mardi 21 juillet 2026

The Last Son: la Malédiction / Hideaways de Agnes Merlet. 2011. Irlande. 1h32.

                                                 
                  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Une œuvre pudique, qui procure un sentiment de bien-être."
 
Révision hier soir de The Last Son : La Malédiction (Hideaways), réalisé par la Française Agnès Merlet, qui avait déjà démontré tout son talent avec Le Fils du requin et le fort sympathique Dorothy.
 
Passé relativement inaperçu à sa sortie en 2011 et aujourd'hui largement oublié (en dépit de son édition Dvd chez Wild Side), ce film mérite pourtant d'être redécouvert. Cette modeste mais attachante série B demeure un très joli divertissement, un conte romantico-fantastique où la dimension sentimentale prime largement sur les effets du genre.
 

Agnès Merlet porte un regard profondément humain sur la relation qui unit James Furlong et la jeune Mae O'Mara, atteinte d'un cancer. Leur romance, d'une grande sensibilité, se construit dans l'isolement d'une forêt, James vivant reclus dans une cabane depuis qu'il est victime d'une étrange malédiction : lorsqu'il se sent menacé, ses pouvoirs surnaturels provoquent malgré lui la mort de ceux qui cherchent à lui nuire.
 
La véritable réussite du film réside dans l'attachement qu'il suscite envers ce couple meurtri au sein d'une nature à la fois tranquille et rassurante. Grâce à une approche psychologique délicate, James et Mae s'épaulent dans leurs souffrances respectives, aussi bien morales que physiques. Le tout est sublimé par les magnifiques paysages irlandais, qui confèrent au récit une dimension presque onirique et renforcent ainsi son caractère de conte contemporain.
 
 
Après cette révision, The Last Son : La Malédiction s'impose donc comme un beau poème romantico-fantastique, davantage porté sur les tourments de ses personnages que sur le spectaculaire. Et c'est tant mieux puisque le genre est respecté avec intelligence et humilité. Agnès Merlet y fait preuve d'une sincérité touchante, jusqu'à un final aussi tragique que rédempteur, qui rappelle avec pudeur que, parfois, l'amour dépasse la mort.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤

lundi 20 juillet 2026

Trouble Every Day de Claire Denis. 2001. France/Allemagne/Japon. 1h41.

                   (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

Les amants de la chair.

Vingt-cinq ans après sa sortie, redécouverte de Trouble Every Day, le film indépendant de Claire Denis, présenté hors compétition au Festival de Cannes en 2001 et qui fit alors couler beaucoup d'encre. À la revoyure, cette œuvre singulière me confirme qu'elle demeure un OVNI cinématographique. À la croisée du drame, de la romance et de l'horreur, Trouble Every Day est avant tout une drôle d'expérience: sensorielle, hypnotique, envoûtante.

Claire Denis y fait preuve d'une maîtrise étonnante (alors que je connais mal sa filmo), privilégiant une narration essentiellement visuelle. Ici, les images parlent donc davantage que les dialogues laconiques, conférant au récit une puissance de suggestion fascinante. La réalisatrice filme les corps en plan serré avec une sensualité trouble, s'attardant sur les étreintes, les peaux, les attouchements, les regards et les silences dans une démarche quasi tactile. Une approche qui n'est pas sans rappeler, dans un registre pourtant radicalement différent, la narration visuelle d'un Mad Max: Fury Road, où l'image devient le principal vecteur du récit.
 

Cette atmosphère ouatée et feutrée doit également énormément à la partition des Tindersticks. Portée par de somptueux arrangements de cordes, leur musique, à la fois mélancolique, fragile et obsédante, accompagne magnifiquement le film comme un écho permanent. Elle enveloppe chaque séquence d'une douceur quasi irréelle - en dépit de certaines violences sexuelles - et participe pleinement à cette sensation d'hypnose qui ne quitte jamais le spectateur.

Claire Denis s'entoure d'un trio d'acteurs particulièrement inspiré : Vincent Gallo, Tricia Vessey et Béatrice Dalle. Bien que cette dernière soit relativement peu présente à l'écran, elle marque et hante le récit. Sans jamais verser dans le cabotinage ou la complaisance, elle compose un personnage mutique, tragique, inquiétant et dérangeant. Deux séquences d'une violence extrême viennent d'ailleurs ponctuer le récit. Leur réalisme presque clinique et leur brutalité viscérale sont susceptibles d'éprouver même les amateurs d'horror show les plus aguerris.
 

Mais réduire Trouble Every Day à ces éclaboussures insalubres serait passer à côté de sa véritable nature. Claire Denis utilise l'anthropophagie comme la métaphore d'un désir amoureux et sexuel devenu pathologique, impossible à maîtriser. Shane Brown (Vincent Gallo) et Coré (Béatrice Dalle) sont prisonniers de pulsions irrépressibles qui condamnent toute possibilité d'aimer sans détruire. Tandis que Shane tente de préserver son mariage avec June (Tricia Vessey), Coré vit recluse sous la surveillance de son compagnon, le docteur Léo Semeneau, qui cherche désespérément un remède à cette mystérieuse affection.

Baignant dans un romantisme aussi désespéré que sulfureux, Trouble Every Day explore les thématiques du désir, des pulsions, de la dépendance affective, de la domination et de la soumission au sein du couple. Ici, la sexualité fusionne avec l'anthropophagie, comme si l'amour, poussé à son paroxysme, ne pouvait plus s'exprimer qu'à travers la dévoration de l'être aimé. Les protagonistes apparaissent alors comme des êtres meurtris, prisonniers d'une condition qui les condamne à transformer chacun de leurs élans amoureux en tragédie.
 

Le tout est sublimé par une mise en scène d'une élégance rare, où la douceur des images contraste constamment avec la cruauté de certaines séquences. Ce décalage permanent confère au film une force émotionnelle et sensorielle peu commune, tout en rappelant qu'il s'adresse à un public averti.

Ainsi, Trouble Every Day s'impose, à mes yeux, comme l'une des œuvres les plus audacieuses et les plus personnelles de Claire Denis. Beaucoup la considèrent d'ailleurs comme l'un de ses plus grands films, et je comprends désormais aisément pourquoi. Un film qui continue de hanter bien après le générique de fin et qui donne envie d'y revenir, malgré la rudesse de certaines scènes, tant il dégage un romantisme désespéré, une sensualité troublante et une mélancolie qui s'accrochent à nous.
 

Une œuvre singulière, dérangeante, profondément tourmentée et fiévreuse… et, assurément, un film inclassable à voir et à revoir.

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Mutants de David Morley. 2005. France. 1h35.

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Comme c'est parfois le cas (et c'est tant mieux), pas de problème à avouer que lors de mon premier visionnage, Mutants m'avait laissé de marbre. J'avais surtout eu l'impression d'assister à une tentative française de reproduire 28 jours plus tard, sans réellement adhérer à la proposition. Et pourtant, cette seconde découverte (dominicale) m'a complètement réconcilié avec le film (en dépit de la diction théâtrale des acteurs).

David Morley signe une modeste série B horrifique qui transpire la sincérité et l'amour du genre. Je comprends d'autant mieux pourquoi Mad Movies l'avait tant défendu lors de sa sortie. Certes, son récit demeure relativement classique et sans grande surprise, mais le réalisateur parvient à insuffler une réelle efficacité à ce huis clos enneigé magnifiquement filmé dans les paysages de Haute-Savoie. Dès la première demi-heure, j'ai été séduit par son atmosphère particulièrement envoûtante grâce à une partition musicale mélancolique qui épouse parfaitement ce décor hivernal dévasté, où semblent suinter le danger, la putréfaction et la mort. La photo désaturée sublime ces paysages montagneux aussi photogéniques que dépaysants, renforçant encore davantage l'immersion dans ce film d'ambiance d'autant plus intimiste.

Puis, peu à peu, passée la morsure, le récit bascule ensuite vers un survival centré sur Mark et Sonia, cette dernière étant immunisée après avoir été mordue par un infecté. Alors qu'un virus a décimé la population, tous deux tentent de rejoindre la base militaire Noé après avoir établi un contact par radio CB, nourrissant l'espoir d'y trouver un refuge, voire un traitement capable de sauver Mark. Toute l'émotion du récit repose ainsi sur cette mince lueur d'espoir que Sonia s'efforce de préserver malgré les nombreuses embûches qui jalonnent leur parcours.

Face à eux se dressent des survivants aussi hostiles que désespérés, dont un duo d'antagonistes aussi violents que machistes, venant constamment ébranler leur quête. Les affrontements, d'une brutalité percutante, rappellent inévitablement 28 jours plus tard. Entre maquillages franchement convaincants, montage dynamique et attaques d'une férocité permanente, Mutants délivre un spectacle tendu, haletant et gore en diable. Les gerbes de sang, les corps mutilés et la violence omniprésente participent pleinement à cette ambiance sale, sombre et désemparée.
 
 
Aussi modeste soit-il, Mutants invoque sans ambages le goût du travail bien fait. Car David Morley s'efforce de livrer une série B aussi ludique que séduisante, notamment sur le plan formel, et le pari est réussi. En seulement 1 h 22 (excepté le générique), le film ne laisse pratiquement aucun temps mort et se révèle finalement bien plus efficace et convaincant que dans mon souvenir.

C'est bien connu, certains films ont simplement besoin d'une seconde - voire même d'une troisième - chance pour révéler toutes leurs qualités. A condition aussi de changer de regard pour que les choses puissent changer et s'ouvrir à nous. Mutants en fait désormais partie.

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jeudi 16 juillet 2026

La Castagne / Slap Shot de George Roy Hill. 1977. U.S.A. 2h03.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
"Quand George Roy Hill transforme une farce sportive en formidable chronique sociale."

Révision hier soir de La Castagne, réalisé en 1977 par George Roy Hill. Un film que j'avais découvert ado sur Canal+ un Mercredi soir, et qui m'avait alors profondément marqué par son côté jubilatoire et totalement assumé dans sa manière décalée de traiter le hockey sur glace, avec en tête d'affiche le monstre sacré Paul Newman (tout juste âgé de 52 ans) et une galerie de seconds rôles aussi décomplexés qu'attachants.

À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une œuvre bien plus profonde, intelligente, authentique et réaliste que dans mes souvenirs. Derrière ses bagarres homériques et son humour cocasse, La Castagne raconte avant tout les derniers soubresauts d'une petite ville américaine frappée de plein fouet par le déclin économique. L'équipe de hockey locale devient alors le dernier espoir d'une population qui refuse de s'effacer. Reggie Dunlop, entraîneur-joueur proche de la retraite mais qui refuse de raccrocher, va comprendre alors que le public se passionne désormais davantage pour les affrontements que pour le sport lui-même, et n'hésitera pas à exploiter cette fascination pour tenter de sauver son équipe.
 

Ce qui m'a également frappé, c'est le temps que George Roy Hill accorde à planter son univers industriel et à faire vivre ses personnages pour mieux nous attacher à eux au fil de leurs conquêtes personnelles. Aujourd'hui, rares sont les films qui prennent autant le temps de respirer. Ici, chaque protagoniste existe pleinement, avec ses qualités, ses failles, ses espoirs et ses blessures, sans fard. Cette patience narrative confère au film une profondeur psychologique et une émotion d'autant plus touchantes qui fait toute sa grandeur.

Et puis il y a cette atmosphère si particulière, symptomatique des années 70. À travers le regard que porte George Roy Hill sur ses personnages, j'ai eu le sentiment de replonger dans une époque qui m'a paru plus simple, plus chaleureuse, plus civilisé, plus sensible car profondément humaine. Malgré la crise sociale qui pèse sur la ville, les relations entre les personnages semblent plus sincères, plus spontanées, plus innocentes. Sans idéaliser les années 70 (et Dieu sait si je sacralise cette décennie cinématographique), cette sensation de bien être m'a profondément touché et m'a rappelé combien notre époque actuelle me paraît souvent plus brutale, liberticide et individualiste.
 

Or, l'une des grandes qualités du film réside également dans son réalisme. Aussi extravagantes que puissent paraître certaines scènes, plusieurs d'entre elles s'inspirent de faits authentiques. Ainsi, cette séquence où un spectateur lance une clé au visage d'un joueur avant que la situation ne dégénère dans les tribunes est directement inspirée d'un véritable incident survenu lors d'un match au Canada, comme l'explique la journaliste sportive Sophie Serdini dans un passionnant entretien proposé parmi les suppléments du Blu-ray Elephant Films que j'ai pu voir après la projo. Une preuve supplémentaire que la réalité dépassait parfois la fiction. C'est d'ailleurs précisément lors des années 70 - selon les dires de Sophie - au Canada que le Hockey sur glace put s'implanter et accéder à une immense popularité (c'est même devenu une religion chez eux) en faisant preuve d'un culte de la violence commun de la part du public et des joueurs lors des matchs de compétition.

Et donc, sous ses allures de comédie populaire, La Castagne en souligne une réflexion étonnamment lucide sur la fascination qu'exerce la violence dans le sport, à l'instar du chef-d'oeuvre dans toutes les mémoires: Rollerball. Plus les affrontements deviennent spectaculaires et ingérables, plus le public en liesse en redemande. George Roy Hill observe cette dérive de masse avec beaucoup d'humour, sans jamais perdre de vue l'humanité de ses personnages unis par l'esprit de camaraderie et l'amour de leurs compagnes. 
 

Le réalisateur n'oublie donc pas les relations sentimentales qui unissent ou déchirent ses protagonistes. Les déboires amoureux de Reggie, comme ceux d'un des joueurs, sont traités sans émotions programmées. Car jamais le film ne sombre dans le mélodrame ou la facilité des bons sentiments. Pourquoi ? Parce que son émotion demeure pudique, sincère et noble. Mais surtout, on sent que George Roy Hill éprouve de la tendresse pour cette galerie de personnages cabossés, solidaires et profondément attachants.

Considéré par beaucoup comme le plus grand film consacré au hockey sur glace, La Castagne n'a assurément pas usurpé sa réputation. Avec ses 841 770 entrées en France, il demeure effectivement l'une des plus grandes réussites du cinéma sportif.
 

Près de cinquante ans après sa sortie, cette géniale comédie bonnard n'a rien perdu de sa fougue expansive, de son intelligence ni de sa générosité. Derrière ses bagarres mémorables en mode "Laurel et Hardy" et son humour pittoresque, George Roy Hill signe une chronique sociale d'une réelle finesse et une réflexion toujours actuelle sur le spectacle de la violence qu'on a coutume de s'extasier. Immense film au demeurant, alors qu'au descriptif du Blu-ray édité par Elephant on parle plutôt de "chef-d'oeuvre" du film de Hockey. Rien que ça.

P.S: parait que la version québécoise est à mourir de rire. 
 
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mercredi 15 juillet 2026

Bachrooms de Kane Parsons. 2026. U.S.A. 1h50.

                   (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

                   Backrooms : quand le labyrinthe devient le reflet de nos propres angoisses.

Phénomène mondial en devenir, Backrooms est la première réalisation de Kane Parsons, jeune cinéaste âgé de 20 ans qui adapte au grand écran son propre univers inspiré du célèbre phénomène Internet. Avec un budget particulièrement modeste (10 millions de dollars) au regard de son ambition visuelle, le film connaît un succès impressionnant à travers le monde (360 millions de dollars de recette à ce jour !), confirmant déjà l'émergence d'un nouveau talent du cinéma horrifique. Alors que le studio A24 se frotte les mains par cet exploit commercial inégalé chez eux. 

Or, durant sa première demi-heure, une légère appréhension pouvait naître face à un récit qui prend son temps pour installer son atmosphère feutrée timidement inquiétante. Nous suivons l'errance d'un architecte, Clark, en pleine déroute personnelle qui découvre, dans son magasin de meubles au bord de la faillite, une porte invisible ouvrant sur une dimension parallèle. Une fois franchi ce seuil, le film déploie progressivement son véritable potentiel immersif en instillant un sentiment d'angoisse, de mystère et d'étrangeté de plus en plus prégnant.
 

Perdu dans cet espace aux teintes jaunâtres, composé d'une multitude de pièces semblables et de décors d'ameublement déformés - parfois même semi ensevelis dans le sol - Clark devient le témoin impuissant d'un univers où toute logique semble avoir disparu. La banalité du décor vide se transforme peu à peu en source d'inquiétude, renforcée par cette couleur jaune maladive qui donne au lieu une dimension presque cauchemardesque. Le réalisateur joue habilement avec les espaces et les perspectives, la profondeur de champ et surtout avec ce que l'on ne distingue qu'à peine au fond d'une pièce, laissant l'imagination du spectateur en roue libre. 

Et plus le récit progresse, plus Backrooms plonge son personnage dans les arcanes d'un espace inquiétant peuplé de silhouettes mystérieuses et de présences menaçantes, notamment renforcé de l'habile utilisation du hors-champs sonore. La dernière partie (comptez une bonne demi-heure), notamment à travers l'intervention de sa thérapeute venue tenter de comprendre ce qui lui est arrivé, accentue encore davantage le malaise en révélant une dimension horrifique plus radicale, sans jamais céder totalement à la démonstration de force en dépit d'attaques frontales.
 
 
Au-delà de son efficacité horrifique toujours plus palpable, le film peut également se lire comme une métaphore de nos propres enfermements intérieurs. Ces couloirs interminables et ces pièces qui se répètent pourraient symboliser les schémas mentaux dans lesquels nous nous emprisonnons parfois : nos erreurs répétées, nos regrets, nos peurs et surtout notre incapacité à changer de trajectoire. Les Backrooms deviennent alors la matérialisation d'une prison psychologique, le reflet des tourments de Clark souffrant d'alcoolisme, incapable de s'extraire de ses démons, bloqué dans sa circonvolution mentale.

Personnage fragile et profondément humain à travers sa détresse psychologique, Clark traverse une descente aux frontières de la folie. Son cheminement personnel, marqué par l'échec professionnel, les blessures intimes et une perte progressive de repères, donne au film une dimension plus introspective qu'un simple récit horrifique ludique. Derrière le monstre et l'inconnu se cache finalement une interrogation sur notre rapport à nous-mêmes, sur les dangers, les névroses de la routine, et sur notre capacité à évoluer.
 

Grâce à une mise en scène maîtrisée, Kane Parsons parvient donc à transformer un concept minimaliste en une expérience sensorielle toujours plus troublante. Le réalisateur comprend que la peur naît souvent davantage de ce que l'on imagine plutôt que de ce que l'on voit par la force des images. Les visions terrifiantes de la dernière partie ne sont alors que l'aboutissement d'une tension patiemment construite qui aboutit à un crescendo horrifique anthologique. 

Backrooms est donc une excellente expérience horrifique, à la fois intelligente, originale et véritablement malaisante dans sa finalité. Un film qui prouve une nouvelle fois le vent en poupe d'un genre hétérodoxe capable de se réinventer, comme l'ont encore démontré ces dernières années plusieurs œuvres marquantes. Une réussite qui confirme que le cinéma d'horreur possède encore plus d'un tour dans sa besace. Qu'il a de nombreuses portes à ouvrir... même celles qu'il aurait peut-être mieux valu ne jamais franchir. 
 

Et puis que dire de ce plan final, aussi trouble que dérangeant, conçu pour nous laisser dans ce sentiment d'impuissance irrésolu, de manière à nourrir le mystère, ad vitam aeternam.

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lundi 13 juillet 2026

Adoration de Fabrice du Welz. 2019. France/Belgique. 1h38.

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"Il suffit d'un peu d'imagination pour que nos gestes les plus ordinaires se chargent soudain d'une signification inquiétante, pour que le décor de notre vie quotidienne engendre un monde fantastique. Il dépend de chacun de nous de réveiller les monstres et les fées." 

Boileau-Narcejac. 


                                                           "Les Amants de la pluie."

Découverte d'Adoration de Fabrice du Welz (2019), production franco-belge indépendante qui m'était totalement passée inaperçue à l'époque. C'est grâce à un ami (Jean Pierre Noel) que j'ai eu l'opportunité de découvrir ce magnifique drame psychologique intimiste, porté par le regard de deux ados en quête d'amour, de tranquillité et de reconnaissance.

Le récit suit Paul, dont la mère travaille dans un hôpital psychiatrique privé, et Gloria, une jeune patiente atteinte de schizophrénie. Éperdument amoureux d'elle, Paul décide un soir de prendre la fuite à ses côtés. Commence alors une errance aussi poétique que tragique, que Fabrice du Welz filme avec une pudeur et une sensibilité admirables. La justesse du jeu naturel des deux jeunes comédiens nous immerge dans leur désarroi, leur absence de repères et leur immense fragilité, tandis que la nature, magnifiée par une mise en scène à la fois sensorielle, noble et presque onirique, devient le reflet de leurs émotions.


Mais derrière cette apparente quiétude, ce sentiment rassurant de vivre libre sans le monde des adultes, le récit se fissure progressivement. Les crises de schizophrénie de Gloria viennent troubler cette parenthèse tranquille, faisant naître une tension sombre et une profonde mélancolie. Peu à peu, l'évidence s'impose à nous: dans Adoration, il n'existe aucune véritable issue de secours. Malgré la sincérité de leur amour, Paul et Gloria semblent condamnés à suivre un chemin sans destination - à l'instar de son magnifique plan final pourtant libérateur - dont l'issue ne peut être que douloureuse.

Sans jamais céder au sensationnalisme, Fabrice du Welz filme avant tout deux êtres profondément humains. Gloria hurle son irrépressible désir de vivre, d'aimer et d'être aimée avec une impuissance bouleversante, tandis que Paul, d'une innocence désarmante, refuse obstinément de l'abandonner. Son amour pour elle, la nature, les animaux et surtout les oiseaux - auquel s'ouvre le prologue - traduit toute la pureté de son regard sur le monde, rendant son attachement envers Gloria encore plus poignant.


Par instants, Adoration m'a rappelé La Nuit du chasseur, non par son intrigue elle aussi imprévisible aux fils de leurs rencontres, mais par cette manière de filmer l'enfance confrontée à un monde qui la dépasse. 
Deux adolescents d'une immense détresse morale et sentimentale tentent simplement de se raccrocher à l'amour au sein d'un univers trop dur pour eux, sans jamais en saisir pleinement les règles ni les conséquences. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne songent pas à prêter main forte auprès de ceux qui vacillent sous une humeur trop colérique.   

La beauté du film - qui plus est tourné en 35 MM - réside précisément dans cette infinie délicatesse. À travers un réalisme profondément humain, teinté de poésie et parfois de malaise dépressif, Fabrice du Welz signe une œuvre pudique, intime et d'une rare sensibilité, dont on ne ressort pas indemne.
Merci Jean-Pierre pour la découverte. 

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Récompenses:
Prix André-Cavens 2020
Magritte 2022 : Meilleure musique originale pour Vincent Cahay
Festival international du film francophone de Namur 2019 : Bayard d’Or de la meilleure interprétation pour Fantine Harduin et Thomas Gioria.
Festival international du film de Catalogne 2019 : Prix spécial du jury, prix de la meilleure photographie et Mention spéciale pour Thomas Gioria et Fantine Harduin. Voir moins

samedi 11 juillet 2026

Evil Dead Burn de Sébastien Vaniček. 2026. 1h48. U.S.A.

                (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Dissection d'une famille dysfonctionnelle."

Ca y est, j'ai vu la bête en salles, j'ai pris mon ticket pour l'Enfer. 

Avis à chaud donc à la sortie de la projo d'Evil Dead Burn.

Réalisé par le Français Sébastien Vaniček, révélé par l'excellent Vermines, ce nouvel opus de la mythique saga m'a littéralement laissé exsangue (il fallait voir nos tronches sonnées - mais galvanisées - sur le parking du Pathé Liévin). 
Car je peux vous dire qu'on ressort d'Evil Dead Burn éreinté, tant cette expérience de cinéma relève d'un véritable "marathon" (terme idoine emprunté à mon frère) de l'horreur.


À mes yeux, il s'agit probablement de l'épisode le plus fidèle au chef-d'œuvre réalisé par Sam Raimi en 1981. Sébastien Vaniček en retrouve l'essence, l'état d'esprit, le ton sardonique, cette méchanceté radicale (n'importe qui peut trépasser) et cette brutalité décomplexée qui ont fait la légende du premier film, tout en y insufflant un réalisme poisseux d'une acuité chirurgicale. Ici, chaque impact, chaque coup porté, chaque lame qui pénètre la chair semble posséder un poids physique à la fois quasi insoutenable et extrêmement spectaculaire. Une kermesse de l'horreur en somme. 

Mais le véritable exploit de ce nouvel Evil Dead réside ailleurs. À partir d'un schéma narratif pourtant archi-connu - une poignée de survivants retranchés dans une demeure isolée face à des entités démoniaques - Vaniček parvient à réinventer la saga grâce à sa mise en scène d'une inventivité permanente (plan séquence compris à donner le tournis). Sa caméra, d'une mobilité impressionnante et d'une vélocité remarquable, nous entraîne dans une descente aux enfers ininterrompue durant près d'une heure quarante-cinq. Efficacité optimale j'vous dit. 


À l'image des personnages qui en prennent plein la gueule et leurs membres (j'vous préviens, euphémisme), on finit nous aussi à bout de souffle, rivés à l'écran, les yeux écarquillés, les genoux sur le plancher, assistant, impuissants à un règlement de comptes démoniaque d'une violence éprouvante, désespérée, pour ne pas dire inarrêtable. Cette version française constitue une superbe déclaration d'amour à toute la saga, mais plus encore au film fondateur de Sam Raimi. Ca coule de source, sachant que Vanicek a bénéficié de la plus grande liberté artistique de la part de son ainé également producteur. 

On retrouve d'ailleurs chez lui cette même fougue, ce même plaisir sadique qui animait Raimi à seulement vingt et un ans : cette envie irrépressible d'en foutre plein la vue sans complexe, cette générosité débordante et cette sensation grisante de monter à bord de montagnes russes lancées à pleine vitesse, comme s'il n'y avait plus ni conducteur ni maître à bord, mais seulement un train fou s'enfonçant toujours plus profondément dans un enfer digne de Dante (qui se concrétise à terme !).


Cette sensation d'ivresse jouissive se prolonge jusque dans le parcours de son héroïne, Alice, brillamment interprétée par Souheila Yacoub. Son personnage, profondément meurtri, conjugue avec une rare justesse résignation, fragilité, détermination et courage de dernier ressort. À l'image d'Ash autrefois, elle lutte jusqu'à l'épuisement contre des forces qui semblent la condamner d'avance. Et nous avec, tant ces morceaux de bravoure finissent par nous laisser les larmes aux yeux... Comme le souligne cet agenouillement libérateur aussi bouleversant que cruellement amer. 

Car sous son déluge de gore et de possessions démoniaques profondément malsains, Evil Dead Burn dissimule également un drame psychologique d'une réelle intensité. En filigrane, le film développe une métaphore particulièrement forte autour des violences conjugales, faisant de cette invasion démoniaque le prolongement symbolique des traumatismes qu'Alice tente de surmonter. Cette lecture apporte une profondeur inattendue à un spectacle malade ultra épique et salivaire sous l'impulsion d'une photo désaturée et cadavérique. De manière à mieux faire perdre nos repères et nous confiner dans l'appréhension la plus insécure. 


D'ailleurs, sachez qu'à partir de la seconde grande attaque dans l'habitacle d'un véhicule, le film relâche plus jamais la pression dans son action horrifique dégénérée. Les assauts démoniaques furibards se succèdent avec une précision métronomique, transformant progressivement le récit en une sorte  d'apocalypse opératique (score emphatique qui va avec) où les carnages, d'un réalisme viscéral saisissant, s'enchaînent sans restriction aucune. 

L'autre grande réussite de Sébastien Vaniček consiste précisément à ne jamais se contenter de rendre hommage à Sam Raimi. Comme les meilleurs épisodes de la saga Alien, chaque réalisateur s'approprie ici un univers commun pour lui insuffler sa propre personnalité "macabre". Evil Dead Burn respecte alors profondément son héritage tout en affirmant une identité singulière, portée notamment par plusieurs chansons françaises issues de notre patrimoine musical, utilisées avec une intelligence remarquable pour accentuer la dimension dramatique de cette satire d'une rare virulence contre les violences conjugales. .


Cette héroïne, confrontée à ses propres blessures autant qu'aux démons qui l'assaillent, finit par devenir une véritable combattante d'un cauchemar sans fin, puisant dans ses dernières forces pour préserver sa dignité et arracher sa survie au cœur d'une véritable hallucination collective (tant pour les personnages que nous mêmes) d'une brutalité sensorielle.

Ainsi donc, Evil Dead Burn constitue évidemment une nouvelle claque. Une immense pochette-surprise à la fois sale, puante et putride, d'une efficacité maximale, qui prouve qu'il est encore possible de réinventer une franchise aussi mythique sans jamais trahir son ADN. Les admirateurs du premier Evil Dead auraient tort de passer à côté tant cette expérience irrationnelle avec le diable, viscérale, éprouvante et profondément immersive, mérite d'être vécue sur grand écran. Malgré ses nombreux clins d'œil au chef-d'œuvre de Sam Raimi, Sébastien Vaniček signe ici un film d'action horrifique qui possède pleinement sa propre voix. Et c'est probablement là sa plus grande réussite tout en déclarant un amour immodéré à l'univers créé par Sam Raimi. Quasiment chaque séquence en témoigne, tant le cinéaste semble animé par un irrépressible désir de se surpasser dans une ambiance macabre poisseuse, blafarde, qui n'appartient qu'à lui.


Et on en sort autant lessivé que rasséréné 🙂

— Celui du cœur noir des images 🖤

Ci-joint la critique Jean-François Dupuy:

Evil Dead Burn, 2026, Sébastien Vaniček.
 Alice, une française expatriée par amour aux États-Unis, retrouve sa belle-famille pour les obsèques de son mari, mort dans ce qui semble être un accident de voiture. Alors que tous se réunissent dans la vieille maison familiale, une force surnaturelle, responsable de la mort  du mari et qui a un compte à régler avec cette famille, s'en prend à chacun de ses membres, qu'elle change en creatures démoniaque. Alice va avoir fort à faire pour survivre à ce week-end funèbre. 
  Il est amusant de voir que plus de 40 ans après la présentation du premier Evil Dead au Festival de Paris du Film Fantastique, par son réalisateur, Sam Raimi, celui-ci ait décidé de confier ce nouvel opus de la saga, à un jeune réalisateur français, Sébastien Vaniček, descendant direct du public du Rex qui avait fait un triomphe à l'œuvre du alors jeune Raimi. 
  Vaniček, auteur de Vermines, film qui a impressionné Raimi et l'a convaincu de l'engager, s'est emparé du projet et, avec son co-scenariste habituel, Florent Bernard, en a écrit le sujet. Et il s'en sort haut la main. Son film est non seulement un brillant hommage à la franchise, mais aussi à tout le cinéma fantastique et d'épouvante des années 80, de Lucio Fulci à John Carpenter, en passa par Stuart Gordon. Et ce, tout en gardant son ton propre, sans faire du film un défilé de références et de clins d'œil "à la manière de".
 Dès le prologue, on est pris dans l'histoire et Vaniček ne nous lâchera plus. D'ailleurs, un conseil: ne quittez pas la salle quand les lumières se rallument au générique, et restez bien jusqu'à la toute fin, au risque de rater 2 séquences surprises. 
  Dans sa note d'intention, le réalisateur déclare avoir voulu « ...créer une expérience viscérale et sensorielle qui prenne le spectateur aux tripes. Je veux que les gens se sentent physiquement épuisés en sortant de la salle, comme s'ils avaient vécu un voyage émotionnel intense... ». Objectif réussi. On souffre avec les protagonistes, on ressent presque les douleurs physiques qu'ils éprouvent, lors de leurs luttes contre les creatures possédées. Le mal sorti du Necromonicon, cher à Raimi et Lovecraft, suinte dans l'image et se transmet ici par le contact, le sang et la salive entre les personnages.
 Souheila Yacoub, repérée dans Dune 2,  Les Femmes Au Balcon et The Carpenter's Son (où elle etait Lilith, une possédée du Demon) est excellente en femme victime d'un époux violent, au cœur d'une relation amoureuse toxique, qui va devoir affronter bien pire que les humiliations et les violences domestiques qui étaient son lot quotidien, et devenir un équivalent féminin de Ash, le héros de la saga originelle, la maladresse en moins. (En même temps, un mari qui choisit pour thème musical du mariage, La Chanson Des Vieux Amants, de Brel, ça aurait du lui mettre la puce à l'oreille...)
  Il y'a d'ailleurs 2 clins d'œil à Bruce Campbell, l'interprete indissociable des Evil Dead, clins d œil similaires à ceux que lui fait Sam Raimi dans Send Help. Il y'a aussi un autre clin d'œil à un fan français pur et dur de la première heure, d'Evil Dead et Sam Raimi, Alain Chabat qui fait un cameo vocal. 
 Evil Dead Burn est une vraie réussite, qui donne envie de voir les autres opus récents de la saga, si ce n'est pas déjà fait, et de suivre la carrière à venir de Sébastien Vaniček.

Le Réveil de la Momie / The Mummy de Lee Cronin. 2026. U.S.A. 2h13.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Redécouverte hier soir, quelques mois après un premier visionnage, du Réveil de la momie. Et je ne peux que présenter une forme de mea culpa. Je l'ai en effet beaucoup mieux apprécié, avec davantage d'attention et d'intérêt, notamment grâce à l'efficacité de son rythme que j'ai reproché la 1ère fois. Contrairement à mon premier ressenti donc, je ne me suis pas ennuyé un instant durant ses deux heures, alors que je lui reprochais justement une durée excessive (que certaines critiques presse ont notamment relevé).

Sous ce nouveau regard, j'ai découvert un métrage bien plus efficace que dans mon souvenir, porté par un casting convaincant, qu'il s'agisse des parents (alors que j'avais eu un vrai problème d'identification pour le personnage du père endossé par Jack Reynor) ou de la jeune fille possédée par cette entité ancestrale.
 

Mais surtout, à mon sens, ce qui rend Le Réveil de la momie aussi distrayant qu'intéressant réside dans son audace à injecter des scènes de violence gore à la fois sales et cruelles. D'autant plus que, par moments, le film n'hésite pas à prendre des enfants pour cibles. Et là, c'est plutôt couillu, voire presque déviant tant certaines séquences surprennent par leur cruauté graphique (notamment cette liturgie sectaire tournée en camescope lors du transfert de Katie).

Après nous avoir déjà bien amusés avec Evil Dead Rise, Lee Cronin signe une nouvelle série B dénuée de prétention, mais tout aussi divertissante et malsaine dans son attrait pour un gore particulièrement insalubre, pour le plus grand bonheur des amateurs d'hémoglobine qui tâche et laissent des traces sur leur tee-shirt. Son aspect visuel s'avère en outre relativement soigné, jouant sur des teintes claires, jaune orangé et solaires qui confèrent un bel exotisme aux paysages désertiques égyptiens comme aux rues du Caire.
 

Mais ce qui renforce encore le capital sympathie du film émane du charisme patibulaire de la momie, ici incarnée par une adolescente. Un choix audacieux, original et surprenant, d'autant que Nathalie Grace se montre tout à fait convaincante, impressionnante et parfois même terrifiante. Sa rapacité, sa cruauté et son sadisme, avec lesquels elle propage la mort autour d'elle, témoignent d'un véritable art de la perversité sournoise.

Ainsi, Le Réveil de la momie s'impose comme un bon divertissement horrifique, relativement soigné et bien interprété. L'intensité dramatique est d'ailleurs parfois mise en valeur par le désarroi de parents totalement impuissants face à la dégénérescence morale de leur enfant, toujours plus diabolique.
 

Mais on retiendra surtout, à travers cette production Blumhouse, des effets gores d'une redoutable méchanceté ainsi que le charisme à la fois hostile et troublant de la momie incarnée par Nathalie Grace, étonnamment crédible en créature démoniaque. Lee Cronin parvient en effet à conjuguer avec une certaine originalité le thème de la possession démoniaque à celui de la momie, sans jamais déséquilibrer son récit. Cet équilibre renforce les qualités de ce sympathique métrage, solidement mené sur le plan narratif. Et même si l'ensemble peut parfois sembler réchauffé pour ceux et celles connaissant par coeur le schéma narratif du mythe de la momie, on adhère volontiers à cette histoire de malédiction ancestrale que des parents tentent de déjouer par amour pour leur fille. D'autant plus que l'humour sardonique est omniprésent durant tout le stratagème criminel de leur rejeton. 
 
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vendredi 10 juillet 2026

La Petite maison dans la Prairie / Little House on the Prairie créé par Rebecca Sonnenshine. 2026. U.S.A. Saison 1 / 8 épisodes.

                                                  
                         (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
                                                Un western contemplatif pas comme les autres. 
 
Rappel des faits afin de comprendre comment tout a débuté:
Pendant toute mon adolescence, je me suis bêtement moqué de La Petite Maison dans la prairie... sans en avoir vu le moindre épisode, et aussi pour faire comme les copains persiffleurs. Comme beaucoup, je la réduisais à une série vieillotte, naïve et dégoulinante de bons sentiments.
 
Puis, il y a cinq ou six ans, par simple curiosité et avec l'envie d'oser découvrir un univers qui, de prime abord, ne me parlait pas vraiment, je me suis enfin décidé à découvrir son épisode pilote. Et là ce fut une révélation. Dès le départ il s'est passé quelque chose d'intime, de mystique entre moi et la série. Quelque chose qui me parle au plus profond de mon coeur, notamment au niveau de mon ouverture d'esprit catholique. Je suis immédiatement tombé sous le charme de la quotidienneté rustique de la famille Ingalls, de son humanité, de sa tendresse, de leur profonde candeur et de cette simplicité majeure qui faisait toute sa force. 
 

À tel point que j'ai dégusté avec parcimonie les sept premières saisons avec un plaisir toujours aussi égal, même si j'avoue avoir trouvé les 3 dernières saisons moins passionnantes lorsque Laura devient adulte et se marie pour fonder une famille. Aujourd'hui, je voue une profonde affection à la série de Michael Landon (et à lui même, il est le coeur qui bat de la série) au point de la revoir fréquemment car je me sens bien avec elle, au cœur d'une époque révolue que je ne connaîtrai jamais. Une série culte transgénérationnelle, intelligente et didactique (socialement parlant), bien moins sirupeuse que sa réputation ne le laisse croire, en dépit de cette déferlante populaire qui ne s'est jamais éteinte (TF1, M6, 6ter et Téva en sont les preuves médiatiques). 
 
 
Autant dire que j'abordais ce reboot de 2026 avec autant de curiosité que d'impatience mais aussi et surtout un espoir optimiste. C'est mon intuition qui dit ça... 
 
Or, après huit épisodes, le constat est sans appel : c'est un véritable coup de cœur.
 
Dès le premier épisode, on est déjà surpris puisque la série impose une identité visuelle étonnamment ambitieuse. La présentation des personnages prend son temps, mais chaque plan semble respirer l'amour du détail expressif, la volonté de nous transporter dans leur monde par la main. Il s'en dégage un naturalisme quasi contemplatif qui m'a parfois évoqué le cinéma de Terrence Malick, à travers ses visages apaisés, ses instants suspendus, ses silences rassurants et sa manière de laisser la nature dialoguer avec les personnages et leurs émotions. La mise en scène possède une véritable ampleur cinématographique que la série originelle, malgré toutes ses qualités, ne recherchait pas forcément dans son format 4/3. Ici, on baigne dans une Amérique rurale plus tangible.  
 
 
Mais c'est véritablement le deuxième épisode qui ouvre le cœur de la série.
 
Sans jamais forcer l'émotion, il développe avec beaucoup de pudeur la psychologie de ses personnages. On retrouve heureusement ce qui faisait le sel de la série. Les valeurs familiales, la solidarité, le goût de l'effort, la tendresse de la fratrie, le partage, le civisme, le savoir-vivre, la tolérance, la compassion et cette innocence naturelle qui faisaient déjà le charme de la série initiale, tout en leur insufflant une profondeur nouvelle. C'est bien là la grande surprise de cette nouvelle série que de la rajeunir avec une attention psychologique parfois même complexe et inattendue. 
 
Laura, comme autrefois, s'impose peu à peu comme le personnage le plus attachant, tandis qu'une légère rivalité avec Marie (plus en retrait comme dans la série modèle) se dessine au fil des épisodes avec un naturel qui ne déborde jamais. 
 
 
La série ose - comme dans la série initiale - également aborder des sujets plus douloureux, comme le racisme ou encore le thème de l'alcoolisme, abordé notamment dans les épisodes 2 et 5 à travers le personnage d'Edward, avec une délicatesse et une justesse étonnamment franches. Même le passé de Caroline Ingalls, marqué par un traumatisme familial, enrichit subtilement les résonances émotionnelles du récit dans une ambivalence douloureuse (son choix indécis de rester dans cette nouvelle région clairsemée ou de retourner chez sa soeur). On peut en dire de même pour Charles Ingalls et son passé torturé avec son frère qui nous apprend au fil de ses échanges avec son épouse pourquoi il a fini par accepter de travailler avec un alcoolique sur la corde raide. À cela s'ajoute une évocation des tensions entre les pionniers et les peuples autochtones sur des terres spoliées par les colons blancs, qui présage une volonté de replacer cette histoire dans un contexte historique plus nuancé.
 
Mais ce qui me séduit avant tout, c'est cette capacité à émouvoir à coeur ouvert sans sombrer dans le pathos. Les personnages sont plutôt flegmatiques, mais leurs regards ouverts, leurs silences et leurs gestes expriment souvent davantage que de longs discours. Tout est empreint d'une douceur mélancolique et de bien être existentiel en dépit de la dureté de leur confort matériel, d'une pudeur et d'une sincérité qui rendent chaque émotion à fleur de peau sous une impulsion musicale aussi chétive que lyrique. 
 

Magnifique entrée en matière que cette saison 1 - que beaucoup enterraient avant même de lui laisser sa chance - La Petite maison dans la prairie pourrait bien devenir l'une des plus belles surprises sérielles de l'année. En seulement huit épisodes, elle est déjà parvenue à retrouver l'ADN de l'œuvre originale - encore plus fidèle encore au roman d'origine écrit par Laura Ingalls Wilder - tout en lui insufflant une modernité, une ambition visuelle, une personnalité propre et surtout une profondeur psychologique qui me donnent une seule envie : retrouver au plus vite la famille Ingalls. 
 
Et puisque chacun de ses huit épisodes défile à la vitesse de l'éclair, cette nouvelle Petite Maison dans la prairie continue de nous transmettre, avec une sensibilité plus épurée et plus réaliste encore, une magnifique leçon de vie, de tolérance et d'amour envers les siens (à l'instar du magnifique épisode 6 uniquement centré sur la fête de Noel).
 

Enfin, pour conclure, je pense que vous l'aurez compris : cette nouvelle adaptation, si noble et ambitieuse, ne cherche jamais à remplacer la série de Michael Landon. Elle marche fidèlement à ses côtés, avec un profond respect, tout en trouvant sa propre voix, son identité, empreinte de sensibilité, de modernité et d'une véritable plénitude humaine.
 
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Scary Stories / Scary Stories to Tell in the Dark de André Ovredal. 2019. U.S.A. 1h48.

  (Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Mine de rien, André Øvredal est en train de se tailler une vraie carrure dans la cour des nobles artisans du cinéma fantastique tant chacun de ses nouveaux projets transpire la sincérité, l'envie de bien faire, l'amour du genre et, surtout, la surprise de se confronter, au final, à un aimable divertissement – parfois inégal – ou à un formidable spectacle aussi inspiré que détonnant (Troll Hunter, The Autopsy of Jane Doe).

Scary Stories ne déroge pas à la règle de la modeste réussite dans sa tentative de nous proposer un teen movie horrifique, inspiré de la série de livres d'Alvin Schwartz. D'abord conçu pour séduire les adolescents, le film n'oublie heureusement (et à ma surprise !) jamais les adultes grâce à un premier quart d'heure volontairement classique (la visite d'une demeure hantée), nécessaire à la mise en place des personnages et de leur environnement, avant d'opérer une rupture de ton aussi dramatique qu'horrifique où le réalisme de plusieurs séquences choc finit par nous surprendre durablement.
 

L'une des plus grandes réussites du film réside dans l'originalité et le design de ses créatures fantastiques, à la fois inquiétantes, fascinantes et terrifiantes, tant elles semblent relever de l'inédit. La patte de Guillermo del Toro, coproducteur et coscénariste, n'est d'ailleurs probablement pas étrangère à cette recherche esthétique d'un onirisme macabre dont chaque apparition laisse une empreinte durable.

Et c'est bien là la grande force de cet aimable divertissement, toujours plus attachant et efficace au fil de son évolution narrative. Une sorte de Stranger Things plus posé, moins tape-à-l'œil et moins stéréotypé, qui privilégie une progression dramatique alerte, palpitante et psychologique à travers le parcours poignant de la jeune Stella, bien décidée à rétablir la vérité autour de Sarah Bellows, victime des mensonges et de la cruauté de sa propre famille. Une cruelle tragédie d'hantise maudite qui gagne en force lors de ce final à la fois poétique et émouvant sans céder aux bons sentiments lacrymaux. 
 

L'idée de ce livre qui écrit sur papier en direct pour retranscrire les pires angoisses de nos jeunes héros avant de les matérialiser dans leur quotidien est aussi judicieuse que fascinante lorsque leurs démons les plus intimes viennent les tourmenter au gré de séquences percutantes, magnifiquement mises en scène dans le seul désir de nous faire croire à l'improbable.

Baignant dans une superbe photo Scope aux teintes automnales, au cœur d'une bourgade ricaine de la fin des années 60 digne de l'univers de Stephen King, Scary Stories convainc sans peine que des héros en culotte courte puissent investiguer et s'opposer à un Mal insidieux sans jamais sombrer dans le zèle ou les effets de manche. Toujours plus captivant au gré de confrontations sporadiques où chaque apparition fantastique fait l'effet d'un électrochoc horrifique - l'épouvantail, les araignées, le zombie démembré ou encore l'inoubliable Femme Pâle dans les couloirs de l'hôpital -, le film parvient à réconcilier les spectateurs adolescents comme les adultes grâce à son amour indéfectible du genre, qu'André Øvredal imprime à chacun de ses projets avec autant de savoir-faire que d'attachante maladresse lorsque l'ambition dépasse parfois les résultats.
 

Derrière sa métaphore de la peur, du mensonge et des traumatismes engendrés par la guerre du Vietnam, Scary Stories s'impose donc comme l'une des plus belles réussites d'André Øvredal, aux côtés de Troll Hunter, du sous-estimé Le Dernier Voyage du Demeter, et de l'excellent The Autopsy of Jane Doe.
 
— Celui du cœur noir des images 🖤