(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Hier soir, superbe dĂ©couverte de The Neon People, le nouveau documentaire de Jean-Baptiste Thoret, qui s’aventure dans les sous-sols de Las Vegas pour y filmer une rĂ©alitĂ© souterraine, littĂ©ralement enfouie sous le clinquant des casinos : celle de près de 2000 marginaux vivant dans un rĂ©seau de tunnels long de plus de 800 kilomètres, comme nous l’apprend le panneau liminaire du gĂ©nĂ©rique.
Thoret y capte le quotidien d’une poignĂ©e d’hommes et de femmes - deux couples, quelques solitaires - confinĂ©s dans cette obscuritĂ© permanente, Ă©clairĂ©e seulement par quelques nĂ©ons qui percent Ă peine la pĂ©nombre. Un autre monde si privĂ© de lumière qu’ils en viennent Ă perdre la notion mĂŞme du temps, contraints de consulter leur montre pour savoir s’il fait jour ou nuit Ă l'extĂ©rieur.
Thoret y capte le quotidien d’une poignĂ©e d’hommes et de femmes - deux couples, quelques solitaires - confinĂ©s dans cette obscuritĂ© permanente, Ă©clairĂ©e seulement par quelques nĂ©ons qui percent Ă peine la pĂ©nombre. Un autre monde si privĂ© de lumière qu’ils en viennent Ă perdre la notion mĂŞme du temps, contraints de consulter leur montre pour savoir s’il fait jour ou nuit Ă l'extĂ©rieur.
Ce qui frappe immĂ©diatement dans ce documentaire consciencieux, impeccablement cadrĂ© et construit, c’est la pudeur du regard. Jamais Jean-Baptiste Thoret ne transforme ces existences en spectacle de misère. Il filme l’insalubre sans voyeurisme, l’abandon sans humiliation. Et dans ces cocons prĂ©caires, nettoyĂ©s avec soin par eux mĂŞmes malgrĂ© la dĂ©crĂ©pitude, surgit quelque chose de profondĂ©ment bouleversant : une dignitĂ©.
Ce qui Ă©meut surtout, c’est l’humanitĂ© sans fard qui se dĂ©gage de ces visages filmĂ©s face camĂ©ra, avec une authenticitĂ© forçant le respect. Une humanitĂ© cabossĂ©e, misĂ©reuse, dĂ©sespĂ©rĂ©e parfois, mais jamais totalement privĂ©e d’espoir. Ils racontent leur adaptation Ă cette vie souterraine, leur familiaritĂ© avec cet enfer domestiquĂ©, cette Ă©trange normalitĂ© qu’ils ont fini par accepter, apprivoiser. Ils disent s’y sentir presque bien, tout en rĂŞvant encore d’un ailleurs plus doux, plus propre, plus habitable.
Et derrière ces existences suspendues, il y a l’ombre immense de l’addiction - notamment l’hĂ©roĂŻne - comme un frein qui ralentit toute possibilitĂ© de rĂ©insertion, qui grignote le courage autant que l’Ă©lan.
L’Ă©motion, dans le film, arrive sans prĂ©venir. Elle s’infiltre Ă bas bruit, jusqu’Ă nous submerger dans ses derniers instants, notamment Ă travers le portrait dĂ©chirant d’une femme de cinquante ans et le constat douloureux d’une maternitĂ© fracassĂ©e. Et lĂ je n'ai pas pu me retenir...
Le documentaire dĂ©gage par moments une atmosphère presque onirique, renforcĂ©e par un score Ă©lectro mĂ©lancolique qui irrigue certaines sĂ©quences d’une tristesse sourde, comme un battement artificiel dans ce ventre de bĂ©ton cabossĂ© - et parfois aussi humectĂ© (inondations).
The Neon People est un documentaire fort, une plongĂ©e dans les laissĂ©s-pour-compte de l’AmĂ©rique qu'on prĂ©fère taire et cacher. Une rĂ©alitĂ© misĂ©reuse, dĂ©rangeante, qui peut mĂŞme parfois Ă©voquer l’imaginaire horrifique de C.H.U.D. de Douglas Cheek - sauf qu’ici, il n’y a pas de fiction. Seulement le rĂ©el. Et ce rĂ©el, dans toute sa rudesse, bouleverse, aux larmes.
On en ressort amer, troublĂ©, le regard chargĂ© d’une tristesse tenace face Ă ces ĂŞtres brisĂ©s, mais encore debout, sans savoir ce qu’il adviendra de leur avenir. Et c’est peut-ĂŞtre lĂ que le film frappe le plus fort : dans ce sentiment de nonchalance, d’impuissance et d’interrogation qui persiste, difficile Ă accepter.
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤




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