mardi 16 juin 2026

Les Nerfs Ă  vif / Cape Fear de Martin Scorsese. 1991. U.S.A. 2h07.

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, troisième visionnage du fameux remake de Martin Scorsese, Les Nerfs à vif (1991), et force est de constater qu'à la revoyure, je ne peux m'empêcher de le cacheter "chef-d'œuvre". Car, à mes yeux, Martin Scorsese transcende le classique de J. Lee Thompson grâce à un art consommé de la mise en scène, à une direction d'acteurs au cordeau et à l'incroyable partition de Bernard Herrmann, brillamment réorchestrée par Elmer Bernstein, qui irrigue tout le récit.

Ce qui frappe immédiatement à la revoyure des Nerfs à vif, c'est le soin apporté à cette réalisation d'une précision redoutable, notamment à travers des mouvements de caméra d'une fluidité et d'une vélocité tranchées qui accentuent constamment la tension émanant des personnages. Robert De Niro, Nick Nolte, Jessica Lange et Juliette Lewis composent un quatuor d'acteurs exceptionnel - euphémisme - au cœur d'une véritable descente aux enfers morale qui s'étire durant près d'une heure trente de métrage.
 

La tension ne cesse alors de monter en puissance au fil d'une violence sournoise toujours plus délétère. Ce récit reptilien met en scène la vengeance de Max Cady, ancien détenu fraîchement libéré après quatorze années de prison, bien décidé à faire payer à son ancien avocat, Sam Bowden, la trahison dont il estime avoir été victime. En dissimulant certaines informations susceptibles d'alléger sa peine, Bowden a contribué à sa condamnation et devient ainsi la cible d'une vengeance méthodique et implacable.

C'est d'ailleurs ce qui rend le film si passionnant : Sam Bowden est loin d'être un héros irréprochable. Corruptible et moralement ambigu, il ira jusqu'à engager un détective privé afin d'organiser le passage à tabac de Cady dans l'espoir de l'intimider et de protéger sa famille.
 

Parmi les nombreuses scènes marquantes du film figure celle, absolument sidérante - infaisable aujourd'hui - qui réunit Max Cady et Danielle Bowden dans l'auditorium du lycée. Ce rendez-vous scolaire tournant au jeu de séduction, d'une audace folle, dégage un parfum de soufre particulièrement malsain et dérangeant. Derrière son sourire charmeur et son apparente douceur, Cady révèle progressivement sa nature de prédateur paraphile, capable de manipuler psychologiquement une adolescente avec une habileté terrifiante.

À mon sens, il s'agit de la séquence la plus intolérablement réussie du métrage tant elle met mal à l'aise avec intelligence et subtilité, imposant finalement deux attouchements sexuels que Scorsese ose filmer dans une pudeur troublante.
 
 

Martin Scorsese aborde donc cette étreinte scabreuse avec une subtilité remarquable - oui, j'insiste - sans jamais céder à la facilité ni à la complaisance. Grâce à la justesse du jeu des acteurs et surtout à la présence délicieusement troublante de Juliette Lewis, alors à l'orée de sa carrière, cette confrontation demeure le moment méphitique le plus inconfortable et fascinant du métrage. À mes yeux, il s'agit même du rôle le plus authentique de toute sa filmographie. D'autant plus difficile et délicat que Scorsese ose mettre en scène deux contacts charnels particulièrement dérangeants entre Cady et Danielle. Une audace folle qui n'aurait sans doute jamais été envisageable si Juliette Lewis avait réellement eu l'âge de son personnage mineur au moment du tournage (elle était en faite âgée de 18 ans).

Ainsi, Les Nerfs à vif demeure un thriller horrifique d'une redoutable efficacité. On peut d'ailleurs parler de modèle de mise en scène et d'efficacité tant le spectateur reste rivé à son siège avec une attention quasi cérébrale. Le réalisme insolent des situations, le brio technique de la réalisation - à donner le vertige par moments - et l'interprétation étourdissante des acteurs contribuent à créer un climat de tension quasiment ininterrompu, proche de la perfection.
 

Le tout est sublimé par cette partition de Bernard Herrmann / Bernstein, dont les accents profondément hitchcockiens renforcent encore le caractère oppressant du récit. Une musique vrombissante qui accompagne cette lente montée vers la folie et la violence jusqu'à un final explosif et mémorable.

Pour revenir aux personnages qui composent cette famille dysfonctionnelle, Sam Bowden est donc loin d'être irréprochable. L'homme a failli à son devoir d'avocat par félonie, et sa vie familiale apparaît elle aussi profondément fragilisée. Sa fille Danielle semble psychologiquement perturbée, tandis que lui-même se révèle incapable de préserver l'équilibre de son foyer. Ses infidélités passées nourrissent les éclats de colère et les rancœurs de son épouse, interprétée par une rayonnante Jessica Lange, qui lui reproche une nouvelle fois ses écarts lorsque sa collègue Lori Davis est sauvagement agressée par Cady, dans une séquence horrifique d'une violence quasi insoutenable.
 

Ce qui surprend d'autant plus dans Les Nerfs à vif, c'est la manière dont Martin Scorsese joue durant près d'une heure trente la carte d'une confrontation psychologique remarquablement subtile et oppressante. Puis, dans son dernier acte, le film bifurque vers quelque chose de beaucoup plus démonstratif, voire outrancier. Pourtant, là où beaucoup auraient sombré dans le ridicule ou le grand-guignolesque, Scorsese parvient à transcender ces excès.

Cette réussite tient avant tout au tact de sa réalisation, à la sobriété du jeu des acteurs et au réalisme émotionnel des situations. Grâce à cela, nous acceptons ces affrontements physiques de plus en plus extrêmes, baignés dans un climat quasi démoniaque, aussi troublant que dérangeant. Peu à peu, Max Cady cesse d'être un simple homme pour devenir l'incarnation même du Mal.
 

On peut également voir dans cette confrontation une puissante métaphore intérieure. À travers Cady, Sam Bowden semble combattre ses propres démons, sa culpabilité et ses fautes passées. Il cherche à s'en débarrasser coûte que coûte, jusqu'à tenter de le tuer lors d'un affrontement final d'une tension presque insoutenable.

Même dans ses ultimes instants, le film continue de manipuler nos nerfs. Alors que tout semble terminé, nous restons persuadés que Cady va encore surgir pour s'en prendre à ses proies. Cette menace persistante, cette angoisse qui survit au personnage lui-même, témoigne une fois de plus de tout le talent de Martin Scorsese.
 

Au final, Les Nerfs à vif est, à mes yeux, un chef-d'œuvre à part entière du thriller, flirtant même par moments avec le cinéma d'horreur. Porté par cette mise en scène ultra inspirée, des acteurs habités et une tension de tous les instants, il demeure l'un des plus grands thrillers américains des années 1990. Malencontreusement quelque peu oublié aujourd'hui, il mériterait pourtant d'être réhabilité à sa juste valeur.
 
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lundi 15 juin 2026

Dead Snow 2 de Tommy Wirkola. 2014. Suède/Norvège. 1h40.

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Une fois n’est pas coutume, rares sont les suites qui parviennent Ă  transcender leur modèle. Et c’est pourtant bien le cas avec Dead Snow 2, que je dĂ©couvre pour la toute première fois, alors que j’ai dĂ©jĂ  vu deux fois le premier opus.

Ainsi donc, si l’on peut parfaitement avoir une prĂ©fĂ©rence pour le premier pour son effet de surprise et le charme qu’il dĂ©gage dans son cĂ´tĂ© bricolĂ©, soigneusement fignolĂ©, cette suite demeure pourtant beaucoup plus inventive, beaucoup plus vigoureuse, beaucoup plus gore et surtout beaucoup plus drĂ´le que son aĂ®nĂ©e. Tant et si bien que Tommy Wirkola redouble de pĂŞche, de dĂ©rision, d’insolence et de mĂ©chancetĂ© Ă  travers cet opus 2, encore plus dĂ©calĂ©, complètement dĂ©jantĂ© - pour ne pas dire totalement dĂ©chaĂ®nĂ© -, Ă  travers un rĂ©cit qui ne cesse de relancer l’action grâce Ă  des idĂ©es retorses tout Ă  fait convaincantes.


Notamment autour du hĂ©ros Martin, seul rescapĂ© du premier opus, qui avait perdu un bras en se le tronçonnant. Ici, il le rĂ©cupère grâce Ă  des mĂ©decins, mais le problème, c’est que ce bras appartenait au leader des zombies nazis, ce qui lui confère des pouvoirs surnaturels. On pense alors Ă  Ash dans la saga Evil Dead, puisque grâce Ă  ce bras surpuissant, Martin va pouvoir rĂ©animer des morts “gentils”, entre guillemets, pour mieux combattre la horde de zombies nazis dĂ©terminĂ©e Ă  massacrer 800 habitants du village - massacre initialement ordonnĂ© par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale, mais jamais achevĂ© puisque le navire de ses sbires fut coulĂ© par les Anglais.

Mais pour Ă©picer encore l’intrigue et renforcer le cĂ´tĂ© hĂ©roĂŻque et beaucoup plus film de guerre de ce second opus survitaminĂ©, Martin va Ă©galement se rallier Ă  un trio de geeks amĂ©ricains se prĂ©tendant chasseurs de zombies, avec un look très cinĂ©phile - dont l’une est notamment fan de Star Wars.


Ainsi donc, Dead Snow 2 est un formidable divertissement horrifique, beaucoup plus Ă©nergique et rythmĂ©, portĂ© par un enchaĂ®nement quasi ininterrompu de sĂ©quences d’action et de guerre oĂą les gerbes de sang Ă©claboussent l’Ă©cran toutes les deux Ă  cinq minutes. C’est un jubilatoire jeu de massacre qui se dĂ©chaine ici Ă  bras ouvert, tournĂ© cette fois en format scope, ce qui rend l’aventure encore plus cinĂ©matographique.

Et cela fonctionne Ă  plein rĂ©gime, sous l’impulsion d’une poignĂ©e de protagonistes parfaitement incarnĂ©s par des comĂ©diens norvĂ©giens et islandais - le film Ă©tant cette fois-ci une coproduction entre la Norvège et l'Islande -, toujours aussi investis et dĂ©terminĂ©s Ă  se prĂŞter au jeu de la dĂ©connade avec une foi inĂ©branlable.


Enfin, pour parachever, cerise sur le gâteau, comment passer outre cette conclusion Ă©lĂ©giaque totalement inattendue, d’un romantisme aussi culottĂ© que profondĂ©ment Ă©mouvant, portĂ©e par le magnifique tube de Bonnie Tyler (“Total Eclipse of the Heart”). Et je peux avouer sans rougir que c’est la toute première fois qu’un film d’horreur estampillĂ© “zombies” parvient Ă  me faire verser des larmes sans que je puisse les retenir. D’ailleurs, rien que pour cette sĂ©quence littĂ©ralement anthologique, fort d’une poĂ©sie morbide et incongrue, Dead Snow 2 est Ă  ne pas rater.

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dimanche 14 juin 2026

An american Crime de Tommy O'Haver. 2007. U.S.A. 1h34.

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"Quand l’instinct pervers dĂ©vore l’innocence sacrifiĂ©e."

DĂ©couverte hier soir du film An American Crime de Tommy O'Haver , inĂ©dit en salle puisqu’il est directement sorti en DVD chez nous le 1er juin 2011, alors qu’il date de 2007. Il faut prĂ©ciser que ce fait divers avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© traitĂ© auparavant la mĂŞme annĂ©e avec The Girl Next Door, rĂ©alisĂ© par Gregory M. Wilson.

Ici, on a une version plus suggĂ©rĂ©e de ce fait divers sordide. Ă€ savoir que durant l’Ă©tĂ© 1965, un couple confie leurs filles, Sylvia et sa petite sĹ“ur Jenny, Ă  une femme au foyer, Gertrude Baniszewski. Ce qui devait ĂŞtre une simple hospitalitĂ© va devenir un vĂ©ritable cauchemar pour l’une des deux sĹ“urs, puisque pendant plusieurs mois, Sylvia sera sĂ©questrĂ©e et torturĂ©e, non seulement par la femme qui garde les enfants, mais aussi par les propres enfants de cette femme, dans la cave de leur maison en Indiana.


Si An American Crime ne possède pas une violence aussi explicite que The Girl Next Door, il n’en demeure pas moins absolument Ă©prouvant - je pèse mes mots - dans sa capacitĂ© Ă  nous terrifier et nous Ă©cĹ“urer lorsqu’une femme d’apparence aimable s’adonne au sadisme et Ă  la perversitĂ© pour des motifs qui nous Ă©chappent, mĂŞme si elle souffre de dĂ©pression et suit un traitement mĂ©dicamenteux.

Mais le plus glaçant reste la manière dont le rĂ©alisateur montre comment ce sadisme peut contaminer toute une assemblĂ©e d’enfants, qui perdent progressivement leur innocence dans une spirale de cruautĂ© gratuite parfois insoutenable.


C’est donc peu dire que An American Crime est un film odieux, mais dans le sens noble du terme, puisqu’il ne se complaĂ®t jamais dans le voyeurisme ni dans la surenchère. Bien au contraire, il impose une distance qui rend le tout encore plus insoutenable. Grâce Ă  l’interprĂ©tation bouleversante d’Elliot Page, absolument dĂ©chirante d’impuissance et de fragilitĂ© candide, le film devient un vĂ©ritable requiem.

On peut Ă©galement souligner la performance de Catherine Keener, tĂ©tanisante de froideur dans le rĂ´le de Gertrude Baniszewski, figure maternelle Ă  la fois effacĂ©e, impassible et atone, dont l’ambiguĂŻtĂ© morale continue de hanter bien après la vision.


Le film intègre enfin une dimension judiciaire à travers des séquences de procès où sont exposés les jugements des différents accusés, renforçant encore la dimension clinique et implacable du récit.

An American Crime est ainsi un terrible fait divers mis en scène avec pudeur, dignitĂ© et prĂ©cision. On en ressort abasourdi, voire dĂ©truit, face Ă  une cruautĂ© morale et physique qui sature l’Ă©cran 1h30 durant.

Autant dire qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en sortir indemne.

A ne pas mettre devant tous les yeux.

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Dead Snow de Tommy Wirkola. 2009. Norvège. 1h30.

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Révision hier soir du petit film d'horreur norvégien Dead Snow, réalisé par Tommy Wirkola, qui réitérera d'ailleurs l'exploit avec une suite tournée cinq ans plus tard, Dead Snow 2: Red vs. Dead (on me chuchote à l'oreille qu'elle est encore plus réussie ! ?).

Or, le film qui nous intéresse ici est une formidable série B à l'ancienne, symptomatique d'un cinéma horrifique - pour rire - des années 80, si bien que les amateurs éclairés de films de zombies se réjouiront d'assister à un divertissement aussi fun que cartoonesque, dosant avec une habileté certaine humour et frissons.


Et c'est notamment ce qui fait la réussite de ce petit film d'horreur norvégien : prendre au sérieux et avec respect le genre horrifique, ou plus précisément le mythe du zombie, en abordant son sujet avec un réel investissement, même si le récit demeure aussi classique que simpliste.

Ce qui rend Dead Snow si attractif et jubilatoire, c'est avant tout sa capacité à divertir à travers une accumulation de séquences extrêmes, chocs et spectaculaires, portées par un art consommé du gore ultra-sanglant. D'autant plus que les effets spéciaux artisanaux sont formidablement réussis, permettant de savourer pleinement ces gerbes d'hémoglobine qui envahissent l'écran presque sans interruption durant la dernière heure du métrage. On pense d'ailleurs à nos classiques de notre adolescence parmi lesquels Evil-dead 1 et 2, Brain Dead ou encore Bad Taste auquel le réalisateur voue une véritable passion à peine dévoilée ici lors d'aimables clins d'oeil.


L'immersion fonctionne d'autant mieux que les zombies font preuve d'un véritable charisme patibulaire. On croit en eux, en leur capacité à terroriser leurs victimes comme à les dézinguer avec une férocité réjouissante. On pense même parfois au fabuleux Le Commando des morts-vivants, toute proportion gardée.

À la différence près qu'ici, la photographie est absolument splendide. Cette imagerie enneigée met superbement en valeur les magnifiques décors naturels, au point que l'on pourrait presque parler d'un second rôle tant le réalisateur les intègre à l'action et à l'identité même du film.


Quant aux comédiens norvégiens, tous quasiment inconnus sous nos latitudes, cela constitue paradoxalement une véritable plus-value. On se familiarise d'autant plus facilement avec eux et ils se prêtent à l'aventure avec une détermination sans faille.

À l'arrivée, Dead Snow constitue pour moi, à la faveur de cette révision, un véritable petit coup de cœur (que j'aurai mieux faire de revoir bien plus tôt). Un délire norvégien capable d'angoisser autant qu'il fait marrer, porté par une générosité, un sens du spectacle et un respect du genre qui évoquent, à leur manière, Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon ou encore Shaun of the Dead.

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vendredi 12 juin 2026

Splinter de Toby Wilkins. 2008. U.S.A. 1h22.

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Alors hier soir, révision du très sympa Splinter de Toby Wilkins, réalisé en 2008. Il s'agit de son premier long métrage et, pour un DTV, je me souviens qu'à l'époque il n'était pas passé inaperçu. À raison, puisque ce formidable petit film réalisé avec trois francs six sous ressemble à s'y méprendre à ces productions des années 80 qui pullulaient alors et que l'on aimait regarder prioritairement le samedi soir.

Nous sommes ici exactement dans le moule de ces divertissements modestes qui dégagent un charme et une sympathie indéfectibles. Grâce à un concept pourtant éculé, on pense inévitablement à The Thing, puisqu'une sorte de parasite venu d'on ne sait où s'accapare le corps de ses victimes et les fait muter en une créature protéiforme.
 

En tablant sur la fameuse situation du huis clos au sein d'une station-service où se retrouvent piégés un jeune couple, un preneur d'otages et son complice, Toby Wilkins joue la carte du survival avec une efficacité permanente. Si bien que durant 1h20 (durée idoine hélas révolue !), on demeure complètement impliqué dans l'action autant que dans un suspense particulièrement tendu, ponctué de quelques séquences-chocs que les amateurs ne manqueront pas d'applaudir.

Je pense notamment à une scène hallucinante qui, malgré son caractère totalement improbable, tire justement sa force de cette invraisemblance même. Celle-ci permet à Toby Wilkins de renforcer à la fois la tension et le dégoût suscités par une séquence aussi extrême que mémorable. Mais chut...
 

Plutôt bien réalisé, Splinter profite également d'effets spéciaux convaincants qui misent autant sur la suggestion que sur le minimalisme grâce à un montage volontairement épileptique. Certes, cela constitue parfois un défaut puisque l'on distingue mal la créature, mais le procédé fonctionne étonnamment bien. Cette silhouette insaisissable renforce même le mystère et la fascination qu'elle exerce. Une manière habile de pallier le manque de moyens tout en rendant la menace encore plus inquiétante.

À d'autres moments, les séquences-chocs impressionnent par leurs effets spéciaux artisanaux qui provoquent une véritable répulsion viscérale, notamment grâce à ce parasite injectant d'effroyables épines dans la chair de ses victimes afin de les contaminer.
 

Splinter est d'autant plus distrayant et intense qu'il est impeccablement interprété par des acteurs méconnus, à l'exception de Shea Whigham, affirmé dans le rôle du preneur d'otages avec une sobriété payante. Quant au jeune couple incarné par Paulo Costanzo et Jill Wagner, il s'en sort admirablement. Toby Wilkins a d'ailleurs l'intelligence de faire évoluer ses personnages de manière crédible, en leur accordant une véritable capacité de réflexion pour tenter de déjouer la menace qui cherche par tous les moyens à s'infiltrer dans la station-service.

Le réalisateur utilise ainsi d'excellentes idées narratives pour relancer constamment l'action et renforcer la crédibilité de ce contexte fantastique dont on ignore jusqu'à l'origine du parasite. Une part de mystère qui contribue grandement à l'efficacité de l'ensemble.
 

À l'arrivée, deux décennies plus tard, je me rends compte que Splinter demeure toujours aussi efficace, spectaculaire, impressionnant grâce à son suspense tendu savamment dosé et à la conviction de ses comédiens, étonnamment impliqués qu'ils demeurent méconnus. Une vraie performance lorsque l'on sait que l'essentiel du film repose sur seulement quelques personnages enfermés dans un même lieu.

Splinter reste donc une réjouissante petite réussite, une série B horrifique aussi modeste qu'efficace que les amateurs éclairés feraient bien de réviser.

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mercredi 10 juin 2026

Batman v Superman de Zack Snyder. 2016. U.S.A. 3h02 version longue

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Hier soir, découverte pour la première fois de la version longue de Batman v Superman : L'Aube de la Justice de Zack Snyder. Une Ultimate Edition de 3h02, rien que ça.

Et comment rester indifférent face à un blockbuster d'une telle ampleur, d'une telle ambition ? D'emblée, il faut souligner que cette version longue clarifie considérablement un récit parfois jugé complexe, notamment à travers les enjeux politiques, les manipulations de Lex Luthor et la progression de l'enquête menée par Clark Kent.

Ce qui m'a frappé durant la totalité du métrage, c'est avant tout l'ambition de Zack Snyder d'assumer un premier degré total, notamment dans son rapport à la violence. J'ai d'ailleurs été étonné par certaines séquences particulièrement brutales, preuve que nous ne sommes pas face à un simple film de super-héros calibré pour les ados, en bonne et due forme.
 

Et surtout, Batman v Superman ne se résume pas à l'affrontement de deux icônes qui peut d'ailleurs quelque peu décevoir lors du fameux mano à mano. D'un point de vue personnel, j'y vois également - et surtout - une superbe déclaration d'amour maternel. Derrière le choc des titans se dessine une histoire de filiation et de préservation, dont l'enjeu ultime consiste à sauver Martha Kent. J'ai trouvé cette trajectoire émotionnelle particulièrement forte et touchante, tant elle révèle l'humanité de ces deux figures héroïques. Unir leurs forces pour des enjeux de rédemption, de paix avec son passé, d'héroïsme, d'amour et de pardon. Tout cela au prix d'un prénom commun. Celui d'une mère sur le point d'être à nouveau sacrifiée.

Pour autant, le film demeure un grand spectacle Ă©videmment, bien que pas si destroy que prĂ©vu. Contrairement Ă  ce que sa rĂ©putation pourrait laisser croire, Zack Snyder ne verse pas constamment dans la destruction massive. Il rĂ©serve l'essentiel de sa dĂ©mesure Ă  la dernière heure, et plus particulièrement Ă  une demi-heure finale absolument apocalyptique lors du combat contre Doomsday. L'ampleur de ces affrontements nocturnes relève quasiment de l'opĂ©ra visuel, tant la mise en scène semble repousser sans cesse les limites du spectaculaire. On en prend littĂ©ralement plein les mirettes au point de se pincer l'Ă©piderme. 
 

Mais au-delà de l'action intermittente, Batman v Superman séduit également par sa noirceur et son épaisseur psychologique. Batman apparaît comme un homme usé, consumé par la rage et le sentiment d'avoir perdu foi en l'humanité. À l'inverse, Superman devient ici une figure quasi mythologique, dont les pouvoirs suscitent autant l'admiration que la méfiance.

Le film développe d'ailleurs une réflexion passionnante sur le pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu'un individu possède une force quasi divine ? Peut-on être certain qu'elle ne se retournera jamais contre les hommes ? C'est précisément cette interrogation qui nourrit les craintes de la population comme celles de Batman lui-même.
 

Dans cette tourmente, Lois Lane occupe une place essentielle. Toujours incarnée avec beaucoup de justesse par Amy Adams, elle apporte à Superman une tendresse, une empathie et une humanité qui contrebalancent admirablement la dimension quasi divine du personnage, sans jamais en faire trop. J'ai même trouvé son rôle plus important car plus présente encore que dans Man of Steel.

La différence entre les deux films me paraît d'ailleurs flagrante. Si Man of Steel impressionnait déjà par son ambition et sa démesure en roue libre, Batman v Superman pousse encore plus loin la noirceur, la complexité et les thématiques abordées. Certains dialogues se révèlent parfois difficiles à suivre à mes yeux, mais cette richesse substantielle contribue aussi à faire du film une œuvre qui mérite d'être revue. Un seul visionnage ne me semble clairement pas suffisant.
 

Au fond, Batman v Superman apparaît comme un blockbuster atypique et presque baroque, mêlant thriller politique, réflexion sur le pouvoir, affrontement idéologique, drame psychologique et questionnement religieux autour de Superman, sans oublier les manipulations machiavéliques de Lex Luthor.

À ce titre, Jesse Eisenberg constitue pour moi une véritable surprise. Son Lex Luthor ne ressemble à aucun de ceux qui l'ont précédé. Alors qu'il pourrait parfois sombrer dans la caricature, l'acteur parvient constamment à maintenir un équilibre fascinant entre excentricité, intelligence et folie. Il compose un personnage lunaire, dérangé, imprévisible, dont la présence singulière ne cesse d'alimenter le malaise dans une subtile mesure. Probablement l'acteur le plus étonnant et imprévisible du casting.
 

Au final, Batman v Superman représente à mes yeux l'un des grands films de super-héros modernes. Un film ambitieux, imparfait sans doute (notamment pour son émotion un peu trop froide), mais profondément personnel, audacieux (sa conclusion inouïe dans sa dramaturgie imposée) et surtout intègre. Plus que jamais, Zack Snyder y poursuit sa volonté d'aborder le genre au premier degré afin de l'élever vers quelque chose de plus adulte, de plus tragique et de plus ample.

Et c'est à mon sens tout à fait réussi car cette expérience de cinéma "autre" laisse des traces plus profondes qu'il n'y parait.

Dédicace à Kevin Beluche
 
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lundi 8 juin 2026

Solomon Kane de MJ Bassett. 2009. France/Angleterre/République Tchèque. 1h44.

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Je n'avais pas revu Solomon Kane depuis sa sortie en 2009 et, à l'époque, j'avais été quelque peu déçu par le résultat. Or, à la revoyure, j'ai complètement changé d'avis puisqu'il s'agit d'un formidable film d'heroic fantasy, une aventure médiévale pleine de bruit et de fureur, moulée dans une série B débordante de charme et de sympathie.

Si l'on peut tiquer sur le classicisme de son schéma narratif, déjà exploité dans moult récits d'aventure, l'efficacité de ses scènes d'action, le caractère très attachant de son héros (endossé par le très impliqué James Purefoy) et de ses seconds rôles, la beauté visuelle particulièrement soignée de ses décors naturels et de ses effets numériques persuasifs, ainsi que l'émotion émanant de plusieurs séquences dramatiques emportent finalement l'adhésion. Au point de laisser en mémoire une série B à l'ancienne réalisée avec un soin manifeste et un véritable amour du genre.


Comme quoi, il est toujours possible de prendre un vrai plaisir devant une œuvre modeste mais si généreuse assumant pleinement sa simplicité narrative lorsque celle-ci est portée par une exécution aussi consciencieuse. De ce fait, Solomon Kane mérite aujourd'hui d'être revu, voire réhabilité, par tous les amateurs d'heroic fantasy.

D'autant qu'en s'inspirant d'un personnage créé par Robert E. Howard, le film développe une réflexion étonnamment pertinente sur la contamination du mal et la quête de rédemption. Maudit par son passé et confronté aux conséquences d'un pacte démoniaque, Solomon tente tout au long de son périple de sauver l'âme des autres autant que la sienne. Son combat pour secourir une jeune paysanne devient alors le symbole d'une réconciliation avec sa propre conscience.


Sous ses atours de divertissement fantastique romantique, peuplé de démons et sorcières; le film interroge finalement la possibilité du pardon, de la seconde chance en somme, et la capacité de chacun à se relever de ses fautes. Une thématique universelle qui confère à cette aventure assez violente une profondeur inattendue en filigrane.

Une belle redécouverte donc qui parvient à divertir sans ennui et à dépayser sous une facture formellement onirique.

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dimanche 7 juin 2026

Kong: skull island de Jordan Vogt-Roberts. 2017. 1h58. U.S.A/Canada

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Redécouverte de Kong: Skull Island, nouvelle relecture du mythe de King Kong après le chef-d'œuvre de Peter Jackson.

Si l'on est évidemment loin de rivaliser avec la splendide réussite de Jackson, Kong: Skull Island choisit une direction sensiblement différente en s'apparentant davantage à une vaste bande dessinée belliqueuse mêlant film de guerre, aventure, action et fantastique. Une orientation plutôt sympathique, à la modeste efficacité en raison d'un scénario assez ténu et d'un manque d'intensité lors de certaines confrontations entre les créatures et les humains.


Paradoxalement, les meilleurs moments du film sont concentrés dans son prologue et son splendide final. L'attaque des hélicoptères militaires par Kong demeure un morceau de bravoure spectaculaire, d'une puissance visuelle indéniable, tandis que l'affrontement final contre la créature dominante de l'île retrouve le souffle épique que l'on aurait aimé voir davantage exploité tout au long du récit.

On peut regretter la relative pauvreté de l'intrigue, ce qui s'avère d'autant plus frustrant que plusieurs personnages sont plutôt attachants. Quand bien même Samuel L. Jackson compose un excellent antagoniste à travers ce colonel résigné, consumé par son obsession de détruire Kong. Son désir de vengeance s'érige en affaire personnelle avec ironie, au mépris de ses propres hommes et de ceux qui comprennent progressivement que le véritable équilibre de l'île repose justement sur la présence du gigantesque gorille.


Cette opposition entre le militaire revanchard et Kong constitue d'ailleurs l'un des aspects les plus réussis du film, apportant une tension dramatique bienvenue à un récit parfois trop dispersé.

Au final, malgré ses défauts évidents, Kong: Skull Island demeure un divertissement recommandable auquel on ne s'ennuie jamais vraiment. Truffé de séquences d'action souvent impressionnantes et toujours spectaculaires, d'humour noir inattendu (n'importe qui peut trépasser à tous moments !), le film séduit surtout par son extraordinaire travail visuel. Entre une photo solaire rutilante, des décors exotiques magnifiés et des images parfois superbes, voire franchement oniriques, il parvient à instaurer une véritable sensation d'immersion.


C'est d'ailleurs là que réside sa plus grande réussite : dans sa capacité à nous transporter au cœur d'un univers hostile, mystérieux et fascinant, porté par cette imagerie ensorcelante dont on conserve en souvenir quelques fabuleux affrontements entre ses monstres au gigantisme improbable.

Un plaisir innocent tout bien considéré.

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samedi 6 juin 2026

Marsupilami de Philippe Lacheau. 2025. 1h38. France.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Découverte du nouveau film de Philippe Lacheau. Et que dis-je, découverte du nouvel événement, puisque chaque sortie de la bande à Fifi provoque invariablement le même phénomène : les spectateurs se ruent en masse dans les salles. Ainsi, Marsupilami ne déroge pas à la règle puisqu'il a attiré plus de six millions de spectateurs chez nous. Un succès amplement mérité tant cette comédie survoltée, inspirée de la célèbre bande dessinée franco-belge, dégage une énergie, une insolence et une folie pulsatiles.

Comme dans toutes les comédies de Mister Lacheau, on retrouve cette rythmique effrénée héritée des ZAZ, mais aussi des Charlots des années 70 et 80. À la différence près que Philippe Lacheau est, n'en déplaise à ses détracteurs, un authentique cinéaste. Un véritable passionné de cinéma, comme il le prouve une fois encore à travers sa réalisation particulièrement inspirée, portée par un sens du découpage et du montage qui force l'admiration. Les séquences d'action, d'un dynamisme impressionnant, sont orchestrées avec une précision qui me laisse pantois.
 

Et d'ailleurs, je me demande sincèrement où va-t-il chercher toutes ces idées plus improbables et saugrenues les unes que les autres. Marsupilami instaure en moyenne un gag toutes les dix secondes, qu'il soit visuel ou verbal, sans jamais donner l'impression de forcer son humour. C'est là la grande réussite de ses métrages que de tabler à chaque fois sur sa sincérité, son instinct inné à vouloir nous faire rire le plus naturellement. Tous les acteurs sont évidemment à la fête, totalement investis dans leurs compositions débridées (mention à Tarek Boudali, à mourir de rire en crooner raté, et à Julien Arruti en ignorant impayable), communiquant au spectateur une bonne humeur aussi expansive que contagieuse. Sans oublier, comme de coutume chez Lacheau et sa bande, quelques caméos absolument irrésistibles d'hilarité (Didier Bourdon en mafieux mexicain).

J'aimerais Ă©galement m'arrĂŞter sur le second rĂ´le de Jamel Debbouze. Si je suis habituellement loin d'ĂŞtre un admirateur de l'acteur, je l'ai trouvĂ© ici particulièrement convaincant, rĂ©ellement drĂ´le dans la peau de ce Mexicain empotĂ© confondu Ă  un migrant, dĂ©terminĂ© Ă  protĂ©ger le Marsupilami avec un art consommĂ© de la gaffe en rafale. 
 

Au passage, Philippe Lacheau affiche son attachement à la cause animale en glissant au cœur du récit un propos engagé pour la protection des espèces menacées, notamment à travers un court passage dénonçant les dérives de la vivisection. Une intention louable qui apporte un supplément d'âme à l'ensemble sans nullement alourdir le divertissement festif (photo solaire à l'appui).

Ainsi, Marsupilami cumule les idées folingues à un rythme infernal, au point qu'il devient littéralement impossible de s'ennuyer. Cette comédie familiale tropical pensée pour les spectateurs de 7 à 77 ans conjugue avec bonheur romance, tendresse, émotion et aventure. Entre des séquences d'action ébouriffantes, parfois même anthologiques, et un véritable sens du merveilleux, certaines scènes évoquent directement l'héritage de Spielberg et de Joe Dante, que Philippe Lacheau convoque avec une sincérité et un amour du spectacle profondément communicatifs.
 

C'est dire si ce nouveau cadeau constitue un bonheur de chaque instant, capable de séduire toutes les générations. Rarement la comédie populaire française aura affiché une telle générosité, une telle envie de divertir et de rassembler. Une qualité qu'il convient une nouvelle fois de souligner tant elle se fait précieuse dans le paysage actuel.

Merci donc à Philippe Lacheau et à toute sa bande de nous offrir une comédie aussi lumineuse, avec un coeur qui bat, appelée à rejoindre les plus belles réussites d'une filmographie dont la constance force le respect. Un feu d'artifice de bonne humeur, de fantaisie, de tendresse et de spectacle, porté par une sympathie inégalée chez eux et surtout un amour du cinéma d'évasion qui saute aux yeux à chaque instant.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

vendredi 5 juin 2026

L'incroyable destin de "Dog", le chien de Mad-Max 2.

                                            
 
Le chien de Max devait être euthanasié.
L'un des faits les plus touchants du tournage.
 
Le chien qui accompagne Max fut trouvé dans un refuge seulement un jour avant son euthanasie programmée. Un membre de l'équipe remarqua son caractère lorsqu'il joua spontanément avec une pierre. Il fut adopté pour le film puis recueilli par un technicien après le tournage. Les bruits des moteurs l'effrayaient tellement qu'on lui fabriqua des bouchons d'oreilles spéciaux.
 
Ce que j'aime dans ce genre d'anecdote, c'est qu'elle casse un peu la magie tout en la renforçant paradoxalement. Ă€ l'Ă©cran, ce chien paraĂ®t parfaitement intĂ©grĂ© Ă  l'univers de Mad Max 2. On pourrait croire qu'il est dressĂ© pour survivre dans le dĂ©sert post-apocalyptique depuis des annĂ©es. 
 
 
C'est aussi ce qui rend les films de George Miller si attachants. Derrière leur apparence de mythes modernes, on retrouve souvent quelque chose de très concret, presque artisanal. Mad Max 2 a été tourné avec une équipe relativement modeste, beaucoup d'ingéniosité et une bonne dose de débrouillardise. Les véhicules, les costumes, les cascades, les animaux : tout semble exister physiquement devant la caméra.
 
Et puis il faut reconnaître que ce chien possède un véritable charisme. Dans certains plans, il vole presque la vedette à Mel Gibson. Son regard constamment en alerte, sa façon de surveiller les alentours ou de récupérer des objets donnent l'impression qu'il a sa propre histoire dans ce monde en ruines.
 
Il y a quelque chose de presque symbolique dans cette histoire. Dans un univers où la civilisation s'est effondrée, où l'égoïsme et la violence semblent avoir remplacé toute forme de solidarité, la relation entre Max et son chien constitue l'un des rares liens sincères du film. Le chien ne trahit pas, ne manipule pas, ne convoite rien. Il accompagne simplement Max dans sa solitude.
 
 
Savoir qu'en dehors de la fiction, cet animal était lui-même condamné avant d'être sauvé par hasard ajoute une dimension supplémentaire à leur relation. C'est d'autant plus émouvant que George Miller ne cherche jamais à en faire un compagnon attendrissant au sens hollywoodien du terme. Le chien est débrouillard, indépendant, parfois presque aussi sauvage que son maître. Il appartient pleinement à cet univers.
 
D'ailleurs, lorsque le chien disparaît du récit, c'est souvent l'un des moments les plus douloureux pour les spectateurs. Beaucoup se souviennent davantage de son sort que de celui de certains personnages humains. Cela dit quelque chose de la tendresse discrète que Miller parvient à faire exister au milieu de toute cette brutalité.
 
Et puis il y a cette image magnifique : Max, devenu une légende errante, partageant son maigre repas avec un chien récupéré dans les ruines du monde. Sans grands discours, cela raconte déjà énormément sur le personnage.
 
 
Je me demande même si ce n'est pas le dernier véritable compagnon de Max avant que le mythe ne l'engloutisse complètement. Après Mad Max 2, il devient presque une silhouette, un fantôme traversant les déserts de l'histoire.
 
Une petite anecdote supplémentaire : le chien était si peu impressionné par les acteurs déguisés en pillards que l'équipe devait parfois attirer son attention avec de la nourriture ou des jouets hors champ pour qu'il regarde dans la bonne direction. Ce survivant des refuges ne semblait guère intimidé par les barbares de l'apocalypse !
 
Je suis persuadé que si George Miller avait tourné dix minutes supplémentaires centrées sur lui, les fans de Mad Max les regarderaient encore aujourd'hui avec le même enthousiasme que le reste du film.
D'ailleurs, parmi tous les compagnons animaux du cinéma post-apocalyptique, il reste pour beaucoup l'un des plus mémorables, précisément parce qu'il n'est jamais humanisé. Il demeure un chien, avec ses instincts, ses réflexes et son indépendance. Cela le rend paradoxalement plus réel et plus attachant.
 
 
Et entre nous, ĂŞtre sauvĂ© d'une euthanasie pour finir immortalisĂ© dans l'un des plus grands films d'action jamais rĂ©alisĂ©s, ce n'est pas un mauvais destin. 
 
- Celle du coeur noir des images.

mercredi 3 juin 2026

Hokum de Damian McCarthy. 2026. 1h47. U.S.A.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Découverte de Hokum, réalisé par Damian McCarthy, et quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver face à une œuvre modeste mais redoutablement efficace dans sa conception d'un suspense horrifique mené sans temps mort. Il s'agit toutefois d'un suspense larvé, car ici, ce ne sont pas les effets-chocs qui priment, mais la caractérisation psychologique d'un romancier américain réfugié dans un hôtel isolé afin d'achever la conclusion de sa trilogie consacrée à un conquistador.

Au fil du récit, nous apprenons que cet écrivain demeure profondément marqué par la disparition tragique de sa mère. Dès lors, son séjour dans l'établissement prend une tournure de plus en plus étrange lorsqu'il se lance sur les traces d'un personnage mystérieusement disparu, dont je tairai le nom afin de ne rien spoiler. Ce périple le confronte alors à une série de phénomènes surnaturels, notamment liés à la possible existence d'une sorcière dont l'ombre semble planer sur les sous-sols de l'hôtel.
 

Ce qui force le respect dans Hokum, c'est que Damian McCarthy ne prend jamais son spectateur pour un imbécile, encore moins pour un adolescent décérébré. Son récit, solidement structuré, repose autant sur l'exploration psychologique de son héros que sur un suspense horrifique savamment distillé. Jouant avec la suggestion, le silence, le hors-champ et quelques effets de surprise disséminés en arrière-plan, le réalisateur instaure une tension diffuse qui ne cesse de gagner en intensité. Et le résultat fonctionne admirablement puisque l'on est embarqué dans une enquête à la fois policière et surnaturelle sans pouvoir lâcher prise.

Ainsi, à travers les thématiques du deuil et de l'incapacité à l'accepter pleinement, de l'alcoolisme dont souffre le héros, de la culpabilité, de la rédemption et surtout de l'expiation, qui altèrent notre rapport à nous-mêmes et aux autres, Hokum impose un formidable suspense horrifique où des personnages volontairement ambigus nous interrogent constamment sur leurs véritables intentions. Interprétés avec une grande sobriété et sans la moindre outrance, ils participent à instaurer une atmosphère de méfiance permanente qui nourrit cette tension anxiogène, cette inquiétude permanente, cette angoisse parfois terrifiante.
 

En s'appuyant sur la figure mythologique de la sorcière, héritée des contes populaires et des grands classiques de l'épouvante que nous connaissons tous, Damian McCarthy construit un récit particulièrement habile qui entretient jusqu'au bout le doute quant à la véritable existence de cette présence maléfique. Le cinéaste joue ainsi avec les attentes du spectateur sans jamais lui offrir de réponses trop faciles.

Confiné dans les sous-sols de l'hôtel, l'écrivain O'Malley Bowman s'efforce non seulement d'élucider la mystérieuse disparition d'un pensionnaire, mais également d'affronter les blessures d'un passé marqué par la mort tragique de sa mère. C'est d'ailleurs ce qui permet à Hokum de ne jamais se limiter à un seul composant horrifique. Le film déploie une véritable dimension émotionnelle qui contribue à élever le genre vers une forme de maturité que les productions de cette catégorie ont tant besoin.
 

Tout en captivant son public, Damian McCarthy fait preuve d'ingéniosité dans l'exploitation de son micro-budget. Les recoins, corridors et sous-sols de l'hôtel deviennent les pièces maîtresses d'un véritable labyrinthe mental, sublimé par une photographie aux teintes sépia assez magnétiques pour nous séduire. Le réalisateur transforme ainsi chaque espace en source potentielle d'inquiétude et de danger, nous plongeant dans une expérience à la fois trouble, oppressante et fascinante.

Pour tous les amateurs d'horreur adulte, je vous recommande donc de dĂ©couvrir ce petit mĂ©trage truffĂ© d'astuces, d'intelligence et de qualitĂ©s chères au genre que nous chĂ©rissons tous. Car Damian McCarthy nous offre un excellent moment d'angoisse oĂą les genres nobles de l'horreur (ici, la plus souvent suggĂ©rĂ©e) et du drame psychologique se confondent Ă  l'unisson, au service d'un rĂ©cit aussi fort que finalement Ă©mouvant. A l'instar de cette ultime Ă©treinte, sans repère spatial, qui ne laissera personne indiffĂ©rent. 
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤