lundi 21 décembre 2015

L'AVENTURE INTERIEURE

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

"Innerspace" de Joe Dante. 1987. U.S.A. 1h59. Avec Dennis Quaid, Martin Short, Meg Ryan, Kevin McCarthy, Fiona Lewis, Vernon Wells, Robert Picardo, Wendy Schaal.

Sortie salles France: 16 décembre 1987. U.S: 1er juillet 1987

FILMOGRAPHIE: Joe Dante (né le 28 novembre 1946 à Middletown, New Jersey) est un critique, scénariste, monteur, producteur et réalisateur américain. Son plus grand succès populaire est, à ce jour, Gremlins (1984). 1966-1975 : The Movie Orgy 1976 : Hollywood Boulevard, co-réalisé avec Allan Arkush 1978: Piranhas,1981 : Hurlements (The Howling) 1983 : La Quatrième Dimension (Twiling Zone the Movie), troisième épisode, Its a Good Life 1984 : Gremlins 1985 : Explorers 1987 : Cheeseburger film sandwich (Amazon Women on the Moon), 5 sketches 1987 : L'Aventure intérieure, 1989 : Les Banlieusards (The 'burbs) 1990 : Gremlins 2, la nouvelle génération (Gremlins 2 The New Batch) 1993 : Panic sur Florida Beach (Matinee) 1998 : Small Soldiers 2003 : Les Looney Tunes passent à l'action (Looney Tunes : Back in Action) 2006 : Trapped Ashes , premier segment,Wraparound. 2009: The Hole. 2014: Burying the Ex.


Succès commercial international, l'Aventure Intérieure est la nouvelle réunion du duo payant Joe Dante/ Steven Spielberg depuis l'énorme carton de Gremlins. Inspiré d'un grand classique de la science-fiction (le Voyage Fantastique de Fleischer), Joe Dante en dépoussière son concept (la miniaturisation de scientifiques plongés en interne d'un corps humain) par le biais d'effets spéciaux innovants (Oscar des meilleurs effets spéciaux et visuels) et surtout de l'omniprésence d'une cocasserie parfois hilarante. Clairement estampillé divertissement familial, l'Aventure Intérieure fleure bon l'esprit Amblin Entertainment dans son esprit généreux et sincère de nous confectionner un spectacle fantastique mené tambour battant. Un employé de supermarché névrosé se retrouve mêlé à une improbable affaire d'espionnage. Dans une folle course contre la montre, Il doit tenter de retrouver une puce afin que le lieutenant Tuck Pendleton, projeté incidemment à l'intérieur de son corps à bord d'un submersible, puisse retrouver sa taille initiale. C'est le début d'une course-poursuite contre l'ennemi que Jack Putter va entamer avec l'aide de Lydia, la compagne de Tuck. 


Ce pitch aussi prometteur qu'amusant, Joe Dante l'exploite avec son savoir-faire traditionnel pour combiner efficacement péripéties, gags et quiproquos sous l'appui d'une bonne humeur galvanisante. Outre l'efficacité d'une narration jamais à court d'idées dans son action échevelée (la course-poursuite sur la chaussée, l'intrusion d'un émissaire à l'intérieur du corps de Jack), ces retournements de situations, incidents de parcours et entrée en scène d'un antagoniste pétulant (le cowboy fétichiste de santiags), l'Aventure Intérieure est scandé par la fougue amicale des comédiens donnant libre court à leur ressort héroïque. Particulièrement Martin Short, jeune acteur peu connu du public français mais popularisé outre-atlantique avec la célèbre émission Saturday night live. Endossant le rôle timoré d'un salarié complexé et dépressif, l'acteur possède un charisme impayable dans son physique candide à exprimer des émotions tantôt erratiques (sa première approche schizo avec sa voix intérieure, sa métamorphose physique pour se substituer au cowboy), tantôt fringantes (ses crises chevaleresques) pour se défaire de situations rocambolesques. Sa course contre la montre l'entraînant finalement vers une initiation héroïque sous l'autorité de son mentor, Tuck Pendleton. Dans une posture secondaire, Dennis Quaid lui partage la vedette de manière émérite et sagace à inciter son partenaire à décrocher la victoire. Leur rapport de force et d'amitié faisant tout le sel de cette aventure exaltante conçue sur la volonté de vaincre ses angoisses intrinsèques. Avec toujours cette même fraîcheur innocente et par le biais de son physique poupon, Meg Ryan vient s'interposer dans leur mission avec naïveté et brin d'héroïsme gentiment maladroit.  


Grâce à l'intelligence d'un scénario ne cédant jamais à l'esbroufe pour combler le public, Joe Dante préconise la drôlerie des situations débridées (avec un côté cartoonesque en quelques occasions de pantomime) et la bonhomie sémillante de ces comédiens pour enthousiasmer le spectateur embarqué dans une aventure imprévisible. Un excellent divertissement n'ayant rien perdu de sa fraîcheur et de sa douce insolence au travers d'un humour décapant ! 

Bruno Matéï
3èx 

Récompense: Oscar des meilleurs effets spéciaux et visuels (Dennis Muren, Bill George, Harley Jessup et Kenneth Smith) en 1988.


TOP 15, 2015. Les quinze meilleurs films de l'année 2015.

1/ MAD-MAX FURY ROAD
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/05/mad-max-fury-road.html


2/ VICTORIA
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/12/victoria-grand-prix-beaune-2015.html


3/ THE WALK
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/12/the-walk.html


4/ IT FOLLOWS
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/05/it-follows-grand-prix-prix-de-la.html


Dans le désordre: 
What we do in the shadow
http://brunomatei.blogspot.fr/…/…/what-we-do-in-shadows.html


The Voices
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/03/the-voices-prix-du-public-prix-du-jury.html


The Green Inferno
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/10/the-green-inferno.html


Le Fils de Saul


No Escape
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/11/no-escape.html


Sicario
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/12/sicario.html


Everest
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/10/everest.html


Foxcatcher
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/02/foxcatcher-prix-de-la-mise-en-scene.html


Suburra
http://brunomatei.blogspot.fr/2016/02/suburra.html


Hyena
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/09/hyena-prix-du-jury-au-festival-de.html


A la poursuite de demain
http://brunomatei.blogspot.fr/2015/10/a-la-poursuite-de-demain.html




vendredi 18 décembre 2015

THE WALK

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site

de Robert Zemeckis. 2015. U.S.A. 2h03. Avec Joseph Gordon-Levitt, Ben Kingsley, Ben Schwartz,
Charlotte Le Bon, James Badge Dale, Steve Valentine, Sergio Di Zio, Mark Camacho

Sortie salles France: 28 octobre 2015. U.S: 2 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Robert Zemeckis est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Mai 1951 à Chicago (Illinois).
1978: Crazy Day. 1980: La grosse Magouille. 1984: A la Poursuite du diamant vert.1985: Retour vers le Futur. 1988: Qui veut la peau de Roger Rabbit. 1989: Retour vers le Futur 2. 1990: Retour vers le Futur 3. 1992: La Mort vous va si bien. 1994: Forrest Gump. 1997: Contact. 2000: Apparences. 2000: Seul au monde. 2004: Le Pôle Express. 2007: La Légende de Beowulf. 2009: Le Drôle de Noël de Mr Scrooge. 2013: Flight. 2015: The Walk.


Expérience cinématographique unique dans son histoire, sommet d'émotion et d'intensité vertigineuse, The Walk tient du rêve éveillé pour réinventer le sens du merveilleux et de la féerie à partir d'une histoire vraie aussi fantaisiste qu'irresponsable ! (du moins dans l'apparence des faits !). Celle d'un projet fou que le Funambule français Philippe Petit concrétisa un 7 Août 1974 pour avoir entrepris illégalement une traversée sur câble entre les deux tours du World Trade Center à 400 mètres de hauteur. Cet exploit aussi insensé qu'improbable est ici retranscrit avec un réalisme rigoureux à couper le souffle, voir parfois même insoutenable pour ceux, qui comme moi, éprouvent le vertige à la vue d'un festival de bravoures toujours plus dangereuses et draconiennes. Hymne au courage, au dépassement de soi (par la maîtrise du corps et de l'esprit) et à l'accomplissement de ces rêves les plus fous, The Walk insuffle une dimension poétique gracile lorsque notre héros multiplie ses exploits lors du point d'orgue au suspense en roue libre (comptez 45 minutes d'intensité exponentielle !). Le spectateur cramponné à son siège, les yeux rivés sur l'écran comme un gosse de 5 ans, assistant à un numéro artistique en apesanteur !


Cette volonté d'accomplir une prouesse physique savamment avisée est d'autant mieux transcendée à l'écran sous l'impulsion imperturbable de l'acteur Joseph Gordon-Levitt. Ce dernier se fondant dans la peau d'un équilibriste transi de passion, constance et rigueur à daigner parachever son rêve le plus impossible ! Cette sensation d'isolement perçue du haut des grattes ciel, ce sentiment prude et exaltant de se retrouver au dessus du monde pendant que le public ébahi tente de retenir son souffle sont comparables au prodige de Superman lorsque Christopher Reeves s'était incarné en super-héros pour voler dans les airs sous nos yeux d'enfant. Dans The Walk, nous retrouvons ce même lyrisme d'émerveillement, réalisme en sus par l'entremise du fait-divers, cette même émotion prude, cette fougue scrupuleuse lorsque Philippe Petit déambule délicatement sur son câble en répétant le même exploit par des récurrents allers-retours. Mais bien avant l'accomplissement de cette expérience extrême, Robert Zemeckis aura pris soin de nous dépeindre avec cocasserie (ses premiers essais infructueux à cheminer sur une corde) et tendresse (sa relation sentimentale avec Annie puis celle, conseillère avec "Papa Rudy") les répétitions et préparatifs de son projet démesuré parmi la complicité de comparses. Palpitant à plus d'un titre lorsque Philippe et l'un de ces compagnons tentent dans un premier temps d'accéder illégalement dans le dernier étage des tours jumelles, The Walk nous avait déjà ménagé le terrain de la prévenance palpitante lorsque ces derniers multiplies les risques et subterfuges à contrecarrer la vigilance des gardiens.


Croire en l'impossible
Spectacle atypique d'un prodige titanesque nous inculquant (de manière exubérante et couillue) une leçon de vie où le merveilleux et la féerie se juxtaposent pour parfaire une chorégraphie picturale, The Walk se permet en outre de porter un humble témoignage aux tours jumelles du 11 septembre avec une candeur poétique bouleversante. Par le biais de cette aventure humaine s'édifie une expérience vertigineuse, une prouesse technique dépassant l'entendement (nos sens et repères perdant pied avec la réalité rigoureusement exposée), une date dans l'histoire du 7è art que Robert Zemeckis a su transfigurer avec un brio alchimiste ! 

Bruno matéï

BIOGRAPHIE: (source Wikipedia)
Philippe Petit, né le 13 août 1949 à Nemours (Seine-et-Marne), France, est un funambule français. Il a réalisé de nombreuses traversées sur un fil tendu entre des monuments ou des sites mondialement connus comme, en 1971, à Notre-Dame de Paris, en 1973, au Harbour Bridge, à Sydney, en Australie, un des plus grands ponts en acier du monde, en 1989, du Trocadéro au deuxième étage de la tour Eiffel, en 1994, à Francfort, devant 500 000 spectateurs, en 1993 entre la tour de Saillon et la vigne à Farinet.
Sa traversée la plus célèbre reste celle, illégale, qu'il a réalisée entre le sommet des deux tours du World Trade Center à New York le 7 août 1974. Les films Le Funambule, Oscar 2009 du meilleur film documentaire et The Walk : Rêver plus haut retracent cette traversée.

jeudi 17 décembre 2015

CRIMSON PEAK

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinehorizons.net

de Guillermo Del Toro. 2015. U.S.A. 1h59. Avec Mia Wasikowska, Jessica Chastain, Tom Hiddleston, Charlie Hunnam, Jim Beaver, Leslie Hope, Bruce Gray, Burn Gorman, Jonathan Hyde.

Sortie salles France: 14 octobre 2015. États-Unis: 16 octobre 2015.

FILMOGRAPHIE: Guillermo Del Toro est un réalisateur, scénariste, romancier et producteur américain, né le 9 Octobre 1964 à Guadalajara (Jalisco, Mexique).
1993: Cronos. 1997: Mimic. 2001: l'Echine du Diable. 2002: Blade 2. 2004: Hellboy. 2006: Le Labyrinthe de Pan. 2008: Hellboy 2. 2013: Pacific Rim. 2015: Crimson Peak.


Après l'Echine du Diable et Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro renoue avec la ghost story dans Crimson Peak. Un conte gothique aux multiples influences (pour ne citer que les artisans notoires Roger Corman et Mario Bava) où son esthétisme fulgurant nous permet de nous immerger avec vigueur et passion au sein d'un suspense criminel remarquablement charpenté. Car si l'intrigue parfois prévisible pâtit d'un manque d'originalité dans la facilité de certains clichés et des thèmes illustrés, Guillermo Del Toro possède un indéniable savoir-faire à distiller le suspense autour d'une implacable machination familiale. 1887, Buffalo, état de New-York. Edith Cushing, jeune romancière novice, tombe sous le charme de Sir Thomas Sharpe au moment où ce dernier débarque à l'improviste chez son père afin de lui suggérer un prêt. Suspicieux à l'égard de cet inconnu, Carter Cushing finit par apprendre que cet individu s'avère un imposteur parmi la complicité de sa soeur. Quelques jours plus tard, alors que ce couple est évincé pour rentrer en Angleterre, le père d'Edith est retrouvé mystérieusement assassiné le crane fracassé. Sa fille décide alors en désespoir de cause de rejoindre Thomas Sharpe et sa soeur dans le manoir d'Allerdale Hall. Ayant la faculté de communiquer avec les morts depuis son enfance, elle est témoin d'apparitions spectrales dans cette nouvelle demeure... 


Baroque, flamboyant, envoûtant, poétique, voir féerique, Crimson Peak est un bonheur visuel de chaque instant pour sa scénographie impartie à un manoir sclérosé au lourd passé. Le contraste conféré à sa photographie rutilante permettant de transfigurer une architecture gothique d'un raffinement pictural ! Osant aborder le thème scabreux de l'inceste avec une certaine pudeur, Guillermo Del Toro réinvente l'épouvante séculaire et la romance lyrique sous l'égide de fantômes torturés. D'une beauté macabre inédite, ces derniers provoquant une fascination morbide dans leur morphologie écarlate peut-être inspirée du Masque de la mort rouge de Corman. Provoquant également l'inquiétude et l'angoisse dès leurs premières apparitions lorsqu'ils tentent d'entrer en contact avec notre héroïne esseulée, ces derniers s'avèrent finalement sous-exploités au profit de la relation amoureuse du trio équivoque. Del Toro préférant se focaliser sur les motivations confidentielles de nos antagonistes à daigner remettre sur pied un manoir décrépit, au moment même où l'inquiétude progressive de notre héroïne est sur le point d'achever une horrible révélation depuis sa quête investigatrice. A travers cette énigme tortueuse en contact avec l'au-delà, le cheminement narratif s'avère remarquablement ciselé pour l'efficacité de la réalisation, quand bien même des indices éloquents nous seront dévoilés au compte-goutte. Outre l'enjeu vigoureux de connaître les tenants et aboutissants de cette diabolique machination, Crimson Peak est notamment rehaussé du talent distingué des comédiens formant communément un triangle amoureux des plus insidieux. D'une cruauté psychologique davantage abrupte (l'héroïne ne cesse d'être molestée et humiliée par Lucille) et parfois d'une extrême violence dans la rigueur des meurtres (celui intenté sur Carter Cushing s'avère d'une rare sauvagerie !), Crimson Peak nous entraîne sans répit dans un cauchemar macabre où la tension ne cessera de progresser au fil de l'évolution dramatique de notre trio en perdition.


Le château des amants maudits
D'une splendeur gothique capiteuse bâtie autour d'un poème romantique véreux, Crimson Peak se savoure et se contemple comme un superbe livret d'images où le vertige de l'amour et de la mort sont étroitement liés à la cupidité, le pouvoir, la jalousie et la possessivité. En dépit de la timidité de son impact terrifiant, le spectacle flamboyant est scandé par la simplicité d'une histoire forte sous le tempérament ombrageux d'aristocrates superbement dessinés. 

Bruno Matéï


mardi 15 décembre 2015

20 000 LIEUES SOUS LES MERS

                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr  

"20 000 Leagues Under the Sea" de Richard Flescheir. 1954. U.S.A. 2h06. Avec Kirk Douglas, James Mason, Paul Lukas, Peter Lorre, Robert J. Wilke, Carleton Young, Ted de Corsia.

Sortie salles France: 7 octobre 1955. États-Unis: 23 décembre 1954

FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn,  et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles.
1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieues sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.


Première production Disney tournée en scope et en prise de vue réelle, 20 000 lieues sous les mers dépoussière le cinéma d'aventures sous la scénographie épurée d'un univers marin. D'après un célèbre roman de Jules Verne, ce grand classique familial possède les solides atouts de tirer parti d'une interprétation pleine de vigueur et d'une mise en scène professionnelle d'un maître du cinéma de genre, Richard Fleischer. L'action se situe en 1868... Alors que plusieurs bateaux sont victimes d'attaques perpétrées par un éventuel animal marin, le professeur Aronnax, le harponneur Ned Land et le domestique Conseil embarquent à bord d'une frégate pour le traquer. A leur tour pris pour cible par la menace, nos trois comparses se retrouvent évincer de leur embarcation avant d'être repêcher par les sbires du Capitaine Nemo à bord d'un submersible. Aventure haute en couleurs dédiée à l'amour de la mer et de sa faune environnante, 20 000 lieues sous les mers se porte en témoignage poignant pour retracer l'utopie meurtrière d'un capitaine avide de rancoeur contre l'humanité. Celle de fustiger la cupidité de l'homme tirant profit des moindres richesses aux quatre coins du monde et exploitant les plus faibles pour tenir lieu d'esclavagisme.


Par le biais de ce frondeur ingrat habité par le venin de la vendetta, Richard Fleischer dresse le portrait mélancolique d'un amoureux de la mer, désespéré à l'idée de retrouver un jour la prospérité d'une terre inscrite dans le respect et la bonté. Sur ce point, le vétéran James Mason s'avère remarquable de sobriété dans la peau d'un capitaine émérite mais désavoué par sa détresse suicidaire. Quant aux seconds-rôles héroïques qui lui prêtent la réplique, on peut principalement prôner l'interprétation galvanisante de Kirk Douglas dans celui d'un marin aussi pétulant que caractériel à daigner s'extirper de sa condition d'otage. Paul Lukas et Peter Lorre endossant les carrures nobles d'hommes avisés à tenter de dissuader la folie du capitaine Nemo. A travers les aspirations criminelles de ce dernier, Richard Fleischer en exploite un spectacle familial d'une beauté formelle épurée, à l'instar de l'antre baroque du submersible (en compagnie théâtrale et musicale d'un orgue !) et des séquences sous-marines dévoilant la richesse insoupçonnée d'une faune coexistant en harmonie. Jalonné de péripéties homériques parmi une communauté de cannibales et de belligérants enrôlés en mission, 20 000 lieues sous les mers alterne l'action mais aussi l'humour sous l'impulsion d'un Kirk Douglas rivalisant d'insolence et d'espièglerie, à l'instar de son amitié partagée avec un phoque (sa beuverie improvisée avec ce dernier distille une fervente cocasserie !). Pour parachever, ajoutez également en point d'orgue le caractère épique d'une confrontation dantesque avec un poulpe géant. Alors que plus d'un demi-siècle après sa confection artisanale (la créature est un mélange d'hydraulique, d'air comprimé, de tuyaux et de caoutchouc !), on reste impressionné par le réalisme de cette bravoure rehaussée de la vigueur d'un climat nocturne tempétueux !


Grand classique du film d'aventures délivrant un message écolo pour la protection de l'environnement marin (espace de rigueur et de liberté) et une diatribe contre l'égoïsme de l'homme, 20 000 lieues sous les mers préserve son pouvoir de fascination grâce au brio de sa mise en scène et à la chaleureuse complicité d'un quatuor de comédiens au charisme indéfectible.  

Bruno Matéï
3èx

Récompenses: Oscar des meilleurs effets visuels 1955
Oscar de la meilleure direction artistique 1955

lundi 14 décembre 2015

Le Chat Noir


"Il Gatto nero" de Lucio Fulci. 1981. Italie. 1h32. Avec Patrick Magee, Mimsy Farmer, David Warbeck, Al Cliver, Bruno Corazzari.

Sortie salles France: 9 Mars 1983.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981: La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence..


Film mineur au sein de la carrière de Fulci alors que la même année la Maison près du cimetière et l'Au-delà traumatisèrent toute une génération de cinéphiles, Le Chat Noir connut néanmoins un certain succès mérité auprès des vidéos-clubs des années 80 sous l'égide de Scherzo
Synopsis: Une photographe et un inspecteur de police vont chacun de leur côté tenter de démystifier les découvertes de cadavres sauvagement agressés. Leurs investigations les amènent à fréquenter un médium solitaire alors qu'un chat noir semble être à l'origine de cette vague de meurtres. 


Faute d'un scénario mal exploité il est vrai, le Chat Noir compte surtout sur l'alignement de scènes chocs morbides perpétrées autour d'une ambiance d'étrangeté fréquemment envoûtante pour instaurer une efficacité payante. D'autre part, le concept original d'incriminer un chat à l'origine de sanglants méfaits ne manque pas d'attiser notre curiosité quand bien même l'étrange medium communiquant avec l'au-delà semble y tirer les ficelles. Un chat noir d'un charisme inquiétant que Lucio Fulci parvient à rendre oppressant dès ses apparitions en plan serrés, qui plus est renforcé d'un bourdonnement dérangeant à travers la dissonance de bruits sourds et réguliers. Pour ce rôle interlope, on retrouve avec plaisir l'inoubliable acteur d'Orange Mécanique et d'Histoires d'Outre-tombe, Patrick Magee, campant ici un personnage antipathique aussi fourbe qu'égoïste auprès de son mobile vindicatif. Dans celle de la photographe fureteuse, l'illustre Mimsy Farmer lui partage la vedette en posture fragile d'investigatrice gagnée par la révélation d'indices macabres. Enfin, David Warbeck endosse avec plus de discrétion la carrure d'un inspecteur de police assez malhabile, à l'instar de son impuissance à se prémunir contre l'agression meurtrière du chat.


En dépit d'une intrigue superficielle néanmoins insolite, de son montage déstructuré et de certaines maladresses de mise en scène (notamment la régularité de zooms intentés sur les regards suspicieux de protagonistes), le Chat Noir réussit à diluer charme et sympathie de par sa facture latine délicieusement macabre. Tant auprès de la composition attachante de nos seconds couteaux pris dans la tourmente d'une énigme occulte, du climat d'étrangeté rehaussé parfois d'esthétisme gothique (principalement les intérieurs archaïques de la demeure de Robert miles), de l'accompagnement musical énergiquement orchestré par Pino Donnago et enfin de l'impact graphique conféré aux meurtres les plus complaisants (le sort du couple finissant par succomber à un horrible asphyxie, l'agression de l'inspecteur dans la cité nocturne et le châtiment par le feu imparti à une quinquagénaire dans la quiétude de son foyer). A revoir donc pour les amateurs de série B horrifique révolue à l'ambiance résolument prégnante. 

*Bruno
5èx

vendredi 11 décembre 2015

HISTOIRES DE FANTOMES CHINOIS. Prix spécial du jury, Avoriaz 1988.

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site senscritique.com

"Sien nui yau wan/A Chinese Ghost Story" de Ching Siu-tung. 1987. Hong-Kong. 1h38. Avec Leslie Cheung, Joey Wong, Wu Ma, Lam Wai, Lau Siu-ming, Xue Zhilun, Wong Jing

Sortie salles France: 28 décembre 1988. Hong Kong: 18 juillet 1987

FILMOGRAPHIE: Ching Siu-tung est un réalisateur et un chorégraphe hong-kongais né en 1953.
1982 : Duel to the Death. 1985 : Witch from Nepal. 1987: Histoire de fantômes chinois. 1990 : Swordsman. 1990 : Terracotta Warrior. 1990 : Histoire de fantômes chinois 2. 1991 : The Raid. 1991 : Histoire de fantômes chinois 3. 1992 : Swordsman 2. 1993 : Swordsman 3. 1993 : Mad Monk: 1994 : Wonder Seven. 1996 : Dr. Wai. 1997 : The Longest Day. 2000 : Conman in Tokyo. 2002 : Naked Weapon. 2003 : Un aller pour l'enfer. 2008 : Kingdom of War. 2011 : Le Sorcier et le Serpent blanc (The Sorcerer and the White Snake)


Film culte des années 80 auréolé du Prix Spécial du Jury à Avoriaz en 1988, Histoires de fantômes chinois aura marqué toute une génération de spectateurs et de vidéophiles (le film fit un carton en Vhs !). De par l'imagerie flamboyante impartie à son romantisme féerique où le fantastique s'entrechoque sous l'impériosité de fantômes maléfiques. Concentré d'humour pittoresque (le héros maladroit multiplie les bévues au fil de ses déambulations avec des rencontres occultes), d'action bondissante (les corps - affublés de soie - volent dans les airs pour se combattre avec une fluidité épurée !) et de tendresse lyrique (la relation désespérée du couple extériorise des plages de poésie prude), Histoires de Fantômes chinois est un enchantement permanent ! Avec une virtuosité étourdissante et l'ambition formelle de nous immerger dans un univers atypique, l'intrigue se focalise sur les vicissitudes du jeune Ning égaré en pleine forêt à proximité du temple Lan Jou. Sur place, il y établi la rencontre d'une charmante inconnue, Hsiao-Tsing, quand bien même un taoiste, Yen, pourchasse les fantômes qui errent à travers bois. Alors qu'une relation amoureuse s'improvise entre le couple, Hsiao-Tsing lui révèle sa véritable identité et lui avoue qu'elle est contrainte de se marier avec un arbre démon d'ici trois jours. Afin de la sauver des griffes du mal et de pouvoir la réincarner, Ning doit exhumer les cendres de sa compagne pour les déposer dans une sainte campagne.


Ensorcelant et exaltant, Histoires de fantômes chinois se porte en étendard romantique sous couvert d'un récit fantastique aussi homérique que vertigineux. Par le biais d'un montage ultra rapide et d'effets spéciaux bluffant de réalisme, Ching Siu-tung parvient à transfigurer moult péripéties virevoltantes sous l'impulsion héroïque du couple scandé par la passion des sentiments. Véritable hymne à la candeur de l'amour, l'intrigue met en exergue leur ressort romanesque avec une poésie proprement capiteuse ! Aux regards mélancoliques mêlés de tendresse et de désir de liberté, Ning et Hsiao-Tsing oscillent les sentiments contradictoires de fragilité amoureuse, entre espoir et désespoir d'une condition infortunée. Le cinéaste renouvelant les codes du mélodrame sous argument fantastique d'une thématique empruntée aux fantômes. Ultra inventif dans les péripéties fulgurantes accordées aux combats aériens et au déchaînement de l'enfer (point d'orgue borderline à couper le souffle !), Histoires de fantômes chinois transcende un univers chimérique au sein du pays mandarin. Dépaysé et déboussolé, le spectateur français basculant dans une dimension surnaturelle auquel une langue géante alpague ses proies pour soumettre les âmes humaines en Enfer !


Terriblement attachant et cocasse pour la complicité romanesque que se partage timidement le couple de héros, voir également émouvant pour le dénouement de leur destin, Histoires de fantômes chinois transcende le mélodrame par le biais d'un conte fantastique où le spectacle pyrotechnique ne cède jamais à une vaine outrance. Inscrit dans un romantisme lyrique à l'érotisme chétif, il en émane un chef-d'oeuvre de fantaisie touchée par la grâce des comédiens Leslie Cheung/Joey Wong.

Bruno Matéï
4èx

Récompense: Prix spécial du jury au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1988.

jeudi 10 décembre 2015

ROCKY 3, L'OEIL DU TIGRE

                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site latavernedutroll.wordpress.com

"Rocky 3" de Sylvester Stallone. 1982. U.S.A. 1h39. Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Tony Burton, Mister T., Hulk Hogan, Ian Fried.

Sortie salles France: 12 janvier 1983. U.S: 28 Mai 1982

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York. 1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Fort d'un succès planétaire avec les deux premiers opus, Sylvester Stallone rempile devant et derrière la caméra pour offrir un 3è volet à sa saga légendaire sous l'impulsion d'un "méchant" au charisme impressionnant, Mr T ! L'acteur noir insufflant une fureur animale inédite par son autorité et sa vigueur physique à vouloir mettre à terre son adversaire aujourd'hui réputé comme champion du monde de poids-lourd. Cette fois-ci, la chronique sociale s'efface beaucoup au profit du show d'exhibition (le match de charité négocié avec le catcheur Hulk Hogan laisse libre court à un délirant pugilat destitué de règles !) et du spectacle de combats de boxe outrancièrement dantesques que Sylvester Stallone chorégraphie avec une maîtrise estomaquante. Toujours épaulé du score épique de Bill Conti parmi l'appui du célèbre thème Eye of the Tiger de Survivor immiscé durant les phases d'entrainement, les coups portés sur chacun des adversaires n'auront jamais été perçus aussi homériques pour ébranler le spectateur. Au point tel qu'avec son homologue Rocky 4, on peut sans conteste avouer qu'il s'agit de l'opus le plus jouissif de la saga, de par l'impact terriblement spectaculaire conféré aux affrontements physiques sous l'impulsion viscérale d'un antagoniste aussi indiscipliné qu'impavide !


Si le film perd en réalisme dans la caricature allouée au sport de lutte (les boxeurs ressemblant à s'y m'éprendre à de véritables gladiateurs des temps modernes), l'efficacité du récit émane du caractère ultra jouissif de l'action des combats et des états d'âme de notre héros en pleine remise en question. A travers les thèmes de la célébrité et de la peur d'affronter l'adversaire, Rocky 3,l'oeil du tigre oppose les doutes du champion de boxe affaibli par son embourgeoisement depuis sa glorieuse victoire avec Apollo Creed. A nouveau défié avec la venue de Clubber Lang, un boxeur noir issu des quartiers de Chicago, Rocky tente d'influencer Mickey à renouer l'entrainement pour l'ultime match de leur carrière. Mais juste avant de monter sur le ring pour venir l'affronter, Rocky est témoin du malaise cardiaque de son mentor. C'est bouleversé et contrarié qu'il combat ensuite son ennemi pour rapidement perdre le match par KO au 2è round. Plongé dans la détresse depuis la mort de Mickey, Rocky tente néanmoins de s'offrir une seconde chance à combattre son ennemi sous l'appui amical d'un nouveau manager, Appolo Creed. A travers cette mécanique narrative bien huilée alternant l'action, le drame et la romance pour les plages d'intimité entre Rocky et Adrian, l'intrigue met en appui la rédemption de l'amour sous l'appui maternel de son épouse. Une nouvelle femme plus affirmée car motivée à inculquer son initiation au courage, à l'endurance et à la confiance en soi afin de convaincre Rocky de retrouver l'oeil du tigre. A savoir, extérioriser une nouvelle rage de vaincre et continuer de puiser dans l'endurance afin de tenir la distance. Surprenante de naturel et d'élégance suave dans son nouveau rôle de femme forte, Talia Shire offre là son plus beau rôle de toute la saga !


Excellent divertissement avant tout conçu sur l'efficacité virtuose d'une action survoltée sans toutefois dénigrer l'émotion et la tendresse dans les ressorts de romance (Rocky/adrian), de drame (Rocky/ Mickey) et d'amitié (Rocky/Apollo), Rocky 3, l'Oeil du Tigre fait également preuve de cocasserie sous les réparties arrogantes du personnage bourru de Paulie. 

Rocky: http://brunomatei.blogspot.fr/…/rocky-oscar-du-meilleur-fil…
Rocky 2: http://brunomatei.blogspot.fr/20…/…/rocky-2-la-revanche.html

Bruno Matéï
5èx

mercredi 9 décembre 2015

ROCKY 2, LA REVANCHE

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

"Rocky 2" de Sylvester Stallone. 1979. U.S.A. 1h59. Avec Sylvester Stallone, Talia Shire, Burt Young, Carl Weathers, Burgess Meredith, Tony Burton, Joe Spinell, Sylvia Meals, Frank McRae

Sortie salles France : 29 février 1980. U.S: 15 juin 1979

FILMOGRAPHIE: Sylvester Stallone est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 6 Juillet 1946 à New-York.
1978: La Taverne de l'Enfer. 1979: Rocky 2, la Revanche. 1982: Rocky 3, l'Oeil du Tigre. 1983: Staying Alive. 1985: Rocky 4. 2006: Rocky Balboa. 2008: John Rambo. 2010: Expendables: Unité Spéciale.


Trois ans après le succès surprise de Rocky façonné par le duo gagnant John G. Alvidsen / Sylvester Stallone, une suite est mise en chantier par l'acteur himself. Alors que Rocky entreprend de prendre sa retraite après son combat épique contre Apollo Creed, ce dernier lui propose une revanche afin de taire les mauvaises langues pour son éventuelle défaite. Mais délibéré à construire une vie de famille avec Adrian, Rocky décide de raccrocher les gants et postuler vers un emploi de prolétaire. Evincé par une agence de pub et limogé par son patron d'usine, il part rejoindre son entraîneur pour le supplier en dernier ressort de l'entraîner au match de la revanche. Second opus d'une saga légendaire érigée sur le milieu de la boxe, Rocky 2, la Revanche continue de surfer avec efficacité sur les ingrédients payants de son modèle. A savoir l'action vigoureuse d'un ultime combat de boxe beaucoup plus épique qu'au préalable, et les bons sentiments d'une succès story irrésistiblement lyrique.


Une vibrante chronique sociale, une initiation à la maîtrise des sentiments (que ce soit du point de vue chagriné de Rocky ou celui vindicatif d'Appolo) où chaque personnage transmettent avec une sincérité souvent poignante les valeurs d'amour, d'amitié et de tendresse dans leur esprit de cohésion à asseoir la réputation de l'étalon sur piédestal. Incarnation du rêve américain, Rocky est cette fois-ci confronté à un choix cornélien depuis l'opposition de sa femme à affronter une seconde fois un champion discrédité de sa notoriété. Ridiculisé par le merchandising de la pub et réduit au chômage, Rocky n'a comme unique échappatoire que de remonter sur le ring (et ce, en dépit du strabisme de son oeil gauche) afin de survivre et prouver aux fans que le premier combat n'était pas un accident. Mais par malchance, son épouse sombre dans le coma à la suite de la naissance prématurée de leur enfant. Jouant sur la corde sensible, Stallone, réalisateur, ne s'apitoie par sur le pathos à dramatiser la situation anxiogène. Avec efficacité, il compte sur l'intégrité des comédiens pleins d'humanité dans leur stature amiable et la sobriété de Stallone, acteur, insufflant une fragilité émotive tout à fait digne pour honorer la fidélité de l'amour. Autour de ce compromis conjugal sur le fil du rasoir, Stallone cultive en second acte un goût prononcé du spectacle rédempteur. Que ce soit les phases d'entraînement intenses perpétrées à l'ancienne sous l'impériosité de Mickey, l'anthologique course d'endurance que Rocky parcourt en centre urbain sous l'appui d'une escorte d'enfants, et le combat de la revanche chorégraphié à l'instar d'un tournoi de gladiateurs. Jouissif, pour ne pas dire jubilatoire, cet affrontement violent est ici décuplé par sa tension exponentielle, notamment par le biais du public observant avec effarouchement l'adversité hargneuse des boxeurs ! Il en émane un oppressant combat de tous les dangers rendu d'autant plus trépidant sous la partition épique de Bill Conti.


Emotif et poignant pour ses péripéties humaines où l'intelligence du propos oppose le sens du devoir et la passion des sentiments autour d'un enjeu sportif, Rocky 2 instaure également avec efficacité une réflexion sur la vengeance et l'acceptation de la défaite du point de vue frustré d'un champion notoire transi d'orgueil.  

Rocky 1: http://brunomatei.blogspot.fr/…/rocky-oscar-du-meilleur-fil…
Rocky 3: http://brunomatei.blogspot.fr/…/12/rocky-3-loeil-du-tigre.h…
Bruno Matéï
5èx

Récompenses:
1980 : Prix Marquee du meilleur film, remis par l'American Movie Awards2
1980 : People's Choice Awards du film favori du public

mardi 8 décembre 2015

JOURNEE NOIRE POUR UN BELIER

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site michaelbruce.fr

"Giornata nera per l'ariete /Jour Maléfique" de Luigi Bazzoni. 1971. Italie. 1h32. Avec Franco Nero, Silvia Monti, Wolfgang Preiss, Ira Fürstenberg, Edmund Purdom, Rossella Falk, Renato Romano

Sortie salles Italie: 28 Août 1971

FILMOGRAPHIELuigi Bazzoni, né en 25 juin 1929 à Salsomaggiore Terme dans la région de l'Émilie-Romagne en Italie et mort le 1er mars 2012 dans la même ville, est un réalisateur et un scénariste italien.
1963 : Un delitto (court-métrage). 1963 : Di domenica (court-métrage). 1965 : La donna del lago. 1968 : L'Homme, l'Orgueil et la Vengeance. 1971 : Journée noire pour un bélier. 1973 : Blu Gang e vissero per sempre felici e ammazzati. 1975 : Le orme. 1994 : Roma imago urbis.


Inédit en salles en France et relativement occulté par les critiques avant de se voir exhumer de sa torpeur grâce au Dvd promulgué par le Chat qui Fume, Journée noire pour le Bélier emprunte la voie du Giallo avec une originalité atypique. Un journaliste enquête sur une succession de meurtres dont leur particularité est d'avoir été commis un mardi. Au fil de son investigation personnelle, la police commence à le suspecter depuis son absence d'alibis et ses fréquentations lubriques avec de jeunes femmes volages retrouvées assassinées. Une intrigue conventionnelle de prime abord, voir confuse par sa structure narrative en dents de scie où la plupart des personnages masculins sont présentés comme des individus interlopes en qui nous ne pouvons accorder un quelconque bénéfice ou une moindre empathie. Même notre héros, Andrea Bilde, journaliste qu'endosse avec aplomb renfrogné Franco Nero, affiche une posture hétérodoxe dans la peau d'un amant machiste, alcoolique et infidèle en proie à de violentes crises de jalousie.


Un personnage ombrageux à contre-emploi donc du héros redresseur de tort que le comédien parvient aisément à retranscrire de manière antipathique. Quant aux maîtresses qui empiètent l'intrigue pour se réconforter dans ses bras, c'est toujours avec réel plaisir de retrouver un défilé d'actrices italiennes toutes plus plantureuses ou ténues les unes que les autres, quand bien même un tueur s'efforce d'y appliquer son rituel morbide en tentant de les assassiner. Ce jeu vénéneux de séduction s'avère d'autant plus déroutant que le cinéaste tire parti de ses scènes-chocs dans sa manière subjective (et agressive) d'implanter le crime au sein de décors souvent blafards et d'un climat claustrophobe que les victimes éprouvent (à l'instar de l'angoissante séquence de claustration où un bambin esseulé se retrouve pourchassé par l'assassin au sein de son foyer privé de lumière !). Et si l'intrigue d'apparence canonique a de quoi laisser parfois perplexe, son cheminement indécis finit par insuffler un suspense grandissant jusqu'au dénouement homérique des plus surprenants. On peut également souligner l'attention accordée à sa bande-son (la brise d'un vent) et surtout la maîtrise de son esthétisme formel, Luigi Bazzoni déroulant les évènements autour d'une iconographie géométrique (les lieux industriels et les pavillons d'ameublement sont magnifiquement exploités pour suggérer un contraste, une corrélation avec les psychés torturés des protagonistes).


Si au premier abord, Journée noire pour un Bélier peine à apprivoiser le spectateur démunis de ses repères, l'atmosphère d'étrangeté et son climat anxiogène aussi baroque qu'envoûtant parviennent rapidement à transcender son intrigue nébuleuse aux mobiles audacieux. Soutenu par la discrétion d'une partition éthérée de MorriconeJournée noire pour un Bélier aborde les thèmes de la jalousie, de l'émancipation sexuelle, de la vengeance meurtrière et de l'adultère avec une ambition iconoclaste 

Bruno Matéï