mercredi 23 septembre 2026

Monster: Lizzie Borden. 2026. 8 épisodes, saison 4.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Mise en garde : Monster : Lizzie Borden est une œuvre de fiction extrêmement romancée qui prend de très grandes libertés avec les faits historiques. Il s'agit ici d'une véritable uchronie, notamment dans la relation amoureuse imaginée entre Lizzie Borden et sa domestique Maggie Sullivan. Il ne faut donc surtout pas considérer la série comme une reconstitution fidèle de l'affaire qui défraya la chronique aux États-Unis en 1892.

Ça y est, c'est bouclé. Enfin vu l'intégrale de Monster, saison 4, consacrée à l'histoire de Lizzie Borden.

Et quelle saison ! À mes yeux, elle se hisse immédiatement au deuxième rang de mes préférées après la première, tant elle m'aura mis dans tous mes états en bousculant constamment les habitudes du spectateur. Les trois ou quatre premiers épisodes cultivent notamment un sarcasme folingue et complètement débridé, avant que le récit ne glisse progressivement vers une dramaturgie beaucoup plus mélancolique, voire existentielle, autour de la culpabilité de Lizzie Borden, hantée par les crimes qu'elle a commis.

Comme de coutume dans Monster, la violence graphique ne fait pas dans la dentelle. Les meurtres sont filmés avec une brutalité percutante, parfois franchement hardcore, sans que les créateurs semblent avoir la moindre intention de ménager nos sensibilités. Mais certaines scènes particulièrement extrêmes sont parfois désamorcées par un humour sardonique qui pourra déconcerter les non-initiés. Et c'est justement ce mélange improbable qui fait, à mon sens, tout le sel de cette série redoutablement folle, barrée et baroque. Alors qu'il y a un coeur qui bat derrière tout cela !

Car Monster : Lizzie Borden joue à merveille avec l'anachronisme, notamment à travers des partitions musicales totalement décalées par rapport à l'époque représentée, mais toujours judicieusement choisies. La série mêle ainsi violence, humour très noir, romance, drame historique fantasmé et réflexion existentielle dans un alliage des genres aussi surprenant que jubilatoire. C'est proprement vertigineux, comme happé dans un vortex émotionnel inépuisable.

Et comme si cela ne suffisait pas, le récit nous entraîne parallèlement sur les traces d'une autre meurtrière célèbre : Aileen Wuornos, remarquablement interprétée par Sarah Paulson (par pitié, offrez lui un oscar !). Son parcours, marqué par les violences et les sévices qu'elle a subis par sa famille, vient faire écho à celui de Lizzie Borden et permet à la série de dresser, en quelque sorte, le portrait croisé de trois femmes innocentes devenues meurtrières.

C'est là que Monster devient particulièrement passionnante : derrière le fait divers sordide, la série développe une véritable étude de caractère, de magnifiques portraits de femmes déchues et s'interroge sur ce qui peut conduire un être humain à basculer dans une violence aussi innommable.

Et parmi les séquences les plus bouleversantes de cette saison, celles consacrées à Aileen Wuornos sont probablement celles qui m'auront le plus marqué, jusqu'aux larmes. Sarah Paulson y est tout simplement prodigieuse. Elle crève l'écran avec un naturel à la fois trouble, fragile et bouleversant. Son interprétation relève de la prouesse, (ce putain de regard demeurée profondément noir et hystérisé !) et mériterait, à mes yeux, toutes les récompenses possibles tant elle parvient à rendre son personnage profondément humain sans pour autant effacer la monstruosité de ses actes. Elle ne joue pas, elle EST Aileen Wuornos pour nous livrer une déchirante fureur de vivre et d'exister en dépit de sa monstruosité animale.

Mais Ella Beatty n'est pas en reste dans le rôle de Lizzie Borden. Elle lui insuffle une fragilité démunie et désemparée tout en lui donnant une résilience morale parfois à couper le souffle. Lizzie est notamment capable de se résigner à massacrer ses parents avec un courage qui laisse sans voix, là où Maggie Sullivan, sa partenaire, se retrouve paralysée par la peur au moment d'oser passer à l'acte.

Cette différence fondamentale entre les deux femmes rend leur relation particulièrement intéressante et nourrit une véritable étude de caractère. Maggie, interprétée par une Vicky Krieps expressive et vibrante d'humanité, apparaît parfois plus lucide et plus consciente des conséquences de leurs actes, tandis que Lizzie semble emportée par une détermination presque irréversible.

La série rend également un vibrant hommage au féminisme, notamment à travers la question du droit de vote des femmes, comme le souligne la conclusion du dernier épisode. Elle aborde parallèlement la foi religieuse et la rédemption à travers le parcours de Lizzie, hantée pendant dix-huit années par son passé meurtrier et par une culpabilité qui semble impossible à apaiser.

La foi religieuse et le militantisme féministe pourraient alors constituer pour elle une forme de rédemption, lui permettant enfin d'affronter ses démons et d'espérer mener une existence plus sage et plus apaisée auprès de Maggie.

Ainsi, Monster : Lizzie Borden se transforme en remarquable et bouleversante étude de caractère autour de ces trois femmes meurtrières, avec cette idée fondamentale que derrière un assassin peut parfois subsister une humanité profondément torturée.

La série nous invite à nous interroger sur la fabrication du monstre : un monstre ne naît peut-être pas nécessairement monstre ; il peut aussi être créé par les violences, les humiliations et les sévices qu'un être humain endure. Cela ne signifie évidemment pas que ses crimes deviennent excusables. Les actes commis par ces trois femmes demeurent irréparables et condamnables. Mais Monster nous oblige à regarder au-delà du crime pour tenter de comprendre l'être humain qui se dissimule derrière le criminel.

Et c'est probablement là que la série devient la plus dérangeante : elle nous pousse à nous demander jusqu'où nous-mêmes pourrions être capables de sombrer si nous avions subi une accumulation comparable de violences morales et physiques. Une question évidemment vertigineuse, trouble, dérangeante, mais qui participe pleinement à la puissance dramatique de cette saison.

Monster : Lizzie Borden bouscule donc nos habitudes de spectateurs en nous sortant régulièrement de notre zone de confort, notamment grâce à ses ruptures de ton qui surgissent sans prévenir. On passe ainsi du sarcasme le plus débridé à la violence la plus graphique, puis de l'humour noir à une mélancolie profonde, tout en basculant dans une romance parfois bouleversante.

Il en résulte une sorte de récit opératique et baroque, à la fois grandiose, cintré, débridé, terriblement émouvant et infiniment romantique.

Une œuvre musicale qui ne cherche jamais à nous faire oublier la nature sordide et crapuleuse des crimes racontés, mais qui tente malgré tout de regarder ces trois femmes autrement qu'à travers leurs seuls actes.

Et finalement, c'est peut-être cela qui rend cette saison aussi troublante : elle nous rappelle que derrière certains monstres peut encore se tapir un être humain.

Et de cette histoire singulière pétrie d'amour, de remords et de désespoir, je ne suis véritablement pas sorti indemne.

"Gratitude à Netflix qui a osé produire une série aussi insensée qu’audacieuse."
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

samedi 19 septembre 2026

Crazy Bear / Cocaine Bear de Elisabeth Banks. 2023. U.S.A. 1h35.

                             (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Révision d'une récréation horrifique inspirée d'un fait divers, mais ici détournée au profit d'un humour potache souvent fun. C'est dire si on s'amuse beaucoup, sachant que les protagonistes s'en donnent à cœur joie dans leur course pour la survie face à l'hostilité d'un ours cocaïné, aussi furibard que sanguinaire.
 
 
C'est bête et méchant, gore et cruel, constamment drôle et débridé, sous couvert d'un récit assez haletant parvenant à relancer l'action en changeant régulièrement de point de vue, entre une mère à la recherche de sa fille, un trio de jeunes bras cassés délinquants et des trafiquants de drogue s'évertuant à retrouver leur marchandise, sous la houlette du regretté Ray Liotta, auquel le film rend un vibrant hommage pour son ultime apparition à l'écran.
 
 
Tout à fait recommandable donc, de préférence un samedi soir entre amis éméchés… ou pas. D'autant plus que la BO, punchy, nous fait fréquemment taper du pied tant elle embellit l'action avec une légèreté de ton aussi entraînante qu'entêtante.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

mercredi 16 septembre 2026

Invasion / The Invasion de Oliver Hirschbiegel. 2007. U.S.A. 1h38.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Quand la situation le demande, nous sommes tous capables de crimes monstrueux. Un monde sans cela, où toute crise n'aboutirait pas à une nouvelle atrocité, où les journaux ne parleraient ni de guerre, ni de violence, serait un monde où les êtres humains ne seraient plus humains."

Dix-neuf années il me fallut pour découvrir enfin Invasion, du réalisateur allemand Oliver Hirschbiegel, et quelle ne fut pas ma surprise de constater que j'ai passé un vrai bon moment de cinéma ludique ! Même si l'on peut peut-être évoquer ici le plaisir innocent, tant cette quatrième adaptation du fameux roman L'Invasion des profanateurs de Jack Finney, paru en 1955, joue pleinement la carte du divertissement du samedi soir, sur un rythme particulièrement infernal.
 

Et c'est bien là toute la qualité de ce divertissement fort sympathique, jouant à fond sur l'aspect ludique d'une course pour la survie qu'une mère de famille entame afin de retrouver son fils vivant, et surtout avant qu'il ne soit contaminé par le virus extraterrestre.

À cet égard, Nicole Kidman porte véritablement le film sur ses épaules, avec beaucoup d'investissement et une réelle fragilité maternelle, même si l'on est également admiratif de son courage et de sa résilience à ne pas se laisser contaminer par la peur et le virus.

Ainsi donc, Invasion est un formidable divertissement à la fois spectaculaire, haletant et palpitant, puisque le réalisateur ne lésine pas non plus sur des séquences d'action admirablement troussées, notamment grâce au dynamisme d'un montage particulièrement consciencieux vers son final explosif.
 

On peut d'ailleurs rappeler qu'Oliver Hirschbiegel est loin d'être un manchot, puisqu'il est l'auteur des excellents L'Expérience et La Chute. Et donc, avec Invasion, je fus véritablement surpris du plaisir que le film a pu me procurer durant 1 h 35, sans jamais me laisser le temps de respirer, tant le récit est mené à toute allure sous l'impulsion d'une Nicole Kidman à la fois affolée et pugnace.

D'autant plus que le réalisateur exploite impeccablement ses décors urbains sous une photo particulièrement léchée, aux teintes désaturées, métalliques et bleutées, renforçant quelque peu un aspect futuriste, d'une certaine façon. Cela donne l'étrange impression d'assister aujourd'hui à un film contemporain, comme s'il avait été réalisé de nos jours, alors que le film date de 2007.
 

Et donc, au final, non seulement Invasion demeure un divertissement efficace, parfaitement troussé et impeccablement incarné par une Nicole Kidman investie dans sa fonction héroïque, mais le réalisateur, si je me réfère notamment à sa conclusion, semble également ouvrir une réflexion sur l'utilité des guerres, sur cette nécessité de s'entretuer pour un oui ou pour un non afin de rendre le monde meilleur.

Une réflexion qui est loin d'être inintéressante, puisqu'elle tend à interroger cette part de violence et de destruction qui semble inhérente à l'être humain, et notre incapacité à nous en débarrasser totalement. Peut-être notre combat de tous les jours consiste-t-il justement à défier cette part sombre qui est en nous afin de nous rendre meilleurs et, par conséquent, de rendre le monde meilleur. Car, c'est bien connu: "Nous ne pouvons changer le monde sans changer notre façon de penser."
 

C'est en tout cas ainsi que je perçois cette quatrième adaptation, injustement honnie et boudée aux quatre coins de la planète, alors qu'il s'agit à mes yeux d'un formidable divertissement à la fois haletant, palpitant, intelligent et, par moments, même angoissant. Car on croit à nouveau à cette menace extraterrestre qui se tapit derrière notre enveloppe corporelle à travers un climat urbain insécure palpable.

D'autant que le film démarre d'emblée sur un rythme très vif, annonçant dès les premières minutes cette contamination qui infecte peu à peu les humains. Une manière pour le réalisateur d'embrayer immédiatement sur un parti pris vigoureux et spectaculaire, celui d'une course pour la survie que Nicole Kidman mène avec beaucoup de tempérament et de détermination.
 

Bref, dix-neuf ans après l'avoir condamné d'avance sans même l'avoir vu, force est de constater qu'il faut éviter de se fier aux réputations et encore moins blâmer un film avant de l'avoir découvert. Car, contre toute attente, Invasion m'aura offert un bien sympathique moment d'évasion. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

mardi 15 septembre 2026

Dans les griffes du Vampire / Curse of the Undead de Edward Dein. 1959. 1h19. U.S.A.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Le premier cowboy vampire du cinéma naquit en 1959."

Hier soir, découverte d'une curiosité surgie de nulle part. Bien que cette fameuse série B soit sortie en Blu-ray sous l'égide de BQHL Édition, quelle étonnante surprise que de constater à quel point j'ai vécu ici un moment cinématographique "autre".

Car Dans les griffes du vampire parvient à conjuguer western et épouvante avec une surprenante sobriété et un sérieux imperturbable. Si bien qu'ici, point de canines à l'horizon, mais plutôt des cow-boys, des êtres humains confrontés à la menace d'un vampire, une sorte de mercenaire habillé de cuir qui propage la terreur dans une petite bourgade du Far West, notamment auprès de la famille Carter. Une famille également menacée par un propriétaire terrien plutôt margoulin, bien décidé à s'approprier d'autres terres dans la région.
 

Ainsi donc, dans un noir et blanc assez magnétique (épaulé d'une superbe copie HD !), Dans les griffes du vampire détonne et surprend dans sa manière de traiter à la fois le mythe du vampire et celui du western (avec duels en règle), en prenant soin de caractériser ses personnages, mais surtout de prendre son sujet très au sérieux, avec une efficacité permanente.

L'histoire se focalise principalement sur un trio de protagonistes : Dolores, la survivante de la famille Carter, le pasteur de la bourgade et enfin le vampire, prénommé Drake Robey.
 
 

Et si les comédiens comme le réalisateur demeurent largement méconnus du grand public, il est étonnant de constater à quel point chacun se montre convaincant et se donne à fond dans son personnage, avec une expressivité tout à fait crédible. Notamment Michael Pate, plutôt étrange dans sa manière d'humaniser et de composer un vampire singulier, sans compter que le réalisateur prend soin de réinventer les situations éculées (le baiser et la morsure du vampire dans la chambre de sa bienaimée) avec un réalisme naturel.

À tel point que Dans les griffes du vampire nous offre l'agréable sensation de regarder autant une curiosité surgie de la 4è Dimension qu'un très bon divertissement à faire découvrir aux amateurs éclairés. Un film audacieux qui mérite même d'être revu plusieurs fois, tant son approche très sobre et très sérieuse du mythe vampirique peut un peu déconcerter au premier visionnage.
 

C'est donc à voir et à revoir avec beaucoup d'intérêt.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

lundi 14 septembre 2026

La Fin d'Oak Street de David Robert Mitchell. 2026. U.S.A. 1h38.

                         (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Quelle surprenante trajectoire filmique que celle de David Robert Mitchell, depuis le chef-d'œuvre It Follows, Under the Silver Lake réalisé 4 ans plus tard jusqu'à La Fin d'Oak Street, puisque le réalisateur parvient encore à nous surprendre là où on ne l'attend pas. Et si ce pur divertissement spielbergien demeure perfectible, pour ne pas dire inégal, Mitchell possède toutefois plus d'un tour dans sa besace pour bousculer nos habitudes. Ainsi, la première demi-heure demeure tout à fait attachante dans sa représentation d'une famille dysfonctionnelle au sein d'une bourgade que n'aurait pas reniée Steven Spielberg à travers une production Amblin, d'autant plus que l'action se déroule dans les années 80. Le film joue autant sur la corde sensible de la nostalgie d'une génération que sur notre perte de repères, à travers des ruptures de ton susceptibles de déconcerter plus d'un spectateur, comme je le fus parfois.


Le véritable problème réside toutefois dans le rythme, puisqu'aux deux tiers du récit s'opère une véritable cassure qui nous détache quelque peu de l'aventure, pourtant de plus en plus horrifique et inattendue. Certaines situations convenues finissent alors par être observées avec davantage de distance, comme si le film perdait momentanément le fil de son pouvoir d'immersion. Fort heureusement, David Robert Mitchell parvient à relancer l'action dans une trépidante ultime demi-heure, incroyablement tendue à travers des séquences de poursuite et d'agression percutantes, dont le pouvoir immersif demeure infaillible. On reste alors véritablement scotché au siège, avec une appréhension constante, d'autant que le réalisateur prend un malin plaisir à bousculer nos habitudes dès lors qu'il délaisse momentanément ses protagonistes. C'est dire si La fin d'Oak Street sait encore agréablement surprendre à travers des rebondissements inattendus et parfois d'une cruauté inouïe.


Autant le film pêche donc par son rythme dégingandé aux deux tiers du récit, et c'est bougrement dommage, autant nous avons affaire à une véritable série B de luxe réalisée à l'ancienne, d'autant plus que les trucages numériques demeurent irréprochables. Les protagonistes deviennent par ailleurs de plus en plus attachants au fil de leur solidarité démunie, impartie à cette famille dysfonctionnelle, le récit se muant finalement en une initiation à la réconciliation et à l'unité. Car derrière l'invasion des dinosaures, prétexte spectaculaire à cette aventure, se dessine surtout une morale sur la nécessité d'arrêter de se prendre la tête pour des broutilles et de réapprendre à écouter, respecter, pardonner et soutenir ceux qui nous entourent.


Ainsi donc, dans sa finalité, La Fin d'Oak Street demeure quand même bien sympathique, en dépit de ses ruptures de rythme et de son côté parfois prévisible, voire mollasson. Quelques séquences spectaculaires et surtout tendues viennent racheter la mauvaise conduite de ces défauts, avec parfois même une audace incongrue que David Robert Mitchell coordonne avec un certain savoir-faire, en dépit d'un récit qui aurait gagné à être un peu plus surprenant et dense.

— Celui du cœur noir des images 🖤

dimanche 13 septembre 2026

Butcher / Hatchet de Adam Green. 2006. U.S.A. 1h24.

                    (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Révision d'un fort sympathique hommage aux psycho-killers des années 80, particulièrement au survival forestier dont Victor Crowley se pose en digne héritier.

C'est fun, c'est beau - la photogénie crépusculaire du Bayou -, c'est drôle - en mode semi-parodique -, c'est très ensanglanté - en mode charnel - et c'est sciemment très con pour le plus grand bonheur des amateurs éclairés.

Vite, la suite !

— Celui du cœur noir des images 🖤

vendredi 11 septembre 2026

L'Abandon de Vincent Garenq. 2026. France. 1h40.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, découverte du fameux L'Abandon de Vincent Garenq. Et il s'agit effectivement d'un film choc, à la fois éprouvant, intense, glaçant et terrifiant. Si bien que j'ai été particulièrement surpris par l'attention portée par le réalisateur à construire son récit de manière extrêmement limpide, puisqu'il va droit à l'essentiel pour dépeindre les derniers jours de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie assassiné et décapité à la sortie de son collège par un terroriste tchétchène.

Et donc, ce qui frappe lorsqu'on se laisse voguer par L'Abandon, c'est son réalisme scrupuleux et la puissance expressive de ses interprètes, tant les jeunes comédiens que les adultes, tous d'une grande sobriété. Si bien que je me suis surpris, durant tout le film, à parler à certains protagonistes, tant j'oubliais que j'étais face à un film et tant je me sentais révolté par les propos de certains d'entre eux, notamment les plus lâches et les plus mensongers.
 

Car le film traite également de la manière dont un mensonge diffusé sur les réseaux sociaux peut aboutir à la mort d'un innocent, à travers la thématique du poison de l'islamisme radical.

L'Abandon est d'autant plus passionnant qu'il est moralement éprouvant de témoigner, de manière impuissante, du désarroi progressif d'un professeur d'histoire-géographie qui s'est donné corps et âme à inculquer à ses élèves les bonnes valeurs et la pédagogie. On assiste alors, quasi impuissants, à sa détresse lorsqu'il tente d'exprimer sa bonne volonté, son bon sens, sa bienveillance et surtout sa clairvoyance, lui qui cherche à respecter toutes les religions, tandis que certains parviennent à déformer ses propos et à diffuser sur les réseaux sociaux une parole biaisée, un témoignage mensonger qui mènera finalement à son propre assassinat.
 

L'Abandon est d'autant plus puissant psychologiquement et bouleversant émotionnellement qu'il est remarquablement mis en scène avec tact. J'ai notamment été surpris par le soin apporté à sa photographie, en parfaite adéquation avec le sujet du récit : une image presque clinique, extrêmement soignée et particulièrement bien éclairée, qui forme un contraste saisissant avec les visages et les expressions des élèves et des professeurs complètement démunis et angoissés, à mesure que cette affaire prend une tournure médiatique disproportionnée.

À travers L'Abandon, on remarque également la lâcheté de certains professeurs décidés à se désolidariser de Samuel Paty depuis qu'il aurait osé écarter de sa classe des élèves musulmans lors d'un cours consacré aux caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo afin de débattre sur la liberté d'expression. Alors que la vérité est évidemment toute autre : Samuel Paty avait au contraire pris soin de respecter les sensibilités religieuses de ses élèves en leur proposant un choix, comme nous l'illustre si bien, en temps réel, le film avec beaucoup de justesse et de dimensions humaines.
 

Et lorsque le générique défile, on se sent à la fois bouleversé et révolté par cet hallucinant récit, cet événement d'une barbarie sans nom, que Vincent Garenq traite avec intelligence, pudeur et respect quant à la fidélité de l'histoire véritable.

Tout est ici retracé avec fluidité, clarté et vérité, notamment pour rendre hommage à Samuel Paty, ce professeur d'histoire-géographie profondément investi dans son métier, extrêmement attentif et respectueux envers ses élèves, se vouant corps et âme à leur transmettre les leçons de la vie, de l'histoire, de la politique et de la société.
 

Et donc L'Abandon est évidemment une oeuvre d'utilité publique, indispensable, qui devrait être diffusé dans toutes les écoles, collèges et lycées de France, et même ailleurs, tant pour respecter la noble personnalité altruiste de Samuel Paty que pour rappeler les ravages de l'intégrisme religieux le plus vil et le plus sournois qui gangrène nos sociétés modernes.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤 

jeudi 10 septembre 2026

Bad Lieutenant: escale à la Nouvelle-Orléans / The Bad Lieutenant: Port of Call - New Orleans de Werner Herzog. 2009. U.S.A. 2h02.

 
(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Révision du jubilatoire Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans, réalisé par un démiurge du cinéma, Werner Herzog, ici jouant la carte du divertissement policier avec un art du storytelling, sous l'impulsion d'un Nicolas Cage qui dévore à nouveau l'écran en inspecteur de police peu recommandable, complètement accro à la coke et au crack depuis ses problèmes dorsaux.

Il faut déjà bien rappeler que - en dehors des points communs avec le personnage junkie - le film n'a rien à voir avec le chef-d'œuvre d'Abel Ferrara, Bad Lieutenant, réalisé quelques années plus tôt, en 1992, puisque Werner Herzog affirme que son film n'est ni une suite ni un remake et qu'il n'avait jamais vu celui d'Abel Ferrara à l'époque du tournage. On peut peut-être d'ailleurs quelque peu en douter, puisque le prologue du film ressemble à s'y méprendre à celui du film de Ferrara, lorsque Nicolas Cage, qui endosse le rôle de Terrence McDonagh, interpelle un couple de jeunes drogués pour leur soutirer leur came et, par la même occasion, profiter sexuellement de la jeune fille, finalement consentante afin d'éviter la prison.


Avec cette version toute personnelle, Werner Herzog transforme Bad Lieutenant en un jubilatoire jeu de pouvoir entre Terrence McDonagh, ses supérieurs et son entourage peu recommandable, entre clan mafieux et autres trafiquants de drogue. Car Terrence tente parallèlement de résoudre une affaire criminelle particulièrement sordide : le massacre perpétré au sein d'une communauté afro-américaine, dont il cherche à retrouver le responsable et à mettre la main sur lui.

À cela s'ajoute sa relation avec une jeune prostituée, interprétée par la sublime Eva Mendes, dont il est amoureux et avec laquelle il se drogue quotidiennement. Et ce qui ressort de cet incroyable film policier politiquement incorrect, admirablement photographié dans une image limpide et remarquablement mis en scène, c'est avant tout le jeu explosif de Nicolas Cage, qui parvient à transcender son personnage erratique sans l'ombre d'une outrance ou d'une quelconque complaisance. Il nous immerge ainsi dans son esprit torturé avec énormément de conviction désinhibée.


Ce qui renforce encore le côté jubilatoire, extrêmement captivant et passionnant de ce récit anti conventionnel émane également de la dimension profondément humaine de ses personnages. Werner Herzog ne manque pas d'allouer à Terrence McDonagh et à sa compagne une forme de tendresse, renforcée par la musique - en sourdine - de Mark Isham, mais toujours avec une pudeur et une nuance forçant le respect. Cette attention permet de mieux nous plonger dans leur dérive psychologique et mentale, avec l'alibi de l'humour, puisque le récit est truffé de dérision et de situations absurdes, au point que l'on a parfois affaire à une forme d'humour tragicomique.

Dire que Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans est un passionnant récit policier, émaillé de rebondissements aussi sciemment ubuesques qu'inattendus, notamment afin de relancer l'action vers des directions impromptues, serait donc parfaitement juste. Mais le film ne se contente jamais de ces ressorts narratifs. Il s'interroge également sur l'éventuel sort de ses personnages malades, alors que Werner Herzog ne cède jamais à une once de racolage, de pathos ou de complaisance.


C'est tout l'inverse qui se produit avec ce magnifique portrait d'un policier en porte-à-faux, sur le fil du rasoir, à deux doigts de faire une overdose ou de virer du mauvais coton jusqu'au trépas. Et c'est justement ce qui fait la force de ce puissant film policier qui existe par lui même: contempler un policier corrompu, sombrant peu à peu dans une déliquescence toujours plus trouble et délétère, alors que Werner Herzog ne manque jamais d'appuyer sur cette forme de tendresse désespérée qui se dégage autant de ce personnage que de sa compagne.

Ils forment à eux deux un couple d'amants à la fois maudit et responsable, pour ne pas dire irresponsable. Quand bien même le final, d'une ironie hallucinante dans son amoralité, nous fait autant sourire qu'il nous inquiète, l'ultime image renoue avec une forme de tendresse étonnante, afin de ne pas omettre la fragilité qui se dégage de ce couple en perdition, particulièrement Terrence, probablement destiné à un avenir morose, gâché par leur accoutumance à la drogue.


Au final, Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans est probablement l'un des meilleurs films policiers des années 2000, voire même l'un des meilleurs films de Werner Herzog, même si nous sommes très loin de ses films d'auteur, de ses chefs-d'œuvre absolus que représentent à mes yeux le monument Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo. Ici, c'est d'ailleurs l'élégance esthétique qui prime dans une forme léchée.

Ici, nous avons affaire à un divertissement, certes, mais à un divertissement redoutablement précieux, intelligent, noble, plein de pudeur et d'éclairs de violence (beaucoup) plus morale que physique, qui font des étincelles et nous plongent dans une descente aux enfers psychique vertigineuse.


Une descente aux enfers que Nicolas Cage porte sur ses épaules avec une dimension humaine à la fois écorchée vive et erratique dans sa fonction de flic véreux, abruti par la drogue et plongeant dans les méandres du mal pour parvenir à ses fins, notamment auprès de certaines victimes, en les faisant chanter et en imposant un racket inadmissible. Et tout cela, Nicolas Cage le retransmet avec une force de vérité implacable, à la fois furibarde et folle, sans verser dans l'effet de manche.

Rien que pour son jeu jamais hystérisé ni cabotin, Bad Lieutenant est à revoir urgemment. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

mardi 8 septembre 2026

La Cérémonie de Claude Chabrol. 1995. France/Allemagne. 1h51.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Troisième révision de La Cérémonie, suspense hitchcockien conjugué au drame psychologique sous la mise en scène du maître du cinéma français, Claude Chabrol.

On peut rappeler que La Cérémonie fut réalisée en 1995 et qu'à cette époque, nous étions encore capables de produire de véritables propositions personnelles, impeccablement maîtrisées. D'autant plus que lorsque l'on a affaire à des actrices aussi réputées que Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert, La Cérémonie ne peut que renforcer le sentiment d'assister à un grand moment de cinéma, tant les deux comédiennes bouffent littéralement l'écran dans leur interprétation saisissante de bonnes à tout faire, à la fois incultes et ignorantes, d'autant plus que Sophie, interprétée par Sandrine Bonnaire, est dyslexique.
 

Or, Sophie se retrouve confrontée à une véritable lutte des classes dans la mesure où elle exerce ses fonctions de domestique auprès d'une famille bourgeoise, les Lelièvre, interprétés avec beaucoup de caractère et de prétention par Jean-Pierre Cassel, Jacqueline Bisset, Virginie Ledoyen et le jeune Valentin Merlet.

Ainsi donc, La Cérémonie glace particulièrement le sang au fil d'un récit vénéneux, reptilien, puisque Claude Chabrol accorde toute son attention à la caractérisation psychologique particulièrement fébrile et fragile de Sophie et Jeanne, qui vont peu à peu nourrir une rancune particulièrement tenace et dangereuse envers cette classe bourgeoise que symbolisent les Lelièvre.
 

Et à elles deux, elles vont progressivement s'adonner à une vengeance expéditive jusqu'à commettre l'irréparable. C'est ce qui fait toute la gravité de cet implacable récit criminel, qui fait franchement froid dans le dos lorsque l'on songe qu'un esprit décervelé, inculte et ignorant pourrait peut-être un jour basculer, comme Sophie et Jeanne, dans une violence meurtrière, faute de pouvoir supporter plus longtemps leur frustration et leur complexe d'infériorité.

Car c'est bien ce complexe qu'elles répugnent à reconnaître et qu'elles finissent par ne plus supporter, au point d'écraser et d'effacer toute une famille qui, elle-même, ne parvient jamais véritablement à comprendre leurs codes, faute de connaître leur situation sociale, leurs frustrations et leur manière d'appréhender le monde.
 

Et l'on ressent bien, dans La Cérémonie, cet énorme fossé qui sépare Jeanne et Sophie de cette famille altière, incapable de comprendre les us et coutumes de ces deux femmes recroquevillées dans une sorte de divertissement intime et personnel, notamment en s'abreuvant d'émissions futiles à la télévision, auxquelles Claude Chabrol revient fréquemment durant tout le récit.

Le cinéaste se focalise ainsi régulièrement sur ce téléviseur 4:3 reproduisant des émissions de divertissement peu nourrissantes, devant lesquelles Sophie semble hypnotisée par les images qui défilent. Cette télévision devient alors presque le miroir d'un enfermement intellectuel et social, tandis que, de l'autre côté, les Lelièvre évoluent dans un univers où les livres, la musique, l'art et la culture constituent leur environnement naturel.
 
                                                   
 
Au final, La Cérémonie est un grand thriller psychologique de Claude Chabrol, probablement l'un de ses films les plus impactants, les plus saisissants et les plus forts dans la dimension dramatique de cette descente aux enfers et dans la dimension psychologique de cette lutte des classes impitoyable et méprisable, que Claude Chabrol ausculte pourtant avec pas mal d'humour.

Notamment dans ce rebondissement final, très bien vu, bien amené, qui reconsidère une partie du récit vis-à-vis des rapports entre Jeanne et Mélinda, interprétée par la douce et suave Virginie Ledoyen, tout à fait naturelle dans son rôle à la fois affirmé et néanmoins fragile, notamment au prisme de sa relation avec son petit ami. 
 
La Cérémonie correspond donc à du vrai cinéma à l'ancienne. Et ne serait-ce que pour l'interprétation sidérante de spontanéité et d'hostilité de Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert, communément effrayantes, c'est à ne rater sous aucun prétexte.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤 

samedi 5 septembre 2026

Piggy de Carlotta Martinez Pereda. 2022. Espagne. 1h38.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
  
"Le mal est en chacun de nous, et la valeur d'une femme se juge à la manière dont elle défie ce mal. Ou pas..."

Comme il n'est jamais trop tard, découverte hier soir de Piggy, métrage espagnol de Carlota Martínez Pereda, qui relate le quotidien d'une souffre-douleur prénommée Sara, constamment humiliée et brocardée par ses camarades de classe, alors qu'au même instant va avoir lieu une disparition, sans trop en dévoiler.

Ainsi donc, Piggy est autant un film d'horreur qu'un drame psychologique, mâtiné de comédie ironique et tacite. Et Carlota Martínez Pereda se plaît à surfer sur la rupture de ton, ce qui pourrait en déconcerter plus d'un, tant le métrage nous emmène dans des directions plutôt imprévisibles de façon bipolaire. 
 

Grâce notamment à l'interprétation très convaincante de Laura Galán, qui interprète une jeune fille ventripotente, véritable souffre-douleur perpétuelle, on ressent véritablement sa douleur psychologique, alors même qu'elle ne peut trouver ni soutien ni réconfort auprès de ses parents ignorants, complètement indifférents à son sort, tant psychologique que physique.

Piggy provoque ainsi autant le malaise qu'il ose l'humour sarcastique, avec un art consommé du réalisme, parfois même intolérable, notamment dans sa dernière partie aussi brutale que cruelle, qui joue intelligemment avec le faux-semblant pour mieux nous surprendre et nous amener à reconsidérer le profil psychologique ô combien tourmenté et torturé de la jeune Sara, au point de rendre sa prestance héroïque ou, a contrario, monstrueuse.

La réalisatrice fait alors planer l'ambiguïté lors des dernières séquences, avec pas mal d'astuces, notamment au niveau du hors-champ. 
 

Et donc, Piggy est un drôle de série B ibérique, indépendante et provocante, un divertissement qui ne laisse pas indifférent et qui nous abandonne même dans une certaine forme d'amertume face à une thématique, celle de la grossophobie, que la réalisatrice dénonce entre réalisme, humour, mais aussi beaucoup de gravité dans la méchanceté gratuite.

Si bien qu'on ne peut que s'attacher à cette jeune fille, seule contre tous, enfin presque, sans vouloir spoiler.

Piggy mérite donc le détour, même s'il pourrait en déconcerter plus d'un(e) par ses virages de ton désarçonnants. En tout état de cause, il s'agit d'une noble proposition horrifique, symptomatique du cinéma franc-tireur, issu de l'Espagne.
 

P.S: la réalisatrice, Carlota Pereda, a volontairement opté pour le format 1.33.

Selon elle, ce choix a permis de mettre davantage le corps du personnage au centre de l'image, de renforcer le sentiment de claustrophobie et d'accentuer l'impression d'enfermement ressentie par l'héroïne.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤 

jeudi 3 septembre 2026

Arac Attack / Eight Legged Freaks de Ellory Elkayem. 2002. U.S.A. 1h38.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de constater le plaisir qu'est parvenu à me procurer Arac Attack, d'Ellory Elkayem ! Ce qui était loin d'être le cas à l'époque ! Cette série B hollywoodienne se révèle être un vibrant hommage aux films de monstres des années 50, en mode ici franchement fun et drôle, puisque Arac Attack est une pure bande dessinée, un véritable cartoon en prises de vues réelles, avec ses araignées de toutes tailles et de différentes espèces qui pullulent à l'écran et envahissent l'espace sans la moindre modération.

Et si la première demi-heure prend tranquillement son temps pour installer l'intrigue et présenter les personnages, Arac Attack embraye ensuite vers une action effrénée durant quasiment une heure non-stop. Tout cela pour dire que le rythme devient infernal, l'action étant pratiquement ininterrompue. Il est donc bien difficile de s'ennuyer face à cette réjouissante bande dessinée live, à laquelle les comédiens s'adonnent à cœur joie.
 

On sent d'ailleurs qu'ils sont ravis de participer à cette aventure horrifique avec allégresse et ironie, à l'instar de David Arquette, Kari Wuhrer, mais aussi de la toute jeune Scarlett Johansson, ici dans le rôle d'une adolescente intervenant en second plan, notamment à travers ses péripéties sentimentales avec son compagnon quelque peu lubrique et inopinément héroïque.

Ainsi donc, Arac Attack est une formidable série B à l'ancienne, qui doit beaucoup de sa fantaisie et de son charme à l'invasion de ces araignées géantes, quasiment omniprésentes. Et même si la plupart des effets numériques ont aujourd'hui quelque peu vieilli et demeurent perfectibles, l'enthousiasme communicatif qui anime ces arachnides, mais aussi les personnages courant tous azimuts comme des poulets sans tête, nous fait rapidement passer outre ces défauts techniques.
 

D'autant que certains effets sont autrement plus convaincants et réalistes, à l'instar des tarentules velues qu'Ellory Elkayem filme avec beaucoup plus de soin et de précision. C'est d'ailleurs dans ces créatures plus proches du réel que le film parvient parfois à susciter un véritable sentiment de répulsion et de fascination.

Évidemment, si les clichés pullulent, c'est pour mieux rendre hommage à tous ces classiques des années 50, et c'est précisément cet enthousiasme euphorisant qui finit par nous contaminer. On ressort de cette joyeuse invasion avec un sourire de gosse presque enchanteur.
 

C'est dire si Arac Attack n'a finalement rien perdu de son pouvoir ludique ni de son charme vintage, ici modernisés par des effets spéciaux à la fois perfectibles et réussis. Car malgré leur caractère improbable, on finit néanmoins par croire à ce que l'on voit, aussi invraisemblables soient ces situations cauchemardesques, que le réalisateur filme avec énormément de distance, d'humour et surtout de sympathie, tant pour ces créatures et ses héros de fortune que pour son petit univers de bourgade ricaine pleine de charme et d'insolence. On pense même souvent à Gremlins, notamment d'un point de vue auditif lorsque les araignées poussent leurs petits cris stridents et leurs couinements étranges, presque enfantins, qui renforcent encore davantage le caractère à la fois ludique et cartoonesque de cette invasion arachnéenne.

🕷️ Et finalement, le plus important bien entendu : on s'amuse comme des gosses !
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

Paradise Lost / Turistas de John Stockwell. 2006. U.S.A. 1h33.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de Paradise Lost de John Stockwell, l'illustre acteur de Christine de John Carpenter, mais aussi le réalisateur du fort sympathique Bleu d'Enfer.

À noter que Paradise Lost est uniquement le titre adopté en France, en Irlande, à Malte et au Royaume-Uni, puisque le film est sorti ailleurs sous son titre original, Turistas.

Ainsi donc, il me paraît toujours aussi incompréhensible que cette série B soit à ce point méprisée et occultée depuis maintenant vingt ans, alors qu'il s'agit d'un divertissement horrifique particulièrement efficace : un survival tropical maîtrisé, efficacement mené et parfois d'un réalisme sordide particulièrement difficile, notamment à travers une séquence chirurgicale choc résolument éprouvante n'ayant rien à envier aux dérives putassières d'un Saw ou d'un Hostel
 

Paradise Lost est d'autant plus convaincant qu'il bénéficie d'une jeune distribution parfaitement impliquée dans cette descente aux enfers. Nos personnages, pris à partie par de dangereux trafiquants d'organes au cœur de la forêt équatoriale brésilienne, sont confrontés à une course pour la survie. Rappelons d'ailleurs que le film s'appuie sur une réalité malheureusement bien réelle à travers le monde concernant la criminalité et le trafic d'organes, même si l'histoire racontée ici demeure évidemment fictive.

Paradise Lost est également un véritable régal visuel (ce qui fut déjà le cas avec Bleu d'Enfer). John Stockwell exploite à merveille son décor idyllique, c'est peu de le dire, nous immergeant complètement dans cette région touristique du Brésil avant de progressivement transformer ce cadre paradisiaque en territoire de cauchemar qui ne plaisante pas. Et le réalisateur ne laisse pratiquement aucune place à l'ennui, malgré deux séquences d'agression malheureusement techniquement illisibles. Un couac d'autant plus regrettable que ces scènes sont pourtant réalistes, intenses et tendues.
 
 

En revanche, les séquences sous-marines sont autrement plus impressionnantes et magnifiquement filmées. John Stockwell y instaure une véritable sensation de claustrophobie, notamment lorsqu'il filme ses personnages dans des endroits caverneux, exigus et presque irrespirables. On ressent physiquement cet effet d'étouffement à travers cette course pour la survie que nos héros juvéniles poursuivent avec courage, résistance et une angoisse à bout de souffle.

Ainsi donc, Paradise Lost, à la revoyure, demeure une formidable petite série B, un survival mené avec savoir-faire et efficacité, où la menace humaine, nous glace le sang, sous l'impulsion d'une communauté d'acteurs impliqués dans leurs rôles, à la fois soumis et stoïques face à l'horreur qui les entoure.
 

Et c'est justement ce côté effréné de la survie qui fonctionne particulièrement bien, notamment auprès des personnages les plus vaillants, les plus résistants et, surtout, ceux qui auront le plus de chance. Car Paradise Lost leur confère également une véritable dimension humaine qui n'est certainement pas à négliger.

Nous n'avons donc jamais affaire à de jeunes adultes décervelés, comme le cinéma de genre nous en sert parfois à la pelle. C'est tout l'inverse que nous propose John Stockwell - on sent qu'il aime ses personnages - avec ce survival tropical aussi dépaysant qu'éprouvant.
 

Alors oui, Paradise Lost est une petite série B du samedi soir, mais un film d'exploitation particulièrement efficace, tendu, immersif, soigné et généreux en actions, injustement méprisée pour des raisons qui m'échapperont toujours.

Une excellente surprise donc à la revoyure. Alors pourquoi tant de fiel et d'indifférence ?
 
 — Celui du cœur noir des images 🖤