(Crédit photo : image trouvée via imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Revoir le mastodonte Fitzcarraldo de Werner Herzog, coproduction entre l’Allemagne et le PĂ©rou, c’est se confronter Ă une expĂ©rience cinĂ©matographique hors norme. Plus qu’un film, Fitzcarraldo est une Ă©preuve. Un pĂ©riple. Une Ă©popĂ©e humaine et aventureuse d’une dĂ©mesure quasi irrĂ©elle.
C’est une mise en abĂ®me fascinante entre un cinĂ©aste dĂ©bordant d’ambition et un personnage (inspirĂ© de l'histoire rĂ©elle du PĂ©ruvien Carlos Fitzcarrald, baron du caoutchouc) dĂ©vorĂ© par une obsession : incarner l’histoire d’un aventurier fou amoureux d’opĂ©ra, dont le rĂŞve insensĂ© est de bâtir un opĂ©ra en pleine forĂŞt amazonienne.
C’est une mise en abĂ®me fascinante entre un cinĂ©aste dĂ©bordant d’ambition et un personnage (inspirĂ© de l'histoire rĂ©elle du PĂ©ruvien Carlos Fitzcarrald, baron du caoutchouc) dĂ©vorĂ© par une obsession : incarner l’histoire d’un aventurier fou amoureux d’opĂ©ra, dont le rĂŞve insensĂ© est de bâtir un opĂ©ra en pleine forĂŞt amazonienne.
Pendant plus de deux heures trente-cinq, Herzog nous entraĂ®ne au cĹ“ur de l’Amazonie, dans une immersion totale, aux cĂ´tĂ©s de Klaus Kinski, acteur (Ă©ternellement) possĂ©dĂ©, fiĂ©vreux, transi, habitĂ© par ses pulsions d’utopiste dĂ©lirant, accompagnĂ© de la sublime Claudia Cardinale, dont la beautĂ© naturelle semble si douce face Ă la brutalitĂ© de l'enfer vert qui se dessine peu Ă peu.
Fitzcarraldo est une Ă©popĂ©e au sens le plus pur du terme. Un film d’aventure comme il en existe peu, conçu avec une authenticitĂ© quasi suicidaire (il y eut des incidents sur le tournage). Ă€ titre de comparaison, Les Aventuriers de l'Arche perdue, pourtant immense classique du cinĂ©ma d’aventure, paraĂ®t presque artificiel, standard, face Ă la puissance brute et au vertige documentaire de Fitzcarraldo.
Car ici, Werner Herzog et son personnage fictif finissent par se confondre. Fiction et rĂ©alitĂ© fusionnent jusqu’Ă ne plus faire qu’un. Et c’est lĂ toute la folie du projet : Herzog a rĂ©ellement utilisĂ© un navire de plus de 300 tonnes, qu’il a vĂ©ritablement hissĂ© sur une montagne, sans recourir aux effets spĂ©ciaux - hormis quelques sĂ©quences dans les rapides. Cette vĂ©ritĂ© physique transperce chaque plan pour nous mettre Ă genoux.
Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce qui rend le film si hallucinant : nous ne regardons pas une aventure racontĂ©e en bonne et due forme, nous la vivons. Comme un documentaire pris sur le vif, Fitzcarraldo nous fait ressentir en temps rĂ©el l’effort dĂ©mesurĂ© de cet homme passionnĂ© par son art et de tous ceux qui l’accompagnent pour accomplir l’impossible. Le bois, les cordages, la boue, la pente, la fatigue : tout devient harassant, forcenĂ©, improbable, interminable, alors que l'exploit semble proche.
Herzog, d’une rigueur obsessionnelle, filme cette Ă©preuve de force avec une prĂ©cision du dĂ©tail, au plus près des corps, des visages, de ces figurants improvisĂ©s, de la souffrance et de la nature, jusqu’Ă faire de la jungle elle-mĂŞme un personnage vivant, hostile, indomptable qui emporte tout sur son passage. On peut d'ailleurs rappeler que son prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1982 force le respect.
Fitzcarraldo est donc une Ĺ“uvre sensorielle singulière, une traversĂ©e hallucinĂ©e du dĂ©passement de soi, du rĂŞve impossible et de l’art comme entreprise insensĂ©e. Herzog ne nous narre pas l’aventure : il nous la fait traverser.
Et c’est peut-ĂŞtre lĂ sa plus grande force Ă©motionnelle: faire oublier le cinĂ©ma lui-mĂŞme, alors mĂŞme que chaque plan transpire l'amour du cinĂ©ma dans ce qu’il a de plus vaste, de plus physique, de plus dĂ©ment.
Ainsi, Fitzcarraldo demeure sans commune mesure l’un des plus grands films d’aventure jamais rĂ©alisĂ©s - peut-ĂŞtre mĂŞme le plus grand par son exploit technique impossible Ă renouveler aujourd'hui.
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤















































