samedi 5 septembre 2026

Piggy de Carlotta Martinez Pereda. 2022. Espagne. 1h38.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
  
"Le mal est en chacun de nous, et la valeur d'une femme se juge à la manière dont elle défie ce mal. Ou pas..."

Comme il n'est jamais trop tard, découverte hier soir de Piggy, métrage espagnol de Carlota Martínez Pereda, qui relate le quotidien d'une souffre-douleur prénommée Sara, constamment humiliée et brocardée par ses camarades de classe, alors qu'au même instant va avoir lieu une disparition, sans trop en dévoiler.

Ainsi donc, Piggy est autant un film d'horreur qu'un drame psychologique, mâtinĂ© de comĂ©die ironique et tacite. Et Carlota MartĂ­nez Pereda se plaĂ®t Ă  surfer sur la rupture de ton, ce qui pourrait en dĂ©concerter plus d'un, tant le mĂ©trage nous emmène dans des directions plutĂ´t imprĂ©visibles de façon bipolaire. 
 

Grâce notamment à l'interprétation très convaincante de Laura Galán, qui interprète une jeune fille ventripotente, véritable souffre-douleur perpétuelle, on ressent véritablement sa douleur psychologique, alors même qu'elle ne peut trouver ni soutien ni réconfort auprès de ses parents ignorants, complètement indifférents à son sort, tant psychologique que physique.

Piggy provoque ainsi autant le malaise qu'il ose l'humour sarcastique, avec un art consommé du réalisme, parfois même intolérable, notamment dans sa dernière partie aussi brutale que cruelle, qui joue intelligemment avec le faux-semblant pour mieux nous surprendre et nous amener à reconsidérer le profil psychologique ô combien tourmenté et torturé de la jeune Sara, au point de rendre sa prestance héroïque ou, a contrario, monstrueuse.

La rĂ©alisatrice fait alors planer l'ambiguĂŻtĂ© lors des dernières sĂ©quences, avec pas mal d'astuces, notamment au niveau du hors-champ. 
 

Et donc, Piggy est un drôle de série B ibérique, indépendante et provocante, un divertissement qui ne laisse pas indifférent et qui nous abandonne même dans une certaine forme d'amertume face à une thématique, celle de la grossophobie, que la réalisatrice dénonce entre réalisme, humour, mais aussi beaucoup de gravité dans la méchanceté gratuite.

Si bien qu'on ne peut que s'attacher Ă  cette jeune fille, seule contre tous, enfin presque, sans vouloir spoiler.

Piggy mérite donc le détour, même s'il pourrait en déconcerter plus d'un(e) par ses virages de ton désarçonnants. En tout état de cause, il s'agit d'une noble proposition horrifique, symptomatique du cinéma franc-tireur, issu de l'Espagne.
 

P.S: la rĂ©alisatrice, Carlota Pereda, a volontairement optĂ© pour le format 1.33.

Selon elle, ce choix a permis de mettre davantage le corps du personnage au centre de l'image, de renforcer le sentiment de claustrophobie et d'accentuer l'impression d'enfermement ressentie par l'héroïne.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤ 

jeudi 3 septembre 2026

Arac Attack / Eight Legged Freaks de Ellory Elkayem. 2002. U.S.A. 1h38.

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
À la revoyure, quelle ne fut pas ma surprise de constater le plaisir qu'est parvenu à me procurer Arac Attack, d'Ellory Elkayem ! Ce qui était loin d'être le cas à l'époque ! Cette série B hollywoodienne se révèle être un vibrant hommage aux films de monstres des années 50, en mode ici franchement fun et drôle, puisque Arac Attack est une pure bande dessinée, un véritable cartoon en prises de vues réelles, avec ses araignées de toutes tailles et de différentes espèces qui pullulent à l'écran et envahissent l'espace sans la moindre modération.

Et si la première demi-heure prend tranquillement son temps pour installer l'intrigue et présenter les personnages, Arac Attack embraye ensuite vers une action effrénée durant quasiment une heure non-stop. Tout cela pour dire que le rythme devient infernal, l'action étant pratiquement ininterrompue. Il est donc bien difficile de s'ennuyer face à cette réjouissante bande dessinée live, à laquelle les comédiens s'adonnent à cœur joie.
 

On sent d'ailleurs qu'ils sont ravis de participer à cette aventure horrifique avec allégresse et ironie, à l'instar de David Arquette, Kari Wuhrer, mais aussi de la toute jeune Scarlett Johansson, ici dans le rôle d'une adolescente intervenant en second plan, notamment à travers ses péripéties sentimentales avec son compagnon quelque peu lubrique et inopinément héroïque.

Ainsi donc, Arac Attack est une formidable série B à l'ancienne, qui doit beaucoup de sa fantaisie et de son charme à l'invasion de ces araignées géantes, quasiment omniprésentes. Et même si la plupart des effets numériques ont aujourd'hui quelque peu vieilli et demeurent perfectibles, l'enthousiasme communicatif qui anime ces arachnides, mais aussi les personnages courant tous azimuts comme des poulets sans tête, nous fait rapidement passer outre ces défauts techniques.
 

D'autant que certains effets sont autrement plus convaincants et réalistes, à l'instar des tarentules velues qu'Ellory Elkayem filme avec beaucoup plus de soin et de précision. C'est d'ailleurs dans ces créatures plus proches du réel que le film parvient parfois à susciter un véritable sentiment de répulsion et de fascination.

Évidemment, si les clichés pullulent, c'est pour mieux rendre hommage à tous ces classiques des années 50, et c'est précisément cet enthousiasme euphorisant qui finit par nous contaminer. On ressort de cette joyeuse invasion avec un sourire de gosse presque enchanteur.
 

C'est dire si Arac Attack n'a finalement rien perdu de son pouvoir ludique ni de son charme vintage, ici modernisés par des effets spéciaux à la fois perfectibles et réussis. Car malgré leur caractère improbable, on finit néanmoins par croire à ce que l'on voit, aussi invraisemblables soient ces situations cauchemardesques, que le réalisateur filme avec énormément de distance, d'humour et surtout de sympathie, tant pour ces créatures et ses héros de fortune que pour son petit univers de bourgade ricaine pleine de charme et d'insolence. On pense même souvent à Gremlins, notamment d'un point de vue auditif lorsque les araignées poussent leurs petits cris stridents et leurs couinements étranges, presque enfantins, qui renforcent encore davantage le caractère à la fois ludique et cartoonesque de cette invasion arachnéenne.

đź•·️ Et finalement, le plus important bien entendu : on s'amuse comme des gosses !
 
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Paradise Lost / Turistas de John Stockwell. 2006. U.S.A. 1h33.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, révision de Paradise Lost de John Stockwell, l'illustre acteur de Christine de John Carpenter, mais aussi le réalisateur du fort sympathique Bleu d'Enfer.

À noter que Paradise Lost est uniquement le titre adopté en France, en Irlande, à Malte et au Royaume-Uni, puisque le film est sorti ailleurs sous son titre original, Turistas.

Ainsi donc, il me paraît toujours aussi incompréhensible que cette série B soit à ce point méprisée et occultée depuis maintenant vingt ans, alors qu'il s'agit d'un divertissement horrifique particulièrement efficace : un survival tropical maîtrisé, efficacement mené et parfois d'un réalisme sordide particulièrement difficile, notamment à travers une séquence chirurgicale choc résolument éprouvante n'ayant rien à envier aux dérives putassières d'un Saw ou d'un Hostel
 

Paradise Lost est d'autant plus convaincant qu'il bénéficie d'une jeune distribution parfaitement impliquée dans cette descente aux enfers. Nos personnages, pris à partie par de dangereux trafiquants d'organes au cœur de la forêt équatoriale brésilienne, sont confrontés à une course pour la survie. Rappelons d'ailleurs que le film s'appuie sur une réalité malheureusement bien réelle à travers le monde concernant la criminalité et le trafic d'organes, même si l'histoire racontée ici demeure évidemment fictive.

Paradise Lost est également un véritable régal visuel (ce qui fut déjà le cas avec Bleu d'Enfer). John Stockwell exploite à merveille son décor idyllique, c'est peu de le dire, nous immergeant complètement dans cette région touristique du Brésil avant de progressivement transformer ce cadre paradisiaque en territoire de cauchemar qui ne plaisante pas. Et le réalisateur ne laisse pratiquement aucune place à l'ennui, malgré deux séquences d'agression malheureusement techniquement illisibles. Un couac d'autant plus regrettable que ces scènes sont pourtant réalistes, intenses et tendues.
 
 

En revanche, les séquences sous-marines sont autrement plus impressionnantes et magnifiquement filmées. John Stockwell y instaure une véritable sensation de claustrophobie, notamment lorsqu'il filme ses personnages dans des endroits caverneux, exigus et presque irrespirables. On ressent physiquement cet effet d'étouffement à travers cette course pour la survie que nos héros juvéniles poursuivent avec courage, résistance et une angoisse à bout de souffle.

Ainsi donc, Paradise Lost, à la revoyure, demeure une formidable petite série B, un survival mené avec savoir-faire et efficacité, où la menace humaine, nous glace le sang, sous l'impulsion d'une communauté d'acteurs impliqués dans leurs rôles, à la fois soumis et stoïques face à l'horreur qui les entoure.
 

Et c'est justement ce côté effréné de la survie qui fonctionne particulièrement bien, notamment auprès des personnages les plus vaillants, les plus résistants et, surtout, ceux qui auront le plus de chance. Car Paradise Lost leur confère également une véritable dimension humaine qui n'est certainement pas à négliger.

Nous n'avons donc jamais affaire à de jeunes adultes décervelés, comme le cinéma de genre nous en sert parfois à la pelle. C'est tout l'inverse que nous propose John Stockwell - on sent qu'il aime ses personnages - avec ce survival tropical aussi dépaysant qu'éprouvant.
 

Alors oui, Paradise Lost est une petite série B du samedi soir, mais un film d'exploitation particulièrement efficace, tendu, immersif, soigné et généreux en actions, injustement méprisée pour des raisons qui m'échapperont toujours.

Une excellente surprise donc à la revoyure. Alors pourquoi tant de fiel et d'indifférence ?
 
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lundi 31 août 2026

The Rule of Jenny Pen de James Ashcroft. 2024. Nouvelle-Zélande. 1h44.

                        (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

                                                              "Les vieux de la vieille."

Réalisé par James Ashcroft, déjà signataire des formidables Balades meurtrières et, tout récemment, de The Whisper Man, The Rule of Jenny Pen est une satire caustique, pour ne pas dire vitriolée, de la négligence et de l'indifférence qui peuvent sévir dans certaines maisons de retraite. Mais le film est surtout un jubilatoire jeu de massacre, un jeu de pouvoir entre un retraité sadique et pervers, génialement incarné par John Lithgow, qui porte littéralement le film sur ses épaules avec un charisme démoniaque, notamment à travers son rictus goguenard, et un juge tout récemment hospitalisé à la suite d'un AVC, interprété par un Geoffrey Rush absolument divin, persuasif en victime soumise, progressivement réduite à un objet de domination, tant son rival, Dave Creasy, use de roublardise, de mesquinerie et d'inventivité pour l'humilier et le molester.


Ainsi, durant tout le récit, James Ashcroft nous relate autant la confrontation physique que morale de ce duo de retraités sclérosés. Le récit est d'autant plus original et singulier que le retraité Dave Creasy est affublé d'une poupée qu'il prénomme Jenny Pen, comme s'il était indissociable de cette créature qu'il incorpore à sa main telle une marionnette de Guignol. Une présence grotesque et inquiétante qui devient progressivement le prolongement de sa personnalité perverse et de ses pulsions les plus malsaines.

Et ce qui est d'autant plus passionnant et inquiétant à travers cette descente aux enfers, c'est que The Rule of Jenny Pen est autant un drame psychologique intense qu'un véritable jeu avec les nerfs des membres de la maison de retraite et, surtout, avec ceux de nous autres spectateurs, témoins impuissants de tant de mesquinerie de la part de ce démoniaque Dave Creasy. Le film met d'autant plus mal à l'aise qu'il impose une violence gratuite et exécrable venant de ce type odieux, ce qui implique inévitablement un attachement évident et naturel envers Stefan Mortensen et les autres retraités, complètement soumis à cet élément perturbateur, d'autant plus insolent et turbulent qu'il monopolise et dompte tous les résidents avec un art consommé de la provocation, redoutablement sadique et perverse.


À travers les thématiques de la vieillesse, bien entendu, mais aussi de l'isolement et de la solitude auxquels ces retraités sont souvent recroquevillés, The Rule of Jenny Pen déploie également une satire sciemment grotesque et terriblement caustique d'un système où le personnel soignant semble constamment avoir un train de retard lorsqu'un incident survient. Ashcroft souligne ainsi la vulnérabilité de ces personnes âgées, livrées à elles-mêmes face à un individu qui profite précisément de cette impuissance pour asseoir sa domination.


A la révision, The Rule of Jenny Pen est un excellent trip horrifique particulièrement noir et vénéneux qui puise justement sa force dans la psychologie de ses terrifiantes confrontations. C'est ce qui rend le film aussi fort, vigoureux, dérangeant et malaisant, jusqu'à une dernière ligne droite qui impose une violence particulièrement houleuse, pour ne pas dire inouïe pour tenter de s'extraire de la soumission exercée par un retraité démoniaque, avide d'imposer sa mainmise sur les autres. Et à ce niveau, John Lithgow et Geoffrey Rush se disputent la vedette avec un charisme vieillissant à la fois usé, revanchard et terriblement déterminé. D'autant plus que James Ashcroft n'hésite pas, dans sa finalité, à livrer une réflexion sur l'auto-justice de manière particulièrement couillue et amorale, refusant de nous offrir une résolution moralement confortable.

— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤

dimanche 30 août 2026

L'Abîme de l'Enfer de Bartosz M. Kowalski. 2022. Pologne. 1h30.

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                                                               "La Chair et le Sang."

Découverte (grâce à une amie qui me l'avait conseillée), de L'Abîme de l'enfer, production Netflix et, une fois n'est pas coutume, film polonais réalisé par Bartosz M. Kowalski.

Et quelle excellente surprise ! Jouant habilement la carte de la bisserie parfaitement efficace et visuellement soignée, L'Abîme de l'enfer concentre toute son intrigue dans le huis clos inquiétant d'un monastère. Un policier, infiltré sous la soutane d'un moine, enquête sur la disparition de huit jeunes filles. Mais au fil de son investigation, il va se retrouver confronté à une révélation bien plus grave et délétère que tout ce qu'il avait pu envisager.


Ce qui fonctionne particulièrement bien au sein de ce thriller monacal, c'est notamment le soin apporté à la direction d'acteurs, parfaitement crédible, ainsi que l'instauration d'un climat profondément malsain et nauséeux. Le récit est émaillé de séquences-chocs parfois particulièrement peu ragoûtantes - à l'instar de ce déjeuner que les moines sont contraints d'ingurgiter, susceptible de provoquer quelques haut-le-cœur chez les spectateurs les plus fragiles... comme ce fut mon cas ! - tandis que d'autres scènes, parfois franchement gores, viennent ponctuer l'intrigue de manière viscérale.

Un atout supplémentaire réside dans le fait que ces séquences-chocs demeurent constamment au service du récit et ne sombrent donc jamais dans la gratuité.


Car si, dans un premier temps, on se croit embarqué dans un thriller policier plutôt classique, certes, mais particulièrement efficace, captivant, couillu et morbide, la suite de l'intrigue relance progressivement l'action dans une direction beaucoup plus démoniale. Et c'est précisément ce qui fait tout l'intérêt de ce redoutable thriller occulte possédant plus d'un tour dans sa besace.

Sans trop en dévoiler, L'Abîme de l'enfer se distingue également par des visions horrifiques à la fois impressionnantes, inattendues et particulièrement convaincantes, notamment grâce à la qualité de ses effets spéciaux, parfois numériques, parfois artisanaux. On a réellement l'impression d'assister à quelque chose de singulier et d'effroyable dans une envergure disproportionnée. Mais chut.


Au final, L'Abîme de l'enfer s'impose comme un excellent suspense sépulcral prenant son sujet au sérieux afin d'honorer le genre et ses amateurs éclairés dans une ambiance constamment faisandée. Une oeuvre fétide résolument premier degré, non dénué d'une certaine ironie, notamment dans un final à deux doigts de sombrer dans la farce sardonique, juste avant qu'un ultime retournement de situation ne vienne renverser la table pour nous entraîner vers quelque chose de proprement gigantesque.

Faut-il le voir pour le croire ?

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samedi 29 août 2026

The Whisper Man de James Ashcroft. 2026. U.S.A. 1h51.

(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
Hier soir, découverte de The Whisper Man, réalisé par James Ashcroft et distribué par Netflix.

Rappelons tout de même que le réalisateur est également responsable de l'éprouvant Balade meurtrière et de The Rule of Jenny Pen. Avec son nouveau métrage, nous avons affaire ici à un thriller à l'ancienne, comme il en pullulait durant les années 1990, à l'instar du Collectionneur, de Bone Collector, du Masque de l'Araignée, de Calme blanc, de La Main sur le berceau, de J.F. partagerait appartement et consorts.
 

Quelle excellente surprise, donc, que de renouer avec ce type de thriller du Dimanche soir, dans la mesure où James Ashcroft attache autant d'importance à un suspense intense et méticuleusement entretenu - on est rivé à son siège sans cligner des yeux - qu'à la caractérisation psychologique de ses personnages. Car derrière son intrigue criminelle sordide, The Whisper Man s'intéresse avant tout aux conflits familiaux et, plus particulièrement, aux relations parfois profondément conflictuelles entre pères et fils.

Sans trop en dĂ©voiler afin de ne pas gâcher le plaisir, le film nous entraĂ®ne dans une descente aux enfers morale lorsqu'un serial killer, ayant sĂ©vi il y a quinze ans, semble rĂ©cidiver en kidnappant des enfants avant de les tuer, alors mĂŞme que le coupable prĂ©sumĂ© se trouve dĂ©jĂ  derrière les barreaux. Il s'agit donc d'un rĂ©cit dur, douloureux et d'une grande cruautĂ©, au fil d'une trajectoire narrative aussi trouble que perverse quand on cible l'innocence. 
 

Mais James Ashcroft a l'intelligence de ne jamais sombrer dans un voyeurisme malsain. La violence est suggérée ou montrée à travers ses conséquences et certaines images d'archives, sans jamais devenir complaisante. Et lorsqu'une séquence particulièrement sanglante surgit soudainement - la seule véritablement graphique du récit ! -, son effet de surprise n'en est que plus effroyable, tout en demeurant pleinement justifié par le scénario.

Et si The Whisper Man se révèle aussi captivant et passionnant, il le doit également beaucoup à son impressionnante distribution. Robert De Niro, Michael Keaton, Michelle Monaghan et Adam Scott contribuent tous, avec sobriété et conviction, à donner au récit une véritable densité. C'est là l'une des plus grandes qualités du film. Tandis que l'enquête progresse et que les relations familiales se révèlent de plus en plus complexes, le réalisateur dessine des personnages meurtris, torturés et parfois profondément écorchés vifs. Mais chut...
 

Le deuil occupe également une place essentielle. À travers Tom et son fils Jake, contraints de déménager et reconstruire leur existence après la disparition d'un être cher, le réalisateur insuffle au thriller une émotion fragile et une dimension humaine dans une juste mesure. Cette douleur intime fait d'ailleurs écho aux autres relations parentales qui traversent le récit, notamment à travers Jake, qui communique avec un être invisible : une mystérieuse fille en bleu.

Il faut néanmoins reconnaître que The Whisper Man n'invente rien et ne révolutionne pas le genre. Nous sommes donc loin des chefs-d'œuvre de la trempe de Seven, Prisoners, Limbo, The Chaser ou du Silence des agneaux. Or, James Ashcroft exploite pourtant certaines situations familières du thriller criminel - notamment la confrontation psychologique entre Pete et Frank - sans jamais chercher à singer ses prestigieux modèles.
 

The Whisper Man s'impose donc facilement par lui-même, sans orgueil ni arrogance, avec un désir de nous proposer un plaisir de cinéma à la fois intelligent et jouissif.

La confrontation cĂ©rĂ©brale entre les diffĂ©rents protagonistes se rĂ©vèle ainsi particulièrement intense et subtile, notamment Ă  travers la dĂ©termination de l'inspectrice Amanda Beck Ă  vouloir dĂ©busquer l'assassin le plus rapidement possible, tandis que les rebondissements des ultimes minutes viennent enrichir les bravoures de ces personnages et accentuer la dimension Ă©motionnelle du rĂ©cit. L'un d'entre eux pourra mĂŞme Ă©voquer, dans une certaine mesure, un clin d'Ĺ“il au Sixième Sens, sans que cela ne semble tirĂ© par les cheveux. 
 
 
Si The Whisper Man ne surprend donc pas forcément quant à certains aspects de son intrigue, il demeure parfaitement mis en valeur par une superbe photo granuleuse en Cinémascope et, surtout, par l'attention portée à ses personnages communément forcenés. James Ashcroft nous immerge ainsi dans leur désarroi, leurs fêlures et parfois leur déviance, au sein d'un climat sombre, à la fois malsain, dérangeant et même, par instants, franchement glauque.

Sans compter que le rĂ©alisateur sait Ă©galement instaurer un vĂ©ritable climat d'angoisse et de terreur, qui gagne progressivement en intensitĂ©, notamment durant les vingt dernières minutes, rigoureusement Ă©prouvantes et oppressantes. Le stress le plus acĂ©rĂ© Ă©tant Ă  son paroxysme. 
 
 
Au final, The Whisper Man est donc un excellent thriller artisanal, impeccablement réalisé et interprété, d'une efficacité magnétique. Certes, nous aurions peut-être préféré une intrigue plus originale, mais le film possède bien d'autres qualités dans sa besace, à commencer par ses portraits humains fébriles, et par la personnalité du serial killer aussi fascinant que roublard, déterminé à préserver sa mainmise sur son entourage tout en imposant son propre héritage.

Si bien que derrière cette intrigue criminelle redoutablement cruelle - ces enfants portés en sacrifice - se cache finalement un récit venimeux beaucoup plus intime sur le deuil, les valeurs familiales et la transmission, où les relations entre pères et fils constituent le véritable cœur battant du film.
 
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vendredi 28 août 2026

American Gothic de John Hough. 1987. Angleterre/Canada. 1h30.

     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Si on a connu l'habile artisan John Hough un peu plus inspiré avec ses œuvres les plus notoires (Larry le dingue, Mary la garce, Les Sévices de Dracula, Les Yeux de la forêt, Incubus et surtout son chef-d'œuvre, La Maison des damnés), American Gothic demeure suffisamment inquiétant, captivant, malsain et bizarre, à travers le portrait caustique d'une famille dysfonctionnelle, pour se laisser apprécier dans un climat insulaire particulièrement macabre et tragique.

Satire sur l'intégrisme religieux à mi-chemin entre Massacre à la tronçonneuse, Humoungus et Mother's Day, l'intrigue empile les clichés du psycho-killer - une bande de jeunes échoue sur une île abritant une famille rétrograde aux us et coutumes psychorigides - avec une certaine efficacité, notamment grâce à son réalisme marginal. D'autant plus plaisant à suivre dans une constante appréhension malaisante que le récit exploite quelques trouvailles retorses afin de relancer l'action du survival sous l'impulsion de situations saugrenues - notamment les jeux de la mort auxquels s'adonnent les adulescents - et d'une victime borderline, traumatisée par la mort de son nouveau-né, qui se découvre un nouveau profil moral lors d'un dernier acte à la fois insolent et détonnant.
 

Au niveau du casting, les acteurs interprétant les jeunes adultes demeurent tout à fait attachants et sympathiques à travers leur esprit de camaraderie insouciant, symptomatique des années 80. Or, nous ne sommes nullement confrontés à une bande de victimes caricaturales et décervelées, John Hough prenant soin de les humaniser avec suffisamment de caractère, parfois bien trempé - notamment chez l'une des jouvencelles - et de force morale pour les plus résilients.

Quand bien même Rod Steiger, les traits tirés et la mine renfrognée, froide et impassible, ainsi que sa compagne Yvonne De Carlo, faussement accorte, font preuve d'un charisme sobrement dérangeant dans leur nature hospitalière bâtie sur les valeurs familiales les plus traditionnelles et le fanatisme religieux. On peut également saluer les complicités badines de Janet Wright, Michael J. Pollard et William Hootkins, en adulescents dangereusement fripons dans leur mode opératoire du zigouillage en règle, à travers des loisirs enfantins aussi cruels qu'inventifs - la balançoire restant assurément l'un des exemples les plus mémorables.
  

Tout bien considéré, American Gothic laisse durablement des traces dans l'encéphale grâce à son ambiance d'étrangeté plutôt atypique, alors que John Hough ne cède jamais à l'esbroufe ou aux effusions trop sanguines pour mieux honorer le genre avec une sincérité qui n'appartient qu'à sa personnalité studieuse et passionnée.
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤
20.06.19. 27.08.26. vo. 3èx 

lundi 24 août 2026

Stake Land de Jim Mickel. 2010. U.S.A. 1h38.

                       (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Hier soir, révision de Stake Land, réalisé par Jim Mickle en 2010. Un réalisateur plutôt discret qui avait toutefois su se faire connaître dès 2006 avec le sympathique Mulberry Street, avant de signer les excellents We Are What We Are puis Cold in July, et enfin In the Shadow of the Moon en 2019 plutôt passé inaperçu (et que je n'ai pas vu).

À la révision de Stake Land, on découvre une très bonne série B qui tire justement parti de son charme et de son attachement par son aspect bricolé. Jim Mickle conçoit son film avec sincérité, dans le désir évident de bien faire et de nous raconter un survival sur fond de road movie post-apo. L'humanité ayant été contaminée par une maladie liée au vampirisme, une poignée de survivants tente tant bien que mal de poursuivre sa route dans un monde ravagé.


Il y a d'ailleurs un point particulièrement intéressant concernant ces fameux vampires, puisqu'on a autant l'impression d'être confronté à des infectés qu'à de véritables vampires. Une idée assez astucieuse, voire originale, qui consiste à conjuguer le mythe vampirique et celui de l'infecté au sein d'une seule et même créature. Le cheminement narratif pourrait alors paraître redondant, mais on n'a jamais véritablement cette impression de répétition, tant Jim Mickle parvient à relancer l'action grâce à l'intrusion de nouveaux personnages, qui viennent progressivement grossir le groupe de survivants au fil de leur périple et grâce à des idées narratives (les différents types de vampires) et visuelles fourmillant de détails.

Mais ce qui surprend véritablement dans Stake Land, et ce qui l'empêche surtout de se confiner au simple produit standard, émane de son ambiance post-apo particulièrement mélancolique. On sent que le réalisateur accorde énormément de soin à instaurer cette atmosphère crépusculaire, qui peut parfois évoquer Terrence Malick, notamment lors de certaines plages d'onirisme champêtre.


Jim Mickle accorde également beaucoup d'attention aux paysages désolés, qu'ils soient urbains ou naturels, ainsi qu'à une foule de détails visuels : les costumes, les vêtements, les lunettes des protagonistes, sans oublier le look particulièrement travaillé des vampires infectés. Stake Land transpire littéralement la nature, le soleil, la nuit : on ressent l'air, on contemple la disparité des paysages. C'est un road movie contemplatif et envoûtant, alors même que l'action demeure métronomique et que le rythme se révèle particulièrement nerveux.

Le film est d'autant plus attachant qu'il accorde beaucoup d'intérêt à la psychologie de ses personnages, si bien que nous avons affaire à des protagonistes profondément humains. C'est aussi là que Stake Land parvient à s'extirper de la redite et du produit vite vu, vite oublié : on s'attache à ces personnages, d'autant plus que les comédiens, pour la plupart méconnus, se montrent relativement convaincants sans jamais déborder d'orgueil.


Connor Paolo, qui endosse le rôle de leader du groupe de survivants, possède notamment une véritable prestance virile et un charisme ténébreux. Son personnage est dur, violent, parfois même réactionnaire, mais il protège les siens avec beaucoup d'humanité, de solidarité et de sens de la cohésion. Sa présence apporte ainsi une véritable densité à leur évolution morale, en porte-à-faux entre la violence nécessaire à leur survie et l'humanité à fleur de peau qu'ils tentent de préserver.

Sans toutefois déflorer un final assez surprenant, concis et suggestif, plutôt intelligent et bienvenu, Stake Land demeure donc un divertissement fort honorable, dont je ne regrette pas de m'être replongé. On discerne déjà, à travers ce second long, le talent artisanal de Jim Mickle qui, avec les moyens du bord, parvient à rendre crédible son univers avec une modeste ambition. Un petit métrage somme toute personnel qui mérite largement de sortir du simple statut de film de vampires pour révéler un talent de cinéaste comme il le prouvera avec We Are What We Are et Cold in July.

-- Celui du cœur noir des images 🖤
01/08/11.
23/08/26.

dimanche 23 août 2026

Le Bossu de Philippe De Broca. 1997. France/Allemagne/Italie. 2h08.

                   (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Il n'est jamais trop tard pour découvrir un fleuron du cinéma français populaire que représente Le Bossu, réalisé en 1997 par Philippe de Broca. Nanti d'une distribution prestigieuse réunissant Daniel Auteuil, Vincent Pérez, Marie Gillain, Fabrice Luchini, Philippe Noiret et bien d'autres, Le Bossu est, de prime abord, un régal pour la psychologie farouche de ces personnages hauts en couleur, si bien que les comédiens semblent s'en donner à cœur joie et sont totalement investis dans leur fonction chevaleresque.

Vincent Pérez, notamment, crève l'écran, même si on ne l'aperçoit hélas que durant la première partie du récit. La prestance fringante qu'il dégage dans la peau du duc de Nevers est telle qu'on en viendrait presque à regretter sa disparition. Daniel Auteuil, lui, s'impose en digne justicier solitaire en herbe, particulièrement convaincant, tandis que Marie Gillain, avec sa fraîcheur naturelle, crève également l'écran, notamment dans les rapports paternels puis sentimentaux qu'elle entretient avec Lagardère mais aussi dans son incroyable mano a mano avec un ennemi face à une foule médusée. Entre eux demeurent ainsi des liens vibrants d'humanisme et de tendresse, au cœur d'un récit fertile en péripéties en bonne et due forme.


Le Bossu doit donc beaucoup de sa réussite à tous ces talents réunis, qui plus est parmi le rôle du méchant, incarné par Fabrice Luchini dans la peau de Philippe de Gonzague. L'acteur est surprenant car habité dans la sobriété, impressionnant et détestable dans ce personnage aussi fourbe que mythomane. Il rivalise de stratagèmes sans le moindre scrupule, ce qui renforce considérablement la densité psychologique et dramatique de ce récit d'aventure à l'ancienne, ici retranscrit avec une modernité tout à fait assumée.

Philippe de Broca renforce d'ailleurs cette dimension à travers des combats à l'épée absolument éblouissants de chorégraphie, de précision et donc littéralement percutants. J'ai vraiment été frappé par l'impact émotionnel de ses actions charpentées. Notamment avec cette idée à la fois couillue et ingénieuse de porter un coup d'épée en plein milieu du front de chaque ennemi pour lui transpercer le crâne. Et j'avoue qu'on a rarement vu ce genre d'idée aussi macabre dans un récit d'aventure populaire !


D'un point de vue visuel, Le Bossu est également éblouissant, magnifiquement cadré en Cinémascope. Les 140 millions de francs investis à l'époque se voient d'ailleurs parfaitement à l'écran, et Philippe de Broca exploite tout ce potentiel économique avec un art consommé du travail bien fait. On sent le cinéaste profondément investi dans son entreprise et, surtout, qu'il aime ce qu'il filme.

Cette 9è adaptation du roman-feuilleton éponyme de Paul Féval, demeure franchement expressive dans la passion des sentiments, pleine de bruit, de fureur, et de tendresse, dans un souffle épique qui se révèle par moments exaltant. Je pense notamment au rapport entre Lagardère et Aurore, la fille de Nevers qu'il est contraint d'élever afin d'honorer la mémoire de son père et de lui rendre justice.


Le Bossu est également une formidable histoire de fraternité, d'amour, de filiation, de justice inscrite dans la droiture et l'honneur. Un superbe spectacle d'aventure ludique durant ses 2 h 08, si bien que le temps défile sans prévenir. Le film se clôt d'ailleurs par un baiser final véritablement émouvant, et d'autant plus surprenant qu'il se permet une petite pointe d'audace, si j'ose le dire.

Ainsi, si j'avoue avoir toutefois une préférence pour le classique d'André Hunebelle, avec Jean Marais et Bourvil, notamment pour ce fameux charme nostalgique qui nous enveloppe dans un voile de soie doux et réchauffant, Le Bossu de Philippe de Broca n'en demeure pas moins un spectacle moderne aussi noble que justifié. Et ce n'est finalement pas plus mal pour tenter de rameuter les nouvelles générations.


Le Bossu réussit donc son pari de redorer le fameux roman-feuilleton avec autant de densité narrative que psychologique, et surtout grâce au talent de comédiens communément épatants de naturel, de spontanéité et d'aplomb.

Une aventure populaire artisanale, généreuse et foisonnante, qui assume pleinement son héritage tout en sachant lui insuffler une modernité bienvenue.

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samedi 15 août 2026

Le Roi des Morts / Der Todesking de Jorg Buttgereit. 1989. Allemagne de l'Ouest. 1h15.

                 (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"C'est le roi des morts: il fait que les hommes n'ont plus envie de vivre."

Redécouverte du Roi des morts de Jörg Buttgereit. Après plus de vingt ans d'absence, je me suis enfin décidé à m'y replonger. Et quel choc émotionnel que d'assister à un poème particulièrement morbide et funeste sur le suicide, la solitude, le mal-être et la mort.

Durant une semaine, le film nous retrace le quotidien de quidams sur le point de se suicider. Chaque jour, nous allons ainsi vivre le quotidien morose d'une personnalité esseulée, tandis qu'au même moment, Jörg Buttgereit s'attarde sur la putréfaction d'un cadavre humain que nous contemplerons tout au long du récit, jusqu'à ce qu'il ne reste finalement plus de lui qu'un squelette, puis de la poussière.


Ainsi donc, Le Roi des morts est une œuvre expérimentale underground extrêmement particulière, dans la même mouvance que ses fleurons extrêmes, Nekromantik et Nekromantik 2. Mais ici, nous sommes davantage dans une ambiance mélancolique, à la fois dépressive et terriblement triste, eu égard aux profils suicidaires que Jörg Buttgereit nous propose à travers un réalisme documentaire particulièrement atmosphérique, notamment grâce à cette photo blafarde qui nous colle aux basques.

On ne peut alors que s'immerger dans une détresse voyeuriste en assistant à la déchéance humaine de ces êtres esseulés, complètement perdus dans une sinistrose rendue intolérable.


Au-delà de sa puissance émotionnelle parfois éprouvante, notamment par sa mélancolie existentielle et sa réflexion sur l'amour à travers un couple apparemment heureux, avant qu'une tout autre tournure dramatique ne survienne à la fin du sketch, Le Roi des morts baigne dans un climat de désillusion et de désolation, pour mieux nous rappeler notre triste condition mortelle.

Et c'est notamment à travers ce cadavre en putréfaction que le film nous renvoie à notre propre mort corporelle. Le prodige, sa véritable prouesse, réside peut-être dans cette sensation de se retrouver, comme les protagonistes, désespérément seul face à ces témoignages suicidaires et face à ce cadavre putrescent qui est finalement notre propre corps à venir.


Toujours aussi inspiré et autonome, Jörg Buttgereit filme cette décomposition avec un onirisme morbide où l'émotion perce le repoussoir, magnifié par l'impulsion musicale d'Hermann Kopp, Achim Lawrence et John Boy Walton, dont la partition élégiaque se révèle à la fois belle et d'une sensibilité bouleversante.

Ainsi donc, en traitant de ces thématiques obsessionnelles que symbolisent la mort, la mélancolie, la solitude, la marginalité et la tristesse de l'existence, Le Roi des morts nous plonge dans un poème funeste d'une extrême fragilité, en y traitant notamment de la démence et du sacrifice - le tueur fou est un martyr du post modernisme -


Par son réalisme grisâtre à la fois provocateur et dérangeant, mais infiniment triste et bouleversant dans son rapport existentiel, le film nous invite à une véritable communion avec cette idée aussi simple qu'implacable : la vie et la mort sont indissociables, et notre existence passe aussi vite qu'un battement de cils.

Simple piqûre de rappel.

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Killing Ground de Damien Power. 2016. Australie. 1h28.

                          (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via google, provenant du site imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)  
 
Killing Ground : un survival forestier d'une violence psychologique Ă  bout de souffle.

Hier soir, découverte d'un petit métrage australien réalisé en 2016, dont j'ignorais totalement l'existence (merci au groupe cinéphile de Facebook). Il s'agit de Killing Ground, un survival crapuleux dans la mouvance de La Dernière Maison sur la gauche, Wolf Creek ou encore Eden Lake.

À tous les amateurs de ces peloches mal élevées et bien gratinées en termes de violence psychologique et physique, Killing Ground est à ne pas rater, tant le réalisateur australien Damien Power use d'intelligence, d'habileté (notamment au niveau du montage temporel) et d'efficacité pour nous pondre un p'tit métrage d'une intensité particulièrement éprouvante, alors que les éclats de violence (surtout à mi-parcours) sont parfois à la limite du soutenable.
 

Or, le réalisateur joue sur deux tableaux, autant sur la suggestion que sur le démonstratif, et se montre brillant sur ces deux registres car il ne se livre jamais à la complaisance. Les séquences de soumission morale et de sévices corporels, conçues avec sadisme par deux rednecks du coin, sont franchement limite insupportables, tant le réalisme cru des situations nous rappelle les grands classiques que j'ai cités plus haut.

Avec des acteurs mĂ©connus chez nous mais remarquablement convaincants auquel on s'identifie d'emblĂ©e, Killing Ground nous emmène droit en enfer, au sein d'une forĂŞt australienne isolĂ©e oĂą deux rednecks ont dĂ©cidĂ© de batifoler avec leurs victimes dans une violence gratuite proprement putassière. Épreuve de force morale et vĂ©ritable chemin de croix qu'une poignĂ©e de protagonistes vont endurer durant une heure trente, Killing Ground ne nous laisse aucun rĂ©pit quant Ă  leur survie prĂ©caire, d'autant plus que, comme dans Wolf Creek, Eden Lake ou La Dernière Maison sur la gauche, n'importe quel protagoniste peut trĂ©passer Ă  tout moment auprès de deux engeances que l'on rĂ©pugne Ă  dĂ©tester. Le rĂ©cit joue donc habilement avec nos nerfs, en y rĂ©veillant nos instincts les plus sombres pour mieux Ă©tudier notre jugement moral et nos prises de dĂ©cisions. Que ferions-nous Ă  la place des victimes ? 
 
 

Si l'on peut chipoter sur son cheminement narratif tout à fait classique, Killing Ground mise sur l'efficacité infaillible d'un rythme aussi inquiétant qu'effréné, ainsi que sur la caractérisation psychologique de ses personnages, auxquels il parvient à nous attacher profondément à travers leurs tourments, leur désespoir éploré, dans un réalisme forestier aussi immersif qu'effrayant.

Outre ce classicisme narratif, Damien Power se rattrape également sur certains rebondissements intelligents où l'on reconsidère l'action, notamment vis-à-vis de la psychologie équivoque de personnages. Et sans trop déflorer d'indices, l'action horrifique est relancée d'une certaine façon sur le plan psychologique, à travers une confrontation amère et regrettable. C'est précisément ce qui permet au récit de se relancer et d'épouser un autre point de vue moral accablant vis-à-vis d'un certain personnage, renforçant ainsi la dramaturgie du film jusqu'à cette fin ouverte qui en dit long dans les échanges de regards mutiques. A vous de vous faire votre propre fin...
 

Et surtout, Killing Ground nous donne à réfléchir sur la lâcheté, sur notre propre hésitation à oser franchir le cap et sur cette frayeur viscéral qui nous empêche parfois d'oser transgresser notre peur, justement par peur de trépasser. Le film traite ainsi autant du courage (avec un beau profil féminin que l'on n'a pas vu venir) et du dépassement de soi que de la paralysie provoquée par la peur que l'on peut condamner ou tolérer. Celle d'oser prendre notre courage à deux mains pour tenter de nous sortir d'une situation extrêmement précaire et sauver des vies.

Ainsi donc, Killing Ground est un vrai choc émotionnel grâce à cette ultra-violence psychologique et parfois physique (le sort du bébé, les jeux morbides, la résultante des viols), proprement innommable et résolument perturbante. Un survival horrifique résolument adulte par son réalisme acéré, si bien qu'après un tel cauchemar moral, il est impossible de sortir totalement indemne de cette déliquescence déshumanisante.
 
 

Car derrière cette violence poisseuse et ce réalisme fangeux, le film nous confronte surtout à une vérité glaçante qui nous révolte intérieurement: certains assassins sans vergogne demeurent irrécupérables dans leur sadisme inné, capables de s'adonner aux pires exactions pour le simple plaisir de faire le mal, dans une vile perversité. Si bien qu'ici, le film nous prouve clairement que toute seconde chance était inutile.

Glaçant et impardonnable. A mĂ©diter...
 
— Celui du cĹ“ur noir des images đź–¤