
Strange Vomit Dolls
— le cinéphile du cœur noir 🖤
mercredi 25 mars 2026
Nell de Michael Apted. 1994. 1h51. U.S.A.

dimanche 22 mars 2026
Les Bidasses s'en vont en guerre de Claude Zidi.
Et pourtant… c’est précisément là que réside son charme. Dans cette ultra bêtise revendiquée, dans cette mécanique du rire qui ne cherche jamais à être fine, mais qui avance à un rythme infernal, comme un moteur lancé à pleine vitesse sans se soucier de la direction. On navigue à vue. Les situations s’enchaînent avec une spontanéité désarmante, et les Charlots, fidèles à eux-mêmes, injectent une énergie brute, instinctive, qui finit rapidement par emporter l’adhésion.
Comédie franchouillarde jusqu’au bout des ongles, le film devient peu à peu une sorte de rêve éveillé, un délire continu où le rocambolesque flirte avec l’abracadabrantesque sans jamais s’excuser d’exister. C’est d'une idiotie atypique, c'est souvent lourd, parfois même épuisant par son rythme dégénéré… mais étrangement irrésistible par sa dinguerie nonsensique, et le fait que tous ces personnages lunaire existent à l'écran avec une foi incontrôlable.
Il faut le voir pour le croire.
Diary of the Dead de Georges A. Romero.
samedi 21 mars 2026
Dossier 137 de Dominik Moll. 2025. France. 1h54.
Backcountry de Adam MacDonald. 2014. Canada. 1h32.
Alors oui, tout semble d’abord familier. Inévitablement. Mais sans nullement nous détacher par sa prompte capacité à nous séduire dans la sincérité d'une mise en place crédible. Un couple, la forêt, l’isolement, un évènement impromptu. Des motifs usés dans leur banalité. Mais rapidement, le récit s’émancipe de ce carcan bien connu pour glisser vers autre chose, quelque chose de plus insidieux, de plus feutré, de plus incertain. La menace n’est plus un point fixe - elle devient diffuse, surtout invisible, elle circule, elle respire autour des personnages… et nous avec. On attend, on est inquiet par l'attente de l'angoisse, de cette peur implacable qui risque de s'exprimer à tous moments.
On pense inévitablement à certains jalons du genre : cette sensation de réel documenté, cette caméra au plus près des visages contrariés, évoque Le projet Blair Witch, cette manière d’habiter l’espace végétal en immersion totale rappelle Survivance, tandis qu’un écho lointain de Délivrance résonne aussi dans cette confrontation primitive entre l’homme et la nature. Mais Backcountry ne copie pas - il absorbe, il digère, puis il recrache une peur plus sèche, plus nue.
Puis vient le basculement qu'on était loin de prévoir puisque le réalisateur ne tablait que sur le silence d'un isolement constamment ombrageux.
Passé injustement inaperçue, cette petite perle maudite s’impose pourtant comme l’un des survivals forestiers les plus marquants de ces dernières années. Une œuvre âpre, tendue, profondément réaliste et flippante, qui nous happe sans relâche jusqu’à une dernière image à la fois désespérée… et étrangement apaisée.
P.S: évitez à tous prix de reluquer la bande-annonce avant d'amorcer la projo.
lundi 16 mars 2026
Mirrors d'Alexandre Aja. 2008. U.S.A/Roumanie/Allemagne/France. 1h51.
Dawson's Creek
Rappel des faits :
La récente disparition de l’acteur James Van Der Beek m’a conduit à découvrir une série que je n’aurais sans doute jamais osé regarder autrement. Et il y a là une ironie tragique, à mes yeux: c’est grâce à sa mort que j’ai ouvert la porte de Dawson's Creek.
Je n’en suis qu’à deux saisons, une trentaine d’épisodes à peine, et pourtant la série a déjà planté en moi quelque chose de très profond. Certains épisodes me crèvent littéralement le cœur, comme ce matin encore. Il s’en dégage une émotion rare, sacrée pour moi - une émotion vibrante, profondément humaniste.
Ce qui me frappe le plus, au-delà de son voile de soie doux et réchauffant sur le plan émotionnel, c’est l’intelligence des personnages. Leur capacité de réflexion, leur bagage culturel, leur manière de verbaliser leurs doutes, leurs blessures, leurs élans amoureux. Derrière leurs visages d’adolescents, il y a des âmes fragiles, traversées par le mal-être existentiel, les amitiés qui vacillent, les amours qui naissent, mais aussi les liens parfois douloureux avec les parents. On connaît la musique, mais Dawson (r)anime ces tensions et leurs apaisements comme si c’était la première fois.
Dans cette série presque insulaire (le cadre restreint est si intime et solaire), il y a une pudeur humaniste qui me bouleverse de manière personnelle. Cette manière autonome finalement de parler de la vie, de l’amour, de la peur de grandir, avec une délicatesse qui me fait souvent chavirer vers un ailleurs exaltant. Comme si je me sentais protégé parmi eux, parmi ces nouveaux amis que je vois grandir en temps réel et que j’apprends à aimer avec une intensité élégiaque.
Alors oui, j’ai une très forte pensée émue pour James Van Der Beek. Et Dieu sait que tous les autres interprètes crèvent l’écran, jusqu’aux plus petits seconds rôles. Car sans sa disparition, je n’aurais très certainement jamais découvert cette œuvre lumineuse, pétrie de douceur, de réflexions et de sensibilité.
Aujourd’hui, au fil des épisodes, je découvre une jeunesse des années 90 qui semble presque appartenir à un autre monde : une génération plus introspective, plus vulnérable, plus attachée aux mots, aux valeurs nobles comme le respect d’autrui, et aux sentiments qui naissent dans l’écoute de l’autre.
Peut-être est-ce cela, finalement, le miracle des œuvres si précieuses mais parfois oubliées que j’aime tant choyer et mettre en avant : continuer à toucher des cœurs, même après la disparition de ceux qui les ont incarnées. On appelle ça aussi la magie du petit écran.
Dawson, rien que pour tes deux premières saisons, tu resteras à jamais imprimé en moi. Ad vitam aeternam.
— le cinéphile du cœur noir

Les Faucons de la Nuit / Night Hawks
Et le constat est limpide : Les Faucons de la nuit demeure un formidable polar urbain, magnifiquement filmé à travers son urbanité crépusculaire et poisseuse qui rappelle les grandes heures du cinéma policier des années 70. On pourrait même dire que le film a un pied dans les années 70 et l’autre dans les années 80, puisqu’il sort en 1981 tout en conservant l’âme sombre et rugueuse du polar de la décennie précédente.
Visuellement, le film est à la fois immersif et envoûtant, et rappellera aux amateurs les grands classiques du genre comme French Connection, Serpico, Police puissance 7 ou encore l'oublié mais mémorable Meurtres dans la 110e Rue.
Mais Les Faucons de la nuit est aussi, à mon sens, bien plus qu’un simple polar efficace. Le film emprunte également certains codes au psycho-killer, flirtant parfois avec l’ombre du cinéma d’horreur. Cela tient beaucoup au portrait du terroriste incarné par Rutger Hauer, personnage glaçant dont la froideur psychopathe dépasse largement la simple figure du terroriste politique.
Face à lui, Sylvester Stallone surprend par une incarnation d’une grande sobriété. Loin des figures héroïques et iconiques qu’il imposera ensuite avec Rocky ou Rambo, il compose ici un policier de rue réfléchi, presque introspectif, refusant autant que possible d’imposer une violence aveugle et méthodique.
Son personnage, Deke DaSilva, s’oppose même à sa hiérarchie, qui voudrait transformer le policier en simple instrument d’une logique quasi militaire pour éradiquer le terrorisme international.
Et puis il y a la présence si charmante de Lindsay Wagner, inoubliable héroïne de la série Super Jaimie, qui incarne ici sa compagne. Hélas trop peu présente à l’écran, elle signe pourtant l’une de ses rares apparitions au cinéma. Cette sublime jeune actrice dégage une fraîcheur naturelle et une spontanéité remarquable, inscrites dans une sobriété de jeu. C’est aussi la preuve que Bruce Malmuth maîtrise parfaitement sa direction d’acteurs, tant Lindsay Wagner se révèle ici charismatique et juste dans ce rôle de maîtresse tiraillée par les tensions de sa relation avec DaSilva.
Et c’est précisément là que le film devient passionnant, substantiel dans son dilemme moral.
Car le terrorisme prend le visage impassible et terrifiant du personnage de Wulfgar incarné par Rutger Hauer : une présence glaciale, presque reptilienne, capable d’imposer son idéologie meurtrière avec une aisance déconcertante, dénuée de toute vergogne. Il peut ainsi abattre froidement des femmes sans défense dans l’intimité de leur foyer, ou poser des bombes dans les lieux les plus fréquentés, comme si la mort n’était pour lui qu’un simple outil de démonstration teinté de perversité.
Or, Les Faucons de la nuit ne tombe jamais dans la gratuité. Ni l’action ni la violence ne sont montrées avec complaisance; elles servent au contraire à souligner la brutalité froide du terrorisme encore plus actuel aujourd'hui.
Ce qui frappe aussi, c’est la beauté formelle du film à la réalisation si carrée. La mise en scène de Bruce Malmuth capte un New York nocturne inquiétant, presque organique : une ville ténébreuse, vénéneuse, reptilienne, théâtre d’une traque inlassable menée par DaSilva et son partenaire Matthew interprété avec autant de pugnacité par Billy Dee Williams.
Une traque qui ne cède jamais à l’ennui tant la tension demeure constante. Le réalisateur maîtrise son matériau avec sobriété, sans effets de manche ni surenchère spectaculaire. Les séquences d’action sont intelligemment dosées et mises au service d’une intrigue solide, rigoureusement construite, et fréquemment d’une cruauté implacable lorsque s’expriment les exactions du terroriste littéralement en roue libre.
Ainsi, dans cette scénographie urbaine nocturne, plane par moments l’ombre du film d’horreur, comme si la ville elle-même devenait le territoire d’un prédateur humain redoutablement productif, insolent, affuté.
Et c’est peut-être là que réside toute la singularité des Faucons de la nuit : un polar urbain tendu, une série B d’une redoutable efficacité, mais aussi une œuvre traversée par l’inquiétante silhouette d’un monstre moderne dans le cadre du psycho-killer le plus classieux et envoûtant.
Authentique classique au demeurant, qui plus est imperméable à l'évolution du temps.
lundi 9 mars 2026
Le Plombier / The Plumber de PeterWeir. 1979. Australie. 1h16.
Or, au-delà de cette tension latente, le film repose avant tout sur une confrontation psychologique particulièrement intense entre un plombier envahissant et une épouse isolée chez elle. Cette intensité tient beaucoup au jeu naturel des acteurs au physique ordinaire, mais aussi à la dérision sarcastique qui s’installe progressivement entre les deux personnages.
C’est d’ailleurs là l’une des grandes réussites du film : reposer sur la caractérisation d’une femme psychologiquement démunie, tandis que le plombier joue constamment sur l’ambiguïté. Ambiguïté que Peter Weir entretient volontairement, puisque le personnage peut être interprété de plusieurs façons.
Et c’est précisément parce que le film refuse de trancher que son dispositif fonctionne aussi bien : l’ambiguïté morale demeure entière du début à la fin.
Dans cette perspective, Le Plombier apparaît à la fois comme un redoutable thriller psychologique et comme un drame conjugal assez cruel. Peter Weir choisit toutefois la suggestion plutôt que l’émotion frontale : il ne cherche pas à nous bouleverser, mais plutôt à nous placer dans un état d’inconfort permanent en jouant avec nos nerfs jusqu'à l'absurde de situations à la fois devenues incontrôlables et hyperboliques (la salle de bain réduite en champs de bataille face au témoignage de l'époux indifféré).
Le film se révèle ainsi d’une belle efficacité, à travers cette lutte acharnée d’environ 1h16 entre un plombier et une femme toujours plus esseulée, dont l’issue finale, à nouveau teintée de sarcasme, surprend par un dernier renversement de situation.
Une œuvre brève, hélas méconnue et oubliée, mais particulièrement intelligente, intense, anxiogène et troublante, à voir absolument.
dimanche 8 mars 2026
Hell in paradise de Leila Sy. 2025. France. 1h43.
Ce thriller sous tension, probablement inspiré d’un fait divers, adopte une dramaturgie solide et efficace qui ne relâche jamais vraiment son emprise.
Mais le véritable cœur du film reste Nora Arnezeder, révélée notamment dans le splendide remake Maniac. Elle porte le film à bout de bras et parvient à nous immerger dans les angoisses, le désarroi et les espoirs de son personnage avec une force expressive très naturelle, jamais outrancière.
samedi 7 mars 2026
Halloween 5: la Revanche de Michael Myers de Dominique Othenin-Girard. 1989. U.S.A. 1h37.
jeudi 5 mars 2026
Le Dernier Combat de Luc Besson. 1983. France. 1h33.
À la troisième révision du premier film du jeune Luc Besson - qui n’a alors que 23 ans - réalisé avec le soutien de son acteur principal Pierre Jolivet, également scénariste, Le Dernier Combat s’impose à mes yeux comme l’un des meilleurs films de science-fiction post-apo des années 80 au sein du paysage français, comme il le fut ovationné à Avoriaz.
Découvrir en 1983 un petit métrage en noir et blanc, dénué de paroles est d’une audace presque suicidaire - surtout pour un film où l’action demeure finalement parcimonieuse. Or, le Dernier Combat reste une expérience singulière. Certes, certains affrontements physiques témoignent d’une grande violence. Mais Luc Besson se montre suffisamment habile, intelligent et anti-complaisant pour privilégier le hors-champ. Et pourtant, la sauvagerie de certains face-à-face frappe l’esprit, allant jusqu’à l’irréparable dans un monde post-apo terriblement photogénique, magnifié par un superbe scope et un noir et blanc envoûtant.
Sur le plan visuel, Le Dernier Combat est une véritable réussite. Dès les premières images, nous sommes immergés dans un paysage aride, décharné, presque coupé du monde, où une poignée de survivants tente de subsister tant bien que mal, sous la loi brutale du plus fort.
Mais le film séduit aussi par son réalisme. Captivant, passionnant, immersif en diable, atmosphérique, il demeure un divertissement redoutablement intelligent qui privilégie la psychologie de ses personnages - et en particulier l’évolution morale de "l’homme", personnage sans nom interprété par Pierre Jolivet. Errant dans une ville dévastée, il tente de survivre et finit, au fil de son échappée à bord d’un avion de fortune, par rencontrer un vieux médecin interprété avec une humanité poignante par Jean Bouise. Entre eux naît peu à peu une relation amicale fragile, presque miraculeuse dans cet univers ravagé.
Au-delà de cette dimension humaine, le film distille un humour quasi permanent, notamment à travers l’ennemi incarné par Jean Reno - une brute sournoise et brutale, prête à tout pour parvenir à ses fins. Déjà, dans ce premier rôle, il impose une présence inquiétante, à contre-emploi, presque détestable.
Réalisé avec un soin remarquable - dans les cadrages, la lumière, la texture hypnotique du noir et blanc - le film surprend par sa simplicité et son inventivité. Il glisse même, presque en douceur, vers une réflexion sur le désir irrépressible d’aimer, sur le besoin de retrouver la femme perdue. Dans ce monde machiste et dévasté, la femme semble avoir disparu… peut-être même ne plus exister. Pourtant, à travers deux rebondissements salvateurs, Luc Besson fait de la femme l’espoir d’un avenir plus humaniste, porté par l’évolution morale de cet homme que Pierre Jolivet incarne avec un héroïsme loyal, malgré la sauvagerie nécessaire pour survivre face à l’oppresseur réduit à son instinct primal.
Le Dernier Combat est ainsi un formidable film d’action et de science-fiction, dont la musique de Éric Serra enveloppe le récit d’une sensibilité presque féminine par moments, à la tendresse personnelle, symptomatique chez Luc Besson.
Le film traite également, avec tact, intelligence et une certaine sagesse, des rapports étroits - indissociables et addictifs - entre l’homme et la femme, notamment à travers le besoin charnel, sexuel, sentimental. Dès le prologue, une image saisissante nous montre "l’homme" couchant avec une poupée gonflable : symbole cruel d’un monde à l'agonie où la présence féminine semble s’être évaporée.
Au final, Le Dernier Combat demeure un premier film incroyablement prometteur à travers son climat d'isolement dépaysant et poétique. Luc Besson y révèle déjà une maîtrise étonnante de sa caméra et une capacité rare à faire naître une véritable émotion. On y sent sa sincérité, sa passion, et surtout sa volonté de se démarquer des produits standardisés ou d’exploitation.
Nous sommes ici très loin des copies opportunistes italiennes telles que Les Guerriers du Bronx, 2019 ou Le Gladiateur du futur, qui tentaient de rivaliser avec les chefs-d’œuvre de George Miller : Mad Max et Mad Max 2.
Récompenses: Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1983 : Prix spécial du jury et prix de la Critique.
Festival international du film fantastique de Bruxelles 1983 : Prix spécial de la critique
Festival international du film de Catalogne 1983 : meilleur film
Festival du film de Taormine 1983 : Charybde d'argent
Fantasporto 1984 : meilleur film





































