Strange Vomit Dolls
— Celui du coeur noir des images 🖤
samedi 11 juillet 2026
Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček. 2026. 1h48. U.S.A.
Le Réveil de la Momie / The Mummy de Lee Cronin. 2026. U.S.A. 2h13.
Sous ce nouveau regard, j'ai découvert un métrage bien plus efficace que dans mon souvenir, porté par un casting convaincant, qu'il s'agisse des parents (alors que j'avais eu un vrai problème d'identification pour le personnage du père endossé par Jack Reynor) ou de la jeune fille possédée par cette entité ancestrale.
Mais surtout, à mon sens, ce qui rend Le Réveil de la momie aussi distrayant qu'intéressant réside dans son audace à injecter des scènes de violence gore à la fois sales et cruelles. D'autant plus que, par moments, le film n'hésite pas à prendre des enfants pour cibles. Et là, c'est plutôt couillu, voire presque déviant tant certaines séquences surprennent par leur cruauté graphique (notamment cette liturgie sectaire tournée en camescope lors du transfert de Katie).
Après nous avoir déjà bien amusés avec Evil Dead Rise, Lee Cronin signe une nouvelle série B dénuée de prétention, mais tout aussi divertissante et malsaine dans son attrait pour un gore particulièrement insalubre, pour le plus grand bonheur des amateurs d'hémoglobine qui tâche et laissent des traces sur leur tee-shirt. Son aspect visuel s'avère en outre relativement soigné, jouant sur des teintes claires, jaune orangé et solaires qui confèrent un bel exotisme aux paysages désertiques égyptiens comme aux rues du Caire.
Mais ce qui renforce encore le capital sympathie du film émane du charisme patibulaire de la momie, ici incarnée par une adolescente. Un choix audacieux, original et surprenant, d'autant que Nathalie Grace se montre tout à fait convaincante, impressionnante et parfois même terrifiante. Sa rapacité, sa cruauté et son sadisme, avec lesquels elle propage la mort autour d'elle, témoignent d'un véritable art de la perversité sournoise.
Ainsi, Le Réveil de la momie s'impose comme un bon divertissement horrifique, relativement soigné et bien interprété. L'intensité dramatique est d'ailleurs parfois mise en valeur par le désarroi de parents totalement impuissants face à la dégénérescence morale de leur enfant, toujours plus diabolique.
Mais on retiendra surtout, à travers cette production Blumhouse, des effets gores d'une redoutable méchanceté ainsi que le charisme à la fois hostile et troublant de la momie incarnée par Nathalie Grace, étonnamment crédible en créature démoniaque. Lee Cronin parvient en effet à conjuguer avec une certaine originalité le thème de la possession démoniaque à celui de la momie, sans jamais déséquilibrer son récit. Cet équilibre renforce les qualités de ce sympathique métrage, solidement mené sur le plan narratif. Et même si l'ensemble peut parfois sembler réchauffé pour ceux et celles connaissant par coeur le schéma narratif du mythe de la momie, on adhère volontiers à cette histoire de malédiction ancestrale que des parents tentent de déjouer par amour pour leur fille. D'autant plus que l'humour sardonique est omniprésent durant tout le stratagème criminel de leur rejeton.
vendredi 10 juillet 2026
La Petite maison dans la Prairie / Little House on the Prairie créé par Rebecca Sonnenshine. 2026. U.S.A. Saison 1 / 8 épisodes.
À tel point que j'ai dégusté avec parcimonie les sept premières saisons avec un plaisir toujours aussi égal, même si j'avoue avoir trouvé les 3 dernières saisons moins passionnantes lorsque Laura devient adulte et se marie pour fonder une famille. Aujourd'hui, je voue une profonde affection à la série de Michael Landon (et à lui même, il est le coeur qui bat de la série) au point de la revoir fréquemment car je me sens bien avec elle, au cœur d'une époque révolue que je ne connaîtrai jamais. Une série culte transgénérationnelle, intelligente et didactique (socialement parlant), bien moins sirupeuse que sa réputation ne le laisse croire, en dépit de cette déferlante populaire qui ne s'est jamais éteinte (TF1, M6, 6ter et Téva en sont les preuves médiatiques).
Scary Stories / Scary Stories to Tell in the Dark de André Ovredal. 2019. U.S.A. 1h48.
Scary Stories ne déroge pas à la règle de la modeste réussite dans sa tentative de nous proposer un teen movie horrifique, inspiré de la série de livres d'Alvin Schwartz. D'abord conçu pour séduire les adolescents, le film n'oublie heureusement (et à ma surprise !) jamais les adultes grâce à un premier quart d'heure volontairement classique (la visite d'une demeure hantée), nécessaire à la mise en place des personnages et de leur environnement, avant d'opérer une rupture de ton aussi dramatique qu'horrifique où le réalisme de plusieurs séquences choc finit par nous surprendre durablement.
L'une des plus grandes réussites du film réside dans l'originalité et le design de ses créatures fantastiques, à la fois inquiétantes, fascinantes et terrifiantes, tant elles semblent relever de l'inédit. La patte de Guillermo del Toro, coproducteur et coscénariste, n'est d'ailleurs probablement pas étrangère à cette recherche esthétique d'un onirisme macabre dont chaque apparition laisse une empreinte durable.
Et c'est bien là la grande force de cet aimable divertissement, toujours plus attachant et efficace au fil de son évolution narrative. Une sorte de Stranger Things plus posé, moins tape-à-l'œil et moins stéréotypé, qui privilégie une progression dramatique alerte, palpitante et psychologique à travers le parcours poignant de la jeune Stella, bien décidée à rétablir la vérité autour de Sarah Bellows, victime des mensonges et de la cruauté de sa propre famille. Une cruelle tragédie d'hantise maudite qui gagne en force lors de ce final à la fois poétique et émouvant sans céder aux bons sentiments lacrymaux.
L'idée de ce livre qui écrit sur papier en direct pour retranscrire les pires angoisses de nos jeunes héros avant de les matérialiser dans leur quotidien est aussi judicieuse que fascinante lorsque leurs démons les plus intimes viennent les tourmenter au gré de séquences percutantes, magnifiquement mises en scène dans le seul désir de nous faire croire à l'improbable.
Baignant dans une superbe photo Scope aux teintes automnales, au cœur d'une bourgade ricaine de la fin des années 60 digne de l'univers de Stephen King, Scary Stories convainc sans peine que des héros en culotte courte puissent investiguer et s'opposer à un Mal insidieux sans jamais sombrer dans le zèle ou les effets de manche. Toujours plus captivant au gré de confrontations sporadiques où chaque apparition fantastique fait l'effet d'un électrochoc horrifique - l'épouvantail, les araignées, le zombie démembré ou encore l'inoubliable Femme Pâle dans les couloirs de l'hôpital -, le film parvient à réconcilier les spectateurs adolescents comme les adultes grâce à son amour indéfectible du genre, qu'André Øvredal imprime à chacun de ses projets avec autant de savoir-faire que d'attachante maladresse lorsque l'ambition dépasse parfois les résultats.
Derrière sa métaphore de la peur, du mensonge et des traumatismes engendrés par la guerre du Vietnam, Scary Stories s'impose donc comme l'une des plus belles réussites d'André Øvredal, aux côtés de Troll Hunter, du sous-estimé Le Dernier Voyage du Demeter, et de l'excellent The Autopsy of Jane Doe.
jeudi 9 juillet 2026
Passenger de André Øvredal. 2026. U.S.A. 1h37.
Car si Passenger souffre de plusieurs maladresses, d'un jeu d'acteurs (davantage) perfectible et d'une dernière demi-heure qui laisse une petite impression d'inachevé, il possède une qualité essentielle : il fait peur. Et aujourd'hui, c'est loin d'être si fréquent.
A plusieurs reprises, le film est autant parvenu à me faire sursauter, que franchement terrifier, grâce à une tension tangible quasi permanente, savamment entretenue par un mixage sonore d'une remarquable précision (n'hésitez surtout pas à augmenter le son de votre Home cinema). C'est incontestablement la grande réussite de cette production modeste : André Øvredal exploite le son tel un alchimiste infaillible, transformant chaque silence, chaque vibration et chaque bruit suspect en source d'angoisse quasi intolérable.
Visuellement, Passenger est également beau, épuré. Sa photographie saturée, son format Cinémascope et le soin apporté à la mise en scène confèrent à l'ensemble une identité visuelle particulièrement immersive, une ambiance horrifique cocoonée en quelque sorte, à l'instar d'un Stephen King. Quant à la créature revancharde qui hante les routes ténébreuses par plaisir sadique, elle évoque un bogeyman malaisant, dont les apparitions surnaturelles, les estocades implacables, suscitent une terreur pure.
Mais là où le film peine davantage à convaincre, c'est dans l'écriture du couple principal. Pourchassés par cette entité manipulant leurs perceptions à travers d'inquiétantes hallucinations et des indices saillants, les deux protagonistes manquent malheureusement de relief, de force expressive, de profondeur psychologique. Leur interprétation ne traduit pas toujours avec suffisamment de fermeté la peur, le désarroi ou l'instinct de survie que génèrent certaines situations, ce qui nuit donc parfois à la crédibilité de ce que l'on voit. C'est d'autant plus regrettable qu'avec des personnages plus incarnés et un scénario plus inventif et audacieux, Passenger aurait sans doute pu prétendre au nouveau classique du genre.
Il n'empêche que, hormis ces réserves, Passenger demeure un divertissement horrifique facilement attachant. Son prologue littéralement percutant est d'une redoutable efficacité, la séquence du parking est remarquable dans la suggestion du hors-champ, tant visuel que sonore, tandis que celle du cinéma en plein air figure parmi les meilleurs moments du film. Rien que pour ces scènes magnifiquement gérées, l'expérience émotionnelle mérite d'être vécue.
Passenger est donc le genre de p'tit film maudit, passé inaperçu. Une série B certes mineure il est vrai, imparfaite et inégale, mais portée par une mise en scène soignée, un amour du genre, et, surtout, par une capacité tellement rare au cinéma : celle de provoquer une peur réelle. Et pour un film d'horreur au charme d'autant plus probant, c'est une qualité essentielle que je défendrai fidèlement.
samedi 4 juillet 2026
Shutter Island de Martin Scorsese. 2010. U.S.A. 2h19.
En adaptant le roman de Dennis Lehane, Martin Scorsese signe beaucoup plus qu'un thriller psychologique standard. Il façonne une tragédie vertigineuse où la quête de vérité se transforme peu à peu en descente dans les abysses d'une conscience meurtrie. Derrière ses accents hitchcockiens et son esthétique somptueuse, Shutter Island est avant tout une bouleversante réflexion sur le traumatisme, le deuil, la culpabilité et les mécanismes de défense (innée) qu'un esprit peut ériger pour survivre à l'insupportable.
Tout commence au début des années 1950. Les marshals Teddy Daniels et Chuck Aule sont dépêchés sur Shutter Island afin d'enquêter sur la mystérieuse disparition d'une patiente internée dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité. Battue par les vents et isolée du monde, l'île semble rapidement dissimuler bien plus que ses imposants murs de pierre. À mesure que l'enquête progresse, chaque certitude vacille, chaque regard devient suspect et chaque révélation semble ouvrir la voie vers un nouveau mensonge.
Scorsese orchestre ce labyrinthe mental avec une maîtrise impressionnante. L'atmosphère, constamment oppressante, se nourrit d'une photographie aux teintes froides et picturales, où les falaises abruptes, les couloirs interminables et les orages incessants deviennent le reflet d'un esprit prisonnier de ses propres blessures. Rien ne paraît totalement réel, mais rien ne semble totalement illusoire non plus. Le spectateur avance alors à tâtons, partagé entre réalité, hallucination et manipulation.
Le passé de Teddy Daniels irrigue chaque plan. Ancien combattant profondément marqué par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale, hanté par la disparition tragique de son épouse, il porte en lui des blessures que le temps ne peut apaiser. Ses visions récurrentes, ses souvenirs fragmentés et son obsession de découvrir la vérité composent progressivement le portrait d'un homme au bord de l'effondrement. Plus qu'une enquête policière, Shutter Island devient ainsi l'exploration intime d'une âme incapable de faire la paix avec son propre passé.
L'interprétation magistrale de Leonardo DiCaprio porte admirablement cette descente aux enfers à bout de bras. Tour à tour déterminé, fébrile, vulnérable puis totalement démuni, il donne une profondeur bouleversante à un personnage qui ne cesse de lutter contre des fantômes bien plus redoutables que ceux qu'il croit poursuivre. Face à lui, les excellents Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Max von Sydow et Michelle Williams participent pleinement à cette inquiétante impression d'ambiguïté permanente.
La partition musicale, tour à tour lancinante, stridente et funèbre, accompagne cette lente dérive psychologique avec une puissance houleuse. Chaque silence, chaque souffle du vent, chaque note semble participer à cette sensation d'étouffement qui ne cesse de gagner le récit jusqu'à un dénouement d'une intensité émotionnelle dévastatrice.Mais la véritable force de Shutter Island réside sans doute dans ce qu'il raconte de la condition humaine. Scorsese ne filme pas simplement la folie : il interroge notre capacité à survivre à certaines vérités. Jusqu'où un être humain est-il prêt à recomposer la réalité pour continuer à vivre ? À partir de quel moment le mensonge devient-il plus supportable que la lucidité ? Sous les apparences d'un thriller à énigmes, le cinéaste signe donc une œuvre profondément mélancolique sur le déni, la mémoire et l'impossibilité, parfois, de se pardonner.
Remarquablement mis en scène, porté par une interprétation au diapason de Leonardo DiCaprio et habité d'une atmosphère d'une rare puissance, Shutter Island demeure l'un des grands sommets de la filmographie de Martin Scorsese. Un film fascinant, aussi vertigineux qu'émouvant, dont le dernier regard continue longtemps de hanter notre mémoire, comme une écorchure que le temps refuse de refermer.
— Celui du cœur noir des images 🖤
mercredi 1 juillet 2026
Obsession de Curry Barker. 2025/26. U.S.A. 1h49.
Découverte du phénomène horrifique de 2026, Obsession, second long de Curry Barker. Véritable raz-de-marée au box-office mondial, le film, produit pour un budget dérisoire d'environ 750 000 dollars, a déjà engrangé plus de 375 millions de dollars de recettes et franchi le million d'entrées en France. Un succès qui, à mes yeux, n'a absolument rien d'usurpé. Bien au contraire, lorsqu'on sait que Curry Barker officiait encore récemment comme simple YouTubeur.
Dès les premières minutes, Obsession m'a procuré un sentiment aussi déroutant que fascinant, mêlant inquiétude diffuse et curiosité quant à la direction, sinueuse et imprévisible, qu'allait emprunter le récit. Une sensation de malaise presque éthérée qui, peu à peu, s'insinue dans chaque scène jusqu'à devenir profondément oppressante. Un ressenti qui m'a instinctivement rappelé L'Exorciste de William Friedkin - d'autant qu'une séquence de la première partie semble lui faire discrètement écho. Non pas parce que les deux œuvres racontent la même histoire, même si toutes deux gravitent autour d'une forme de possession (ici amoureuse), mais parce qu'elles partagent cette capacité rare à installer une angoisse sournoise et une terreur psychologique qui ne cessent de croître jusqu'à devenir quasi irrespirables.
Sous les apparences d'un thriller horrifique flirtant avec le fantastique, Curry Barker orchestre une véritable descente aux enfers domestique. Tout commence par un jeune homme fragile, introverti, incapable d'avouer ses sentiments à celle qu'il aime. Par faiblesse autant que par désespoir, il formule un vœu après avoir acheté un étrange talisman, le "One Wish Willow", espérant obtenir l'amour éternel de Nikki. C'est précisément ce geste, motivé par un désir profondément humain d'être aimé, qui précipite sa propre tragédie.
Car Obsession dépasse largement le simple cadre du film d'épouvante à frissons. Il s'impose comme une véritable fable macabre sur les ravages de l'amour possessif. À vouloir être aimé coûte que coûte, le héros transforme progressivement le plus noble des sentiments en une emprise maladive où jalousie, dépendance affective, et volonté de possession finissent par détruire toute liberté. Barker ne condamne jamais l'amour lui-même ; il interroge au contraire ce qu'il devient lorsque disparaît l'élément qui lui est essentiel : le libre arbitre de l'être aimé. Le surnaturel, subtilement distillé et constamment déstabilisant, n'est finalement qu'un révélateur des failles humaines les plus profondes.
La grande force du film réside également dans une mise en scène étonnamment mature. Curry Barker fait preuve d'une remarquable maîtrise du cadre - notamment à travers de subtils zooms anxiogènes - en privilégiant une montée progressive du malaise plutôt qu'une succession d'effets faciles. La musique, discrète mais omniprésente, diffuse une angoisse sourde qui accompagne chaque scène avec une belle efficacité. Les espaces confinés, la pénombre omniprésente et la photographie aux accents volontairement vintage renforcent cette sensation constante d'étouffement face à une présence dont la simple apparition suffit à faire vaciller toute sérénité. Nous sommes ici devant un authentique film d'ambiance, où chaque silence devient une menace. Et c'est jouissif au possible autant que rebutant !
Mais la véritable révélation demeure Inde Navarrette. Impossible de ne pas saluer l'extraordinaire performance de cette jeune actrice brune, dont le regard semble osciller en permanence entre une douceur quasi innocente et une inquiétante étrangeté. Sans jamais sombrer dans le grand-guignol, elle instaure un climat de peur permanent, chaque apparition imprévisible laissant planer l'incertitude sur ses intentions. C'est précisément cette retenue glaçante, plus encore que les éclats de violence qui jalonnent le récit, qui rend son personnage aussi profondément dérangeant et effrayant. Une composition d'une intensité remarquable qui évoque, par sa puissance émotionnelle, certaines des plus grandes figures féminines de l'histoire du cinéma d'horreur, parmi lesquelles Linda Blair (bah tiens, encore un écho à l'Exorciste).
En dépit de quelques pointes d'humour noir savamment distillées, Obsession demeure une œuvre d'une noirceur sardonique implacable, refusant toute facilité comme toute concession. Son horreur profondément adulte ne repose jamais sur une accumulation de jump scares - même si l'un d'eux m'a littéralement fait bondir de mon siège - mais sur une tension psychologique qui ne cesse de s'intensifier jusqu'à un dénouement d'une cruauté saisissante.
Authentique choc cinématographique au pouvoir fascinatoire aussi attirant que répulsif, Obsession s'impose d'ores et déjà comme l'une des grandes révélations du cinéma d'horreur contemporain. Rares sont les films indépendants qui parviennent à susciter un tel malaise tout en développant avec autant d'intelligence une réflexion sur l'amour, la solitude, la peur de s'affirmer et les dérives de la possession. Curry Barker réinvente ici les codes de la romance psychotique sous une fascinante enveloppe ésotérique. Une expérience éprouvante, profondément dérangeante, mais infiniment hypnotique dans sa manière de faire naître une terreur d'abord diffuse, puis littéralement dévastatrice.
Et s'il ne fallait retenir qu'un seul nom de cette expérience traumatique, ce serait de toute évidence celui d'Inde Navarrette, couronnée "meilleure actrice" aux Astra Midseason Movie Awards 2026.
lundi 29 juin 2026
Mum and Dad de Steven Sheil. 2008. Angleterre. 1h25.
Resté inédit dans les salles françaises, hormis une projection à L'Étrange Festival un an après sa sortie, Mum and Dad a heureusement bénéficié d'une édition DVD chez notre revue fétiche Mad Movies. À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de constater que nous avons affaire à un véritable petit électrochoc. Avec son budget d'à peine 100 000 livres et un tournage bouclé en seulement dix-sept jours, Steven Sheil joue admirablement la carte du huis clos intimiste à travers le portrait d'une famille de psychopathes dont la fille adoptive kidnappe une immigrée polonaise travaillant comme femme de ménage à l'aéroport de Londres.
Le réalisateur nous entraîne alors dans une authentique descente aux enfers domestique, traitée avec un souci du réalisme quasi documentaire. L'atmosphère est d'une noirceur suffocante, profondément malsaine, dérangeante et poisseuse. Les décors insalubres, imprégnés de crasse et de décrépitude, rappellent l'univers étouffant de La Colline a des yeux, La Dernière Maison sur la gauche ou encore Massacre à la tronçonneuse, toutes proportions gardées. Quelques séquences de torture, particulièrement éprouvantes sur l'insistance de détails, ne nous sont d'ailleurs pas épargnées et contribuent à installer un malaise constant. Bref, on n'est pas là pour plaisanter et encore moins se distraire dans notre zone de confort.
Car la véritable force de Mum and Dad réside avant tout dans le portrait hyperréaliste de cette famille britannique complètement dégénérée dans la décadence. Les acteurs, tous quasiment inconnus, apportent une crédibilité saisissante à leurs personnages, tandis que Steven Sheil n'hésite jamais à recourir à des détails scabreux, parfois franchement vomitifs (notamment au niveau d'une masturbation sexuelle), pour accentuer l'impression de véracité.
Le film ne cherche jamais à rassurer le spectateur. Il veut le choquer, le déranger et le maintenir dans un inconfort permanent. Nous suivons ainsi le calvaire quotidien de Lena, devenue le souffre-douleur de cette famille barbare, avec une fascination morbide tant la mise en scène se montre habile pour nous immerger dans cet univers misérable, suintant l'urine, le sang, la sueur et toutes les odeurs de la déchéance humaine la plus crasse.
Mum and Dad est donc à mille lieues de la série B horrifique du samedi soir destinée à divertir. Il se rapproche davantage d'un Massacre à la tronçonneuse version low cost que d'un banal survival où le spectateur demeure tranquillement rassuré. Ici, c'est tout l'inverse. Steven Sheil nous plonge dans une expérience intime profondément dérangeante, notamment lorsqu'il met en parallèle deux mises à mort situées en des lieux différents afin de prolonger un malaise viscéral, presque insoutenable.
Évidemment, Mum and Dad n'est pas un film à mettre entre toutes les mains. Il s'adresse avant tout à un public averti, mais mérite largement le détour par son audace, sa sincérité et sa capacité à élever le cinéma horrifique au-delà du simple choc visuel. À travers son dénouement particulièrement glaçant, Steven Sheil semble suggérer que, confronté aux circonstances les plus extrêmes (et comme avec La Colline a des Yeux, la Dernière maison sur la Gauche, et bien d'autres encore), l'être humain peut laisser ressurgir une part primitive et bestiale de lui-même. Une conclusion effroyable - d'une violence hors-champ pourtant insupportable - qui continue de hanter bien après le générique de fin.
samedi 27 juin 2026
The Yards de James Gray. 2000. U.S.A. 1h53.
On peut d'ailleurs rappeler, dès le départ, que le film s'inspire d'un scandale de corruption ayant éclaboussé le métro de New York, dans lequel fut impliqué le propre père de James Gray. Son titre, The Yards, fait directement référence aux voies de garage du métro new-yorkais.
Sous les atours d'un polar mafieux magnifiquement photographié dans de somptueuses teintes sépia et obscures, se déploie un bouleversant drame familial, porté par l'interprétation tout en sobriété de Mark Wahlberg, remarquable dans le rôle de Leo Handler, un jeune ancien détenu qui tente désespérément de prouver son innocence après avoir été mêlé à un meurtre lors d'une expédition nocturne de sabotage ayant tragiquement mal tourné près d'une voie de métro.
Le récit reptilien, particulièrement tendu, douloureux et profondément mélancolique, suit la lente descente aux enfers de Leo, trahi par les siens, et plus particulièrement par son cousin Willy, incarné avec une intensité (toujours aussi) fascinante par Joaquin Phoenix. Personnage vénal et rongé par sa propre lâcheté, Willy n'hésite pas à sacrifier son propre sang pour tenter d'échapper à la prison.
Ce qui passionne tout au long de ce drame familial, c'est l'évolution morale de Leo. Malgré la peur, il choisit d'affronter la vérité, quitte à mettre sa propre vie en danger face aux membres de sa famille désormais lancés à ses trousses pour le faire disparaître.
En contrepoint, il se rapproche d'Erica, la compagne de Willy, interprétée par la radieuse Charlize Theron. Derrière son regard sombre quasi vénéneux se révèle une femme d'une infinie douceur, qui remet progressivement en question l'homme qu'elle aime. Son rêve de mariage se délite au fil des révélations, faisant d'elle l'un des personnages les plus émouvants du récit. À travers ce duo improvisé, The Yards dégage une puissance émotionnelle constante, où chaque regard, chaque silence et chaque geste semblent porter le poids du destin par leur gravité expressive.
D'une intensité dramatique métronomique dans l'évolution de ses personnages en perdition, le film captive également par son ambiance terriblement intense, crépusculaire et envoûtante. James Gray s'empare des codes du polar mafieux pour mieux les transcender, car privilégiant avant tout la dimension humaine, délétère et désespérée de personnages rongés par la corruption et les compromissions. Jusque dans la hiérarchie policière et judiciaire que le film dénonce dans la collusion.
Le film est autant une réflexion sur l'emprise du mal, à travers Leo, qui cède à la facilité dans l'espoir de gagner rapidement de l'argent, notamment pour venir en aide à sa mère malade (Ellen Burstyn bouleversante d'amertume désabusée), qu'un récit sur le dépassement moral et la difficile reconquête de son intégrité. Cette quête de rédemption prend corps dans une mise en scène somptueuse, aux allures d'opéra tragique, que James Gray sublime avec un brio qu'il me semble difficile de critiquer. On sent à chaque plan combien il aime filmer ses personnages, raconter leur histoire et diriger ses acteurs avec une poignante sincérité.
Cette distribution éblouissante trouve notamment l'un de ses plus grands atouts en la présence de James Caan, impressionnant en patriarche mafieux dont l'hypocrisie et l'ambivalence ne cessent de se dévoiler. Derrière son autorité et son apparente loyauté familiale se cache un homme prêt à sacrifier Leo et à ordonner son exécution pour protéger son propre empire, alors même que celui-ci est innocent du meurtre dont on l'accuse.
Pour conclure, The Yards est un drame familial lancinant, profond et douloureux qui nous saisit par la maîtrise avec laquelle il orchestre des émotions empreintes de désarroi et de désespoir face aux conséquences tragiques que cette famille finit par subir. En embrassant la corruption, la cupidité et la soif de pouvoir, chacun se dirige à sa propre perte. James Gray dépeint cette inexorable chute avec un romantisme mélancolique littéralement bouleversant, comme en témoigne son final déchirant.
J'avoue d'ailleurs avoir une légère préférence pour la version Director's Cut, dont l'épilogue, plus elliptique et moins démonstratif que celui de la version cinéma, laisse davantage parler le silence et les regards en berne, renforçant encore la puissance émotionnelle du dénouement inconsolable.
— Celui du cœur noir des images 🖤
Budget: 20 millions de dollars.





























