dimanche 9 août 2026

Le Hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau. 1995. France. 2h09.

                (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Le Hussard sur le toit : un magnifique souffle romanesque pour autant noble et contenu. 

Découverte aujourd'hui, 31 ans après sa sortie - grâce à Jean-Marc Micciche - du film d'aventure de Jean-Paul Rappeneau, Le Hussard sur le toit, réalisé en 1995 et adapté du roman homonyme de Jean Giono. Le film ne m'avait jamais vraiment attiré, tant par son récit historique que par son casting, puisque je ne suis pas particulièrement fervent d'Olivier Martinez, de Pierre Arditi ou même de Juliette Binoche, à quelques exceptions. Or, c'est bien connu, seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis. Car après avoir vécu ces 2h09 d'aventure, je ne peux que me rendre à l'évidence : j'ai eu tort de ne pas le découvrir bien plus tôt.


Car il s'agit d'un superbe récit d'aventure romanesque mettant en scène Angelo Pardi, un jeune aristocrate italien de 25 ans qui fuit son pays à la suite de la conquête autrichienne et gagne le sud de la France en 1832, alors qu'une terrible épidémie de choléra ravage la région. Au cours de son périple, il rencontre Pauline, qui tente de rejoindre son château situé au nord de Gap, où se trouve probablement son époux, Laurent. Tous deux vont alors nouer une relation amicale qui évoluera peu à peu vers des sentiments plus profonds, en dépit de l'engagement marital de Pauline.

Et c'est justement cette relation que l'on ne voit pas arriver qui constitue l'une des grandes réussites du film. Car Jean-Paul Rappeneau refuse obstinément de sombrer dans une romance facile ou sirupeuse. D'ailleurs, le jeu d'Olivier Martinez et de Juliette Binoche est suffisamment nuancé pour que l'on s'interroge longtemps sur la nature véritable de leurs sentiments, avant que ceux-ci ne deviennent progressivement plus évidents au fil des événements. Ici, la pudeur, la subtilité, le non-dit et la modération priment sur les bons sentiments. Pour les réfractaires aux romances nunuches, Le Hussard sur le toit est donc complètement à contre-emploi.


Or, cette relation amicale et amoureuse, particulièrement intense tout en demeurant d'une grande délicatesse, s'inscrit dans un contexte sanitaire particulièrement dramatique. Jean-Paul Rappeneau profite en effet de l'épidémie de choléra pour souligner les comportements contradictoires d'une population confrontée à la peur de mourir. Certains sont paralysés par la terreur, tandis que d'autres, comme Angelo, font preuve d'une bravoure parfois proche de l'inconscience afin de sauver des vies et de tenter eux-mêmes d'échapper à cette maladie particulièrement douloureuse.

L'épidémie traverse ainsi tout le récit en instillant un climat macabre étonnamment palpable. Là encore, Jean-Paul Rappeneau apporte un soin scrupuleux à sa mise en scène pour montrer l'horreur du choléra, notamment à travers les visages décharnés et les cadavres parcheminés qui parsèment le parcours des protagonistes. Le film parvient alors à créer un contraste saisissant entre la beauté des paysages provençaux (à tomber fou amoureux !) et la présence omniprésente de la maladie fétide et de la mort. Un monde magnifique traversé par la peur, l'agonie et le désespoir.


Ce qui est également frappant, c'est la mise en scène de Jean-Paul Rappeneau. Pour une œuvre d'une telle ampleur (le film est à l'époque le plus cher du cinéma français avec son budget de 26.8 millions d'euros), le cinéaste fait preuve d'une maîtrise minutieuse, multipliant les panoramiques majestueux et les cadrages précis. Son utilisation du Cinémascope renforce un souffle épique, tandis que les décors naturels sont filmés avec autant d'amour que d'ambition picturale.

Mais cette élégance se retrouve à tous les niveaux. Dans la gestuelle des protagonistes, les décors, les costumes, la photo et surtout ces paysages naturels ensorcelants. 


On peut donc applaudir la beauté gracile, la complémentarité surprenante entre Juliette Binoche et Olivier Martinez. Pauline est une jeune femme affirmée, franche et déterminée, tandis qu'Angelo se montre davantage caractériel, susceptible et fougueux. Leur jeu, à la fois spontané et remarquablement nuancé, permet à leur relation de s'installer naturellement sans jamais sombrer dans la démonstration de force ou l'excès sentimental. Ils crèvent l'écran, tout en conservant cette surprenante retenue (une fois n'est pas coutume) qui fait la beauté de leur couple à l'écran.

Les seconds rôles ne sont d'ailleurs pas en reste, avec notamment François Cluzet, Jean Yanne, Pierre Arditi, Isabelle Carré et Gérard Depardieu, qui contribuent tous à donner une forte présence à cette fresque historique. La musique de Jean-Claude Petit magnifie l'ensemble avec un score ambitieux, ample, mais toujours nuancé et d'une rare élégance.


Le Hussard sur le toit est donc une très belle découverte. Je n'avais jamais ressenti l'envie de découvrir cette œuvre, et j'en sors finalement heureux et ému d'avoir dépassé mes propres préjugés. Le final, concis, d'une émotion prude,  laisse d'autant plus des traces par son interrogation morale. 
Et surtout, une preuve supplémentaire qu'il ne faut jamais condamner un film avant de l'avoir découvert. A condition notamment de savoir changer de regard au rythme de notre cheminement cinéphile.

— Celui du cœur noir des images 🖤

samedi 8 août 2026

Le Dernier Refuge / The Last House de Louis Leterrier. 2026. 1h52. U.S.A/Angleterre/France

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
  
Le Dernier Refuge : une étonnante surprise.

Hier soir, découverte du Dernier Refuge, le nouveau film de Louis Leterrier, réalisateur français dont j'ai toujours eu un rapport compliqué à travers des métrages bankable qui ne me parlent pas vraiment. Or, depuis son expérience télévisuelle, j'avais été bluffé par Dark Crystal : Le Temps de la résistance, prouesse technique factuelle, en prime d'être une œuvre d'une féerie extrêmement ambitieuse, immersive et expressive.
 
 
Avec Le Dernier Refuge, Louis Leterrier me réconcilie à nouveau avec lui, tant cette petite série B nullement prétentieuse (un de ses défauts dans sa filmo inégale) constitue une belle surprise à travers un concept aussi fou qu'original : celui d'un huis-clos domestique auquel toute une famille se retrouve piégée à l'intérieur même de son propre cocon. Durant près d'1 h50, nous allons ainsi suivre leur tentative de survie avec une attention constante, à travers leurs rapports familiaux, mais aussi et surtout leur désir et leur instinct de s'extirper de la déchéance, le film nous offrant finalement une véritable leçon de survie, pour ne pas dire un manuel à retenir à la lettre.

Car cette famille va devoir faire preuve d'astuces, de stratégies et de solidarité pour éviter de trépasser au sein d'une demeure devenue progressivement de plus en plus sclérosée, notamment en raison de la temporalité de leur enfermement, dont je tairai les détails. Car là aussi il s'agit d'un détail narratif aussi surprenant que bienvenu. 
 
 
Les personnages auraient peut-être pu être davantage attachants, particulièrement le jeu de Anna que j'ai trouvé un peu froid, la mère de famille endossée par Greta Lee. Mais Louis Leterrier mise sur la sobriété et cela fonctionne plutôt bien puisque, inévitablement et assez rapidement, nous parvenons à nous attacher à eux au fil de leur évolution morale anti-conventionnelle (j'y reviens plus tard).
Une preuve supplémentaire que le réalisateur ne mise pas sur une émotion facile ou démonstrative, privilégiant au contraire la débrouillardise, l'optimisme, la solidarité et la discussion pour tenter de trouver une issue de secours à ce piège domestique où la pluie coule souvent à flot de l'extérieur.

C'est une gageure que de tenter de retenir l'attention durant 1h50 en observant ces quatre membres reclus dans leur geôle, alors que leur évolution morale, mais aussi physique (notamment auprès du fils aîné), pourrait les mener vers une issue dramatique. Or, derrière le prétexte d'enfermer toute cette famille dans sa propre maison, j'ai soupçonné une métaphore de l'après-Covid. Le film semble interroger notre capacité, ou plutôt notre NOUVELLE FACILITE à nous adapter à l'enfermement, mais aussi notre tendance au repli sur soi et à l'isolement afin d'éviter toute menace extérieure.
 

Il y a donc probablement, derrière ce divertissement fantastique exubérant, un discours sociétal assez actuel sur une époque communautaire où l'on tend parfois à se replier sur soi-même et à éviter de communiquer avec l'autre, notamment avec celui que l'on ne connaît pas et qui nous parait menaçant par son absence de communication.

Et c'est également là que le film se montre particulièrement surprenant, puisque Louis Leterrier ne nous mène pas forcément là où nous pouvions le penser, si je me réfère à l'identité de la menace. La seconde partie, plus nerveuse, génère ainsi plusieurs séquences aussi surprenantes que spectaculaires, en exploitant admirablement les différents espaces de la demeure, jusqu'au sous-sol, sans vouloir déflorer les éléments importants du récit.
 
 
Le Dernier Refuge est donc une étonnante surprise qui, sans laisser de souvenirs impérissables, demeure suffisamment adroit, original et intelligent pour y replonger une fois prochaine. À travers cette famille confrontée à une situation extrême, le film traite des valeurs familiales, ici mises à rude épreuve par une véritable leçon de survie. Une résilience plus stoïque donc (depuis l'après-covid) à transcender ses peurs dans un désir inné de préserver les siens par l'audace et la bravoure.
 
Le Dernier Refuge donne ainsi matière à réfléchir sur notre isolement qu'on a trop tendance à accepter, plus que jamais actuel, et sur notre difficulté à communiquer avec l'autre, notamment avec l'étranger. Louis Leterrier se permet même, en fin de parcours, d'y développer un discours pacifiste (même si le message pourrait paraître naïf à travers ses bons sentiments chers à Spielberg): si nous étions capables de mieux contenir notre haine et notre instinct punitif, peut-être pourrions-nous changer le cours des choses et envisager un avenir meilleur, moins belliqueux.
 
 

P.S. : Mention spéciale à l'affiche du film, aussi surprenante qu'originale, avec cette main qui surgit à travers le toit de la cheminée. Une image particulièrement intrigante, d'autant plus réussie qu'elle n'est absolument pas mensongère. Une affiche qui, une fois n'est pas coutume, ne se contente donc pas de vendre du rêve au spectateur ! Il le produit par la magie de Netflix. 
 
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jeudi 6 août 2026

Cyberpunk: edgerunners créé par Rafal Jaki. 2022. Japon/Pologne. 10 épisodes de 25'.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Cyberpunk: Edgerunners : L'âme et le cœur de Night City."

Découverte ces derniers jours de Cyberpunk: Edgerunners, série d'animation japonaise en dix épisodes produite par Netflix en 2022 en collaboration avec la Pologne, que mon neveu m'avait chaleureusement conseillée. Je viens d'en achever le dernier épisode aujourd'hui à 13h et je me suis pris une véritable claque émotionnelle, comme peu de séries sont parvenues à me le faire.

 
J'avoue que je suis loin d'être un familier du manga. Mon regard est et restera avant tout celui d'un cinéphile aguerri, spécialiste des univers irréels. Or, cette œuvre indépendante est parvenue à attiser ma curiosité et à me captiver dès les premières minutes en m'entraînant dans un univers dystopique absolument fascinant, où le jeune David Martinez voit son existence basculer après un drame personnel qui le conduit à rejoindre une bande de mercenaires évoluant dans la mégalopole de Night City.

Résumer l'intrigue irracontable serait finalement assez réducteur. Ce qui fait la grandeur de Cyberpunk: Edgerunners, ce n'est pas tant son scénario (parfois décrié pour son côté conventionnel) que l'incroyable attachement que l'on éprouve envers ses personnages. David, Lucy, Maine, Dorio, Kiwi, Pilar, Rebecca ou encore Falco (pour les derniers épisodes) composent une galerie de marginaux profondément humains, tentant de survivre dans un monde où règne la loi du plus fort. Tous possèdent une véritable épaisseur et l'on s'attache rapidement à leur destinée, malgré leurs imperfections et leurs choix souvent discutables. Et c'est justement ce qui fait le sel de cette série politiquement hétérodoxe. Comme le souligne notamment les méchants traitres (symbolisés par les corporations Arasaka et Militech), lâches, cruels et sans vergogne.

 
La relation qui se noue entre David et Lucy constitue d'ailleurs le pilier émotionnel de la série. À mesure que David multiplie les implants cybernétiques, au risque de sombrer dans la cyberpsychose, leur histoire gagne en intensité et en mélancolie jusqu'à devenir profondément bouleversante.
 
Visuellement, la série est une véritable splendeur à chaque plan. Night City explose de couleurs saturées, de néons flamboyants et d'architectures futuristes qui évoquent aussi bien Blade Runner, Strange Days, Tetsuo ou encore Matrix, et j'en passe. Or, loin de n'être qu'un assemblage d'influences prestigieuses, Cyberpunk: Edgerunners affirme une identité visuelle qui lui est propre. Chaque épisode regorge d'idées de mise en scène, tandis que la seconde moitié de la série déploie des scènes d'action d'un souffle homérique qui laissent pantois.
 

La musique joue également un rôle essentiel. Tantôt énergique, tantôt d'une infinie mélancolie (comme l'iconise chaque générique de fin), elle accompagne les moments les plus dramatiques avec une délicatesse dépouillée, sans sombrer dans le pathos (on reste dans un univers machiste hardcore). La violence, n'est pas gratuite (au grand dam de dommages collatéraux générés par certains membres de l'équipe de mercs): elle participe au contraire à la cruauté de cet univers où chaque action et prises de décision convergent vers une issue incertaine. 
 
Mais la plus grande réussite de la série réside sans doute dans son refus de céder aux codes de la bienséance. Sans rien dévoiler de son dénouement, Cyberpunk: Edgerunners ose emprunter une voie aussi courageuse que profondément émouvante. Si bien que le final fait très mal. Et lorsque le générique de fin apparaît, il ne reste qu'un immense sentiment de vide, comme si l'on venait de quitter des êtres en berne devenus incroyablement proches.
 

Je ne m'attendais pas du tout à vivre une telle expérience singulière devant une série d'animation aussi alchimique dans la manipulation de nos sentiments des créateurs de la série. Cyberpunk: Edgerunners m'a aussi rappelé que, quel que soit le médium employé, seules comptent la force d'une histoire (même si le schéma reste classique), la richesse de ses personnages (rêvant d'un monde meilleur, notamment parmi l'expérience virtuelle de la DS) et surtout les émotions qu'elle est capable de susciter. Et de ce point de vue, Cyberpunk est une réussite extraordinaire qui est parvenue à m'achever par son intensité dramatique inconsolable.
 
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Paranormal Activity 3 de Henry Joost et Ariel Schulman. 2011. U.S.A. 1h34 (extented cut)

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Quand on se surprend à rallumer toutes les lumières de sa maison après la projo de
Paranormal Activity 3, on comprend immédiatement à quel point le film a su nous terroriser. Rares sont les œuvres capables de provoquer une telle réaction chez moi, et c'est précisément ce qui fait la force de ce troisième opus que j'ai revu avec encore plus d'immersion et de plaisir frissonnant génialement déstabilisant.


On peut quand même rappeler, au vu de l'exploit commercial, qu'avec un budget estimé à seulement 5 millions de dollars, le film a engrangé plus de 207 millions de dollars de recettes dans le monde, dépassant même le deuxième volet. Un succès largement mérité tant, à mes yeux, Paranormal Activity 3 se révèle encore plus effrayant et plus maîtrisé que son prédécesseur.
 
 
Les réalisateurs exploitent avec une intelligence plus retorse les possibilités offertes par le found footage. Entre la caméra fixe installée dans la chambre des fillettes, la célèbre caméra rotative balayant lentement la cuisine et le salon, ou encore la caméra portée à l'épaule par le père de famille qui accompagne les déplacements à travers la maison, chaque dispositif devient un formidable outil de mise en scène aussi machiavélique qu'inattendu. Par exemple, le simple mouvement de rotation de la caméra suffit à instaurer une attente souvent terrible, parce que insupportable : chaque retour dans le champ de vision fait naître la crainte qu'un événement surnaturel surgisse à tout instant. Jouissif en diable !

Les jump scares sont à nouveau d'une efficacité redoutable. Plus tétanisants encore que dans le deuxième opus, ils provoquent de véritables sursauts sans jamais paraître gratuits tant la terreur ressentie est à son paroxysme. Le film joue comme de coutume avec nos attentes, détourne nos anticipations et nous surprend par des effets de mise en scène d'une inventivité étonnante. Certaines séquences, notamment celle devenue mémorable dans la cuisine, témoignent d'un effet de surprise renversant sans qu'il soit nécessaire d'en dévoiler le moindre détail.
 

L'autre grande qualité de ce troisième épisode réside dans son rythme. Beaucoup plus nerveux que les deux premiers films, il enchaîne les manifestations paranormales avec une précision quasi métronomique. Les spectateurs réfractaires au concept qui reprochaient aux précédents volets leur progression plus contemplative auront bien du mal à adresser le même reproche ici tant le récit multiplie les rebondissements horrifiques et les scènes chocs sans modération.

Comme dans les deux premiers films, le casting impressionne par son naturel. Aucun comédien ne donne l'impression de jouer : tous semblent véritablement vivre les événements. Cette authenticité est essentielle à la réussite de l'immersion voulue. Les jeunes interprètes de Kristi et Katie, âgées d'une dizaine d'années, se montrent étonnamment naturelles, spontanées. Les échanges entre la petite Kristi et son mystérieux ami invisible, Toby, instaurent un malaise crescendo et rappellent inévitablement certains grands classiques du cinéma fantastique, notamment Amityville, la Maison du Diable. Dès les premières minutes, la suspension volontaire de l'incrédulité s'installe et l'on se laisse happer par cette atmosphère délicieusement oppressante.
 

À mes yeux, Paranormal Activity 3 constitue sans doute le meilleur épisode de la première trilogie, à égalité (peut-être) avec le film original. Je suis ressorti de cette nouvelle vision encore plus convaincu qu'à l'époque, au point de ressentir cette peur enfantine de devoir rallumer toutes les lumières de la maison après le générique. Une sensation unique que je n'avais plus éprouvée depuis de très nombreuses années.

Alors que son final, particulièrement noir et cruel, développe la mythologie de la sorcellerie avec une puissance d'effroi malaisante et vient conclure une œuvre qui demeure, pour moi, l'un des films les plus effrayants qu'il m'ait été donné de voir. Je comprends l'immense succès rencontré par cette trilogie, tant ce formidable jeu du "ouh fais moi peur", entre attente, angoisse rampante et explosions de terreur fonctionne avec une efficacité redoutable.
 
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mercredi 5 août 2026

Amour Toxique / Amore Tossico de Claudio Galigari. 1983. Italie. 1h30.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Au détour de conversations et d'une promo issue d'un groupe privé "Facebook" consacrée à un métrage dont j'ignorais jusqu'alors l'existence, on tombe parfois sur de véritables pépites à marquer d'une pierre blanche, comme me l'a démontré Amour toxique, réalisé par Claudio Caligari. Un réalisateur engagé qui ne signera d'ailleurs que trois longs métrages et 5 documentaires durant sa carrière.

Intitulé Amore tossico en version originale, le film retrace les vicissitudes d'une bande de jeunes toxicos dans la banlieue romaine d'Ostie. Pendant une heure trente, nous suivons leurs errances et leur quotidien sordide, rythmé par les shoots, les vols à la tire et même un braquage d'épicerie, le tout porté par un réalisme d'une puissance documentaire saisissante, vue nulle part ailleurs.
 

Sur ce point, Amour toxique constitue un électrochoc, comme j'en ai rarement vu dans le paysage cinématographique du point de vue de la toxicomanie. Pour retrouver une représentation aussi glauque, poisseuse et désespérée, il faut remonter, selon moi, à Moi Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée...

Inspiré par le néoréalisme italien, Claudio Caligari adopte un parti pris d'une radicalité à couper au rasoir. Son casting est quasi exclusivement composé de marginaux rencontrés dans la rue. Il ne fait donc pratiquement pas appel à des comédiens professionnels, mais à de véritables toxicomanes, avec lesquels il prend le temps d'instaurer une relation de confiance avant le tournage. Les dialogues sont largement nourris par leurs propres expériences et ensuite retravaillés au fil des prises grâce à leurs suggestions, ainsi qu'à celles des habitants d'Ostie (parfois filmés dans l'improvisation), afin d'obtenir le résultat le plus authentique possible.
 

Le tournage lui-même mérite d'être évoqué tant il fut houleux. Amorcé en 1982, la production est brutalement interrompue lorsqu'un premier producteur abandonne le projet. Caligari se retrouve alors contraint de suspendre le film pendant près d'un an. Il ne pourra reprendre le tournage qu'avec le soutien de Marco Ferreri, qui lui présente un nouveau producteur, Giorgio Nocella. Grâce à ce dernier, ainsi qu'au soutien de Gaumont Italie pour la distribution, Amour toxique peut enfin être achevé.

Le film est ensuite remarqué dans plusieurs festivals. Lors de la 40ᵉ Mostra de Venise, il reçoit notamment le Prix de SICA. Il est également récompensé du Prix Spécial au Festival de Valence, tandis que Michela Mioni obtient un prix d'interprétation féminine au Festival de Saint-Sébastien.
 

Malgré ces distinctions, Amour toxique ne rencontre qu'un succès public très limité. Les difficultés de production retardent sa sortie en salles italiennes (il sort 1 an plus tard), où il n'est distribué qu'avec un nombre très restreint de copies, empêchant ainsi l'œuvre de rencontrer le public qu'elle méritait.

Mais qu'en est-il de la qualité cinématographique de ce métrage hors du commun ?

Amour toxique constitue une véritable claque émotionnelle. Ce que nous voyons à l'écran paraît si authentique, si documenté, que le film ne peut transmettre que malaise et dégoût, notamment lors des nombreuses scènes de shoot éludées du hors-champs. Les toxicomanes s'injectent leur dose dans le bras - avec moult détails pour les préparatifs - mais aussi dans d'autres parties du corps, avec une précision parfois insoutenable. Caligari filme ces instants sans détour, presque comme un document brut, au point que l'on en vient à se demander si les injections auxquelles nous assistons sont réelles tant leur réalisme est plus vrai que nature. L'aiguille pénètre dans la peau, aspire le sang, injecte le produit et le pompe encore pour le fusionner et ainsi provoquer un effet narcotique encore plus exaltant. Un véritable mode d'emploi dévoilé face écran dont j'épargne ici même d'autres détails. 
 

Cette impression de "reportage pris sur le vif" est donc renforcée par l'absence totale de suggestion. De voir que la caméra accompagne chaque geste jusqu'au bout nous laisse pantois, transi, viscéralement parlant. Le spectateur finit alors par ne plus distinguer où s'arrête la fiction et où commence la réalité, tant ces séquences semblent véritablement vécues plutôt que jouées, alors qu'elles se répètent par moments.

C'est précisément ce qui confère à Amour toxique une puissance dramatique inouïe. D'autant plus que Claudio Caligari ne cherche jamais à juger ses personnages. Il observe avec une humanité scrupuleuse ces jeunes toxicos, prisonniers de la pauvreté, de la misère sociale, de leur déchéance morale, du mal-être et d'une dépendance dont ils rêvent parfois de s'affranchir sans jamais trouver la force de franchir le cap. Attention au final dépressif. 
 

Pendant une heure trente, le réalisateur nous enferme à leurs côtés dans les rues d'Ostie. Il scrute leurs existences avec une compassion prude, sans misérabilisme ni sensationnalisme. Peu à peu, leur détresse devient la nôtre, et ce regard profondément humaniste, empreint d'un désespoir palpable, finit par contaminer le spectateur d'un sentiment d'impuissance particulièrement éprouvant. A l'instar d'une overdose quasi insoutenable observée sans ambages par son réalisme mortifère dénué de lueur d'espoir.

Au final, Amour toxique constitue une expérience de cinéma proprement singulière. Sa force repose avant tout sur son réalisme inégalé et sur la psychologie tourmentée de ses personnages que l'on ose fréquenter, dont beaucoup incarnent une version si proche de leur propre existence, au cœur d'un environnement urbain glauque et insalubre. Cette impression est encore renforcée par la photo granuleuse, aux teintes presque sépia dans sa version HD remastérisée, qui nous replonge avec une authenticité saisissante dans l'Italie du début des années 1980 comme si vous y étiez. 
 

Car nous sommes immergés dans une expérience cinématographique que l'on ne retrouve pratiquement nulle part ailleurs, avec l'impression troublante d'effectuer un véritable voyage dans le temps. Amour toxique nous cloue au siège car il est hypnotique tant ses personnages, pathologiquement perdus, irresponsables et prisonniers de leur dépendance, suscitent à la fois empathie et un immense sentiment d'inconfort.

On ressort de cette œuvre sonné. À mes yeux, Amour toxique est probablement l'un des films les plus puissants jamais consacrés à la toxicomanie. On peut clairement le trôner auprès de son cousin germain: Moi Christiane F... Plus de quarante ans après sa réalisation, son propos demeure hélas d'une actualité inépuisable (jetez un oeil Outre-atlantique sur les ravages du Fentanyl), tant les addictions invoquent l'hécatombe d'entraîner de nombreux jeunes dans une spirale destructrice dont il est souvent extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible (le Fentanyl) de s'extraire.
 

Une œuvre âpre, fangeuse, émouvante, transplantée dans le docu-vérité le plus cru. Un cri d'alarme qui mérite amplement son statut de film culte, hélas oublié et méconnu. 
 
🖤 Celui du cœur noir des images
 

lundi 3 août 2026

A silent voice de Naoko Yamada. 2016. Japon 2h09.

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Découverte cet après-midi de A Silent Voice, magnifique film d'animation japonais réalisé par Naoko Yamada en 2016, alors que j'ignorai son existence. Or, il n'y a pas de hasard, que des rendez-vous ^^

Chef-d'œuvre d'une sensibilité à fleur de peau et d'un humanisme aussi profond que déchirant, A Silent Voice nous relate la relation conflictuelle entre Shoya Ishida, un collégien dissipé qui s'en prend avec cruauté à une nouvelle élève sourde, Shoko Nishimiya, avant que les années ne passent et que les remords ne viennent le rattraper. Devenu lycéen, Shoya retrouve la jeune fille et tente, avec une sincérité très émouvante, de renouer avec elle afin de lui témoigner combien il regrette les souffrances qu'il lui a infligées.


À travers les thématiques du harcèlement scolaire, du handicap, de la différence et de la communication, ce drame psychologique surprend par une pudeur exemplaire qui ne sombre jamais dans le sentimentalisme. Bien au contraire, c'est précisément cette retenue qui rend son émotion si profonde et laisse couler les larmes. Il ne s'agit d'ailleurs pas vraiment d'une romance (pas une seule étreinte à l'horizon !), mais d'une douloureuse tentative de reconstruction, d'acceptation de soi et de rédemption.
Si Shoya cherche à expier ses fautes, Shoko, bien qu'elle n'ait objectivement rien à se reprocher, porte elle aussi une culpabilité injustifiée, persuadée d'être un poids pour ceux qui l'entourent (comme c'est souvent le cas pour les victimes traumatisées par le harcèlement moral). Tous deux devront donc apprendre à se libérer de leurs blessures pour enfin se réconcilier avec eux-mêmes.


A Silent Voice dégage une émotion d'une rare acuité à travers le cheminement moral de ses deux protagonistes. La communication, qu'elle soit coupée par un handicap ou par les blessures invisibles de l'âme, devient ici le véritable cœur du récit. Le film traite ces thèmes avec une délicatesse et une sensibilité parfois déchirantes, tant il transpire l'humanité écorchée vive de personnages profondément meurtris par leur mutuelle solitude.

Mais ce qui rend cette œuvre si bouleversante et mémorable, c'est sa manière de montrer - avec beaucoup de patience - les terribles conséquences du harcèlement scolaire, aussi bien sur la victime que sur l'ancien harceleur rongé par le remords au point de se murer dans l'isolement et la tentative de suicide. Sans jamais excuser les actes commis, le film rappelle que chacun peut tenter de devenir une meilleure version de lui-même, à condition d'avoir le courage d'affronter son passé, de se remettre en cause, de changer de regard sur les autres et les choses qui nous entourant et d'oser avoir la courage de tendre la main à l'autre.


Enfin, j'ai tellement admiré la manière dont Naoko Yamada s'écarte des conventions du mélodrame. Alors que l'on redoute constamment une issue insupportablement tragique, la réalisatrice choisit une voie infiniment plus subtile et lumineuse avec une rare force de suggestion (les silences, les regards, la gestuelle comptent plus que les mots ou les étreintes). Sa conclusion concise, magistrale, célèbre la capacité de changer de regard au bénéfice d'une seconde chance, en s'acceptant soi-même pour enfin s'ouvrir aux autres.

Une magnifique leçon de vie, d'humilité, de respect envers son prochain et d'humanité - à fleur de peau - dont on ressort chamboulé.

Dédicace à Valentin Dussart 

— Celui du cœur noir des images 🖤

jeudi 30 juillet 2026

The Pacific. Mini série de 10 épisodes créée par Tom Hanks et Steven Spielberg. 2010.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"La guerre qui dévore les hommes."

Première découverte, contrairement à son illustre aînée Band of Brothers, resté dans toutes les mémoires, de The Pacific, mini-série en dix épisodes toujours produite par Tom Hanks et Steven Spielberg...

Et quelle gifle monumentale ! Je ne m'attendais absolument pas à subir de plein fouet une telle déferlante émotionnelle. Durant ces dix épisodes éprouvants, The Pacific nous submerge avec une force dramatique quasi insoutenable, sans jamais chercher à nous préparer à ce qui nous attend. D'autant plus que les 2 premiers épisodes sont flegmatiques et ne présagent guère la descente aux enfers à venir, et à subir.
 

Je peux affirmer sans hésitation qu'à mes yeux, The Pacific est supérieure à Band of Brothers. Son intensité émotionnelle, infiniment plus aiguë et bouleversante, s'allie à des scènes de combat d'un réalisme ahurissant où la barbarie atteint des sommets rarement égalés, sans jamais déborder. Mais ce qui fait véritablement la grandeur de cette mini-série, c'est qu'elle ne glorifie JAMAIS la guerre. Bien au contraire, elle nous rappelle avec une humilité bouleversante qu'elle demeure l'une des plus grandes absurdités de l'humanité.

Le véritable tour de force de la série est de ne jamais nous présenter des héros, mais des hommes en pleine déliquescence morale. Des Marines qui abandonnent une part de leur âme dans la fange, le sang, la sueur et les larmes, au fil des batailles de Guadalcanal, Peleliu, Iwo Jima ou Okinawa. Le neuvième épisode, consacré en grande partie à l'enfer d'Iwo Jima, atteint d'ailleurs un niveau de violence et de tension qui frôle parfois le soutenable sans pouvoir en sortir indemne (femmes et enfants y sont même sacrifiés).
 

Et lorsque s'achève le dixième épisode et que les crédits du générique de fin nous révèlent le destin des principaux protagonistes, on ressort profondément bouleversé. Démoli. Abattu. Le coeur déchiré. Avec surtout une haine profonde, viscérale, de cette guerre qui nous souille et un profond dégoût, une amertume nécrosée pour ces conflits où toute notion de morale finit par disparaître, laissant des hommes brisés, incapables de retrouver pleinement la vie passée avant de partir au combat. Des figures costumées, dont certaines, perdues dans le noir, refusent les médailles qui ne consolent plus vraiment personne.

À mes yeux, The Pacific est un monument télévisuel d'une intensité dramatique proche d'un Voyage au bout de l'Enfer, la Ligne Rouge, Platoon (pas mal de points communs au niveau sanitaire) et le soldat Ryan. Plus encore que Band of Brothers, elle ose une approche (plus) profondément humaine et romantique en suivant le destin de trois Marines, tout en accordant une place essentielle à leurs relations amoureuses et familiales. Ce contraste entre la douceur des sentiments et l'horreur des champs de bataille rend leur parcours encore plus déchirant. Chaque instant insalubre nous fait ressentir leur épuisement physique et moral, leur faim, leur soif, leur peur permanente, jusqu'à cette sensation qu'ils avancent sans cesse au seuil de la mort, de la folie ou du désespoir.
 
 

Et l'on en sort K.-O., hanté par ces actions innommables, aussi honteuses qu'irréparables. Car dans toutes les guerres, il n'y a aucun héros, seulement des naufrages humains.
 
P.S: La série a été nommée 23 fois et a remporté 14 récompenses, dont celle de la meilleure mini-série aux Emmy Awards 2010 
 
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mercredi 29 juillet 2026

Leviticus d'Adrian Chiarella. 2026. 1h28. Australie.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
  
Découverte hier soir d'un long métrage australien remarqué au Festival de Sundance : Leviticus, premier long d'Adrian Chiarella. Et pour une entrée en matière, on peut dire que le néophyte s'en sort avec les honneurs. Sa maîtrise et l'intelligence confondues pour aborder son sujet forcent le respect, au point d'impressionner pour une première réalisation.

Nous sommes ici à l'inverse de la modeste série B horrifique estampillée ados acnéens. Leviticus est une œuvre certes modeste dans ses moyens, mais d'une réelle maturité. C'est justement cette modestie qui fait sa force : le cinéaste prend sa thématique avec un sérieux engagé et ne cherche pas à occulter le fond au profit du spectaculaire.
 

Car il est ici question d'homosexualité. On pourrait même parler de film d'horreur gay, tant le récit dénonce avec conviction l'homophobie alimentée par un certain fanatisme religieux. Le film suit deux jeunes hommes, Naim et Ryan, au début d'une relation amoureuse sincère, dans une petite communauté dominée par une idéologie religieuse profondément conservatrice.

Sans trop en dévoiler, tout bascule lorsqu'à l'issue d'un étrange rituel orchestré par le prêtre local, au cours duquel Ryan fixe la flamme d'un briquet, ce dernier sombre brutalement dans un état de catatonie, de transe et d'étouffement. Dès lors, le couple est entraîné dans une véritable descente aux enfers surnaturelle. Une entité invisible semble s'emparer du corps et de l'esprit de l'un d'eux afin de dresser les deux amants l'un contre l'autre, comme si leur amour était devenu une faute impardonnable aux yeux de cette doctrine religieuse.
 

L'une des grandes réussites du film réside dans cette idée aussi simple qu'efficace : la peur naît de l'être aimé lui-même. La menace ne vient pas d'un monstre tapi dans l'ombre, mais de celui que l'on aime. Chaque tentative de rapprochement entre Naim et Ryan devient alors une boule d'angoisse, car à tout moment cette présence invisible peut prendre possession de l'un d'eux, usurper son identité et transformer leur amour en une violence meurtrière.

Ainsi, Leviticus joue autant sur la suggestion de l'invisible que sur des accès de violence d'une brutalité saisissante lorsque cette entité prend possession de l'un des deux protagonistes avec la volonté de s'en prendre à son compagnon que l'on aime, sentimentalement parlant.
 

Le métrage se révèle d'autant plus surprenant qu'il instille, dès les premières minutes, une atmosphère d'étrangeté omniprésente. Portée par une photographie presque monochrome, dominée par des nuances de noir, de blanc et de bleu, d'une élégance léchée, celle-ci renforce ce climat austère, de malaise et d'incertitude qui imprègne le récit. Il en résulte une ambiance horrifique éthérée, subtilement envoûtante, qui maintient constamment le spectateur dans l'expectative, sans jamais lui laisser deviner vers quelle issue dramatique l'histoire se dirige.

Au-delà de son enveloppe fantastique, Leviticus délivre surtout un discours tristement actuel sur l'homophobie, mais aussi sur les hésitations à assumer pleinement son homosexualité et à aimer librement celui que l'on aime. Une réflexion traitée avec intelligence et sensibilité par le truchement de la conversion de thérapie, portée par une évolution psychologique crédible jusqu'à une conclusion sentimentale particulièrement pertinente, dont je tairais la teneur.
 

Adrian Chiarella impressionne également par sa capacité à respecter les codes du cinéma de genre au profit de son propos. Les séquences de terreur, parfois d'une brutalité réaliste, n'en sont que plus percutantes. Le cinéaste en profite également pour dénoncer l'obscurantisme d'une communauté soumise à une religion archaïque et profondément intolérante, rejetant aussi bien l'homosexualité masculine que féminine. Le film évoque d'ailleurs le lesbianisme à travers une digression particulièrement tragique, qui renforce encore davantage son message et son intensité dramatique.

C'est précisément cet équilibre entre engagement et horreur qui rend Leviticus captivant. Sans atteindre les sommets du genre, il demeure un très bon divertissement horrifique, intelligent, angoissant, parfois terrifiant et pleinement humain. Le duo formé par Naim et Ryan, interprété avec justesse par Joe Bird et Stacy Clausen, suscite une empathie jamais forcée. Bien que j'aie souvent du mal à m'identifier à des histoires d'amour homosexuelles (quand on est hétéro), j'ai été touché et impliqué jusqu'au bout par leur relation et par leur combat pour continuer à s'aimer malgré une menace meurtrière qui ne cesse de les poursuivre avec une hypocrisie délétère.
 

Sans être un chef-d'œuvre, ce qu'il ne cherche jamais à être, Leviticus invoque la sincérité et le refus de la facilité. C'est un film engagé qui respecte le cinéma d'horreur en utilisant le fantastique comme vecteur d'un propos essentiel profondément humain. Une belle surprise donc, aussi intelligente que sensible, que je recommande sans hésiter.
 
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mardi 28 juillet 2026

Nekromantik 2 de Jörg Buttgereit. 1991. Allemagne. 1h43.

 (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Seconde révision de l'ultra controversé Nekromantik 2, que je n'avais pas osé revoir depuis plus de vingt ans (à l'inverse de son modèle visionné plus de 3 fois).

D'emblée, il convient de rappeler que cette suite a connu un destin aussi mouvementé que son prédécesseur. Interdit en Allemagne ainsi qu'au Royaume-Uni, Nekromantik 2 valut à son réalisateur, Jörg Buttgereit, de comparaître devant un tribunal, avec le risque d'une peine de prison. Comme il l'explique lui-même dans un bonus de l'édition Blu-ray ESC filmé lors du Bloody Week-end (convention du cinéma Fantastique implantée à Audincourt), son avocat parvint heureusement à convaincre le juge que Nekromantik 2 relevait avant tout d'une démarche artistique plutôt que d'un simple film d'exploitation glorifiant la violence.
 

Passé ce contexte, quelles sont mes impressions face à cette séquelle tout aussi extrême, malsaine et inconfortable que son modèle ?

Le premier point est que nous sommes ici en présence d'un métrage plus ambitieux. Tourné cette fois en 16 mm, là où le premier opus affichait une esthétique beaucoup plus rudimentaire en super 8, Nekromantik 2 se révèle nettement plus maîtrisé d'un point de vue technique. La photographie est plus soignée, les effets spéciaux gagnent en crédibilité, tandis que le jeu des acteurs s'avère bien plus convaincant.

Mais la différence essentielle réside surtout dans son approche narrative. Plutôt que de reproduire mécaniquement la formule du premier film, Buttgereit choisit de raconter une véritable histoire d'amour rigoureusement incongrue. Durant près d'1 h 43, nous suivons le quotidien sentimental de Monika, une jeune infirmière qui déterre le cadavre du protagoniste du premier Nekromantik afin d'entretenir avec lui une relation aussi romantique que sexuelle dans l'intimité de son appartement. Plus tard, elle entame également une liaison avec Mark, un homme de chair et de sang, doubleur pour l'industrie du cinéma pornographique.
 

Le film façonne alors un troublant triangle amoureux où coexistent la mort et la vie. C'est d'ailleurs au détour d'un échange avec Mark que Monika affirme trouver moins pervers de coucher avec un cadavre que de regarder un film X. Une logique totalement inversée qui résume la singularité psychologique de son personnage.

Visuellement, le cadavre fuligineux impressionne par son réalisme olfactif. Son teint blafard et visqueux, ponctué de nuances verdâtres et noirâtres, lui confère un aspect véritablement putréfié. Dès lors, les scènes d'étreintes, de tendresse, de sexualité ou encore de démembrement provoquent inévitablement malaise, dégoût et parfois même le haut-le-cœur.
 

Or, au-delà de cette provocation putassière permanente, j'y vois surtout une réflexion existentielle sur la vie et la mort. Buttgereit nous rappelle sans cesse que nous ne sommes, au fond, qu'un assemblage de chair, d'os et de sang. Cette idée traverse tout le film, jusque dans cette célèbre séquence documentaire montrant la dissection d'un phoque déjà mort. Étrangement, je l'ai trouvée encore plus insoutenable que le véritable snuff animalier du premier opus. Pour ma part, j'ai été incapable de soutenir le regard tant cette scène m'a paru éprouvante. Vous voilà averti.

Contrairement à ce que certains critiques pensent, je ne considère pourtant pas que Buttgereit sombre dans la complaisance. Derrière cette succession d'images profondément dérangeantes se cache, selon moi, une véritable réflexion métaphysique sur notre rapport au corps, à la mort et au désir. Le regard de Monika, la sobriété austère de son appartement, le silence pesant qui imprègne chaque scène et cette mise en scène d'une froideur clinique composent une atmosphère absolument unique. On est à la fois fasciné, troublé, gêné, outré... tout en ayant parfois envie de détourner les yeux jusqu'au sentiment de nausée.
 

D'ailleurs, l'unique véritable explosion gore intervient lors du final, bien plus convaincant et réaliste que celui du premier opus. Une conclusion d'une violence extrême qui vient confirmer la pathologie irréversible de cette jeune femme, incapable d'aimer autrement qu'en vouant une passion romantique et charnelle à la mort dans sa forme la plus brute de décoffrage.

Il faut incontestablement avoir le cœur solidement accroché pour découvrir ou revoir Nekromantik 2. Mais derrière son apparente volonté de choquer derrière sa thématique nécrophile se cache, à mes yeux, une œuvre profondément singulière, fascinante et dérangeante, qui mérite pleinement son statut de film culte du cinéma d'horreur underground. Plus de trente-cinq ans après sa sortie, je persiste à penser que Nekromantik 2 est bel et bien une œuvre d'art comme le rappelle son réalisateur, aussi radicale que déroutante, et certainement pas une simple série B d'exploitation conçue uniquement pour provoquer.

Sa musique mélancolique, le rappelle d'ailleurs constamment avec une sensibilité tranquille. 
 
— Celui du cœur noir des images 🖤
 
                    (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)