vendredi 26 juin 2026

Trauma de Dario Argento. 1993. U.S.A/Italie. 1h51. Uncut

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Lorsque tu changes ta façon de voir les choses, les choses que tu regardes changent".

Alors, hier soir, révision de Trauma... une cinquième fois.
Et pourquoi l'avoir à nouveau revu ? Parce que pour rappel, à l'époque, j'ai toujours eu un vrai problème avec ce giallo déjà mésestimé, tout du moins lors de sa sortie en 1993.
Lorsque je l'ai découvert à deux reprises en VHS, j'avais été profondément déçu par la proposition de Dario Argento. Ce n'est que depuis quelques années, à l'occasion d'un troisième visionnage en Dvd, que j'ai découvert un autre film plus ludique, comme me l'ont une nouvelle fois confirmé les 4è et 5è révisions avec plus de densité morale.
 

Je peux désormais affirmer que Trauma est une expérience assez singulière : plus je le revois, plus je l'apprécie. C'est un thriller horrifique très particulier, sans doute l'un des plus personnels de Dario Argento quand on se documente un peu sur sa vie privée. Car le thème central de l'anorexie trouve son origine dans une douleur bien réelle : Anna Ceroli, la demi-sœur d'Asia Argento, souffrait de cette maladie. Elle disparaîtra tragiquement dans un accident de scooter un an après le tournage. Dario Argento lui rend d'ailleurs un hommage bouleversant au générique de fin, où on la voit danser sur une musique reggae, avant qu'une chanson beaucoup plus mélancolique ne vienne envelopper ces dernières images d'une profonde émotion. Un générique déroutant d'une beauté candide aussi humble que profondément respectueux.

À travers cette thématique de l'anorexie, Trauma donne ainsi l'impression que Dario Argento transforme une blessure familiale en matière cinématographique. Sous les apparences d'un simple thriller à suspense se cache en réalité un film sur la culpabilité, la souffrance psychique, les liens familiaux et les traumatismes qui semblent se transmettre de génération en génération.
 

On peut également rappeler que Trauma est une coproduction entre les États-Unis et l'Italie. À l'origine, Dario Argento souhaitait retrouver ses fidèles Goblin à la composition musicale. Mais la production américaine imposa finalement Pino Donaggio. Ce choix confère au film une identité musicale très inhabituelle dans la filmo du maestro, avec une partition qui semble parfois en décalage avec le déroulement du récit. Pourtant, à force de revoir Trauma, ce décalage finit par s'apprivoiser (comme chez Ladyhawke, la femme de la nuit de Richard Donner pour son prologue musical tant décrié à l'époque). Mieux encore, il participe à renforcer le caractère profondément singulier du film.

Tourné en à peine deux mois (3 Août au 26 Septembre 1992), avec un budget d'environ 7 millions de dollars et photographié en Scope, Trauma permet à Dario Argento de soigner une subtile imagerie monochrome à la fois horrifique et sensuelle. Les meurtres étonnamment concis pour du Argento, parfaitement mis en scène, sont sophistiqués, chorégraphiés, sans jamais tomber dans une surenchère gore. Et ce n'est absolument pas un défaut.
 

Je trouve même que le film dégage un charme étrange permanent, déroutant et fascinant. Asia Argento y est habitée. Très investie dans son rôle, elle incarne avec beaucoup de justesse cette adolescente anorexique fragile, traumatisée par la mort de ses parents, qui tentera de démêler les fils d'une enquête macabre avec l'aide du journaliste David Parsons.

Ainsi donc, Trauma me semble être un thriller horrifique à la fois déroutant et surprenant, suffisamment captivant pour ne jamais perdre le fil de son intrigue à travers ses allées et venues touristiques et médicales. Et plus le récit progresse, plus une tension haletante commence à s'installer autour d'Aura et de son compagnon David, tous deux déterminés à découvrir l'identité de l'assassin. Cette montée en puissance débouche sur un ultime rebondissement aussi tragique que cruel, renforçant encore la dimension dramatique du récit, notamment parmi l'audace d'une innocence criminelle aux conséquences psychologiques irréversibles. 
 

Pour revenir à l'interprétation d'Asia Argento dans son 1er grand rôle, elle porte véritablement le film à bout de bras. Elle compose un personnage profondément humain, torturé, fragile, parfois presque désaxé, tout en insufflant une tendresse et une sensibilité qui rendent sa relation avec David plutôt touchante. Cette émotion se transmet au spectateur avec une sincérité romantique sciemment infantile.

Au final, Trauma demeure à mon sens un très bon thriller horrifique, singulier et profondément personnel. Dario Argento y met en scène son récit criminel avec une implication nouvelle, beaucoup d'audace et un goût pour l'expérimentation qui lui est chère. Les meurtres, d'une inventivité et d'un ton parfois même décalés, la partition musicale académique de Pino Donaggio et la galerie de personnages énigmatiques, équivoques et névrotiques participent à forger une atmosphère somme toute unique.
 

J'ai donc aujourd'hui le sentiment que Trauma gagne en force au fil des années et mérite d'être réévalué à sa juste valeur. Quant au générique de fin - j'insiste beaucoup - lorsqu'on connaît l'histoire d'Anna Ceroli, demi-sœur d'Asia Argento, et les blessures qui ont inspiré le film, il prend une dimension mélancolique d'une puissance émotionnelle bouleversante. Dario Argento y signe alors peut-être l'un de ses films les plus intimes, les plus douloureux et, paradoxalement, l'un des plus méconnus de toute sa carrière.

A Anna.
 
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mardi 23 juin 2026

Widow's Bay créé par Kathy Dippold. 2026. U.S.A. 10 Episodes.

                                                            
                                 (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
  
"Widows Bay : une île, des secrets, et une série impossible à lâcher"
 
Il y a des séries qui débarquent à l’improviste, sans prévenir, et qui s’imposent immédiatement à nous comme une friandise artisanale. Widows Bay appartient clairement à cette généreuse catégorie.

Série américaine en dix épisodes créée par Kathy Dippold, elle constitue une véritable pochette surprise pour les amateurs éclairés, friands de cet équilibre fragile entre humour et frissons qu’elle parvient à tenir sur toute sa durée. Une déontologie qui porte ses fruits de la dépendance émotive.  

En ce qui concerne son cadre, nous sommes face à un huis clos insulaire : Tom Loftus, maire de Widows Bay, cherche à combattre les superstitions de ses habitants afin d’attirer touristes, pèlerins et vacanciers sur son île. Mais très vite, des phénomènes étranges surgissent, tandis que certains de ses proches tentent de l’alerter sur un danger grandissant, amplifié par l’arrivée d’une tempête violente.

Ainsi, Widows Bay se présente comme un divertissement décalé,  captivant de bout en bout car il ne cesse d'intriguer, de courtiser notre curiosité. Sur dix épisodes, on reste accolé à l’écran, tenté de comprendre ce qui se joue sur cette île, tant les auteurs prennent un malin plaisir à nous divertir, nous manipuler, nous déstabiliser et nous surprendre de la façon la plus singulière.


Il faut insister, la série excelle dans cet art de l’équilibre : horreur et comédie s’y infiltrent à l'unisson sans devenir des artifices gratuits. Tout est au service du récit habile, longuement pensé, qui parvient même à faire cohabiter tension, tendresse et dramaturgie avec une fluidité rare.

Résultat : Widows Bay nous fait autant frissonner qu’elle nous arrache des rires nerveux, tout en instillant une véritable empathie pour ses personnages. Car la dramaturgie, souvent insidieuse, surgit sans prévenir et se confond avec l’action avec une grâce redoutable, jusqu’à une conclusion aussi inattendue que vertigineuse qui pourra relancer la machine à rire et frissons dans (l'attente d')une saison 2. 

Mais sa grande qualité émane sans aucun doute de sa distribution littéralement solaire. Elle participe pleinement à ce sentiment de plaisir mutuel, notamment Matthew Rhys dans le rôle du maire timoré de Widow's Bay, et Kate O’Flynn dans celui de Patricia, son assistante faussement introvertie. Tous deux incarnent des personnages lunaires et empotés mais plus intelligents et forts qu'il n'y parait, avec ce mélange irrésistible de drôlerie, de fragilité et d’inquiétude qui ne déborde jamais à l'écran.

Car derrière l’appréhension grandissante et l'hystérie (collective) d'une menace redoutable, et la part de comédie, affleure une humanité profondément blessée : celle de Patricia, souvent reléguée au rôle de souffre-douleur auprès de ses rivales féminines égotistes, et celle de Tom Loftus, marqué par la mort de son épouse, un traumatisme dont la série dévoile progressivement les tenants et aboutissants. Jusque l'impensable...

 D'un point de vue formel, une merveille aqueuse de chaque instant ! Widows Bay déploie une véritable esthétique de l’onirisme insulaire, quasi fondante, où chaque image expressive semble suspendue entre rêve, mystère et magie du cinéma. 

Les auteurs s’amusent également à parsemer la série de clins d’Å“il aux grands classiques de l’horreur, notamment à l’univers de John Carpenter (Fog, Halloween…), sans jamais tomber dans le simple hommage gratuit. Ces références sont intégrées avec intelligence, dépendantes de la narration, souvent teintées d’ironie, notamment lors de séquences semi-parodiques d’une drôlerie anthologique (la "soirée boum" d'une Patricia gentiment revancharde, sa traque nocturne avec le boogeyman).


Au final, Widows Bay s’impose sans doute comme l’une des meilleures séries fantastiques de 2026, pour rester modeste - sinon la meilleure - tant son jeu d’équilibriste entre humour, frissons et tendresse fonctionne avec une alchimie beaucoup trop rare pour le genre.

Le récit sciemment classique autant que débridé est captivant, addictif, puisant dans ces vieilles superstitions que l’on aime se raconter de préférence au coin du feu. La série "badine" réussit tant à confronter et entremêler récits séculaires et horreur contemporaine avec une intelligence, une sagacité et une inventivité constantes.


Mais surtout, elle parvient à nous attacher à cette galerie de personnages ordinaires à la fois lunaires et profondément humains. Car ici, un point majeur s’impose : on ne rit jamais de la série, on rit avec elle. On n'est surtout pas chez Scary Movie ou Y'a t'il un exorciste pour sauver le monde ? 

Et c’est sans doute ça sa plus grande force. Les auteurs ne se moquent jamais du genre, ils l’aiment au plus profondément de leur chair. Car cet amour du fantastique et de l’horreur traverse chaque épisode avec une sincérité irréfragable. 

Et c'est exactement ce qui rend Widow's Bay incontournable pour les fans et les amateurs.

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lundi 22 juin 2026

Conversation Secrète / The Conversation de Francis Ford Coppola. 1974. U.S.A. 1h53.

                 (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"La vérité est ailleurs."

Découverte de Conversation secrète de Francis Ford Coppola, réalisé en 1974, deux ans après Le Parrain. Une précision qui a son importance : le film remporta la Palme d'or au Festival de Cannes.

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que nous avons affaire ici à du très grand cinéma, tant Conversation secrète m'a progressivement hypnotisé au fil de son intrigue plus substantielle que prévu. Car il faut reconnaître que son rythme nonchalant, son climat languissant et son ambiance désenchantée pourront rebuter une partie du grand public. Or, c'est précisément là que réside le génie de Coppola : sublimer cette apparente morosité par une mise en scène d'une maîtrise exceptionnelle, éclatant à chaque plan par sa précision, son tact et son intelligence.


Je pense même pouvoir parler de modèle de mise en scène tant Francis Ford Coppola dissèque avec une rigueur quasi chirurgicale le portrait d'un homme brisé. À travers Harry Caul, spécialiste de la surveillance et des écoutes clandestines chargé d'enregistrer la conversation d'un jeune couple dans les rues de San Francisco, le cinéaste explore les ravages psychologiques de la culpabilité. Traumatisé par une précédente mission ayant indirectement conduit à un drame, Harry craint qu'un nouveau complot meurtrier ne soit en train de se nouer sous ses yeux.

Porté par un Gene Hackman monumental, dont on oublie totalement le statut de comédien tant le personnage semble exister de lui-même, le film dresse le portrait bouleversant d'un homme rongé par la paranoïa, l'isolement, la misanthropie. Replié sur lui-même, incapable de nouer des liens sincères et durables, Harry Caul apparaît comme un être condamné à une solitude presque pathologique.


La richesse du film tient également à sa remarquable direction d'acteurs. Même les rôles secondaires marquent durablement les esprits (notamment au niveaux des 2 compagnes de Harry), tant chaque interprète semble habiter pleinement son personnage dans un réalisme documenté.

Mais ce qui rend Conversation secrète encore plus fascinant, c'est sa capacité à mêler cette étude psychologique terrible à un véritable thriller paranoïaque. Sa dernière partie débouche sur un retournement de situation particulièrement saisissant qui, loin de n'être qu'un simple effet de scénario, vient renforcer la complexité du personnage principal et révéler toute l'étendue de ses angoisses. Jusqu'au point de non retour.


La conclusion, à la fois ironique, mélancolique et profondément désabusée, achève de transformer cette œuvre intimiste en une réflexion vertigineuse sur la solitude, la culpabilité et la perte de soi. Coppola démontre avec une rare acuité comment une profession fondée sur l'observation des autres peut finir par détruire celui qui l'exerce.

Servi par l'interprétation magistrale de Gene Hackman et par une mise en scène d'une virtuosité stupéfiante, Conversation secrète s'impose comme un immense film sur l'aliénation humaine et l'effondrement intérieur à travers les ambiguïtés de l'information. Car Coppola ne parle pas seulement de paranoïa et de faux-semblant, mais aussi de l'impossibilité d'accéder à une vérité certaine. Harry écoute tout, entend tout, surveille tout... et pourtant il comprend de moins en moins le monde qui l'entoure. C'est sans doute là que réside la plus grande tragédie du personnage : plus il cherche à percer les secrets des autres, plus il s'enferme dans sa propre solitude, condamné à une errance existentielle dont il ne semble plus pouvoir s'extraire. Cette conclusion, aussi ironique que désespérée, achève de faire de Harry Caul un homme irrémédiablement coupé des autres, de lui-même et de ses dernières certitudes (notamment sa crise de foi envers Dieu, particulièrement symbolique à travers un objet spirituel qu'il présume trafiqué).

                                      

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Récompenses: Palme d'or et prix du jury œcuménique, lors du Festival de Cannes 1974.
Meilleur film de langue anglaise, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Gene Hackman, par la National Board of Review en 1974.
Meilleur montage et meilleure bande originale, lors des BAFTA Awards en 1975.
Meilleur film et meilleur réalisateur, lors des Kansas City Film Critics Circle Awards en 1975.
Le film est préservé par la National Film Registry à la Bibliothèque du Congrès depuis 1995.

samedi 20 juin 2026

Beast de Baltasar Kormákur. 2022. U.S.A. 1h33.

                                                         
                        (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de Beast, de Baltasar Kormákur, réalisé en 2022. On peut d'ailleurs rappeler que le cinéaste fut l'auteur du formidable et (déjà) impressionnant Everest. Or, ici, le film qui nous intéresse est une excellente série B du samedi soir, puisqu'il joue habilement la carte du survival, aussi bien en huis clos qu'en extérieur, à travers les splendides paysages d'Afrique du Sud.
 
D'un point de vue formel, on en prend plein les yeux tant les décors naturels demeurent éblouissants et immersifs sans nous dériver vers la déviation de la carte postale. Pour rappeler le contexte narratif, le film retrace les vicissitudes du docteur Nat Samuels, interprété par Idris Elba dans sa force tranquille et de sureté, qui voyage avec ses deux filles en Afrique du Sud afin de surmonter le décès de son épouse, emportée par une longue maladie. Il tente ainsi de renouer des liens avec celles-ci, qui lui reprochent son absence répétée, aussi bien durant sa séparation conjugale qu'au moment où elles avaient le plus besoin de lui.
 
 
Évidemment, pour épicer l'intrigue, nos trois protagonistes vont se retrouver coincés dans une réserve naturelle gérée par leur ami Martin Battles, lorsqu'un lion devenu particulièrement agressif à la suite d'une attaque de braconniers décide de s'en prendre à tout être humain croisant son chemin.
 
Ainsi, Beast joue pleinement la carte du survival. On pourra d'ailleurs songer inévitablement au mythique Cujo de Lewis Teague, notamment lors des nombreuses séquences se déroulant dans l'habitacle d'un véhicule, où le lion tente de pénétrer à l'intérieur afin d'atteindre ses occupants. Sur ce point, le film est une franche réussite, tant la tension est gérée avec soin et maîtrise, notamment grâce à d'amples mouvements de caméra particulièrement habiles pour graduer la tension.
 
 
Mais ce qui frappe avant tout, et demeure proprement effrayant lors des scènes d'agression, c'est le réalisme ahurissant des effets spéciaux numériques. Tout au long du métrage, on se surprend à se demander s'il s'agit de véritables lions ou d'animaux entièrement recréés en images de synthèse. C'est dire à quel point, sur le plan technique, Beast constitue une réussite remarquable. Cette prouesse contribue largement à décupler les émotions fortes disséminées dans une intrigue habilement construite, le réalisateur relançant constamment l'action grâce à de nouvelles situations et à l'introduction progressive de personnages supplémentaires.
 
Je n'irai pas plus loin afin d'éviter tout spoiler, notamment au niveau de rebondissements fructueux habilement pensés par des personnages à la capacité débrouillarde, mais le film constitue également, en filigrane, un manifeste anti-braconnage particulièrement salutaire. D'un point de vue militant pour la cause animale, c'est assurément une bonne piqure de rappel.
 
 
Sur le plan dramatique, le résultat s'avère également convaincant. Certes, Baltasar Kormákur ne cherche pas à approfondir outre mesure la relation passée entre Nat et son épouse, mais plusieurs séquences intimistes entre le père et ses filles et quelques flash-back oniriques, sont plutôt touchants. Malgré le caractère plutôt convenu de cette crise familiale, le film parvient sincèrement à émouvoir grâce à l'humanisme de ses personnages, à leur solidarité et à leur complicité pugnace. Cette dimension humaine apporte un supplément de réalisme à ce survival généreusement pourvu en séquences d'action et de terreur parfaitement orchestrées.
 
Au final, Beast est un fort sympathique divertissement horrifique du samedi soir dont les amateurs de B movie sincères, généreux et efficaces auraient tort de se priver. D'autant qu'ici, je le répète, les effets spéciaux numériques atteignent un degré de réalisme franchement bluffant, renforçant encore l'impact de scènes de terreur particulièrement percutantes. Quant à l'improbable affrontement final entre l'homme et la bête, Baltasar Kormákur a l'intelligence de ne jamais sombrer dans la surenchère, préférant privilégier un certain réalisme afin de rendre cette confrontation ultime encore plus brutale, violente et cauchemardesque. Et cela fonctionne à l'unisson tant les blessures infligées sur l'homme sont d'une brutalité viscérale implacable. 
 
  
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ANECDOTES: 
Le tournage a eu lieu en Afrique du Sud, dans de véritables réserves naturelles, ce qui explique la beauté et l'authenticité des paysages.

Baltasar Kormákur adore les longs plans-séquences. Beaucoup de scènes semblent filmées en une seule prise grâce à des raccords numériques invisibles. Cela contribue énormément à la tension et à l'immersion. Plusieurs spectateurs ont d'ailleurs souligné cet aspect après la sortie du film.

La scène du coup de poing au lion a été l'une des plus difficiles pour Idris Elba. L'acteur a expliqué qu'il devait doser parfaitement sa rage et sa peur alors qu'il n'avait absolument rien devant lui sur le plateau.

Une anecdote amusante : un vrai lion a été amené sur un plateau annexe afin que les équipes d'effets spéciaux puissent étudier ses mouvements et son pelage. À la suite d'un malentendu, certains membres de l'équipe ont cru qu'un lion s'était échappé, provoquant un petit moment de panique générale !

Enfin, le film a coûté environ 36 millions de dollars et n'en a rapporté qu'un peu plus de 59 millions dans le monde. Il n'a donc pas été un énorme succès commercial, ce qui est dommage car beaucoup de spectateurs, l'ont depuis réévalué.

vendredi 19 juin 2026

Memento de Christopher Nolan. 2000. U.S.A. 1h53.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Alors hier soir, revisionnage du second long-métrage de Christopher Nolan, j'ai nommé le fameux Memento, œuvre multi-récompensée à l'international.

À la revoyure, c'est un sacré moment de cinéma auquel j'ai assisté. Le coup de génie de cette intrigue, c'est de parvenir à nous placer à l'intérieur même de la mémoire du protagoniste. Suite à l'agression de son épouse et au traumatisme crânien qu'il a subi en tentant de la sauver, Leonard Shelby souffre d'amnésie antérograde : au bout de quelques minutes, il ne se souvient plus de ce qu'il vient de vivre, ni des personnes qu'il vient de rencontrer.
 

L'astuce de Christopher Nolan consiste alors à brouiller les pistes chronologiques en construisant son récit comme un immense puzzle à reconstituer. Durant toute l'intrigue, nous ne cessons de naviguer entre passé, présent et futur avec une maîtrise narrative assez incroyable. On demeure constamment captivé par ce scénario tortueux qui nous triture délicatement les méninges sans jamais nous agacer - une fois n'est pas coutume.

Et c'est là un autre tour de force du réalisateur : parvenir à transformer ce qui pourrait n'être qu'un casse-tête ou un Rubik's Cube cinématographique en une œuvre profondément passionnante. On adore reconstituer les pièces du puzzle, d'autant plus que, contrairement aux apparences, il ne s'agit pas seulement d'un brillant exercice de style. Memento est également un thriller remarquablement mené et admirablement interprété par Guy Pearce, dont le jeu mêle avec justesse inquiétude, hésitation, vulnérabilité et perplexité permanente.
 

Toutes les expressions interrogatives de Leonard deviennent les nôtres puisque nous nous retrouvons littéralement enfermés dans sa mémoire défaillante. Comme lui, nous tentons d'assembler les morceaux d'une vérité qui semble sans cesse nous échapper. Et cela relève de l'hypnose cinématographique !

Mais en filigrane, et notamment grâce à une conclusion particulièrement ambiguë, il faut aussi saluer un drame psychologique d'une grande richesse. À travers ce personnage prisonnier de son amnésie, Nolan développe un second niveau de lecture particulièrement troublant. Et si Leonard s'inventait inconsciemment une nouvelle mission ? Et si cette enquête obsessionnelle lui permettait de donner un sens à son existence tout en refusant d'accepter le deuil de son épouse ?
 

C'est là que le film devient fascinant. On peut douter de tout. On peut même se demander si certains souvenirs de Leonard correspondent réellement à la vérité. Son épouse est-elle réellement morte lors de l'agression ? Certains événements ne sont-ils pas déformés par son traumatisme ? Leonard est-il uniquement une victime ou devient-il, malgré lui, l'artisan de sa propre tragédie ? Nolan laisse suffisamment d'indices pour nourrir toutes ces interrogations sans jamais imposer de réponse définitive.

Sans trop dévoiler les ressorts de l'intrigue, ajoutons que Carrie-Anne Moss est absolument délectable de machiavélisme. Son personnage ne cesse de manipuler Leonard avec une séduction froide, perfide et calculatrice. Quant à Joe Pantoliano, dans le rôle de Teddy, il compose un personnage ambigu particulièrement savoureux, dont les intentions décomplexées demeurent constamment sujettes à caution.
 

Au final, Memento est un thriller à marquer d'une pierre blanche, un film qu'il faut impérativement revoir plusieurs fois afin d'en saisir toute la substance narrative et toute la portée morale. Derrière son extraordinaire construction se cache la tragédie bouleversante d'un anti-héros qui tente désespérément de reconstituer sa propre existence malgré les limites de sa mémoire. Jusqu'à se mentir lui même pour mieux construire sa route de la rédemption.

Et le film demeure profondément passionnant grâce à sa chronologie éclatée, mais aussi grâce à son climat intimiste, mystérieux, inquiétant, troublant et parfois même envoûtant. Plus qu'un simple puzzle cinématographique, Memento est une réflexion vertigineuse sur la mémoire, l'identité et les mensonges que nous sommes parfois prêts à nous raconter pour continuer à (sur)vivre.
 
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Récompenses:

Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville en 2000.
Waldo Salt Screenwriting Award au Festival du film de Sundance en 2001.
Saturn Award du meilleur film d'action/aventures/thriller en 2002.
Independent Spirit Awards du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et du meilleur second rôle féminin (Carrie-Anne Moss) en 2002.
MTV Movie Award du meilleur nouveau cinéaste (Christopher Nolan) en 2002.
Australian Film Institute Award du meilleur scénario en 2002.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film en 2002.
Prix Bram-Stoker du meilleur scénario en 2002.
Critics Choice Award du meilleur scénario en 2002.
 
ANECDOTES:  
L'idée vient du frère de Christopher Nolan
Peu de gens le savent, mais l'histoire est née dans l'esprit de Jonathan Nolan, le frère cadet de Christopher.
Pendant un trajet en voiture entre les deux frères, Jonathan évoque l'idée d'un homme incapable de créer de nouveaux souvenirs qui chercherait à venger sa femme.
Jonathan écrira ensuite une nouvelle intitulée Memento Mori tandis que Christopher développera simultanément le scénario du film.

Les deux œuvres ont donc été créées presque en parallèle.
Nolan a écrit le scénario avant même que la nouvelle soit publiée.
Contrairement à ce que l'on croit souvent, Memento n'est pas exactement l'adaptation de Memento Mori.
Christopher Nolan a commencé à écrire son script à partir des discussions avec son frère alors que la nouvelle n'était pas encore terminée.
Les deux versions racontent la même histoire de base mais diffèrent sur de nombreux détails.
 
Le film a été refusé par de nombreux studios.
Lorsque Nolan présente le projet, plusieurs producteurs trouvent le scénario incompréhensible.
Certains estiment que le public sera incapable de suivre un récit raconté à rebours.
Aujourd'hui cela paraît absurde, mais à la fin des années 1990, Memento était considéré comme un pari commercial extrêmement risqué.

Guy Pearce a failli ne jamais obtenir le rôle.
Guy Pearce n'était pas le premier choix de plusieurs producteurs.
À l'époque, il était surtout connu pour des rôles dans des productions australiennes et pour le soap opera Neighbours.
Nolan s'est battu pour l'imposer.
Difficile aujourd'hui d'imaginer quelqu'un d'autre dans le rôle de Leonard Shelby.

Le tournage n'a duré que quelques semaines.
Le film a été tourné en seulement 25 jours environ.
Pour un récit aussi complexe, c'est extrêmement court.
Le budget était également très modeste comparé aux standards hollywoodiens.

La structure du film est mathématique.
Le récit repose sur deux chronologies :
les scènes en noir et blanc avancent normalement ;
les scènes en couleur remontent le temps.
Les deux lignes narratives finissent par se rejoindre dans la dernière séquence.
Cette construction est souvent étudiée dans les écoles de cinéma comme un exemple presque parfait d'architecture scénaristique.

Les Polaroïds n'étaient pas un simple gadget.
Leonard utilise des photographies instantanées pour remplacer sa mémoire.
Nolan voulait un système visuel immédiatement compréhensible.
Le Polaroïd est devenu un symbole du film au point d'être aujourd'hui indissociable de son identité.
 
Le film cache un immense paradoxe.
Plus on revoit Memento, plus on se rend compte que Leonard est peut-être le personnage le moins fiable de toute l'histoire.
Au premier visionnage, on soupçonne Teddy.
Au deuxième, on commence à soupçonner Natalie.
Au troisième, on finit souvent par soupçonner Leonard lui-même.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le film gagne en richesse à chaque revisionnage.
 
Christopher Nolan considérait déjà ce film comme un test.
Nolan a souvent expliqué que Memento lui avait permis de vérifier jusqu'où il pouvait emmener un spectateur dans une narration complexe sans le perdre.
On retrouve ensuite cette obsession dans :
The Prestige
Inception
Interstellar
Tenet
Memento est en quelque sorte le laboratoire où Nolan a mis au point son cinéma.
 
Roger Ebert a reconnu avoir dû le revoir.
Le célèbre critique Roger Ebert a admis que le film l'avait tellement déstabilisé qu'il avait ressenti le besoin de le revoir afin d'en saisir pleinement les mécanismes.
C'est précisément le type de film qui se bonifie avec les revisionnages.
Le tatouage final est l'une des scènes les plus tragiques du cinéma moderne.
Lorsque Leonard décide consciemment de transformer Teddy en coupable, il cesse d'être seulement une victime.
Il devient l'architecte de sa propre illusion.
Cette idée fascine encore aujourd'hui de nombreux cinéphiles : un homme qui utilise son handicap pour se mentir à lui-même.
C'est probablement ce qui donne au film sa puissance émotionnelle au-delà du simple thriller.

Un détail que beaucoup ratent au premier visionnage.
Observez bien les expressions de Teddy lors de la révélation finale.
Joe Pantoliano ne joue pas un homme terrifié.
Il joue un homme épuisé.
Comme s'il avait déjà vécu cette situation plusieurs fois.
Cette interprétation renforce l'idée que Leonard aurait déjà accompli sa vengeance depuis longtemps et qu'il répète éternellement le même cycle.
C'est l'un des détails les plus glaçants du film.

mardi 16 juin 2026

Les Nerfs à vif / Cape Fear de Martin Scorsese. 1991. U.S.A. 2h07.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, troisième visionnage du fameux remake de Martin Scorsese, Les Nerfs à vif (1991), et force est de constater qu'à la revoyure, je ne peux m'empêcher de le cacheter "chef-d'œuvre". Car, à mes yeux, Martin Scorsese transcende le classique de J. Lee Thompson grâce à un art consommé de la mise en scène, à une direction d'acteurs au cordeau et à l'incroyable partition de Bernard Herrmann, brillamment réorchestrée par Elmer Bernstein, qui irrigue tout le récit.

Ce qui frappe immédiatement à la revoyure des Nerfs à vif, c'est le soin apporté à cette réalisation d'une précision redoutable, notamment à travers des mouvements de caméra d'une fluidité et d'une vélocité tranchées qui accentuent constamment la tension émanant des personnages. Robert De Niro, Nick Nolte, Jessica Lange et Juliette Lewis composent un quatuor d'acteurs exceptionnel - euphémisme - au cœur d'une véritable descente aux enfers morale qui s'étire durant près d'une heure trente de métrage.
 

La tension ne cesse alors de monter en puissance au fil d'une violence sournoise toujours plus délétère. Ce récit reptilien met en scène la vengeance de Max Cady, ancien détenu fraîchement libéré après quatorze années de prison, bien décidé à faire payer à son ancien avocat, Sam Bowden, la trahison dont il estime avoir été victime. En dissimulant certaines informations susceptibles d'alléger sa peine, Bowden a contribué à sa condamnation et devient ainsi la cible d'une vengeance méthodique et implacable.

C'est d'ailleurs ce qui rend le film si passionnant : Sam Bowden est loin d'être un héros irréprochable. Corruptible et moralement ambigu, il ira jusqu'à engager un détective privé afin d'organiser le passage à tabac de Cady dans l'espoir de l'intimider et de protéger sa famille.
 

Parmi les nombreuses scènes marquantes du film figure celle, absolument sidérante - infaisable aujourd'hui - qui réunit Max Cady et Danielle Bowden dans l'auditorium du lycée. Ce rendez-vous scolaire tournant au jeu de séduction, d'une audace folle, dégage un parfum de soufre particulièrement malsain et dérangeant. Derrière son sourire charmeur et son apparente douceur, Cady révèle progressivement sa nature de prédateur paraphile, capable de manipuler psychologiquement une adolescente avec une habileté terrifiante.

À mon sens, il s'agit de la séquence la plus intolérablement réussie du métrage tant elle met mal à l'aise avec intelligence et subtilité, imposant finalement deux attouchements sexuels que Scorsese ose filmer dans une pudeur troublante.
 
 

Martin Scorsese aborde donc cette étreinte scabreuse avec une subtilité remarquable - oui, j'insiste - sans jamais céder à la facilité ni à la complaisance. Grâce à la justesse du jeu des acteurs et surtout à la présence délicieusement troublante de Juliette Lewis, alors à l'orée de sa carrière, cette confrontation demeure le moment méphitique le plus inconfortable et fascinant du métrage. À mes yeux, il s'agit même du rôle le plus authentique de toute sa filmographie. D'autant plus difficile et délicat que Scorsese ose mettre en scène deux contacts charnels particulièrement dérangeants entre Cady et Danielle. Une audace folle qui n'aurait sans doute jamais été envisageable si Juliette Lewis avait réellement eu l'âge de son personnage mineur au moment du tournage (elle était en faite âgée de 18 ans).

Ainsi, Les Nerfs à vif demeure un thriller horrifique d'une redoutable efficacité. On peut d'ailleurs parler de modèle de mise en scène et d'efficacité tant le spectateur reste rivé à son siège avec une attention quasi cérébrale. Le réalisme insolent des situations, le brio technique de la réalisation - à donner le vertige par moments - et l'interprétation étourdissante des acteurs contribuent à créer un climat de tension quasiment ininterrompu, proche de la perfection.
 

Le tout est sublimé par cette partition de Bernard Herrmann / Bernstein, dont les accents profondément hitchcockiens renforcent encore le caractère oppressant du récit. Une musique vrombissante qui accompagne cette lente montée vers la folie et la violence jusqu'à un final explosif et mémorable.

Pour revenir aux personnages qui composent cette famille dysfonctionnelle, Sam Bowden est donc loin d'être irréprochable. L'homme a failli à son devoir d'avocat par félonie, et sa vie familiale apparaît elle aussi profondément fragilisée. Sa fille Danielle semble psychologiquement perturbée, tandis que lui-même se révèle incapable de préserver l'équilibre de son foyer. Ses infidélités passées nourrissent les éclats de colère et les rancœurs de son épouse, interprétée par une rayonnante Jessica Lange, qui lui reproche une nouvelle fois ses écarts lorsque sa collègue Lori Davis est sauvagement agressée par Cady, dans une séquence horrifique d'une violence quasi insoutenable.
 

Ce qui surprend d'autant plus dans Les Nerfs à vif, c'est la manière dont Martin Scorsese joue durant près d'une heure trente la carte d'une confrontation psychologique remarquablement subtile et oppressante. Puis, dans son dernier acte, le film bifurque vers quelque chose de beaucoup plus démonstratif, voire outrancier. Pourtant, là où beaucoup auraient sombré dans le ridicule ou le grand-guignolesque, Scorsese parvient à transcender ces excès.

Cette réussite tient avant tout au tact de sa réalisation, à la sobriété du jeu des acteurs et au réalisme émotionnel des situations. Grâce à cela, nous acceptons ces affrontements physiques de plus en plus extrêmes, baignés dans un climat quasi démoniaque, aussi troublant que dérangeant. Peu à peu, Max Cady cesse d'être un simple homme pour devenir l'incarnation même du Mal.
 

On peut également voir dans cette confrontation une puissante métaphore intérieure. À travers Cady, Sam Bowden semble combattre ses propres démons, sa culpabilité et ses fautes passées. Il cherche à s'en débarrasser coûte que coûte, jusqu'à tenter de le tuer lors d'un affrontement final d'une tension presque insoutenable.

Même dans ses ultimes instants, le film continue de manipuler nos nerfs. Alors que tout semble terminé, nous restons persuadés que Cady va encore surgir pour s'en prendre à ses proies. Cette menace persistante, cette angoisse qui survit au personnage lui-même, témoigne une fois de plus de tout le talent de Martin Scorsese.
 

Au final, Les Nerfs à vif est, à mes yeux, un chef-d'œuvre à part entière du thriller, flirtant même par moments avec le cinéma d'horreur. Porté par cette mise en scène ultra inspirée, des acteurs habités et une tension de tous les instants, il demeure l'un des plus grands thrillers américains des années 1990. Malencontreusement quelque peu oublié aujourd'hui, il mériterait pourtant d'être réhabilité à sa juste valeur.
 
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lundi 15 juin 2026

Dead Snow 2 de Tommy Wirkola. 2014. Suède/Norvège. 1h40.

                       (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Une fois n’est pas coutume, rares sont les suites qui parviennent à transcender leur modèle. Et c’est pourtant bien le cas avec Dead Snow 2, que je découvre pour la toute première fois, alors que j’ai déjà vu deux fois le premier opus.

Ainsi donc, si l’on peut parfaitement avoir une préférence pour le premier pour son effet de surprise et le charme qu’il dégage dans son côté bricolé, soigneusement fignolé, cette suite demeure pourtant beaucoup plus inventive, beaucoup plus vigoureuse, beaucoup plus gore et surtout beaucoup plus drôle que son aînée. Tant et si bien que Tommy Wirkola redouble de pêche, de dérision, d’insolence et de méchanceté à travers cet opus 2, encore plus décalé, complètement déjanté - pour ne pas dire totalement déchaîné -, à travers un récit qui ne cesse de relancer l’action grâce à des idées retorses tout à fait convaincantes.


Notamment autour du héros Martin, seul rescapé du premier opus, qui avait perdu un bras en se le tronçonnant. Ici, il le récupère grâce à des médecins, mais le problème, c’est que ce bras appartenait au leader des zombies nazis, ce qui lui confère des pouvoirs surnaturels. On pense alors à Ash dans la saga Evil Dead, puisque grâce à ce bras surpuissant, Martin va pouvoir réanimer des morts “gentils”, entre guillemets, pour mieux combattre la horde de zombies nazis déterminée à massacrer 800 habitants du village - massacre initialement ordonné par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale, mais jamais achevé puisque le navire de ses sbires fut coulé par les Anglais.

Mais pour épicer encore l’intrigue et renforcer le côté héroïque et beaucoup plus film de guerre de ce second opus survitaminé, Martin va également se rallier à un trio de geeks américains se prétendant chasseurs de zombies, avec un look très cinéphile - dont l’une est notamment fan de Star Wars.


Ainsi donc, Dead Snow 2 est un formidable divertissement horrifique, beaucoup plus énergique et rythmé, porté par un enchaînement quasi ininterrompu de séquences d’action et de guerre où les gerbes de sang éclaboussent l’écran toutes les deux à cinq minutes. C’est un jubilatoire jeu de massacre qui se déchaine ici à bras ouvert, tourné cette fois en format scope, ce qui rend l’aventure encore plus cinématographique.

Et cela fonctionne à plein régime, sous l’impulsion d’une poignée de protagonistes parfaitement incarnés par des comédiens norvégiens et islandais - le film étant cette fois-ci une coproduction entre la Norvège et l'Islande -, toujours aussi investis et déterminés à se prêter au jeu de la déconnade avec une foi inébranlable.


Enfin, pour parachever, cerise sur le gâteau, comment passer outre cette conclusion élégiaque totalement inattendue, d’un romantisme aussi culotté que profondément émouvant, portée par le magnifique tube de Bonnie Tyler (“Total Eclipse of the Heart”). Et je peux avouer sans rougir que c’est la toute première fois qu’un film d’horreur estampillé “zombies” parvient à me faire verser des larmes sans que je puisse les retenir. D’ailleurs, rien que pour cette séquence littéralement anthologique, fort d’une poésie morbide et incongrue, Dead Snow 2 est à ne pas rater.

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dimanche 14 juin 2026

An american Crime de Tommy O'Haver. 2007. U.S.A. 1h34.

              (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Quand l’instinct pervers dévore l’innocence sacrifiée."

Découverte hier soir du film An American Crime de Tommy O'Haver , inédit en salle puisqu’il est directement sorti en DVD chez nous le 1er juin 2011, alors qu’il date de 2007. Il faut préciser que ce fait divers avait déjà été traité auparavant la même année avec The Girl Next Door, réalisé par Gregory M. Wilson.

Ici, on a une version plus suggérée de ce fait divers sordide. À savoir que durant l’été 1965, un couple confie leurs filles, Sylvia et sa petite sÅ“ur Jenny, à une femme au foyer, Gertrude Baniszewski. Ce qui devait être une simple hospitalité va devenir un véritable cauchemar pour l’une des deux sÅ“urs, puisque pendant plusieurs mois, Sylvia sera séquestrée et torturée, non seulement par la femme qui garde les enfants, mais aussi par les propres enfants de cette femme, dans la cave de leur maison en Indiana.


Si An American Crime ne possède pas une violence aussi explicite que The Girl Next Door, il n’en demeure pas moins absolument éprouvant - je pèse mes mots - dans sa capacité à nous terrifier et nous écÅ“urer lorsqu’une femme d’apparence aimable s’adonne au sadisme et à la perversité pour des motifs qui nous échappent, même si elle souffre de dépression et suit un traitement médicamenteux.

Mais le plus glaçant reste la manière dont le réalisateur montre comment ce sadisme peut contaminer toute une assemblée d’enfants, qui perdent progressivement leur innocence dans une spirale de cruauté gratuite parfois insoutenable.


C’est donc peu dire que An American Crime est un film odieux, mais dans le sens noble du terme, puisqu’il ne se complaît jamais dans le voyeurisme ni dans la surenchère. Bien au contraire, il impose une distance qui rend le tout encore plus insoutenable. Grâce à l’interprétation bouleversante d’Elliot Page, absolument déchirante d’impuissance et de fragilité candide, le film devient un véritable requiem.

On peut également souligner la performance de Catherine Keener, tétanisante de froideur dans le rôle de Gertrude Baniszewski, figure maternelle à la fois effacée, impassible et atone, dont l’ambiguïté morale continue de hanter bien après la vision.


Le film intègre enfin une dimension judiciaire à travers des séquences de procès où sont exposés les jugements des différents accusés, renforçant encore la dimension clinique et implacable du récit.

An American Crime est ainsi un terrible fait divers mis en scène avec pudeur, dignité et précision. On en ressort abasourdi, voire détruit, face à une cruauté morale et physique qui sature l’écran 1h30 durant.

Autant dire qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en sortir indemne.

A ne pas mettre devant tous les yeux.

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Dead Snow de Tommy Wirkola. 2009. Norvège. 1h30.

                      (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Révision hier soir du petit film d'horreur norvégien Dead Snow, réalisé par Tommy Wirkola, qui réitérera d'ailleurs l'exploit avec une suite tournée cinq ans plus tard, Dead Snow 2: Red vs. Dead (on me chuchote à l'oreille qu'elle est encore plus réussie ! ?).

Or, le film qui nous intéresse ici est une formidable série B à l'ancienne, symptomatique d'un cinéma horrifique - pour rire - des années 80, si bien que les amateurs éclairés de films de zombies se réjouiront d'assister à un divertissement aussi fun que cartoonesque, dosant avec une habileté certaine humour et frissons.


Et c'est notamment ce qui fait la réussite de ce petit film d'horreur norvégien : prendre au sérieux et avec respect le genre horrifique, ou plus précisément le mythe du zombie, en abordant son sujet avec un réel investissement, même si le récit demeure aussi classique que simpliste.

Ce qui rend Dead Snow si attractif et jubilatoire, c'est avant tout sa capacité à divertir à travers une accumulation de séquences extrêmes, chocs et spectaculaires, portées par un art consommé du gore ultra-sanglant. D'autant plus que les effets spéciaux artisanaux sont formidablement réussis, permettant de savourer pleinement ces gerbes d'hémoglobine qui envahissent l'écran presque sans interruption durant la dernière heure du métrage. On pense d'ailleurs à nos classiques de notre adolescence parmi lesquels Evil-dead 1 et 2, Brain Dead ou encore Bad Taste auquel le réalisateur voue une véritable passion à peine dévoilée ici lors d'aimables clins d'oeil.


L'immersion fonctionne d'autant mieux que les zombies font preuve d'un véritable charisme patibulaire. On croit en eux, en leur capacité à terroriser leurs victimes comme à les dézinguer avec une férocité réjouissante. On pense même parfois au fabuleux Le Commando des morts-vivants, toute proportion gardée.

À la différence près qu'ici, la photographie est absolument splendide. Cette imagerie enneigée met superbement en valeur les magnifiques décors naturels, au point que l'on pourrait presque parler d'un second rôle tant le réalisateur les intègre à l'action et à l'identité même du film.


Quant aux comédiens norvégiens, tous quasiment inconnus sous nos latitudes, cela constitue paradoxalement une véritable plus-value. On se familiarise d'autant plus facilement avec eux et ils se prêtent à l'aventure avec une détermination sans faille.

À l'arrivée, Dead Snow constitue pour moi, à la faveur de cette révision, un véritable petit coup de cœur (que j'aurai mieux faire de revoir bien plus tôt). Un délire norvégien capable d'angoisser autant qu'il fait marrer, porté par une générosité, un sens du spectacle et un respect du genre qui évoquent, à leur manière, Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon ou encore Shaun of the Dead.

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