Resté inédit dans les salles françaises, hormis une projection à L'Étrange Festival un an après sa sortie, Mum and Dad a heureusement bénéficié d'une édition DVD chez notre revue fétiche Mad Movies. À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de constater que nous avons affaire à un véritable petit électrochoc. Avec son budget d'à peine 100 000 livres et un tournage bouclé en seulement dix-sept jours, Steven Sheil joue admirablement la carte du huis clos intimiste à travers le portrait d'une famille de psychopathes dont la fille adoptive kidnappe une immigrée polonaise travaillant comme femme de ménage à l'aéroport de Londres.
Le réalisateur nous entraîne alors dans une authentique descente aux enfers domestique, traitée avec un souci du réalisme quasi documentaire. L'atmosphère est d'une noirceur suffocante, profondément malsaine, dérangeante et poisseuse. Les décors insalubres, imprégnés de crasse et de décrépitude, rappellent l'univers étouffant de La Colline a des yeux, La Dernière Maison sur la gauche ou encore Massacre à la tronçonneuse, toutes proportions gardées. Quelques séquences de torture, particulièrement éprouvantes sur l'insistance de détails, ne nous sont d'ailleurs pas épargnées et contribuent à installer un malaise constant. Bref, on n'est pas là pour plaisanter et encore moins se distraire dans notre zone de confort.
Car la véritable force de Mum and Dad réside avant tout dans le portrait hyperréaliste de cette famille britannique complètement dégénérée dans la décadence. Les acteurs, tous quasiment inconnus, apportent une crédibilité saisissante à leurs personnages, tandis que Steven Sheil n'hésite jamais à recourir à des détails scabreux, parfois franchement vomitifs (notamment au niveau d'une masturbation sexuelle), pour accentuer l'impression de véracité.
Le film ne cherche jamais à rassurer le spectateur. Il veut le choquer, le déranger et le maintenir dans un inconfort permanent. Nous suivons ainsi le calvaire quotidien de Lena, devenue le souffre-douleur de cette famille barbare, avec une fascination morbide tant la mise en scène se montre habile pour nous immerger dans cet univers misérable, suintant l'urine, le sang, la sueur et toutes les odeurs de la déchéance humaine la plus crasse.
Mum and Dad est donc à mille lieues de la série B horrifique du samedi soir destinée à divertir. Il se rapproche davantage d'un Massacre à la tronçonneuse version low cost que d'un banal survival où le spectateur demeure tranquillement rassuré. Ici, c'est tout l'inverse. Steven Sheil nous plonge dans une expérience intime profondément dérangeante, notamment lorsqu'il met en parallèle deux mises à mort situées en des lieux différents afin de prolonger un malaise viscéral, presque insoutenable.
Évidemment, Mum and Dad n'est pas un film à mettre entre toutes les mains. Il s'adresse avant tout à un public averti, mais mérite largement le détour par son audace, sa sincérité et sa capacité à élever le cinéma horrifique au-delà du simple choc visuel. À travers son dénouement particulièrement glaçant, Steven Sheil semble suggérer que, confronté aux circonstances les plus extrêmes (et comme avec La Colline a des Yeux, la Dernière maison sur la Gauche, et bien d'autres encore), l'être humain peut laisser ressurgir une part primitive et bestiale de lui-même. Une conclusion effroyable - d'une violence hors-champ pourtant insupportable - qui continue de hanter bien après le générique de fin.




































