jeudi 6 août 2026

Cyberpunk: edgerunners créé par Rafal Jaki. 2022. Japon/Pologne. 10 épisodes de 25'.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Cyberpunk: Edgerunners : L'âme et le cœur de Night City."

Découverte ces derniers jours de Cyberpunk: Edgerunners, série d'animation japonaise en dix épisodes produite par Netflix en 2022 en collaboration avec la Pologne, que mon neveu m'avait chaleureusement conseillée. Je viens d'en achever le dernier épisode aujourd'hui à 13h et je me suis pris une véritable claque émotionnelle, comme peu de séries sont parvenues à me le faire.

 
J'avoue que je suis loin d'être un familier du manga. Mon regard est et restera avant tout celui d'un cinéphile aguerri, spécialiste des univers irréels. Or, cette œuvre indépendante est parvenue à attiser ma curiosité et à me captiver dès les premières minutes en m'entraînant dans un univers dystopique absolument fascinant, où le jeune David Martinez voit son existence basculer après un drame personnel qui le conduit à rejoindre une bande de mercenaires évoluant dans la mégalopole de Night City.

Résumer l'intrigue irracontable serait finalement assez réducteur. Ce qui fait la grandeur de Cyberpunk: Edgerunners, ce n'est pas tant son scénario (parfois décrié pour son côté conventionnel) que l'incroyable attachement que l'on éprouve envers ses personnages. David, Lucy, Maine, Dorio, Kiwi, Pilar, Rebecca ou encore Falco (pour les derniers épisodes) composent une galerie de marginaux profondément humains, tentant de survivre dans un monde où règne la loi du plus fort. Tous possèdent une véritable épaisseur et l'on s'attache rapidement à leur destinée, malgré leurs imperfections et leurs choix souvent discutables. Et c'est justement ce qui fait le sel de cette série politiquement hétérodoxe. Comme le souligne notamment les méchants traitres (symbolisés par les corporations Arasaka et Militech), lâches, cruels et sans vergogne.

 
La relation qui se noue entre David et Lucy constitue d'ailleurs le pilier émotionnel de la série. À mesure que David multiplie les implants cybernétiques, au risque de sombrer dans la cyberpsychose, leur histoire gagne en intensité et en mélancolie jusqu'à devenir profondément bouleversante.
 
Visuellement, la série est une véritable splendeur à chaque plan. Night City explose de couleurs saturées, de néons flamboyants et d'architectures futuristes qui évoquent aussi bien Blade Runner, Strange Days, Tetsuo ou encore Matrix, et j'en passe. Or, loin de n'être qu'un assemblage d'influences prestigieuses, Cyberpunk: Edgerunners affirme une identité visuelle qui lui est propre. Chaque épisode regorge d'idées de mise en scène, tandis que la seconde moitié de la série déploie des scènes d'action d'un souffle homérique qui laissent pantois.
 

La musique joue également un rôle essentiel. Tantôt énergique, tantôt d'une infinie mélancolie (comme l'iconise chaque générique de fin), elle accompagne les moments les plus dramatiques avec une délicatesse dépouillée, sans sombrer dans le pathos (on reste dans un univers machiste hardcore). La violence, n'est pas gratuite (au grand dam de dommages collatéraux générés par certains membres de l'équipe de mercs): elle participe au contraire à la cruauté de cet univers où chaque action et prises de décision convergent vers une issue incertaine. 
 
Mais la plus grande réussite de la série réside sans doute dans son refus de céder aux codes de la bienséance. Sans rien dévoiler de son dénouement, Cyberpunk: Edgerunners ose emprunter une voie aussi courageuse que profondément émouvante. Si bien que le final fait très mal. Et lorsque le générique de fin apparaît, il ne reste qu'un immense sentiment de vide, comme si l'on venait de quitter des êtres en berne devenus incroyablement proches.
 

Je ne m'attendais pas du tout à vivre une telle expérience singulière devant une série d'animation aussi alchimique dans la manipulation de nos sentiments des créateurs de la série. Cyberpunk: Edgerunners m'a aussi rappelé que, quel que soit le médium employé, seules comptent la force d'une histoire (même si le schéma reste classique), la richesse de ses personnages (rêvant d'un monde meilleur, notamment parmi l'expérience virtuelle de la DS) et surtout les émotions qu'elle est capable de susciter. Et de ce point de vue, Cyberpunk est une réussite extraordinaire qui est parvenue à m'achever par son intensité dramatique inconsolable.
 
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Paranormal Activity 3 de Henry Joost et Ariel Schulman. 2011. U.S.A. 1h34 (extented cut)

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Quand on se surprend à rallumer toutes les lumières de sa maison après la projo de
Paranormal Activity 3, on comprend immédiatement à quel point le film a su nous terroriser. Rares sont les œuvres capables de provoquer une telle réaction chez moi, et c'est précisément ce qui fait la force de ce troisième opus que j'ai revu avec encore plus d'immersion et de plaisir frissonnant génialement déstabilisant.


On peut quand même rappeler, au vu de l'exploit commercial, qu'avec un budget estimé à seulement 5 millions de dollars, le film a engrangé plus de 207 millions de dollars de recettes dans le monde, dépassant même le deuxième volet. Un succès largement mérité tant, à mes yeux, Paranormal Activity 3 se révèle encore plus effrayant et plus maîtrisé que son prédécesseur.
 
 
Les réalisateurs exploitent avec une intelligence plus retorse les possibilités offertes par le found footage. Entre la caméra fixe installée dans la chambre des fillettes, la célèbre caméra rotative balayant lentement la cuisine et le salon, ou encore la caméra portée à l'épaule par le père de famille qui accompagne les déplacements à travers la maison, chaque dispositif devient un formidable outil de mise en scène aussi machiavélique qu'inattendu. Par exemple, le simple mouvement de rotation de la caméra suffit à instaurer une attente souvent terrible, parce que insupportable : chaque retour dans le champ de vision fait naître la crainte qu'un événement surnaturel surgisse à tout instant. Jouissif en diable !

Les jump scares sont à nouveau d'une efficacité redoutable. Plus tétanisants encore que dans le deuxième opus, ils provoquent de véritables sursauts sans jamais paraître gratuits tant la terreur ressentie est à son paroxysme. Le film joue comme de coutume avec nos attentes, détourne nos anticipations et nous surprend par des effets de mise en scène d'une inventivité étonnante. Certaines séquences, notamment celle devenue mémorable dans la cuisine, témoignent d'un effet de surprise renversant sans qu'il soit nécessaire d'en dévoiler le moindre détail.
 

L'autre grande qualité de ce troisième épisode réside dans son rythme. Beaucoup plus nerveux que les deux premiers films, il enchaîne les manifestations paranormales avec une précision quasi métronomique. Les spectateurs réfractaires au concept qui reprochaient aux précédents volets leur progression plus contemplative auront bien du mal à adresser le même reproche ici tant le récit multiplie les rebondissements horrifiques et les scènes chocs sans modération.

Comme dans les deux premiers films, le casting impressionne par son naturel. Aucun comédien ne donne l'impression de jouer : tous semblent véritablement vivre les événements. Cette authenticité est essentielle à la réussite de l'immersion voulue. Les jeunes interprètes de Kristi et Katie, âgées d'une dizaine d'années, se montrent étonnamment naturelles, spontanées. Les échanges entre la petite Kristi et son mystérieux ami invisible, Toby, instaurent un malaise crescendo et rappellent inévitablement certains grands classiques du cinéma fantastique, notamment Amityville, la Maison du Diable. Dès les premières minutes, la suspension volontaire de l'incrédulité s'installe et l'on se laisse happer par cette atmosphère délicieusement oppressante.
 

À mes yeux, Paranormal Activity 3 constitue sans doute le meilleur épisode de la première trilogie, à égalité (peut-être) avec le film original. Je suis ressorti de cette nouvelle vision encore plus convaincu qu'à l'époque, au point de ressentir cette peur enfantine de devoir rallumer toutes les lumières de la maison après le générique. Une sensation unique que je n'avais plus éprouvée depuis de très nombreuses années.

Alors que son final, particulièrement noir et cruel, développe la mythologie de la sorcellerie avec une puissance d'effroi malaisante et vient conclure une œuvre qui demeure, pour moi, l'un des films les plus effrayants qu'il m'ait été donné de voir. Je comprends l'immense succès rencontré par cette trilogie, tant ce formidable jeu du "ouh fais moi peur", entre attente, angoisse rampante et explosions de terreur fonctionne avec une efficacité redoutable.
 
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mercredi 5 août 2026

Amour Toxique / Amore Tossico de Claudio Galigari. 1983. Italie. 1h30.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Au détour de conversations et d'une promo issue d'un groupe privé "Facebook" consacrée à un métrage dont j'ignorais jusqu'alors l'existence, on tombe parfois sur de véritables pépites à marquer d'une pierre blanche, comme me l'a démontré Amour toxique, réalisé par Claudio Caligari. Un réalisateur engagé qui ne signera d'ailleurs que trois longs métrages et 5 documentaires durant sa carrière.

Intitulé Amore tossico en version originale, le film retrace les vicissitudes d'une bande de jeunes toxicos dans la banlieue romaine d'Ostie. Pendant une heure trente, nous suivons leurs errances et leur quotidien sordide, rythmé par les shoots, les vols à la tire et même un braquage d'épicerie, le tout porté par un réalisme d'une puissance documentaire saisissante, vue nulle part ailleurs.
 

Sur ce point, Amour toxique constitue un électrochoc, comme j'en ai rarement vu dans le paysage cinématographique du point de vue de la toxicomanie. Pour retrouver une représentation aussi glauque, poisseuse et désespérée, il faut remonter, selon moi, à Moi Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée...

Inspiré par le néoréalisme italien, Claudio Caligari adopte un parti pris d'une radicalité à couper au rasoir. Son casting est quasi exclusivement composé de marginaux rencontrés dans la rue. Il ne fait donc pratiquement pas appel à des comédiens professionnels, mais à de véritables toxicomanes, avec lesquels il prend le temps d'instaurer une relation de confiance avant le tournage. Les dialogues sont largement nourris par leurs propres expériences et ensuite retravaillés au fil des prises grâce à leurs suggestions, ainsi qu'à celles des habitants d'Ostie (parfois filmés dans l'improvisation), afin d'obtenir le résultat le plus authentique possible.
 

Le tournage lui-même mérite d'être évoqué tant il fut houleux. Amorcé en 1982, la production est brutalement interrompue lorsqu'un premier producteur abandonne le projet. Caligari se retrouve alors contraint de suspendre le film pendant près d'un an. Il ne pourra reprendre le tournage qu'avec le soutien de Marco Ferreri, qui lui présente un nouveau producteur, Giorgio Nocella. Grâce à ce dernier, ainsi qu'au soutien de Gaumont Italie pour la distribution, Amour toxique peut enfin être achevé.

Le film est ensuite remarqué dans plusieurs festivals. Lors de la 40ᵉ Mostra de Venise, il reçoit notamment le Prix de SICA. Il est également récompensé du Prix Spécial au Festival de Valence, tandis que Michela Mioni obtient un prix d'interprétation féminine au Festival de Saint-Sébastien.
 

Malgré ces distinctions, Amour toxique ne rencontre qu'un succès public très limité. Les difficultés de production retardent sa sortie en salles italiennes (il sort 1 an plus tard), où il n'est distribué qu'avec un nombre très restreint de copies, empêchant ainsi l'œuvre de rencontrer le public qu'elle méritait.

Mais qu'en est-il de la qualité cinématographique de ce métrage hors du commun ?

Amour toxique constitue une véritable claque émotionnelle. Ce que nous voyons à l'écran paraît si authentique, si documenté, que le film ne peut transmettre que malaise et dégoût, notamment lors des nombreuses scènes de shoot éludées du hors-champs. Les toxicomanes s'injectent leur dose dans le bras - avec moult détails pour les préparatifs - mais aussi dans d'autres parties du corps, avec une précision parfois insoutenable. Caligari filme ces instants sans détour, presque comme un document brut, au point que l'on en vient à se demander si les injections auxquelles nous assistons sont réelles tant leur réalisme est plus vrai que nature. L'aiguille pénètre dans la peau, aspire le sang, injecte le produit et le pompe encore pour le fusionner et ainsi provoquer un effet narcotique encore plus exaltant. Un véritable mode d'emploi dévoilé face écran dont j'épargne ici même d'autres détails. 
 

Cette impression de "reportage pris sur le vif" est donc renforcée par l'absence totale de suggestion. De voir que la caméra accompagne chaque geste jusqu'au bout nous laisse pantois, transi, viscéralement parlant. Le spectateur finit alors par ne plus distinguer où s'arrête la fiction et où commence la réalité, tant ces séquences semblent véritablement vécues plutôt que jouées, alors qu'elles se répètent par moments.

C'est précisément ce qui confère à Amour toxique une puissance dramatique inouïe. D'autant plus que Claudio Caligari ne cherche jamais à juger ses personnages. Il observe avec une humanité scrupuleuse ces jeunes toxicos, prisonniers de la pauvreté, de la misère sociale, de leur déchéance morale, du mal-être et d'une dépendance dont ils rêvent parfois de s'affranchir sans jamais trouver la force de franchir le cap. Attention au final dépressif. 
 

Pendant une heure trente, le réalisateur nous enferme à leurs côtés dans les rues d'Ostie. Il scrute leurs existences avec une compassion prude, sans misérabilisme ni sensationnalisme. Peu à peu, leur détresse devient la nôtre, et ce regard profondément humaniste, empreint d'un désespoir palpable, finit par contaminer le spectateur d'un sentiment d'impuissance particulièrement éprouvant. A l'instar d'une overdose quasi insoutenable observée sans ambages par son réalisme mortifère dénué de lueur d'espoir.

Au final, Amour toxique constitue une expérience de cinéma proprement singulière. Sa force repose avant tout sur son réalisme inégalé et sur la psychologie tourmentée de ses personnages que l'on ose fréquenter, dont beaucoup incarnent une version si proche de leur propre existence, au cœur d'un environnement urbain glauque et insalubre. Cette impression est encore renforcée par la photo granuleuse, aux teintes presque sépia dans sa version HD remastérisée, qui nous replonge avec une authenticité saisissante dans l'Italie du début des années 1980 comme si vous y étiez. 
 

Car nous sommes immergés dans une expérience cinématographique que l'on ne retrouve pratiquement nulle part ailleurs, avec l'impression troublante d'effectuer un véritable voyage dans le temps. Amour toxique nous cloue au siège car il est hypnotique tant ses personnages, pathologiquement perdus, irresponsables et prisonniers de leur dépendance, suscitent à la fois empathie et un immense sentiment d'inconfort.

On ressort de cette œuvre sonné. À mes yeux, Amour toxique est probablement l'un des films les plus puissants jamais consacrés à la toxicomanie. On peut clairement le trôner auprès de son cousin germain: Moi Christiane F... Plus de quarante ans après sa réalisation, son propos demeure hélas d'une actualité inépuisable (jetez un oeil Outre-atlantique sur les ravages du Fentanyl), tant les addictions invoquent l'hécatombe d'entraîner de nombreux jeunes dans une spirale destructrice dont il est souvent extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible (le Fentanyl) de s'extraire.
 

Une œuvre âpre, fangeuse, émouvante, transplantée dans le docu-vérité le plus cru. Un cri d'alarme qui mérite amplement son statut de film culte, hélas oublié et méconnu. 
 
🖤 Celui du cœur noir des images
 

lundi 3 août 2026

A silent voice de Naoko Yamada. 2016. Japon 2h09.

                    (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives) 

Découverte cet après-midi de A Silent Voice, magnifique film d'animation japonais réalisé par Naoko Yamada en 2016, alors que j'ignorai son existence. Or, il n'y a pas de hasard, que des rendez-vous ^^

Chef-d'œuvre d'une sensibilité à fleur de peau et d'un humanisme aussi profond que déchirant, A Silent Voice nous relate la relation conflictuelle entre Shoya Ishida, un collégien dissipé qui s'en prend avec cruauté à une nouvelle élève sourde, Shoko Nishimiya, avant que les années ne passent et que les remords ne viennent le rattraper. Devenu lycéen, Shoya retrouve la jeune fille et tente, avec une sincérité très émouvante, de renouer avec elle afin de lui témoigner combien il regrette les souffrances qu'il lui a infligées.


À travers les thématiques du harcèlement scolaire, du handicap, de la différence et de la communication, ce drame psychologique surprend par une pudeur exemplaire qui ne sombre jamais dans le sentimentalisme. Bien au contraire, c'est précisément cette retenue qui rend son émotion si profonde et laisse couler les larmes. Il ne s'agit d'ailleurs pas vraiment d'une romance (pas une seule étreinte à l'horizon !), mais d'une douloureuse tentative de reconstruction, d'acceptation de soi et de rédemption.
Si Shoya cherche à expier ses fautes, Shoko, bien qu'elle n'ait objectivement rien à se reprocher, porte elle aussi une culpabilité injustifiée, persuadée d'être un poids pour ceux qui l'entourent (comme c'est souvent le cas pour les victimes traumatisées par le harcèlement moral). Tous deux devront donc apprendre à se libérer de leurs blessures pour enfin se réconcilier avec eux-mêmes.


A Silent Voice dégage une émotion d'une rare acuité à travers le cheminement moral de ses deux protagonistes. La communication, qu'elle soit coupée par un handicap ou par les blessures invisibles de l'âme, devient ici le véritable cœur du récit. Le film traite ces thèmes avec une délicatesse et une sensibilité parfois déchirantes, tant il transpire l'humanité écorchée vive de personnages profondément meurtris par leur mutuelle solitude.

Mais ce qui rend cette œuvre si bouleversante et mémorable, c'est sa manière de montrer - avec beaucoup de patience - les terribles conséquences du harcèlement scolaire, aussi bien sur la victime que sur l'ancien harceleur rongé par le remords au point de se murer dans l'isolement et la tentative de suicide. Sans jamais excuser les actes commis, le film rappelle que chacun peut tenter de devenir une meilleure version de lui-même, à condition d'avoir le courage d'affronter son passé, de se remettre en cause, de changer de regard sur les autres et les choses qui nous entourant et d'oser avoir la courage de tendre la main à l'autre.


Enfin, j'ai tellement admiré la manière dont Naoko Yamada s'écarte des conventions du mélodrame. Alors que l'on redoute constamment une issue insupportablement tragique, la réalisatrice choisit une voie infiniment plus subtile et lumineuse avec une rare force de suggestion (les silences, les regards, la gestuelle comptent plus que les mots ou les étreintes). Sa conclusion concise, magistrale, célèbre la capacité de changer de regard au bénéfice d'une seconde chance, en s'acceptant soi-même pour enfin s'ouvrir aux autres.

Une magnifique leçon de vie, d'humilité, de respect envers son prochain et d'humanité - à fleur de peau - dont on ressort chamboulé.

Dédicace à Valentin Dussart 

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jeudi 30 juillet 2026

The Pacific. Mini série de 10 épisodes créée par Tom Hanks et Steven Spielberg. 2010.

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"La guerre qui dévore les hommes."

Première découverte, contrairement à son illustre aînée Band of Brothers, resté dans toutes les mémoires, de The Pacific, mini-série en dix épisodes toujours produite par Tom Hanks et Steven Spielberg...

Et quelle gifle monumentale ! Je ne m'attendais absolument pas à subir de plein fouet une telle déferlante émotionnelle. Durant ces dix épisodes éprouvants, The Pacific nous submerge avec une force dramatique quasi insoutenable, sans jamais chercher à nous préparer à ce qui nous attend. D'autant plus que les 2 premiers épisodes sont flegmatiques et ne présagent guère la descente aux enfers à venir, et à subir.
 

Je peux affirmer sans hésitation qu'à mes yeux, The Pacific est supérieure à Band of Brothers. Son intensité émotionnelle, infiniment plus aiguë et bouleversante, s'allie à des scènes de combat d'un réalisme ahurissant où la barbarie atteint des sommets rarement égalés, sans jamais déborder. Mais ce qui fait véritablement la grandeur de cette mini-série, c'est qu'elle ne glorifie JAMAIS la guerre. Bien au contraire, elle nous rappelle avec une humilité bouleversante qu'elle demeure l'une des plus grandes absurdités de l'humanité.

Le véritable tour de force de la série est de ne jamais nous présenter des héros, mais des hommes en pleine déliquescence morale. Des Marines qui abandonnent une part de leur âme dans la fange, le sang, la sueur et les larmes, au fil des batailles de Guadalcanal, Peleliu, Iwo Jima ou Okinawa. Le neuvième épisode, consacré en grande partie à l'enfer d'Iwo Jima, atteint d'ailleurs un niveau de violence et de tension qui frôle parfois le soutenable sans pouvoir en sortir indemne (femmes et enfants y sont même sacrifiés).
 

Et lorsque s'achève le dixième épisode et que les crédits du générique de fin nous révèlent le destin des principaux protagonistes, on ressort profondément bouleversé. Démoli. Abattu. Le coeur déchiré. Avec surtout une haine profonde, viscérale, de cette guerre qui nous souille et un profond dégoût, une amertume nécrosée pour ces conflits où toute notion de morale finit par disparaître, laissant des hommes brisés, incapables de retrouver pleinement la vie passée avant de partir au combat. Des figures costumées, dont certaines, perdues dans le noir, refusent les médailles qui ne consolent plus vraiment personne.

À mes yeux, The Pacific est un monument télévisuel d'une intensité dramatique proche d'un Voyage au bout de l'Enfer, la Ligne Rouge, Platoon (pas mal de points communs au niveau sanitaire) et le soldat Ryan. Plus encore que Band of Brothers, elle ose une approche (plus) profondément humaine et romantique en suivant le destin de trois Marines, tout en accordant une place essentielle à leurs relations amoureuses et familiales. Ce contraste entre la douceur des sentiments et l'horreur des champs de bataille rend leur parcours encore plus déchirant. Chaque instant insalubre nous fait ressentir leur épuisement physique et moral, leur faim, leur soif, leur peur permanente, jusqu'à cette sensation qu'ils avancent sans cesse au seuil de la mort, de la folie ou du désespoir.
 
 

Et l'on en sort K.-O., hanté par ces actions innommables, aussi honteuses qu'irréparables. Car dans toutes les guerres, il n'y a aucun héros, seulement des naufrages humains.
 
P.S: La série a été nommée 23 fois et a remporté 14 récompenses, dont celle de la meilleure mini-série aux Emmy Awards 2010 
 
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mercredi 29 juillet 2026

Leviticus d'Adrian Chiarella. 2026. 1h28. Australie.

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Découverte hier soir d'un long métrage australien remarqué au Festival de Sundance : Leviticus, premier long d'Adrian Chiarella. Et pour une entrée en matière, on peut dire que le néophyte s'en sort avec les honneurs. Sa maîtrise et l'intelligence confondues pour aborder son sujet forcent le respect, au point d'impressionner pour une première réalisation.

Nous sommes ici à l'inverse de la modeste série B horrifique estampillée ados acnéens. Leviticus est une œuvre certes modeste dans ses moyens, mais d'une réelle maturité. C'est justement cette modestie qui fait sa force : le cinéaste prend sa thématique avec un sérieux engagé et ne cherche pas à occulter le fond au profit du spectaculaire.
 

Car il est ici question d'homosexualité. On pourrait même parler de film d'horreur gay, tant le récit dénonce avec conviction l'homophobie alimentée par un certain fanatisme religieux. Le film suit deux jeunes hommes, Naim et Ryan, au début d'une relation amoureuse sincère, dans une petite communauté dominée par une idéologie religieuse profondément conservatrice.

Sans trop en dévoiler, tout bascule lorsqu'à l'issue d'un étrange rituel orchestré par le prêtre local, au cours duquel Ryan fixe la flamme d'un briquet, ce dernier sombre brutalement dans un état de catatonie, de transe et d'étouffement. Dès lors, le couple est entraîné dans une véritable descente aux enfers surnaturelle. Une entité invisible semble s'emparer du corps et de l'esprit de l'un d'eux afin de dresser les deux amants l'un contre l'autre, comme si leur amour était devenu une faute impardonnable aux yeux de cette doctrine religieuse.
 

L'une des grandes réussites du film réside dans cette idée aussi simple qu'efficace : la peur naît de l'être aimé lui-même. La menace ne vient pas d'un monstre tapi dans l'ombre, mais de celui que l'on aime. Chaque tentative de rapprochement entre Naim et Ryan devient alors une boule d'angoisse, car à tout moment cette présence invisible peut prendre possession de l'un d'eux, usurper son identité et transformer leur amour en une violence meurtrière.

Ainsi, Leviticus joue autant sur la suggestion de l'invisible que sur des accès de violence d'une brutalité saisissante lorsque cette entité prend possession de l'un des deux protagonistes avec la volonté de s'en prendre à son compagnon que l'on aime, sentimentalement parlant.
 

Le métrage se révèle d'autant plus surprenant qu'il instille, dès les premières minutes, une atmosphère d'étrangeté omniprésente. Portée par une photographie presque monochrome, dominée par des nuances de noir, de blanc et de bleu, d'une élégance léchée, celle-ci renforce ce climat austère, de malaise et d'incertitude qui imprègne le récit. Il en résulte une ambiance horrifique éthérée, subtilement envoûtante, qui maintient constamment le spectateur dans l'expectative, sans jamais lui laisser deviner vers quelle issue dramatique l'histoire se dirige.

Au-delà de son enveloppe fantastique, Leviticus délivre surtout un discours tristement actuel sur l'homophobie, mais aussi sur les hésitations à assumer pleinement son homosexualité et à aimer librement celui que l'on aime. Une réflexion traitée avec intelligence et sensibilité par le truchement de la conversion de thérapie, portée par une évolution psychologique crédible jusqu'à une conclusion sentimentale particulièrement pertinente, dont je tairais la teneur.
 

Adrian Chiarella impressionne également par sa capacité à respecter les codes du cinéma de genre au profit de son propos. Les séquences de terreur, parfois d'une brutalité réaliste, n'en sont que plus percutantes. Le cinéaste en profite également pour dénoncer l'obscurantisme d'une communauté soumise à une religion archaïque et profondément intolérante, rejetant aussi bien l'homosexualité masculine que féminine. Le film évoque d'ailleurs le lesbianisme à travers une digression particulièrement tragique, qui renforce encore davantage son message et son intensité dramatique.

C'est précisément cet équilibre entre engagement et horreur qui rend Leviticus captivant. Sans atteindre les sommets du genre, il demeure un très bon divertissement horrifique, intelligent, angoissant, parfois terrifiant et pleinement humain. Le duo formé par Naim et Ryan, interprété avec justesse par Joe Bird et Stacy Clausen, suscite une empathie jamais forcée. Bien que j'aie souvent du mal à m'identifier à des histoires d'amour homosexuelles (quand on est hétéro), j'ai été touché et impliqué jusqu'au bout par leur relation et par leur combat pour continuer à s'aimer malgré une menace meurtrière qui ne cesse de les poursuivre avec une hypocrisie délétère.
 

Sans être un chef-d'œuvre, ce qu'il ne cherche jamais à être, Leviticus invoque la sincérité et le refus de la facilité. C'est un film engagé qui respecte le cinéma d'horreur en utilisant le fantastique comme vecteur d'un propos essentiel profondément humain. Une belle surprise donc, aussi intelligente que sensible, que je recommande sans hésiter.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤 

mardi 28 juillet 2026

Nekromantik 2 de Jörg Buttgereit. 1991. Allemagne. 1h43.

 (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Seconde révision de l'ultra controversé Nekromantik 2, que je n'avais pas osé revoir depuis plus de vingt ans (à l'inverse de son modèle visionné plus de 3 fois).

D'emblée, il convient de rappeler que cette suite a connu un destin aussi mouvementé que son prédécesseur. Interdit en Allemagne ainsi qu'au Royaume-Uni, Nekromantik 2 valut à son réalisateur, Jörg Buttgereit, de comparaître devant un tribunal, avec le risque d'une peine de prison. Comme il l'explique lui-même dans un bonus de l'édition Blu-ray ESC filmé lors du Bloody Week-end (convention du cinéma Fantastique implantée à Audincourt), son avocat parvint heureusement à convaincre le juge que Nekromantik 2 relevait avant tout d'une démarche artistique plutôt que d'un simple film d'exploitation glorifiant la violence.
 

Passé ce contexte, quelles sont mes impressions face à cette séquelle tout aussi extrême, malsaine et inconfortable que son modèle ?

Le premier point est que nous sommes ici en présence d'un métrage plus ambitieux. Tourné cette fois en 16 mm, là où le premier opus affichait une esthétique beaucoup plus rudimentaire en super 8, Nekromantik 2 se révèle nettement plus maîtrisé d'un point de vue technique. La photographie est plus soignée, les effets spéciaux gagnent en crédibilité, tandis que le jeu des acteurs s'avère bien plus convaincant.

Mais la différence essentielle réside surtout dans son approche narrative. Plutôt que de reproduire mécaniquement la formule du premier film, Buttgereit choisit de raconter une véritable histoire d'amour rigoureusement incongrue. Durant près d'1 h 43, nous suivons le quotidien sentimental de Monika, une jeune infirmière qui déterre le cadavre du protagoniste du premier Nekromantik afin d'entretenir avec lui une relation aussi romantique que sexuelle dans l'intimité de son appartement. Plus tard, elle entame également une liaison avec Mark, un homme de chair et de sang, doubleur pour l'industrie du cinéma pornographique.
 

Le film façonne alors un troublant triangle amoureux où coexistent la mort et la vie. C'est d'ailleurs au détour d'un échange avec Mark que Monika affirme trouver moins pervers de coucher avec un cadavre que de regarder un film X. Une logique totalement inversée qui résume la singularité psychologique de son personnage.

Visuellement, le cadavre fuligineux impressionne par son réalisme olfactif. Son teint blafard et visqueux, ponctué de nuances verdâtres et noirâtres, lui confère un aspect véritablement putréfié. Dès lors, les scènes d'étreintes, de tendresse, de sexualité ou encore de démembrement provoquent inévitablement malaise, dégoût et parfois même le haut-le-cœur.
 

Or, au-delà de cette provocation putassière permanente, j'y vois surtout une réflexion existentielle sur la vie et la mort. Buttgereit nous rappelle sans cesse que nous ne sommes, au fond, qu'un assemblage de chair, d'os et de sang. Cette idée traverse tout le film, jusque dans cette célèbre séquence documentaire montrant la dissection d'un phoque déjà mort. Étrangement, je l'ai trouvée encore plus insoutenable que le véritable snuff animalier du premier opus. Pour ma part, j'ai été incapable de soutenir le regard tant cette scène m'a paru éprouvante. Vous voilà averti.

Contrairement à ce que certains critiques pensent, je ne considère pourtant pas que Buttgereit sombre dans la complaisance. Derrière cette succession d'images profondément dérangeantes se cache, selon moi, une véritable réflexion métaphysique sur notre rapport au corps, à la mort et au désir. Le regard de Monika, la sobriété austère de son appartement, le silence pesant qui imprègne chaque scène et cette mise en scène d'une froideur clinique composent une atmosphère absolument unique. On est à la fois fasciné, troublé, gêné, outré... tout en ayant parfois envie de détourner les yeux jusqu'au sentiment de nausée.
 

D'ailleurs, l'unique véritable explosion gore intervient lors du final, bien plus convaincant et réaliste que celui du premier opus. Une conclusion d'une violence extrême qui vient confirmer la pathologie irréversible de cette jeune femme, incapable d'aimer autrement qu'en vouant une passion romantique et charnelle à la mort dans sa forme la plus brute de décoffrage.

Il faut incontestablement avoir le cœur solidement accroché pour découvrir ou revoir Nekromantik 2. Mais derrière son apparente volonté de choquer derrière sa thématique nécrophile se cache, à mes yeux, une œuvre profondément singulière, fascinante et dérangeante, qui mérite pleinement son statut de film culte du cinéma d'horreur underground. Plus de trente-cinq ans après sa sortie, je persiste à penser que Nekromantik 2 est bel et bien une œuvre d'art comme le rappelle son réalisateur, aussi radicale que déroutante, et certainement pas une simple série B d'exploitation conçue uniquement pour provoquer.

Sa musique mélancolique, le rappelle d'ailleurs constamment avec une sensibilité tranquille. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤
 
                    (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

samedi 25 juillet 2026

Paranormal Activity 2 de Todd Williams. 2010. U.S.A. 1h38

                                                     
                          (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives) 
 
Hier soir, révision de Paranormal Activity 2.
 
Tout d'abord - j'entends déjà les ricanements fuser tous azimuts - je vais à nouveau rappeler que je suis pleinement conscient que cette franchise, huée par une grande partie du public, ne fera jamais l'unanimité. Bien au contraire, depuis sa sortie, elle n'a cessé d'être la cible de moqueries à tout va. Or, après avoir revu le premier film il y a quelques mois, puis, hier soir, ce second opus, je ne peux que me rendre à l'évidence : Paranormal Activity, et en l'occurrence ce deuxième volet, est une machine à frissons redoutablement efficace auprès de ma sensibilité.
 
 
Et comme je suis un véritable fervent du found footage horrifique (Le Projet Blair Witch en tête de peloton, Lake Mungo, Willow Creek, REC, The Bay, Backcountry, Late Night with the Devil, etc.), ce procédé expérimental m'a toujours fasciné par son effet d'immersion plus vrai que nature. En s'emparant cette fois de la thématique de la maison hantée, Paranormal Activity 2 m'a procuré autant de frissons que le premier opus, à peu de choses près. Certains pensent même qu'il lui est supérieur, alors qu'Oren Peli a cédé sa place à Todd Williams.
 
Ce qui m'a particulièrement frappé lors de cette révision, c'est à quel point la distribution demeure résolument convaincante. Les comédiens dégagent une telle aisance, une telle authenticité, que l'on a réellement le sentiment d'assister à des événements filmés en temps réel. Ils s'intègrent parfaitement à cette esthétique de faux documentaire et parviennent rapidement à susciter notre empathie.
 
 
Todd Williams fait quant à lui preuve d'un véritable savoir-faire dans sa manière d'instiller une angoisse et une tension qui iront crescendo. J'ai notamment été surpris par l'utilisation d'un simple bourdonnement sonore, presque imperceptible, annonçant l'imminence d'un événement inquiétant. Ce léger vrombissement agit comme un signal d'alarme : dès qu'il intervient, une sourde angoisse s'installe avant même que quoi que ce soit ne survienne.
 
L'autre excellente idée du film réside dans l'utilisation de la vidéosurveillance, installée à la suite du cambriolage survenu lors du prologue. En multipliant les points de vue fixes à travers la maison et en nous obligeant à scruter chaque recoin de ces images monochromes, Todd Williams instaure une attente permanente, presque insoutenable. C'est précisément cette mise en attente qui lui permet de déclencher, par moments, des jump scares d'une efficacité tétanisante. On se surprend à observer le moindre détail à l'écran face à un silence assourdissant, persuadé qu'un phénomène va finir par surgir du cadre.
 

Enfin, le chien et le bébé jouent un rôle essentiel dans cette mécanique de la peur. Témoins privilégiés de manifestations que les adultes ne perçoivent pas toujours, ils renforcent considérablement le sentiment d'impuissance qui s'empare progressivement des personnages, tout en faisant parfois preuve d'une cruauté hors champ que l'on n'avait pas prévu. Une véritable dramaturgie s'installe alors, nourrie par une peur toujours plus oppressante, jusqu'à devenir profondément anxiogène, dérangeante.
 
On remarque également que Paranormal Activity 2 adopte un rythme plus alerte que son prédécesseur. Les événements et les rebondissements s'y succèdent davantage, sans jamais céder à la surenchère ni à la gratuité, hormis un unique effet facile qui, paradoxalement, se révèle d'une efficacité redoutable dans son impact terrifiant.
 
 
Todd Williams maîtrise sa réalisation avec rigueur, notamment grâce à plusieurs jump scares absolument terrifiants, capables de nous faire littéralement bondir de notre siège grâce à ce silence de marbre. L'un d'eux, se déroulant dans un lieu du quotidien dont je tairai volontairement la nature afin de préserver l'effet de surprise, figure sans hésitation parmi les jump scares les plus effrayants que j'aie vus dans ma vie de cinéphile. Un moment véritablement anthologique, qui provoque une terreur foudroyante et inoubliable.
 
Ainsi donc, à la revoyure, je ne peux que me rendre à l'évidence : je suis un fervent admirateur de cette saga, du moins de ses trois premiers opus (dans quelques mois, je reverrai également le troisième). Certes, Oren Peli a laissé sa place à Todd Williams derrière la cam. Et pourtant, tous deux partagent une même faculté à instaurer une angoisse rampante au fil d'une progression narrative toujours plus inquiétante et malsaine. Un avertissement chronologique nous indique d'ailleurs le nombre de nuits que les résidents ont passées dans la maison avant le fameux revirement horrifique d'une violence sans concession. Et c'est tant mieux puisque l'on quitte cette séquelle avec un soulagement à la fois rassurant et encore malaisant. 
 
 
Leur mise en scène repose sur les silences, l'attente, une utilisation extrêmement habile du son et une exploitation particulièrement judicieuse des personnages secondaires - le chien, la belle-fille, la sœur, la domestique superstitieuse ou encore le bébé -, tous ébranlés par des manifestations surnaturelles dont ils sont parfois les seuls témoins, en particulier face à un père de famille campé sur son rationalisme.
 
Sur ce point, je ne peux donc que m'incliner : en dépit des railleries de masse qu'elle essuie depuis sa sortie, la saga Paranormal Activity demeure à mes yeux l'une des grandes réussites du found footage horrifique, tant elle parvient, avec des moyens d'une remarquable simplicité, à faire naître chez moi une peur aussi génialement tangible que viscérale.
 

Bref, vivement la révision du troisième opus, après avoir volontairement laissé un laps de temps pour retrouver intacte la magie de l'immersion.
 
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vendredi 24 juillet 2026

Dorothy de Agnès Merlet. 2008. Irlande. 1h42.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de Dorothy, thriller fantastique irlandais réalisé par la Française Agnès Merlet en 2008.

À l'instar de The Last Son, que j'avais revu quelques jours plus tôt, Dorothy renoue avec la série B modeste mais impliquée, portée davantage par la qualité narrative et la caractérisation humaine que par leurs moyens. Avec un budget d'à peine 500 000 dollars, le film confirme l'affection d'Agnès Merlet à un fantastique humaniste, où la psychologie des personnages prime constamment sur les effets de manche.
 

Dès son prologue, le récit met en suspens : la jeune Dorothy Mills semble intenter à la vie d'un bébé dont elle a la garde face au témoignage épeuré des parents. Une psychiatre est alors envoyée sur une petite île irlandaise afin de comprendre ce qui se cache derrière le comportement inquiétant de l'enfant. Entre superstition religieuse, possession, troubles psychiatriques et secrets enfouis, le film distille habilement le doute et construit un suspense progressif facilement prenant. Également scénariste de son œuvre, Agnès Merlet instaure les révélations avec parcimonie jusqu'à un dénouement aussi intelligent qu'émouvant, où le thriller fantastique laisse progressivement place à la gravité d'un drame psychologique particulièrement intense.

Le casting féminin participe largement à la réussite de l'ensemble. Jenn Murray, dans un double registre particulièrement exigeant, brouille constamment les pistes et entretient l'ambiguïté autour de la véritable personnalité de Dorothy. Face à elle, Carice van Houten compose une psychiatre à la fois fragile, douce, déterminée et profondément humaine, cherchant moins à condamner qu'à comprendre les blessures qui entaillent la jeune fille. Leur confrontation récurrente donne au film une dimension émotionnelle qui dépasse le simple cadre du suspense.
 

Visuellement, Dorothy séduit également par ses superbes paysages irlandais, dont les décors naturels renforcent cette atmosphère aussi mystérieuse qu'inquiétante. La présence de Gary Lewis, excellent en pasteur aussi charismatique que troublant, accentue le malaise qui règne au sein de cette communauté sectaire refermée sur elle-même, où le poids des croyances prime plutôt que d'oser dévoiler une vérité éhontée.

Porté par une très belle conclusion, douce-amère dans la contradiction émotive et profondément touchante, Dorothy confirme le talent artisanal de la française Agnès Merlet pour marier le fantastique occulte au drame humain. Une série B captivante, sensible et intelligemment construite, dont l'originalité réside moins dans ses effets surnaturels - bien qu'une trouvaille visuelle est à saluer - que dans la profondeur de ses personnages et de leurs blessures unis dans le mensonge, l'hypocrisie et la culpabilité, à l'exception de notre duo féminin potentiellement rédempteur. 
 

P.S. : Je trouve un peu dommage que l'affiche française cède un peu au racolage, nous faisant croire à une banale série B sataniste dans la mouvance de La Malédiction. Un visuel clinquant assez trompeur, tant Dorothy se révèle plus subtil, plus humain et surtout psychologiquement plus riche que ne le suggère ce portrait patibulaire. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤