebecca Spence.

Sortie salles France: 29 Septembre 2021. U.S: 27 AoĂ»t 2021

FILMOGRAPHIENia DaCosta est une rĂ©alisatrice et scĂ©nariste amĂ©ricaine, nĂ©e le 8 novembre 1989 Ă  New York. 2018 : Little Woods (rĂ©alisation et scĂ©nario). 2021 : Candyman (rĂ©alisation et scĂ©nario). 2022 : The Marvels (rĂ©alisation). 


La corruption du Mal par la rancoeur. 
Sortir de la projo de Candyman 2021 n'est point une mince affaire de par sa vĂ©nĂ©neuse noirceur et son nihilisme sociĂ©tal davantage dĂ©clinant. Vendu comme un Remake du chef-d'oeuvre de Bernard Rose, Candyman 2021 n'est nullement l'Ă©pigone rĂ©actualisĂ© au goĂ»t du jour pour contenter le chaland en mal de sensations fortes. Tant et si bien que Candyman, LA SUITE, s'adresse avant tout Ă  un public Ă  la fois mature et responsable tant son climat austère, hermĂ©tique n'est pas Ă  la merci de tous afin de l'approcher dans un strict premier degrĂ© (pas une once d'humour Ă  relever Ă  l'horizon). Rare pour ne pas le souligner en cette annĂ©e catastrophique (selon moi Ă©videmment) pour le genre horrifique rĂ©duit au produit de consommation. C'est dire si cette version rĂ©solument personnelle ne fera l'unanimitĂ© auprès du public peu habituĂ© Ă  frĂ©quenter une oeuvre intime dĂ©nuĂ©e de fard puisque s'intĂ©ressant avant tout Ă  nous caractĂ©riser une galerie de personnages afro-amĂ©ricains hantĂ©s par leur condition esclavagiste auprès d'une civilisation blanche incapable de s'extraire de la haine de l'Ă©tranger auprès des ignorants et extrĂ©mistes Ă©peurĂ©s par la diffĂ©rence. Formellement stylisĂ© Ă  travers ses ombres chinoises, ses figures gĂ©omĂ©triques, ses tableaux picturaux et ses Ă©clairages flashy compromis au baroque Ă©purĂ©, Candyman 2021 est un Ă©blouissement esthĂ©tique en perpĂ©tuelle crĂ©ativitĂ©. Et Ă  ce niveau, on peut clamer le chef-d'oeuvre formel aussi moderne qu'atypique (certains plans Ă©voquant par ailleurs une scĂ©nographie futuriste tout Ă  fait appropriĂ©e et non conçu comme une fioriture de remplissage). 


Un parti-pris idoine d'y dĂ©noncer en filigrane l'exploitation des noirs dans le domaine de l'art auprès de la suprĂ©matie blanche quand bien mĂŞme les violences policières demeurent davantage factuelles si je me rĂ©fère Ă  son final horrifique Ă  la dramaturgie malaisante. On quitte donc l'Ă©preuve horrifique avec un arrière goĂ»t de souffre et d'amertume dans la bouche eu Ă©gard de son dĂ©nouement mortifiĂ© militant pour une vendetta, faute de la fracture irrĂ©versible entre blancs et noirs d'oĂą la communication est feinte faute de simulacre prodiguĂ©. Ainsi, derrière son contexte social amer, Candyman 2021 dĂ©gage une atmosphère d'angoisse sous-jacente quasi indicible au fil d'un cheminement moral indĂ©cis ponctuĂ© de bipolaritĂ© et de revirements frĂ©quemment malaisants. Sans compter ses scènes de terreur sournoises, dĂ©moniales, acrimonieuses lorsque apparaĂ®t derrière la victime le croquemitaine apprĂ©hendant ses proies de manière Ă©thĂ©rĂ©e. Sa prĂ©sence souvent invisible (mais brièvement visible au fond du miroir par le spectateur !) provoquant chez nous une peur viscĂ©rale Ă  la fois malsaine et Ă©touffante d'y redouter l'inĂ©vitable, renforcĂ©e qui plus est d'un goĂ»t pour une certaine cruditĂ© sanguine Ă  travers son rĂ©alisme gore littĂ©ralement cinglant. Quant aux interprètes hĂ©tĂ©ros (mais aussi gays pour y dĂ©fendre leur cause plus qu'actuelle), quelle judicieuse idĂ©e d'avoir sĂ©lectionnĂ© des comĂ©diens pour la plupart mĂ©connus du public pour mieux se familiariser, s'impliquer dans leurs tourments moraux sous l'impulsion d'une rigueur dramatique (parfois trop) inconfortable. D'oĂą l'aspect  rĂ©gulièrement dĂ©concertant, voir quelque peu antipathique de ce Candyman autonome n'adjurant nullement Ă  ĂŞtre aimĂ© et exploitant la trame de Bernard Rose avec une intelligence on ne peut mieux intègre, pour ne pas dire dĂ©fĂ©rente. 


No Futur. 
PersuadĂ© qu'un second visionnage permettra encore mieux d'apprivoiser cette sĂ©quelle difficile d'accès, mais lestement captivante (sans que l'on s'en aperçoive), Candyman 2021 demeure en tout Ă©tat de cause une rĂ©elle surprise inattendue dans le paysage imberbe du remake aseptique souvent tributaire du copiĂ©-collĂ©. Tant et si bien qu'ici c'est tout l'inverse qui se produit en mode (vĂ©ritable)"sĂ©quelle" pour attirer le chaland et (surtout) le passionnĂ© du genre en manque de 1er degrĂ©. Et ce au point d'y rejoindre les meilleurs spĂ©cimens du genre parmi lesquels trĂ´nent probablement sur vos Ă©tagères fĂ©tichistes, The Thing, La Mouche, Maniac, L'Invasion des Profanateurs, La Colline a des Yeux, Le Cauchemar de Dracula, La FĂ©line, Suspiria et quelques autres pĂ©pites... 
A découvrir avec précaution donc en étant averti du contenu à la fois opaque, cérébral, hermétique, au point de sortir de la projo avec une certaine gueule de bois... (je me demande d'ailleurs encore ce à quoi je viens d'assister ce soir là ! ?).

*Eric Binford. 

mardi 14 septembre 2021

Les Longs Manteaux

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site placedeslibraires

de Gilles Béhat. 1986. France/Argentine. 1h33. Avec Bernard Giraudeau, Claudia Ohana, Robert Charlebois, Federico Luppi

Sortie salles France: 19 Février 1986

FILMOGRAPHIEGilles Béhat (Gilles Marc Béat) est un réalisateur et acteur français, né le 3 Septembre 1949 à Lille (Nord). 1978: Haro. 1981: Putain d'histoire d'amour. 1984: Rue Barbare. 1985: Urgence. 1986: Charlie Dingo. 1986: Les Longs Manteaux. 1988: Le Manteau de Saint-Martin. 1990: Dancing Machine. 1994: Le Cavalier des nuages. 1997: Un Enfant au soleil. 2000: Une Mère en colère. 2009: Diamant 13.

Le Pitch: Loïc Murat, un géologue français, installe son campement dans la montagne bolivienne. Il y croise la route d'un groupe fasciste, Les Longs Manteaux, qui tentent d'assassiner un écrivain, Juan Mendez. Murat fait également la connaissance de Julia, la fille de Mendez.

Un sympathique rĂ©cit d'aventures sur fond de western contestataire qui doit beaucoup Ă  la force tranquille et de suretĂ© de Bernard Giraudeau, un des meilleurs acteurs des annĂ©es 80 plutĂ´t omis de nos jours, et c'est fort dommage eu Ă©gard de son charisme magnĂ©tique aux yeux azurs. AccompagnĂ©e de la mĂ©connue Claudia Ohana, cette charmante actrice brĂ©silienne ne dĂ©mĂ©rite pas dans sa posture de fille fragile mais rĂ©siliente Ă  escompter la libertĂ© de son père, Ă©crivain emprisonnĂ© par son rĂ©gime totalitaire 2 ans avant la nouvelle mise en place d'un gouvernement dĂ©mocratique. TournĂ© en scope afin de transcender ses magnifiques paysages boliviens, Les Longs Manteaux est notamment ponctuĂ© de scènes d'actions aussi nerveuses que rĂ©ussies, rare pour ne pas le souligner au sein de notre paysage français peu habituĂ© Ă  Ă©muler celui du cinĂ© ricain. Peut-ĂŞtre pas le haut du panier du divertissement musclĂ© des annĂ©es 80 mais un honnĂŞte spectacle conduit avec savoir-faire par Gilles BĂ©hat, inoubliable auteur de Rue Barbare (dĂ©jĂ  accompagnĂ© de Bernard Giraudeau), sous l'impulsion du superbe score de Jean-François LĂ©on aussi entĂŞtant qu'un tantinet langoureux.

*Eric Binford

lundi 13 septembre 2021

Malignant

                                           Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de James Wan. 2021. U.S.A. 1h52. Avec Annabelle Wallis, Jake Abel, George Young, Jacqueline McKenzie, Mckenna Grace, Maddie Hasson, Michole Briana White.

Sortie salles France: 1er Septembre 2021

FILMOGRAPHIE: James Wan est un producteur, rĂ©alisateur et scĂ©nariste australien nĂ© le 27 FĂ©vrier 1977 Ă  Kuching (Malaisie), avant de dĂ©mĂ©nager Ă  Perth (Australie). 2004: Saw, 2007: Dead Silence, Death Sentence, 2010: Insidious. 2013: The Conjuring. 2013: Insidious 2. 2016: The Conjuring 2. 2021: Malignant. 


         Avertissement ! Sans toutefois spoiler, il est prĂ©fĂ©rable d'avoir vu le film avant de lire ce qui        va suivre.

Quand James Wan se télescope à Bruno Mattei et Frank Henenlotter.
Peut-ĂŞtre lassĂ© de s'adonner au film de Hantise (Conjuring / Insidious), James Wan dĂ©tourne quelque peu le genre avec son nouveau mĂ©trage, Malignant transcendĂ© d'un bouche Ă  oreille plutĂ´t euphorisant Ă  dĂ©faut de rassembler les critiques assez partagĂ©es. Histoire de s'Ă©carter des conventions du film de maison hantĂ©e commanditĂ©e d'un esprit frappeur, Malignant demeure donc efficacement troussĂ© lors de sa première heure misant sur l'inquiĂ©tude (l'attente d'un Ă©ventuel danger, d'une menace incertaine), l'apprĂ©hension diffuse (via le silence) et l'expectative que le spectateur adoube avec une attention fureteuse quant Ă  l'enjeu de cette Ă©nigme filiale. Le rĂ©cit cumulant Ă  rythme mĂ©tronome quelques sĂ©quences chocs gratinĂ©es parmi le tĂ©moignage de Madison impuissante d'observer en direct des mises Ă  mort surnaturelles que le tueur la contraint d'observer par tĂ©lĂ©pathie (on peut aussi parler de tĂ©lĂ©portation de par l'invention de la mise en scène immersive substituant un dĂ©cor domestique par un autre sans effet de coupe, sorte de fondu enchainĂ© limpide). Alors que la police piĂ©tine, la soeur de Madison s'empare de l'enquĂŞte Ă©pineuse en se dirigeant dans l'ancienne clinique lorsque Madison fut sujette Ă  diverses expĂ©rimentations mĂ©dicales en 1993 (ce que nous suggĂ©rait le prologue dĂ©jĂ  incongru lors de ses règlements de compte surnaturels). Celle-ci ayant Ă©tĂ© abdiquĂ©e par sa mère lors de sa naissance pour des motifs que nous ne connaĂ®trons que vers l'ultime Ă©tape apocalyptique. Ainsi, si le mode du thriller horrifique s'avère plutĂ´t bien gĂ©rĂ© et formellement soignĂ© 1 heure durant (Ă  l'instar de son hallucinant plan sĂ©quence en surplomb dans une demeure ou de son onirisme macabre de l'extĂ©rieur d'une bâtisse ou d'un hĂ´pital); la suite opte pour un virage Ă  180 degrĂ©s afin de relancer le mystère de cette vague de crimes Ă  renfort de vendetta hyperbolique. 

Et c'est ainsi que Malignant dĂ©voile tout son potentiel Ă  la fois homĂ©rique et horrifique tout en rendant depuis le dĂ©part un sublime hommage au Giallo oĂą plane l'ombre d'Argento. Et ce de la manière la plus Ă©purĂ©e et saugrenue qui soit Ă  travers le charisme iconique du tueur affublĂ© d'un poignard en or massif. Le spectacle borderline, dĂ©cĂ©rĂ©brĂ©, dĂ©complexĂ©, frĂ©nĂ©tisĂ© demeurant ultra jouissif auprès de ses affrontements dantesques entre le "diable" et nos hĂ©ros dĂ©concertĂ©s par une rĂ©vĂ©lation aussi ubuesque qu'après tout bien rĂ©el. Bref, on marche Ă  plein tube les yeux Ă©carquillĂ©s en dĂ©pit de son concept totalement allumĂ©, et c'est cela qui s'avère proprement jubilatoire. Car c'est justement ce qui fait que Malignant dĂ©gage une vĂ©ritable puissance visuelle par sa folie improbable redoutablement adroite et percutante, notamment auprès de l'ultra dynamisme du montage, de l'agilitĂ© des plans s'enchainant sans rĂ©pit. On peut Ă©galement saluer Ă  travers le jeu (bicĂ©phale) de l'interprète très convaincant (dont je tairai le patronyme) sa manière Ă©raillĂ©e de communiquer avec ses interlocuteurs par le biais du tĂ©lĂ©phone et de postes radios. Un tueur iconique donc infiniment fascinant auprès de son Ă©lĂ©gance hermĂ©tique alors que ses confrontations vĂ©loces techniquement soignĂ©es (j'insiste encore, c'est mĂ©ritoire) auprès de l'inventivitĂ© des effets de camĂ©ra (parfois alambiquĂ©s) nous plaquent au siège de par son rĂ©alisme tranchĂ©. Quand bien mĂŞme la jeune Annabelle Wallis dĂ©gage un vĂ©ritable charme vĂ©nĂ©neux aussi magnĂ©tique que fragilement sensuel en victime dĂ©munie tentant de s'extraire de sa prison mentale en concertation avec le tueur. Son attachante prĂ©sence (quasi omniprĂ©sente) permettant notamment d'instaurer un certain suspense et une densitĂ© psychologique Ă  travers ses fĂŞlures morales frappĂ©es d'amnĂ©sie et de dĂ©sir du dĂ©passement de soi. Notamment pour la 1ère partie thĂ©rapeutique et ses rapports empathiques avec son entourage familial mais aussi policier (mĂŞme si suspicieux du point de vue d'une lieutenant sur le qui vive quant Ă  ses allĂ©gations farfelues). On peut enfin saluer ses crises d'hystĂ©ries horrifiĂ©es, ses hurlements stridents magnifiquement expressifs tant l'actrice insuffle un vĂ©nĂ©neux charisme fĂ©minin de par sa tenue vestimentaire tĂ©nĂ©breuse et son regard subtilement Ă©peurĂ© que Wan transfigure par la maestria de sa camĂ©ra scrupuleuse, Ă  l'Ă©coute de ses souffrances morales traduites dans l'impuissance. 


Basket Case.
A la fois efficacement Ă©trange et inquiĂ©tant (en dĂ©pit de son classicisme liminaire pour autant maĂ®trisĂ© avec savoir-faire comme de coutume chez Wan), puis complètement vrillĂ©, singulier, alerte et incroyablement fascinant auprès de son imagerie horrifiante nous agressant les mirettes grâce au parti-pris dĂ©complexĂ© de Wan en totale roue libre (pour le plus grand bonheur des fans de Bis en Ă©bullition), Malignant se dĂ©cline en tour de montagne russe qu'il est impossible d'interrompre dès le rouage amorcĂ©. James Wan parvenant comme par miracle par son degrĂ© de folie incorrigible Ă  conjuguer dĂ©lire saugrenu et rĂ©alisme brut de dĂ©coffrage Ă  travers l'audace d'un twist anthologique Ă©rigĂ© en bombe Ă  retardement. DĂ©jĂ  culte, assurĂ©ment, tout du moins chez les fans de dĂ©lire insensĂ©, qui plus est fier de l'ĂŞtre. 

*Bruno
27.08.22. 2èx

samedi 11 septembre 2021

L'alter Ego


Réalisé par Monsieur K, scénarisé par Näamlock. 2021. France. Bande dessinée éditée par ARTUS FILMS.

En exclusivité, je me permets aujourd'hui cet écart d'y chroniquer une bande-dessinée hexagonale. Les raisons premières ? Parce que le scénariste Näamlock est un proche ami que je côtoie via le réseau Facebook, parce que j'apprécie particulièrement la boite éditrice Artus Films et parce que je suis friand de BD horrifico-fantastique, tout du moins lorsque je parviens facilement à m'immerger dans l'aventure dépaysante. Tant et si bien que je suis loin d'être un spécialiste en la matière (à contrario de ma passion indéfectible pour le ciné), et que donc je tenterai ici de dévoiler mes petites impressions subjectives avec modestie, et ce en tenant compte de mon inculture pour la BD et l'architecture des dessins.


Sans trop dĂ©florer l'intrigue, L'Alter Ego nous dĂ©peint lors d'une scrupuleuse attention chronologique (chaque case est Ă©quivalente Ă  la journĂ©e quotidienne de tel ou tel personnage), la nouvelle relation amoureuse entre Martin, fraĂ®chement sĂ©parĂ©, avec Alice rencontrĂ©e via le site de rencontres Meetic. Alors que celui-ci tente difficilement de monter le projet cinĂ©matographique d'un Giallo, Alice est peu Ă  peu dĂ©laissĂ©e au moment d'y apprendre une triste nouvelle. Quand bien mĂŞme, HĂ©lène, fille de Martin, tente vainement de l'interpeller de par son absence paternelle. Ainsi, ce qui surprend fissa lors de la lecture monochrome de L'Alter Ego c'est le soin consciencieux imparti Ă  sa structure narrative littĂ©ralement hypnotique. C'est simple, chaque case charpentĂ©e ne dĂ©borde jamais pour ce concentrer sur le dĂ©veloppement de l'intrigue au moment de donner chair Ă  ses personnages remarquablement dessinĂ©s. C'est aussi la grande force et l'intĂ©rĂŞt du rĂ©cit tentaculaire que d'y caractĂ©riser avec ambiguĂŻtĂ© ce  triangle fragile lors de leurs relations humaines en perdition. Tant auprès de Martin toujours plus irritable Ă  tenter d'approcher un producteur et parfaire son projet, d'Alice en dĂ©tresse affective que de la jeune HĂ©lène aussi dĂ©laissĂ©e, tendrement parlant. 


Ceux-ci ayant comme point commun une contrariĂ©tĂ© morale anxiogène Ă  mi-chemin de la dĂ©pression. Et ce sans que cela nous soit dĂ©voilĂ© de manière explicite. Naamlock se motivant farouchement Ă  les rendre Ă©nigmatique au fil d'un rĂ©cit reptilien oĂą plane les ombres de Nicolas Roeg, d'Hitchcock et de David Cronenberg. Car les rĂ©fĂ©rences cinĂ© sont plutĂ´t nombreuses lors du cheminement imprĂ©visible des personnages, Ă  l'instar de la chambre de Martin ornementĂ©e d'affiches de classiques du Fantastique. Mais ce qui fascine et captive lors de ce rĂ©cit Ă  suspense effilĂ© Ă©mane de son ambiance d'Ă©trangetĂ© sous-jacente alors qu'Ă  d'autres moments on se confronte Ă  des situations dĂ©rangeantes autrement explicites (Spoil ! je songe aux dĂ©sagrĂ©ments corporels ! Fin du Spoil). Le rĂ©cit adoptant par ailleurs un revirement radical lors de sa seconde partie (nouvelle teinte monochrome en sus !) puisque Ă©tabli cette fois ci du point de vue de la fille de Martin, HĂ©lène en position d'investigatrice en herbe. Un 2è acte plus morbide, dĂ©taillĂ©, frĂ©nĂ©tique et barrĂ© prouvant que l'ambition des auteurs (Naamlock et le dessinateur Monsieur K) Ă©tait de nous plonger dans une sorte de vertige filandreux, un cauchemar moral assez permĂ©able bien que ce soit par moments confus (notamment en y infiltrant le genre espionnage). 


Une allégorie de l'amour consumériste.
Perfectible, déstabilisant et déconcertant (car il manque un "je ne sais quoi" pour l'estampiller "incontournable" du genre), hypnotique, ombrageux et ramifié auprès de son scénario sournois soumis à la psychologie torturée de ses personnages, à l'instar du canard hallucinatoire que Martin perçoit lors de ses inquiétantes névroses, l'Alter Ego ne laisse indifférent le lecteur pris dans la tourmente d'une débâcle davantage malsaine, viscérale, persifleuse, nécrosée.

L'album est en vente Ă  partir du 22 octobre 2021 au prix de 14.90 Euros. 

*Eric Binford