dimanche 14 juin 2026

An american Crime de Tommy O'Haver. 2007. U.S.A. 1h34.

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"Quand l’instinct pervers dĂ©vore l’innocence sacrifiĂ©e."

DĂ©couverte hier soir du film An American Crime de Tommy O'Haver , inĂ©dit en salle puisqu’il est directement sorti en DVD chez nous le 1er juin 2011, alors qu’il date de 2007. Il faut prĂ©ciser que ce fait divers avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© traitĂ© auparavant la mĂŞme annĂ©e avec The Girl Next Door, rĂ©alisĂ© par Gregory M. Wilson.

Ici, on a une version plus suggĂ©rĂ©e de ce fait divers sordide. Ă€ savoir que durant l’Ă©tĂ© 1965, un couple confie leurs filles, Sylvia et sa petite sĹ“ur Jenny, Ă  une femme au foyer, Gertrude Baniszewski. Ce qui devait ĂŞtre une simple hospitalitĂ© va devenir un vĂ©ritable cauchemar pour l’une des deux sĹ“urs, puisque pendant plusieurs mois, Sylvia sera sĂ©questrĂ©e et torturĂ©e, non seulement par la femme qui garde les enfants, mais aussi par les propres enfants de cette femme, dans la cave de leur maison en Indiana.

Si An American Crime ne possède pas une violence aussi explicite que The Girl Next Door, il n’en demeure pas moins absolument Ă©prouvant - je pèse mes mots - dans sa capacitĂ© Ă  nous terrifier et nous Ă©cĹ“urer lorsqu’une femme d’apparence aimable s’adonne au sadisme et Ă  la perversitĂ© pour des motifs qui nous Ă©chappent, mĂŞme si elle souffre de dĂ©pression et suit un traitement mĂ©dicamenteux.

Mais le plus glaçant reste la manière dont le rĂ©alisateur montre comment ce sadisme peut contaminer toute une assemblĂ©e d’enfants, qui perdent progressivement leur innocence dans une spirale de cruautĂ© gratuite parfois insoutenable.

C’est donc peu dire que An American Crime est un film odieux, mais dans le sens noble du terme, puisqu’il ne se complaĂ®t jamais dans le voyeurisme ni dans la surenchère. Bien au contraire, il impose une distance qui rend le tout encore plus insoutenable. Grâce Ă  l’interprĂ©tation bouleversante d’Elliot Page, absolument dĂ©chirante d’impuissance et de fragilitĂ© candide, le film devient un vĂ©ritable requiem.

On peut Ă©galement souligner la performance de Catherine Keener, tĂ©tanisante de froideur dans le rĂ´le de Gertrude Baniszewski, figure maternelle Ă  la fois effacĂ©e, impassible et atone, dont l’ambiguĂŻtĂ© morale continue de hanter bien après la vision.

Le film intègre enfin une dimension judiciaire à travers des séquences de procès où sont exposés les jugements des différents accusés, renforçant encore la dimension clinique et implacable du récit.

An American Crime est ainsi un terrible fait divers mis en scène avec pudeur, dignitĂ© et prĂ©cision. On en ressort abasourdi, voire dĂ©truit, face Ă  une cruautĂ© morale et physique qui sature l’Ă©cran 1h30 durant.

Autant dire qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’en sortir indemne.

A ne pas mettre entre tous les yeux.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

Dead Snow de Tommy Wirkola. 2009. Norvège. 1h30.

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Révision hier soir du petit film d'horreur norvégien Dead Snow, réalisé par Tommy Wirkola, qui réitérera d'ailleurs l'exploit avec une suite tournée cinq ans plus tard, Dead Snow 2: Red vs. Dead (on me chuchote à l'oreille qu'elle est encore plus réussie ! ?).

Or, le film qui nous intéresse ici est une formidable série B à l'ancienne, symptomatique d'un cinéma horrifique - pour rire - des années 80, si bien que les amateurs éclairés de films de zombies se réjouiront d'assister à un divertissement aussi fun que cartoonesque, dosant avec une habileté certaine humour et frissons.

Et c'est notamment ce qui fait la réussite de ce petit film d'horreur norvégien : prendre au sérieux et avec respect le genre horrifique, ou plus précisément le mythe du zombie, en abordant son sujet avec un réel investissement, même si le récit demeure aussi classique que simpliste.

Ce qui rend Dead Snow si attractif et jubilatoire, c'est avant tout sa capacité à divertir à travers une accumulation de séquences extrêmes, chocs et spectaculaires, portées par un art consommé du gore ultra-sanglant. D'autant plus que les effets spéciaux artisanaux sont formidablement réussis, permettant de savourer pleinement ces gerbes d'hémoglobine qui envahissent l'écran presque sans interruption durant la dernière heure du métrage. On pense d'ailleurs à nos classiques de notre adolescence parmi lesquels Evil-dead 1 et 2, Brain Dead ou encore Bad Taste auquel le réalisateur voue une véritable passion à peine dévoilée ici lors d'aimables clins d'oeil.

L'immersion fonctionne d'autant mieux que les zombies font preuve d'un véritable charisme patibulaire. On croit en eux, en leur capacité à terroriser leurs victimes comme à les dézinguer avec une férocité réjouissante. On pense même parfois au fabuleux Le Commando des morts-vivants, toute proportion gardée.

À la différence près qu'ici, la photographie est absolument splendide. Cette imagerie enneigée met superbement en valeur les magnifiques décors naturels, au point que l'on pourrait presque parler d'un second rôle tant le réalisateur les intègre à l'action et à l'identité même du film.

Quant aux comédiens norvégiens, tous quasiment inconnus sous nos latitudes, cela constitue paradoxalement une véritable plus-value. On se familiarise d'autant plus facilement avec eux et ils se prêtent à l'aventure avec une détermination sans faille.

À l'arrivée, Dead Snow constitue pour moi, à la faveur de cette révision, un véritable petit coup de cœur (que j'aurai mieux faire de revoir bien plus tôt). Un délire norvégien capable d'angoisser autant qu'il fait marrer, porté par une générosité, un sens du spectacle et un respect du genre qui évoquent, à leur manière, Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon ou encore Shaun of the Dead.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

vendredi 12 juin 2026

Splinter de Toby Wilkins. 2008. U.S.A. 1h22.

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Alors hier soir, révision du très sympa Splinter de Toby Wilkins, réalisé en 2008. Il s'agit de son premier long métrage et, pour un DTV, je me souviens qu'à l'époque il n'était pas passé inaperçu. À raison, puisque ce formidable petit film réalisé avec trois francs six sous ressemble à s'y méprendre à ces productions des années 80 qui pullulaient alors et que l'on aimait regarder prioritairement le samedi soir.

Nous sommes ici exactement dans le moule de ces divertissements modestes qui dégagent un charme et une sympathie indéfectibles. Grâce à un concept pourtant éculé, on pense inévitablement à The Thing, puisqu'une sorte de parasite venu d'on ne sait où s'accapare le corps de ses victimes et les fait muter en une créature protéiforme.
 

En tablant sur la fameuse situation du huis clos au sein d'une station-service où se retrouvent piégés un jeune couple, un preneur d'otages et son complice, Toby Wilkins joue la carte du survival avec une efficacité permanente. Si bien que durant 1h20 (durée idoine hélas révolue !), on demeure complètement impliqué dans l'action autant que dans un suspense particulièrement tendu, ponctué de quelques séquences-chocs que les amateurs ne manqueront pas d'applaudir.

Je pense notamment à une scène hallucinante qui, malgré son caractère totalement improbable, tire justement sa force de cette invraisemblance même. Celle-ci permet à Toby Wilkins de renforcer à la fois la tension et le dégoût suscités par une séquence aussi extrême que mémorable. Mais chut...
 

Plutôt bien réalisé, Splinter profite également d'effets spéciaux convaincants qui misent autant sur la suggestion que sur le minimalisme grâce à un montage volontairement épileptique. Certes, cela constitue parfois un défaut puisque l'on distingue mal la créature, mais le procédé fonctionne étonnamment bien. Cette silhouette insaisissable renforce même le mystère et la fascination qu'elle exerce. Une manière habile de pallier le manque de moyens tout en rendant la menace encore plus inquiétante.

À d'autres moments, les séquences-chocs impressionnent par leurs effets spéciaux artisanaux qui provoquent une véritable répulsion viscérale, notamment grâce à ce parasite injectant d'effroyables épines dans la chair de ses victimes afin de les contaminer.
 

Splinter est d'autant plus distrayant et intense qu'il est impeccablement interprété par des acteurs méconnus, à l'exception de Shea Whigham, affirmé dans le rôle du preneur d'otages avec une sobriété payante. Quant au jeune couple incarné par Paulo Costanzo et Jill Wagner, il s'en sort admirablement. Toby Wilkins a d'ailleurs l'intelligence de faire évoluer ses personnages de manière crédible, en leur accordant une véritable capacité de réflexion pour tenter de déjouer la menace qui cherche par tous les moyens à s'infiltrer dans la station-service.

Le réalisateur utilise ainsi d'excellentes idées narratives pour relancer constamment l'action et renforcer la crédibilité de ce contexte fantastique dont on ignore jusqu'à l'origine du parasite. Une part de mystère qui contribue grandement à l'efficacité de l'ensemble.
 

À l'arrivée, deux décennies plus tard, je me rends compte que Splinter demeure toujours aussi efficace, spectaculaire, impressionnant grâce à son suspense tendu savamment dosé et à la conviction de ses comédiens, étonnamment impliqués qu'ils demeurent méconnus. Une vraie performance lorsque l'on sait que l'essentiel du film repose sur seulement quelques personnages enfermés dans un même lieu.

Splinter reste donc une réjouissante petite réussite, une série B horrifique aussi modeste qu'efficace que les amateurs éclairés feraient bien de réviser.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

mercredi 10 juin 2026

Batman v Superman de Zack Snyder. 2016. U.S.A. 3h02 version longue

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Hier soir, découverte pour la première fois de la version longue de Batman v Superman : L'Aube de la Justice de Zack Snyder. Une Ultimate Edition de 3h02, rien que ça.

Et comment rester indifférent face à un blockbuster d'une telle ampleur, d'une telle ambition ? D'emblée, il faut souligner que cette version longue clarifie considérablement un récit parfois jugé complexe, notamment à travers les enjeux politiques, les manipulations de Lex Luthor et la progression de l'enquête menée par Clark Kent.

Ce qui m'a frappé durant la totalité du métrage, c'est avant tout l'ambition de Zack Snyder d'assumer un premier degré total, notamment dans son rapport à la violence. J'ai d'ailleurs été étonné par certaines séquences particulièrement brutales, preuve que nous ne sommes pas face à un simple film de super-héros calibré pour les ados, en bonne et due forme.
 

Et surtout, Batman v Superman ne se résume pas à l'affrontement de deux icônes qui peut d'ailleurs quelque peu décevoir lors du fameux mano à mano. D'un point de vue personnel, j'y vois également - et surtout - une superbe déclaration d'amour maternel. Derrière le choc des titans se dessine une histoire de filiation et de préservation, dont l'enjeu ultime consiste à sauver Martha Kent. J'ai trouvé cette trajectoire émotionnelle particulièrement forte et touchante, tant elle révèle l'humanité de ces deux figures héroïques. Unir leurs forces pour des enjeux de rédemption, de paix avec son passé, d'héroïsme, d'amour et de pardon. Tout cela au prix d'un prénom commun. Celui d'une mère sur le point d'être à nouveau sacrifiée.

Pour autant, le film demeure un grand spectacle Ă©videmment, bien que pas si destroy que prĂ©vu. Contrairement Ă  ce que sa rĂ©putation pourrait laisser croire, Zack Snyder ne verse pas constamment dans la destruction massive. Il rĂ©serve l'essentiel de sa dĂ©mesure Ă  la dernière heure, et plus particulièrement Ă  une demi-heure finale absolument apocalyptique lors du combat contre Doomsday. L'ampleur de ces affrontements nocturnes relève quasiment de l'opĂ©ra visuel, tant la mise en scène semble repousser sans cesse les limites du spectaculaire. On en prend littĂ©ralement plein les mirettes au point de se pincer l'Ă©piderme. 
 

Mais au-delà de l'action intermittente, Batman v Superman séduit également par sa noirceur et son épaisseur psychologique. Batman apparaît comme un homme usé, consumé par la rage et le sentiment d'avoir perdu foi en l'humanité. À l'inverse, Superman devient ici une figure quasi mythologique, dont les pouvoirs suscitent autant l'admiration que la méfiance.

Le film développe d'ailleurs une réflexion passionnante sur le pouvoir. Que se passe-t-il lorsqu'un individu possède une force quasi divine ? Peut-on être certain qu'elle ne se retournera jamais contre les hommes ? C'est précisément cette interrogation qui nourrit les craintes de la population comme celles de Batman lui-même.
 

Dans cette tourmente, Lois Lane occupe une place essentielle. Toujours incarnée avec beaucoup de justesse par Amy Adams, elle apporte à Superman une tendresse, une empathie et une humanité qui contrebalancent admirablement la dimension quasi divine du personnage, sans jamais en faire trop. J'ai même trouvé son rôle plus important car plus présente encore que dans Man of Steel.

La différence entre les deux films me paraît d'ailleurs flagrante. Si Man of Steel impressionnait déjà par son ambition et sa démesure en roue libre, Batman v Superman pousse encore plus loin la noirceur, la complexité et les thématiques abordées. Certains dialogues se révèlent parfois difficiles à suivre à mes yeux, mais cette richesse substantielle contribue aussi à faire du film une œuvre qui mérite d'être revue. Un seul visionnage ne me semble clairement pas suffisant.
 

Au fond, Batman v Superman apparaît comme un blockbuster atypique et presque baroque, mêlant thriller politique, réflexion sur le pouvoir, affrontement idéologique, drame psychologique et questionnement religieux autour de Superman, sans oublier les manipulations machiavéliques de Lex Luthor.

À ce titre, Jesse Eisenberg constitue pour moi une véritable surprise. Son Lex Luthor ne ressemble à aucun de ceux qui l'ont précédé. Alors qu'il pourrait parfois sombrer dans la caricature, l'acteur parvient constamment à maintenir un équilibre fascinant entre excentricité, intelligence et folie. Il compose un personnage lunaire, dérangé, imprévisible, dont la présence singulière ne cesse d'alimenter le malaise dans une subtile mesure. Probablement l'acteur le plus étonnant et imprévisible du casting.
 

Au final, Batman v Superman représente à mes yeux l'un des grands films de super-héros modernes. Un film ambitieux, imparfait sans doute (notamment pour son émotion un peu trop froide), mais profondément personnel, audacieux (sa conclusion inouïe dans sa dramaturgie imposée) et surtout intègre. Plus que jamais, Zack Snyder y poursuit sa volonté d'aborder le genre au premier degré afin de l'élever vers quelque chose de plus adulte, de plus tragique et de plus ample.

Et c'est à mon sens tout à fait réussi car cette expérience de cinéma "autre" laisse des traces plus profondes qu'il n'y parait.

Dédicace à Kevin Beluche
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤ 

lundi 8 juin 2026

Solomon Kane de MJ Bassett. 2009. France/Angleterre/République Tchèque. 1h44.

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Je n'avais pas revu Solomon Kane depuis sa sortie en 2009 et, à l'époque, j'avais été quelque peu déçu par le résultat. Or, à la revoyure, j'ai complètement changé d'avis puisqu'il s'agit d'un formidable film d'heroic fantasy, une aventure médiévale pleine de bruit et de fureur, moulée dans une série B débordante de charme et de sympathie.

Si l'on peut tiquer sur le classicisme de son schéma narratif, déjà exploité dans moult récits d'aventure, l'efficacité de ses scènes d'action, le caractère très attachant de son héros (endossé par le très impliqué James Purefoy) et de ses seconds rôles, la beauté visuelle particulièrement soignée de ses décors naturels et de ses effets numériques persuasifs, ainsi que l'émotion émanant de plusieurs séquences dramatiques emportent finalement l'adhésion. Au point de laisser en mémoire une série B à l'ancienne réalisée avec un soin manifeste et un véritable amour du genre.


Comme quoi, il est toujours possible de prendre un vrai plaisir devant une œuvre modeste mais si généreuse assumant pleinement sa simplicité narrative lorsque celle-ci est portée par une exécution aussi consciencieuse. De ce fait, Solomon Kane mérite aujourd'hui d'être revu, voire réhabilité, par tous les amateurs d'heroic fantasy.

D'autant qu'en s'inspirant d'un personnage créé par Robert E. Howard, le film développe une réflexion étonnamment pertinente sur la contamination du mal et la quête de rédemption. Maudit par son passé et confronté aux conséquences d'un pacte démoniaque, Solomon tente tout au long de son périple de sauver l'âme des autres autant que la sienne. Son combat pour secourir une jeune paysanne devient alors le symbole d'une réconciliation avec sa propre conscience.


Sous ses atours de divertissement fantastique romantique, peuplé de démons et sorcières; le film interroge finalement la possibilité du pardon, de la seconde chance en somme, et la capacité de chacun à se relever de ses fautes. Une thématique universelle qui confère à cette aventure assez violente une profondeur inattendue en filigrane.

Une belle redécouverte donc qui parvient à divertir sans ennui et à dépayser sous une facture formellement onirique.

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dimanche 7 juin 2026

Kong: skull island de Jordan Vogt-Roberts. 2017. 1h58. U.S.A/Canada

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Redécouverte de Kong: Skull Island, nouvelle relecture du mythe de King Kong après le chef-d'œuvre de Peter Jackson.

Si l'on est évidemment loin de rivaliser avec la splendide réussite de Jackson, Kong: Skull Island choisit une direction sensiblement différente en s'apparentant davantage à une vaste bande dessinée belliqueuse mêlant film de guerre, aventure, action et fantastique. Une orientation plutôt sympathique, à la modeste efficacité en raison d'un scénario assez ténu et d'un manque d'intensité lors de certaines confrontations entre les créatures et les humains.


Paradoxalement, les meilleurs moments du film sont concentrés dans son prologue et son splendide final. L'attaque des hélicoptères militaires par Kong demeure un morceau de bravoure spectaculaire, d'une puissance visuelle indéniable, tandis que l'affrontement final contre la créature dominante de l'île retrouve le souffle épique que l'on aurait aimé voir davantage exploité tout au long du récit.

On peut regretter la relative pauvreté de l'intrigue, ce qui s'avère d'autant plus frustrant que plusieurs personnages sont plutôt attachants. Quand bien même Samuel L. Jackson compose un excellent antagoniste à travers ce colonel résigné, consumé par son obsession de détruire Kong. Son désir de vengeance s'érige en affaire personnelle avec ironie, au mépris de ses propres hommes et de ceux qui comprennent progressivement que le véritable équilibre de l'île repose justement sur la présence du gigantesque gorille.


Cette opposition entre le militaire revanchard et Kong constitue d'ailleurs l'un des aspects les plus réussis du film, apportant une tension dramatique bienvenue à un récit parfois trop dispersé.

Au final, malgré ses défauts évidents, Kong: Skull Island demeure un divertissement recommandable auquel on ne s'ennuie jamais vraiment. Truffé de séquences d'action souvent impressionnantes et toujours spectaculaires, d'humour noir inattendu (n'importe qui peut trépasser à tous moments !), le film séduit surtout par son extraordinaire travail visuel. Entre une photo solaire rutilante, des décors exotiques magnifiés et des images parfois superbes, voire franchement oniriques, il parvient à instaurer une véritable sensation d'immersion.


C'est d'ailleurs là que réside sa plus grande réussite : dans sa capacité à nous transporter au cœur d'un univers hostile, mystérieux et fascinant, porté par cette imagerie ensorcelante dont on conserve en souvenir quelques fabuleux affrontements entre ses monstres au gigantisme improbable.

Un plaisir innocent tout bien considéré.

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samedi 6 juin 2026

Marsupilami de Philippe Lacheau. 2025. 1h38. France.

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Découverte du nouveau film de Philippe Lacheau. Et que dis-je, découverte du nouvel événement, puisque chaque sortie de la bande à Fifi provoque invariablement le même phénomène : les spectateurs se ruent en masse dans les salles. Ainsi, Marsupilami ne déroge pas à la règle puisqu'il a attiré plus de six millions de spectateurs chez nous. Un succès amplement mérité tant cette comédie survoltée, inspirée de la célèbre bande dessinée franco-belge, dégage une énergie, une insolence et une folie pulsatiles.

Comme dans toutes les comédies de Mister Lacheau, on retrouve cette rythmique effrénée héritée des ZAZ, mais aussi des Charlots des années 70 et 80. À la différence près que Philippe Lacheau est, n'en déplaise à ses détracteurs, un authentique cinéaste. Un véritable passionné de cinéma, comme il le prouve une fois encore à travers sa réalisation particulièrement inspirée, portée par un sens du découpage et du montage qui force l'admiration. Les séquences d'action, d'un dynamisme impressionnant, sont orchestrées avec une précision qui me laisse pantois.
 

Et d'ailleurs, je me demande sincèrement où va-t-il chercher toutes ces idées plus improbables et saugrenues les unes que les autres. Marsupilami instaure en moyenne un gag toutes les dix secondes, qu'il soit visuel ou verbal, sans jamais donner l'impression de forcer son humour. C'est là la grande réussite de ses métrages que de tabler à chaque fois sur sa sincérité, son instinct inné à vouloir nous faire rire le plus naturellement. Tous les acteurs sont évidemment à la fête, totalement investis dans leurs compositions débridées (mention à Tarek Boudali, à mourir de rire en crooner raté, et à Julien Arruti en ignorant impayable), communiquant au spectateur une bonne humeur aussi expansive que contagieuse. Sans oublier, comme de coutume chez Lacheau et sa bande, quelques caméos absolument irrésistibles d'hilarité (Didier Bourdon en mafieux mexicain).

J'aimerais Ă©galement m'arrĂŞter sur le second rĂ´le de Jamel Debbouze. Si je suis habituellement loin d'ĂŞtre un admirateur de l'acteur, je l'ai trouvĂ© ici particulièrement convaincant, rĂ©ellement drĂ´le dans la peau de ce Mexicain empotĂ© confondu Ă  un migrant, dĂ©terminĂ© Ă  protĂ©ger le Marsupilami avec un art consommĂ© de la gaffe en rafale. 
 

Au passage, Philippe Lacheau affiche son attachement à la cause animale en glissant au cœur du récit un propos engagé pour la protection des espèces menacées, notamment à travers un court passage dénonçant les dérives de la vivisection. Une intention louable qui apporte un supplément d'âme à l'ensemble sans nullement alourdir le divertissement festif (photo solaire à l'appui).

Ainsi, Marsupilami cumule les idées folingues à un rythme infernal, au point qu'il devient littéralement impossible de s'ennuyer. Cette comédie familiale tropical pensée pour les spectateurs de 7 à 77 ans conjugue avec bonheur romance, tendresse, émotion et aventure. Entre des séquences d'action ébouriffantes, parfois même anthologiques, et un véritable sens du merveilleux, certaines scènes évoquent directement l'héritage de Spielberg et de Joe Dante, que Philippe Lacheau convoque avec une sincérité et un amour du spectacle profondément communicatifs.
 

C'est dire si ce nouveau cadeau constitue un bonheur de chaque instant, capable de séduire toutes les générations. Rarement la comédie populaire française aura affiché une telle générosité, une telle envie de divertir et de rassembler. Une qualité qu'il convient une nouvelle fois de souligner tant elle se fait précieuse dans le paysage actuel.

Merci donc à Philippe Lacheau et à toute sa bande de nous offrir une comédie aussi lumineuse, avec un coeur qui bat, appelée à rejoindre les plus belles réussites d'une filmographie dont la constance force le respect. Un feu d'artifice de bonne humeur, de fantaisie, de tendresse et de spectacle, porté par une sympathie inégalée chez eux et surtout un amour du cinéma d'évasion qui saute aux yeux à chaque instant.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

vendredi 5 juin 2026

L'incroyable destin de "Dog", le chien de Mad-Max 2.

                                            
 
Le chien de Max devait être euthanasié.
L'un des faits les plus touchants du tournage.
 
Le chien qui accompagne Max fut trouvé dans un refuge seulement un jour avant son euthanasie programmée. Un membre de l'équipe remarqua son caractère lorsqu'il joua spontanément avec une pierre. Il fut adopté pour le film puis recueilli par un technicien après le tournage. Les bruits des moteurs l'effrayaient tellement qu'on lui fabriqua des bouchons d'oreilles spéciaux.
 
Ce que j'aime dans ce genre d'anecdote, c'est qu'elle casse un peu la magie tout en la renforçant paradoxalement. Ă€ l'Ă©cran, ce chien paraĂ®t parfaitement intĂ©grĂ© Ă  l'univers de Mad Max 2. On pourrait croire qu'il est dressĂ© pour survivre dans le dĂ©sert post-apocalyptique depuis des annĂ©es. 
 
 
C'est aussi ce qui rend les films de George Miller si attachants. Derrière leur apparence de mythes modernes, on retrouve souvent quelque chose de très concret, presque artisanal. Mad Max 2 a été tourné avec une équipe relativement modeste, beaucoup d'ingéniosité et une bonne dose de débrouillardise. Les véhicules, les costumes, les cascades, les animaux : tout semble exister physiquement devant la caméra.
 
Et puis il faut reconnaître que ce chien possède un véritable charisme. Dans certains plans, il vole presque la vedette à Mel Gibson. Son regard constamment en alerte, sa façon de surveiller les alentours ou de récupérer des objets donnent l'impression qu'il a sa propre histoire dans ce monde en ruines.
 
Il y a quelque chose de presque symbolique dans cette histoire. Dans un univers où la civilisation s'est effondrée, où l'égoïsme et la violence semblent avoir remplacé toute forme de solidarité, la relation entre Max et son chien constitue l'un des rares liens sincères du film. Le chien ne trahit pas, ne manipule pas, ne convoite rien. Il accompagne simplement Max dans sa solitude.
 
 
Savoir qu'en dehors de la fiction, cet animal était lui-même condamné avant d'être sauvé par hasard ajoute une dimension supplémentaire à leur relation. C'est d'autant plus émouvant que George Miller ne cherche jamais à en faire un compagnon attendrissant au sens hollywoodien du terme. Le chien est débrouillard, indépendant, parfois presque aussi sauvage que son maître. Il appartient pleinement à cet univers.
 
D'ailleurs, lorsque le chien disparaît du récit, c'est souvent l'un des moments les plus douloureux pour les spectateurs. Beaucoup se souviennent davantage de son sort que de celui de certains personnages humains. Cela dit quelque chose de la tendresse discrète que Miller parvient à faire exister au milieu de toute cette brutalité.
 
Et puis il y a cette image magnifique : Max, devenu une légende errante, partageant son maigre repas avec un chien récupéré dans les ruines du monde. Sans grands discours, cela raconte déjà énormément sur le personnage.
 
 
Je me demande même si ce n'est pas le dernier véritable compagnon de Max avant que le mythe ne l'engloutisse complètement. Après Mad Max 2, il devient presque une silhouette, un fantôme traversant les déserts de l'histoire.
 
Une petite anecdote supplémentaire : le chien était si peu impressionné par les acteurs déguisés en pillards que l'équipe devait parfois attirer son attention avec de la nourriture ou des jouets hors champ pour qu'il regarde dans la bonne direction. Ce survivant des refuges ne semblait guère intimidé par les barbares de l'apocalypse !
 
Je suis persuadé que si George Miller avait tourné dix minutes supplémentaires centrées sur lui, les fans de Mad Max les regarderaient encore aujourd'hui avec le même enthousiasme que le reste du film.
D'ailleurs, parmi tous les compagnons animaux du cinéma post-apocalyptique, il reste pour beaucoup l'un des plus mémorables, précisément parce qu'il n'est jamais humanisé. Il demeure un chien, avec ses instincts, ses réflexes et son indépendance. Cela le rend paradoxalement plus réel et plus attachant.
 
 
Et entre nous, ĂŞtre sauvĂ© d'une euthanasie pour finir immortalisĂ© dans l'un des plus grands films d'action jamais rĂ©alisĂ©s, ce n'est pas un mauvais destin. 
 
- Celle du coeur noir des images.

mercredi 3 juin 2026

Hokum de Damian McCarthy. 2026. 1h47. U.S.A.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Découverte de Hokum, réalisé par Damian McCarthy, et quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver face à une œuvre modeste mais redoutablement efficace dans sa conception d'un suspense horrifique mené sans temps mort. Il s'agit toutefois d'un suspense larvé, car ici, ce ne sont pas les effets-chocs qui priment, mais la caractérisation psychologique d'un romancier américain réfugié dans un hôtel isolé afin d'achever la conclusion de sa trilogie consacrée à un conquistador.

Au fil du récit, nous apprenons que cet écrivain demeure profondément marqué par la disparition tragique de sa mère. Dès lors, son séjour dans l'établissement prend une tournure de plus en plus étrange lorsqu'il se lance sur les traces d'un personnage mystérieusement disparu, dont je tairai le nom afin de ne rien spoiler. Ce périple le confronte alors à une série de phénomènes surnaturels, notamment liés à la possible existence d'une sorcière dont l'ombre semble planer sur les sous-sols de l'hôtel.
 

Ce qui force le respect dans Hokum, c'est que Damian McCarthy ne prend jamais son spectateur pour un imbécile, encore moins pour un adolescent décérébré. Son récit, solidement structuré, repose autant sur l'exploration psychologique de son héros que sur un suspense horrifique savamment distillé. Jouant avec la suggestion, le silence, le hors-champ et quelques effets de surprise disséminés en arrière-plan, le réalisateur instaure une tension diffuse qui ne cesse de gagner en intensité. Et le résultat fonctionne admirablement puisque l'on est embarqué dans une enquête à la fois policière et surnaturelle sans pouvoir lâcher prise.

Ainsi, à travers les thématiques du deuil et de l'incapacité à l'accepter pleinement, de l'alcoolisme dont souffre le héros, de la culpabilité, de la rédemption et surtout de l'expiation, qui altèrent notre rapport à nous-mêmes et aux autres, Hokum impose un formidable suspense horrifique où des personnages volontairement ambigus nous interrogent constamment sur leurs véritables intentions. Interprétés avec une grande sobriété et sans la moindre outrance, ils participent à instaurer une atmosphère de méfiance permanente qui nourrit cette tension anxiogène, cette inquiétude permanente, cette angoisse parfois terrifiante.
 

En s'appuyant sur la figure mythologique de la sorcière, héritée des contes populaires et des grands classiques de l'épouvante que nous connaissons tous, Damian McCarthy construit un récit particulièrement habile qui entretient jusqu'au bout le doute quant à la véritable existence de cette présence maléfique. Le cinéaste joue ainsi avec les attentes du spectateur sans jamais lui offrir de réponses trop faciles.

Confiné dans les sous-sols de l'hôtel, l'écrivain O'Malley Bowman s'efforce non seulement d'élucider la mystérieuse disparition d'un pensionnaire, mais également d'affronter les blessures d'un passé marqué par la mort tragique de sa mère. C'est d'ailleurs ce qui permet à Hokum de ne jamais se limiter à un seul composant horrifique. Le film déploie une véritable dimension émotionnelle qui contribue à élever le genre vers une forme de maturité que les productions de cette catégorie ont tant besoin.
 

Tout en captivant son public, Damian McCarthy fait preuve d'ingéniosité dans l'exploitation de son micro-budget. Les recoins, corridors et sous-sols de l'hôtel deviennent les pièces maîtresses d'un véritable labyrinthe mental, sublimé par une photographie aux teintes sépia assez magnétiques pour nous séduire. Le réalisateur transforme ainsi chaque espace en source potentielle d'inquiétude et de danger, nous plongeant dans une expérience à la fois trouble, oppressante et fascinante.

Pour tous les amateurs d'horreur adulte, je vous recommande donc de dĂ©couvrir ce petit mĂ©trage truffĂ© d'astuces, d'intelligence et de qualitĂ©s chères au genre que nous chĂ©rissons tous. Car Damian McCarthy nous offre un excellent moment d'angoisse oĂą les genres nobles de l'horreur (ici, la plus souvent suggĂ©rĂ©e) et du drame psychologique se confondent Ă  l'unisson, au service d'un rĂ©cit aussi fort que finalement Ă©mouvant. A l'instar de cette ultime Ă©treinte, sans repère spatial, qui ne laissera personne indiffĂ©rent. 
 
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lundi 1 juin 2026

Man of Steel de Zack Snyder. 2013. U.S.A. 2h23.

                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Avant-propos:

C'est un phénomène plus fréquent qu'il n'y paraît chez les cinéphiles. Contrairement à ce que beaucoup prétendent, les films demeurent les mêmes, figés dans leur matière et leur époque, mais notre regard, lui, poursuit son cheminement. Nous ne revoyons jamais exactement le même film, parce que nous ne sommes plus exactement le même spectateur.
Avec les années, certaines œuvres, parfois mineures, nous quittent tandis que d'autres nous attendent patiemment au détour d'une revisite. Car lorsque notre manière de regarder le monde change, les images que nous contemplons changent elles aussi.

  
"Le choc des Titans".

Révision du fameux "Man of Steel" de Zack Snyder. À sa sortie en 2013, je dois bien l'avouer, ce fut une profonde déception. Une acrimonie sans doute née d'une erreur de perspective : celle de l'avoir constamment comparé au chef-d'œuvre de Richard Donner, sans ne pouvoir m'y empêcher tant je l'idolâtre, tout en fantasmant le film que semblait promettre sa magnifique bande-annonce, tendre, lyrique et contemplative, largement inspirée de l'influence de Terrence Malick.

Or, plus de dix ans plus tard, le verdict est tout autre. Mieux encore, et c'est depuis ces derniers temps devenu une habitude : je fais mon mea culpa.

Car après l'avoir revu aujourd'hui, "Man of Steel" m'est apparu comme un spectacle d'action ahurissant, un blockbuster d'une puissance phénoménale, un véritable rouleau compresseur visuel qui ne cesse de monter en intensité jusqu'à atteindre des sommets rarement égalés dans le cinéma super-héroïque (même si je n'ai pas tout vu ces dernières années).
Zack Snyder prend son temps pour installer son univers, ses personnages et la mythologie kryptonienne, mais une fois les enjeux posés, le film se transforme progressivement en une gigantesque déflagration cinématographique.

Et quelle déflagration !


Les quarante-cinq dernières minutes, voire l'heure finale tant la notion de temps s'est dissoute, constituent à mes yeux l'un des plus impressionnants morceaux de bravoure du cinéma d'action moderne. Les affrontements titanesques se succèdent à un rythme infernal, les destructions massives pulvérisent tout sur leur passage, et pourtant JAMAIS LE REGARD NE SE PERD. Là où tant de blockbusters contemporains sombrent dans le chaos illisible (à l'instar du cinéma de Emmerich), Snyder conserve constamment la maîtrise de son espace. Chaque coup porté, chaque impact, chaque envolée supersonique demeure parfaitement lisible dans sa vélocité.

C'est précisément ce qui distingue "Man of Steel" des productions les plus bruyantes du genre. Ici, la démesure ne se fait jamais au détriment de la clarté. Le spectateur reste captivé, hypnotisé même, par des effets numériques qui conservent une puissance visuelle stupéfiante.


Comme le disait Alfred Hitchcock, plus le méchant est réussi, meilleur est le film. Et à ce titre, Michael Shannon livre une composition remarquable dans le rôle du général Zod. Habité par une détermination fanatique, il incarne un adversaire hargneux d'une redoutable efficacité impassible. Sa confrontation avec Superman donne naissance à une succession d'affrontements dantesques dont la brutalité physique demeure anthologique.

Certes, on pourra regretter un manque d'émotion intimiste comparé au chef-d'oeuvre de Richard Donner. Pourtant, l'émotion existe bel et bien. Elle se situe simplement ailleurs. Elle naît de la puissance des images, de l'intensité des affrontements, de cette sensation permanente d'assister à quelque chose qui nous dépasse. Car "Man of Steel" privilégie les émotions fortes aux émotions tendres, l'ivresse du gigantisme à la nostalgie du conte féérique cher à Donner.


L'acteur Henry Cavill s'impose quant à lui comme un Superman particulièrement convaincant. Sa présence physique, son charisme naturel et sa stature quasi mythologique confèrent au personnage une noblesse, une classe indéniable. Monolithique sans être froid, impérial sans être arrogant, il compose un Superman crédible, sobrement humain et attachant.

Face à lui, Amy Adams parvient à faire oublier l'interprétation de Margot Kidder. Son incarnation de Lois Lane possède sa propre identité, mêlant intelligence, douceur, fascination et détermination. Loin d'être réduite à une simple figure romantique, elle existe pleinement comme personnage autonome.


Ainsi, plus d'une décennie après sa sortie, je retourne sans rougir ma veste pour déclarer ma flamme à "Man of Steel". Zack Snyder y impose intelligemment une vision personnelle, ambitieuse, audacieuse et sincère du mythe de Superman. Un film sciemment excessif, parfois maladroit peut-être, mais porté par une foi inébranlable dans son sujet.

Aujourd'hui, je n'hésite plus à considérer "Man of Steel" comme l'un des grands morceaux de cinéma d'action super-héroïques de son époque. Une œuvre expressive à la fois majestueuse, crépusculaire et démesurée, dont le sérieux presque opératique finit par rendre crédibles les folies les plus hyperboliques. Un spectacle total, une expérience de cinéma qui, cette fois-ci, m'a laissé sur le carreau.

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Godzilla de Gareth Edwards. 2014. U.S.A/Japon. 2h02.

                      (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Comme j'ai honte à la revoyure de Godzilla (2014) de Gareth Edwards, car je peux avouer sans rougir que je fais mon mea culpa tant j'ai été happé par ce blockbuster intelligent où le spectacle est total.

Et pourquoi parler de blockbuster intelligent ? Parce que Gareth Edwards a l'habiletĂ© de suggĂ©rer le monstre durant près de trois bons quarts d'heure, privilĂ©giant scrupuleusement l'aspect documentĂ© d'un scĂ©nario catastrophe qui prend peu Ă  peu forme au fil d'une Ă©volution narrative menĂ©e en crescendo. 


Cette montée en puissance progressive nourrit une tension constante et confère au film une crédibilité tout à fait tangible. Bourré d'effets spéciaux numériques ahurissants de réalisme, Godzilla renoue avec le sens du merveilleux d'antan à travers un spectacle pyrotechnique étourdissant de virtuosité. On reste rivé à son siège hormis le manque de charisme du héros juvénile interprété par Aaron Taylor-Johnson dans le rôle du lieutenant Ford Brody. Il faut bien avouer qu'en dépit de sa bienveillance naturelle, le personnage peine à susciter une véritable empathie (notamment auprès de ses rapports de couple), son expressivité limitée et son manque de relief émotionnel constituant les principales faiblesses du récit.

Et pourtant, tout le reste emporte tout sur son passage, puisque l'intérêt se trouve sous les écailles. Gareth Edwards croit profondément à ce qu'il filme et imprime à son œuvre un réalisme studieux et documenté qui force le respect tout le long de cette inlassable course contre la montre à déjouer la menace d'un âge préhistorique.


Ainsi donc, Godzilla renoue avec le spectacle émotionnel dans ce qu'il a de plus spectaculaire et de plus grisant. Durant plus de deux heures, on en prend plein la vue grâce à une mise en scène d'une grande élégance visuelle, sublimée par des images de destruction massive d'une beauté sidérante. Quant aux séquences nocturnes opposant Godzilla aux deux MUTO, elles atteignent une dimension apocalyptique, où chaque affrontement résonne comme le choc titanesque de forces primordiales.

Plus qu'un simple film de monstres, Godzilla est une démonstration de puissance cinématographique où le gigantisme n'écrase jamais le sens du récit. Gareth Edwards signe un spectacle redoutable, d'une obstination intraitable à faire croire à l'incroyable, et rappelle avec éclat que le merveilleux naît parfois de ce que l'on choisit de ne pas montrer trop vite.


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Box Office France: 1 361 689 entrées
Budget : 160 000 000 $

Que la bĂŞte meure de Claude Chabrol. 1969. France/Italie. 1h48.

                    (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Hier soir, redécouverte de "Que la bête meure" de Claude Chabrol, après bien des années d'absence, beaucoup trop même. Une redécouverte qui confirme toute la force de ce drame psychologique teinté de polar, où la vengeance devient le moteur d'une réflexion bien plus profonde sur le mal, l'impunité et surtout la transmission quant à son final corsé.

L'histoire suit un père de famille dont le fils est tué par un chauffard qui prend la fuite après l'avoir renversé. Le responsable n'est autre que Paul Decourt, garagiste prospère interprété par un Jean Yanne absolument prodigieux de cruauté ordinaire, accompagné au moment des faits de sa passagère, une jeune actrice bon chic bon genre, qui l'encourage (d'une certaine façon) à fuir ses responsabilités. Dès lors, le père endeuillé entreprend une lente et méthodique quête de vengeance, avançant avec une détermination froide vers celui qui a détruit sa vie.


Chez Chabrol, cependant, le film policier n'est qu'un prétexte. Derrière l'enquête et la préparation de la vendetta se dessine une étude au vitriol d'une certaine bourgeoisie française. Paul Decourt incarne un patriarche tyrannique, abusif, orgueilleux et narcissique, persuadé que sa réussite sociale le place au-dessus des autres. Son argent ne crée pas le mal qui l'habite, mais lui offre un terrain idéal pour prospérer, pour le protéger. Il humilie ses employés, terrorise sa famille, méprise ses proches et traverse l'existence avec la certitude que rien ni personne ne pourra jamais lui imposer de se taire.

Chabrol ne signe pourtant pas un simple pamphlet social. Il ausculte une classe qui a perdu tout sens moral (toute la famille en est impactée), où le confort matériel devient le refuge de la lâcheté et de la violence. La réussite économique protège ici les comportements les plus odieux de Paul en leur procurant une forme d'impunité.


Mais la véritable force du film réside ailleurs. Ce qui hante durablement le spectateur, c'est la question de la filiation. "Que la bête meure" est avant tout un film sur la contagion du mal. Car le plus grave n'est pas seulement ce que Paul Decourt est devenu, mais ce qu'il transmet à son fils. Car dans l'ombre du père se dessine déjà son héritier moral. Le mal ne disparaît pas avec celui qui l'incarne, il survit, se propage et se reproduit.

Cette idée confère au final une dimension particulièrement amère. La vengeance est accomplie, mais rien n'est réellement réparé. La justice espérée laisse place à un constat glaçant : certaines blessures demeurent ouvertes et certains héritages continuent de vivre bien après la disparition de ceux qui les ont engendrés.


Face à l'exubérance monstrueuse de Jean Yanne, Michel Duchaussoy livre une prestation remarquable de retenue et de douleur contenue. Il m'a même fait songer à Patrick Dewaere, toutes proportions gardées par cette même aisance naturelle, son physique ordinaire et son calme contenu. Son personnage avance comme un fantôme, consumé par son deuil, préparant sa vendetta avec une froide lucidité avant d'extérioriser enfin les pulsions destructrices qui l'habitent. Deux hommes se font face, deux pères, deux figures de la filiation, dans un affrontement dont personne ne sort véritablement vainqueur.


Cruel, lucide et profondément pessimiste, "Que la bête meure" demeure (à nouveau si j'ose dire) l'un des grands films de Claude Chabrol. Une œuvre où le drame intime rejoint la critique sociale pour déboucher sur une réflexion bouleversante autour de l'héritage du mal et de l'échec de la transmission parentale ici réduite à la dégénération morale.

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