En découvrant hier soir le fameux Hope, le nouveau délire de Na Hong-jin, on comprend rapidement pourquoi cette œuvre pharaonique, forte de ses 2 h 37 (dont 2h31 hors générique de fin), est en train de se tailler une réputation aussi impressionnante.
Quel spectacle de dinguo, par tous les Croms ! Hope est une véritable déflagration, un cartoon live de bruit et de fureur comme on en rencontre rarement dans le paysage du cinéma d'action, mais pas seulement. C'est aussi une pure déclaration d'amour au film de monstres et à la science-fiction, orchestrée par un cinéaste qui nous avait déjà gratifiés de trois œuvres majeures : The Chaser (à mes yeux un chef-d'oeuvre), The Murderer et The Strangers.
À travers la traque infernale menée par un duo de policiers et de paysans dans une bourgade dévastée par une présence extraterrestre, Na Hong-jin réinvente les codes du genre avec une audace et surtout une maîtrise de tons sidérantes. Durant les quarante à quarante-cinq premières minutes, il prend soin de ne pas dévoiler l'apparence monstrueuse de ses créatures. Or, impossible de décrocher de son fauteuil, tant les paysages de désolation et les hors-champ sonores, la menace palpable toujours plus grandissante, ponctués par les grognements inquiétants de ces entités, entretiennent une tension permanente. Le désarroi, la peur et l'incompréhension de personnages complètement déboussolés, désorientés par l'espace dévasté de tôles froissées donnent à cette première partie une dimension aussi expressive qu'oppressante.
Puis vient un affrontement épique entre une créature extraterrestre dantesque (en mode longiligne) jamais vue ailleurs et un policier armé de son seul fusil d'assaut. S'ensuit une interminable course-poursuite automobile, ponctuée d'affrontements physiques et de fusillades, dans une séquence démentielle à couper le souffle. Na Hong-jin relance incessamment l'action sans jamais nous laisser le temps de respirer, avec une intensité affolante qui n'aurait certainement pas déplu à Sam Raimi, notamment celui de Evil Dead 2.
Car Hope est également rempli à ras bord d'un humour aussi inattendu que jubilatoire. Loin de la plaisanterie potache pour l'ado acnéen, celui-ci naît notamment de la confrontation morale et la maladresse impayable de certains personnages terriblement attachants. Certaines situations, souvent morbides, deviennent franchement hilarantes, sans jamais empiéter sur le sérieux de l'entreprise. C'est même l'une des grandes réussites du film : ne jamais se moquer du cinéma de genre, mais témoigner d'une véritable tendresse envers l'histoire, les lieux et ses personnages. Une affection qui transpire à chaque plan et qui nourrit cette alchimie hallucinante d'y communier sans déborder comédie, action, western, science-fiction, horreur et fantastique.
Certes, après une première heure menée tambour battant, un ventre mou d'une trentaine à une quarantaine de minutes se fait ressentir. Mais cette accalmie, loin de la disgrâce, n'est finalement qu'une trêve afin de mieux rebondir, relancer l'action (notamment dans un lieu forestier) avant une nouvelle déferlante d'affrontements. La dernière course-poursuite, aussi anthologique que l'affrontement liminaire, relève alors de la prouesse technique et visuelle, au point de pouvoir faire rougir George Miller et sa trilogie Mad-Max ! Du roller coaster à tombeau ouvert. C'est insensé, tant on a réellement l'impression de n'avoir jamais rien vu de semblable à l'écran.
D'une générosité décomplexée (euphémisme), d'une intelligence jamais prétentieuse, Hope nous rend notre âme d'enfant et notre regard émerveillé devant une galerie de monstres absolument fascinante, dont l'imagerie singulière prend corps aussi bien dans les environnements urbains que dans les territoires forestiers. La délocalisation de l'action vers une forêt de tous les dangers renouvelle encore le spectacle : certains chasseurs s'y égarent et se retrouvent nez à nez avec des créatures extraterrestres d'une vélocité hostile hallucinante. On ne sait plus où donner de la tête alors que - paradoxe - l'action nullement gratuite reste toujours lisible sous l'impulsion d'effets numériques suffisamment crédibles pour y croire sans sourciller (ou alors si peu si on fait la fine bouche).
Voilà donc un spectacle orgasmique, une lettre d'amour au cinéma de genre et au divertissement d'une poignante sincérité. Na Hong-jin orchestre impérialement cette démesure tout en accordant une telle attention, une tendresse et une affection palpables pour ses personnages solidaires à la fois pugnaces et suicidaires. À cette générosité métronomique s'ajoute enfin la dimension lyrique d'un climat de science-fiction apocalyptique nourri par la présence mystérieuse de cette entité extraterrestre égarée sur notre Terre.
Quant à la conclusion, elle nous laisse volontairement en suspens, ouvrant la voie à une seconde partie (le storyboard étant trop épais, nous n'aurons plus droit à la trilogie escomptée), que l'on espère aussi furibarde, affolante, débridée, décalée.
Du grand spectacle homérique comme on ose plus en (par)faire.










































