Une série B relativement mineure, certes, desservie par un scénario parfois un tantinet décousu (surtout vers la fin avec cette rivalité scientifique), qui aurait mérité d'être davantage développé et mieux construit, mais qui possède suffisamment de charme et de sympathie pour que l'on ne s'y ennuie jamais.
Strange Vomit Dolls
— Celui du coeur noir des images 🖤
vendredi 9 octobre 2026
Le Spectre de Frankenstein / The Ghost of Frankenstein de Erle C. Kenton. 1942. 1h07. U.S.A.
Une série B relativement mineure, certes, desservie par un scénario parfois un tantinet décousu (surtout vers la fin avec cette rivalité scientifique), qui aurait mérité d'être davantage développé et mieux construit, mais qui possède suffisamment de charme et de sympathie pour que l'on ne s'y ennuie jamais.
jeudi 8 octobre 2026
Carrie créé par Mike Flanagan. 2026. U.S.A. 8 épisodes.
Par celui du cœur noir des images.
On ne va pas tourner autour du pot. L’adaptation télévisuelle développée par Mike Flanagan est une véritable déflagration émotionnelle. Une épreuve de force que nous imposent ces huit épisodes électrisants et hypnotiques, tant nous sommes immergés dans cette nouvelle adaptation grâce à un art consommé du réalisme sensoriel.
Mike Flanagan et ses acolytes misent tout sur la caractérisation psychologique des personnages, à commencer par Carrie, magnifiquement interprétée par Summer H. Howell, criante de vérité dans la peau d’une souffre-douleur démolie par la cruauté de son entourage. Une performance bouleversante qui nous ferait presque oublier l’inoubliable Sissy Spacek (pléonasme assumé).
Carrie nous bouleverse jusqu’aux larmes de l’impuissance morale, tant face à cette cruauté communautaire tristement superficielle à l’ère des réseaux sociaux que face à l’autorité rigoriste de sa mère abusive, remarquablement interprétée par une Samantha Sloyan habitée par ses contradictions. Car Margaret White n’est pas seulement prisonnière de son fanatisme religieux : elle aime sa fille tout en l’enfermant dans une conception étouffante de son propre univers, la maintenant dans une candide ignorance des mœurs contemporaines. Une relation aussi toxique que passionnante, qui enrichit considérablement cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King. Margaret endosse également une fonction de matrone influençable, jusqu’à devenir une sorte de porte-parole parental, révélant ainsi les mécanismes d’une autorité collective aussi inquiétante que conformiste.
Dès lors, Carrie joue subtilement avec nos nerfs, sans même que nous en ayons pleinement conscience, et malmène nos émotions, à l’instar d’un sixième épisode psychologiquement éprouvant, dans un contexte de violence collective dont je tairai les circonstances. Les autres épisodes, remarquablement construits et finement écrits, nous maintiennent dans un état permanent d’empathie, de révolte et d’anxiété, à mesure que se profile le bal du diable tant redouté, comme l’illustre dès l'ouverture du premier épisode les appels paniqués au secours.
Or, le génie de cette adaptation est précisément de se démarquer du chef-d’œuvre de Brian De Palma en recontextualisant l’action à notre époque, à l’ère du tout numérique, des smartphones et du voyeurisme décomplexé. Mike Flanagan n’oublie pas pour autant les thèmes du fanatisme religieux et de la paranoïa liée au terrorisme, brièvement abordés dès le premier épisode. Ici, le rigorisme religieux d’une mère abusive se conjugue à une société contemporaine où tous les coups semblent permis, où l’humiliation devient un spectacle et où la différence constitue un prétexte à la persécution.
Carrie est avant tout un cri d’alarme contre le harcèlement scolaire, cette violence collective nourrie par le rejet, l’intolérance, l’indifférence et la jalousie. Une génération qui se complaît dans la raillerie d’une jeune fille candide, étrangère aux codes sociaux d’un monde à la fois décomplexé, élitiste et trivial. Pourtant, Carrie n’a rien programmé de ce qui lui arrive : victime de cette cruauté ordinaire, elle subit, encaisse et se brise avant d’amorcer une révolte qui accompagne sa douloureuse accession à l’affirmation de soi.
Carrie, Chris et Margaret forment ainsi un trio de personnages qui se combattent autant moralement que physiquement, dans une confrontation où s’entrechoquent, vous l’aurez compris, jalousie, intolérance, fanatisme, vengeance et surtout méchanceté vaine. Leurs affrontements explosent à l’écran à travers des séquences-chocs nullement complaisantes. Car Mike Flanagan ne mise jamais sur la surenchère : il privilégie un drame psychologique rigoureux, porté par un réalisme estomaquant, suffocant, brutal et cruel, tandis que Carrie, désormais exorbitée, se laisse gagner par une soif de vengeance criminelle.
Mais là où cette adaptation m’a véritablement ébranlé, c’est dans son audace narrative. Quelques rebondissements inattendus viennent reconsidérer les événements antérieurs, tandis que le dénouement tant redouté se transforme en un sublime conte existentiel sur l’espoir, la rédemption et le sens de l’amour, entendu comme la possibilité d’apprendre à aimer. Là où la tragédie semblait inéluctable, Flanagan modifie la donne et entrouvre une porte vers un avenir insoupçonné. C’est précisément cette audace, au terme d’un véritable chemin de croix aussi éreintant qu’éprouvant, qui confère à l’ensemble sa dimension profondément humaine.
À mes yeux, Carrie représente donc la plus belle réussite télévisuelle de la carrière de Mike Flanagan. Rien que ça. Huit épisodes substantiels - euphémisme - d’une remarquable maîtrise narrative, qui nous font passer par toutes les étapes émotionnelles, entre larmes, colère et surtout désarroi moral. Une tragédie scolaire profondément meurtrie, tristement actuelle, dont on ressort complètement sonné, avec le besoin de prendre du recul pour digérer une expérience aussi riche que complexe, aussi lourde à porter qu’intense.
Avec Summer H. Howell, Carrie acquiert une dimension d’une pureté désarmante, doublée d’une inquiétante intensité. Son humanisme torturé nous poursuit bien après le générique final. Quant à cette bourgade de Chamberlain, elle devient le théâtre d’une véritable chasse aux sorcières contemporaine, où le harcèlement, le culte du paraître et la bêtise collective prospèrent sous le regard complaisant d’une société connectée qui semble avoir oublié le sens des mots équité, tolérance, différence et, surtout, respect d’autrui.
Une expérience télévisuelle comme j’en ai rarement connue, qui nous fait perdre nos repères et transforme l’horreur annoncée en un cri de détresse autant qu’en une fragile lueur d’espoir.
Dédicace à Nikki Freeman 🖤
mercredi 7 octobre 2026
Fall 2: deadpoint de Michael et Peter Spierig. 2026. U.S.A. 1h37.
samedi 3 octobre 2026
Rental Family de Hikari. 2025. U.S.A/Japon. 1h49.
Il y a des films comme ça qui emportent tout. On ne cherche pas à évaluer leurs petits défauts ou leurs qualités. On les prend comme ils sont, comme on aime quelqu'un.
Car Rental Family ouvre non seulement son cœur, mais également le nôtre, à travers l'évolution morale et intime de Phillip Van Der Plog, un acteur américain solitaire installé à Tokyo qui commence à travailler pour une agence japonaise de location de familles. Il va ainsi endosser différents rôles afin de se glisser dans la vie d'autres personnes, jusqu'à se retrouver profondément impliqué dans leurs existences.
Au fil de ces rôles de composition, nous allons notamment suivre son attachement à une fillette auprès de laquelle il joue le rôle d'un père, mais également celui qu'il éprouve pour un vieil acteur atteint de la maladie d'Alzheimer.
Ainsi donc, Rental Family est pour moi un hymne à la vie et aux valeurs familiales, notamment à travers la figure paternelle. Brendan Fraser y dégage une puissance émotive à fleur de peau, mais traitée avec une telle justesse qu'elle demeure constamment naturelle, sans tomber dans l'effet de larme facile.
Et si, au départ, j'avoue avoir eu un peu de mal à accepter son concept, que je trouvais presque stupide durant la première demi-heure, notamment auprès de la description de ses personnages couards, la suite du récit va justement donner tout son sens à cette idée de faux-semblants et de trahison. Le film finit même par nous amener à réfléchir sur notre propre rapport aux apparences et aux rôles que nous jouons parfois dans notre quotidien.
Ce que j'en retiens de cette odyssée humaine profondément tendre et bienveillante, c'est peut-être finalement l'idée qu'il faut cesser de faire semblant et rester soi-même, afin d'éviter de duper son entourage mais aussi de pouvoir être en paix avec soi-même. Une réflexion qui passe par des valeurs aussi simples qu'essentielles : l'honnêteté, la sincérité et surtout l'amour.
Rental Family se transforme alors en récit initiatique plein de douceur et de discrétion, comme un apprentissage humain auprès de personnages qui, chacun à leur manière, se trouvent confrontés au manque d'humanité, de tendresse ou de compassion au sein de leur propre existence et parfois même de leur cellule familiale.
L'œuvre fragile est d'une grande sensibilité, mais surtout d'une infinie délicatesse dans sa manière de faire naître l'émotion. Elle ne nous l'impose jamais. Elle ne cherche pas à nous arracher artificiellement des larmes : elle laisse simplement les sentiments surgir naturellement, presque à notre insu sous un score musical noble et rassurant. Et c'est précisément cette pudeur, cette discrétion et cette intimité qui font une grande partie de la réussite du film qui m'a saisi par surprise.
Phillip est lui-même un personnage profondément humaniste qui, au contact de ceux qu'il rencontre, va progressivement dévoiler son cœur, ses valeurs essentielles et certaines de ses blessures. Il apprend à connaître ces êtres qui l'entourent avec passion et attention, et, surtout, à les aimer avec une sincérité qui ne peut que nous toucher par son refus de les trahir au grand dam de son rôle de composition.
Rental Family est ainsi imprégné d'un lyrisme candide, porté par des personnages d'une grande fragilité humaine et animés par ce désir universel d'aimer et d'être aimés en retour.
Voilà ce que symbolise à mes yeux ce magnifique conte contemporain : une œuvre profondément existentielle, parfois aussi spirituelle (l'ultime plan, plein de grâce et d'innocence, est magique !), qui nous rappelle avec beaucoup de pudeur que derrière les rôles que nous jouons tous parfois, ce sont finalement les sentiments les plus authentiques - l'amour, l'amitié, la sincérité et l'honnêteté - qui donnent véritablement tout son sens à nos existences.
jeudi 24 septembre 2026
Ice cream man de Eli Roth. 2026. 1h26. U.S.A.
Eli Roth est un grand gamin, turbulent, insolent, et surtout bien perché. Et c’est pour ça qu’on l’aime. Pour preuve avec Ice Cream Man, qui est à mon sens un pur hommage aux séries Z des années 80, tant il s’amuse comme un vilain petit canard avec son joujou, à renfort de gerbes de sang comme on en a rarement vu au sein de sa filmographie.
C’est dire si Ice Cream Man repousse les limites du sang, avec au moins une centaine d’effets chocs afin de bien vous faire comprendre que ce joyeux petit délire orgasmique injecte à rythme métronomique les séquences sanglantes les plus folles et barrées les unes que les autres.
La cause de ce carnage communautaire ? Les enfants d’une petite bourgade se transforment en mystérieux assassins après avoir ingurgité une crème glacée distribuée par un mystérieux marchand.
Et si le récit n’est finalement qu’une succession d’attaques sanguines commises par ces enfants fêlés du bulbe, on ne s’ennuie jamais, tant le climat de folie semble contaminer non seulement les enfants, mais également les spectateurs, assistant à un véritable jeu de massacre à la fois fun, réjouissant et surtout complètement cintré.
Tout ça pour dire que Ice Cream Man transpire la série Z - de luxe -, notamment à travers son format scope et sa splendide photo saturée. On sent très bien qu’Eli Roth, à travers le jeu parfois volontairement approximatif de certains acteurs - pour ne pas dire parfois grotesque, notamment chez les adultes - joue la carte de la dérision impayable totalement assumée. Car Eli Roth voue ici un amour immodéré à ces séries Z qui ont bercé son enfance et son adolescence à la fin des années 70 et durant les années 80.
Ainsi donc, à mon humble avis, ceux qui feront la fine bouche face à ce spectacle volontairement grotesque et festoyant seront ceux qui ne comprennent pas les codes de la série Z et qui ne parviennent pas à prendre au second degré un film sciemment bordélique, mal élevé, stupide, saugrenu. Car Ice Cream Man transpire une telle générosité, une telle ambiance festive et un tel climat de folie contagieuse qu’il me semble improbable de ne pas apprécier cette proposition grotesque, transpirant l’amour du nanar avec un art consommé des effets spéciaux artisanaux, du plus bel effet, qui rutilent ici à travers ces confitures de groseilles.
À tous les amateurs de nanars et de séries Z à la fois drôles et hyper sanglantes, Ice Cream Man est donc un spectacle fort sympathique. Eli Roth nous façonne le tout avec une décomplexion en roue libre, tant il semble s’amuser comme un sale garnement à nous concocter les scènes d’horreur les plus sanglantes et déjantées qu’il ait pu concevoir au sein de sa pléthorique filmographie. Avec, derrière cette apparente fantaisie cartoonesque, cette audace de glisser en filigrane une métaphore sur l'inquiétante progression de la violence chez les mineurs dans notre société moderne trop souvent considérée comme laxiste. Mais ceci est une autre histoire...
En fait, Roth retrouve l’essence transgressive du gore - celle du pionnier H. G. Lewis -, le retour au grand guignol qui explose les tabous : et qu’est-ce que c’est drôle. Alors évidemment, Ice Cream Man a beau montrer ces enfants qui « s’amusent » avec les adultes, il ne cherche jamais à refaire du tragique à la Serrador (malgré les évidentes références), ce qui ne l’empêche pas d’aller très loin dans l’art brut de la mutilation et des viscères.
Pas de doute, notre époque a beau être particulièrement sinistre et cynique, elle n’aime pas qu’on lui crache à la gueule du sang et des enfants armés jusqu’aux dents pour écrabouiller les adultes. Moi, je trouve ça au contraire très appréciable qu’on s’en libère ainsi. On a mis l’élève Eli Roth au piquet pour son impolitesse et son plaisir de tâcher les murs ; moi, je le félicite de rester aussi enfantin, frondeur et de continuer à envisager le cinéma comme un doigt d’honneur.
mercredi 23 septembre 2026
Monster: Lizzie Borden. 2026. Saison 4 / 8 Episodes
Ça y est, c'est bouclé. Enfin vu l'intégrale de Monster, saison 4, consacrée à l'histoire de Lizzie Borden.
Et quelle saison ! À mes yeux, elle se hisse immédiatement au deuxième rang de mes préférées après la première, tant elle m'aura mis dans tous mes états en bousculant constamment les habitudes du spectateur. Les trois ou quatre premiers épisodes cultivent notamment un sarcasme folingue et complètement débridé, avant que le récit ne glisse progressivement vers une dramaturgie beaucoup plus mélancolique, voire existentielle, autour de la culpabilité de Lizzie Borden, hantée par les crimes qu'elle a commis.
Comme de coutume dans Monster, la violence graphique ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres sont filmés avec une brutalité percutante, parfois franchement hardcore, sans que les créateurs semblent avoir la moindre intention de ménager nos sensibilités. Mais certaines scènes particulièrement extrêmes sont parfois désamorcées par un humour sardonique qui pourra déconcerter les non-initiés. Et c'est justement ce mélange improbable qui fait, à mon sens, tout le sel de cette série redoutablement folle, barrée et baroque. Alors qu'il y a un coeur qui bat derrière tout cela !
Car Monster : Lizzie Borden joue à merveille avec l'anachronisme, notamment à travers des partitions musicales totalement décalées par rapport à l'époque représentée, mais toujours judicieusement choisies. La série mêle ainsi violence, humour très noir, romance, drame historique fantasmé et réflexion existentielle dans un alliage des genres aussi surprenant que jubilatoire. C'est proprement vertigineux, comme happé dans un vortex émotionnel inépuisable.
Et comme si cela ne suffisait pas, le récit nous entraîne parallèlement sur les traces d'une autre meurtrière célèbre : Aileen Wuornos, remarquablement interprétée par Sarah Paulson (par pitié, offrez lui un oscar !). Son parcours, marqué par les violences et les sévices qu'elle a subis par sa famille, vient faire écho à celui de Lizzie Borden et permet à la série de dresser, en quelque sorte, le portrait croisé de trois femmes innocentes devenues meurtrières.
C'est là que Monster devient particulièrement passionnante : derrière le fait divers sordide, la série développe une véritable étude de caractère, de magnifiques portraits de femmes déchues et s'interroge sur ce qui peut conduire un être humain à basculer dans une violence aussi innommable.
Et parmi les séquences les plus bouleversantes de cette saison, celles consacrées à Aileen Wuornos sont probablement celles qui m'auront le plus marqué, jusqu'aux larmes. Sarah Paulson y est tout simplement prodigieuse. Elle crève l'écran avec un naturel à la fois trouble, fragile et bouleversant. Son interprétation relève de la prouesse, (ce putain de regard demeurée profondément noir et hystérisé !) et mériterait, à mes yeux, toutes les récompenses possibles tant elle parvient à rendre son personnage profondément humain sans pour autant effacer la monstruosité de ses actes. Elle ne joue pas, elle EST Aileen Wuornos pour nous livrer une déchirante fureur de vivre et d'exister en dépit de sa monstruosité animale.
Mais Ella Beatty n'est pas en reste dans le rôle de Lizzie Borden. Elle lui insuffle une fragilité démunie et désemparée tout en lui donnant une résilience morale parfois à couper le souffle. Lizzie est notamment capable de se résigner à massacrer ses parents avec un courage qui laisse sans voix, là où Maggie Sullivan, sa partenaire, se retrouve paralysée par la peur au moment d'oser passer à l'acte.
Cette différence fondamentale entre les deux femmes rend leur relation particulièrement intéressante et nourrit une véritable étude de caractère. Maggie, interprétée par une Vicky Krieps expressive et vibrante d'humanité, apparaît parfois plus lucide et plus consciente des conséquences de leurs actes, tandis que Lizzie semble emportée par une détermination presque irréversible.
La série rend également un vibrant hommage au féminisme, notamment à travers la question du droit de vote des femmes, comme le souligne la conclusion du dernier épisode. Elle aborde parallèlement la foi religieuse et la rédemption à travers le parcours de Lizzie, hantée pendant dix-huit années par son passé meurtrier et par une culpabilité qui semble impossible à apaiser.
La foi religieuse et le militantisme féministe pourraient alors constituer pour elle une forme de rédemption, lui permettant enfin d'affronter ses démons et d'espérer mener une existence plus sage et plus apaisée auprès de Maggie.
Ainsi, Monster : Lizzie Borden se transforme en remarquable et bouleversante étude de caractère autour de ces trois femmes meurtrières, avec cette idée fondamentale que derrière un assassin peut parfois subsister une humanité profondément torturée.
La série nous invite à nous interroger sur la fabrication du monstre : un monstre ne naît peut-être pas nécessairement monstre ; il peut aussi être créé par les violences, les humiliations et les sévices qu'un être humain endure. Cela ne signifie évidemment pas que ses crimes deviennent excusables. Les actes commis par ces trois femmes demeurent irréparables et condamnables. Mais Monster nous oblige à regarder au-delà du crime pour tenter de comprendre l'être humain qui se dissimule derrière le criminel.
Et c'est probablement là que la série devient la plus dérangeante : elle nous pousse à nous demander jusqu'où nous-mêmes pourrions être capables de sombrer si nous avions subi une accumulation comparable de violences morales et physiques. Une question évidemment vertigineuse, trouble, dérangeante, mais qui participe pleinement à la puissance dramatique de cette saison.
Monster : Lizzie Borden bouscule donc nos habitudes de spectateurs en nous sortant régulièrement de notre zone de confort, notamment grâce à ses ruptures de ton qui surgissent sans prévenir. On passe ainsi du sarcasme le plus débridé à la violence la plus graphique, puis de l'humour noir à une mélancolie profonde, tout en basculant dans une romance parfois bouleversante.
Il en résulte une sorte de récit opératique et baroque, à la fois grandiose, cintré, débridé, terriblement émouvant et infiniment romantique. Une œuvre musicale qui ne cherche jamais à nous faire oublier la nature sordide et crapuleuse des crimes racontés, mais qui tente malgré tout de regarder ces trois femmes autrement qu'à travers leurs seuls actes. Et finalement, c'est peut-être cela qui rend cette saison aussi troublante : elle nous rappelle que derrière certains monstres peut encore se tapir un être humain.
Et de cette histoire singulière pétrie d'amour, de remords et de désespoir, je ne suis véritablement pas sorti indemne.
"Gratitude à Netflix qui a osé produire une série aussi insensée qu’audacieuse."
samedi 19 septembre 2026
Crazy Bear / Cocaine Bear de Elisabeth Banks. 2023. U.S.A. 1h35.
Tout à fait recommandable donc, de préférence un samedi soir entre amis éméchés… ou pas. D'autant plus que la BO, punchy, nous fait fréquemment taper du pied tant elle embellit l'action avec une légèreté de ton aussi entraînante qu'entêtante.
mercredi 16 septembre 2026
Invasion / The Invasion de Oliver Hirschbiegel. 2007. U.S.A. 1h38.
Dix-neuf années il me fallut pour découvrir enfin Invasion, du réalisateur allemand Oliver Hirschbiegel, et quelle ne fut pas ma surprise de constater que j'ai passé un vrai bon moment de cinéma ludique ! Même si l'on peut peut-être évoquer ici le plaisir innocent, tant cette quatrième adaptation du fameux roman L'Invasion des profanateurs de Jack Finney, paru en 1955, joue pleinement la carte du divertissement du samedi soir, sur un rythme particulièrement infernal.
Et c'est bien là toute la qualité de ce divertissement fort sympathique, jouant à fond sur l'aspect ludique d'une course pour la survie qu'une mère de famille entame afin de retrouver son fils vivant, et surtout avant qu'il ne soit contaminé par le virus extraterrestre.
À cet égard, Nicole Kidman porte véritablement le film sur ses épaules, avec beaucoup d'investissement et une réelle fragilité maternelle, même si l'on est également admiratif de son courage et de sa résilience à ne pas se laisser contaminer par la peur et le virus.
Ainsi donc, Invasion est un formidable divertissement à la fois spectaculaire, haletant et palpitant, puisque le réalisateur ne lésine pas non plus sur des séquences d'action admirablement troussées, notamment grâce au dynamisme d'un montage particulièrement consciencieux vers son final explosif.
On peut d'ailleurs rappeler qu'Oliver Hirschbiegel est loin d'être un manchot, puisqu'il est l'auteur des excellents L'Expérience et La Chute. Et donc, avec Invasion, je fus véritablement surpris du plaisir que le film a pu me procurer durant 1 h 35, sans jamais me laisser le temps de respirer, tant le récit est mené à toute allure sous l'impulsion d'une Nicole Kidman à la fois affolée et pugnace.
D'autant plus que le réalisateur exploite impeccablement ses décors urbains sous une photo particulièrement léchée, aux teintes désaturées, métalliques et bleutées, renforçant quelque peu un aspect futuriste, d'une certaine façon. Cela donne l'étrange impression d'assister aujourd'hui à un film contemporain, comme s'il avait été réalisé de nos jours, alors que le film date de 2007.
Et donc, au final, non seulement Invasion demeure un divertissement efficace, parfaitement troussé et impeccablement incarné par une Nicole Kidman investie dans sa fonction héroïque, mais le réalisateur, si je me réfère notamment à sa conclusion, semble également ouvrir une réflexion sur l'utilité des guerres, sur cette nécessité de s'entretuer pour un oui ou pour un non afin de rendre le monde meilleur.
Une réflexion qui est loin d'être inintéressante, puisqu'elle tend à interroger cette part de violence et de destruction qui semble inhérente à l'être humain, et notre incapacité à nous en débarrasser totalement. Peut-être notre combat de tous les jours consiste-t-il justement à défier cette part sombre qui est en nous afin de nous rendre meilleurs et, par conséquent, de rendre le monde meilleur. Car, c'est bien connu: "Nous ne pouvons changer le monde sans changer notre façon de penser."
C'est en tout cas ainsi que je perçois cette quatrième adaptation, injustement honnie et boudée aux quatre coins de la planète, alors qu'il s'agit à mes yeux d'un formidable divertissement à la fois haletant, palpitant, intelligent et, par moments, même angoissant. Car on croit à nouveau à cette menace extraterrestre qui se tapit derrière notre enveloppe corporelle à travers un climat urbain insécure palpable.
D'autant que le film démarre d'emblée sur un rythme très vif, annonçant dès les premières minutes cette contamination qui infecte peu à peu les humains. Une manière pour le réalisateur d'embrayer immédiatement sur un parti pris vigoureux et spectaculaire, celui d'une course pour la survie que Nicole Kidman mène avec beaucoup de tempérament et de détermination.
Bref, dix-neuf ans après l'avoir condamné d'avance sans même l'avoir vu, force est de constater qu'il faut éviter de se fier aux réputations et encore moins blâmer un film avant de l'avoir découvert. Car, contre toute attente, Invasion m'aura offert un bien sympathique moment d'évasion.
mardi 15 septembre 2026
Dans les griffes du Vampire / Curse of the Undead de Edward Dein. 1959. 1h19. U.S.A.
Hier soir, découverte d'une curiosité surgie de nulle part. Bien que cette fameuse série B soit sortie en Blu-ray sous l'égide de BQHL Édition, quelle étonnante surprise que de constater à quel point j'ai vécu ici un moment cinématographique "autre".
Car Dans les griffes du vampire parvient à conjuguer western et épouvante avec une surprenante sobriété et un sérieux imperturbable. Si bien qu'ici, point de canines à l'horizon, mais plutôt des cow-boys, des êtres humains confrontés à la menace d'un vampire, une sorte de mercenaire habillé de cuir qui propage la terreur dans une petite bourgade du Far West, notamment auprès de la famille Carter. Une famille également menacée par un propriétaire terrien plutôt margoulin, bien décidé à s'approprier d'autres terres dans la région.
Ainsi donc, dans un noir et blanc assez magnétique (épaulé d'une superbe copie HD !), Dans les griffes du vampire détonne et surprend dans sa manière de traiter à la fois le mythe du vampire et celui du western (avec duels en règle), en prenant soin de caractériser ses personnages, mais surtout de prendre son sujet très au sérieux, avec une efficacité permanente.
L'histoire se focalise principalement sur un trio de protagonistes : Dolores, la survivante de la famille Carter, le pasteur de la bourgade et enfin le vampire, prénommé Drake Robey.
Et si les comédiens comme le réalisateur demeurent largement méconnus du grand public, il est étonnant de constater à quel point chacun se montre convaincant et se donne à fond dans son personnage, avec une expressivité tout à fait crédible. Notamment Michael Pate, plutôt étrange dans sa manière d'humaniser et de composer un vampire singulier, sans compter que le réalisateur prend soin de réinventer les situations éculées (le baiser et la morsure du vampire dans la chambre de sa bienaimée) avec un réalisme naturel.
À tel point que Dans les griffes du vampire nous offre l'agréable sensation de regarder autant une curiosité surgie de la 4è Dimension qu'un très bon divertissement à faire découvrir aux amateurs éclairés. Un film audacieux qui mérite même d'être revu plusieurs fois, tant son approche très sobre et très sérieuse du mythe vampirique peut un peu déconcerter au premier visionnage.
lundi 14 septembre 2026
La Fin d'Oak Street de David Robert Mitchell. 2026. U.S.A. 1h38.
dimanche 13 septembre 2026
Butcher 1 et 2 / Hatchet de Adam Green. 2006. U.S.A. 1h24.
Parce que le récit est mieux construit et un peu plus consistant (notamment au niveau des origines familiales du tueur).
Parce que certains personnages ont un peu plus d'épaisseur psychologique (l'héroïne juvénile / le révérend aux stratégies offensives contradictoires).
Parce que les effets gores mécaniques sont encore plus funs, drôles et percutants.
Parce que l'ambiance fait parfois preuve d'un sentiment d'angoisse palpable avant l'estocade d'une brutalité implacable.
Hâte de découvrir le 3e, en temps voulu.










































