Car si Passenger souffre de plusieurs maladresses, d'un jeu d'acteurs (davantage) perfectible et d'une dernière demi-heure qui laisse une petite impression d'inachevé, il possède une qualité essentielle : il fait peur. Et aujourd'hui, c'est loin d'être si fréquent.
A plusieurs reprises, le film est autant parvenu à me faire sursauter, que franchement terrifier, grâce à une tension tangible quasi permanente, savamment entretenue par un mixage sonore d'une remarquable précision (n'hésitez surtout pas à augmenter le son de votre Home cinema). C'est incontestablement la grande réussite de cette production modeste : André Øvredal exploite le son tel un alchimiste infaillible, transformant chaque silence, chaque vibration et chaque bruit suspect en source d'angoisse quasi intolérable.
Visuellement, Passenger est également beau, épuré. Sa photographie saturée, son format Cinémascope et le soin apporté à la mise en scène confèrent à l'ensemble une identité visuelle particulièrement immersive, une ambiance horrifique cocoonée en quelque sorte, à l'instar d'un Stephen King. Quant à la créature revancharde qui hante les routes ténébreuses par plaisir sadique, elle évoque un bogeyman malaisant, dont les apparitions surnaturelles, les estocades implacables, suscitent une terreur pure.
Mais là où le film peine davantage à convaincre, c'est dans l'écriture du couple principal. Pourchassés par cette entité manipulant leurs perceptions à travers d'inquiétantes hallucinations et des indices saillants, les deux protagonistes manquent malheureusement de relief, de force expressive, de profondeur psychologique. Leur interprétation ne traduit pas toujours avec suffisamment de fermeté la peur, le désarroi ou l'instinct de survie que génèrent certaines situations, ce qui nuit donc parfois à la crédibilité de ce que l'on voit. C'est d'autant plus regrettable qu'avec des personnages plus incarnés et un scénario plus inventif et audacieux, Passenger aurait sans doute pu prétendre au nouveau classique du genre.
Il n'empêche que, hormis ces réserves, Passenger demeure un divertissement horrifique facilement attachant. Son prologue littéralement percutant est d'une redoutable efficacité, la séquence du parking est remarquable dans la suggestion du hors-champ, tant visuel que sonore, tandis que celle du cinéma en plein air figure parmi les meilleurs moments du film. Rien que pour ces scènes magnifiquement gérées, l'expérience émotionnelle mérite d'être vécue.
Passenger est donc le genre de p'tit film maudit, passé inaperçu. Une série B certes mineure il est vrai, imparfaite et inégale, mais portée par une mise en scène soignée, un amour du genre, et, surtout, par une capacité tellement rare au cinéma : celle de provoquer une peur réelle. Et pour un film d'horreur au charme d'autant plus probant, c'est une qualité essentielle que je défendrai fidèlement.






































