vendredi 24 juillet 2026

Dorothy de Agnès Merlet. 2008. Irlande. 1h42.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de Dorothy, thriller fantastique irlandais réalisé par la Française Agnès Merlet en 2008.

À l'instar de The Last Son, que j'avais revu quelques jours plus tôt, Dorothy renoue avec la série B modeste mais impliquée, portée davantage par la qualité narrative et la caractérisation humaine que par leurs moyens. Avec un budget d'à peine 500 000 dollars, le film confirme l'affection d'Agnès Merlet à un fantastique humaniste, où la psychologie des personnages prime constamment sur les effets de manche.
 

Dès son prologue, le récit met en suspens : la jeune Dorothy Mills semble intenter à la vie d'un bébé dont elle a la garde face au témoignage épeuré des parents. Une psychiatre est alors envoyée sur une petite île irlandaise afin de comprendre ce qui se cache derrière le comportement inquiétant de l'enfant. Entre superstition religieuse, possession, troubles psychiatriques et secrets enfouis, le film distille habilement le doute et construit un suspense progressif facilement prenant. Également scénariste de son œuvre, Agnès Merlet instaure les révélations avec parcimonie jusqu'à un dénouement aussi intelligent qu'émouvant, où le thriller fantastique laisse progressivement place à la gravité d'un drame psychologique particulièrement intense.

Le casting féminin participe largement à la réussite de l'ensemble. Jenn Murray, dans un double registre particulièrement exigeant, brouille constamment les pistes et entretient l'ambiguïté autour de la véritable personnalité de Dorothy. Face à elle, Carice van Houten compose une psychiatre à la fois fragile, douce, déterminée et profondément humaine, cherchant moins à condamner qu'à comprendre les blessures qui entaillent la jeune fille. Leur confrontation récurrente donne au film une dimension émotionnelle qui dépasse le simple cadre du suspense.
 

Visuellement, Dorothy séduit également par ses superbes paysages irlandais, dont les décors naturels renforcent cette atmosphère aussi mystérieuse qu'inquiétante. La présence de Gary Lewis, excellent en pasteur aussi charismatique que troublant, accentue le malaise qui règne au sein de cette communauté sectaire refermée sur elle-même, où le poids des croyances prime plutôt que d'oser dévoiler une vérité éhontée.

Porté par une très belle conclusion, douce-amère dans la contradiction émotive et profondément touchante, Dorothy confirme le talent artisanal de la française Agnès Merlet pour marier le fantastique occulte au drame humain. Une série B captivante, sensible et intelligemment construite, dont l'originalité réside moins dans ses effets surnaturels - bien qu'une trouvaille visuelle est à saluer - que dans la profondeur de ses personnages et de leurs blessures unis dans le mensonge, l'hypocrisie et la culpabilité, à l'exception de notre duo féminin potentiellement rédempteur. 
 

P.S. : Je trouve un peu dommage que l'affiche française cède un peu au racolage, nous faisant croire à une banale série B sataniste dans la mouvance de La Malédiction. Un visuel clinquant assez trompeur, tant Dorothy se révèle plus subtil, plus humain et surtout psychologiquement plus riche que ne le suggère ce portrait patibulaire. 
 
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jeudi 23 juillet 2026

Disclosure Day de Steven Spielberg. 2026. U.S.A. 2h25.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, découverte de Disclosure Day, qui renoue avec l'une des thématiques essentielles de Steven Spielberg : la vie extraterrestre. Or, à l'issue de ces 2h25, ce qui surprend le plus n'est pas tant son sujet familier que la manière dont le cinéaste choisit de l'aborder.

Loin de la démesure spectaculaire qui façonne une partie du divertissement contemporain, Spielberg retrouve donc ici un certain classicisme. Sa mise en scène, d'une fluidité remarquable, privilégie d'amples mouvements de caméra, une narration limpide et un sens du découpage qui fait naître le suspense sans jamais recourir à une surenchère d'action. Le récit progresse comme une enquête, un jeu de pistes, révélant peu à peu les motivations de ses personnages tout en maintenant constamment l'intérêt du spectateur.
 

Si Disclosure Day évoque inévitablement Rencontres du troisième type, E.T. ou encore La Guerre des mondes, il s'en distingue largement avec une intelligence inattendue par son approche beaucoup plus intimiste. Car Spielberg délaisse ici le spectaculaire pour privilégier une science-fiction profondément psychologique et humaine. Toute son attention est portée sur Margaret Fairchild, présentatrice météo incarnée avec beaucoup de sensibilité et de tension par Emily Blunt qui porte le récit à bout de bras, ainsi que sur le docteur Daniel Kellner, interprété par Josh O'Connor. Deux destins singuliers appelés à se rejoindre au fil d'un récit au suspense anxiogène où les émotions (parfois fortes) priment constamment sur les effets.

Visuellement, le film, léchée - à dominante bleutée - est d'une maîtrise impressionnante. Chaque mouvement de caméra est réfléchi (souvent en plan large) et contribue à rendre crédible une intrigue simple pourtant extraordinaire et traitée de manière originale (tant auprès des pouvoirs psychiques de Margaret que de l'utilisation d'objet extraterrestres). Spielberg n'a rien perdu de son sens du spectacle, aussi modéré soit-il ici, car il l'emploie désormais avec une remarquable retenue. Même l'impressionnante poursuite ferroviaire, la séquence la plus spectaculaire du film, demeure au service narratif et ne constitue jamais une démonstration gratuite.
 

Cette sobriété se retrouve jusque dans les instants les plus émouvants. Une magnifique scène de réminiscence infantile permet notamment au réalisateur de renouer, avec délicatesse, avec cette imagerie féerique qui a toujours traversé certains de ses classiques. Les bons sentiments, souvent reprochés à Spielberg, deviennent à nouveau une véritable force émotionnelle par son savoir-faire autonome, et culminent dans un final d'une grâce bouleversante qu'on ne voit pas arriver (l'émotion n'est pas programmée), refusant SURTOUT toute grandiloquence comme toute paraphrase inutile. Tout l'inverse de Rencontres du 3è Type ou encore d'E.T. qui tablait sur une imagerie beaucoup plus ample et ouvertement féérique.

Mais c'est surtout dans son sous-texte que Disclosure Day m'a interpellé, marqué. Plus qu'un film standard consacré aux extraterrestres, j'y ai vu une réflexion sur la foi et le renoncement, au sens le plus large du terme : la foi spirituelle, évoquée à travers certains personnages, principalement Jane Blakenship, compagne de Kellner, qui doute autant qu'elle s'efforce de renouer avec Dieu au moment où sa vie semble ne plus tenir qu'à un fil. Mais également la foi en l'inconnu, en l'autre et en ce qui nous dépasse. Le postulat selon lequel une présence extraterrestre serait dissimulée depuis 1973 ne serait finalement qu'un prétexte pour Spielberg d'interroger notre rapport à la peur, à l'altérité et à l'espérance.
 

Cette lecture est d'ailleurs renforcée par l'évolution même de l'antagoniste Noah Scanlon. D'abord déterminé à empêcher toute révélation, il finit par renoncer à son opposition en laissant Margaret s'exprimer. Plus qu'une simple capitulation, j'y vois l'acceptation de ce qui lui paraissait jusque-là inconcevable. Même celui qui incarnait le refus de l'inconnu - par peur du chaos auprès de la population croyante - finit par accepter une réalité qui le dépasse.

C'est sans doute là que réside la véritable force de Disclosure Day. Derrière son intrigue de science-fiction impeccablement menée, Spielberg livre avant tout une œuvre profondément humaniste, où l'émotion l'emporte constamment sur le spectaculaire. Il rappelle, avec une pudeur qui force le respect, que l'être humain peut toujours évoluer, même aux moments les plus désespérés, dépasser ses peurs et apprendre à accepter ce qui lui est étranger. Croire que certaines rencontres changent le cours d'une vie.
 

À plus de cinquante ans de carrière, Steven Spielberg prouve à nouveau qu'il demeure un vrai conteur. Son sens du storytelling, sa maîtrise technique et son intelligence narrative restent intactes. Or, ici, plutôt que de chercher à impressionner, il choisit désormais d'émouvoir - à l'ancienne - avec une simplicité désarmante. Un parti-pris assumé qui ne peut que ravir le spectateur sensible à l'émotion la plus noble.

Pour ces raisons, Disclosure Day constitue à mes yeux une oeuvre modeste, sensible et humaniste que nous avions tant besoin à l'ère d'aujourd'hui. Un spectacle familial d'une élégance ténue, qui préfère l'espoir au pessimisme et rappelle, avec sincérité, que nous avons peut-être davantage à gagner, en accueillant l'inconnu plutôt qu'en le redoutant.
 

Nous ne sommes peut-être pas seuls. Alors gardons l'espoir.
 
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mercredi 22 juillet 2026

Nekromantik de Jorg Buttgereit. 1988. Allemagne de l'Ouest. 1h11.

                        (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives) 
 
Hier soir, troisième révision du terriblement controversé Nekromantik de Jörg Buttgereit, réalisé en 1988, que je n'avais pas osé revoir depuis plus de 20 ans.
 
Œuvre underground tournée en 16 mm avec des bouts de ficelles, ce premier long provocateur nous plonge dans le quotidien d'un couple dont la déviance sexuelle se confond avec la nécrophilie. 
Interdit dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni, Nekromantik n'a absolument rien perdu de sa saveur fétide, sépulcrale et fuligineuse. Bien au contraire, maturité aidant, cette redécouverte s'avère encore plus dérangeante qu'autrefois. Sa texture granuleuse, indissociable du 16 mm, lui confère une authenticité quasi documentaire. Et le fait que le film soit interprété par des comédiens amateurs renforce cette impression de réalité intimiste inspirée par le docu-vérité. 
 
 
Jörg Buttgereit met ainsi en scène un récit d'une noirceur extrême, où s'enchaîne une succession de séquences glauques, scabreuses et profondément nauséeuses, au point de provoquer chez le spectateur un malaise aussi viscéral qu'olfactif. Or, c'est précisément cette singularité qui empêche de réduire Nekromantik à un simple film d'exploitation. Derrière sa radicalité effrontée, le cinéaste semble aborder la nécrophilie avec un premier degré particulièrement déstabilisant, tout en cherchant à insuffler une forme de poésie macabre. Les étreintes morbides improbables sont accompagnées par la musique de Hermann Kopp, tour à tour douce et mélancolique, puis dissonante, inquiétante et oppressante pour d'autres séquences, créant un contraste aussi fascinant que déroutant.

À la revoyure, Nekromantik s'impose donc comme une véritable aberration filmique, un trip hallucinatoire et éprouvant dont il est difficile de sortir indemne. On sort du film transi, apathique, désarmé. On se sent égaré dans un vide moral, comme si nous étions en quête d'une main secourable. Car les images morbides et lubriques s'enchaînent avec une régularité quasi hypnotique, entraînant le spectateur dans un vortex émotionnel où fascination et répulsion ne cessent de s'entremêler. On peine parfois à comprendre ce que l'on ressent tant le film pousse son aura malsaine et sa violence graphique à leurs limites, entre réalisme sordide et illusion factice. 


Car si certains maquillages cheap et effets spéciaux artisanaux accusent leur faible budget et atténuent ponctuellement l'illusion, d'autres nombreuses séquences frappent par leur réalisme hyper dérangeant. La manipulation d'organes humains, les bains de sang, les caresses adressées à un cadavre en décomposition ou certaines visions d'une frontalité inouïe composent des scènes d'une rare audace, au point de donner le sentiment d'assister à un véritable cauchemar sur pellicule issu des entrailles même d'un cadavre. On demeure comme prisonnier de cet univers putride, incapable de s'en extirper, tout en conservant une curiosité quasi malsaine pour l'évolution de ce couple pathologique, et plus particulièrement pour ce personnage solitaire employé dans une agence de nettoyage, chargée de ramasser les cadavres.

L'une des grandes forces du film réside également dans son traitement résolument sérieux de son sujet. Buttgereit ne recherche pas le rire ni le second degré, même si par moments des traits d'humour le contredit. À travers cette fusion entre désir charnel et chair morte, il esquisse une réflexion sur la solitude, l'isolement, l'incommunicabilité, le désir charnel et le rapport entre la fragilité de la vie et l'appel (rédempteur) de la mort. Son personnage semble finalement plus à sa place parmi les morts que parmi les vivants, comme le démontre le final aussi célèbre que profondément dérangeant, dont les effets spéciaux volontairement grossiers donnent presque l'impression que le cinéaste cherche enfin à nous arracher brutalement à ce cauchemar putrescent, à nous mettre à distance pour mieux se relever ensuite de la projection.


Attention ! Le film intègre également un véritable snuff animalier, d'une violence morale incontestable. Si cette image d'archive demeure, à mes yeux, moins moralement condamnable que les mises à mort spécialement réalisées pour Cannibal Holocaust chez Deodato, elle n'en reste pas moins extrêmement éprouvante, insoutenable, et constitue probablement la limite que beaucoup de spectateurs refuseront de franchir. Libre à chacun de prendre la télécommande et d'amorcer la lecture en "avance rapide".

Évidemment, Nekromantik est une œuvre maladive à ne mettre entre aucune main inexpérimentée. Son contenu incongru en réserve l'accès à un public particulièrement averti. Mais pour les amateurs d'horreur expérimentale, il demeure un véritable film culte, aussi incroyable que trouble et fascinant. Jörg Buttgereit y développe une véritable démarche d'auteur autour de la marginalité, de la solitude et de l'exclusion, dans un appartement mortifère envahi de cadavres et de chairs en décomposition, où suintent la puanteur, le sang, le sperme et la mort avec un art consommé du réalisme faisandé.


Fort de son succès confidentiel, principalement en VHS, et de sa réputation internationale aussi sulfureuse que malsaine, Buttgereit réalisera trois ans plus tard une suite bien plus maîtrisée.

Mais ceci est une autre histoire… On en recause la semaine prochaine.

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mardi 21 juillet 2026

The Last Son: la Malédiction / Hideaways de Agnes Merlet. 2011. Irlande. 1h32.

                                                 
                  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Une œuvre pudique, qui procure un sentiment de bien-être."
 
Révision hier soir de The Last Son : La Malédiction (Hideaways), réalisé par la Française Agnès Merlet, qui avait déjà démontré tout son talent avec Le Fils du requin et le fort sympathique Dorothy.
 
Passé relativement inaperçu à sa sortie en 2011 et aujourd'hui largement oublié (en dépit de son édition Dvd chez Wild Side), ce film mérite pourtant d'être redécouvert. Cette modeste mais attachante série B demeure un très joli divertissement, un conte romantico-fantastique où la dimension sentimentale prime largement sur les effets du genre.
 

Agnès Merlet porte un regard profondément humain sur la relation qui unit James Furlong et la jeune Mae O'Mara, atteinte d'un cancer. Leur romance, d'une grande sensibilité, se construit dans l'isolement d'une forêt, James vivant reclus dans une cabane depuis qu'il est victime d'une étrange malédiction : lorsqu'il se sent menacé, ses pouvoirs surnaturels provoquent malgré lui la mort de ceux qui cherchent à lui nuire.
 
La véritable réussite du film réside dans l'attachement qu'il suscite envers ce couple meurtri au sein d'une nature à la fois tranquille et rassurante. Grâce à une approche psychologique délicate, James et Mae s'épaulent dans leurs souffrances respectives, aussi bien morales que physiques. Le tout est sublimé par les magnifiques paysages irlandais, qui confèrent au récit une dimension presque onirique et renforcent ainsi son caractère de conte contemporain.
 
 
Après cette révision, The Last Son : La Malédiction s'impose donc comme un beau poème romantico-fantastique, davantage porté sur les tourments de ses personnages que sur le spectaculaire. Et c'est tant mieux puisque le genre est respecté avec intelligence et humilité. Agnès Merlet y fait preuve d'une sincérité touchante, jusqu'à un final aussi tragique que rédempteur, qui rappelle avec pudeur que, parfois, l'amour dépasse la mort.
 
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lundi 20 juillet 2026

Trouble Every Day de Claire Denis. 2001. France/Allemagne/Japon. 1h41.

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Les amants de la chair.

Vingt-cinq ans après sa sortie, redécouverte de Trouble Every Day, le film indépendant de Claire Denis, présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2001 et qui fit alors couler beaucoup d'encre. À la revoyure, cette œuvre singulière me confirme qu'elle demeure un OVNI cinématographique. À la croisée du drame, de la romance et de l'horreur, Trouble Every Day est avant tout une drôle d'expérience: sensorielle, hypnotique, envoûtante.

Claire Denis y fait preuve d'une maîtrise étonnante (alors que je connais mal sa filmo), privilégiant une narration essentiellement visuelle. Ici, les images parlent donc davantage que les dialogues laconiques, conférant au récit une puissance de suggestion fascinante. La réalisatrice filme les corps en plan serré avec une sensualité trouble, s'attardant sur les étreintes, les peaux, les attouchements, les regards et les silences dans une démarche quasi tactile. Une approche qui n'est pas sans rappeler, dans un registre pourtant radicalement différent, la narration visuelle d'un Mad Max: Fury Road, où l'image devient le principal vecteur du récit.
 

Cette atmosphère ouatée et feutrée doit également énormément à la partition des Tindersticks. Portée par de somptueux arrangements de cordes, leur musique, à la fois mélancolique, fragile et obsédante, accompagne magnifiquement le film comme un écho permanent. Elle enveloppe chaque séquence d'une douceur quasi irréelle - en dépit de certaines violences sexuelles - et participe pleinement à cette sensation d'hypnose qui ne quitte jamais le spectateur.

Claire Denis s'entoure d'un trio d'acteurs particulièrement inspiré : Vincent Gallo, Tricia Vessey et Béatrice Dalle. Bien que cette dernière soit relativement peu présente à l'écran, elle marque et hante le récit. Sans jamais verser dans le cabotinage ou la complaisance, elle compose un personnage mutique, tragique, inquiétant et dérangeant. Deux séquences d'une violence extrême viennent d'ailleurs ponctuer le récit. Leur réalisme presque clinique et leur brutalité viscérale sont susceptibles d'éprouver même les amateurs d'horror show les plus aguerris.
 

Mais réduire Trouble Every Day à ces éclaboussures insalubres serait passer à côté de sa véritable nature. Claire Denis utilise l'anthropophagie comme la métaphore d'un désir amoureux et sexuel devenu pathologique, impossible à maîtriser. Shane Brown (Vincent Gallo) et Coré (Béatrice Dalle) sont prisonniers de pulsions irrépressibles qui condamnent toute possibilité d'aimer sans détruire. Tandis que Shane tente de préserver son mariage avec June (Tricia Vessey), Coré vit recluse sous la surveillance de son compagnon, le docteur Léo Semeneau, qui cherche désespérément un remède à cette mystérieuse affection.

Baignant dans un romantisme aussi désespéré que sulfureux, Trouble Every Day explore les thématiques du désir, des pulsions, de la dépendance affective, de la domination et de la soumission au sein du couple. Ici, la sexualité fusionne avec l'anthropophagie, comme si l'amour, poussé à son paroxysme, ne pouvait plus s'exprimer qu'à travers la dévoration de l'être aimé. Les protagonistes apparaissent alors comme des êtres meurtris, prisonniers d'une condition qui les condamne à transformer chacun de leurs élans amoureux en tragédie.
 

Le tout est sublimé par une mise en scène d'une élégance rare, où la douceur des images contraste constamment avec la cruauté de certaines séquences. Ce décalage permanent confère au film une force émotionnelle et sensorielle peu commune, tout en rappelant qu'il s'adresse à un public averti.

Ainsi, Trouble Every Day s'impose, à mes yeux, comme l'une des œuvres les plus audacieuses et les plus personnelles de Claire Denis. Beaucoup la considèrent d'ailleurs comme l'un de ses plus grands films, et je comprends désormais aisément pourquoi. Un film qui continue de hanter bien après le générique de fin et qui donne envie d'y revenir, malgré la rudesse de certaines scènes, tant il dégage un romantisme désespéré, une sensualité troublante et une mélancolie qui s'accrochent à nous.
 

Une œuvre singulière, dérangeante, profondément tourmentée et fiévreuse… et, assurément, un film inclassable à voir et à revoir.

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Mutants de David Morley. 2005. France. 1h35.

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Comme c'est parfois le cas (et c'est tant mieux), pas de problème à avouer que lors de mon premier visionnage, Mutants m'avait laissé de marbre. J'avais surtout eu l'impression d'assister à une tentative française de reproduire 28 jours plus tard, sans réellement adhérer à la proposition. Et pourtant, cette seconde découverte (dominicale) m'a complètement réconcilié avec le film (en dépit de la diction théâtrale des acteurs).

David Morley signe une modeste série B horrifique qui transpire la sincérité et l'amour du genre. Je comprends d'autant mieux pourquoi Mad Movies l'avait tant défendu lors de sa sortie. Certes, son récit demeure relativement classique et sans grande surprise, mais le réalisateur parvient à insuffler une réelle efficacité à ce huis clos enneigé magnifiquement filmé dans les paysages de Haute-Savoie. Dès la première demi-heure, j'ai été séduit par son atmosphère particulièrement envoûtante grâce à une partition musicale mélancolique qui épouse parfaitement ce décor hivernal dévasté, où semblent suinter le danger, la putréfaction et la mort. La photo désaturée sublime ces paysages montagneux aussi photogéniques que dépaysants, renforçant encore davantage l'immersion dans ce film d'ambiance d'autant plus intimiste.

Puis, peu à peu, passée la morsure, le récit bascule ensuite vers un survival centré sur Mark et Sonia, cette dernière étant immunisée après avoir été mordue par un infecté. Alors qu'un virus a décimé la population, tous deux tentent de rejoindre la base militaire Noé après avoir établi un contact par radio CB, nourrissant l'espoir d'y trouver un refuge, voire un traitement capable de sauver Mark. Toute l'émotion du récit repose ainsi sur cette mince lueur d'espoir que Sonia s'efforce de préserver malgré les nombreuses embûches qui jalonnent leur parcours.

Face à eux se dressent des survivants aussi hostiles que désespérés, dont un duo d'antagonistes aussi violents que machistes, venant constamment ébranler leur quête. Les affrontements, d'une brutalité percutante, rappellent inévitablement 28 jours plus tard. Entre maquillages franchement convaincants, montage dynamique et attaques d'une férocité permanente, Mutants délivre un spectacle tendu, haletant et gore en diable. Les gerbes de sang, les corps mutilés et la violence omniprésente participent pleinement à cette ambiance sale, sombre et désemparée.
 
 
Aussi modeste soit-il, Mutants invoque sans ambages le goût du travail bien fait. Car David Morley s'efforce de livrer une série B aussi ludique que séduisante, notamment sur le plan formel, et le pari est réussi. En seulement 1 h 22 (excepté le générique), le film ne laisse pratiquement aucun temps mort et se révèle finalement bien plus efficace et convaincant que dans mon souvenir.

C'est bien connu, certains films ont simplement besoin d'une seconde - voire même d'une troisième - chance pour révéler toutes leurs qualités. A condition aussi de changer de regard pour que les choses puissent changer et s'ouvrir à nous. Mutants en fait désormais partie.

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jeudi 16 juillet 2026

La Castagne / Slap Shot de George Roy Hill. 1977. U.S.A. 2h03.

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"Quand George Roy Hill transforme une farce sportive en formidable chronique sociale."

Révision hier soir de La Castagne, réalisé en 1977 par George Roy Hill. Un film que j'avais découvert ado sur Canal+ un Mercredi soir, et qui m'avait alors profondément marqué par son côté jubilatoire et totalement assumé dans sa manière décalée de traiter le hockey sur glace, avec en tête d'affiche le monstre sacré Paul Newman (tout juste âgé de 52 ans) et une galerie de seconds rôles aussi décomplexés qu'attachants.

À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une œuvre bien plus profonde, intelligente, authentique et réaliste que dans mes souvenirs. Derrière ses bagarres homériques et son humour cocasse, La Castagne raconte avant tout les derniers soubresauts d'une petite ville américaine frappée de plein fouet par le déclin économique. L'équipe de hockey locale devient alors le dernier espoir d'une population qui refuse de s'effacer. Reggie Dunlop, entraîneur-joueur proche de la retraite mais qui refuse de raccrocher, va comprendre alors que le public se passionne désormais davantage pour les affrontements que pour le sport lui-même, et n'hésitera pas à exploiter cette fascination pour tenter de sauver son équipe.
 

Ce qui m'a également frappé, c'est le temps que George Roy Hill accorde à planter son univers industriel et à faire vivre ses personnages pour mieux nous attacher à eux au fil de leurs conquêtes personnelles. Aujourd'hui, rares sont les films qui prennent autant le temps de respirer. Ici, chaque protagoniste existe pleinement, avec ses qualités, ses failles, ses espoirs et ses blessures, sans fard. Cette patience narrative confère au film une profondeur psychologique et une émotion d'autant plus touchantes qui fait toute sa grandeur.

Et puis il y a cette atmosphère si particulière, symptomatique des années 70. À travers le regard que porte George Roy Hill sur ses personnages, j'ai eu le sentiment de replonger dans une époque qui m'a paru plus simple, plus chaleureuse, plus civilisé, plus sensible car profondément humaine. Malgré la crise sociale qui pèse sur la ville, les relations entre les personnages semblent plus sincères, plus spontanées, plus innocentes. Sans idéaliser les années 70 (et Dieu sait si je sacralise cette décennie cinématographique), cette sensation de bien être m'a profondément touché et m'a rappelé combien notre époque actuelle me paraît souvent plus brutale, liberticide et individualiste.
 

Or, l'une des grandes qualités du film réside également dans son réalisme. Aussi extravagantes que puissent paraître certaines scènes, plusieurs d'entre elles s'inspirent de faits authentiques. Ainsi, cette séquence où un spectateur lance une clé au visage d'un joueur avant que la situation ne dégénère dans les tribunes est directement inspirée d'un véritable incident survenu lors d'un match au Canada, comme l'explique la journaliste sportive Sophie Serdini dans un passionnant entretien proposé parmi les suppléments du Blu-ray Elephant Films que j'ai pu voir après la projo. Une preuve supplémentaire que la réalité dépassait parfois la fiction. C'est d'ailleurs précisément lors des années 70 - selon les dires de Sophie - au Canada que le Hockey sur glace put s'implanter et accéder à une immense popularité (c'est même devenu une religion chez eux) en faisant preuve d'un culte de la violence commun de la part du public et des joueurs lors des matchs de compétition.

Et donc, sous ses allures de comédie populaire, La Castagne en souligne une réflexion étonnamment lucide sur la fascination qu'exerce la violence dans le sport, à l'instar du chef-d'oeuvre dans toutes les mémoires: Rollerball. Plus les affrontements deviennent spectaculaires et ingérables, plus le public en liesse en redemande. George Roy Hill observe cette dérive de masse avec beaucoup d'humour, sans jamais perdre de vue l'humanité de ses personnages unis par l'esprit de camaraderie et l'amour de leurs compagnes. 
 

Le réalisateur n'oublie donc pas les relations sentimentales qui unissent ou déchirent ses protagonistes. Les déboires amoureux de Reggie, comme ceux d'un des joueurs, sont traités sans émotions programmées. Car jamais le film ne sombre dans le mélodrame ou la facilité des bons sentiments. Pourquoi ? Parce que son émotion demeure pudique, sincère et noble. Mais surtout, on sent que George Roy Hill éprouve de la tendresse pour cette galerie de personnages cabossés, solidaires et profondément attachants.

Considéré par beaucoup comme le plus grand film consacré au hockey sur glace, La Castagne n'a assurément pas usurpé sa réputation. Avec ses 841 770 entrées en France, il demeure effectivement l'une des plus grandes réussites du cinéma sportif.
 

Près de cinquante ans après sa sortie, cette géniale comédie bonnard n'a rien perdu de sa fougue expansive, de son intelligence ni de sa générosité. Derrière ses bagarres mémorables en mode "Laurel et Hardy" et son humour pittoresque, George Roy Hill signe une chronique sociale d'une réelle finesse et une réflexion toujours actuelle sur le spectacle de la violence qu'on a coutume de s'extasier. Immense film au demeurant, alors qu'au descriptif du Blu-ray édité par Elephant on parle plutôt de "chef-d'oeuvre" du film de Hockey. Rien que ça.

P.S: parait que la version québécoise est à mourir de rire. 
 
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mercredi 15 juillet 2026

Bachrooms de Kane Parsons. 2026. U.S.A. 1h50.

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                   Backrooms : quand le labyrinthe devient le reflet de nos propres angoisses.

Phénomène mondial en devenir, Backrooms est la première réalisation de Kane Parsons, jeune cinéaste âgé de 20 ans qui adapte au grand écran son propre univers inspiré du célèbre phénomène Internet. Avec un budget particulièrement modeste (10 millions de dollars) au regard de son ambition visuelle, le film connaît un succès impressionnant à travers le monde (360 millions de dollars de recette à ce jour !), confirmant déjà l'émergence d'un nouveau talent du cinéma horrifique. Alors que le studio A24 se frotte les mains par cet exploit commercial inégalé chez eux. 

Or, durant sa première demi-heure, une légère appréhension pouvait naître face à un récit qui prend son temps pour installer son atmosphère feutrée timidement inquiétante. Nous suivons l'errance d'un architecte, Clark, en pleine déroute personnelle qui découvre, dans son magasin de meubles au bord de la faillite, une porte invisible ouvrant sur une dimension parallèle. Une fois franchi ce seuil, le film déploie progressivement son véritable potentiel immersif en instillant un sentiment d'angoisse, de mystère et d'étrangeté de plus en plus prégnant.
 

Perdu dans cet espace aux teintes jaunâtres, composé d'une multitude de pièces semblables et de décors d'ameublement déformés - parfois même semi ensevelis dans le sol - Clark devient le témoin impuissant d'un univers où toute logique semble avoir disparu. La banalité du décor vide se transforme peu à peu en source d'inquiétude, renforcée par cette couleur jaune maladive qui donne au lieu une dimension presque cauchemardesque. Le réalisateur joue habilement avec les espaces et les perspectives, la profondeur de champ et surtout avec ce que l'on ne distingue qu'à peine au fond d'une pièce, laissant l'imagination du spectateur en roue libre. 

Et plus le récit progresse, plus Backrooms plonge son personnage dans les arcanes d'un espace inquiétant peuplé de silhouettes mystérieuses et de présences menaçantes, notamment renforcé de l'habile utilisation du hors-champs sonore. La dernière partie (comptez une bonne demi-heure), notamment à travers l'intervention de sa thérapeute venue tenter de comprendre ce qui lui est arrivé, accentue encore davantage le malaise en révélant une dimension horrifique plus radicale, sans jamais céder totalement à la démonstration de force en dépit d'attaques frontales.
 
 
Au-delà de son efficacité horrifique toujours plus palpable, le film peut également se lire comme une métaphore de nos propres enfermements intérieurs. Ces couloirs interminables et ces pièces qui se répètent pourraient symboliser les schémas mentaux dans lesquels nous nous emprisonnons parfois : nos erreurs répétées, nos regrets, nos peurs et surtout notre incapacité à changer de trajectoire. Les Backrooms deviennent alors la matérialisation d'une prison psychologique, le reflet des tourments de Clark souffrant d'alcoolisme, incapable de s'extraire de ses démons, bloqué dans sa circonvolution mentale.

Personnage fragile et profondément humain à travers sa détresse psychologique, Clark traverse une descente aux frontières de la folie. Son cheminement personnel, marqué par l'échec professionnel, les blessures intimes et une perte progressive de repères, donne au film une dimension plus introspective qu'un simple récit horrifique ludique. Derrière le monstre et l'inconnu se cache finalement une interrogation sur notre rapport à nous-mêmes, sur les dangers, les névroses de la routine, et sur notre capacité à évoluer.
 

Grâce à une mise en scène maîtrisée, Kane Parsons parvient donc à transformer un concept minimaliste en une expérience sensorielle toujours plus troublante. Le réalisateur comprend que la peur naît souvent davantage de ce que l'on imagine plutôt que de ce que l'on voit par la force des images. Les visions terrifiantes de la dernière partie ne sont alors que l'aboutissement d'une tension patiemment construite qui aboutit à un crescendo horrifique anthologique. 

Backrooms est donc une excellente expérience horrifique, à la fois intelligente, originale et véritablement malaisante dans sa finalité. Un film qui prouve une nouvelle fois le vent en poupe d'un genre hétérodoxe capable de se réinventer, comme l'ont encore démontré ces dernières années plusieurs œuvres marquantes. Une réussite qui confirme que le cinéma d'horreur possède encore plus d'un tour dans sa besace. Qu'il a de nombreuses portes à ouvrir... même celles qu'il aurait peut-être mieux valu ne jamais franchir. 
 

Et puis que dire de ce plan final, aussi trouble que dérangeant, conçu pour nous laisser dans ce sentiment d'impuissance irrésolu, de manière à nourrir le mystère, ad vitam aeternam.

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lundi 13 juillet 2026

Adoration de Fabrice du Welz. 2019. France/Belgique. 1h38.

                     (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Il suffit d'un peu d'imagination pour que nos gestes les plus ordinaires se chargent soudain d'une signification inquiétante, pour que le décor de notre vie quotidienne engendre un monde fantastique. Il dépend de chacun de nous de réveiller les monstres et les fées." 

Boileau-Narcejac. 


                                                           "Les Amants de la pluie."

Découverte d'Adoration de Fabrice du Welz (2019), production franco-belge indépendante qui m'était totalement passée inaperçue à l'époque. C'est grâce à un ami (Jean Pierre Noel) que j'ai eu l'opportunité de découvrir ce magnifique drame psychologique intimiste, porté par le regard de deux ados en quête d'amour, de tranquillité et de reconnaissance.

Le récit suit Paul, dont la mère travaille dans un hôpital psychiatrique privé, et Gloria, une jeune patiente atteinte de schizophrénie. Éperdument amoureux d'elle, Paul décide un soir de prendre la fuite à ses côtés. Commence alors une errance aussi poétique que tragique, que Fabrice du Welz filme avec une pudeur et une sensibilité admirables. La justesse du jeu naturel des deux jeunes comédiens nous immerge dans leur désarroi, leur absence de repères et leur immense fragilité, tandis que la nature, magnifiée par une mise en scène à la fois sensorielle, noble et presque onirique, devient le reflet de leurs émotions.


Mais derrière cette apparente quiétude, ce sentiment rassurant de vivre libre sans le monde des adultes, le récit se fissure progressivement. Les crises de schizophrénie de Gloria viennent troubler cette parenthèse tranquille, faisant naître une tension sombre et une profonde mélancolie. Peu à peu, l'évidence s'impose à nous: dans Adoration, il n'existe aucune véritable issue de secours. Malgré la sincérité de leur amour, Paul et Gloria semblent condamnés à suivre un chemin sans destination - à l'instar de son magnifique plan final pourtant libérateur - dont l'issue ne peut être que douloureuse.

Sans jamais céder au sensationnalisme, Fabrice du Welz filme avant tout deux êtres profondément humains. Gloria hurle son irrépressible désir de vivre, d'aimer et d'être aimée avec une impuissance bouleversante, tandis que Paul, d'une innocence désarmante, refuse obstinément de l'abandonner. Son amour pour elle, la nature, les animaux et surtout les oiseaux - auquel s'ouvre le prologue - traduit toute la pureté de son regard sur le monde, rendant son attachement envers Gloria encore plus poignant.


Par instants, Adoration m'a rappelé La Nuit du chasseur, non par son intrigue elle aussi imprévisible aux fils de leurs rencontres, mais par cette manière de filmer l'enfance confrontée à un monde qui la dépasse. 
Deux adolescents d'une immense détresse morale et sentimentale tentent simplement de se raccrocher à l'amour au sein d'un univers trop dur pour eux, sans jamais en saisir pleinement les règles ni les conséquences. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne songent pas à prêter main forte auprès de ceux qui vacillent sous une humeur trop colérique.   

La beauté du film - qui plus est tourné en 35 MM - réside précisément dans cette infinie délicatesse. À travers un réalisme profondément humain, teinté de poésie et parfois de malaise dépressif, Fabrice du Welz signe une œuvre pudique, intime et d'une rare sensibilité, dont on ne ressort pas indemne.
Merci Jean-Pierre pour la découverte. 

— Celui du cœur noir des images 🖤


Récompenses:
Prix André-Cavens 2020
Magritte 2022 : Meilleure musique originale pour Vincent Cahay
Festival international du film francophone de Namur 2019 : Bayard d’Or de la meilleure interprétation pour Fantine Harduin et Thomas Gioria.
Festival international du film de Catalogne 2019 : Prix spécial du jury, prix de la meilleure photographie et Mention spéciale pour Thomas Gioria et Fantine Harduin. Voir moins

samedi 11 juillet 2026

Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček. 2026. 1h48. U.S.A.

                (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Dissection d'une famille dysfonctionnelle."

Ca y est, j'ai vu la bête en salles, j'ai pris mon ticket pour l'Enfer. 

Avis à chaud donc à la sortie de la projo d'Evil Dead Burn.

Réalisé par le Français Sébastien Vaniček, révélé par l'excellent Vermines, ce nouvel opus de la mythique saga m'a littéralement laissé exsangue (il fallait voir nos tronches sonnées - mais galvanisées - sur le parking du Pathé Liévin). 
Car je peux vous dire qu'on ressort d'Evil Dead Burn éreinté, tant cette expérience de cinéma relève d'un véritable "marathon" (terme idoine emprunté à mon frère) de l'horreur.


À mes yeux, il s'agit probablement de l'épisode le plus fidèle au chef-d'œuvre réalisé par Sam Raimi en 1981. Sébastien Vaniček en retrouve l'essence, l'état d'esprit, le ton sardonique, cette méchanceté radicale (n'importe qui peut trépasser) et cette brutalité décomplexée qui ont fait la légende du premier film, tout en y insufflant un réalisme poisseux d'une acuité chirurgicale. Ici, chaque impact, chaque coup porté, chaque lame qui pénètre la chair semble posséder un poids physique à la fois quasi insoutenable et extrêmement spectaculaire. Une kermesse de l'horreur en somme. 

Mais le véritable exploit de ce nouvel Evil Dead réside ailleurs. À partir d'un schéma narratif pourtant archi-connu - une poignée de survivants retranchés dans une demeure isolée face à des entités démoniaques - Vaniček parvient à réinventer la saga grâce à sa mise en scène d'une inventivité permanente (plan séquence compris à donner le tournis). Sa caméra, d'une mobilité impressionnante et d'une vélocité remarquable, nous entraîne dans une descente aux enfers ininterrompue durant près d'une heure quarante-cinq. Efficacité optimale j'vous dit. 


À l'image des personnages qui en prennent plein la gueule et leurs membres (j'vous préviens, euphémisme), on finit nous aussi à bout de souffle, rivés à l'écran, les yeux écarquillés, les genoux sur le plancher, assistant, impuissants à un règlement de comptes démoniaque d'une violence éprouvante, désespérée, pour ne pas dire inarrêtable. Cette version française constitue une superbe déclaration d'amour à toute la saga, mais plus encore au film fondateur de Sam Raimi. Ca coule de source, sachant que Vanicek a bénéficié de la plus grande liberté artistique de la part de son ainé également producteur. 

On retrouve d'ailleurs chez lui cette même fougue, ce même plaisir sadique qui animait Raimi à seulement vingt et un ans : cette envie irrépressible d'en foutre plein la vue sans complexe, cette générosité débordante et cette sensation grisante de monter à bord de montagnes russes lancées à pleine vitesse, comme s'il n'y avait plus ni conducteur ni maître à bord, mais seulement un train fou s'enfonçant toujours plus profondément dans un enfer digne de Dante (qui se concrétise à terme !).


Cette sensation d'ivresse jouissive se prolonge jusque dans le parcours de son héroïne, Alice, brillamment interprétée par Souheila Yacoub. Son personnage, profondément meurtri, conjugue avec une rare justesse résignation, fragilité, détermination et courage de dernier ressort. À l'image d'Ash autrefois, elle lutte jusqu'à l'épuisement contre des forces qui semblent la condamner d'avance. Et nous avec, tant ces morceaux de bravoure finissent par nous laisser les larmes aux yeux... Comme le souligne cet agenouillement libérateur aussi bouleversant que cruellement amer. 

Car sous son déluge de gore et de possessions démoniaques profondément malsains, Evil Dead Burn dissimule également un drame psychologique d'une réelle intensité. En filigrane, le film développe une métaphore particulièrement forte autour des violences conjugales, faisant de cette invasion démoniaque le prolongement symbolique des traumatismes qu'Alice tente de surmonter. Cette lecture apporte une profondeur inattendue à un spectacle malade ultra épique et salivaire sous l'impulsion d'une photo désaturée et cadavérique. De manière à mieux faire perdre nos repères et nous confiner dans l'appréhension la plus insécure. 


D'ailleurs, sachez qu'à partir de la seconde grande attaque dans l'habitacle d'un véhicule, le film relâche plus jamais la pression dans son action horrifique dégénérée. Les assauts démoniaques furibards se succèdent avec une précision métronomique, transformant progressivement le récit en une sorte  d'apocalypse opératique (score emphatique qui va avec) où les carnages, d'un réalisme viscéral saisissant, s'enchaînent sans restriction aucune. 

L'autre grande réussite de Sébastien Vaniček consiste précisément à ne jamais se contenter de rendre hommage à Sam Raimi. Comme les meilleurs épisodes de la saga Alien, chaque réalisateur s'approprie ici un univers commun pour lui insuffler sa propre personnalité "macabre". Evil Dead Burn respecte alors profondément son héritage tout en affirmant une identité singulière, portée notamment par plusieurs chansons françaises issues de notre patrimoine musical, utilisées avec une intelligence remarquable pour accentuer la dimension dramatique de cette satire d'une rare virulence contre les violences conjugales. .


Cette héroïne, confrontée à ses propres blessures autant qu'aux démons qui l'assaillent, finit par devenir une véritable combattante d'un cauchemar sans fin, puisant dans ses dernières forces pour préserver sa dignité et arracher sa survie au cœur d'une véritable hallucination collective (tant pour les personnages que nous mêmes) d'une brutalité sensorielle.

Ainsi donc, Evil Dead Burn constitue évidemment une nouvelle claque. Une immense pochette-surprise à la fois sale, puante et putride, d'une efficacité maximale, qui prouve qu'il est encore possible de réinventer une franchise aussi mythique sans jamais trahir son ADN. Les admirateurs du premier Evil Dead auraient tort de passer à côté tant cette expérience irrationnelle avec le diable, viscérale, éprouvante et profondément immersive, mérite d'être vécue sur grand écran. Malgré ses nombreux clins d'œil au chef-d'œuvre de Sam Raimi, Sébastien Vaniček signe ici un film d'action horrifique qui possède pleinement sa propre voix. Et c'est probablement là sa plus grande réussite tout en déclarant un amour immodéré à l'univers créé par Sam Raimi. Quasiment chaque séquence en témoigne, tant le cinéaste semble animé par un irrépressible désir de se surpasser dans une ambiance macabre poisseuse, blafarde, qui n'appartient qu'à lui.


Et on en sort autant lessivé que rasséréné 🙂

— Celui du cœur noir des images 🖤

Ci-joint la critique Jean-François Dupuy:

Evil Dead Burn, 2026, Sébastien Vaniček.
 Alice, une française expatriée par amour aux États-Unis, retrouve sa belle-famille pour les obsèques de son mari, mort dans ce qui semble être un accident de voiture. Alors que tous se réunissent dans la vieille maison familiale, une force surnaturelle, responsable de la mort  du mari et qui a un compte à régler avec cette famille, s'en prend à chacun de ses membres, qu'elle change en creatures démoniaque. Alice va avoir fort à faire pour survivre à ce week-end funèbre. 
  Il est amusant de voir que plus de 40 ans après la présentation du premier Evil Dead au Festival de Paris du Film Fantastique, par son réalisateur, Sam Raimi, celui-ci ait décidé de confier ce nouvel opus de la saga, à un jeune réalisateur français, Sébastien Vaniček, descendant direct du public du Rex qui avait fait un triomphe à l'œuvre du alors jeune Raimi. 
  Vaniček, auteur de Vermines, film qui a impressionné Raimi et l'a convaincu de l'engager, s'est emparé du projet et, avec son co-scenariste habituel, Florent Bernard, en a écrit le sujet. Et il s'en sort haut la main. Son film est non seulement un brillant hommage à la franchise, mais aussi à tout le cinéma fantastique et d'épouvante des années 80, de Lucio Fulci à John Carpenter, en passa par Stuart Gordon. Et ce, tout en gardant son ton propre, sans faire du film un défilé de références et de clins d'œil "à la manière de".
 Dès le prologue, on est pris dans l'histoire et Vaniček ne nous lâchera plus. D'ailleurs, un conseil: ne quittez pas la salle quand les lumières se rallument au générique, et restez bien jusqu'à la toute fin, au risque de rater 2 séquences surprises. 
  Dans sa note d'intention, le réalisateur déclare avoir voulu « ...créer une expérience viscérale et sensorielle qui prenne le spectateur aux tripes. Je veux que les gens se sentent physiquement épuisés en sortant de la salle, comme s'ils avaient vécu un voyage émotionnel intense... ». Objectif réussi. On souffre avec les protagonistes, on ressent presque les douleurs physiques qu'ils éprouvent, lors de leurs luttes contre les creatures possédées. Le mal sorti du Necromonicon, cher à Raimi et Lovecraft, suinte dans l'image et se transmet ici par le contact, le sang et la salive entre les personnages.
 Souheila Yacoub, repérée dans Dune 2,  Les Femmes Au Balcon et The Carpenter's Son (où elle etait Lilith, une possédée du Demon) est excellente en femme victime d'un époux violent, au cœur d'une relation amoureuse toxique, qui va devoir affronter bien pire que les humiliations et les violences domestiques qui étaient son lot quotidien, et devenir un équivalent féminin de Ash, le héros de la saga originelle, la maladresse en moins. (En même temps, un mari qui choisit pour thème musical du mariage, La Chanson Des Vieux Amants, de Brel, ça aurait du lui mettre la puce à l'oreille...)
  Il y'a d'ailleurs 2 clins d'œil à Bruce Campbell, l'interprete indissociable des Evil Dead, clins d œil similaires à ceux que lui fait Sam Raimi dans Send Help. Il y'a aussi un autre clin d'œil à un fan français pur et dur de la première heure, d'Evil Dead et Sam Raimi, Alain Chabat qui fait un cameo vocal. 
 Evil Dead Burn est une vraie réussite, qui donne envie de voir les autres opus récents de la saga, si ce n'est pas déjà fait, et de suivre la carrière à venir de Sébastien Vaniček.
 
Ci-joint la critique de Thierry Savastano Di Marzio

❤️Big Coup de Coeur❤️
"Je ne te laisserai pas vivre sans moi"
🟩Evil Dead Burn - 2026 - ⭐️⭐️⭐️⭐️
Quel claque !
En deux films, Sébastien Vaniček a prouvé son talent dans le domaine de l'horreur, rejoignant ainsi les grands du genre.
Je peine encore à accepter ce que j'ai vu, une effusion d'hémoglobine et de violence graphique orchestrée de manière terrifiante.
La scène en plan-séquence dans la salle à manger ne cesse de revenir dans mes pensées, d'une beauté saisissante !
Pour résumer, Evil Dead Burn est l'un des films les plus brutaux de la série, caractérisé par une intensité progressive qui se transforme en un torrent ininterrompu de sang, de violence, de crânes écrasés, de corps démembrés et de visions choquantes.
Vaniček a récemment révélé qu'il avait dû couper une scène afin d'éviter une classification strictement🔞
Il faudra patienter jusqu'en avril 2028 pour découvrir Evil Dead Wrath de Francis Galluppi (Last Stop : Yuma County).