Le Hussard sur le toit : un magnifique souffle romanesque pour autant noble et contenu.
Découverte aujourd'hui, 31 ans après sa sortie - grâce à Jean-Marc Micciche - du film d'aventure de Jean-Paul Rappeneau, Le Hussard sur le toit, réalisé en 1995 et adapté du roman homonyme de Jean Giono. Le film ne m'avait jamais vraiment attiré, tant par son récit historique que par son casting, puisque je ne suis pas particulièrement fervent d'Olivier Martinez, de Pierre Arditi ou même de Juliette Binoche, à quelques exceptions. Or, c'est bien connu, seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis. Car après avoir vécu ces 2h09 d'aventure, je ne peux que me rendre à l'évidence : j'ai eu tort de ne pas le découvrir bien plus tôt.
Car il s'agit d'un superbe récit d'aventure romanesque mettant en scène Angelo Pardi, un jeune aristocrate italien de 25 ans qui fuit son pays à la suite de la conquête autrichienne et gagne le sud de la France en 1832, alors qu'une terrible épidémie de choléra ravage la région. Au cours de son périple, il rencontre Pauline, qui tente de rejoindre son château situé au nord de Gap, où se trouve probablement son époux, Laurent. Tous deux vont alors nouer une relation amicale qui évoluera peu à peu vers des sentiments plus profonds, en dépit de l'engagement marital de Pauline.
Et c'est justement cette relation que l'on ne voit pas arriver qui constitue l'une des grandes réussites du film. Car Jean-Paul Rappeneau refuse obstinément de sombrer dans une romance facile ou sirupeuse. D'ailleurs, le jeu d'Olivier Martinez et de Juliette Binoche est suffisamment nuancé pour que l'on s'interroge longtemps sur la nature véritable de leurs sentiments, avant que ceux-ci ne deviennent progressivement plus évidents au fil des événements. Ici, la pudeur, la subtilité, le non-dit et la modération priment sur les bons sentiments. Pour les réfractaires aux romances nunuches, Le Hussard sur le toit est donc complètement à contre-emploi.
Or, cette relation amicale et amoureuse, particulièrement intense tout en demeurant d'une grande délicatesse, s'inscrit dans un contexte sanitaire particulièrement dramatique. Jean-Paul Rappeneau profite en effet de l'épidémie de choléra pour souligner les comportements contradictoires d'une population confrontée à la peur de mourir. Certains sont paralysés par la terreur, tandis que d'autres, comme Angelo, font preuve d'une bravoure parfois proche de l'inconscience afin de sauver des vies et de tenter eux-mêmes d'échapper à cette maladie particulièrement douloureuse.
L'épidémie traverse ainsi tout le récit en instillant un climat macabre étonnamment palpable. Là encore, Jean-Paul Rappeneau apporte un soin scrupuleux à sa mise en scène pour montrer l'horreur du choléra, notamment à travers les visages décharnés et les cadavres parcheminés qui parsèment le parcours des protagonistes. Le film parvient alors à créer un contraste saisissant entre la beauté des paysages provençaux (à tomber fou amoureux !) et la présence omniprésente de la maladie fétide et de la mort. Un monde magnifique traversé par la peur, l'agonie et le désespoir.
Ce qui est également frappant, c'est la mise en scène de Jean-Paul Rappeneau. Pour une œuvre d'une telle ampleur (le film est à l'époque le plus cher du cinéma français avec son budget de 26.8 millions d'euros), le cinéaste fait preuve d'une maîtrise minutieuse, multipliant les panoramiques majestueux et les cadrages précis. Son utilisation du Cinémascope renforce un souffle épique, tandis que les décors naturels sont filmés avec autant d'amour que d'ambition picturale.
Mais cette élégance se retrouve à tous les niveaux. Dans la gestuelle des protagonistes, les décors, les costumes, la photo et surtout ces paysages naturels ensorcelants.
On peut donc applaudir la beauté gracile, la complémentarité surprenante entre Juliette Binoche et Olivier Martinez. Pauline est une jeune femme affirmée, franche et déterminée, tandis qu'Angelo se montre davantage caractériel, susceptible et fougueux. Leur jeu, à la fois spontané et remarquablement nuancé, permet à leur relation de s'installer naturellement sans jamais sombrer dans la démonstration de force ou l'excès sentimental. Ils crèvent l'écran, tout en conservant cette surprenante retenue (une fois n'est pas coutume) qui fait la beauté de leur couple à l'écran.
Les seconds rôles ne sont d'ailleurs pas en reste, avec notamment François Cluzet, Jean Yanne, Pierre Arditi, Isabelle Carré et Gérard Depardieu, qui contribuent tous à donner une forte présence à cette fresque historique. La musique de Jean-Claude Petit magnifie l'ensemble avec un score ambitieux, ample, mais toujours nuancé et d'une rare élégance.
Le Hussard sur le toit est donc une très belle découverte. Je n'avais jamais ressenti l'envie de découvrir cette œuvre, et j'en sors finalement heureux et ému d'avoir dépassé mes propres préjugés. Le final, concis, d'une émotion prude, laisse d'autant plus des traces par son interrogation morale.
Et surtout, une preuve supplémentaire qu'il ne faut jamais condamner un film avant de l'avoir découvert. A condition notamment de savoir changer de regard au rythme de notre cheminement cinéphile.
— Celui du cœur noir des images 🖤







































