vendredi 19 juin 2026

Memento de Christopher Nolan. 2000. U.S.A. 1h53.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Alors hier soir, revisionnage du second long-métrage de Christopher Nolan, j'ai nommé le fameux Memento, œuvre multi-récompensée à l'international.

À la revoyure, c'est un sacré moment de cinéma auquel j'ai assisté. Le coup de génie de cette intrigue, c'est de parvenir à nous placer à l'intérieur même de la mémoire du protagoniste. Suite à l'agression de son épouse et au traumatisme crânien qu'il a subi en tentant de la sauver, Leonard Shelby souffre d'amnésie antérograde : au bout de quelques minutes, il ne se souvient plus de ce qu'il vient de vivre, ni des personnes qu'il vient de rencontrer.
 

L'astuce de Christopher Nolan consiste alors à brouiller les pistes chronologiques en construisant son récit comme un immense puzzle à reconstituer. Durant toute l'intrigue, nous ne cessons de naviguer entre passé, présent et futur avec une maîtrise narrative assez incroyable. On demeure constamment captivé par ce scénario tortueux qui nous triture délicatement les méninges sans jamais nous agacer - une fois n'est pas coutume.

Et c'est là un autre tour de force du réalisateur : parvenir à transformer ce qui pourrait n'être qu'un casse-tête ou un Rubik's Cube cinématographique en une œuvre profondément passionnante. On adore reconstituer les pièces du puzzle, d'autant plus que, contrairement aux apparences, il ne s'agit pas seulement d'un brillant exercice de style. Memento est également un thriller remarquablement mené et admirablement interprété par Guy Pearce, dont le jeu mêle avec justesse inquiétude, hésitation, vulnérabilité et perplexité permanente.
 

Toutes les expressions interrogatives de Leonard deviennent les nôtres puisque nous nous retrouvons littéralement enfermés dans sa mémoire défaillante. Comme lui, nous tentons d'assembler les morceaux d'une vérité qui semble sans cesse nous échapper. Et cela relève de l'hypnose cinématographique !

Mais en filigrane, et notamment grâce à une conclusion particulièrement ambiguë, il faut aussi saluer un drame psychologique d'une grande richesse. À travers ce personnage prisonnier de son amnésie, Nolan développe un second niveau de lecture particulièrement troublant. Et si Leonard s'inventait inconsciemment une nouvelle mission ? Et si cette enquête obsessionnelle lui permettait de donner un sens à son existence tout en refusant d'accepter le deuil de son épouse ?
 

C'est là que le film devient fascinant. On peut douter de tout. On peut même se demander si certains souvenirs de Leonard correspondent réellement à la vérité. Son épouse est-elle réellement morte lors de l'agression ? Certains événements ne sont-ils pas déformés par son traumatisme ? Leonard est-il uniquement une victime ou devient-il, malgré lui, l'artisan de sa propre tragédie ? Nolan laisse suffisamment d'indices pour nourrir toutes ces interrogations sans jamais imposer de réponse définitive.

Sans trop dévoiler les ressorts de l'intrigue, ajoutons que Carrie-Anne Moss est absolument délectable de machiavélisme. Son personnage ne cesse de manipuler Leonard avec une séduction froide, perfide et calculatrice. Quant à Joe Pantoliano, dans le rôle de Teddy, il compose un personnage ambigu particulièrement savoureux, dont les intentions décomplexées demeurent constamment sujettes à caution.
 

Au final, Memento est un thriller à marquer d'une pierre blanche, un film qu'il faut impérativement revoir plusieurs fois afin d'en saisir toute la substance narrative et toute la portée morale. Derrière son extraordinaire construction se cache la tragédie bouleversante d'un anti-héros qui tente désespérément de reconstituer sa propre existence malgré les limites de sa mémoire. Jusqu'à se mentir lui même pour mieux construire sa route de la rédemption.

Et le film demeure profondément passionnant grâce à sa chronologie éclatée, mais aussi grâce à son climat intimiste, mystérieux, inquiétant, troublant et parfois même envoûtant. Plus qu'un simple puzzle cinématographique, Memento est une réflexion vertigineuse sur la mémoire, l'identité et les mensonges que nous sommes parfois prêts à nous raconter pour continuer à (sur)vivre.
 
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Récompenses:

Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville en 2000.
Waldo Salt Screenwriting Award au Festival du film de Sundance en 2001.
Saturn Award du meilleur film d'action/aventures/thriller en 2002.
Independent Spirit Awards du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et du meilleur second rôle féminin (Carrie-Anne Moss) en 2002.
MTV Movie Award du meilleur nouveau cinéaste (Christopher Nolan) en 2002.
Australian Film Institute Award du meilleur scénario en 2002.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film en 2002.
Prix Bram-Stoker du meilleur scénario en 2002.
Critics Choice Award du meilleur scénario en 2002.
 
ANECDOTES:  
L'idée vient du frère de Christopher Nolan
Peu de gens le savent, mais l'histoire est née dans l'esprit de Jonathan Nolan, le frère cadet de Christopher.
Pendant un trajet en voiture entre les deux frères, Jonathan évoque l'idée d'un homme incapable de créer de nouveaux souvenirs qui chercherait à venger sa femme.
Jonathan écrira ensuite une nouvelle intitulée Memento Mori tandis que Christopher développera simultanément le scénario du film.

Les deux œuvres ont donc été créées presque en parallèle.
Nolan a écrit le scénario avant même que la nouvelle soit publiée.
Contrairement à ce que l'on croit souvent, Memento n'est pas exactement l'adaptation de Memento Mori.
Christopher Nolan a commencé à écrire son script à partir des discussions avec son frère alors que la nouvelle n'était pas encore terminée.
Les deux versions racontent la même histoire de base mais diffèrent sur de nombreux détails.
 
Le film a été refusé par de nombreux studios.
Lorsque Nolan présente le projet, plusieurs producteurs trouvent le scénario incompréhensible.
Certains estiment que le public sera incapable de suivre un récit raconté à rebours.
Aujourd'hui cela paraît absurde, mais à la fin des années 1990, Memento était considéré comme un pari commercial extrêmement risqué.

Guy Pearce a failli ne jamais obtenir le rôle.
Guy Pearce n'était pas le premier choix de plusieurs producteurs.
À l'époque, il était surtout connu pour des rôles dans des productions australiennes et pour le soap opera Neighbours.
Nolan s'est battu pour l'imposer.
Difficile aujourd'hui d'imaginer quelqu'un d'autre dans le rôle de Leonard Shelby.

Le tournage n'a duré que quelques semaines.
Le film a été tourné en seulement 25 jours environ.
Pour un récit aussi complexe, c'est extrêmement court.
Le budget était également très modeste comparé aux standards hollywoodiens.

La structure du film est mathématique.
Le récit repose sur deux chronologies :
les scènes en noir et blanc avancent normalement ;
les scènes en couleur remontent le temps.
Les deux lignes narratives finissent par se rejoindre dans la dernière séquence.
Cette construction est souvent étudiée dans les écoles de cinéma comme un exemple presque parfait d'architecture scénaristique.

Les Polaroïds n'étaient pas un simple gadget.
Leonard utilise des photographies instantanées pour remplacer sa mémoire.
Nolan voulait un système visuel immédiatement compréhensible.
Le Polaroïd est devenu un symbole du film au point d'être aujourd'hui indissociable de son identité.
 
Le film cache un immense paradoxe.
Plus on revoit Memento, plus on se rend compte que Leonard est peut-être le personnage le moins fiable de toute l'histoire.
Au premier visionnage, on soupçonne Teddy.
Au deuxième, on commence à soupçonner Natalie.
Au troisième, on finit souvent par soupçonner Leonard lui-même.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le film gagne en richesse à chaque revisionnage.
 
Christopher Nolan considérait déjà ce film comme un test.
Nolan a souvent expliqué que Memento lui avait permis de vérifier jusqu'où il pouvait emmener un spectateur dans une narration complexe sans le perdre.
On retrouve ensuite cette obsession dans :
The Prestige
Inception
Interstellar
Tenet
Memento est en quelque sorte le laboratoire où Nolan a mis au point son cinéma.
 
Roger Ebert a reconnu avoir dû le revoir.
Le célèbre critique Roger Ebert a admis que le film l'avait tellement déstabilisé qu'il avait ressenti le besoin de le revoir afin d'en saisir pleinement les mécanismes.
C'est précisément le type de film qui se bonifie avec les revisionnages.
Le tatouage final est l'une des scènes les plus tragiques du cinéma moderne.
Lorsque Leonard décide consciemment de transformer Teddy en coupable, il cesse d'être seulement une victime.
Il devient l'architecte de sa propre illusion.
Cette idée fascine encore aujourd'hui de nombreux cinéphiles : un homme qui utilise son handicap pour se mentir à lui-même.
C'est probablement ce qui donne au film sa puissance émotionnelle au-delà du simple thriller.

Un détail que beaucoup ratent au premier visionnage.
Observez bien les expressions de Teddy lors de la révélation finale.
Joe Pantoliano ne joue pas un homme terrifié.
Il joue un homme épuisé.
Comme s'il avait déjà vécu cette situation plusieurs fois.
Cette interprétation renforce l'idée que Leonard aurait déjà accompli sa vengeance depuis longtemps et qu'il répète éternellement le même cycle.
C'est l'un des détails les plus glaçants du film.

mardi 16 juin 2026

Les Nerfs à vif / Cape Fear de Martin Scorsese. 1991. U.S.A. 2h07.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, troisième visionnage du fameux remake de Martin Scorsese, Les Nerfs à vif (1991), et force est de constater qu'à la revoyure, je ne peux m'empêcher de le cacheter "chef-d'œuvre". Car, à mes yeux, Martin Scorsese transcende le classique de J. Lee Thompson grâce à un art consommé de la mise en scène, à une direction d'acteurs au cordeau et à l'incroyable partition de Bernard Herrmann, brillamment réorchestrée par Elmer Bernstein, qui irrigue tout le récit.

Ce qui frappe immédiatement à la revoyure des Nerfs à vif, c'est le soin apporté à cette réalisation d'une précision redoutable, notamment à travers des mouvements de caméra d'une fluidité et d'une vélocité tranchées qui accentuent constamment la tension émanant des personnages. Robert De Niro, Nick Nolte, Jessica Lange et Juliette Lewis composent un quatuor d'acteurs exceptionnel - euphémisme - au cœur d'une véritable descente aux enfers morale qui s'étire durant près d'une heure trente de métrage.
 

La tension ne cesse alors de monter en puissance au fil d'une violence sournoise toujours plus délétère. Ce récit reptilien met en scène la vengeance de Max Cady, ancien détenu fraîchement libéré après quatorze années de prison, bien décidé à faire payer à son ancien avocat, Sam Bowden, la trahison dont il estime avoir été victime. En dissimulant certaines informations susceptibles d'alléger sa peine, Bowden a contribué à sa condamnation et devient ainsi la cible d'une vengeance méthodique et implacable.

C'est d'ailleurs ce qui rend le film si passionnant : Sam Bowden est loin d'être un héros irréprochable. Corruptible et moralement ambigu, il ira jusqu'à engager un détective privé afin d'organiser le passage à tabac de Cady dans l'espoir de l'intimider et de protéger sa famille.
 

Parmi les nombreuses scènes marquantes du film figure celle, absolument sidérante - infaisable aujourd'hui - qui réunit Max Cady et Danielle Bowden dans l'auditorium du lycée. Ce rendez-vous scolaire tournant au jeu de séduction, d'une audace folle, dégage un parfum de soufre particulièrement malsain et dérangeant. Derrière son sourire charmeur et son apparente douceur, Cady révèle progressivement sa nature de prédateur paraphile, capable de manipuler psychologiquement une adolescente avec une habileté terrifiante.

À mon sens, il s'agit de la séquence la plus intolérablement réussie du métrage tant elle met mal à l'aise avec intelligence et subtilité, imposant finalement deux attouchements sexuels que Scorsese ose filmer dans une pudeur troublante.
 
 

Martin Scorsese aborde donc cette étreinte scabreuse avec une subtilité remarquable - oui, j'insiste - sans jamais céder à la facilité ni à la complaisance. Grâce à la justesse du jeu des acteurs et surtout à la présence délicieusement troublante de Juliette Lewis, alors à l'orée de sa carrière, cette confrontation demeure le moment méphitique le plus inconfortable et fascinant du métrage. À mes yeux, il s'agit même du rôle le plus authentique de toute sa filmographie. D'autant plus difficile et délicat que Scorsese ose mettre en scène deux contacts charnels particulièrement dérangeants entre Cady et Danielle. Une audace folle qui n'aurait sans doute jamais été envisageable si Juliette Lewis avait réellement eu l'âge de son personnage mineur au moment du tournage (elle était en faite âgée de 18 ans).

Ainsi, Les Nerfs à vif demeure un thriller horrifique d'une redoutable efficacité. On peut d'ailleurs parler de modèle de mise en scène et d'efficacité tant le spectateur reste rivé à son siège avec une attention quasi cérébrale. Le réalisme insolent des situations, le brio technique de la réalisation - à donner le vertige par moments - et l'interprétation étourdissante des acteurs contribuent à créer un climat de tension quasiment ininterrompu, proche de la perfection.
 

Le tout est sublimé par cette partition de Bernard Herrmann / Bernstein, dont les accents profondément hitchcockiens renforcent encore le caractère oppressant du récit. Une musique vrombissante qui accompagne cette lente montée vers la folie et la violence jusqu'à un final explosif et mémorable.

Pour revenir aux personnages qui composent cette famille dysfonctionnelle, Sam Bowden est donc loin d'être irréprochable. L'homme a failli à son devoir d'avocat par félonie, et sa vie familiale apparaît elle aussi profondément fragilisée. Sa fille Danielle semble psychologiquement perturbée, tandis que lui-même se révèle incapable de préserver l'équilibre de son foyer. Ses infidélités passées nourrissent les éclats de colère et les rancœurs de son épouse, interprétée par une rayonnante Jessica Lange, qui lui reproche une nouvelle fois ses écarts lorsque sa collègue Lori Davis est sauvagement agressée par Cady, dans une séquence horrifique d'une violence quasi insoutenable.
 

Ce qui surprend d'autant plus dans Les Nerfs à vif, c'est la manière dont Martin Scorsese joue durant près d'une heure trente la carte d'une confrontation psychologique remarquablement subtile et oppressante. Puis, dans son dernier acte, le film bifurque vers quelque chose de beaucoup plus démonstratif, voire outrancier. Pourtant, là où beaucoup auraient sombré dans le ridicule ou le grand-guignolesque, Scorsese parvient à transcender ces excès.

Cette réussite tient avant tout au tact de sa réalisation, à la sobriété du jeu des acteurs et au réalisme émotionnel des situations. Grâce à cela, nous acceptons ces affrontements physiques de plus en plus extrêmes, baignés dans un climat quasi démoniaque, aussi troublant que dérangeant. Peu à peu, Max Cady cesse d'être un simple homme pour devenir l'incarnation même du Mal.
 

On peut également voir dans cette confrontation une puissante métaphore intérieure. À travers Cady, Sam Bowden semble combattre ses propres démons, sa culpabilité et ses fautes passées. Il cherche à s'en débarrasser coûte que coûte, jusqu'à tenter de le tuer lors d'un affrontement final d'une tension presque insoutenable.

Même dans ses ultimes instants, le film continue de manipuler nos nerfs. Alors que tout semble terminé, nous restons persuadés que Cady va encore surgir pour s'en prendre à ses proies. Cette menace persistante, cette angoisse qui survit au personnage lui-même, témoigne une fois de plus de tout le talent de Martin Scorsese.
 

Au final, Les Nerfs à vif est, à mes yeux, un chef-d'œuvre à part entière du thriller, flirtant même par moments avec le cinéma d'horreur. Porté par cette mise en scène ultra inspirée, des acteurs habités et une tension de tous les instants, il demeure l'un des plus grands thrillers américains des années 1990. Malencontreusement quelque peu oublié aujourd'hui, il mériterait pourtant d'être réhabilité à sa juste valeur.
 
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lundi 15 juin 2026

Dead Snow 2 de Tommy Wirkola. 2014. Suède/Norvège. 1h40.

                       (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Une fois n’est pas coutume, rares sont les suites qui parviennent à transcender leur modèle. Et c’est pourtant bien le cas avec Dead Snow 2, que je découvre pour la toute première fois, alors que j’ai déjà vu deux fois le premier opus.

Ainsi donc, si l’on peut parfaitement avoir une préférence pour le premier pour son effet de surprise et le charme qu’il dégage dans son côté bricolé, soigneusement fignolé, cette suite demeure pourtant beaucoup plus inventive, beaucoup plus vigoureuse, beaucoup plus gore et surtout beaucoup plus drôle que son aînée. Tant et si bien que Tommy Wirkola redouble de pêche, de dérision, d’insolence et de méchanceté à travers cet opus 2, encore plus décalé, complètement déjanté - pour ne pas dire totalement déchaîné -, à travers un récit qui ne cesse de relancer l’action grâce à des idées retorses tout à fait convaincantes.


Notamment autour du héros Martin, seul rescapé du premier opus, qui avait perdu un bras en se le tronçonnant. Ici, il le récupère grâce à des médecins, mais le problème, c’est que ce bras appartenait au leader des zombies nazis, ce qui lui confère des pouvoirs surnaturels. On pense alors à Ash dans la saga Evil Dead, puisque grâce à ce bras surpuissant, Martin va pouvoir réanimer des morts “gentils”, entre guillemets, pour mieux combattre la horde de zombies nazis déterminée à massacrer 800 habitants du village - massacre initialement ordonné par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale, mais jamais achevé puisque le navire de ses sbires fut coulé par les Anglais.

Mais pour épicer encore l’intrigue et renforcer le côté héroïque et beaucoup plus film de guerre de ce second opus survitaminé, Martin va également se rallier à un trio de geeks américains se prétendant chasseurs de zombies, avec un look très cinéphile - dont l’une est notamment fan de Star Wars.


Ainsi donc, Dead Snow 2 est un formidable divertissement horrifique, beaucoup plus énergique et rythmé, porté par un enchaînement quasi ininterrompu de séquences d’action et de guerre où les gerbes de sang éclaboussent l’écran toutes les deux à cinq minutes. C’est un jubilatoire jeu de massacre qui se déchaine ici à bras ouvert, tourné cette fois en format scope, ce qui rend l’aventure encore plus cinématographique.

Et cela fonctionne à plein régime, sous l’impulsion d’une poignée de protagonistes parfaitement incarnés par des comédiens norvégiens et islandais - le film étant cette fois-ci une coproduction entre la Norvège et l'Islande -, toujours aussi investis et déterminés à se prêter au jeu de la déconnade avec une foi inébranlable.


Enfin, pour parachever, cerise sur le gâteau, comment passer outre cette conclusion élégiaque totalement inattendue, d’un romantisme aussi culotté que profondément émouvant, portée par le magnifique tube de Bonnie Tyler (“Total Eclipse of the Heart”). Et je peux avouer sans rougir que c’est la toute première fois qu’un film d’horreur estampillé “zombies” parvient à me faire verser des larmes sans que je puisse les retenir. D’ailleurs, rien que pour cette séquence littéralement anthologique, fort d’une poésie morbide et incongrue, Dead Snow 2 est à ne pas rater.

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dimanche 14 juin 2026

An american Crime de Tommy O'Haver. 2007. U.S.A. 1h34.

              (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Quand l’instinct pervers dévore l’innocence sacrifiée."

Découverte hier soir du film An American Crime de Tommy O'Haver , inédit en salle puisqu’il est directement sorti en DVD chez nous le 1er juin 2011, alors qu’il date de 2007. Il faut préciser que ce fait divers avait déjà été traité auparavant la même année avec The Girl Next Door, réalisé par Gregory M. Wilson.

Ici, on a une version plus suggérée de ce fait divers sordide. À savoir que durant l’été 1965, un couple confie leurs filles, Sylvia et sa petite sœur Jenny, à une femme au foyer, Gertrude Baniszewski. Ce qui devait être une simple hospitalité va devenir un véritable cauchemar pour l’une des deux sœurs, puisque pendant plusieurs mois, Sylvia sera séquestrée et torturée, non seulement par la femme qui garde les enfants, mais aussi par les propres enfants de cette femme, dans la cave de leur maison en Indiana.


Si An American Crime ne possède pas une violence aussi explicite que The Girl Next Door, il n’en demeure pas moins absolument éprouvant - je pèse mes mots - dans sa capacité à nous terrifier et nous écœurer lorsqu’une femme d’apparence aimable s’adonne au sadisme et à la perversité pour des motifs qui nous échappent, même si elle souffre de dépression et suit un traitement médicamenteux.

Mais le plus glaçant reste la manière dont le réalisateur montre comment ce sadisme peut contaminer toute une assemblée d’enfants, qui perdent progressivement leur innocence dans une spirale de cruauté gratuite parfois insoutenable.


C’est donc peu dire que An American Crime est un film odieux, mais dans le sens noble du terme, puisqu’il ne se complaît jamais dans le voyeurisme ni dans la surenchère. Bien au contraire, il impose une distance qui rend le tout encore plus insoutenable. Grâce à l’interprétation bouleversante d’Elliot Page, absolument déchirante d’impuissance et de fragilité candide, le film devient un véritable requiem.

On peut également souligner la performance de Catherine Keener, tétanisante de froideur dans le rôle de Gertrude Baniszewski, figure maternelle à la fois effacée, impassible et atone, dont l’ambiguïté morale continue de hanter bien après la vision.


Le film intègre enfin une dimension judiciaire à travers des séquences de procès où sont exposés les jugements des différents accusés, renforçant encore la dimension clinique et implacable du récit.

An American Crime est ainsi un terrible fait divers mis en scène avec pudeur, dignité et précision. On en ressort abasourdi, voire détruit, face à une cruauté morale et physique qui sature l’écran 1h30 durant.

Autant dire qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en sortir indemne.

A ne pas mettre devant tous les yeux.

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Dead Snow de Tommy Wirkola. 2009. Norvège. 1h30.

                      (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Révision hier soir du petit film d'horreur norvégien Dead Snow, réalisé par Tommy Wirkola, qui réitérera d'ailleurs l'exploit avec une suite tournée cinq ans plus tard, Dead Snow 2: Red vs. Dead (on me chuchote à l'oreille qu'elle est encore plus réussie ! ?).

Or, le film qui nous intéresse ici est une formidable série B à l'ancienne, symptomatique d'un cinéma horrifique - pour rire - des années 80, si bien que les amateurs éclairés de films de zombies se réjouiront d'assister à un divertissement aussi fun que cartoonesque, dosant avec une habileté certaine humour et frissons.


Et c'est notamment ce qui fait la réussite de ce petit film d'horreur norvégien : prendre au sérieux et avec respect le genre horrifique, ou plus précisément le mythe du zombie, en abordant son sujet avec un réel investissement, même si le récit demeure aussi classique que simpliste.

Ce qui rend Dead Snow si attractif et jubilatoire, c'est avant tout sa capacité à divertir à travers une accumulation de séquences extrêmes, chocs et spectaculaires, portées par un art consommé du gore ultra-sanglant. D'autant plus que les effets spéciaux artisanaux sont formidablement réussis, permettant de savourer pleinement ces gerbes d'hémoglobine qui envahissent l'écran presque sans interruption durant la dernière heure du métrage. On pense d'ailleurs à nos classiques de notre adolescence parmi lesquels Evil-dead 1 et 2, Brain Dead ou encore Bad Taste auquel le réalisateur voue une véritable passion à peine dévoilée ici lors d'aimables clins d'oeil.


L'immersion fonctionne d'autant mieux que les zombies font preuve d'un véritable charisme patibulaire. On croit en eux, en leur capacité à terroriser leurs victimes comme à les dézinguer avec une férocité réjouissante. On pense même parfois au fabuleux Le Commando des morts-vivants, toute proportion gardée.

À la différence près qu'ici, la photographie est absolument splendide. Cette imagerie enneigée met superbement en valeur les magnifiques décors naturels, au point que l'on pourrait presque parler d'un second rôle tant le réalisateur les intègre à l'action et à l'identité même du film.


Quant aux comédiens norvégiens, tous quasiment inconnus sous nos latitudes, cela constitue paradoxalement une véritable plus-value. On se familiarise d'autant plus facilement avec eux et ils se prêtent à l'aventure avec une détermination sans faille.

À l'arrivée, Dead Snow constitue pour moi, à la faveur de cette révision, un véritable petit coup de cœur (que j'aurai mieux faire de revoir bien plus tôt). Un délire norvégien capable d'angoisser autant qu'il fait marrer, porté par une générosité, un sens du spectacle et un respect du genre qui évoquent, à leur manière, Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon ou encore Shaun of the Dead.

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vendredi 12 juin 2026

Splinter de Toby Wilkins. 2008. U.S.A. 1h22.

                       (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Alors hier soir, révision du très sympa Splinter de Toby Wilkins, réalisé en 2008. Il s'agit de son premier long métrage et, pour un DTV, je me souviens qu'à l'époque il n'était pas passé inaperçu. À raison, puisque ce formidable petit film réalisé avec trois francs six sous ressemble à s'y méprendre à ces productions des années 80 qui pullulaient alors et que l'on aimait regarder prioritairement le samedi soir.

Nous sommes ici exactement dans le moule de ces divertissements modestes qui dégagent un charme et une sympathie indéfectibles. Grâce à un concept pourtant éculé, on pense inévitablement à The Thing, puisqu'une sorte de parasite venu d'on ne sait où s'accapare le corps de ses victimes et les fait muter en une créature protéiforme.
 

En tablant sur la fameuse situation du huis clos au sein d'une station-service où se retrouvent piégés un jeune couple, un preneur d'otages et son complice, Toby Wilkins joue la carte du survival avec une efficacité permanente. Si bien que durant 1h20 (durée idoine hélas révolue !), on demeure complètement impliqué dans l'action autant que dans un suspense particulièrement tendu, ponctué de quelques séquences-chocs que les amateurs ne manqueront pas d'applaudir.

Je pense notamment à une scène hallucinante qui, malgré son caractère totalement improbable, tire justement sa force de cette invraisemblance même. Celle-ci permet à Toby Wilkins de renforcer à la fois la tension et le dégoût suscités par une séquence aussi extrême que mémorable. Mais chut...
 

Plutôt bien réalisé, Splinter profite également d'effets spéciaux convaincants qui misent autant sur la suggestion que sur le minimalisme grâce à un montage volontairement épileptique. Certes, cela constitue parfois un défaut puisque l'on distingue mal la créature, mais le procédé fonctionne étonnamment bien. Cette silhouette insaisissable renforce même le mystère et la fascination qu'elle exerce. Une manière habile de pallier le manque de moyens tout en rendant la menace encore plus inquiétante.

À d'autres moments, les séquences-chocs impressionnent par leurs effets spéciaux artisanaux qui provoquent une véritable répulsion viscérale, notamment grâce à ce parasite injectant d'effroyables épines dans la chair de ses victimes afin de les contaminer.
 

Splinter est d'autant plus distrayant et intense qu'il est impeccablement interprété par des acteurs méconnus, à l'exception de Shea Whigham, affirmé dans le rôle du preneur d'otages avec une sobriété payante. Quant au jeune couple incarné par Paulo Costanzo et Jill Wagner, il s'en sort admirablement. Toby Wilkins a d'ailleurs l'intelligence de faire évoluer ses personnages de manière crédible, en leur accordant une véritable capacité de réflexion pour tenter de déjouer la menace qui cherche par tous les moyens à s'infiltrer dans la station-service.

Le réalisateur utilise ainsi d'excellentes idées narratives pour relancer constamment l'action et renforcer la crédibilité de ce contexte fantastique dont on ignore jusqu'à l'origine du parasite. Une part de mystère qui contribue grandement à l'efficacité de l'ensemble.
 

À l'arrivée, deux décennies plus tard, je me rends compte que Splinter demeure toujours aussi efficace, spectaculaire, impressionnant grâce à son suspense tendu savamment dosé et à la conviction de ses comédiens, étonnamment impliqués qu'ils demeurent méconnus. Une vraie performance lorsque l'on sait que l'essentiel du film repose sur seulement quelques personnages enfermés dans un même lieu.

Splinter reste donc une réjouissante petite réussite, une série B horrifique aussi modeste qu'efficace que les amateurs éclairés feraient bien de réviser.

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mercredi 10 juin 2026

Batman v Superman de Zack Snyder. 2016. U.S.A. 3h02 version longue

                       (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, découverte pour la première fois de la version longue de Batman v Superman : L'Aube de la Justice de Zack Snyder. Une Ultimate Edition de 3h02, rien que ça.

Et comment rester indifférent face à un blockbuster d'une telle ampleur, d'une telle ambition ? D'emblée, il faut souligner que cette version longue clarifie considérablement un récit parfois jugé complexe, notamment à travers les enjeux politiques, les manipulations de Lex Luthor et la progression de l'enquête menée par Clark Kent.

Ce qui m'a frappé durant la totalité du métrage, c'est avant tout l'ambition de Zack Snyder d'assumer un premier degré total, notamment dans son rapport à la violence. J'ai d'ailleurs été étonné par certaines séquences particulièrement brutales, preuve que nous ne sommes pas face à un simple film de super-héros calibré pour les ados, en bonne et due forme.
 

Et surtout, Batman v Superman ne se résume pas à l'affrontement de deux icônes qui peut d'ailleurs quelque peu décevoir lors du fameux mano à mano. D'un point de vue personnel, j'y vois également - et surtout - une superbe déclaration d'amour maternel. Derrière le choc des titans se dessine une histoire de filiation et de préservation, dont l'enjeu ultime consiste à sauver Martha Kent. J'ai trouvé cette trajectoire émotionnelle particulièrement forte et touchante, tant elle révèle l'humanité de ces deux figures héroïques. Unir leurs forces pour des enjeux de rédemption, de paix avec son passé, d'héroïsme, d'amour et de pardon. Tout cela au prix d'un prénom commun. Celui d'une mère sur le point d'être à nouveau sacrifiée.

Pour autant, le film demeure un grand spectacle évidemment, bien que pas si destroy que prévu. Contrairement à ce que sa réputation pourrait laisser croire, Zack Snyder ne verse pas constamment dans la destruction massive. Il réserve l'essentiel de sa démesure à la dernière heure, et plus particulièrement à une demi-heure finale absolument apocalyptique lors du combat contre Doomsday. L'ampleur de ces affrontements nocturnes relève quasiment de l'opéra visuel, tant la mise en scène semble repousser sans cesse les limites du spectaculaire. On en prend littéralement plein les mirettes au point de se pincer l'épiderme. 
 

Mais au-delà de l'action intermittente, Batman v Superman séduit également par sa noirceur et son épaisseur psychologique. Batman apparaît comme un homme usé, consumé par la rage et le sentiment d'avoir perdu foi en l'humanité. À l'inverse, Superman devient ici une figure quasi mythologique, dont les pouvoirs suscitent autant l'admiration que la méfiance.

Le film développe d'ailleurs une réflexion passionnante sur le pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu'un individu possède une force quasi divine ? Peut-on être certain qu'elle ne se retournera jamais contre les hommes ? C'est précisément cette interrogation qui nourrit les craintes de la population comme celles de Batman lui-même.
 

Dans cette tourmente, Lois Lane occupe une place essentielle. Toujours incarnée avec beaucoup de justesse par Amy Adams, elle apporte à Superman une tendresse, une empathie et une humanité qui contrebalancent admirablement la dimension quasi divine du personnage, sans jamais en faire trop. J'ai même trouvé son rôle plus important car plus présente encore que dans Man of Steel.

La différence entre les deux films me paraît d'ailleurs flagrante. Si Man of Steel impressionnait déjà par son ambition et sa démesure en roue libre, Batman v Superman pousse encore plus loin la noirceur, la complexité et les thématiques abordées. Certains dialogues se révèlent parfois difficiles à suivre à mes yeux, mais cette richesse substantielle contribue aussi à faire du film une œuvre qui mérite d'être revue. Un seul visionnage ne me semble clairement pas suffisant.
 

Au fond, Batman v Superman apparaît comme un blockbuster atypique et presque baroque, mêlant thriller politique, réflexion sur le pouvoir, affrontement idéologique, drame psychologique et questionnement religieux autour de Superman, sans oublier les manipulations machiavéliques de Lex Luthor.

À ce titre, Jesse Eisenberg constitue pour moi une véritable surprise. Son Lex Luthor ne ressemble à aucun de ceux qui l'ont précédé. Alors qu'il pourrait parfois sombrer dans la caricature, l'acteur parvient constamment à maintenir un équilibre fascinant entre excentricité, intelligence et folie. Il compose un personnage lunaire, dérangé, imprévisible, dont la présence singulière ne cesse d'alimenter le malaise dans une subtile mesure. Probablement l'acteur le plus étonnant et imprévisible du casting.
 

Au final, Batman v Superman représente à mes yeux l'un des grands films de super-héros modernes. Un film ambitieux, imparfait sans doute (notamment pour son émotion un peu trop froide), mais profondément personnel, audacieux (sa conclusion inouïe dans sa dramaturgie imposée) et surtout intègre. Plus que jamais, Zack Snyder y poursuit sa volonté d'aborder le genre au premier degré afin de l'élever vers quelque chose de plus adulte, de plus tragique et de plus ample.

Et c'est à mon sens tout à fait réussi car cette expérience de cinéma "autre" laisse des traces plus profondes qu'il n'y parait.

Dédicace à Kevin Beluche
 
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lundi 8 juin 2026

Solomon Kane de MJ Bassett. 2009. France/Angleterre/République Tchèque. 1h44.

                   (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Je n'avais pas revu Solomon Kane depuis sa sortie en 2009 et, à l'époque, j'avais été quelque peu déçu par le résultat. Or, à la revoyure, j'ai complètement changé d'avis puisqu'il s'agit d'un formidable film d'heroic fantasy, une aventure médiévale pleine de bruit et de fureur, moulée dans une série B débordante de charme et de sympathie.

Si l'on peut tiquer sur le classicisme de son schéma narratif, déjà exploité dans moult récits d'aventure, l'efficacité de ses scènes d'action, le caractère très attachant de son héros (endossé par le très impliqué James Purefoy) et de ses seconds rôles, la beauté visuelle particulièrement soignée de ses décors naturels et de ses effets numériques persuasifs, ainsi que l'émotion émanant de plusieurs séquences dramatiques emportent finalement l'adhésion. Au point de laisser en mémoire une série B à l'ancienne réalisée avec un soin manifeste et un véritable amour du genre.


Comme quoi, il est toujours possible de prendre un vrai plaisir devant une œuvre modeste mais si généreuse assumant pleinement sa simplicité narrative lorsque celle-ci est portée par une exécution aussi consciencieuse. De ce fait, Solomon Kane mérite aujourd'hui d'être revu, voire réhabilité, par tous les amateurs d'heroic fantasy.

D'autant qu'en s'inspirant d'un personnage créé par Robert E. Howard, le film développe une réflexion étonnamment pertinente sur la contamination du mal et la quête de rédemption. Maudit par son passé et confronté aux conséquences d'un pacte démoniaque, Solomon tente tout au long de son périple de sauver l'âme des autres autant que la sienne. Son combat pour secourir une jeune paysanne devient alors le symbole d'une réconciliation avec sa propre conscience.


Sous ses atours de divertissement fantastique romantique, peuplé de démons et sorcières; le film interroge finalement la possibilité du pardon, de la seconde chance en somme, et la capacité de chacun à se relever de ses fautes. Une thématique universelle qui confère à cette aventure assez violente une profondeur inattendue en filigrane.

Une belle redécouverte donc qui parvient à divertir sans ennui et à dépayser sous une facture formellement onirique.

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dimanche 7 juin 2026

Kong: skull island de Jordan Vogt-Roberts. 2017. 1h58. U.S.A/Canada

               (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Redécouverte de Kong: Skull Island, nouvelle relecture du mythe de King Kong après le chef-d'œuvre de Peter Jackson.

Si l'on est évidemment loin de rivaliser avec la splendide réussite de Jackson, Kong: Skull Island choisit une direction sensiblement différente en s'apparentant davantage à une vaste bande dessinée belliqueuse mêlant film de guerre, aventure, action et fantastique. Une orientation plutôt sympathique, à la modeste efficacité en raison d'un scénario assez ténu et d'un manque d'intensité lors de certaines confrontations entre les créatures et les humains.


Paradoxalement, les meilleurs moments du film sont concentrés dans son prologue et son splendide final. L'attaque des hélicoptères militaires par Kong demeure un morceau de bravoure spectaculaire, d'une puissance visuelle indéniable, tandis que l'affrontement final contre la créature dominante de l'île retrouve le souffle épique que l'on aurait aimé voir davantage exploité tout au long du récit.

On peut regretter la relative pauvreté de l'intrigue, ce qui s'avère d'autant plus frustrant que plusieurs personnages sont plutôt attachants. Quand bien même Samuel L. Jackson compose un excellent antagoniste à travers ce colonel résigné, consumé par son obsession de détruire Kong. Son désir de vengeance s'érige en affaire personnelle avec ironie, au mépris de ses propres hommes et de ceux qui comprennent progressivement que le véritable équilibre de l'île repose justement sur la présence du gigantesque gorille.


Cette opposition entre le militaire revanchard et Kong constitue d'ailleurs l'un des aspects les plus réussis du film, apportant une tension dramatique bienvenue à un récit parfois trop dispersé.

Au final, malgré ses défauts évidents, Kong: Skull Island demeure un divertissement recommandable auquel on ne s'ennuie jamais vraiment. Truffé de séquences d'action souvent impressionnantes et toujours spectaculaires, d'humour noir inattendu (n'importe qui peut trépasser à tous moments !), le film séduit surtout par son extraordinaire travail visuel. Entre une photo solaire rutilante, des décors exotiques magnifiés et des images parfois superbes, voire franchement oniriques, il parvient à instaurer une véritable sensation d'immersion.


C'est d'ailleurs là que réside sa plus grande réussite : dans sa capacité à nous transporter au cœur d'un univers hostile, mystérieux et fascinant, porté par cette imagerie ensorcelante dont on conserve en souvenir quelques fabuleux affrontements entre ses monstres au gigantisme improbable.

Un plaisir innocent tout bien considéré.

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samedi 6 juin 2026

Marsupilami de Philippe Lacheau. 2025. 1h38. France.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Découverte du nouveau film de Philippe Lacheau. Et que dis-je, découverte du nouvel événement, puisque chaque sortie de la bande à Fifi provoque invariablement le même phénomène : les spectateurs se ruent en masse dans les salles. Ainsi, Marsupilami ne déroge pas à la règle puisqu'il a attiré plus de six millions de spectateurs chez nous. Un succès amplement mérité tant cette comédie survoltée, inspirée de la célèbre bande dessinée franco-belge, dégage une énergie, une insolence et une folie pulsatiles.

Comme dans toutes les comédies de Mister Lacheau, on retrouve cette rythmique effrénée héritée des ZAZ, mais aussi des Charlots des années 70 et 80. À la différence près que Philippe Lacheau est, n'en déplaise à ses détracteurs, un authentique cinéaste. Un véritable passionné de cinéma, comme il le prouve une fois encore à travers sa réalisation particulièrement inspirée, portée par un sens du découpage et du montage qui force l'admiration. Les séquences d'action, d'un dynamisme impressionnant, sont orchestrées avec une précision qui me laisse pantois.
 

Et d'ailleurs, je me demande sincèrement où va-t-il chercher toutes ces idées plus improbables et saugrenues les unes que les autres. Marsupilami instaure en moyenne un gag toutes les dix secondes, qu'il soit visuel ou verbal, sans jamais donner l'impression de forcer son humour. C'est là la grande réussite de ses métrages que de tabler à chaque fois sur sa sincérité, son instinct inné à vouloir nous faire rire le plus naturellement. Tous les acteurs sont évidemment à la fête, totalement investis dans leurs compositions débridées (mention à Tarek Boudali, à mourir de rire en crooner raté, et à Julien Arruti en ignorant impayable), communiquant au spectateur une bonne humeur aussi expansive que contagieuse. Sans oublier, comme de coutume chez Lacheau et sa bande, quelques caméos absolument irrésistibles d'hilarité (Didier Bourdon en mafieux mexicain).

J'aimerais également m'arrêter sur le second rôle de Jamel Debbouze. Si je suis habituellement loin d'être un admirateur de l'acteur, je l'ai trouvé ici particulièrement convaincant, réellement drôle dans la peau de ce Mexicain empoté confondu à un migrant, déterminé à protéger le Marsupilami avec un art consommé de la gaffe en rafale. 
 

Au passage, Philippe Lacheau affiche son attachement à la cause animale en glissant au cœur du récit un propos engagé pour la protection des espèces menacées, notamment à travers un court passage dénonçant les dérives de la vivisection. Une intention louable qui apporte un supplément d'âme à l'ensemble sans nullement alourdir le divertissement festif (photo solaire à l'appui).

Ainsi, Marsupilami cumule les idées folingues à un rythme infernal, au point qu'il devient littéralement impossible de s'ennuyer. Cette comédie familiale tropical pensée pour les spectateurs de 7 à 77 ans conjugue avec bonheur romance, tendresse, émotion et aventure. Entre des séquences d'action ébouriffantes, parfois même anthologiques, et un véritable sens du merveilleux, certaines scènes évoquent directement l'héritage de Spielberg et de Joe Dante, que Philippe Lacheau convoque avec une sincérité et un amour du spectacle profondément communicatifs.
 

C'est dire si ce nouveau cadeau constitue un bonheur de chaque instant, capable de séduire toutes les générations. Rarement la comédie populaire française aura affiché une telle générosité, une telle envie de divertir et de rassembler. Une qualité qu'il convient une nouvelle fois de souligner tant elle se fait précieuse dans le paysage actuel.

Merci donc à Philippe Lacheau et à toute sa bande de nous offrir une comédie aussi lumineuse, avec un coeur qui bat, appelée à rejoindre les plus belles réussites d'une filmographie dont la constance force le respect. Un feu d'artifice de bonne humeur, de fantaisie, de tendresse et de spectacle, porté par une sympathie inégalée chez eux et surtout un amour du cinéma d'évasion qui saute aux yeux à chaque instant.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤