samedi 20 juin 2026

Beast de Baltasar Kormákur. 2022. U.S.A. 1h33.

                                                         
                        (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de Beast, de Baltasar Kormákur, réalisé en 2022. On peut d'ailleurs rappeler que le cinéaste fut l'auteur du formidable et (déjà) impressionnant Everest. Or, ici, le film qui nous intéresse est une excellente série B du samedi soir, puisqu'il joue habilement la carte du survival, aussi bien en huis clos qu'en extérieur, à travers les splendides paysages d'Afrique du Sud.
 
D'un point de vue formel, on en prend plein les yeux tant les décors naturels demeurent éblouissants et immersifs sans nous dériver vers la déviation de la carte postale. Pour rappeler le contexte narratif, le film retrace les vicissitudes du docteur Nat Samuels, interprété par Idris Elba dans sa force tranquille et de sureté, qui voyage avec ses deux filles en Afrique du Sud afin de surmonter le décès de son épouse, emportée par une longue maladie. Il tente ainsi de renouer des liens avec celles-ci, qui lui reprochent son absence répétée, aussi bien durant sa séparation conjugale qu'au moment où elles avaient le plus besoin de lui.
 
 
Évidemment, pour épicer l'intrigue, nos trois protagonistes vont se retrouver coincés dans une réserve naturelle gérée par leur ami Martin Battles, lorsqu'un lion devenu particulièrement agressif à la suite d'une attaque de braconniers décide de s'en prendre à tout être humain croisant son chemin.
 
Ainsi, Beast joue pleinement la carte du survival. On pourra d'ailleurs songer inévitablement au mythique Cujo de Lewis Teague, notamment lors des nombreuses séquences se déroulant dans l'habitacle d'un véhicule, où le lion tente de pénétrer à l'intérieur afin d'atteindre ses occupants. Sur ce point, le film est une franche réussite, tant la tension est gérée avec soin et maîtrise, notamment grâce à d'amples mouvements de caméra particulièrement habiles pour graduer la tension.
 
 
Mais ce qui frappe avant tout, et demeure proprement effrayant lors des scènes d'agression, c'est le réalisme ahurissant des effets spéciaux numériques. Tout au long du métrage, on se surprend à se demander s'il s'agit de véritables lions ou d'animaux entièrement recréés en images de synthèse. C'est dire à quel point, sur le plan technique, Beast constitue une réussite remarquable. Cette prouesse contribue largement à décupler les émotions fortes disséminées dans une intrigue habilement construite, le réalisateur relançant constamment l'action grâce à de nouvelles situations et à l'introduction progressive de personnages supplémentaires.
 
Je n'irai pas plus loin afin d'éviter tout spoiler, notamment au niveau de rebondissements fructueux habilement pensés par des personnages à la capacité débrouillarde, mais le film constitue également, en filigrane, un manifeste anti-braconnage particulièrement salutaire. D'un point de vue militant pour la cause animale, c'est assurément une bonne piqure de rappel.
 
 
Sur le plan dramatique, le résultat s'avère également convaincant. Certes, Baltasar Kormákur ne cherche pas à approfondir outre mesure la relation passée entre Nat et son épouse, mais plusieurs séquences intimistes entre le père et ses filles et quelques flash-back oniriques, sont plutôt touchants. Malgré le caractère plutôt convenu de cette crise familiale, le film parvient sincèrement à émouvoir grâce à l'humanisme de ses personnages, à leur solidarité et à leur complicité pugnace. Cette dimension humaine apporte un supplément de réalisme à ce survival généreusement pourvu en séquences d'action et de terreur parfaitement orchestrées.
 
Au final, Beast est un fort sympathique divertissement horrifique du samedi soir dont les amateurs de B movie sincères, gĂ©nĂ©reux et efficaces auraient tort de se priver. D'autant qu'ici, je le rĂ©pète, les effets spĂ©ciaux numĂ©riques atteignent un degrĂ© de rĂ©alisme franchement bluffant, renforçant encore l'impact de scènes de terreur particulièrement percutantes. Quant Ă  l'improbable affrontement final entre l'homme et la bĂŞte, Baltasar Kormákur a l'intelligence de ne jamais sombrer dans la surenchère, prĂ©fĂ©rant privilĂ©gier un certain rĂ©alisme afin de rendre cette confrontation ultime encore plus brutale, violente et cauchemardesque. Et cela fonctionne Ă  l'unisson tant les blessures infligĂ©es sur l'homme sont d'une brutalitĂ© viscĂ©rale implacable. 
 
  
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
 
ANECDOTES: 
Le tournage a eu lieu en Afrique du Sud, dans de véritables réserves naturelles, ce qui explique la beauté et l'authenticité des paysages.

Baltasar Kormákur adore les longs plans-séquences. Beaucoup de scènes semblent filmées en une seule prise grâce à des raccords numériques invisibles. Cela contribue énormément à la tension et à l'immersion. Plusieurs spectateurs ont d'ailleurs souligné cet aspect après la sortie du film.

La scène du coup de poing au lion a été l'une des plus difficiles pour Idris Elba. L'acteur a expliqué qu'il devait doser parfaitement sa rage et sa peur alors qu'il n'avait absolument rien devant lui sur le plateau.

Une anecdote amusante : un vrai lion a été amené sur un plateau annexe afin que les équipes d'effets spéciaux puissent étudier ses mouvements et son pelage. À la suite d'un malentendu, certains membres de l'équipe ont cru qu'un lion s'était échappé, provoquant un petit moment de panique générale !

Enfin, le film a coûté environ 36 millions de dollars et n'en a rapporté qu'un peu plus de 59 millions dans le monde. Il n'a donc pas été un énorme succès commercial, ce qui est dommage car beaucoup de spectateurs, l'ont depuis réévalué.

vendredi 19 juin 2026

Memento de Christopher Nolan. 2000. U.S.A. 1h53.

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Alors hier soir, revisionnage du second long-métrage de Christopher Nolan, j'ai nommé le fameux Memento, œuvre multi-récompensée à l'international.

À la revoyure, c'est un sacré moment de cinéma auquel j'ai assisté. Le coup de génie de cette intrigue, c'est de parvenir à nous placer à l'intérieur même de la mémoire du protagoniste. Suite à l'agression de son épouse et au traumatisme crânien qu'il a subi en tentant de la sauver, Leonard Shelby souffre d'amnésie antérograde : au bout de quelques minutes, il ne se souvient plus de ce qu'il vient de vivre, ni des personnes qu'il vient de rencontrer.
 

L'astuce de Christopher Nolan consiste alors à brouiller les pistes chronologiques en construisant son récit comme un immense puzzle à reconstituer. Durant toute l'intrigue, nous ne cessons de naviguer entre passé, présent et futur avec une maîtrise narrative assez incroyable. On demeure constamment captivé par ce scénario tortueux qui nous triture délicatement les méninges sans jamais nous agacer - une fois n'est pas coutume.

Et c'est là un autre tour de force du réalisateur : parvenir à transformer ce qui pourrait n'être qu'un casse-tête ou un Rubik's Cube cinématographique en une œuvre profondément passionnante. On adore reconstituer les pièces du puzzle, d'autant plus que, contrairement aux apparences, il ne s'agit pas seulement d'un brillant exercice de style. Memento est également un thriller remarquablement mené et admirablement interprété par Guy Pearce, dont le jeu mêle avec justesse inquiétude, hésitation, vulnérabilité et perplexité permanente.
 

Toutes les expressions interrogatives de Leonard deviennent les nôtres puisque nous nous retrouvons littéralement enfermés dans sa mémoire défaillante. Comme lui, nous tentons d'assembler les morceaux d'une vérité qui semble sans cesse nous échapper. Et cela relève de l'hypnose cinématographique !

Mais en filigrane, et notamment grâce à une conclusion particulièrement ambiguë, il faut aussi saluer un drame psychologique d'une grande richesse. À travers ce personnage prisonnier de son amnésie, Nolan développe un second niveau de lecture particulièrement troublant. Et si Leonard s'inventait inconsciemment une nouvelle mission ? Et si cette enquête obsessionnelle lui permettait de donner un sens à son existence tout en refusant d'accepter le deuil de son épouse ?
 

C'est là que le film devient fascinant. On peut douter de tout. On peut même se demander si certains souvenirs de Leonard correspondent réellement à la vérité. Son épouse est-elle réellement morte lors de l'agression ? Certains événements ne sont-ils pas déformés par son traumatisme ? Leonard est-il uniquement une victime ou devient-il, malgré lui, l'artisan de sa propre tragédie ? Nolan laisse suffisamment d'indices pour nourrir toutes ces interrogations sans jamais imposer de réponse définitive.

Sans trop dévoiler les ressorts de l'intrigue, ajoutons que Carrie-Anne Moss est absolument délectable de machiavélisme. Son personnage ne cesse de manipuler Leonard avec une séduction froide, perfide et calculatrice. Quant à Joe Pantoliano, dans le rôle de Teddy, il compose un personnage ambigu particulièrement savoureux, dont les intentions décomplexées demeurent constamment sujettes à caution.
 

Au final, Memento est un thriller à marquer d'une pierre blanche, un film qu'il faut impérativement revoir plusieurs fois afin d'en saisir toute la substance narrative et toute la portée morale. Derrière son extraordinaire construction se cache la tragédie bouleversante d'un anti-héros qui tente désespérément de reconstituer sa propre existence malgré les limites de sa mémoire. Jusqu'à se mentir lui même pour mieux construire sa route de la rédemption.

Et le film demeure profondément passionnant grâce à sa chronologie éclatée, mais aussi grâce à son climat intimiste, mystérieux, inquiétant, troublant et parfois même envoûtant. Plus qu'un simple puzzle cinématographique, Memento est une réflexion vertigineuse sur la mémoire, l'identité et les mensonges que nous sommes parfois prêts à nous raconter pour continuer à (sur)vivre.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
 

Récompenses:

Prix du jury au Festival du cinéma américain de Deauville en 2000.
Waldo Salt Screenwriting Award au Festival du film de Sundance en 2001.
Saturn Award du meilleur film d'action/aventures/thriller en 2002.
Independent Spirit Awards du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et du meilleur second rôle féminin (Carrie-Anne Moss) en 2002.
MTV Movie Award du meilleur nouveau cinéaste (Christopher Nolan) en 2002.
Australian Film Institute Award du meilleur scénario en 2002.
Prix Edgar-Allan-Poe du meilleur film en 2002.
Prix Bram-Stoker du meilleur scénario en 2002.
Critics Choice Award du meilleur scénario en 2002.
 
ANECDOTES:  
L'idée vient du frère de Christopher Nolan
Peu de gens le savent, mais l'histoire est née dans l'esprit de Jonathan Nolan, le frère cadet de Christopher.
Pendant un trajet en voiture entre les deux frères, Jonathan évoque l'idée d'un homme incapable de créer de nouveaux souvenirs qui chercherait à venger sa femme.
Jonathan écrira ensuite une nouvelle intitulée Memento Mori tandis que Christopher développera simultanément le scénario du film.

Les deux œuvres ont donc été créées presque en parallèle.
Nolan a écrit le scénario avant même que la nouvelle soit publiée.
Contrairement Ă  ce que l'on croit souvent, Memento n'est pas exactement l'adaptation de Memento Mori.
Christopher Nolan a commencé à écrire son script à partir des discussions avec son frère alors que la nouvelle n'était pas encore terminée.
Les deux versions racontent la même histoire de base mais diffèrent sur de nombreux détails.
 
Le film a été refusé par de nombreux studios.
Lorsque Nolan présente le projet, plusieurs producteurs trouvent le scénario incompréhensible.
Certains estiment que le public sera incapable de suivre un récit raconté à rebours.
Aujourd'hui cela paraît absurde, mais à la fin des années 1990, Memento était considéré comme un pari commercial extrêmement risqué.

Guy Pearce a failli ne jamais obtenir le rĂ´le.
Guy Pearce n'était pas le premier choix de plusieurs producteurs.
À l'époque, il était surtout connu pour des rôles dans des productions australiennes et pour le soap opera Neighbours.
Nolan s'est battu pour l'imposer.
Difficile aujourd'hui d'imaginer quelqu'un d'autre dans le rĂ´le de Leonard Shelby.

Le tournage n'a duré que quelques semaines.
Le film a été tourné en seulement 25 jours environ.
Pour un récit aussi complexe, c'est extrêmement court.
Le budget était également très modeste comparé aux standards hollywoodiens.

La structure du film est mathématique.
Le récit repose sur deux chronologies :
les scènes en noir et blanc avancent normalement ;
les scènes en couleur remontent le temps.
Les deux lignes narratives finissent par se rejoindre dans la dernière séquence.
Cette construction est souvent étudiée dans les écoles de cinéma comme un exemple presque parfait d'architecture scénaristique.

Les Polaroïds n'étaient pas un simple gadget.
Leonard utilise des photographies instantanées pour remplacer sa mémoire.
Nolan voulait un système visuel immédiatement compréhensible.
Le Polaroïd est devenu un symbole du film au point d'être aujourd'hui indissociable de son identité.
 
Le film cache un immense paradoxe.
Plus on revoit Memento, plus on se rend compte que Leonard est peut-ĂŞtre le personnage le moins fiable de toute l'histoire.
Au premier visionnage, on soupçonne Teddy.
Au deuxième, on commence à soupçonner Natalie.
Au troisième, on finit souvent par soupçonner Leonard lui-même.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le film gagne en richesse Ă  chaque revisionnage.
 
Christopher Nolan considérait déjà ce film comme un test.
Nolan a souvent expliqué que Memento lui avait permis de vérifier jusqu'où il pouvait emmener un spectateur dans une narration complexe sans le perdre.
On retrouve ensuite cette obsession dans :
The Prestige
Inception
Interstellar
Tenet
Memento est en quelque sorte le laboratoire où Nolan a mis au point son cinéma.
 
Roger Ebert a reconnu avoir dĂ» le revoir.
Le célèbre critique Roger Ebert a admis que le film l'avait tellement déstabilisé qu'il avait ressenti le besoin de le revoir afin d'en saisir pleinement les mécanismes.
C'est précisément le type de film qui se bonifie avec les revisionnages.
Le tatouage final est l'une des scènes les plus tragiques du cinéma moderne.
Lorsque Leonard décide consciemment de transformer Teddy en coupable, il cesse d'être seulement une victime.
Il devient l'architecte de sa propre illusion.
Cette idée fascine encore aujourd'hui de nombreux cinéphiles : un homme qui utilise son handicap pour se mentir à lui-même.
C'est probablement ce qui donne au film sa puissance émotionnelle au-delà du simple thriller.

Un détail que beaucoup ratent au premier visionnage.
Observez bien les expressions de Teddy lors de la révélation finale.
Joe Pantoliano ne joue pas un homme terrifié.
Il joue un homme épuisé.
Comme s'il avait déjà vécu cette situation plusieurs fois.
Cette interprétation renforce l'idée que Leonard aurait déjà accompli sa vengeance depuis longtemps et qu'il répète éternellement le même cycle.
C'est l'un des détails les plus glaçants du film.

mardi 16 juin 2026

Les Nerfs Ă  vif / Cape Fear de Martin Scorsese. 1991. U.S.A. 2h07.

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, troisième visionnage du fameux remake de Martin Scorsese, Les Nerfs à vif (1991), et force est de constater qu'à la revoyure, je ne peux m'empêcher de le cacheter "chef-d'œuvre". Car, à mes yeux, Martin Scorsese transcende le classique de J. Lee Thompson grâce à un art consommé de la mise en scène, à une direction d'acteurs au cordeau et à l'incroyable partition de Bernard Herrmann, brillamment réorchestrée par Elmer Bernstein, qui irrigue tout le récit.

Ce qui frappe immédiatement à la revoyure des Nerfs à vif, c'est le soin apporté à cette réalisation d'une précision redoutable, notamment à travers des mouvements de caméra d'une fluidité et d'une vélocité tranchées qui accentuent constamment la tension émanant des personnages. Robert De Niro, Nick Nolte, Jessica Lange et Juliette Lewis composent un quatuor d'acteurs exceptionnel - euphémisme - au cœur d'une véritable descente aux enfers morale qui s'étire durant près d'une heure trente de métrage.
 

La tension ne cesse alors de monter en puissance au fil d'une violence sournoise toujours plus délétère. Ce récit reptilien met en scène la vengeance de Max Cady, ancien détenu fraîchement libéré après quatorze années de prison, bien décidé à faire payer à son ancien avocat, Sam Bowden, la trahison dont il estime avoir été victime. En dissimulant certaines informations susceptibles d'alléger sa peine, Bowden a contribué à sa condamnation et devient ainsi la cible d'une vengeance méthodique et implacable.

C'est d'ailleurs ce qui rend le film si passionnant : Sam Bowden est loin d'être un héros irréprochable. Corruptible et moralement ambigu, il ira jusqu'à engager un détective privé afin d'organiser le passage à tabac de Cady dans l'espoir de l'intimider et de protéger sa famille.
 

Parmi les nombreuses scènes marquantes du film figure celle, absolument sidérante - infaisable aujourd'hui - qui réunit Max Cady et Danielle Bowden dans l'auditorium du lycée. Ce rendez-vous scolaire tournant au jeu de séduction, d'une audace folle, dégage un parfum de soufre particulièrement malsain et dérangeant. Derrière son sourire charmeur et son apparente douceur, Cady révèle progressivement sa nature de prédateur paraphile, capable de manipuler psychologiquement une adolescente avec une habileté terrifiante.

À mon sens, il s'agit de la séquence la plus intolérablement réussie du métrage tant elle met mal à l'aise avec intelligence et subtilité, imposant finalement deux attouchements sexuels que Scorsese ose filmer dans une pudeur troublante.
 
 

Martin Scorsese aborde donc cette étreinte scabreuse avec une subtilité remarquable - oui, j'insiste - sans jamais céder à la facilité ni à la complaisance. Grâce à la justesse du jeu des acteurs et surtout à la présence délicieusement troublante de Juliette Lewis, alors à l'orée de sa carrière, cette confrontation demeure le moment méphitique le plus inconfortable et fascinant du métrage. À mes yeux, il s'agit même du rôle le plus authentique de toute sa filmographie. D'autant plus difficile et délicat que Scorsese ose mettre en scène deux contacts charnels particulièrement dérangeants entre Cady et Danielle. Une audace folle qui n'aurait sans doute jamais été envisageable si Juliette Lewis avait réellement eu l'âge de son personnage mineur au moment du tournage (elle était en faite âgée de 18 ans).

Ainsi, Les Nerfs à vif demeure un thriller horrifique d'une redoutable efficacité. On peut d'ailleurs parler de modèle de mise en scène et d'efficacité tant le spectateur reste rivé à son siège avec une attention quasi cérébrale. Le réalisme insolent des situations, le brio technique de la réalisation - à donner le vertige par moments - et l'interprétation étourdissante des acteurs contribuent à créer un climat de tension quasiment ininterrompu, proche de la perfection.
 

Le tout est sublimé par cette partition de Bernard Herrmann / Bernstein, dont les accents profondément hitchcockiens renforcent encore le caractère oppressant du récit. Une musique vrombissante qui accompagne cette lente montée vers la folie et la violence jusqu'à un final explosif et mémorable.

Pour revenir aux personnages qui composent cette famille dysfonctionnelle, Sam Bowden est donc loin d'être irréprochable. L'homme a failli à son devoir d'avocat par félonie, et sa vie familiale apparaît elle aussi profondément fragilisée. Sa fille Danielle semble psychologiquement perturbée, tandis que lui-même se révèle incapable de préserver l'équilibre de son foyer. Ses infidélités passées nourrissent les éclats de colère et les rancœurs de son épouse, interprétée par une rayonnante Jessica Lange, qui lui reproche une nouvelle fois ses écarts lorsque sa collègue Lori Davis est sauvagement agressée par Cady, dans une séquence horrifique d'une violence quasi insoutenable.
 

Ce qui surprend d'autant plus dans Les Nerfs à vif, c'est la manière dont Martin Scorsese joue durant près d'une heure trente la carte d'une confrontation psychologique remarquablement subtile et oppressante. Puis, dans son dernier acte, le film bifurque vers quelque chose de beaucoup plus démonstratif, voire outrancier. Pourtant, là où beaucoup auraient sombré dans le ridicule ou le grand-guignolesque, Scorsese parvient à transcender ces excès.

Cette réussite tient avant tout au tact de sa réalisation, à la sobriété du jeu des acteurs et au réalisme émotionnel des situations. Grâce à cela, nous acceptons ces affrontements physiques de plus en plus extrêmes, baignés dans un climat quasi démoniaque, aussi troublant que dérangeant. Peu à peu, Max Cady cesse d'être un simple homme pour devenir l'incarnation même du Mal.
 

On peut également voir dans cette confrontation une puissante métaphore intérieure. À travers Cady, Sam Bowden semble combattre ses propres démons, sa culpabilité et ses fautes passées. Il cherche à s'en débarrasser coûte que coûte, jusqu'à tenter de le tuer lors d'un affrontement final d'une tension presque insoutenable.

Même dans ses ultimes instants, le film continue de manipuler nos nerfs. Alors que tout semble terminé, nous restons persuadés que Cady va encore surgir pour s'en prendre à ses proies. Cette menace persistante, cette angoisse qui survit au personnage lui-même, témoigne une fois de plus de tout le talent de Martin Scorsese.
 

Au final, Les Nerfs à vif est, à mes yeux, un chef-d'œuvre à part entière du thriller, flirtant même par moments avec le cinéma d'horreur. Porté par cette mise en scène ultra inspirée, des acteurs habités et une tension de tous les instants, il demeure l'un des plus grands thrillers américains des années 1990. Malencontreusement quelque peu oublié aujourd'hui, il mériterait pourtant d'être réhabilité à sa juste valeur.
 
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lundi 15 juin 2026

Dead Snow 2 de Tommy Wirkola. 2014. Suède/Norvège. 1h40.

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Une fois n’est pas coutume, rares sont les suites qui parviennent Ă  transcender leur modèle. Et c’est pourtant bien le cas avec Dead Snow 2, que je dĂ©couvre pour la toute première fois, alors que j’ai dĂ©jĂ  vu deux fois le premier opus.

Ainsi donc, si l’on peut parfaitement avoir une prĂ©fĂ©rence pour le premier pour son effet de surprise et le charme qu’il dĂ©gage dans son cĂ´tĂ© bricolĂ©, soigneusement fignolĂ©, cette suite demeure pourtant beaucoup plus inventive, beaucoup plus vigoureuse, beaucoup plus gore et surtout beaucoup plus drĂ´le que son aĂ®nĂ©e. Tant et si bien que Tommy Wirkola redouble de pĂŞche, de dĂ©rision, d’insolence et de mĂ©chancetĂ© Ă  travers cet opus 2, encore plus dĂ©calĂ©, complètement dĂ©jantĂ© - pour ne pas dire totalement dĂ©chaĂ®nĂ© -, Ă  travers un rĂ©cit qui ne cesse de relancer l’action grâce Ă  des idĂ©es retorses tout Ă  fait convaincantes.


Notamment autour du hĂ©ros Martin, seul rescapĂ© du premier opus, qui avait perdu un bras en se le tronçonnant. Ici, il le rĂ©cupère grâce Ă  des mĂ©decins, mais le problème, c’est que ce bras appartenait au leader des zombies nazis, ce qui lui confère des pouvoirs surnaturels. On pense alors Ă  Ash dans la saga Evil Dead, puisque grâce Ă  ce bras surpuissant, Martin va pouvoir rĂ©animer des morts “gentils”, entre guillemets, pour mieux combattre la horde de zombies nazis dĂ©terminĂ©e Ă  massacrer 800 habitants du village - massacre initialement ordonnĂ© par Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale, mais jamais achevĂ© puisque le navire de ses sbires fut coulĂ© par les Anglais.

Mais pour Ă©picer encore l’intrigue et renforcer le cĂ´tĂ© hĂ©roĂŻque et beaucoup plus film de guerre de ce second opus survitaminĂ©, Martin va Ă©galement se rallier Ă  un trio de geeks amĂ©ricains se prĂ©tendant chasseurs de zombies, avec un look très cinĂ©phile - dont l’une est notamment fan de Star Wars.


Ainsi donc, Dead Snow 2 est un formidable divertissement horrifique, beaucoup plus Ă©nergique et rythmĂ©, portĂ© par un enchaĂ®nement quasi ininterrompu de sĂ©quences d’action et de guerre oĂą les gerbes de sang Ă©claboussent l’Ă©cran toutes les deux Ă  cinq minutes. C’est un jubilatoire jeu de massacre qui se dĂ©chaine ici Ă  bras ouvert, tournĂ© cette fois en format scope, ce qui rend l’aventure encore plus cinĂ©matographique.

Et cela fonctionne Ă  plein rĂ©gime, sous l’impulsion d’une poignĂ©e de protagonistes parfaitement incarnĂ©s par des comĂ©diens norvĂ©giens et islandais - le film Ă©tant cette fois-ci une coproduction entre la Norvège et l'Islande -, toujours aussi investis et dĂ©terminĂ©s Ă  se prĂŞter au jeu de la dĂ©connade avec une foi inĂ©branlable.


Enfin, pour parachever, cerise sur le gâteau, comment passer outre cette conclusion Ă©lĂ©giaque totalement inattendue, d’un romantisme aussi culottĂ© que profondĂ©ment Ă©mouvant, portĂ©e par le magnifique tube de Bonnie Tyler (“Total Eclipse of the Heart”). Et je peux avouer sans rougir que c’est la toute première fois qu’un film d’horreur estampillĂ© “zombies” parvient Ă  me faire verser des larmes sans que je puisse les retenir. D’ailleurs, rien que pour cette sĂ©quence littĂ©ralement anthologique, fort d’une poĂ©sie morbide et incongrue, Dead Snow 2 est Ă  ne pas rater.

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dimanche 14 juin 2026

An american Crime de Tommy O'Haver. 2007. U.S.A. 1h34.

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"Quand l’instinct pervers dĂ©vore l’innocence sacrifiĂ©e."

DĂ©couverte hier soir du film An American Crime de Tommy O'Haver , inĂ©dit en salle puisqu’il est directement sorti en DVD chez nous le 1er juin 2011, alors qu’il date de 2007. Il faut prĂ©ciser que ce fait divers avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© traitĂ© auparavant la mĂŞme annĂ©e avec The Girl Next Door, rĂ©alisĂ© par Gregory M. Wilson.

Ici, on a une version plus suggĂ©rĂ©e de ce fait divers sordide. Ă€ savoir que durant l’Ă©tĂ© 1965, un couple confie leurs filles, Sylvia et sa petite sĹ“ur Jenny, Ă  une femme au foyer, Gertrude Baniszewski. Ce qui devait ĂŞtre une simple hospitalitĂ© va devenir un vĂ©ritable cauchemar pour l’une des deux sĹ“urs, puisque pendant plusieurs mois, Sylvia sera sĂ©questrĂ©e et torturĂ©e, non seulement par la femme qui garde les enfants, mais aussi par les propres enfants de cette femme, dans la cave de leur maison en Indiana.


Si An American Crime ne possède pas une violence aussi explicite que The Girl Next Door, il n’en demeure pas moins absolument Ă©prouvant - je pèse mes mots - dans sa capacitĂ© Ă  nous terrifier et nous Ă©cĹ“urer lorsqu’une femme d’apparence aimable s’adonne au sadisme et Ă  la perversitĂ© pour des motifs qui nous Ă©chappent, mĂŞme si elle souffre de dĂ©pression et suit un traitement mĂ©dicamenteux.

Mais le plus glaçant reste la manière dont le rĂ©alisateur montre comment ce sadisme peut contaminer toute une assemblĂ©e d’enfants, qui perdent progressivement leur innocence dans une spirale de cruautĂ© gratuite parfois insoutenable.


C’est donc peu dire que An American Crime est un film odieux, mais dans le sens noble du terme, puisqu’il ne se complaĂ®t jamais dans le voyeurisme ni dans la surenchère. Bien au contraire, il impose une distance qui rend le tout encore plus insoutenable. Grâce Ă  l’interprĂ©tation bouleversante d’Elliot Page, absolument dĂ©chirante d’impuissance et de fragilitĂ© candide, le film devient un vĂ©ritable requiem.

On peut Ă©galement souligner la performance de Catherine Keener, tĂ©tanisante de froideur dans le rĂ´le de Gertrude Baniszewski, figure maternelle Ă  la fois effacĂ©e, impassible et atone, dont l’ambiguĂŻtĂ© morale continue de hanter bien après la vision.


Le film intègre enfin une dimension judiciaire à travers des séquences de procès où sont exposés les jugements des différents accusés, renforçant encore la dimension clinique et implacable du récit.

An American Crime est ainsi un terrible fait divers mis en scène avec pudeur, dignitĂ© et prĂ©cision. On en ressort abasourdi, voire dĂ©truit, face Ă  une cruautĂ© morale et physique qui sature l’Ă©cran 1h30 durant.

Autant dire qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en sortir indemne.

A ne pas mettre devant tous les yeux.

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Dead Snow de Tommy Wirkola. 2009. Norvège. 1h30.

                      (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Révision hier soir du petit film d'horreur norvégien Dead Snow, réalisé par Tommy Wirkola, qui réitérera d'ailleurs l'exploit avec une suite tournée cinq ans plus tard, Dead Snow 2: Red vs. Dead (on me chuchote à l'oreille qu'elle est encore plus réussie ! ?).

Or, le film qui nous intéresse ici est une formidable série B à l'ancienne, symptomatique d'un cinéma horrifique - pour rire - des années 80, si bien que les amateurs éclairés de films de zombies se réjouiront d'assister à un divertissement aussi fun que cartoonesque, dosant avec une habileté certaine humour et frissons.


Et c'est notamment ce qui fait la réussite de ce petit film d'horreur norvégien : prendre au sérieux et avec respect le genre horrifique, ou plus précisément le mythe du zombie, en abordant son sujet avec un réel investissement, même si le récit demeure aussi classique que simpliste.

Ce qui rend Dead Snow si attractif et jubilatoire, c'est avant tout sa capacité à divertir à travers une accumulation de séquences extrêmes, chocs et spectaculaires, portées par un art consommé du gore ultra-sanglant. D'autant plus que les effets spéciaux artisanaux sont formidablement réussis, permettant de savourer pleinement ces gerbes d'hémoglobine qui envahissent l'écran presque sans interruption durant la dernière heure du métrage. On pense d'ailleurs à nos classiques de notre adolescence parmi lesquels Evil-dead 1 et 2, Brain Dead ou encore Bad Taste auquel le réalisateur voue une véritable passion à peine dévoilée ici lors d'aimables clins d'oeil.


L'immersion fonctionne d'autant mieux que les zombies font preuve d'un véritable charisme patibulaire. On croit en eux, en leur capacité à terroriser leurs victimes comme à les dézinguer avec une férocité réjouissante. On pense même parfois au fabuleux Le Commando des morts-vivants, toute proportion gardée.

À la différence près qu'ici, la photographie est absolument splendide. Cette imagerie enneigée met superbement en valeur les magnifiques décors naturels, au point que l'on pourrait presque parler d'un second rôle tant le réalisateur les intègre à l'action et à l'identité même du film.


Quant aux comédiens norvégiens, tous quasiment inconnus sous nos latitudes, cela constitue paradoxalement une véritable plus-value. On se familiarise d'autant plus facilement avec eux et ils se prêtent à l'aventure avec une détermination sans faille.

À l'arrivée, Dead Snow constitue pour moi, à la faveur de cette révision, un véritable petit coup de cœur (que j'aurai mieux faire de revoir bien plus tôt). Un délire norvégien capable d'angoisser autant qu'il fait marrer, porté par une générosité, un sens du spectacle et un respect du genre qui évoquent, à leur manière, Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon ou encore Shaun of the Dead.

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vendredi 12 juin 2026

Splinter de Toby Wilkins. 2008. U.S.A. 1h22.

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Alors hier soir, révision du très sympa Splinter de Toby Wilkins, réalisé en 2008. Il s'agit de son premier long métrage et, pour un DTV, je me souviens qu'à l'époque il n'était pas passé inaperçu. À raison, puisque ce formidable petit film réalisé avec trois francs six sous ressemble à s'y méprendre à ces productions des années 80 qui pullulaient alors et que l'on aimait regarder prioritairement le samedi soir.

Nous sommes ici exactement dans le moule de ces divertissements modestes qui dégagent un charme et une sympathie indéfectibles. Grâce à un concept pourtant éculé, on pense inévitablement à The Thing, puisqu'une sorte de parasite venu d'on ne sait où s'accapare le corps de ses victimes et les fait muter en une créature protéiforme.
 

En tablant sur la fameuse situation du huis clos au sein d'une station-service où se retrouvent piégés un jeune couple, un preneur d'otages et son complice, Toby Wilkins joue la carte du survival avec une efficacité permanente. Si bien que durant 1h20 (durée idoine hélas révolue !), on demeure complètement impliqué dans l'action autant que dans un suspense particulièrement tendu, ponctué de quelques séquences-chocs que les amateurs ne manqueront pas d'applaudir.

Je pense notamment à une scène hallucinante qui, malgré son caractère totalement improbable, tire justement sa force de cette invraisemblance même. Celle-ci permet à Toby Wilkins de renforcer à la fois la tension et le dégoût suscités par une séquence aussi extrême que mémorable. Mais chut...
 

Plutôt bien réalisé, Splinter profite également d'effets spéciaux convaincants qui misent autant sur la suggestion que sur le minimalisme grâce à un montage volontairement épileptique. Certes, cela constitue parfois un défaut puisque l'on distingue mal la créature, mais le procédé fonctionne étonnamment bien. Cette silhouette insaisissable renforce même le mystère et la fascination qu'elle exerce. Une manière habile de pallier le manque de moyens tout en rendant la menace encore plus inquiétante.

À d'autres moments, les séquences-chocs impressionnent par leurs effets spéciaux artisanaux qui provoquent une véritable répulsion viscérale, notamment grâce à ce parasite injectant d'effroyables épines dans la chair de ses victimes afin de les contaminer.
 

Splinter est d'autant plus distrayant et intense qu'il est impeccablement interprété par des acteurs méconnus, à l'exception de Shea Whigham, affirmé dans le rôle du preneur d'otages avec une sobriété payante. Quant au jeune couple incarné par Paulo Costanzo et Jill Wagner, il s'en sort admirablement. Toby Wilkins a d'ailleurs l'intelligence de faire évoluer ses personnages de manière crédible, en leur accordant une véritable capacité de réflexion pour tenter de déjouer la menace qui cherche par tous les moyens à s'infiltrer dans la station-service.

Le réalisateur utilise ainsi d'excellentes idées narratives pour relancer constamment l'action et renforcer la crédibilité de ce contexte fantastique dont on ignore jusqu'à l'origine du parasite. Une part de mystère qui contribue grandement à l'efficacité de l'ensemble.
 

À l'arrivée, deux décennies plus tard, je me rends compte que Splinter demeure toujours aussi efficace, spectaculaire, impressionnant grâce à son suspense tendu savamment dosé et à la conviction de ses comédiens, étonnamment impliqués qu'ils demeurent méconnus. Une vraie performance lorsque l'on sait que l'essentiel du film repose sur seulement quelques personnages enfermés dans un même lieu.

Splinter reste donc une réjouissante petite réussite, une série B horrifique aussi modeste qu'efficace que les amateurs éclairés feraient bien de réviser.

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mercredi 10 juin 2026

Batman v Superman de Zack Snyder. 2016. U.S.A. 3h02 version longue

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, découverte pour la première fois de la version longue de Batman v Superman : L'Aube de la Justice de Zack Snyder. Une Ultimate Edition de 3h02, rien que ça.

Et comment rester indifférent face à un blockbuster d'une telle ampleur, d'une telle ambition ? D'emblée, il faut souligner que cette version longue clarifie considérablement un récit parfois jugé complexe, notamment à travers les enjeux politiques, les manipulations de Lex Luthor et la progression de l'enquête menée par Clark Kent.

Ce qui m'a frappé durant la totalité du métrage, c'est avant tout l'ambition de Zack Snyder d'assumer un premier degré total, notamment dans son rapport à la violence. J'ai d'ailleurs été étonné par certaines séquences particulièrement brutales, preuve que nous ne sommes pas face à un simple film de super-héros calibré pour les ados, en bonne et due forme.
 

Et surtout, Batman v Superman ne se résume pas à l'affrontement de deux icônes qui peut d'ailleurs quelque peu décevoir lors du fameux mano à mano. D'un point de vue personnel, j'y vois également - et surtout - une superbe déclaration d'amour maternel. Derrière le choc des titans se dessine une histoire de filiation et de préservation, dont l'enjeu ultime consiste à sauver Martha Kent. J'ai trouvé cette trajectoire émotionnelle particulièrement forte et touchante, tant elle révèle l'humanité de ces deux figures héroïques. Unir leurs forces pour des enjeux de rédemption, de paix avec son passé, d'héroïsme, d'amour et de pardon. Tout cela au prix d'un prénom commun. Celui d'une mère sur le point d'être à nouveau sacrifiée.

Pour autant, le film demeure un grand spectacle Ă©videmment, bien que pas si destroy que prĂ©vu. Contrairement Ă  ce que sa rĂ©putation pourrait laisser croire, Zack Snyder ne verse pas constamment dans la destruction massive. Il rĂ©serve l'essentiel de sa dĂ©mesure Ă  la dernière heure, et plus particulièrement Ă  une demi-heure finale absolument apocalyptique lors du combat contre Doomsday. L'ampleur de ces affrontements nocturnes relève quasiment de l'opĂ©ra visuel, tant la mise en scène semble repousser sans cesse les limites du spectaculaire. On en prend littĂ©ralement plein les mirettes au point de se pincer l'Ă©piderme. 
 

Mais au-delà de l'action intermittente, Batman v Superman séduit également par sa noirceur et son épaisseur psychologique. Batman apparaît comme un homme usé, consumé par la rage et le sentiment d'avoir perdu foi en l'humanité. À l'inverse, Superman devient ici une figure quasi mythologique, dont les pouvoirs suscitent autant l'admiration que la méfiance.

Le film développe d'ailleurs une réflexion passionnante sur le pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu'un individu possède une force quasi divine ? Peut-on être certain qu'elle ne se retournera jamais contre les hommes ? C'est précisément cette interrogation qui nourrit les craintes de la population comme celles de Batman lui-même.
 

Dans cette tourmente, Lois Lane occupe une place essentielle. Toujours incarnée avec beaucoup de justesse par Amy Adams, elle apporte à Superman une tendresse, une empathie et une humanité qui contrebalancent admirablement la dimension quasi divine du personnage, sans jamais en faire trop. J'ai même trouvé son rôle plus important car plus présente encore que dans Man of Steel.

La différence entre les deux films me paraît d'ailleurs flagrante. Si Man of Steel impressionnait déjà par son ambition et sa démesure en roue libre, Batman v Superman pousse encore plus loin la noirceur, la complexité et les thématiques abordées. Certains dialogues se révèlent parfois difficiles à suivre à mes yeux, mais cette richesse substantielle contribue aussi à faire du film une œuvre qui mérite d'être revue. Un seul visionnage ne me semble clairement pas suffisant.
 

Au fond, Batman v Superman apparaît comme un blockbuster atypique et presque baroque, mêlant thriller politique, réflexion sur le pouvoir, affrontement idéologique, drame psychologique et questionnement religieux autour de Superman, sans oublier les manipulations machiavéliques de Lex Luthor.

À ce titre, Jesse Eisenberg constitue pour moi une véritable surprise. Son Lex Luthor ne ressemble à aucun de ceux qui l'ont précédé. Alors qu'il pourrait parfois sombrer dans la caricature, l'acteur parvient constamment à maintenir un équilibre fascinant entre excentricité, intelligence et folie. Il compose un personnage lunaire, dérangé, imprévisible, dont la présence singulière ne cesse d'alimenter le malaise dans une subtile mesure. Probablement l'acteur le plus étonnant et imprévisible du casting.
 

Au final, Batman v Superman représente à mes yeux l'un des grands films de super-héros modernes. Un film ambitieux, imparfait sans doute (notamment pour son émotion un peu trop froide), mais profondément personnel, audacieux (sa conclusion inouïe dans sa dramaturgie imposée) et surtout intègre. Plus que jamais, Zack Snyder y poursuit sa volonté d'aborder le genre au premier degré afin de l'élever vers quelque chose de plus adulte, de plus tragique et de plus ample.

Et c'est à mon sens tout à fait réussi car cette expérience de cinéma "autre" laisse des traces plus profondes qu'il n'y parait.

Dédicace à Kevin Beluche
 
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lundi 8 juin 2026

Solomon Kane de MJ Bassett. 2009. France/Angleterre/République Tchèque. 1h44.

                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Je n'avais pas revu Solomon Kane depuis sa sortie en 2009 et, à l'époque, j'avais été quelque peu déçu par le résultat. Or, à la revoyure, j'ai complètement changé d'avis puisqu'il s'agit d'un formidable film d'heroic fantasy, une aventure médiévale pleine de bruit et de fureur, moulée dans une série B débordante de charme et de sympathie.

Si l'on peut tiquer sur le classicisme de son schéma narratif, déjà exploité dans moult récits d'aventure, l'efficacité de ses scènes d'action, le caractère très attachant de son héros (endossé par le très impliqué James Purefoy) et de ses seconds rôles, la beauté visuelle particulièrement soignée de ses décors naturels et de ses effets numériques persuasifs, ainsi que l'émotion émanant de plusieurs séquences dramatiques emportent finalement l'adhésion. Au point de laisser en mémoire une série B à l'ancienne réalisée avec un soin manifeste et un véritable amour du genre.


Comme quoi, il est toujours possible de prendre un vrai plaisir devant une œuvre modeste mais si généreuse assumant pleinement sa simplicité narrative lorsque celle-ci est portée par une exécution aussi consciencieuse. De ce fait, Solomon Kane mérite aujourd'hui d'être revu, voire réhabilité, par tous les amateurs d'heroic fantasy.

D'autant qu'en s'inspirant d'un personnage créé par Robert E. Howard, le film développe une réflexion étonnamment pertinente sur la contamination du mal et la quête de rédemption. Maudit par son passé et confronté aux conséquences d'un pacte démoniaque, Solomon tente tout au long de son périple de sauver l'âme des autres autant que la sienne. Son combat pour secourir une jeune paysanne devient alors le symbole d'une réconciliation avec sa propre conscience.


Sous ses atours de divertissement fantastique romantique, peuplé de démons et sorcières; le film interroge finalement la possibilité du pardon, de la seconde chance en somme, et la capacité de chacun à se relever de ses fautes. Une thématique universelle qui confère à cette aventure assez violente une profondeur inattendue en filigrane.

Une belle redécouverte donc qui parvient à divertir sans ennui et à dépayser sous une facture formellement onirique.

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