vendredi 23 février 2024

L'Effet Papillon / The Butterfly Effect. Prix du Public, Bruxelles 2004.

                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Eric Bress, J. Mackye Gruber. 2004. U.S.A/Canada. 1h59 (Director's Cut). Avec Ashton Kutcher, Amy Smart, Melora Walters, Elden Henson, William Lee Scott, John Patrick, Amedori, Irene Gorovaia, Kevin Schmidt, Jesse James.

Sortie salles France: 10 Mars 2004 (Int - 12 ans). U.S: 23 Janvier 2004 (int - 17 ans)

FILMOGRAPHIE: Eric Bress, nĂ© Ă  New-York, est un scĂ©nariste et rĂ©alisateur amĂ©ricain.2004: L'Effet Papillon. 2020 : Ghosts of War. 
Jonathan Gruber, plus connu sous le nom de J. Mackye Gruber, est un rĂ©alisateur, producteur et scĂ©nariste amĂ©ricain. 2004 : L'Effet papillon. 2006 : Kyle XY. 


"On dit que le battement d'ailes d'un papillon peut engendrer un typhon Ă  l'autre bout du monde."
La Théorie du Chaos.
Film culte s'il en est, si bien qu'(au 3è visionnage) on se rend d'autant mieux compte Ă  quel point il serait infaisable de nos jours (surtout en version Director's Cut, prĂ©parez vous au choc final contrairement traumatique !), l'Effet Papillon fait l'effet d'un uppercut Ă©motionnel Ă  travers sa dramaturgie escarpĂ©e d'une rigoureuse cruautĂ© (euphĂ©misme j'vous dit). Et si on peut toutefois se rĂ©conforter auprès de son Ă©pilogue rĂ©dempteur d'après le Director's CutEric Bress  et J. Mackye Gruber jouent audacieusement la carte tranchĂ©e de la demi-teinte quant Ă  la destinĂ©e de notre hĂ©ros juvĂ©nile voyageant pĂ©niblement dans le passĂ© par autosuggestion Ă©pistolaire. Ainsi donc, renouvelant admirablement la thĂ©matique du voyage temporel au sein du contexte contemporain d'une bourgade ricaine faussement sereine, l'Effet Papillon s'Ă©difie en effroyable descente aux enfers auprès des thĂ©matiques de la pĂ©dophilie, de la maltraitance, du bizutage, de la dĂ©chĂ©ance, de la toxicomanie, de l'inceste, de la prostitution et de l'enfance meurtrière Ă  la suite d'un incident littĂ©ralement explosif. Et si, de base, nous avions bien affaire Ă  un divertissement hollywoodien rondement menĂ© car sans temps mort et incessamment surprenant jusqu'au vertige de l'effroi (3 sĂ©quences s'avèrent perturbantes quant aux retrouvailles d'Evan avec son père en prison, la condition estropiĂ©e du fils quelques instant plus loin et enfin son hallucinant Ă©pilogue mortifiĂ© d'autant plus dĂ©chirant), nos auteurs osent la gageure d'imbiber leur rĂ©cit d'une atmosphère malsaine Ă  la fois dĂ©rangeante, Ă©touffante, malaisante qui ne lâchera pas d'une semelle le spectateur embarquĂ© dans une course contre la montre temporelle sous l'impulsion du jeune Evan s'efforçant vainement de prĂ©server la tranquillitĂ© de ses 3 amis.


Si bien que tout a une influence sur tout et que tout le monde affecte tout le monde. Le rĂ©cit demeurant finalement un prĂ©texte pour tĂ©moigner des consĂ©quences parfois dĂ©sastreuses de nos actions irrĂ©flĂ©chies / irresponsables quelque soit notre âge. MĂŞme si en l'occurrence nous avions affaire Ă  2 Ă©vènements traumatiques impartis Ă  une enfance galvaudĂ©e. "On se change les uns les autres" suggèrent ainsi les auteurs du point de vue dĂ©muni d'Evan au sein d'un rĂ©cit dramatique infiniment cauchemardesque, et ce jusqu'au point de non retour. Outre l'incroyable noirceur du rĂ©cit martyrisant le spectateur sans complexe aucun (citez moi un titre de film rĂ©fĂ©rentiel aussi sordide, violent, cruel et radical Ă  travers la thĂ©matique du voyage temporel car personnellement je n'ai pas trouvĂ©), l'Effet Papillon doit Ă©galement beaucoup de sa dimension dramatique en la prĂ©sence de ses attachants seconds-rĂ´les d'une Ă©vidente fragilitĂ© torturĂ©e. Quand bien mĂŞme Ashton Kutcher mène fĂ©brilement le groupe avec une intensitĂ© expressive Ă  la fois trouble, inquiĂ©tante, tourmentĂ©e, sensible quant Ă  son dĂ©sir irrĂ©pressible de sauver ses amis ainsi que sa mère impliquĂ©e dans un dĂ©sarroi infortunĂ© (euphĂ©misme quand on comprend les tenants et aboutissants de cette Ă©trange malĂ©diction filiale dĂ©nuĂ©e d'explications - et c'est tant mieux afin de prĂ©server son mystère irrĂ©solu -). 


Changer une chose... change tout.
Authentique classique du genre explosant les codes, son cadre solaire et l'Ă©volution de ses personnages meurtris au grĂ© d'une cruautĂ© humaniste constante, l'Effet Papillon nous laisse un (inĂ©vitable) souvenir impĂ©rissable de par le parti-pris couillu des auteurs de se permettre l'immontrable dans leur incontournable Director's Cut inĂ©dit en salles. Et après visionnage aussi Ă©prouvant, on comprends mieux pourquoi les producteurs ont prĂ©fĂ©rĂ© opter pour l'assurance d'un final plus doux et conventionnel en version salles afin de ne pas traumatiser le grand public ballotĂ© tous azimuts par cette effroyable odyssĂ©e temporelle. Si bien que derrière cette radicale noirceur s'y dĂ©cline une rĂ©flexion (essentielle) sur notre destinĂ©e quant aux consĂ©quences dramatiques de nos actions les plus graves, illimitĂ©es et irrĂ©flĂ©chies, tant auprès de notre ego que de notre entourage le plus cher. 

*Bruno
23.02.24. 3èx. Vostfr.

Récompense: Festival international du film fantastique de Bruxelles 2004 : Pégase - Prix du public décerné à Eric Bress et J. Mackye Gruber

ATTENTION ! SPOILERS EN PAGAILLE POUR ETABLIR LE DISTINGO ENTRE LES 2 VERSIONS !!!

Version director's cut
Le film existe en deux versions : La version cinĂ©ma incluant une fin « producteur », et la version director's cut incluant une fin « rĂ©alisateur », celle disponible sur le DVD du film. Voici les diffĂ©rents ajouts et modifications figurant dans la director's cut15,16.

Evan découvre que son grand-père avait le même don que lui, et a aussi été considéré comme fou, comme son père.
Evan et sa mère vont consulter une voyante. Cette dernière est horrifiĂ©e Ă  l'idĂ©e de dĂ©couvrir qu'Evan « n'a pas d’aura, pas d’âme » et qu’« il ne devrait pas ĂŞtre ici ».
Dans la scène suivante, la mère d'Evan, sous le choc, lui confesse qu'elle a eu deux fausses couches avant lui, et qu'elle a toujours considéré sa venue au monde comme un miracle.
Une scène de prison où les détenus lisent publiquement le journal intime d'Evan pour se moquer de lui.
Une scène de prison où les détenus viennent le violer pendant la nuit.
La scène de l'hôpital où Evan rend visite à sa mère malade est étendue.
Une fin alternative :

Dans la version cinĂ©ma, le film se termine après qu'Evan, revenu dans son enfance au moment de sa première rencontre avec Kayleigh, la menace violemment de mort pour ĂŞtre sĂ»r qu'elle ne reste pas vivre chez son père pour lui. Dans la scène qui suit, Evan se rĂ©veille en compagnie de Lenny, et demande Kayleigh, mais Lenny lui rĂ©pond qu'il ne connaĂ®t personne de ce nom. Huit ans plus tard, on retrouve Evan et Kayleigh devenus adultes se croisant dans une rue de New York au milieu de la foule et, selon la version — il y en a trois —, soit ils se parlent, soit ils s'Ă©vitent, soit Evan suit Kayleigh.

Mais dans le director's cut, une tout autre fin est disponible. Ici, Evan choisit de revenir dans le ventre de sa mère, et enroule le cordon ombilical autour de son cou, il se suicide avant de venir au monde et sauve ainsi tous les êtres qui lui sont chers. Le dialogue rajouté avec la voyante, et la confession de sa mère sur les deux fausses couches qu'elle a eues sont inclus en off pendant qu'Evan se laisse mourir, et sous-entendent qu'il n'est pas le premier enfant de sa mère à avoir fait ce sacrifice de renoncer à exister.

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