samedi 11 juillet 2026

Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček. 2026. 1h48. U.S.A.

                (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Dissection d'une famille dysfonctionnelle."

Ca y est, j'ai vu la bête en salles, j'ai pris mon ticket pour l'Enfer. 

Avis à chaud donc dès la sortie de la projo d'Evil Dead Burn.

Réalisé par le Français Sébastien Vaniček, révélé par l'excellent Vermines, ce nouvel opus de la mythique saga m'a littéralement laissé exsangue (il fallait voir nos tronches sonnées - mais galvanisées - sur le parking du Pathé Liévin). 
Car je peux vous dire qu'on ressort d'Evil Dead Burn éreinté, tant cette expérience de cinéma relève d'un véritable "marathon" (terme idoine emprunté à mon frère) de l'horreur.


À mes yeux, il s'agit probablement de l'épisode le plus fidèle au chef-d'œuvre réalisé par Sam Raimi en 1981. Sébastien Vaniček en retrouve l'essence, l'état d'esprit, le ton sardonique, cette méchanceté radicale (n'importe qui peut trépasser) et cette brutalité décomplexée qui ont fait la légende du premier film, tout en y insufflant un réalisme d'une acuité chirurgicale. Ici, chaque impact, chaque coup porté, chaque lame qui pénètre la chair semble posséder un poids physique à la fois quasi insoutenable et extrêmement spectaculaire. Une kermesse de l'horreur en somme. 

Mais le véritable exploit de ce nouvel Evil Dead réside ailleurs. À partir d'un schéma narratif pourtant archi-connu - une poignée de survivants retranchés dans une demeure isolée face à des entités démoniaques - Vaniček parvient à réinventer la saga grâce à sa mise en scène d'une inventivité permanente (plan séquence compris à donner le tournis). Sa caméra, d'une mobilité impressionnante et d'une vélocité remarquable, nous entraîne dans une descente aux enfers ininterrompue durant près d'une heure quarante-cinq. Efficacité optimale j'vous dit. 


À l'image des personnages qui en prennent plein la gueule et leurs membres (j'vous préviens, euphémisme), on finit nous aussi à bout de souffle, rivés à l'écran, les yeux écarquillés, les genoux sur le plancher, assistant, impuissants à un règlement de comptes démoniaque d'une violence éprouvante, désespérée, pour ne pas dire inarrêtable. Cette version française constitue une magnifique déclaration d'amour à toute la saga, mais plus encore au film fondateur de Sam Raimi. Ca coule de source, sachant que Vanicek a bénéficié de la plus grande liberté artistique de la part de son ainé également producteur. 

On retrouve d'ailleurs chez lui cette même fougue, ce même plaisir sadique qui animait Raimi à seulement vingt et un ans : cette envie irrépressible d'en foutre plein la vue sans complexe, cette générosité débordante et cette sensation grisante de monter à bord de montagnes russes lancées à pleine vitesse, comme s'il n'y avait plus ni conducteur ni maître à bord, mais seulement un train fou s'enfonçant toujours plus profondément dans un enfer digne de Dante (qui se concrétise à terme !).


Cette sensation d'ivresse jouissive se prolonge jusque dans le parcours de son héroïne, Alice, brillamment interprétée par Souheila Yacoub. Son personnage, profondément meurtri, conjugue avec une rare justesse résignation, fragilité, détermination et courage de dernier ressort. À l'image d'Ash autrefois, elle lutte jusqu'à l'épuisement contre des forces qui semblent la condamner d'avance. Et nous avec, tant ces morceaux de bravoure finissent par nous laisser les larmes aux yeux... Comme le souligne cet agenouillement libérateur aussi bouleversant que cruellement amer. 

Car sous son déluge de gore et de possessions démoniaques profondément malsains, Evil Dead Burn dissimule également un drame psychologique d'une réelle intensité. En filigrane, le film développe une métaphore particulièrement forte autour des violences conjugales, faisant de cette invasion démoniaque le prolongement symbolique des traumatismes qu'Alice tente de surmonter. Cette lecture apporte une profondeur inattendue à un spectacle malade ultra épique sous l'impulsion d'une photo désaturée et cadavérique. De manière à mieux faire perdre nos repères et nous confiner dans l'appréhension la plus insécure. 


D'ailleurs, sachez qu'à partir de la seconde grande attaque dans l'habitacle d'un véhicule, le film relâche plus jamais la pression. Les assauts démoniaques furibards se succèdent avec une précision métronomique, transformant progressivement le récit en une sorte  d'apocalypse opératique (score emphatique qui va avec) où les carnages, d'un réalisme viscéral saisissant, s'enchaînent sans restriction aucune. 

L'autre immense réussite de Sébastien Vaniček consiste précisément à ne jamais se contenter de rendre hommage à Sam Raimi. Comme les meilleurs épisodes de la saga Alien, chaque réalisateur s'approprie ici un univers commun pour lui insuffler sa propre personnalité. Evil Dead Burn respecte alors profondément son héritage tout en affirmant une identité singulière, portée notamment par plusieurs chansons françaises issues de notre patrimoine musical, utilisées avec une intelligence remarquable pour accentuer la dimension dramatique de cette satire d'une rare virulence contre les violences conjugales. .


Cette héroïne, confrontée à ses propres blessures autant qu'aux démons qui l'assaillent, finit par devenir une véritable combattante d'un cauchemar sans fin, puisant dans ses dernières forces pour préserver sa dignité et arracher sa survie au cœur d'une véritable hallucination collective (tant pour les personnages que nous mêmes) d'une brutalité sensorielle.

Ainsi donc, Evil Dead Burn constitue évidemment une nouvelle claque. Une immense pochette-surprise à la fois sale, puante et putride, d'une efficacité maximale, qui prouve qu'il est encore possible de réinventer une franchise aussi mythique sans jamais trahir son ADN. Les admirateurs du premier Evil Dead auraient tort de passer à côté tant cette expérience irrationnelle avec le diable, viscérale, éprouvante et profondément immersive, mérite d'être vécue sur grand écran. Malgré ses nombreux clins d'œil au chef-d'œuvre de Sam Raimi, Sébastien Vaniček signe ici un film qui possède pleinement sa propre voix. Et c'est probablement là sa plus grande réussite tout en déclarant un amour immodéré à l'univers créé par Sam Raimi. Quasiment chaque séquence en témoigne, tant le cinéaste semble animé par un irrépressible désir de se surpasser.


Et on en sort autant lessivé que rasséréné 🙂

— Celui du cœur noir des images 🖤

Ci-joint la critique Jean-François Dupuis:

Evil Dead Burn, 2026, Sébastien Vaniček.
 Alice, une française expatriée par amour aux États-Unis, retrouve sa belle-famille pour les obsèques de son mari, mort dans ce qui semble être un accident de voiture. Alors que tous se réunissent dans la vieille maison familiale, une force surnaturelle, responsable de la mort  du mari et qui a un compte à régler avec cette famille, s'en prend à chacun de ses membres, qu'elle change en creatures démoniaque. Alice va avoir fort à faire pour survivre à ce week-end funèbre. 
  Il est amusant de voir que plus de 40 ans après la présentation du premier Evil Dead au Festival de Paris du Film Fantastique, par son réalisateur, Sam Raimi, celui-ci ait décidé de confier ce nouvel opus de la saga, à un jeune réalisateur français, Sébastien Vaniček, descendant direct du public du Rex qui avait fait un triomphe à l'œuvre du alors jeune Raimi. 
  Vaniček, auteur de Vermines, film qui a impressionné Raimi et l'a convaincu de l'engager, s'est emparé du projet et, avec son co-scenariste habituel, Florent Bernard, en a écrit le sujet. Et il s'en sort haut la main. Son film est non seulement un brillant hommage à la franchise, mais aussi à tout le cinéma fantastique et d'épouvante des années 80, de Lucio Fulci à John Carpenter, en passa par Stuart Gordon. Et ce, tout en gardant son ton propre, sans faire du film un défilé de références et de clins d'œil "à la manière de".
 Dès le prologue, on est pris dans l'histoire et Vaniček ne nous lâchera plus. D'ailleurs, un conseil: ne quittez pas la salle quand les lumières se rallument au générique, et restez bien jusqu'à la toute fin, au risque de rater 2 séquences surprises. 
  Dans sa note d'intention, le réalisateur déclare avoir voulu « ...créer une expérience viscérale et sensorielle qui prenne le spectateur aux tripes. Je veux que les gens se sentent physiquement épuisés en sortant de la salle, comme s'ils avaient vécu un voyage émotionnel intense... ». Objectif réussi. On souffre avec les protagonistes, on ressent presque les douleurs physiques qu'ils éprouvent, lors de leurs luttes contre les creatures possédées. Le mal sorti du Necromonicon, cher à Raimi et Lovecraft, suinte dans l'image et se transmet ici par le contact, le sang et la salive entre les personnages.
 Souheila Yacoub, repérée dans Dune 2,  Les Femmes Au Balcon et The Carpenter's Son (où elle etait Lilith, une possédée du Demon) est excellente en femme victime d'un époux violent, au cœur d'une relation amoureuse toxique, qui va devoir affronter bien pire que les humiliations et les violences domestiques qui étaient son lot quotidien, et devenir un équivalent féminin de Ash, le héros de la saga originelle, la maladresse en moins. (En même temps, un mari qui choisit pour thème musical du mariage, La Chanson Des Vieux Amants, de Brel, ça aurait du lui mettre la puce à l'oreille...)
  Il y'a d'ailleurs 2 clins d'œil à Bruce Campbell, l'interprete indissociable des Evil Dead, clins d œil similaires à ceux que lui fait Sam Raimi dans Send Help. Il y'a aussi un autre clin d'œil à un fan français pur et dur de la première heure, d'Evil Dead et Sam Raimi, Alain Chabat qui fait un cameo vocal. 
 Evil Dead Burn est une vraie réussite, qui donne envie de voir les autres opus récents de la saga, si ce n'est pas déjà fait, et de suivre la carrière à venir de Sébastien Vaniček.

Le Réveil de la Momie / The Mummy de Lee Cronin. 2026. U.S.A. 2h13.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Redécouverte hier soir, quelques mois après un premier visionnage, du Réveil de la momie. Et je ne peux que présenter une forme de mea culpa. Je l'ai en effet beaucoup mieux apprécié, avec davantage d'attention et d'intérêt, notamment grâce à l'efficacité de son rythme que j'ai reproché la 1ère fois. Contrairement à mon premier ressenti donc, je ne me suis pas ennuyé un instant durant ses deux heures, alors que je lui reprochais justement une durée excessive (que certaines critiques presse ont notamment relevé).

Sous ce nouveau regard, j'ai découvert un métrage bien plus efficace que dans mon souvenir, porté par un casting convaincant, qu'il s'agisse des parents (alors que j'avais eu un vrai problème d'identification pour le personnage du père endossé par Jack Reynor) ou de la jeune fille possédée par cette entité ancestrale.
 

Mais surtout, à mon sens, ce qui rend Le Réveil de la momie aussi distrayant qu'intéressant réside dans son audace à injecter des scènes de violence gore à la fois sales et cruelles. D'autant plus que, par moments, le film n'hésite pas à prendre des enfants pour cibles. Et là, c'est plutôt couillu, voire presque déviant tant certaines séquences surprennent par leur cruauté graphique (notamment cette liturgie sectaire tournée en camescope lors du transfert de Katie).

Après nous avoir déjà bien amusés avec Evil Dead Rise, Lee Cronin signe une nouvelle série B dénuée de prétention, mais tout aussi divertissante et malsaine dans son attrait pour un gore particulièrement insalubre, pour le plus grand bonheur des amateurs d'hémoglobine qui tâche et laissent des traces sur leur tee-shirt. Son aspect visuel s'avère en outre relativement soigné, jouant sur des teintes claires, jaune orangé et solaires qui confèrent un bel exotisme aux paysages désertiques égyptiens comme aux rues du Caire.
 

Mais ce qui renforce encore le capital sympathie du film émane du charisme patibulaire de la momie, ici incarnée par une adolescente. Un choix audacieux, original et surprenant, d'autant que Nathalie Grace se montre tout à fait convaincante, impressionnante et parfois même terrifiante. Sa rapacité, sa cruauté et son sadisme, avec lesquels elle propage la mort autour d'elle, témoignent d'un véritable art de la perversité sournoise.

Ainsi, Le Réveil de la momie s'impose comme un bon divertissement horrifique, relativement soigné et bien interprété. L'intensité dramatique est d'ailleurs parfois mise en valeur par le désarroi de parents totalement impuissants face à la dégénérescence morale de leur enfant, toujours plus diabolique.
 

Mais on retiendra surtout, à travers cette production Blumhouse, des effets gores d'une redoutable méchanceté ainsi que le charisme à la fois hostile et troublant de la momie incarnée par Nathalie Grace, étonnamment crédible en créature démoniaque. Lee Cronin parvient en effet à conjuguer avec une certaine originalité le thème de la possession démoniaque à celui de la momie, sans jamais déséquilibrer son récit. Cet équilibre renforce les qualités de ce sympathique métrage, solidement mené sur le plan narratif. Et même si l'ensemble peut parfois sembler réchauffé pour ceux et celles connaissant par coeur le schéma narratif du mythe de la momie, on adhère volontiers à cette histoire de malédiction ancestrale que des parents tentent de déjouer par amour pour leur fille. D'autant plus que l'humour sardonique est omniprésent durant tout le stratagème criminel de leur rejeton. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

vendredi 10 juillet 2026

La Petite maison dans la Prairie / Little House on the Prairie créé par Rebecca Sonnenshine. 2026. U.S.A. Saison 1 / 8 épisodes.

                                                  
                         (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
                                                Un western contemplatif pas comme les autres. 
 
Rappel des faits afin de comprendre comment tout a débuté:
Pendant toute mon adolescence, je me suis bêtement moqué de La Petite Maison dans la prairie... sans en avoir vu le moindre épisode, et aussi pour faire comme les copains persiffleurs. Comme beaucoup, je la réduisais à une série vieillotte, naïve et dégoulinante de bons sentiments.
 
Puis, il y a cinq ou six ans, par simple curiosité et avec l'envie d'oser découvrir un univers qui, de prime abord, ne me parlait pas vraiment, je me suis enfin décidé à découvrir son épisode pilote. Et là ce fut une révélation. Dès le départ il s'est passé quelque chose d'intime, de mystique entre moi et la série. Quelque chose qui me parle au plus profond de mon coeur, notamment au niveau de mon ouverture d'esprit catholique. Je suis immédiatement tombé sous le charme de la quotidienneté rustique de la famille Ingalls, de son humanité, de sa tendresse, de leur profonde candeur et de cette simplicité majeure qui faisait toute sa force. 
 

À tel point que j'ai dégusté avec parcimonie les sept premières saisons avec un plaisir toujours aussi égal, même si j'avoue avoir trouvé les 3 dernières saisons moins passionnantes lorsque Laura devient adulte et se marie pour fonder une famille. Aujourd'hui, je voue une profonde affection à la série de Michael Landon (et à lui même, il est le coeur qui bat de la série) au point de la revoir fréquemment car je me sens bien avec elle, au cœur d'une époque révolue que je ne connaîtrai jamais. Une série culte transgénérationnelle, intelligente et didactique (socialement parlant), bien moins sirupeuse que sa réputation ne le laisse croire, en dépit de cette déferlante populaire qui ne s'est jamais éteinte (TF1, M6, 6ter et Téva en sont les preuves médiatiques). 
 
 
Autant dire que j'abordais ce reboot de 2026 avec autant de curiosité que d'impatience mais aussi et surtout un espoir optimiste. C'est mon intuition qui dit ça... 
 
Or, après huit épisodes, le constat est sans appel : c'est un véritable coup de cœur.
 
Dès le premier épisode, on est déjà surpris puisque la série impose une identité visuelle étonnamment ambitieuse. La présentation des personnages prend son temps, mais chaque plan semble respirer l'amour du détail expressif, la volonté de nous transporter dans leur monde par la main. Il s'en dégage un naturalisme quasi contemplatif qui m'a parfois évoqué le cinéma de Terrence Malick, à travers ses visages apaisés, ses instants suspendus, ses silences rassurants et sa manière de laisser la nature dialoguer avec les personnages et leurs émotions. La mise en scène possède une véritable ampleur cinématographique que la série originelle, malgré toutes ses qualités, ne recherchait pas forcément dans son format 4/3. Ici, on baigne dans une Amérique rurale plus tangible.  
 
 
Mais c'est véritablement le deuxième épisode qui ouvre le cœur de la série.
 
Sans jamais forcer l'émotion, il développe avec beaucoup de pudeur la psychologie de ses personnages. On retrouve heureusement ce qui faisait le sel de la série. Les valeurs familiales, la solidarité, le goût de l'effort, la tendresse de la fratrie, le partage, le civisme, le savoir-vivre, la tolérance, la compassion et cette innocence naturelle qui faisaient déjà le charme de la série initiale, tout en leur insufflant une profondeur nouvelle. C'est bien là la grande surprise de cette nouvelle série que de la rajeunir avec une attention psychologique parfois même complexe et inattendue. 
 
Laura, comme autrefois, s'impose peu à peu comme le personnage le plus attachant, tandis qu'une légère rivalité avec Marie (plus en retrait comme dans la série modèle) se dessine au fil des épisodes avec un naturel qui ne déborde jamais. 
 
 
La série ose - comme dans la série initiale - également aborder des sujets plus douloureux, comme le racisme ou encore le thème de l'alcoolisme, abordé notamment dans les épisodes 2 et 5 à travers le personnage d'Edward, avec une délicatesse et une justesse étonnamment franches. Même le passé de Caroline Ingalls, marqué par un traumatisme familial, enrichit subtilement les résonances émotionnelles du récit dans une ambivalence douloureuse (son choix indécis de rester dans cette nouvelle région clairsemée ou de retourner chez sa soeur). On peut en dire de même pour Charles Ingalls et son passé torturé avec son frère qui nous apprend au fil de ses échanges avec son épouse pourquoi il a fini par accepter de travailler avec un alcoolique sur la corde raide. À cela s'ajoute une évocation des tensions entre les pionniers et les peuples autochtones sur des terres spoliées par les colons blancs, qui présage une volonté de replacer cette histoire dans un contexte historique plus nuancé.
 
Mais ce qui me séduit avant tout, c'est cette capacité à émouvoir à coeur ouvert sans sombrer dans le pathos. Les personnages sont plutôt flegmatiques, mais leurs regards ouverts, leurs silences et leurs gestes expriment souvent davantage que de longs discours. Tout est empreint d'une douceur mélancolique et de bien être existentiel en dépit de la dureté de leur confort matériel, d'une pudeur et d'une sincérité qui rendent chaque émotion à fleur de peau sous une impulsion musicale aussi chétive que lyrique. 
 

Magnifique entrée en matière que cette saison 1 - que beaucoup enterraient avant même de lui laisser sa chance - La Petite maison dans la prairie pourrait bien devenir l'une des plus belles surprises sérielles de l'année. En seulement huit épisodes, elle est déjà parvenue à retrouver l'ADN de l'œuvre originale - encore plus fidèle encore au roman d'origine écrit par Laura Ingalls Wilder - tout en lui insufflant une modernité, une ambition visuelle, une personnalité propre et surtout une profondeur psychologique qui me donnent une seule envie : retrouver au plus vite la famille Ingalls. 
 
Et puisque chacun de ses huit épisodes défile à la vitesse de l'éclair, cette nouvelle Petite Maison dans la prairie continue de nous transmettre, avec une sensibilité plus épurée et plus réaliste encore, une magnifique leçon de vie, de tolérance et d'amour envers les siens (à l'instar du magnifique épisode 6 uniquement centré sur la fête de Noel).
 

Enfin, pour conclure, je pense que vous l'aurez compris : cette nouvelle adaptation, si noble et ambitieuse, ne cherche jamais à remplacer la série de Michael Landon. Elle marche fidèlement à ses côtés, avec un profond respect, tout en trouvant sa propre voix, son identité, empreinte de sensibilité, de modernité et d'une véritable plénitude humaine.
 
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Scary Stories / Scary Stories to Tell in the Dark de André Ovredal. 2019. U.S.A. 1h48.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Mine de rien, André Øvredal est en train de se tailler une vraie carrure dans la cour des nobles artisans du cinéma fantastique tant chacun de ses nouveaux projets transpire la sincérité, l'envie de bien faire, l'amour du genre et, surtout, la surprise de se confronter, au final, à un aimable divertissement – parfois inégal – ou à un formidable spectacle aussi inspiré que détonnant (Troll Hunter, The Autopsy of Jane Doe).

Scary Stories ne déroge pas à la règle de la modeste réussite dans sa tentative de nous proposer un teen movie horrifique, inspiré de la série de livres d'Alvin Schwartz. D'abord conçu pour séduire les adolescents, le film n'oublie heureusement (et à ma surprise !) jamais les adultes grâce à un premier quart d'heure volontairement classique (la visite d'une demeure hantée), nécessaire à la mise en place des personnages et de leur environnement, avant d'opérer une rupture de ton aussi dramatique qu'horrifique où le réalisme de plusieurs séquences choc finit par nous surprendre durablement.
 

L'une des plus grandes réussites du film réside dans l'originalité et le design de ses créatures fantastiques, à la fois inquiétantes, fascinantes et terrifiantes, tant elles semblent relever de l'inédit. La patte de Guillermo del Toro, coproducteur et coscénariste, n'est d'ailleurs probablement pas étrangère à cette recherche esthétique d'un onirisme macabre dont chaque apparition laisse une empreinte durable.

Et c'est bien là la grande force de cet aimable divertissement, toujours plus attachant et efficace au fil de son évolution narrative. Une sorte de Stranger Things plus posé, moins tape-à-l'œil et moins stéréotypé, qui privilégie une progression dramatique alerte, palpitante et psychologique à travers le parcours poignant de la jeune Stella, bien décidée à rétablir la vérité autour de Sarah Bellows, victime des mensonges et de la cruauté de sa propre famille. Une cruelle tragédie d'hantise maudite qui gagne en force lors de ce final à la fois poétique et émouvant sans céder aux bons sentiments lacrymaux. 
 

L'idée de ce livre qui écrit sur papier en direct pour retranscrire les pires angoisses de nos jeunes héros avant de les matérialiser dans leur quotidien est aussi judicieuse que fascinante lorsque leurs démons les plus intimes viennent les tourmenter au gré de séquences percutantes, magnifiquement mises en scène dans le seul désir de nous faire croire à l'improbable.

Baignant dans une superbe photo Scope aux teintes automnales, au cœur d'une bourgade ricaine de la fin des années 60 digne de l'univers de Stephen King, Scary Stories convainc sans peine que des héros en culotte courte puissent investiguer et s'opposer à un Mal insidieux sans jamais sombrer dans le zèle ou les effets de manche. Toujours plus captivant au gré de confrontations sporadiques où chaque apparition fantastique fait l'effet d'un électrochoc horrifique - l'épouvantail, les araignées, le zombie démembré ou encore l'inoubliable Femme Pâle dans les couloirs de l'hôpital -, le film parvient à réconcilier les spectateurs adolescents comme les adultes grâce à son amour indéfectible du genre, qu'André Øvredal imprime à chacun de ses projets avec autant de savoir-faire que d'attachante maladresse lorsque l'ambition dépasse parfois les résultats.
 

Derrière sa métaphore de la peur, du mensonge et des traumatismes engendrés par la guerre du Vietnam, Scary Stories s'impose donc comme l'une des plus belles réussites d'André Øvredal, aux côtés de Troll Hunter, du sous-estimé Le Dernier Voyage du Demeter, et de l'excellent The Autopsy of Jane Doe.
 
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jeudi 9 juillet 2026

Passenger de André Øvredal. 2026. U.S.A. 1h37.

 (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Après avoir signé les formidables The Troll Hunter, The Autopsy of Jane Doe, Scary Stories et le mal aimé Le Dernier Voyage du Demeter, le cinéaste norvégien André Øvredal nous revient avec Passenger, une modeste série B d'épouvante qui, malgré un scénario assez conventionnel et un cheminement narratif dénué de véritables surprises, mérite largement le détour.

Car si Passenger souffre de plusieurs maladresses, d'un jeu d'acteurs (davantage) perfectible et d'une dernière demi-heure qui laisse une petite impression d'inachevé, il possède une qualité essentielle : il fait peur. Et aujourd'hui, c'est loin d'être si fréquent.
 

A plusieurs reprises, le film est autant parvenu à me faire sursauter, que franchement terrifier, grâce à une tension tangible quasi permanente, savamment entretenue par un mixage sonore d'une remarquable précision (n'hésitez surtout pas à augmenter le son de votre Home cinema). C'est incontestablement la grande réussite de cette production modeste : André Øvredal exploite le son tel un alchimiste infaillible, transformant chaque silence, chaque vibration et chaque bruit suspect en source d'angoisse quasi intolérable.

Visuellement, Passenger est également beau, épuré. Sa photographie saturée, son format Cinémascope et le soin apporté à la mise en scène confèrent à l'ensemble une identité visuelle particulièrement immersive, une ambiance horrifique cocoonée en quelque sorte, à l'instar d'un Stephen King. Quant à la créature revancharde qui hante les routes ténébreuses par plaisir sadique, elle évoque un bogeyman malaisant, dont les apparitions surnaturelles, les estocades implacables, suscitent une terreur pure. 
 

Mais là où le film peine davantage à convaincre, c'est dans l'écriture du couple principal. Pourchassés par cette entité manipulant leurs perceptions à travers d'inquiétantes hallucinations et des indices saillants, les deux protagonistes manquent malheureusement de relief, de force expressive, de profondeur psychologique. Leur interprétation ne traduit pas toujours avec suffisamment de fermeté la peur, le désarroi ou l'instinct de survie que génèrent certaines situations, ce qui nuit donc parfois à la crédibilité de ce que l'on voit. C'est d'autant plus regrettable qu'avec des personnages plus incarnés et un scénario plus inventif et audacieux, Passenger aurait sans doute pu prétendre au nouveau classique du genre.

Il n'empêche que, hormis ces réserves, Passenger demeure un divertissement horrifique facilement attachant. Son prologue littéralement percutant est d'une redoutable efficacité, la séquence du parking est remarquable dans la suggestion du hors-champ, tant visuel que sonore, tandis que celle du cinéma en plein air figure parmi les meilleurs moments du film. Rien que pour ces scènes magnifiquement gérées, l'expérience émotionnelle mérite d'être vécue.
 

Passenger est donc le genre de p'tit film maudit, passé inaperçu. Une série B certes mineure il est vrai, imparfaite et inégale, mais portée par une mise en scène soignée, un amour du genre, et, surtout, par une capacité tellement rare au cinéma : celle de provoquer une peur réelle. Et pour un film d'horreur au charme d'autant plus probant, c'est une qualité essentielle que je défendrai fidèlement.
 
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samedi 4 juillet 2026

Shutter Island de Martin Scorsese. 2010. U.S.A. 2h19.

                          (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"La folie est parfois le dernier refuge d'une âme qui refuse de mourir sous le poids de la vérité."

En adaptant le roman de Dennis Lehane, Martin Scorsese signe beaucoup plus qu'un thriller psychologique standard. Il façonne une tragédie vertigineuse où la quête de vérité se transforme peu à peu en descente dans les abysses d'une conscience meurtrie. Derrière ses accents hitchcockiens et son esthétique somptueuse, Shutter Island est avant tout une bouleversante réflexion sur le traumatisme, le deuil, la culpabilité et les mécanismes de défense (innée) qu'un esprit peut ériger pour survivre à l'insupportable.

Tout commence au début des années 1950. Les marshals Teddy Daniels et Chuck Aule sont dépêchés sur Shutter Island afin d'enquêter sur la mystérieuse disparition d'une patiente internée dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité. Battue par les vents et isolée du monde, l'île semble rapidement dissimuler bien plus que ses imposants murs de pierre. À mesure que l'enquête progresse, chaque certitude vacille, chaque regard devient suspect et chaque révélation semble ouvrir la voie vers un nouveau mensonge.


Scorsese orchestre ce labyrinthe mental avec une maîtrise impressionnante. L'atmosphère, constamment oppressante, se nourrit d'une photographie aux teintes froides et picturales, où les falaises abruptes, les couloirs interminables et les orages incessants deviennent le reflet d'un esprit prisonnier de ses propres blessures. Rien ne paraît totalement réel, mais rien ne semble totalement illusoire non plus. Le spectateur avance alors à tâtons, partagé entre réalité, hallucination et manipulation.

Le passé de Teddy Daniels irrigue chaque plan. Ancien combattant profondément marqué par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, hanté par la disparition tragique de son épouse, il porte en lui des blessures que le temps ne peut apaiser. Ses visions récurrentes, ses souvenirs fragmentés et son obsession de découvrir la vérité composent progressivement le portrait d'un homme au bord de l'effondrement. Plus qu'une enquête policière, Shutter Island devient ainsi l'exploration intime d'une âme incapable de faire la paix avec son propre passé.

L'interprétation magistrale de Leonardo DiCaprio porte admirablement cette descente aux enfers à bout de bras. Tour à tour déterminé, fébrile, vulnérable puis totalement démuni, il donne une profondeur bouleversante à un personnage qui ne cesse de lutter contre des fantômes bien plus redoutables que ceux qu'il croit poursuivre. Face à lui, les excellents Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max von Sydow et Michelle Williams participent pleinement à cette inquiétante impression d'ambiguïté permanente.

La partition musicale, tour à tour lancinante, stridente et funèbre, accompagne cette lente dérive psychologique avec une puissance houleuse. Chaque silence, chaque souffle du vent, chaque note semble participer à cette sensation d'étouffement qui ne cesse de gagner le récit jusqu'à un dénouement d'une intensité émotionnelle dévastatrice.


Mais la véritable force de Shutter Island réside sans doute dans ce qu'il raconte de la condition humaine. Scorsese ne filme pas simplement la folie : il interroge notre capacité à survivre à certaines vérités. Jusqu'où un être humain est-il prêt à recomposer la réalité pour continuer à vivre ? À partir de quel moment le mensonge devient-il plus supportable que la lucidité ? Sous les apparences d'un thriller à énigmes, le cinéaste signe donc une œuvre profondément mélancolique sur le déni, la mémoire et l'impossibilité, parfois, de se pardonner.

Remarquablement mis en scène, porté par une interprétation au diapason de Leonardo DiCaprio et habité d'une atmosphère d'une rare puissance, Shutter Island demeure l'un des grands sommets de la filmographie de Martin Scorsese. Un film fascinant, aussi vertigineux qu'émouvant, dont le dernier regard continue longtemps de hanter notre mémoire, comme une écorchure que le temps refuse de refermer.

— Celui du cœur noir des images 🖤

04.07.26
15.03.11

mercredi 1 juillet 2026

Obsession de Curry Barker. 2025/26. U.S.A. 1h49.

                              (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"L'amour ouf : chronique d'un amour devenu prison."

Découverte du phénomène horrifique de 2026, Obsession, second long de Curry Barker. Véritable raz-de-marée au box-office mondial, le film, produit pour un budget dérisoire d'environ 750 000 dollars, a déjà engrangé plus de 375 millions de dollars de recettes et franchi le million d'entrées en France. Un succès qui, à mes yeux, n'a absolument rien d'usurpé. Bien au contraire, lorsqu'on sait que Curry Barker officiait encore récemment comme simple YouTubeur.

Dès les premières minutes, Obsession m'a procuré un sentiment aussi déroutant que fascinant, mêlant inquiétude diffuse et curiosité quant à la direction, sinueuse et imprévisible, qu'allait emprunter le récit. Une sensation de malaise presque éthérée qui, peu à peu, s'insinue dans chaque scène jusqu'à devenir profondément oppressante. Un ressenti qui m'a instinctivement rappelé L'Exorciste de William Friedkin - d'autant qu'une séquence de la première partie semble lui faire discrètement écho. Non pas parce que les deux œuvres racontent la même histoire, même si toutes deux gravitent autour d'une forme de possession (ici amoureuse), mais parce qu'elles partagent cette capacité rare à installer une angoisse sournoise et une terreur psychologique qui ne cessent de croître jusqu'à devenir quasi irrespirables.
 

Sous les apparences d'un thriller horrifique flirtant avec le fantastique, Curry Barker orchestre une véritable descente aux enfers domestique. Tout commence par un jeune homme fragile, introverti, incapable d'avouer ses sentiments à celle qu'il aime. Par faiblesse autant que par désespoir, il formule un vœu après avoir acheté un étrange talisman, le "One Wish Willow", espérant obtenir l'amour éternel de Nikki. C'est précisément ce geste, motivé par un désir profondément humain d'être aimé, qui précipite sa propre tragédie.

Car Obsession dépasse largement le simple cadre du film d'épouvante à frissons. Il s'impose comme une véritable fable macabre sur les ravages de l'amour possessif. À vouloir être aimé coûte que coûte, le héros transforme progressivement le plus noble des sentiments en une emprise maladive où jalousie, dépendance affective, et volonté de possession finissent par détruire toute liberté. Barker ne condamne jamais l'amour lui-même ; il interroge au contraire ce qu'il devient lorsque disparaît l'élément qui lui est essentiel : le libre arbitre de l'être aimé. Le surnaturel, subtilement distillé et constamment déstabilisant, n'est finalement qu'un révélateur des failles humaines les plus profondes.
 

La grande force du film réside également dans une mise en scène étonnamment mature. Curry Barker fait preuve d'une remarquable maîtrise du cadre - notamment à travers de subtils zooms anxiogènes - en privilégiant une montée progressive du malaise plutôt qu'une succession d'effets faciles. La musique, discrète mais omniprésente, diffuse une angoisse sourde qui accompagne chaque scène avec une belle efficacité. Les espaces confinés, la pénombre omniprésente et la photographie aux accents volontairement vintage renforcent cette sensation constante d'étouffement face à une présence dont la simple apparition suffit à faire vaciller toute sérénité. Nous sommes ici devant un authentique film d'ambiance, où chaque silence devient une menace. Et c'est jouissif au possible autant que rebutant !

Mais la véritable révélation demeure Inde Navarrette. Impossible de ne pas saluer l'extraordinaire performance de cette jeune actrice brune, dont le regard semble osciller en permanence entre une douceur quasi innocente et une inquiétante étrangeté. Sans jamais sombrer dans le grand-guignol, elle instaure un climat de peur permanent, chaque apparition imprévisible laissant planer l'incertitude sur ses intentions. C'est précisément cette retenue glaçante, plus encore que les éclats de violence qui jalonnent le récit, qui rend son personnage aussi profondément dérangeant et effrayant. Une composition d'une intensité remarquable qui évoque, par sa puissance émotionnelle, certaines des plus grandes figures féminines de l'histoire du cinéma d'horreur, parmi lesquelles Linda Blair (bah tiens, encore un écho à l'Exorciste).
 

En dépit de quelques pointes d'humour noir savamment distillées, Obsession demeure une œuvre d'une noirceur sardonique implacable, refusant toute facilité comme toute concession. Son horreur profondément adulte ne repose jamais sur une accumulation de jump scares - même si l'un d'eux m'a littéralement fait bondir de mon siège - mais sur une tension psychologique qui ne cesse de s'intensifier jusqu'à un dénouement d'une cruauté saisissante.

Authentique choc cinématographique au pouvoir fascinatoire aussi attirant que répulsif, Obsession s'impose d'ores et déjà comme l'une des grandes révélations du cinéma d'horreur contemporain. Rares sont les films indépendants qui parviennent à susciter un tel malaise tout en développant avec autant d'intelligence une réflexion sur l'amour, la solitude, la peur de s'affirmer et les dérives de la possession. Curry Barker réinvente ici les codes de la romance psychotique sous une fascinante enveloppe ésotérique. Une expérience éprouvante, profondément dérangeante, mais infiniment hypnotique dans sa manière de faire naître une terreur d'abord diffuse, puis littéralement dévastatrice.
 

Et s'il ne fallait retenir qu'un seul nom de cette expérience traumatique, ce serait de toute évidence celui d'Inde Navarrette, couronnée "meilleure actrice" aux Astra Midseason Movie Awards 2026.
 
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lundi 29 juin 2026

Mum and Dad de Steven Sheil. 2008. Angleterre. 1h25.

                            (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Révision de Mum and Dad de Steven Sheil réalisé en 2008, (alors que si j'avais su, j'aurai dû le revoir bien plus tôt).

Resté inédit dans les salles françaises, hormis une projection à L'Étrange Festival un an après sa sortie, Mum and Dad a heureusement bénéficié d'une édition DVD chez notre revue fétiche Mad Movies. À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de constater que nous avons affaire à un véritable petit électrochoc. Avec son budget d'à peine 100 000 livres et un tournage bouclé en seulement dix-sept jours, Steven Sheil joue admirablement la carte du huis clos intimiste à travers le portrait d'une famille de psychopathes dont la fille adoptive kidnappe une immigrée polonaise travaillant comme femme de ménage à l'aéroport de Londres.


Le réalisateur nous entraîne alors dans une authentique descente aux enfers domestique, traitée avec un souci du réalisme quasi documentaire. L'atmosphère est d'une noirceur suffocante, profondément malsaine, dérangeante et poisseuse. Les décors insalubres, imprégnés de crasse et de décrépitude, rappellent l'univers étouffant de La Colline a des yeux, La Dernière Maison sur la gauche ou encore Massacre à la tronçonneuse, toutes proportions gardées. Quelques séquences de torture, particulièrement éprouvantes sur l'insistance de détails, ne nous sont d'ailleurs pas épargnées et contribuent à installer un malaise constant. Bref, on n'est pas là pour plaisanter et encore moins se distraire dans notre zone de confort.

Car la véritable force de Mum and Dad réside avant tout dans le portrait hyperréaliste de cette famille britannique complètement dégénérée dans la décadence. Les acteurs, tous quasiment inconnus, apportent une crédibilité saisissante à leurs personnages, tandis que Steven Sheil n'hésite jamais à recourir à des détails scabreux, parfois franchement vomitifs (notamment au niveau d'une masturbation sexuelle), pour accentuer l'impression de véracité.


Le film ne cherche jamais à rassurer le spectateur. Il veut le choquer, le déranger et le maintenir dans un inconfort permanent. Nous suivons ainsi le calvaire quotidien de Lena, devenue le souffre-douleur de cette famille barbare, avec une fascination morbide tant la mise en scène se montre habile pour nous immerger dans cet univers misérable, suintant l'urine, le sang, la sueur et toutes les odeurs de la déchéance humaine la plus crasse.

Mum and Dad est donc à mille lieues de la série B horrifique du samedi soir destinée à divertir. Il se rapproche davantage d'un Massacre à la tronçonneuse version low cost que d'un banal survival où le spectateur demeure tranquillement rassuré. Ici, c'est tout l'inverse. Steven Sheil nous plonge dans une expérience intime profondément dérangeante, notamment lorsqu'il met en parallèle deux mises à mort situées en des lieux différents afin de prolonger un malaise viscéral, presque insoutenable.


Évidemment, Mum and Dad n'est pas un film à mettre entre toutes les mains. Il s'adresse avant tout à un public averti, mais mérite largement le détour par son audace, sa sincérité et sa capacité à élever le cinéma horrifique au-delà du simple choc visuel. À travers son dénouement particulièrement glaçant, Steven Sheil semble suggérer que, confronté aux circonstances les plus extrêmes (et comme avec La Colline a des Yeux, la Dernière maison sur la Gauche, et bien d'autres encore), l'être humain peut laisser ressurgir une part primitive et bestiale de lui-même. Une conclusion effroyable - d'une violence hors-champ pourtant insupportable - qui continue de hanter bien après le générique de fin.

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samedi 27 juin 2026

The Yards de James Gray. 2000. U.S.A. 1h53.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de The Yards de James Gray, réalisé en 2000.

On peut d'ailleurs rappeler, dès le départ, que le film s'inspire d'un scandale de corruption ayant éclaboussé le métro de New York, dans lequel fut impliqué le propre père de James Gray. Son titre, The Yards, fait directement référence aux voies de garage du métro new-yorkais.

Sous les atours d'un polar mafieux magnifiquement photographié dans de somptueuses teintes sépia et obscures, se déploie un bouleversant drame familial, porté par l'interprétation tout en sobriété de Mark Wahlberg, remarquable dans le rôle de Leo Handler, un jeune ancien détenu qui tente désespérément de prouver son innocence après avoir été mêlé à un meurtre lors d'une expédition nocturne de sabotage ayant tragiquement mal tourné près d'une voie de métro.


Le récit reptilien, particulièrement tendu, douloureux et profondément mélancolique, suit la lente descente aux enfers de Leo, trahi par les siens, et plus particulièrement par son cousin Willy, incarné avec une intensité (toujours aussi) fascinante par Joaquin Phoenix. Personnage vénal et rongé par sa propre lâcheté, Willy n'hésite pas à sacrifier son propre sang pour tenter d'échapper à la prison.

Ce qui passionne tout au long de ce drame familial, c'est l'évolution morale de Leo. Malgré la peur, il choisit d'affronter la vérité, quitte à mettre sa propre vie en danger face aux membres de sa famille désormais lancés à ses trousses pour le faire disparaître.

  
En contrepoint, il se rapproche d'Erica, la compagne de Willy, interprétée par la radieuse Charlize Theron. Derrière son regard sombre quasi vénéneux se révèle une femme d'une infinie douceur, qui remet progressivement en question l'homme qu'elle aime. Son rêve de mariage se délite au fil des révélations, faisant d'elle l'un des personnages les plus émouvants du récit. À travers ce duo improvisé, The Yards dégage une puissance émotionnelle constante, où chaque regard, chaque silence et chaque geste semblent porter le poids du destin par leur gravité expressive.

D'une intensité dramatique métronomique dans l'évolution de ses personnages en perdition, le film captive également par son ambiance terriblement intense, crépusculaire et envoûtante. James Gray s'empare des codes du polar mafieux pour mieux les transcender, car privilégiant avant tout la dimension humaine, délétère et désespérée de personnages rongés par la corruption et les compromissions. Jusque dans la hiérarchie policière et judiciaire que le film dénonce dans la collusion. 

Le film est autant une réflexion sur l'emprise du mal, à travers Leo, qui cède à la facilité dans l'espoir de gagner rapidement de l'argent, notamment pour venir en aide à sa mère malade (Ellen Burstyn bouleversante d'amertume désabusée), qu'un récit sur le dépassement moral et la difficile reconquête de son intégrité. Cette quête de rédemption prend corps dans une mise en scène somptueuse, aux allures d'opéra tragique, que James Gray sublime avec un brio qu'il me semble difficile de critiquer. On sent à chaque plan combien il aime filmer ses personnages, raconter leur histoire et diriger ses acteurs avec une poignante sincérité.

Cette distribution éblouissante trouve notamment l'un de ses plus grands atouts en la présence de James Caan, impressionnant en patriarche mafieux dont l'hypocrisie et l'ambivalence ne cessent de se dévoiler. Derrière son autorité et son apparente loyauté familiale se cache un homme prêt à sacrifier Leo et à ordonner son exécution pour protéger son propre empire, alors même que celui-ci est innocent du meurtre dont on l'accuse.

Pour conclure, The Yards est un drame familial lancinant, profond et douloureux qui nous saisit par la maîtrise avec laquelle il orchestre des émotions empreintes de désarroi et de désespoir face aux conséquences tragiques que cette famille finit par subir. En embrassant la corruption, la cupidité et la soif de pouvoir, chacun se dirige à sa propre perte. James Gray dépeint cette inexorable chute avec un romantisme mélancolique littéralement bouleversant, comme en témoigne son final déchirant.

J'avoue d'ailleurs avoir une légère préférence pour la version Director's Cut, dont l'épilogue, plus elliptique et moins démonstratif que celui de la version cinéma, laisse davantage parler le silence et les regards en berne, renforçant encore la puissance émotionnelle du dénouement inconsolable.

— Celui du cœur noir des images 🖤 

Budget: 20 millions de dollars.