vendredi 16 octobre 2026

Hope de Na Hong-jin. 2026. Corée du Sud. 2h27.

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Hope - Un arc-en-ciel déflagratoire 🖤

En découvrant hier soir le fameux Hope, le nouveau délire de Na Hong-jin, on comprend rapidement pourquoi cette œuvre pharaonique, forte de ses 2 h 37 (dont 2h31 hors générique de fin), est en train de se tailler une réputation aussi impressionnante.

Quel spectacle de dinguo, par tous les Croms ! Hope est une véritable déflagration, un cartoon live de bruit et de fureur comme on en rencontre rarement dans le paysage du cinéma d'action, mais pas seulement. C'est aussi une pure déclaration d'amour au film de monstres et à la science-fiction, orchestrée par un cinéaste qui nous avait déjà gratifiés de trois œuvres majeures : The Chaser (à mes yeux un chef-d'oeuvre), The Murderer et The Strangers.
 

À travers la traque infernale menée par un duo de policiers et de paysans dans une bourgade dévastée par une présence extraterrestre, Na Hong-jin réinvente les codes du genre avec une audace et surtout une maîtrise de tons sidérantes. Durant les quarante à quarante-cinq premières minutes, il prend soin de ne pas dévoiler l'apparence monstrueuse de ses créatures. Or, impossible de décrocher de son fauteuil, tant les paysages de désolation et les hors-champ sonores, la menace palpable toujours plus grandissante, ponctués par les grognements inquiétants de ces entités, entretiennent une tension permanente. Le désarroi, la peur et l'incompréhension de personnages complètement déboussolés, désorientés par l'espace dévasté de tôles froissées donnent à cette première partie une dimension aussi expressive qu'oppressante.

Puis vient un affrontement épique entre une créature extraterrestre dantesque (en mode longiligne) jamais vue ailleurs et un policier armé de son seul fusil d'assaut. S'ensuit une interminable course-poursuite automobile, ponctuée d'affrontements physiques et de fusillades, dans une séquence démentielle à couper le souffle. Na Hong-jin relance incessamment l'action sans jamais nous laisser le temps de respirer, avec une intensité affolante qui n'aurait certainement pas déplu à Sam Raimi, notamment celui de Evil Dead 2.
 

Car Hope est également rempli à ras bord d'un humour aussi inattendu que jubilatoire. Loin de la plaisanterie potache pour l'ado acnéen, celui-ci naît notamment de la confrontation morale et la maladresse impayable de certains personnages terriblement attachants. Certaines situations, souvent morbides, deviennent franchement hilarantes, sans jamais empiéter sur le sérieux de l'entreprise. C'est même l'une des grandes réussites du film : ne jamais se moquer du cinéma de genre, mais témoigner d'une véritable tendresse envers l'histoire, les lieux et ses personnages. Une affection qui transpire à chaque plan et qui nourrit cette alchimie hallucinante d'y communier sans déborder comédie, action, western, science-fiction, horreur et fantastique.

Certes, après une première heure menée tambour battant, un ventre mou d'une trentaine à une quarantaine de minutes se fait ressentir. Mais cette accalmie, loin de la disgrâce, n'est finalement qu'une trêve afin de mieux rebondir, relancer l'action (notamment dans un lieu forestier) avant une nouvelle déferlante d'affrontements. La dernière course-poursuite, aussi anthologique que l'affrontement liminaire, relève alors de la prouesse technique et visuelle, au point de pouvoir faire rougir George Miller et sa trilogie Mad-Max ! Du roller coaster à tombeau ouvert. C'est insensé, tant on a réellement l'impression de n'avoir jamais rien vu de semblable à l'écran.
 

D'une générosité décomplexée (euphémisme), d'une intelligence jamais prétentieuse, Hope nous rend notre âme d'enfant et notre regard émerveillé devant une galerie de monstres absolument fascinante, dont l'imagerie singulière prend corps aussi bien dans les environnements urbains que dans les territoires forestiers. La délocalisation de l'action vers une forêt de tous les dangers renouvelle encore le spectacle : certains chasseurs s'y égarent et se retrouvent nez à nez avec des créatures extraterrestres d'une vélocité hostile hallucinante. On ne sait plus où donner de la tête alors que - paradoxe - l'action nullement gratuite reste toujours lisible sous l'impulsion d'effets numériques suffisamment crédibles pour y croire sans sourciller (ou alors si peu si on fait la fine bouche).

Voilà donc un spectacle orgasmique, une lettre d'amour au cinéma de genre et au divertissement d'une poignante sincérité. Na Hong-jin orchestre impérialement cette démesure tout en accordant une telle attention, une tendresse et une affection palpables pour ses personnages solidaires à la fois pugnaces et suicidaires. À cette générosité métronomique s'ajoute enfin la dimension lyrique d'un climat de science-fiction apocalyptique nourri par la présence mystérieuse de cette entité extraterrestre égarée sur notre Terre.
 

Quant à la conclusion, elle nous laisse volontairement en suspens, ouvrant la voie à une seconde partie (le storyboard étant trop épais, nous n'aurons plus droit à la trilogie escomptée), que l'on espère aussi furibarde, affolante, débridée, décalée.

Du grand spectacle homérique comme on ose plus en (par)faire.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

lundi 12 octobre 2026

The Empty Man de David Pryor. 2020. U.S.A. 2h17

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Il n'est jamais trop tard pour découvrir une formidable surprise en la présence invisible - et maudite - de The Empty Man (2020 déjà !), réalisé par David Prior. Six ans plus tard, j'apprends que ce film est enfin réévalué et considéré comme culte à sa juste valeur. En tout état de cause, mon intuition avait vu juste, tant j'étais plongé à corps perdu dans cette odyssée mentale irrationnelle, inspirée de la bande dessinée du même nom de Cullen Bunn et Vanesa R. Del Rey, publiée chez Boom! Studios.


Et si, passé le terrifiant prologue réfrigérant, les trente à quarante premières minutes augurent un film de croque-mitaine en bonne et due forme (Freddy, et surtout Candyman), l'intrigue, bâtie autour d'une enquête occulte de longue haleine, penche davantage du côté du cinéma lynchéen et de celui de Gary Sherman (mais chut !). Le parti pris repose sur le non-dit, un silence diffus, des mantras abscons à déchiffrer et une présence tacite, d'autant plus angoissante et convaincante qu'elle nous confronte à la crainte d'un danger immatériel et indicible, sournois, reptilien, irréversible.

Dans la peau de ce détective privé, époux autrefois infidèle, assoiffé de vérité et en quête de rédemption, James Badge Dale porte sobrement l'intrigue sur ses épaules. Avec suffisamment d'implication et de retenue pour préserver son esprit critique rationnel, il se lance sur les traces d'Amanda, la fille de sa voisine Nora, son ancienne maîtresse.


Bref, cette proposition ambitieuse de thriller horrifique opaque demeure aussi passionnante qu'inquiétante, d'autant qu'un second visionnage devrait se révéler encore plus fructueux pour rassembler les pièces de ce puzzle spirituel. Quant à sa durée conséquente, décriée à l'époque par une partie du public (2 h 17, mais 2 h 11 sans le générique), le temps ne compte plus tant l'intrigue magnétise et manipule nos sens dans une maîtrise cérébrale volontairement complexe mais diablement fascinante. D'autant que sa photographie singulière laisse béat d'admiration : privilégiez la 4K, c'est à damner un saint !

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

vendredi 9 octobre 2026

Le Spectre de Frankenstein / The Ghost of Frankenstein de Erle C. Kenton. 1942. 1h07. U.S.A.

 
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Redécouverte hier soir d'une sympathique déclinaison de la fameuse trilogie des Frankenstein, même si nous avons affaire, en l'occurrence, à la suite du Fils de Frankenstein. Réalisé par Erle C. Kenton en 1942, Le Spectre de Frankenstein nous permet, grâce à sa durée écourtée d'une heure sept, de passer un agréable moment, même si cette séquelle demeure tout à fait dispensable. Il s'en dégage néanmoins une sympathie et un charme gothique qui ne manqueront pas de séduire à nouveau les inconditionnels de la Monster Universal, comme ce fut une nouvelle fois mon cas hier soir.

Une série B relativement mineure, certes, desservie par un scénario parfois un tantinet décousu (surtout vers la fin avec cette rivalité scientifique), qui aurait mérité d'être davantage développé et mieux construit, mais qui possède suffisamment de charme et de sympathie pour que l'on ne s'y ennuie jamais.
 
Et puis rien que pour le rictus cabotin d'Igor endossé par l'espiègle Bela Lugosi, l'aventure gentiment macabre vaut le détour.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

jeudi 8 octobre 2026

Carrie créé par Mike Flanagan. 2026. U.S.A. 8 épisodes.

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Carrie, un nouveau monde — Un coup de cĹ“ur autant qu’un crève-cĹ“ur đź–¤

Par celui du cœur noir des images.

On ne va pas tourner autour du pot. L’adaptation tĂ©lĂ©visuelle dĂ©veloppĂ©e par Mike Flanagan est une vĂ©ritable dĂ©flagration Ă©motionnelle. Une Ă©preuve de force que nous imposent ces huit Ă©pisodes Ă©lectrisants et hypnotiques, tant nous sommes immergĂ©s dans cette nouvelle adaptation grâce Ă  un art consommĂ© du rĂ©alisme sensoriel.

Mike Flanagan et ses acolytes misent tout sur la caractĂ©risation psychologique des personnages, Ă  commencer par Carrie, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Summer H. Howell, criante de vĂ©ritĂ© dans la peau d’une souffre-douleur dĂ©molie par la cruautĂ© de son entourage. Une performance bouleversante qui nous ferait presque oublier l’inoubliable Sissy Spacek (plĂ©onasme assumĂ©).


Carrie nous bouleverse jusqu’aux larmes de l’impuissance morale, tant face Ă  cette cruautĂ© communautaire tristement superficielle Ă  l’ère des rĂ©seaux sociaux que face Ă  l’autoritĂ© rigoriste de sa mère abusive, remarquablement interprĂ©tĂ©e par une Samantha Sloyan habitĂ©e par ses contradictions. Car Margaret White n’est pas seulement prisonnière de son fanatisme religieux : elle aime sa fille tout en l’enfermant dans une conception Ă©touffante de son propre univers, la maintenant dans une candide ignorance des mĹ“urs contemporaines. Une relation aussi toxique que passionnante, qui enrichit considĂ©rablement cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King. Margaret endosse Ă©galement une fonction de matrone influençable, jusqu’Ă  devenir une sorte de porte-parole parental, rĂ©vĂ©lant ainsi les mĂ©canismes d’une autoritĂ© collective aussi inquiĂ©tante que conformiste.

Dès lors, Carrie joue subtilement avec nos nerfs, sans mĂŞme que nous en ayons pleinement conscience, et malmène nos Ă©motions, Ă  l’instar d’un sixième Ă©pisode psychologiquement Ă©prouvant, dans un contexte de violence collective dont je tairai les circonstances. Les autres Ă©pisodes, remarquablement construits et finement Ă©crits, nous maintiennent dans un Ă©tat permanent d’empathie, de rĂ©volte et d’anxiĂ©tĂ©, Ă  mesure que se profile le bal du diable tant redoutĂ©, comme l’illustre dès l'ouverture du premier Ă©pisode les appels paniquĂ©s au secours.

Or, le gĂ©nie de cette adaptation est prĂ©cisĂ©ment de se dĂ©marquer du chef-d’Ĺ“uvre de Brian De Palma en recontextualisant l’action Ă  notre Ă©poque, Ă  l’ère du tout numĂ©rique, des smartphones et du voyeurisme dĂ©complexĂ©. Mike Flanagan n’oublie pas pour autant les thèmes du fanatisme religieux et de la paranoĂŻa liĂ©e au terrorisme, brièvement abordĂ©s dès le premier Ă©pisode. Ici, le rigorisme religieux d’une mère abusive se conjugue Ă  une sociĂ©tĂ© contemporaine oĂą tous les coups semblent permis, oĂą l’humiliation devient un spectacle et oĂą la diffĂ©rence constitue un prĂ©texte Ă  la persĂ©cution.

Carrie est avant tout un cri d’alarme contre le harcèlement scolaire, cette violence collective nourrie par le rejet, l’intolĂ©rance, l’indiffĂ©rence et la jalousie. Une gĂ©nĂ©ration qui se complaĂ®t dans la raillerie d’une jeune fille candide, Ă©trangère aux codes sociaux d’un monde Ă  la fois dĂ©complexĂ©, Ă©litiste et trivial. Pourtant, Carrie n’a rien programmĂ© de ce qui lui arrive : victime de cette cruautĂ© ordinaire, elle subit, encaisse et se brise avant d’amorcer une rĂ©volte qui accompagne sa douloureuse accession Ă  l’affirmation de soi.

 
L’exploration de ses pouvoirs tĂ©lĂ©kinĂ©siques, subtilement dĂ©veloppĂ©e par Flanagan, s’Ă©tend Ă©galement Ă  d’autres personnages secondaires et nourrit une rĂ©flexion aussi singulière que passionnante sur le paranormal, jusqu’Ă  nous faire croire Ă  l’improbable. La sĂ©rie prend son sujet au premier degrĂ©, avec un sĂ©rieux et une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau qui forcent l’adhĂ©sion, en dĂ©pit du caractère Ă©prouvant de ses Ă©pisodes terriblement addictifs (le temps ne compte plus).
 
Autre grande rĂ©ussite, et pas des moindres : le personnage de Chris Hargensen, incarnĂ© par Allison Thornton, une antagoniste terriblement complexe dont on peine constamment Ă  cerner les vĂ©ritables intentions. C’est dire le jeu extrĂŞmement prĂ©cis de l’actrice, qui surfe avec un silence vĂ©nĂ©neux sur cette dichotomie du bien et du mal ! On ne sait jamais vraiment jusqu’oĂą la conduira sa moralitĂ© dĂ©rangĂ©e, pĂ©trie de contradictions. Derrière sa mĂ©chancetĂ© la plus fangeuse et couarde se dissimule une profonde dĂ©tresse existentielle, alimentĂ©e par un divorce parental et par l’influence d’un père autoritaire, arriviste et Ă©goĂŻste. Sans jamais excuser sa cruautĂ©, la sĂ©rie Ă©claire les mĂ©canismes qui la nourrissent et donne Ă  cette rivale une Ă©paisseur psychologique aussi fascinante que perturbante. Bref, une interprĂ©tation iconique qui mĂ©rite toutes les louanges. 

Carrie, Chris et Margaret forment ainsi un trio de personnages qui se combattent autant moralement que physiquement, dans une confrontation oĂą s’entrechoquent, vous l’aurez compris, jalousie, intolĂ©rance, fanatisme, vengeance et surtout mĂ©chancetĂ© vaine. Leurs affrontements explosent Ă  l’Ă©cran Ă  travers des sĂ©quences-chocs nullement complaisantes. Car Mike Flanagan ne mise jamais sur la surenchère : il privilĂ©gie un drame psychologique rigoureux, portĂ© par un rĂ©alisme estomaquant, suffocant, brutal et cruel, tandis que Carrie, dĂ©sormais exorbitĂ©e, se laisse gagner par une soif de vengeance criminelle.

Mais lĂ  oĂą cette adaptation m’a vĂ©ritablement Ă©branlĂ©, c’est dans son audace narrative. Quelques rebondissements inattendus viennent reconsidĂ©rer les Ă©vĂ©nements antĂ©rieurs, tandis que le dĂ©nouement tant redoutĂ© se transforme en un sublime conte existentiel sur l’espoir, la rĂ©demption et le sens de l’amour, entendu comme la possibilitĂ© d’apprendre Ă  aimer. LĂ  oĂą la tragĂ©die semblait inĂ©luctable, Flanagan modifie la donne et entrouvre une porte vers un avenir insoupçonnĂ©. C’est prĂ©cisĂ©ment cette audace, au terme d’un vĂ©ritable chemin de croix aussi Ă©reintant qu’Ă©prouvant, qui confère Ă  l’ensemble sa dimension profondĂ©ment humaine.


Ă€ mes yeux, Carrie reprĂ©sente donc la plus belle rĂ©ussite tĂ©lĂ©visuelle de la carrière de Mike Flanagan. Rien que ça. Huit Ă©pisodes substantiels - euphĂ©misme - d’une remarquable maĂ®trise narrative, qui nous font passer par toutes les Ă©tapes Ă©motionnelles, entre larmes, colère et surtout dĂ©sarroi moral. Une tragĂ©die scolaire profondĂ©ment meurtrie, tristement actuelle, dont on ressort complètement sonnĂ©, avec le besoin de prendre du recul pour digĂ©rer une expĂ©rience aussi riche que complexe, aussi lourde Ă  porter qu’intense.

Avec Summer H. Howell, Carrie acquiert une dimension d’une puretĂ© dĂ©sarmante, doublĂ©e d’une inquiĂ©tante intensitĂ©. Son humanisme torturĂ© nous poursuit bien après le gĂ©nĂ©rique final. Quant Ă  cette bourgade de Chamberlain, elle devient le théâtre d’une vĂ©ritable chasse aux sorcières contemporaine, oĂą le harcèlement, le culte du paraĂ®tre et la bĂŞtise collective prospèrent sous le regard complaisant d’une sociĂ©tĂ© connectĂ©e qui semble avoir oubliĂ© le sens des mots Ă©quitĂ©, tolĂ©rance, diffĂ©rence et, surtout, respect d’autrui.


Une expĂ©rience tĂ©lĂ©visuelle comme j’en ai rarement connue, qui nous fait perdre nos repères et transforme l’horreur annoncĂ©e en un cri de dĂ©tresse autant qu’en une fragile lueur d’espoir.

Dédicace à Nikki Freeman 🖤

mercredi 7 octobre 2026

Fall 2: deadpoint de Michael et Peter Spierig. 2026. U.S.A. 1h37.

 
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Une sĂ©quelle Ă  couper le souffle qui rĂ©itère l'exploit sportif. 
 
Quatre ans après l'incroyable succès-surprise de Fall, réalisé par Scott Mann, celui-ci cède sa place aux frères Michael et Peter Spierig, co-auteurs et réalisateurs des formidables Daybreakers et Prédestination, pour nous confectionner une séquelle de haute voltige, d'un même niveau vertigineux que le premier opus. C'est dire si cette suite ne déçoit nullement à travers son spectacle ahurissant d'escalade, où de jeunes femmes souhaitent entreprendre l'ascension du mont Kwan, en Thaïlande, afin de rendre hommage à Shiloh, l'une des sœurs décédées dans le premier opus.
 
Ainsi donc, pour rendre hommage à sa sœur, Jax, accompagnée de Luce, une amie de Shiloh, va se retrouver bloquée à plus de 1 200 mètres d'altitude à la suite d'un glissement de terrain. Et donc, comme dans le premier opus, les réalisateurs jouent la carte du huis clos exigu au sein d'une gigantesque montagne, que nos héroïnes vont tenter de gravir en empruntant notamment un vertigineux plank walk.
 
 
Et comme dans le premier opus, à tous ceux qui souffrent comme moi d'acrophobie, vous serez de nouveau cramponnés à votre siège, avec parfois le souffle coupé et des hauts-le-cœur, tant cette séquelle très spectaculaire ne nous laisse quasiment nul répit pour nous emporter dans un tourbillon de séquences vertigineuses, d'un sidérant réalisme. Même si l'on peut percevoir par moments quelques effets numériques, ceux-ci ne nuisent nullement aux sensations vertigineuses que l'on ressent de manière métronomique, si bien que l'on croit dur comme fer à ce que l'on voit, du début à la fin.
 
Les réalisateurs parviennent notamment à relancer l'action dans des directions toujours aussi périlleuses, d'autant plus qu'un personnage interviendra au cours du récit. Mais chut, n'en disons pas plus, car Fall 2: Dead Point est non seulement hautement capiteux dans ses séquences à vous donner le vertige et le haut-le-cœur, mais, en prime, il impose certains rebondissements inattendus, alors même que l'aventure semble se clôturer à un moment propice de l'action. Que nenni ! Mais chut, n'en disons surtout pas plus.
 
Et outre son action expérimentale et ses panoramiques à couper le souffle, Fall 2: Dead Point parvient avec autant d'émotion que d'attention à capter notre intérêt grâce à la caractérisation profondément humaine de ces deux jeunes sportives qui vont évidemment devoir s'épauler, mais aussi se confronter à leurs contradictions morales au moment le plus crucial de l'action.
 

Ainsi donc, Fall 2: Dead Point nous offre une véritable réflexion sur la peur et le dépassement de soi à travers le personnage de Jax, qui décide justement de transcender ses affres grâce à l'enseignement de sa sœur : affronter ses peurs par le surpassement, la foi et la résilience.
 
Fall 2 nous retrace donc le parcours initiatique d'une jeune femme en berne, remarquablement et sobrement interprétée par Harriet Slater, qui dégage une véritable humanité, à la fois fragile et stoïque. Un beau portrait de femme digne, d'autant plus passionnant au fil de son évolution, à la fois morale et physique, jusqu'à ce final surprenant auquel nous ne nous attendions pas.
 
Ainsi donc, Fall 2: Dead Point, s'il n'est peut-être pas aussi sidérant et époustouflant que son premier opus, n'en demeure pas moins qu'il lui tient largement la dragée haute. À mon sens, on ne pouvait rêver meilleure séquelle, puisque ici, on reste cramponné au siège du début à la fin, avec quasiment autant d'intensité, de vigueur émotive et d'actions héroïques aussi improbables que réalistes.
 
 
Et c'est justement ce qui fait le sel et le charme de cette formidable série B, impeccablement menée et surtout exécutée avec un art consommé du réalisme décoiffant.
 
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samedi 3 octobre 2026

Rental Family de Hikari. 2025. U.S.A/Japon. 1h49.

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Découverte matinale improvisée de la comédie dramatique Rental Family, réalisée par Hikari, avec Brendan Fraser dans le rôle principal.

Il y a des films comme ça qui emportent tout. On ne cherche pas à évaluer leurs petits défauts ou leurs qualités. On les prend comme ils sont, comme on aime quelqu'un.

Car Rental Family ouvre non seulement son cœur, mais également le nôtre, à travers l'évolution morale et intime de Phillip Van Der Plog, un acteur américain solitaire installé à Tokyo qui commence à travailler pour une agence japonaise de location de familles. Il va ainsi endosser différents rôles afin de se glisser dans la vie d'autres personnes, jusqu'à se retrouver profondément impliqué dans leurs existences.
 

Au fil de ces rôles de composition, nous allons notamment suivre son attachement à une fillette auprès de laquelle il joue le rôle d'un père, mais également celui qu'il éprouve pour un vieil acteur atteint de la maladie d'Alzheimer.

Ainsi donc, Rental Family est pour moi un hymne à la vie et aux valeurs familiales, notamment à travers la figure paternelle. Brendan Fraser y dégage une puissance émotive à fleur de peau, mais traitée avec une telle justesse qu'elle demeure constamment naturelle, sans tomber dans l'effet de larme facile.

Et si, au départ, j'avoue avoir eu un peu de mal à accepter son concept, que je trouvais presque stupide durant la première demi-heure, notamment auprès de la description de ses personnages couards, la suite du récit va justement donner tout son sens à cette idée de faux-semblants et de trahison. Le film finit même par nous amener à réfléchir sur notre propre rapport aux apparences et aux rôles que nous jouons parfois dans notre quotidien.
 

Ce que j'en retiens de cette odyssée humaine profondément tendre et bienveillante, c'est peut-être finalement l'idée qu'il faut cesser de faire semblant et rester soi-même, afin d'éviter de duper son entourage mais aussi de pouvoir être en paix avec soi-même. Une réflexion qui passe par des valeurs aussi simples qu'essentielles : l'honnêteté, la sincérité et surtout l'amour.

Rental Family se transforme alors en récit initiatique plein de douceur et de discrétion, comme un apprentissage humain auprès de personnages qui, chacun à leur manière, se trouvent confrontés au manque d'humanité, de tendresse ou de compassion au sein de leur propre existence et parfois même de leur cellule familiale.

L'œuvre fragile est d'une grande sensibilité, mais surtout d'une infinie délicatesse dans sa manière de faire naître l'émotion. Elle ne nous l'impose jamais. Elle ne cherche pas à nous arracher artificiellement des larmes : elle laisse simplement les sentiments surgir naturellement, presque à notre insu sous un score musical noble et rassurant. Et c'est précisément cette pudeur, cette discrétion et cette intimité qui font une grande partie de la réussite du film qui m'a saisi par surprise.
 

Phillip est lui-même un personnage profondément humaniste qui, au contact de ceux qu'il rencontre, va progressivement dévoiler son cœur, ses valeurs essentielles et certaines de ses blessures. Il apprend à connaître ces êtres qui l'entourent avec passion et attention, et, surtout, à les aimer avec une sincérité qui ne peut que nous toucher par son refus de les trahir au grand dam de son rôle de composition.

Rental Family est ainsi imprégné d'un lyrisme candide, porté par des personnages d'une grande fragilité humaine et animés par ce désir universel d'aimer et d'être aimés en retour.

Voilà ce que symbolise à mes yeux ce magnifique conte contemporain : une œuvre profondément existentielle, parfois aussi spirituelle (l'ultime plan, plein de grâce et d'innocence, est magique !), qui nous rappelle avec beaucoup de pudeur que derrière les rôles que nous jouons tous parfois, ce sont finalement les sentiments les plus authentiques - l'amour, l'amitié, la sincérité et l'honnêteté - qui donnent véritablement tout son sens à nos existences.
 
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jeudi 24 septembre 2026

Ice cream man de Eli Roth. 2026. 1h26. U.S.A.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Blood Feast."

Eli Roth est un grand gamin, turbulent, insolent, et surtout bien perchĂ©. Et c’est pour ça qu’on l’aime. Pour preuve avec Ice Cream Man, qui est Ă  mon sens un pur hommage aux sĂ©ries Z des annĂ©es 80, tant il s’amuse comme un vilain petit canard avec son joujou, Ă  renfort de gerbes de sang comme on en a rarement vu au sein de sa filmographie.

C’est dire si Ice Cream Man repousse les limites du sang, avec au moins une centaine d’effets chocs afin de bien vous faire comprendre que ce joyeux petit dĂ©lire orgasmique injecte Ă  rythme mĂ©tronomique les sĂ©quences sanglantes les plus folles et barrĂ©es les unes que les autres. 
 

La cause de ce carnage communautaire ? Les enfants d’une petite bourgade se transforment en mystĂ©rieux assassins après avoir ingurgitĂ© une crème glacĂ©e distribuĂ©e par un mystĂ©rieux marchand.

Et si le rĂ©cit n’est finalement qu’une succession d’attaques sanguines commises par ces enfants fĂŞlĂ©s du bulbe, on ne s’ennuie jamais, tant le climat de folie semble contaminer non seulement les enfants, mais Ă©galement les spectateurs, assistant Ă  un vĂ©ritable jeu de massacre Ă  la fois fun, rĂ©jouissant et surtout complètement cintrĂ©.

Tout ça pour dire que Ice Cream Man transpire la sĂ©rie Z - de luxe -, notamment Ă  travers son format scope et sa splendide photo saturĂ©e. On sent très bien qu’Eli Roth, Ă  travers le jeu parfois volontairement approximatif de certains acteurs - pour ne pas dire parfois grotesque, notamment chez les adultes - joue la carte de la dĂ©rision impayable totalement assumĂ©e. Car Eli Roth voue ici un amour immodĂ©rĂ© Ă  ces sĂ©ries Z qui ont bercĂ© son enfance et son adolescence Ă  la fin des annĂ©es 70 et durant les annĂ©es 80.
 

Ainsi donc, Ă  mon humble avis, ceux qui feront la fine bouche face Ă  ce spectacle volontairement grotesque et festoyant seront ceux qui ne comprennent pas les codes de la sĂ©rie Z et qui ne parviennent pas Ă  prendre au second degrĂ© un film sciemment bordĂ©lique, mal Ă©levĂ©, stupide, saugrenu. Car Ice Cream Man transpire une telle gĂ©nĂ©rositĂ©, une telle ambiance festive et un tel climat de folie contagieuse qu’il me semble improbable de ne pas apprĂ©cier cette proposition grotesque, transpirant l’amour du nanar avec un art consommĂ© des effets spĂ©ciaux artisanaux, du plus bel effet, qui rutilent ici Ă  travers ces confitures de groseilles.
 
Ice Cream Man ne pourra dĂ©plaire qu’aux pince-sans-rire, qu’aux spectateurs qui n’ont jamais compris le sens de la sĂ©rie Z la plus jouissive, mĂŞme si Eli Roth l’emballe ici de manière luxueuse Ă  travers sa texture colorĂ©e. On sera Ă©galement surpris par son final Ă  rebondissements, en guise de cerise sur le gâteau, qui permet de comprendre d’oĂą vient ce mystĂ©rieux marchand de glaces, quel est son but et qui se cache derrière sa mystĂ©rieuse panoplie bienveillante. Ă€ ce niveau, Harry Milton demeure agrĂ©ablement Ă©trange et inquiĂ©tant, tant l’acteur parvient Ă  insuffler un charisme subtilement patibulaire Ă  travers son sourire narquois et son regard faussement accueillant, tout en discrĂ©tion.
 

Ă€ tous les amateurs de nanars et de sĂ©ries Z Ă  la fois drĂ´les et hyper sanglantes, Ice Cream Man est donc un spectacle fort sympathique. Eli Roth nous façonne le tout avec une dĂ©complexion en roue libre, tant il semble s’amuser comme un sale garnement Ă  nous concocter les scènes d’horreur les plus sanglantes et dĂ©jantĂ©es qu’il ait pu concevoir au sein de sa plĂ©thorique filmographie. Avec, derrière cette apparente fantaisie cartoonesque, cette audace de glisser en filigrane une mĂ©taphore sur l'inquiĂ©tante progression de la violence chez les mineurs dans notre sociĂ©tĂ© moderne trop souvent considĂ©rĂ©e comme laxiste. Mais ceci est une autre histoire...
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
  
 
Ci-joint le billet d'humeur d'Olivier Rossignot: 
 
Je ne sais pas pourquoi, mais au vu du nombre de critiques catastrophiques, je soupconnais qu’Ice Cream Man pourrait bien me plaire. Probablement parce que cette manière de lui tomber Ă  bras raccourcis dessus me semblait un peu suspecte, j’imaginais bien qu’Eli Roth ( dont je ne suis pas un immense admirateur non plus, j'aime Hostel 2 et Thanksgiving) allait continuer sa dĂ©marche de sale gosse qui n’en a rien Ă  foutre et se vautrer dans le mauvais goĂ»t. GagnĂ© ! Il ne s'agit pas de faire un grand film au scĂ©nario Ă©laborer mais d'emplir l'Ă©cran d'un spectacle jouissif du chaos oĂą toute la violence est possible, oĂą les repères sautent, oĂą les règles sociales s’effondrent et oĂą tout est Ă  peu près montrable. C’est obscène ? Je crois surtout que c’est très sain et cathartique.

En fait, Roth retrouve l’essence transgressive du gore - celle du pionnier H. G. Lewis -, le retour au grand guignol qui explose les tabous : et qu’est-ce que c’est drĂ´le. Alors Ă©videmment, Ice Cream Man a beau montrer ces enfants qui « s’amusent » avec les adultes, il ne cherche jamais Ă  refaire du tragique Ă  la Serrador (malgrĂ© les Ă©videntes rĂ©fĂ©rences), ce qui ne l’empĂŞche pas d’aller très loin dans l’art brut de la mutilation et des viscères.

Pas de doute, notre Ă©poque a beau ĂŞtre particulièrement sinistre et cynique, elle n’aime pas qu’on lui crache Ă  la gueule du sang et des enfants armĂ©s jusqu’aux dents pour Ă©crabouiller les adultes. Moi, je trouve ça au contraire très apprĂ©ciable qu’on s’en libère ainsi. On a mis l’Ă©lève Eli Roth au piquet pour son impolitesse et son plaisir de tâcher les murs ; moi, je le fĂ©licite de rester aussi enfantin, frondeur et de continuer Ă  envisager le cinĂ©ma comme un doigt d’honneur.

mercredi 23 septembre 2026

Monster: Lizzie Borden. 2026. Saison 4 / 8 Episodes

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Mise en garde : Monster : Lizzie Borden est une œuvre de fiction extrêmement romancée qui prend de très grandes libertés avec les faits historiques. Il s'agit ici d'une véritable uchronie, notamment dans la relation amoureuse imaginée entre Lizzie Borden et sa domestique Maggie Sullivan. Il ne faut donc surtout pas considérer la série comme une reconstitution fidèle de l'affaire qui défraya la chronique aux États-Unis en 1892.

Ça y est, c'est bouclé. Enfin vu l'intégrale de Monster, saison 4, consacrée à l'histoire de Lizzie Borden.

Et quelle saison ! À mes yeux, elle se hisse immédiatement au deuxième rang de mes préférées après la première, tant elle m'aura mis dans tous mes états en bousculant constamment les habitudes du spectateur. Les trois ou quatre premiers épisodes cultivent notamment un sarcasme folingue et complètement débridé, avant que le récit ne glisse progressivement vers une dramaturgie beaucoup plus mélancolique, voire existentielle, autour de la culpabilité de Lizzie Borden, hantée par les crimes qu'elle a commis.
 

Comme de coutume dans Monster, la violence graphique ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres sont filmés avec une brutalité percutante, parfois franchement hardcore, sans que les créateurs semblent avoir la moindre intention de ménager nos sensibilités. Mais certaines scènes particulièrement extrêmes sont parfois désamorcées par un humour sardonique qui pourra déconcerter les non-initiés. Et c'est justement ce mélange improbable qui fait, à mon sens, tout le sel de cette série redoutablement folle, barrée et baroque. Alors qu'il y a un coeur qui bat derrière tout cela !

Car Monster : Lizzie Borden joue Ă  merveille avec l'anachronisme, notamment Ă  travers des partitions musicales totalement dĂ©calĂ©es par rapport Ă  l'Ă©poque reprĂ©sentĂ©e, mais toujours judicieusement choisies. La sĂ©rie mĂŞle ainsi violence, humour très noir, romance, drame historique fantasmĂ© et rĂ©flexion existentielle dans un alliage des genres aussi surprenant que jubilatoire. C'est proprement vertigineux, comme happĂ© dans un vortex Ă©motionnel inĂ©puisable. 
 
 

Et comme si cela ne suffisait pas, le récit nous entraîne parallèlement sur les traces d'une autre meurtrière célèbre : Aileen Wuornos, remarquablement interprétée par Sarah Paulson (par pitié, offrez lui un oscar !). Son parcours, marqué par les violences et les sévices qu'elle a subis par sa famille, vient faire écho à celui de Lizzie Borden et permet à la série de dresser, en quelque sorte, le portrait croisé de trois femmes innocentes devenues meurtrières.

C'est là que Monster devient particulièrement passionnante : derrière le fait divers sordide, la série développe une véritable étude de caractère, de magnifiques portraits de femmes déchues et s'interroge sur ce qui peut conduire un être humain à basculer dans une violence aussi innommable.
 

Et parmi les séquences les plus bouleversantes de cette saison, celles consacrées à Aileen Wuornos sont probablement celles qui m'auront le plus marqué, jusqu'aux larmes. Sarah Paulson y est tout simplement prodigieuse. Elle crève l'écran avec un naturel à la fois trouble, fragile et bouleversant. Son interprétation relève de la prouesse, (ce putain de regard demeurée profondément noir et hystérisé !) et mériterait, à mes yeux, toutes les récompenses possibles tant elle parvient à rendre son personnage profondément humain sans pour autant effacer la monstruosité de ses actes. Elle ne joue pas, elle EST Aileen Wuornos pour nous livrer une déchirante fureur de vivre et d'exister en dépit de sa monstruosité animale.

Mais Ella Beatty n'est pas en reste dans le rôle de Lizzie Borden. Elle lui insuffle une fragilité démunie et désemparée tout en lui donnant une résilience morale parfois à couper le souffle. Lizzie est notamment capable de se résigner à massacrer ses parents avec un courage qui laisse sans voix, là où Maggie Sullivan, sa partenaire, se retrouve paralysée par la peur au moment d'oser passer à l'acte.
 

Cette différence fondamentale entre les deux femmes rend leur relation particulièrement intéressante et nourrit une véritable étude de caractère. Maggie, interprétée par une Vicky Krieps expressive et vibrante d'humanité, apparaît parfois plus lucide et plus consciente des conséquences de leurs actes, tandis que Lizzie semble emportée par une détermination presque irréversible.

La série rend également un vibrant hommage au féminisme, notamment à travers la question du droit de vote des femmes, comme le souligne la conclusion du dernier épisode. Elle aborde parallèlement la foi religieuse et la rédemption à travers le parcours de Lizzie, hantée pendant dix-huit années par son passé meurtrier et par une culpabilité qui semble impossible à apaiser.
 
 

La foi religieuse et le militantisme féministe pourraient alors constituer pour elle une forme de rédemption, lui permettant enfin d'affronter ses démons et d'espérer mener une existence plus sage et plus apaisée auprès de Maggie.

Ainsi, Monster : Lizzie Borden se transforme en remarquable et bouleversante étude de caractère autour de ces trois femmes meurtrières, avec cette idée fondamentale que derrière un assassin peut parfois subsister une humanité profondément torturée.

La série nous invite à nous interroger sur la fabrication du monstre : un monstre ne naît peut-être pas nécessairement monstre ; il peut aussi être créé par les violences, les humiliations et les sévices qu'un être humain endure. Cela ne signifie évidemment pas que ses crimes deviennent excusables. Les actes commis par ces trois femmes demeurent irréparables et condamnables. Mais Monster nous oblige à regarder au-delà du crime pour tenter de comprendre l'être humain qui se dissimule derrière le criminel.
 

Et c'est probablement là que la série devient la plus dérangeante : elle nous pousse à nous demander jusqu'où nous-mêmes pourrions être capables de sombrer si nous avions subi une accumulation comparable de violences morales et physiques. Une question évidemment vertigineuse, trouble, dérangeante, mais qui participe pleinement à la puissance dramatique de cette saison.

Monster : Lizzie Borden bouscule donc nos habitudes de spectateurs en nous sortant régulièrement de notre zone de confort, notamment grâce à ses ruptures de ton qui surgissent sans prévenir. On passe ainsi du sarcasme le plus débridé à la violence la plus graphique, puis de l'humour noir à une mélancolie profonde, tout en basculant dans une romance parfois bouleversante.
 

Il en résulte une sorte de récit opératique et baroque, à la fois grandiose, cintré, débridé, terriblement émouvant et infiniment romantique. Une œuvre musicale qui ne cherche jamais à nous faire oublier la nature sordide et crapuleuse des crimes racontés, mais qui tente malgré tout de regarder ces trois femmes autrement qu'à travers leurs seuls actes. Et finalement, c'est peut-être cela qui rend cette saison aussi troublante : elle nous rappelle que derrière certains monstres peut encore se tapir un être humain.
Et de cette histoire singulière pétrie d'amour, de remords et de désespoir, je ne suis véritablement pas sorti indemne.

"Gratitude Ă  Netflix qui a osĂ© produire une sĂ©rie aussi insensĂ©e qu’audacieuse."
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

samedi 19 septembre 2026

Crazy Bear / Cocaine Bear de Elisabeth Banks. 2023. U.S.A. 1h35.

                             (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Révision d'une récréation horrifique inspirée d'un fait divers, mais ici détournée au profit d'un humour potache souvent fun. C'est dire si on s'amuse beaucoup, sachant que les protagonistes s'en donnent à cœur joie dans leur course pour la survie face à l'hostilité d'un ours cocaïné, aussi furibard que sanguinaire.
 
 
C'est bête et méchant, gore et cruel, constamment drôle et débridé, sous couvert d'un récit assez haletant parvenant à relancer l'action en changeant régulièrement de point de vue, entre une mère à la recherche de sa fille, un trio de jeunes bras cassés délinquants et des trafiquants de drogue s'évertuant à retrouver leur marchandise, sous la houlette du regretté Ray Liotta, auquel le film rend un vibrant hommage pour son ultime apparition à l'écran.
 
 
Tout Ă  fait recommandable donc, de prĂ©fĂ©rence un samedi soir entre amis Ă©mĂ©chĂ©s… ou pas. D'autant plus que la BO, punchy, nous fait frĂ©quemment taper du pied tant elle embellit l'action avec une lĂ©gèretĂ© de ton aussi entraĂ®nante qu'entĂŞtante.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

mercredi 16 septembre 2026

Invasion / The Invasion de Oliver Hirschbiegel. 2007. U.S.A. 1h38.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Quand la situation le demande, nous sommes tous capables de crimes monstrueux. Un monde sans cela, où toute crise n'aboutirait pas à une nouvelle atrocité, où les journaux ne parleraient ni de guerre, ni de violence, serait un monde où les êtres humains ne seraient plus humains."

Dix-neuf années il me fallut pour découvrir enfin Invasion, du réalisateur allemand Oliver Hirschbiegel, et quelle ne fut pas ma surprise de constater que j'ai passé un vrai bon moment de cinéma ludique ! Même si l'on peut peut-être évoquer ici le plaisir innocent, tant cette quatrième adaptation du fameux roman L'Invasion des profanateurs de Jack Finney, paru en 1955, joue pleinement la carte du divertissement du samedi soir, sur un rythme particulièrement infernal.
 

Et c'est bien là toute la qualité de ce divertissement fort sympathique, jouant à fond sur l'aspect ludique d'une course pour la survie qu'une mère de famille entame afin de retrouver son fils vivant, et surtout avant qu'il ne soit contaminé par le virus extraterrestre.

À cet égard, Nicole Kidman porte véritablement le film sur ses épaules, avec beaucoup d'investissement et une réelle fragilité maternelle, même si l'on est également admiratif de son courage et de sa résilience à ne pas se laisser contaminer par la peur et le virus.

Ainsi donc, Invasion est un formidable divertissement à la fois spectaculaire, haletant et palpitant, puisque le réalisateur ne lésine pas non plus sur des séquences d'action admirablement troussées, notamment grâce au dynamisme d'un montage particulièrement consciencieux vers son final explosif.
 

On peut d'ailleurs rappeler qu'Oliver Hirschbiegel est loin d'être un manchot, puisqu'il est l'auteur des excellents L'Expérience et La Chute. Et donc, avec Invasion, je fus véritablement surpris du plaisir que le film a pu me procurer durant 1 h 35, sans jamais me laisser le temps de respirer, tant le récit est mené à toute allure sous l'impulsion d'une Nicole Kidman à la fois affolée et pugnace.

D'autant plus que le réalisateur exploite impeccablement ses décors urbains sous une photo particulièrement léchée, aux teintes désaturées, métalliques et bleutées, renforçant quelque peu un aspect futuriste, d'une certaine façon. Cela donne l'étrange impression d'assister aujourd'hui à un film contemporain, comme s'il avait été réalisé de nos jours, alors que le film date de 2007.
 

Et donc, au final, non seulement Invasion demeure un divertissement efficace, parfaitement troussé et impeccablement incarné par une Nicole Kidman investie dans sa fonction héroïque, mais le réalisateur, si je me réfère notamment à sa conclusion, semble également ouvrir une réflexion sur l'utilité des guerres, sur cette nécessité de s'entretuer pour un oui ou pour un non afin de rendre le monde meilleur.

Une réflexion qui est loin d'être inintéressante, puisqu'elle tend à interroger cette part de violence et de destruction qui semble inhérente à l'être humain, et notre incapacité à nous en débarrasser totalement. Peut-être notre combat de tous les jours consiste-t-il justement à défier cette part sombre qui est en nous afin de nous rendre meilleurs et, par conséquent, de rendre le monde meilleur. Car, c'est bien connu: "Nous ne pouvons changer le monde sans changer notre façon de penser."
 

C'est en tout cas ainsi que je perçois cette quatrième adaptation, injustement honnie et boudée aux quatre coins de la planète, alors qu'il s'agit à mes yeux d'un formidable divertissement à la fois haletant, palpitant, intelligent et, par moments, même angoissant. Car on croit à nouveau à cette menace extraterrestre qui se tapit derrière notre enveloppe corporelle à travers un climat urbain insécure palpable.

D'autant que le film démarre d'emblée sur un rythme très vif, annonçant dès les premières minutes cette contamination qui infecte peu à peu les humains. Une manière pour le réalisateur d'embrayer immédiatement sur un parti pris vigoureux et spectaculaire, celui d'une course pour la survie que Nicole Kidman mène avec beaucoup de tempérament et de détermination.
 

Bref, dix-neuf ans après l'avoir condamnĂ© d'avance sans mĂŞme l'avoir vu, force est de constater qu'il faut Ă©viter de se fier aux rĂ©putations et encore moins blâmer un film avant de l'avoir dĂ©couvert. Car, contre toute attente, Invasion m'aura offert un bien sympathique moment d'Ă©vasion. 
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤