(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Révision du jubilatoire Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans, réalisé par un démiurge du cinéma, Werner Herzog, ici jouant la carte du divertissement policier avec un art du storytelling, sous l'impulsion d'un Nicolas Cage qui dévore à nouveau l'écran en inspecteur de police peu recommandable, complètement accro à la coke et au crack depuis ses problèmes dorsaux.
Il faut déjà bien rappeler que - en dehors des points communs avec le personnage junkie - le film n'a rien à voir avec le chef-d'œuvre d'Abel Ferrara, Bad Lieutenant, réalisé quelques années plus tôt, en 1992, puisque Werner Herzog affirme que son film n'est ni une suite ni un remake et qu'il n'avait jamais vu celui d'Abel Ferrara à l'époque du tournage. On peut peut-être d'ailleurs quelque peu en douter, puisque le prologue du film ressemble à s'y méprendre à celui du film de Ferrara, lorsque Nicolas Cage, qui endosse le rôle de Terrence McDonagh, interpelle un couple de jeunes drogués pour leur soutirer leur came et, par la même occasion, profiter sexuellement de la jeune fille, finalement consentante afin d'éviter la prison.
Avec cette version toute personnelle, Werner Herzog transforme Bad Lieutenant en un jubilatoire jeu de pouvoir entre Terrence McDonagh, ses supérieurs et son entourage peu recommandable, entre clan mafieux et autres trafiquants de drogue. Car Terrence tente parallèlement de résoudre une affaire criminelle particulièrement sordide : le massacre perpétré au sein d'une communauté afro-américaine, dont il cherche à retrouver le responsable et à mettre la main sur lui.
À cela s'ajoute sa relation avec une jeune prostituée, interprétée par la sublime Eva Mendes, dont il est amoureux et avec laquelle il se drogue quotidiennement. Et ce qui ressort de cet incroyable film policier politiquement incorrect, admirablement photographié dans une image limpide et remarquablement mis en scène, c'est avant tout le jeu explosif de Nicolas Cage, qui parvient à transcender son personnage erratique sans l'ombre d'une outrance ou d'une quelconque complaisance. Il nous immerge ainsi dans son esprit torturé avec énormément de conviction désinhibée.
Ce qui renforce encore le côté jubilatoire, extrêmement captivant et passionnant de ce récit anti conventionnel émane également de la dimension profondément humaine de ses personnages. Werner Herzog ne manque pas d'allouer à Terrence McDonagh et à sa compagne une forme de tendresse, renforcée par la musique - en sourdine - de Mark Isham, mais toujours avec une pudeur et une nuance forçant le respect. Cette attention permet de mieux nous plonger dans leur dérive psychologique et mentale, avec l'alibi de l'humour, puisque le récit est truffé de dérision et de situations absurdes, au point que l'on a parfois affaire à une forme d'humour tragicomique.
Dire que Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans est un passionnant récit policier, émaillé de rebondissements aussi sciemment ubuesques qu'inattendus, notamment afin de relancer l'action vers des directions impromptues, serait donc parfaitement juste. Mais le film ne se contente jamais de ces ressorts narratifs. Il s'interroge également sur l'éventuel sort de ses personnages malades, alors que Werner Herzog ne cède jamais à une once de racolage, de pathos ou de complaisance.
C'est tout l'inverse qui se produit avec ce magnifique portrait d'un policier en porte-à -faux, sur le fil du rasoir, à deux doigts de faire une overdose ou de virer du mauvais coton jusqu'au trépas. Et c'est justement ce qui fait la force de ce puissant film policier qui existe par lui même: contempler un policier corrompu, sombrant peu à peu dans une déliquescence toujours plus trouble et délétère, alors que Werner Herzog ne manque jamais d'appuyer sur cette forme de tendresse désespérée qui se dégage autant de ce personnage que de sa compagne.
Ils forment à eux deux un couple d'amants à la fois maudit et responsable, pour ne pas dire irresponsable. Quand bien même le final, d'une ironie hallucinante dans son amoralité, nous fait autant sourire qu'il nous inquiète, l'ultime image renoue avec une forme de tendresse étonnante, afin de ne pas omettre la fragilité qui se dégage de ce couple en perdition, particulièrement Terrence, probablement destiné à un avenir morose, gâché par leur accoutumance à la drogue.
Au final, Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans est probablement l'un des meilleurs films policiers des années 2000, voire même l'un des meilleurs films de Werner Herzog, même si nous sommes très loin de ses films d'auteur, de ses chefs-d'œuvre absolus que représentent à mes yeux le monument Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo. Ici, c'est d'ailleurs l'élégance esthétique qui prime dans une forme léchée.
Ici, nous avons affaire à un divertissement, certes, mais à un divertissement redoutablement précieux, intelligent, noble, plein de pudeur et d'éclairs de violence (beaucoup) plus morale que physique, qui font des étincelles et nous plongent dans une descente aux enfers psychique vertigineuse.
Une descente aux enfers que Nicolas Cage porte sur ses épaules avec une dimension humaine à la fois écorchée vive et erratique dans sa fonction de flic véreux, abruti par la drogue et plongeant dans les méandres du mal pour parvenir à ses fins, notamment auprès de certaines victimes, en les faisant chanter et en imposant un racket inadmissible. Et tout cela, Nicolas Cage le retransmet avec une force de vérité implacable, à la fois furibarde et folle, sans verser dans l'effet de manche.
Rien que pour son jeu jamais hystérisé ni cabotin, Bad Lieutenant est à revoir urgemment.
Il faut déjà bien rappeler que - en dehors des points communs avec le personnage junkie - le film n'a rien à voir avec le chef-d'œuvre d'Abel Ferrara, Bad Lieutenant, réalisé quelques années plus tôt, en 1992, puisque Werner Herzog affirme que son film n'est ni une suite ni un remake et qu'il n'avait jamais vu celui d'Abel Ferrara à l'époque du tournage. On peut peut-être d'ailleurs quelque peu en douter, puisque le prologue du film ressemble à s'y méprendre à celui du film de Ferrara, lorsque Nicolas Cage, qui endosse le rôle de Terrence McDonagh, interpelle un couple de jeunes drogués pour leur soutirer leur came et, par la même occasion, profiter sexuellement de la jeune fille, finalement consentante afin d'éviter la prison.
Avec cette version toute personnelle, Werner Herzog transforme Bad Lieutenant en un jubilatoire jeu de pouvoir entre Terrence McDonagh, ses supérieurs et son entourage peu recommandable, entre clan mafieux et autres trafiquants de drogue. Car Terrence tente parallèlement de résoudre une affaire criminelle particulièrement sordide : le massacre perpétré au sein d'une communauté afro-américaine, dont il cherche à retrouver le responsable et à mettre la main sur lui.
À cela s'ajoute sa relation avec une jeune prostituée, interprétée par la sublime Eva Mendes, dont il est amoureux et avec laquelle il se drogue quotidiennement. Et ce qui ressort de cet incroyable film policier politiquement incorrect, admirablement photographié dans une image limpide et remarquablement mis en scène, c'est avant tout le jeu explosif de Nicolas Cage, qui parvient à transcender son personnage erratique sans l'ombre d'une outrance ou d'une quelconque complaisance. Il nous immerge ainsi dans son esprit torturé avec énormément de conviction désinhibée.
Ce qui renforce encore le côté jubilatoire, extrêmement captivant et passionnant de ce récit anti conventionnel émane également de la dimension profondément humaine de ses personnages. Werner Herzog ne manque pas d'allouer à Terrence McDonagh et à sa compagne une forme de tendresse, renforcée par la musique - en sourdine - de Mark Isham, mais toujours avec une pudeur et une nuance forçant le respect. Cette attention permet de mieux nous plonger dans leur dérive psychologique et mentale, avec l'alibi de l'humour, puisque le récit est truffé de dérision et de situations absurdes, au point que l'on a parfois affaire à une forme d'humour tragicomique.
Dire que Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans est un passionnant récit policier, émaillé de rebondissements aussi sciemment ubuesques qu'inattendus, notamment afin de relancer l'action vers des directions impromptues, serait donc parfaitement juste. Mais le film ne se contente jamais de ces ressorts narratifs. Il s'interroge également sur l'éventuel sort de ses personnages malades, alors que Werner Herzog ne cède jamais à une once de racolage, de pathos ou de complaisance.
C'est tout l'inverse qui se produit avec ce magnifique portrait d'un policier en porte-à -faux, sur le fil du rasoir, à deux doigts de faire une overdose ou de virer du mauvais coton jusqu'au trépas. Et c'est justement ce qui fait la force de ce puissant film policier qui existe par lui même: contempler un policier corrompu, sombrant peu à peu dans une déliquescence toujours plus trouble et délétère, alors que Werner Herzog ne manque jamais d'appuyer sur cette forme de tendresse désespérée qui se dégage autant de ce personnage que de sa compagne.
Ils forment à eux deux un couple d'amants à la fois maudit et responsable, pour ne pas dire irresponsable. Quand bien même le final, d'une ironie hallucinante dans son amoralité, nous fait autant sourire qu'il nous inquiète, l'ultime image renoue avec une forme de tendresse étonnante, afin de ne pas omettre la fragilité qui se dégage de ce couple en perdition, particulièrement Terrence, probablement destiné à un avenir morose, gâché par leur accoutumance à la drogue.
Au final, Bad Lieutenant : Escale à La Nouvelle-Orléans est probablement l'un des meilleurs films policiers des années 2000, voire même l'un des meilleurs films de Werner Herzog, même si nous sommes très loin de ses films d'auteur, de ses chefs-d'œuvre absolus que représentent à mes yeux le monument Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo. Ici, c'est d'ailleurs l'élégance esthétique qui prime dans une forme léchée.
Ici, nous avons affaire à un divertissement, certes, mais à un divertissement redoutablement précieux, intelligent, noble, plein de pudeur et d'éclairs de violence (beaucoup) plus morale que physique, qui font des étincelles et nous plongent dans une descente aux enfers psychique vertigineuse.
Une descente aux enfers que Nicolas Cage porte sur ses épaules avec une dimension humaine à la fois écorchée vive et erratique dans sa fonction de flic véreux, abruti par la drogue et plongeant dans les méandres du mal pour parvenir à ses fins, notamment auprès de certaines victimes, en les faisant chanter et en imposant un racket inadmissible. Et tout cela, Nicolas Cage le retransmet avec une force de vérité implacable, à la fois furibarde et folle, sans verser dans l'effet de manche.
Rien que pour son jeu jamais hystérisé ni cabotin, Bad Lieutenant est à revoir urgemment.
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