mercredi 10 juillet 2024

Endless Night / La Nuit qui ne finit pas

                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sidney Gilliat. 1972. Angleterre. 1h39. Avec Hayley Mills, Hywel Bennett, Britt Ekland, Per Oscarsson, George Sanders, Aubrey Richards

Sortie salles France: 7 Décembre 1973. Angleterre: 5 Octobre 1972

FILMOGRAPHIESidney Gilliat, né le 15 février 1908 à Stockport et mort le 31 mai 1994 dans le Wiltshire, est un réalisateur, scénariste, et producteur britannique. 1943 : Ceux de chez nous. 1945 : Un soir de rixe. 1945 : L'Honorable Monsieur Sans-Gêne. 1946 : La Couleur qui tue. 1948 : London Belongs to Me. 1950 :Secret d'État. 1953 : Gilbert et Sullivan. 1955 : Un mari presque fidèle. 1957 : Le Manoir du mystère. 1959 : Left Right and Centre (en). 1962 : On n'y joue qu'à deux. 1966 : The Great St. Trinian's Train Robbery (en). 1971 : La Nuit qui ne finit pas. 

Une très étrange curiosité Hitchcockienne au dénouement à rebondissements surprenant mais trop déroutant, baroque et déconcertant pour emporter pleinement l'adhésion par rapport à tout ce qui nous fut conté au préalable pour les rapports houleux du couple amoureux assez versatile. Dommage que le personnage principal soit si antipathique, agaçant, détestable en mari égoïste et dédaigneux. Un loser raté en rébellion contre la bourgeoisie faute de son enfance galvaudée dysfonctionnelle.

*Bruno


mardi 9 juillet 2024

La Planète des Singes: le nouveau Royaume / Kingdom of the Planet of the Apes

                                             
                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Wes Ball. 2024. U.S.A/Australie. 2h26. Avec Owen Teague, Freya Allan, Kevin Durand, Peter Macon, William H. Macy, Eka Darville, Travis Jeffery.

Sortie salles France: 8 Mai 2024

FILMOGRAPHIEWes Ball est un réalisateur, superviseur des effets spéciaux et producteur américain né le 28 octobre 1980. 2014 : Le Labyrinthe (The Maze Runner). 2015 : Le Labyrinthe : La Terre brûlée (Maze Runner: The Scorch Trials). 2018 : Le Labyrinthe : Le Remède mortel (Maze Runner: The Death Cure). 2024 : La Planète des singes : Le Nouveau Royaume (Kingdom of the Planet of the Apes). Prochainement : The Legend of Zelda.


Une formidable réussite que cet excellent divertissement adulte faisant honneur aux personnages anti manichéens (avec, par exemple, une belle audace morale pour le rôle imparti à l'héroïne juvénile), si bien que La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume ne déçoit nullement pour qui reste fan indéfectible des 2 sagas (68 / 2011) de par sa faculté d'y cristalliser une dystopie plus vraie que nature. Wes Ball (réalisateur de la trilogie du Labyrinthe que je n'apprécie guère personnellement) soignant au possible son univers post-apo en prenant soin de nous dépeindre avant tout l'évolution de ses personnages avec une attention humaine à la fois fragile, timorée, fureteuse puis rebelle. Le récit aux thématiques toujours aussi passionnantes et capitales (racisme; esclavagisme, dictature, religion rigoriste, intolérance, asservissement, cause animale, péril nucléaire) relançant la franchise avec un réalisme trouble quant à la perfection des effets spéciaux en images de synthèse. 


Là encore, et par le truchement de l'élément naturel que symbolise l'eau, les singes terriblement humains, attachants, disparates et expressifs explosent littéralement l'écran de cet opus initiatique faisant la part belle aux valeur de la tolérance, de la compréhension, de la communication entre ethnies en dépit de l'ambiguïté de son final en suspens pour les destins indécis entre Mae et Noa. Mais pas que, si bien que la Planète des singes le nouveau royaume observe l'interaction de ses personnages (humains, chimpanzés, gorilles, orang outang) en militant pour l'enseignement, la connaissance et la culture afin d'évoluer vers un avenir plus sûr, plus fertile et serein en dépit de la sempiternelle lutte des classes sociales générées par des dictateurs mégalos utilisant la religion (César est devenu un messie) à leur profit afin de la dévoyer. Tout cela étant traité avec une surprenante sobriété, notamment auprès des séquences d'action disséminées en intermittence alors que les personnages d'une belle densité humaine et cérébrale (Mae est plus rusée qu'elle n'y parait alors que Noa a bien du mal à se défendre, physiquement parlant tout en s'enrichissant) émeuvent, surprennent à travers leur volonté commune d'y bâtir un monde meilleur en dépit de leurs dissensions morales imparties à la méfiance, au sens du sacrifice et à la nécessité d'exercer la violence en cas de conflits belliqueux de grande ampleur. 


Emaillé d'habile clins d'oeil à son modèle de 68 sans céder à la gratuité puisqu'ils s'incèrent au récit de manière justifiée, La Planète des Singes: le nouveau Royaume suscite donc une belle émotion prude à travers son nouveau récit à la fois aventureux et épique que monopolisent Mae et Noa avec un humanisme aussi noble qu'indécis et torturé. Et c'est ce qui rend si digne et beau à la fois cette nouvelle initiation à la communication que nous transmettent singes et humains avec un réalisme significatif jamais vu au préalable. Quant à la révélation juvénile Freya Allan (Mae), elle illumine avec un naturel diaphane l'écran auprès de sa beauté candide étrangement farouche, fébrile, fragile et réconfortante. 

*Bruno

lundi 8 juillet 2024

Lorenzo / Lorenzo's Oil

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George Miller. 1992. U.S.A. 2h15. Avec Nick Nolte, Susan Sarandon, Zack O'Malley Greenburg, Peter Ustinov, Kathleen Wilhoite, Gerry Bamman, Margo Martindale, James Rebhorn, Ann Hearn.

Sortie salles France: 10 Mars 1993. U.S: 15 Janvier 1993

FILMOGRAPHIE: George Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max: Fury Road. 2022 : Trois mille ans à t'attendre (Three Thousand Years of Longing). 2024 : Furiosa : Une saga Mad Max (Furiosa: A Mad Max Saga). 

Tsunami d'émotions bruts de décoffrage dont on sort à la fois lessivé et soulagé, Lorenzo relate avec une admirable sobriété l'épreuve de force de parents désorientés à l'idée de voir trépasser leur fils victime de l'adrénoleucodystrophie (ALD). Une maladie dégénérative du système nerveux dont l'espérance de vie ne dépasse pas 24 mois. Or, du fait du jeune âge du malade du haut de ses 5 ans, "Lorenzo" demeure inévitablement éprouvant lorsque les parents s'acharnent à trouver un traitement miracle qu'aucun médecin ni scientifique n'est parvenu à prodiguer face au témoignage de leur rejeton réduit à l'état de légume moribond. Certaines séquences franchement intolérables provoquant autant la gêne pour ses douleurs physiques occasionnées dans sa posture handicapée (ses membres se raidissent au fil du temps, sa faculté de communiquer est rapidement réduite au mutisme, sa respiration devient stertoreuse) qu'une désarmante impuissance morale d'y subir un calvaire aussi insurmontable face à l'extrême dignité des parents d'une résilience et d'une patience à couper au rasoir. 


Inutile de préciser que Nick Nolte et Susan Sarandon demeurent époustouflants d'humanisme prude à travers leur fonction parentale attentionnée afin de ne faire sombrer le récit vers un pathos plombant face à pareil sujet lacrymal souvent générateur d'émotions à gros bouillon. Et justement, Lorenzo puise sa force et sa densité narrative auprès de ses parents jouant les apprentis sorciers avec une surprenante lucidité d'esprit eu égard de leur désir, de leur acharnement à se documenter auprès de la science par le truchement d'une culture pléthorique. Si bien que si la globalité du métrage demeure d'une réalisme clinique aussi effroyable qu'intransigeant en insistant incessamment sur la résilience stoïque des parents plongés dans les bouquins scientifiques des quatre coins du monde, son final, manifeste bouleversant sur l'espoir, l'amour, la résilience et la pédagogie, explose d'intensité fructueuse quant au destin inusité de Lorenzo célébré dans le monde entier. Il y émane un moment d'émotions épurées d'une dignité humaine universelle quant aux ultimes images d'archive s'incrustant davantage dans l'écran pour tenir lieu de l'attrait exceptionnel d'un récit aussi révolutionnaire. 

P.S: A réserver toutefois à un public préparé pour la rigueur de certaines séquences insoutenables car d'une intensité dramatique aussi frontale qu'escarpée. George Miller se refusant le hors-champs afin d'y militer un réalisme naturaliste pour sa descente aux enfers moins funeste qu'escomptée.

*Bruno

Merci à Jean-Marc Micciche

jeudi 4 juillet 2024

Le Flic de Beverly Hills : Axel F. / Beverly Hills Cop: Axel F

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Mark Molloy. 2024. 1h58. Avec Avec Eddie Murphy, Joseph Gordon-Levitt, Taylour Paige, Judge Reinhold, John Ashton, Paul Reiser,

Diffusé sur Netflix le 3 Juillet 2024

FILMOGRAPHIE: Mark Molloy est un réalisateur, producteur et scénariste américain. 
2024: Le Flic de Beverly Hills : Axel F.


Il faut parfois croire au miracle et se faire sa propre opinion pour témoigner d'un effet de surprise profitable. La preuve avec ce 4è opus d'une générosité et d'une intégrité indiscutables alors qu'il s'agit de la première réalisation du néophyte Mark Molloy étonnamment à l'aise afin de ne point duper son public hybride (celui nostalgique ainsi que la génération actuelle) renouant avec le souvenir sans se morfondre dans le regret du temps révolu. Si bien que tout y est soigneusement dosé dans cette suite résolument bonnard, les ingrédients des 2 premiers opus (comédie/action/pointe de tendresse/ dépaysement exotique) étant respectés à la règle autour d'une intrigue policière constamment captivante. Entre efficacité soutenue, accalmie cocasse et structure narrative ramifiée au sein d'une métropole soigneusement exploitée d'après ses couleurs chic et bon genre. Avec évidemment le retour en fanfare des acolytes (sclérosés) de Foley: William « Billy » Rosewood, John Taggart, Jeffrey Friedman et même Serge (Bronson Pinchot) qu'on a franchement plaisir à retrouver comme de bons vieux camarades de classe perdus de vue il y a des décennies. Quant à Eddie Murphy, il demeure étonnamment frais, rarement à court de carburant pour susciter sourire, émotion et éclats de rire à travers sa verve impayable faisant encore aujourd'hui mouche.  


Si bien que l'acteur dégage une bonne humeur assez frétillante, exaltante même auprès de sa cool attitude afin de nous faire omettre son âge (avancé ?) tant il semble à nouveau aimablement s'esbaudir à se fondre dans sa fonction de flic décomplexé accoutré de sa fille avocate Jane Saunders (Taylour Paige sobrement bourrue pour éviter la caricature et les clichés de crêpages de chignon) avec qui il tente de renouer pour le meilleur et pour le pire. Mais pas que, si bien qu'Axel s'alloue également d'un nouveau comparse afin de relancer l'action à mi-parcours, le lieutenant Bobby Abbott (Joseph Gordon-Levitt, sobrement attachant en faire-valoir héroïque). Or, Mark Molloy exploite parfaitement ses attachants personnages dans la juste mesure d'une sincérité à la fois jamais outrée, fallacieuse et encore moins sirupeuse. Tous ces protagonistes parvenant à imprimer leur personnalité amiteuse avec une décontraction à la fois modérément sémillante et bon enfant pour croire en eux comme au temps des premières fois homériques. Car l'action, modestement dosée, étant aussi spectaculaire qu'inventive (la poursuite en hélico) comme le furent autrefois les 2 antécédents opus au sein d'une recette humour/action jamais abrutissante. 


Une formidable réussite donc aussi inattendue que florissante auprès de son esprit bon enfant dénué d'une once de prétention. On ne peut donc que remercier toute cette équipe (moralement juvénile) renouant avec le bonheur d'antan avec une fantaisie ludique jamais complaisante.

*Bruno

lundi 1 juillet 2024

Sans jamais nous connaître / All of Us Strangers

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Andrew Haigh. 2023. Angleterre. 1h45. Avec Andrew Scott, Carter John Grout, Paul Mescal, Jamie Bell, Claire Foy.

Sortie salles France: 14 Février 2024. U.S: 22 Décembre 2023.

FILMOGRAPHIE: Andrew Haigh est un réalisateur, scénariste et monteur britannique né le 7 mars 1973 à Harrogate, Angleterre. 2009 : Greek Pete. 2011 : Week-end (Weekend). 2015 : 45 ans (45 Years). 2017 : La Route sauvage (Lean on Pete). 2023 : Sans jamais nous connaître. 


Mourir d'aimer. 

Trouble, envoûtant, fragile et sensible, une réminiscence intimiste sur le difficile cap de l'acceptation du deuil lorsque l'être cher nous quitte de plein fouet. 

Exploitant avec beaucoup d'intelligence et de subtilité l'argument fantastique sous l'impulsion de l'autosuggestion, "Sans jamais nous connaître" est également un vibrant hommage à la communauté gay anglaise bercée par The Smith et Franky Goes To Hollywood. 

A cet égard musical, le final, sublime, demeure sans doute l'une des plus belles étreintes spirituelles de l'histoire du cinéma.

*Bruno


samedi 29 juin 2024

Le dernier jour de la Colère / I giorni dell'ira / Day of Anger

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Tonino Valerii. 1967. Italie/Allemagne. 1h52. avec Lee Van Cleef, Giuliano Gemma, Walter Rilla, Christa Linder, Yvonne Sanson, Lukas Ammann, Andrea Bosic 

Sortie salles France: 14 Décembre 1967. Italie: 21 Décembre 1967

FILMOGRAPHIETonino Valerii, né le 20 mai 1934 à Montorio al Vomano dans la province de Teramo (Abruzzes) et mort le 13 octobre 2016 à Rome (Latium). 1966 : Lanky, l'homme à la carabine. 1968 : Le Dernier Jour de la colère. 1969 : Texas. 1970 : Une jeune fille nommée Julien. 1972 : Folie meurtrière. 1972 : La Horde des salopards. 1973 : Mon nom est Personne. 1975 : Profession garde du corps. 1977 : Les Requins du désert. 1985 : Sans scrupule. 1986 : Blood Commando. 1987 : Sicilian Connection. 1992 : Seulement par amour : Francesca. 1997 : Una vacanza all'inferno. 1997 : Un bel dì vedremo. 


Western Italo-germanique réalisé par Tonino Valerii (Texas, Mon Nom est personne, Folie Meurtrière, La Horde des Salopards), le dernier jour de la colère est une référence du genre illuminée des présences de Lee Van Cleef / Giuliano Gemma résolument impliqués à travers leur amitié fallacieuse qui aboutira à une dernière partie que l'on ne voit pas arriver (ou alors si peu). Le cinéaste nous relatant parmi l'efficacité d'un rythme très nerveux (duel, règlements de compte en règle à n'en plus finir) l'évolution morale d'un jeune souffre-douleur (Giuliano Gemma) éduqué à devenir meurtrier sous l'influence d'un marginal délibéré à récupérer 50 000 dollars auprès de ses anciens acolytes félons. Avec son visage émacié, ses petits yeux rapaces qui n'appartiennent qu'à sa morphologie animale et sa dégaine longiligne incroyablement classieuse, Lee Van Cleef explose l'écran à chacune de ses apparitions avec charisme retors eu égard de ses motivations finales à diriger toute une ville au mépris de la morale. Et si au départ on ne peut que s'attacher à lui après avoir deéssoudé un homme en cas de légitime défense et pris sous aile un bouc émissaire pussillanime, les 45 ultimes minutes font chavirer le récit vers une dimension morale à la fois passionnante, obscure, indécise quant à la remise en question de Scott toujours plus partagé entre doute et confiance auprès de son maître à tuer. 


Le tout étant irrigué de séquences d'action percutantes réglées au millimètre à travers leur chorégraphie infaillible si bien que ce flamboyant western émaillé de gueules insalubres expressives nous laisse admiratif face à son action calibrée inextinguible. C'est dire si Tonino Valerii ne lésine pas sur la violence quasi permanente au service d'un récit héroïque faisant la part belle à la dichotomie du bien et du mal auprès d'une déchéance morale influençable où manipulation et trahison s'y confirment un peu plus. Giuliano Gemma demeurant très attachant auprès de sa naîveté bon enfant et sa transformation à la fois physique (il se perfectionne au tir et bondit sur ses adversaires de manière intrépide) et morale à se laisser diriger par cette fréquentation sournoise d'autant plus magnétique, totalitaire, intransigeante. Un incontournable du genre donc d'autant plus formellement splendide que rien n'est laisser au hasard pour nous éblouir les mirettes à travers ses panoramas désertiques ou vallonées, ses saloons baroques, son show de music-hall particulièrement sexy, ses chambres gothiques typiquement transalpines.  


Pour la p'tite anecdote, Quentin Tarantino l'a classé 7e dans sa liste des 20 meilleurs westerns spaghettis.

*Bruno
2èx. Vistfr

jeudi 27 juin 2024

Le Corrupteur / The Nightcomers

                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Linternaute.fr

de Michael Winner. 1971. Angleterre. 1h38. Avec Marlon Brando, Stephanie Beacham, Thora Hird, Harry Andrews, Verna Harvey

Sortie salles France: 16 Mars 1973. U.S: 18 Février 1972 (Int - 18 ans). Angleterre: 6 Juillet 1972

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Michael Winner est un réalisateur britannique, né le 30 Octobre 1935 à Londres, décédé le 21 Janvier 2013. 1964: Dans les mailles du filet. 1967: Qu'arrivera-t-il après ? 1971: Les Collines de la Terreur. 1971: l'Homme de la Loi. 1971: Le Corrupteur. 1972: Le Flingueur. 1973: Le Cercle Noir. 1973: Scorpio. 1974: Un Justicier dans la Ville. 1976: Won Ton Ton, le chien qui sauva Hollywood. 1977: La Sentinelle des Maudits. 1978: Le Grand Sommeil. 1979: l'Arme au Poing. 1982: Un Justicier dans la Ville 2. 1983: La Dépravée. 1985: Le Justicier de New-York. 1988: Rendez vous avec la mort. 1990: Double Arnaque. 1993: Dirty Week-end.

Quelle bien étrange curiosité que cette oeuvre extrêmement rare (rimant souvent avec "oubli") réalisé par l'auteur des Justicier dans la ville, Mr Michael Winner ! Il fallait déjà oser entreprendre un préquelle à un monument du fantastique (pour ne pas dire l'un des plus beaux films du monde en jouant la dithyrambe): le bien nommé Les Innocents de Jack Clayton. Avec ici en tête d'affiche le monstre sacré Marlon Brandon (excusez du peu). Celui-ci endossant le diabolique Peter Quint avec une apathie quelque peu déconcertante quant à ses postures détachées, son idéologie défaitiste fondée sur la théorie du "néant" comme il l'enseigne aux enfants Miles et Flora peu à peu influencés par sa doctrine à la fois subversive, déclinante, destructrice. Or, à travers son climat trouble / malsain parfois provocateur (les jeux SM de Jessel et Quint ne font pas dans la subtilité à travers l'imagerie des corps nus molestés) instauré au sein d'un film en costume on reste autant fasciné qu'interloqué par ses postures interlopes sévèrement influencées par la désinhibition du Mal. D'ailleurs, au gré de ses jeux érotiques aussi sulfureux perpétrés dans cette société altière et rigoriste, Michael Winner nous questionne sur l'acceptation ou non des loisirs lubriques les plus hard afin d'y contenter l'être aimé, et quelles sont les limites à ne pas franchir au risque d'y égarer son âme. 

Il y a aussi la thématique de l'athéisme qui y est abordée sans ambages auquel les êtres les plus fragiles pourraient toutefois basculer vers le Mal faute d'absence d'équilibre moral, d'appui parental, voir même de refus de discernement auprès des esprits les plus déviants. Mais la thématique essentielle de ce Corrupteur demeure indubitablement "l'innocence bafouée" du point de vue de ces enfants éduqués par un adulte infréquentable broyé par ses excès (pour ne pas dire ses exactions sexuelles) et l'aigreur de son existence esseulée en dépit de certains sentiments qu'il éprouve pour Mme Jessel. C'est ce que le final, assez glaçant, perturbant et choquant (superbe vision d'effroi aqueuse !), nous révèle avant que les enfants ne se substituent véritablement à la figure du Mal le plus couard et insidieux auprès de leur conscience souillée. Quant à sa facture formelle délicieusement gothique, les fans ont de quoi se réjouir (tout du moins en HD) auprès de cette vaste bâtisse jonchée de chambres, escaliers, candélabres et corridors ainsi que ses extérieurs naturels magnifiquement éclairés (notamment auprès d'angles nocturnes atmosphérique en diable) par Robert Paynter qu'il transfigure avec un art consommé de l'esthétisme pictural. 

Trouble d'une façon indicible, le Corrupteur est donc une étrangeté scabreuse déroutante et ombrageuse,  auprès de son climat austère qui ne plaira pas à tous (et toutes) sans toutefois nous laisser indifférent. A revoir plusieurs fois pour en saisir sa véritable essence pour ma part subjective. 

*Bruno

mercredi 26 juin 2024

Un été en louisiane / The man in the Moon

                                            
                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Robert Mulligan. 1991. U.S.A. 1h40. Avec Reese Witherspoon, Sam Waterston, Tess Harper, Gail Strickland, Jason London

Sortie salles France: 24 Décembre 1991. U.S: 4 Octobre 1991

FILMOGRAPHIE: Robert Mulligan est un réalisateur américain, né le 23 Août 1925 à New-York, décédé le 20 Décembre 2008 à Lyme, Connecticut. 1957: Prisonnier de la peur. 1960: Les pièges de Broadway. 1961: Le Rendez-vous de Septembre. 1961: Le Roi des Imposteurs. 1962: l'Homme de Bornéo. 1962: Du Silence et des Ombres. 1963: Une Certaine Rencontre. 1964: Le Sillage de la Violence. 1965: Daisy Clover. 1967: Escalier Interdit. 1969: l'Homme Sauvage. 1971: Un Eté 42. 1971: The Pursuit of Happiness. 1972: l'Autre. 1974: Nickel Ride. 1978: Les Chaines du sang. 1978: Même heure l'année prochaine. 1982: Kiss me Goodbye. 1988: Le Secret de Clara. 1991: Un Eté en Louisiane.


Robert Mulligan
, auteur du chef-d'oeuvre l'Autre et des illustres Du Silence et des Ombres et Un Eté 42 nous remémore ici une superbe chronique adolescente auprès de l'irrésistible présence de Reese Witherspoon, son tout premier rôle à l'écran du haut de ses 14 ans. Ainsi, il y a des films méconnus dont on attend pas grand chose (notamment faute de notre ignorance) mais qui, à la suite d'un bouche à oreille quasi surnaturel (si j'ose dire) emportent tout à travers leur effet de surprise émotionnel que l'on ne voit pas arriver. Si bien qu'avec une simplicité désarmante, Robert Mulligan parvient à nous captiver pour nous dresser un magnifique portrait de famille aimante auquel la fille cadette va peu à peu découvrir ses premiers émois amoureux auprès d'un garçon plus âgé en dépit de l'intrusion fortuite de sa soeur aînée également éprise de sentiments pour lui. 


Débordante de charme, de curiosité et d'aplomb en ado pubère d'une étonnante capacité de réflexion auprès de sa sagesse épurée, Reese Witherspoon crève l'écran avec un naturel déjà instinctif tant elle nous communique son pleen, ses déceptions, ses fougues sentimentales avec une expressivité à la fois sémillante, tendre et bouleversante. Ce petit bout'chou gentiment dégourdi nous entrainant dans ses joies et ses peines morales, entre non-dit, larmes contenues et colère dépouillée. Robert Mulligan faisant planer durant son évolution perplexe l'ombre de la mort auprès d'un revirement dramatique plutôt déchirant auprès des plus fragiles d'entre nous. C'est dire si Un Eté en Louisiane touche au coeur en faisant appel à la noblesse des sentiments à la fois troubles et contrariés au sein d'un cadre solaire illuminé de la photographie du grand Freddie Francis (dépaysement assuré en pleine période estivale). L'oeuvre davantage sensible et fragile faisant notamment appel à la valeur du conte initiatique auprès d'une réflexion existentielle symptomatique des angoisses innées de l'adolescence en proie à l'incompréhension de la perte de l'être cher assortis de questionnements spirituels. 


Chronique ado pleine de charme auprès de sa tendresse candide et son lyrisme aussi innocent, Un Eté en Louisiane insuffle une émotion davantage tangible, fougueuse et capiteuse pour tenir lieu finalement de la cruauté de l'existence qui entoure notre vie passionnelle avec ici un sens du discernement familial forçant le respect. C'est donc à voir absolument, quelques mouchoirs à portée de main auprès des belles âmes fragiles. 

*Bruno

mardi 25 juin 2024

Furiosa : une saga Mad-Max / Furiosa: A Mad Max Saga

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de George Miller. 2024. U.S.A/Australie. 2h28. Avec Anya Taylor-Joy, Alyla Browne, Chris Hemsworth, Tom Burke, Lachy Hulme, George Shevtsov, John Howard, Angus Sampson, Nathan Jones, Josh Helman.

Sortie salles France: 22 Mai 2024 (Int - 12 ans). U.S: 24 Mai 2024 (Int - 17 ans).

FILMOGRAPHIE: George Miller est un réalisateur, scénariste et producteur australien, né le 3 Mars 1945 à Chinchilla (Queensland). 1979: Mad-Max. 1981: Mad-Max 2. 1983: La 4è Dimension (dernier segment). 1985: Mad-Max : Au-delà du dôme du Tonnerre. 1987: Les Sorcières d'Eastwick. 1992: Lorenzo. 1997: 40 000 ans de rêve (documentaire). 1998: Babe 2. 2006: Happy Feet. 2011: Happy Feet 2. 2014: Mad Max: Fury Road. 2022 : Trois mille ans à t'attendre (Three Thousand Years of Longing). 2024 : Furiosa : Une saga Mad Max (Furiosa: A Mad Max Saga). 


Le fruit de l'assurance.
Monstrueux à part entière. Comme un air de déjà lu me direz-vous ! Or, peux pas mieux prétendre que Furiosa est bel et bien un objet de décadence d'une beauté raffinée transcendant une fois encore l'outil cinématographique pour y façonner une nouvelle réalité alternative. Euphémisme donc si Furiosa demeure un spectacle gargantuesque (2h18 quand même sans jamais émettre un battement de cil !) à la fois viscéral, sensoriel, immersif au possible, vertigineux, diaphane surtout pour sa faculté à nous faire omettre que nous sommes face à une chimère. Tant et si bien qu'un seul visionnage ne suffit point pour y déceler ses insatiables richesses tous azimuts. C'est simple, ça vacille et secoue dans toutes les directions avec fascination charnelle d'une certaine façon. Chaque détail observé dans le cadre nous hypnotisant le regard de gauche à droite, de bas en haut de manière perpétuelle si bien que l'on reste rivé à l'écran comme un rêve de gosse retrouvé. C'est d'ailleurs ce que précisément j'avais ressenti à l'époque de Mad-Max 2 lorsque j'eu l'occasion de le découvrir sur grand écran à 2 reprises. Cette similaire euphorie de tous les diables, cette excitation capiteuse sans cesse renouvelée. Car si Fury Road reste bel et bien l'un des plus grands films d'action jamais réalisés, Furiosa le supplante à bien des égards (narration plus dense, méchants lunaires encore plus haut en couleur, émotion autrement poignante, climat post-apo plus sombre, violence plus animale, scènes d'actions encore plus jouissives, cintrées et inventives, univers plus vaste, plus expressif, plus ramifié aussi en dépit de certains arrières-plans - rocailleux - en CGI). 

Un (authentique) préquelle truffé d'astucieux clins d'oeil à la saga motorisée "5 étoiles", prioritairement Mad-Max 2 / Fury Road (notamment auprès d'une inversion des rôles impartis) à travers ses ambitions autrement démesurées lorsqu'une jeune fille (doit-on préciser qu'Anya Taylor-Joy s'approprie le rôle par le non-dit, la simple acuité de son regard de braise impassible ?), arrachée à sa mère, se retrouve ballotée par deux autocrates mégalos se disputant le pouvoir au sein d'un désert aride livré à l'agonie. George Miller se réappropriant les codes de Mad-Max (cascades automobiles en règle s'insérant dans l'histoire avec une fluidité à couper au rasoir) et son sempiternel discours sur la vengeance avec une intelligence assez burnée eu égard du dénouement gigogne remarquablement imprévisible au risque de déconcerter certains spectateurs peu habitués aux divertissements autonomes délibérés à s'opposer aux conventions. Et si l'on était resté sans voix à l'époque de Fury Road pour son imagerie furibarde, Furiosa double la mise (psychologique) sous l'impulsion d'un superbe portrait de femme écorchée vive en voie d'héroïsme mythologique. Jamais avare de créativité comme de coutume depuis des décennies, George Miller  relance donc les dés avec une maîtrise, un aplomb, une aisance déconcertantes du haut de ses 69 printemps. Quant à la figure du méchant tant iconisée au cinéma, c'est bien connu: "plus il est réussi, meilleur le film sera". Or ici on nous en offre deux pour le prix d'un ! Chris Hemsworth explosant lui aussi l'écran avec une force tranquille et de sureté à la fois sardonique, détestable, jubilatoire en fanfaron fourbe de tous les diables. 


Le 5è cavalier de l'apocalypse.
Ultime chef-d'oeuvre du cinéma d'action dans son sens le plus épuré, galvanisant et personnel, Furiosa se décline en nouvelle référence plus substantielle que son prédécesseur au sein d'un réalisme cinégénique vibrant d'amour, de générosité et de dignité pour ce qu'il raconte et imprime en image. Peut-être l'opus le plus fulgurant, le plus efficient, le plus électrisant de toute la saga en y déclarant une seconde fois sa flamme à la cause féministe la plus épique et résiliente au sein d'une terre aride réduite à l'ignominie. Un cirque infernal d'une beauté féroce éminemment ensorcelante. 

*Bruno

lundi 24 juin 2024

The Offence

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Sidney Lumet. 1972. U.S.A/Angleterre. 1h52. Avec Sean Connery, Trevor Howard, Ian Bannen, Vivien Merchant, Peter Bowles.

Sortie salles France: 12 Septembre 2007. Angleterre: 11 Janvier 1972

FILMOGRAPHIE: Sidney Lumet est un réalisateur américain, né le 25 Juin 1924 à Philadelphie, décédé le 9 avril 2011 à New-York. 1957: 12 Hommes en colère. 1958: Les Feux du Théâtre. 1959: Une Espèce de Garce. 1959: l'Homme à la peau de serpent. 1961: Vu du pont. 1962: Long voyage vers la nuit. 1964: Le Prêteur sur gages. 1964: Point Limite. 1965: La Colline des Hommes perdus. 1966: Le Groupe. 1966: MI5 demande protection. 1968: Bye bye Braverman. 1968: La Mouette. 1969: Le Rendez-vous. 1970: Last of the mobile hot shots. 1970: King: A filmed record... Montgomery to Memphis. 1971: Le Dossier Anderson. 1972: The Offence. 1972: Les Yeux de Satan. 1973: Serpico. 1974: Lovin' Molly. 1974: Le Crime de l'Orient Express. 1975: Un Après-midi de chien. 1976: Network, main basse sur la TV. 1977: Equus. 1978: The Wiz. 1980: Just tell me what you want. 1981: Le Prince de New-York. 1982: Piège Mortel. 1982: Le Verdict. 1983: Daniel. 1984: A la recherche de Garbo. 1986: Les Coulisses du Pouvoir. 1986: Le Lendemain du Crime. 1988: A bout de course. 1989: Family Business. 1990: Contre Enquête. 1992: Une Etrangère parmi nous. 1993: l'Avocat du Diable. 1997: Dans l'ombre de Manhattan. 1997: Critical Care. 1999: Gloria. 2006: Jugez moi coupable. 2007: 7h58 ce samedi-là.

35 ans il eut fallu que pour que The Offence soit enfin visible chez nous en salles, précisément en 2007, faute de la société de distribution United Artists terrifiée par le résultat final. Et effectivement The Offence fait office de pavé dans la mare pour son climat blafard quasi irrespirable, pour sa violence verbale et physique en roue libre lorsqu'un flic à bout de nerf (pour ne pas dire en dépression nerveuse) se confronte au coupable présumé d'un violeur de fillette. Ainsi donc, en abordant le thème de la pédophilie avec un réalisme glaçant n'appartenant qu'au cinéma des Seventies, Sidney Lumet y extrait une réflexion sur le Mal et le refoulement auprès d'un affrontement psychologique d'une intensité davantage névralgique. Tant et si bien que passé le dénouement inqualifiable il demeure difficile de sortir indemne auprès de ce profil fragilisé par une horrible vérité. 

Sean Connery, à contre-emploi drastique (euphémisme j'vous dit), incarnant un flic antipathique, violent, condescendant, discourtois avec une force expressive acharnée. Pour ne pas dire aux cimes de la folie. Comme s'il était contraint de supporter du poids de ses épaules tous les malheurs du monde. Tout du moins les exactions impardonnables d'un pédophile aussi rusé que gouailleur. Visuellement grisonnant, voir déprimant au sein de cette banlieue british afin de renforcer la noirceur opiniâtre du récit cauchemardesque chargé de dialogues difficiles, The Offence demeure d'autant plus singulier qu'il fait appel à une narration éclatée. Entre flash-back, visions d'effroi et instant présent au coeur d'un huis-clos toujours plus tendu et escarpé. A découvrir absolument donc avec l'évident avertissement que ce drame psychologique incroyablement rigoureux est à privilégier à un public préparé tant il dilacère les codes avec une franchise épeurante.  


*Bruno

Merci à Jean-Marc Micciche et Jérôme André-Tranchant

vendredi 21 juin 2024

Le Château des Amants maudits / Beatrice Cenci

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site unifrance.org

de Riccardo Freda. 1956. Italie/France. 1h33. Avec Micheline Presle, Gino Cervi, Mireille Granelli, Fausto Tozzi, Frank Villard, Claudine Dupuis.

Sortie salles France: 3 Avril 1957. Italie: 6 Avril 1956

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (24.02.1909 - 20/12/1999) est un réalisateur, scénariste et acteur italien à l'origine de 27 longs-métrages réalisés entre 1942 et 1989. Il sera surtout reconnu auprès des amateurs de cinéma fantastique avec Les Vampires, Caltiki, le monstre immortel, Maciste en Enfer ainsi que ses fausses suites l'Effroyable secret du Dr Hichcock, le Spectre du professeur Hichcock.


Même si on est en droit de préférer la version autrement malsaine, glaçante et réaliste de Fulci (Liens d'amour et de sang) réalisée plus tard, Le Château des amants maudits est loin de laisser indifférent à travers son esthétisme flamboyant constamment renversant. Si bien que Dario Argento s'en est clairement inspiré pour le fameux prélude de Suspiria quant à la course effrénée d'une jeune fille s'enfonçant à travers bois au coeur de la nuit sous un éclairage bleuté. Il s'agit donc d'une excellente adaptation à la fois classique pour le traitement dépouillé de son horrible histoire familiale et baroque pour sa réalisation avisée magnifiant chaque plan à l'instar d'un tableau transalpin. Son climat historique parfois à la lisière de l'onirisme surréaliste demeurant sensiblement prégnant autour des va et vient de personnages détestables se trahissant pour leur enjeu de survie après s'être débarrassé d'un patriarche tyrannique (étonnamment campé par un Gino Cervi détestable à contre emploi de son personnage bougon dans le classique de la comédie Don Camillo -). Quant à l'actrice française Mireille Granelli (il s'agit d'une co-production entre la France et l'Italie) elle parvient à donner chair à son personnage proscrit avec une sobriété contrariée contrastant avec sa discrète beauté aussi veloutée qu'épurée. Une étrange beauté candide teintée de fragilité torturée eu égard de sa condition soumise auprès d'un père abusif dénué de vergogne. Perle rare, méconnue et oubliée, le Château des amants maudits resplendit de 1000 feux sous l'égide de son édition Blu-ray distribuée par Gaumont lui insufflant ainsi une seconde jeunesse du haut de ses 68 printemps à l'heure ou j'imprime mes impressions à chaud. Chaudement recommandé donc. 


*Bruno
2èx. Vf. 

mercredi 19 juin 2024

Exposé / The House on Straw Hill / Trauma

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de James Kenelm Clarke. 1976. 1h24. Angleterre. Avec Udo Kier, Linda Hayden, Fiona Richmond, Patsy Smart, Karl Howman, Vic Armstrong

Sortie salles Angleterre: Mai 76 (Classé X + Video Nasties).

FILMOGRAPHIE: James Kenelm Clarke est né le 5 février 1941 à Gloucestershire, Angleterre, Royaume-Uni. Il était réalisateur et producteur. 1974: Got it Made. 1976: Exposé. 1977: Hardcore. 1978: Let's get laid. 1983: Funny Money. 1985: Yellow Pages. 

A réserver prioritairement aux bissophiles amateurs de curiosités oubliées (et introuvables), Exposé est une sympathique série B érotico-horrifique, aussi rachitique soit son contenu narratif. En gros, une jeune  dactylographe est recrutée par un écrivain misanthrope au sein de sa demeure champêtre confinée à proximité d'un champs de paille afin d'y clôturer son dernier roman. Bientôt, des meurtres sauvages vont intenter à leur tranquillité. Classé X lors de sa sortie Outre-manche et estampillé "Video Nasties" (ces Vhs interdites de location), Exposé a de quoi faire sourire de nos jours pour sa violence sanguine peu crédible car dénuée d'effets spéciaux et ses séquences érotiques un tantinet effrontées qui ne choquera plus personne. 

L'intérêt résidant dans la formalité de son atmosphère d'étrangeté assez immersive pour qui raffole des films d'ambiance aujourd'hui révolus (à quelques exceptions). Et si l'intrigue parfois bizarre (le sort des 2 violeurs, les hallucinations prémonitoires de Paul Watel dénuées de sens) a tendance à se répéter, faute d'une ossature linéaire dénuée de surprises (si bien que l'on voit venir à des kilomètres son twist escompté), Exposé est heureusement renforcé de sa réalisation assez personnelle et parfois expérimentale et du jeu inquiétant d'Udo Kier en écrivain chafouin accompagné de deux charmantes anglaises souvent dévêtues et aussi détachées que lui dans leur posture d'aguicheuse décomplexée au caractère pour autant expressif. 

Exposé est donc à découvrir d'un oeil amusé bien qu'il reste bizarrement en mémoire sitôt le générique clos de par le vérisme de son atmosphère british assez indicible.

P.S: Commercialisé chez Bach Films dans une médiocre édition Dvd,  la copie est hélas d'autant plus censurée de 2 minutes (le viol et le meurtre dans la salle de bain).

*Bruno
19.06.24. 3èx. Vostf. Uncut. 

lundi 17 juin 2024

I saw the TV Glow

                                             
                                                                 Photo empruntée sur Facebook

de Jane Schoenbrun. 2024. U.S.A. 1h41. Avec Justice Smith, Brigette Lundy-Paine, Helena Howard, Lindsey Jordan, Conner O'Malley, Emma Portner

Sortie salles U.S: 3 mai 2024

FILMOGRAPHIEJane Flannery Schoenbrun est un réalisateur américain né en 1987. 2018: A Self-Induced Hallucination. 2021: We're All Going to the World's Fair. 2024: I saw the Glow TV.


                              « Parfois, The Pink Opaque semble plus réel que ma propre vie. »

Souvenez-vous que l'on n'est pas obligé de tout comprendre pour aimer, l'important c'est de rêver.
Il y a des films, et puis il y a des expériences. I saw the TV glow fait parti de cette seconde catégorie autrement plus autonome, créative, personnelle, souvent singulière. Car à mi-chemin entre le cinéma de Lynch et celui de Cronenberg (Videodrome largement en tête), I saw the TV glow traite du mal-être existentiel du point de vue de l'adolescence avec une sensibilité, une marginalité et une originalité dénué de moralisme. Si bien qu'au fil du cheminement tortueux, si fragile, de 2 adolescents à la fois taiseux, timorés et tourmentés, totalement introvertis au point de se laisser engloutir par leur série TV fétiche (voir même fétichiste), le spectateur se laisse dériver vers leur bad trip hallucinatoire parmi l'impuissance de ne pouvoir y détourner le regard. 


C'est dire si I saw the TV glow demeure aussi hypnotique et envoûtant (la bande-son élégiaque est bouleversante aux larmes) que beau, malaisant, terriblement émouvant quant à sa métaphore (universelle) sur le besoin irrépressible de se détourner de la réalité d'une quotidienneté mélancolique (thème oh combien central du récit) au profit d'une illusion télévisuelle terriblement addictive, délétère (?), fallacieuse (?). Par l'entremise de ce refuge médiatique oh combien enivrant et déconcertant s'y décline donc un discours sur le pouvoir de l'image, sur la nostalgie du souvenir et son influence sur notre psyché (ici dépressive, esseulée, suicidaire même) au sein du genre Fantastique que Jane Schoenbrun (cinéaste transgenre) transfigure au sein d'une imagerie onirique à damner un saint. Tant auprès de la quotidienneté rose fluo du duo anxiogène déambulant tels des zombies atones dans leur banlieue tranquille que des bribes Vhs qu'ils se repassent sans cesse sur la TV de leur émission attitrée, j'ai bien nommé: "l'opaque rose". Et si son final, sciemment ambigu, voir nonsensique (même si on  peut se réconforter vers la métaphore métaphysique) nous laisse autant subjugué que désarmé, I saw the TV glow vous reste imprimé dans l'encéphale au fer rouge, que l'on ait adhéré ou non.

En tout état de cause, cet OFNI déjà culte fera date (à l'instar du bouche à oreille imparti à Donnie Darko) et déchainera autant les passions que les interrogations à travers cette bouleversante étude cérébrale sur notre quête identitaire ici assujettie au besoin de se plonger dans l'évasion du petit (et grand) écran au grand dam de notre réalité imberbe déshumanisante. Avec un bel hommage (évidemment nostalgique) aux années 90 pour tenir lieu de cadre urbain rétro imbibé de nuances rose, bleues et violettes du plus bel effet insolite. 

*Bruno

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Ci-joint un p'tit mot du devoir:
Le film, dont le message n’est pas évident au premier visionnement, est une expérience avant tout sensorielle, qui prend aux tripes, bouscule et force le cerveau à s’extraire de ses propres névroses et fictions pour constater leurs dangers comme les limites de leur pouvoir. On sort de la salle la tête remplie de questions, mais certain d’avoir vécu quelque chose d’absolument unique.
Le Devoir.

vendredi 14 juin 2024

Toutes les couleurs du vice / L'Alliance Invisible / Tutti i colori del buio

                                                                                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Sergio Martino. 1972. Italie/Espagne. 1h34. Avec George Hilton, Edwige Fenech, Ivan Rassimov, Julián Ugarte, George Rigaud, Nieves Navarro.

Sortie salles France: 3 Janvier 1974. Italie: 28 Février 1972.

FILMOGRAPHIE SELECTIVESergio Martino est un réalisateur, producteur et scénariste italien né le 19 Juillet 1938 à Rome (Italie). 1970: l'Amérique à nu. Arizona se déchaîne. 1971: l'Etrange vice de Mme Wardh. La Queue du Scorpion. 1972: Toutes les couleurs du vice. 1973: Mademoiselle Cuisses longues. 1973: Torso. 1975: Le Parfum du Diable. 1977: Mannaja, l'homme à la hache. 1978: La Montagne du Dieu Cannibale. 1979: Le Continent des Hommes poissons. Le Grand Alligator. 1982: Crimes au cimetière étrusque. 1983:2019, Après la Chute de New-York. 1986: Atomic Cyborg. 1989: Casablanca Express. 1990: Mal d'Africa. Sulle tracce del condor.


"Ces jeunes qui flottent sont des proies parfaites pour les sectes et les mouvements extrémistes. Quand on ne sait pas qui on est, on est ravi qu’une dictature vous prenne en charge et, dès l’instant où l’on se soumet à un maître, à un texte unique, on devient fanatique." Boris Cyrulnik.

Tourné un an après l'Etrange vice de Mme WardhToutes les couleurs du vice change de registre pour s'aventurer dans le thriller ésotérique eu égard de l'épreuve de force morale que Jane doit endurer afin de ne pas sombrer dans la folie. Car depuis la mort de sa mère et de son propre enfant, elle souffre  d'hallucinations intermittentes où s'y conjuguent une communauté sectaire adepte du sacrifice ainsi que la filature d'un étranger patibulaire aux yeux bleus perçants (le grand - par la taille - Ivan Rassimov  toujours intrigant à souhait à travers la force d'expression de son regard reptilien). Ainsi, en s'écartant du Giallo qui lui valu un joli succès, Sergio Martino nous structure ici une intrigue vénéneuse où cauchemar et réalité se télescopent sous le témoignage d'une victime en berne en  paranoïa progressive. Fort de son climat de mystère constamment inquiétant et de cette foule de personnages équivoques que l'héroïne fréquente avec toujours plus de méfiance, Toutes les couleurs du vice nous immerge dans un cauchemar cérébral vertigineux si bien que le spectateur, pleinement identifié à son désarroi, ne parvient lui non plus à distinguer la chimère de la réalité.


C'est dire si la réalisation solide, d'autant plus émaillée de plages d'onirisme macabre saillantes, parvient à nous faire douter de ce que nous découvrons à travers le regard épeuré de Jane ne sachant plus vraiment vers quel soutien se vouer. Portant le film sur ses épaules charnues, Edwige Fenech, omniprésente, insuffle une solide expression fragile sous l'impulsion de sa psychose exponentielle d'être persécutée par son entourage et la secte marquée d'un oeil divin sur la peau en guise de tatoo emblématique. Quand bien même nous nous interrogeons notamment sur l'éventuelle complicité de l'époux de Jane souvent absent du cocon familial et possédant un étrange recueil de magie. Un personnage bicéphale, une part de mystère irrésolu que Sergio Martino se réserve de nous divulguer ouvertement jusqu'au générique de fin. Ainsi donc, sa scénographie sensiblement envoûtante et schizophrène nous expose nombre d'images patibulaires où horreur malsaine et suspense vertigineux se chevauchant avec une égale efficacité. Même si hélas la répétition des agressions et filatures auprès d'un personnage patibulaire s'y fait ressentir 1 heure durant. 


Excellent thriller horrifico-cérébral soutenu du splendide thème solennel de Bruno NicolaiToutes les couleurs du vice traite des thèmes de l'emprise sectaire, de la cupidité et de la paranoïa à travers une narration labyrinthique jouant habilement de notre perception de la réalité. Si bien que nous nous interrogeons avec empathie sur la santé mentale de Jane péniblement ébranlée par le deuil et les conséquences pécuniaires qui en émanent.  

*Bruno
31.08.22. 
14.06.24. 4èx