Et comment rester indifférent face à un blockbuster d'une telle ampleur, d'une telle ambition ? D'emblée, il faut souligner que cette version longue clarifie considérablement un récit parfois jugé complexe, notamment à travers les enjeux politiques, les manipulations de Lex Luthor et la progression de l'enquête menée par Clark Kent.
Ce qui m'a frappé durant la totalité du métrage, c'est avant tout l'ambition de Zack Snyder d'assumer un premier degré total, notamment dans son rapport à la violence. J'ai d'ailleurs été étonné par certaines séquences particulièrement brutales, preuve que nous ne sommes pas face à un simple film de super-héros calibré pour les ados, en bonne et due forme.
Et surtout, Batman v Superman ne se résume pas à l'affrontement de deux icônes qui peut d'ailleurs quelque peu décevoir lors du fameux mano à mano. D'un point de vue personnel, j'y vois également - et surtout - une superbe déclaration d'amour maternel. Derrière le choc des titans se dessine une histoire de filiation et de préservation, dont l'enjeu ultime consiste à sauver Martha Kent. J'ai trouvé cette trajectoire émotionnelle particulièrement forte et touchante, tant elle révèle l'humanité de ces deux figures héroïques. Unir leurs forces pour des enjeux de rédemption, de paix avec son passé, d'héroïsme, d'amour et de pardon. Tout cela au prix d'un prénom commun. Celui d'une mère sur le point d'être à nouveau sacrifiée.
Pour autant, le film demeure un grand spectacle évidemment, bien que pas si destroy que prévu. Contrairement à ce que sa réputation pourrait laisser croire, Zack Snyder ne verse pas constamment dans la destruction massive. Il réserve l'essentiel de sa démesure à la dernière heure, et plus particulièrement à une demi-heure finale absolument apocalyptique lors du combat contre Doomsday. L'ampleur de ces affrontements nocturnes relève quasiment de l'opéra visuel, tant la mise en scène semble repousser sans cesse les limites du spectaculaire. On en prend littéralement plein les mirettes au point de se pincer l'épiderme.
Mais au-delà de l'action intermittente, Batman v Superman séduit également par sa noirceur et son épaisseur psychologique. Batman apparaît comme un homme usé, consumé par la rage et le sentiment d'avoir perdu foi en l'humanité. À l'inverse, Superman devient ici une figure quasi mythologique, dont les pouvoirs suscitent autant l'admiration que la méfiance.
Le film développe d'ailleurs une réflexion passionnante sur le pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu'un individu possède une force quasi divine ? Peut-on être certain qu'elle ne se retournera jamais contre les hommes ? C'est précisément cette interrogation qui nourrit les craintes de la population comme celles de Batman lui-même.
Dans cette tourmente, Lois Lane occupe une place essentielle. Toujours incarnée avec beaucoup de justesse par Amy Adams, elle apporte à Superman une tendresse, une empathie et une humanité qui contrebalancent admirablement la dimension quasi divine du personnage, sans jamais en faire trop. J'ai même trouvé son rôle plus important car plus présente encore que dans Man of Steel.
La différence entre les deux films me paraît d'ailleurs flagrante. Si Man of Steel impressionnait déjà par son ambition et sa démesure en roue libre, Batman v Superman pousse encore plus loin la noirceur, la complexité et les thématiques abordées. Certains dialogues se révèlent parfois difficiles à suivre à mes yeux, mais cette richesse substantielle contribue aussi à faire du film une œuvre qui mérite d'être revue. Un seul visionnage ne me semble clairement pas suffisant.
Au fond, Batman v Superman apparaît comme un blockbuster atypique et presque baroque, mêlant thriller politique, réflexion sur le pouvoir, affrontement idéologique, drame psychologique et questionnement religieux autour de Superman, sans oublier les manipulations machiavéliques de Lex Luthor.
À ce titre, Jesse Eisenberg constitue pour moi une véritable surprise. Son Lex Luthor ne ressemble à aucun de ceux qui l'ont précédé. Alors qu'il pourrait parfois sombrer dans la caricature, l'acteur parvient constamment à maintenir un équilibre fascinant entre excentricité, intelligence et folie. Il compose un personnage lunaire, dérangé, imprévisible, dont la présence singulière ne cesse d'alimenter le malaise dans une subtile mesure. Probablement l'acteur le plus étonnant et imprévisible du casting.
Au final, Batman v Superman représente à mes yeux l'un des grands films de super-héros modernes. Un film ambitieux, imparfait sans doute (notamment pour son émotion un peu trop froide), mais profondément personnel, audacieux (sa conclusion inouïe dans sa dramaturgie imposée) et surtout intègre. Plus que jamais, Zack Snyder y poursuit sa volonté d'aborder le genre au premier degré afin de l'élever vers quelque chose de plus adulte, de plus tragique et de plus ample.
Et c'est à mon sens tout à fait réussi car cette expérience de cinéma "autre" laisse des traces plus profondes qu'il n'y parait.
Dédicace à Kevin Beluche.





























