jeudi 30 août 2012

AVENGERS (The Avengers)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site gameforceone.be 

de Joss Whedon. 2012. U.S.A. 2h23. Avec Robert Downey Jr, Samuel L. Jackson, Chris Hemsworth, Chris Evans, Jeremy Renner, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Tom Hiddleston, Cobie Smulders.

Sortie salles France: 25 Avril 2012. U.S: 4 Mai 2012

FILMOGRAPHIE: Joss Whedon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 23 Juin 1964 à New-York.
2005: Serenity
2012: Avengers
2012: Much Ado About Nothing


TOUT CA POUR CA ???


Lorsque la sécurité et l'équilibre de la planète sont menacés par un ennemi d'un genre nouveau, Nick Fury, le directeur du SHIELD, l'agence internationale du maintien de la paix, réunit une équipe pour empêcher le monde de basculer dans le chaos. Partout sur Terre, le recrutement des nouveaux héros dont le monde a besoin commence…


mercredi 29 août 2012

AFFREUX, SALES ET MECHANTS (Brutti, sporchi e cattivi). Prix de la mise en scène à Cannes.

Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Ettore Scola. 1976. Italie. 1h49. Avec Nino Manfredi, Maria Luisa Santella, Francesco Anniballi, Maria Bosco, Giselda Castrini, Alfredo D'Ippolito, Giancarlo Fanelli, Marina Fasoli.

Sortie salles France: 15 Décembre 1976

Récompense: Prix de la Mise en scène à Cannes, 1976.

FILMOGRAPHIE: Ettore Scola est un réalisateur et scénariste italien, né le 10 Mai 1931 à Trevico, province d'Avellino en Campanie.
1964: Parlons Femmes. 1965: Belfagor le Magnifique. 1968: Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? 1969: Le Commissaire Pepe. 1970: Drame de la Jalousie. 1972: La Plus belle soirée de ma vie. 1973: Voyage dans le Fiat-Nam. 1974: Nous nous sommes tant aimés. 1976: Affreux, sales et méchants. 1977: Bonsoir Mesdames et Messieurs. 1977: Une Journée Particulière. 1978: Les Nouveaux Monstres. 1980: La Terrasse. 1981: Passion d'Amour. 1982: La Nuit de Varennes. 1983: Le Bal. 1985: Macaroni. 1987: La Famille. 1988: Splendor. 1989: Quelle heure est-il ? 1990: Le Voyage du Capitaine Fracasse. 1993: Mario, Maria, Mario. 1995: Le Roman d'un jeune homme pauvre. 1998: Le Dîner. 2001: Concurrence Déloyale. 2003: Gente di Roma.


Comédie cynique d'une cruauté inouie, Affreux, sales et méchants est le portrait au vitriol d'une famille précaire logeant parmi l'insalubrité d'un bidonville romain. Giacinto est le patriarche sexagénaire d'une famille nombreuse entassée dans le même taudis. Propriétaire d'un butin louable, il est contraint de planquer son argent à des endroits divers du baraquement pour éviter qu'un membre de sa famille ne vienne lui soutirer. Après avoir fait connaissance avec une inconnue aguicheuse, il décide de l'inviter dans son foyer malgré le refus de son épouse et la réticence de sa communauté. De plus en plus déprécié, Giacinto va se retrouver compromis à un ignoble traquenard de la part des siens. Peinture glauque et sordide d'une banlieue défavorisée, Ettore Scola nous illustre le portrait éhonté d'une famille insidieuse plongée dans une misère humaine en chute libre. Viol, prostitution, marché noir, vandalisme, inceste sont les besognes quotidiennes des laissés pour compte contraints de se livrer aux actes les plus frauduleux pour tenter de survivre dans leur milieu blafard.


En mettant en exergue le traitement infligé aux défavorisés victimisés par le chômage, et leur déshumanisation  émanant de leur condition sociale, le réalisateur empreinte la voie de l'humour noir pour mieux dénoncer les thèmes de l'exclusion et de la marginalisation. A travers la caricature burlesque d'une famille toujours plus mesquine et immorale à daigner s'entretuer, Ettore Scola nous transcende un jeu de massacre familial d'un cynisme exubérant. Certaines scènes d'anthologie restent d'ailleurs en travers de la gorge comme ce repas estival conditionné à une farce macabre, le rêve édénique de Giacinto fantasmant une existence prospère, ou encore le conflit chaotique de deux familles se disputant la part d'une propriété. Pour parachever et afin de laisser son spectateur sur une aigreur douloureuse, le film se clôt par une dernière image incestueuse d'une amertume poignante. Spoiler ! Une séquence cafardeuse décrivant le témoignage d'une gamine de 14 ans en grossesse s'approchant d'une pompe à eau afin de remplir ses jerricans. Plan fixe sur sa posture austère d'une mine impassible par sa condition déshéritée ! Tandis qu'une mélodie maussade laisse défiler le générique de fin, avec, en arrière plan, ce bout de terrain désolé contrastant avec l'horizon d'une urbanisation florissante ! Inoubliable ! Fin du spoiler. Entre rire grinçant et drame social, Affreux, Sales et Méchants rend donc hommage à ces infortunés de la vie sans jamais leur dénigrer une empathie pour leur esprit de cohésion.


Une vie moins ordinaire
Cruellement drôle et touchant par sa misère humaine en perdition, odieux pour l'immoralité des actes familiaux, Affreux, sales et méchants est un chef-d'oeuvre de la comédie italienne d'une puissance pittoresque terriblement grinçante. L'interprétation satirique de Nino Manfredi en patriarche intarissable et la galerie de personnages médiocres aux trognes burinées renforcent son cachet d'authenticité d'une détresse discréditée. Difficile de sortir indemne d'une telle débauche misanthrope tristement actuelle...

29.08.12. 3èx
Bruno Matéï


mardi 28 août 2012

L'ESPRIT DE LA RUCHE (El Espiritu de la colmena)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Victor Erice. 1973. Espagne. 1h38. Avec Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Ana Torrent, Isabel Telleria, Ketty de la Camara, Estanis Gonzalez, José Villasante, Juan Margallo, Laly Soldevila.

Sortie Salles France: 5 Janvier 1977. U.S: 23 Septembre 1976. Espagne: 8 Octobre 1973.

FILMOGRAPHIE: Victor Erice est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 30 Juin 1940 à Karrantza, dans la province de Biscaye (Espagne).
1973: l'Esprit de la Ruche
1983: El Sur
1992: Le Songe de la Lumière


Espagne, 1940 ; peu après la fin de la guerre civile. Un cinéma itinérant projette Frankenstein dans un petit village perdu du plateau castillan. Les enfants sont fascinés par le monstre et, parmi eux, la petite Ana, 8 ans, se pose mille et une questions sur ce personnage terrifiant. Sa grande soeur, Isabel, a beau lui expliquer que ce n'est qu'un "truc" de cinéma, elle prétend pourtant avoir rencontré l'esprit de Frankenstein rôdant non loin du village.


Un film étonnant, proprement insolite dans sa manière d'extérioriser la candeur de l'enfance, récit initiatique sur l'éveil de la cruauté et l'opacité de la mort. L'esprit de la ruche est une introspection délicate sur les travers de l'ignorance avec le portrait sensible d'Anna. Fille cadette fascinée par le mythe de Frankenstein, juste après que son village eut l'opportunité de diffuser sur toile géante le chef-d'oeuvre de James Whales. Depuis la fin de la projection, Anna est tourmentée à l'idée de connaître la véritable motivation qui ait pu poussé le monstre à noyer une innocente gamine mais aussi pourquoi la population s'est ensuite acharnée à l'immoler ! En perte de repères, raillée par une soeur confrontée au désir macabre, désintéressée par un père taciturne et une mère fuyante, Ana semble daigner s'écarter du monde des vivants pour se réfugier dans son univers fantasmagorique. Là où plane l'ombre de la mort d'un déserteur fusillé ainsi que l'esprit spirituel de la créature engendrée par le Dr Frankenstein. 


Avec son ambiance feutrée et désincarnée valorisant des décors clairsemés de paysages mornes, son rythme lymphatique et sa mise en scène contemplative éludée de fioritures, l'Esprit de la Ruche risque de rebuter plus d'un spectateur non averti ! Pourtant, il s'agit d'une belle élégie sur la solitude de l'enfance quand les parents introvertis ont décidé de démissionner à la suite du régime franquiste. Illuminé par la présence d'Ana Torrent, avec ses yeux noirs remplis de stupeur et de désir d'apprentissage, le réalisateur Victor Erice nous décrit de manière toute personnelle un regard tendre et délicat sur l'enfance à son éclosion. La nouvelle destinée d'une môme attendrie en quête d'amour parentale, partagée entre doutes, peurs et questionnements existentiels. 

Dédicace à Atreyu de m'avoir privilégié cette précieuse découverte.
28.08.12
Bruno Matéï



lundi 27 août 2012

SAINT ANGE


Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Pascal Laugier. 2004. France. 1h38. Avec Virginie Ledoyen, Lou Doillon, Catriona MacColl, Dorina Lazar, Virginie Darmon, Jérôme Soufflet, Marie Herry, Eric Prat, Marin Chouquet, Christophe Lemaire.

Sortie salles France: 23 Juin 2004

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un réalisateur Français né le 16 Octobre 1971.
Courts-Métrages: 1993: Tête de Citrouille. 2001: 4è sous-sol
Longs-métrages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012: The Tall Man


J'avais apprécié au 1er visionnage mais ce soir je reste bien dubitatif sur l'intérêt de cette hantise infantile plutôt décousue, voir absconse. Reste une ambiance étrange parfois séduisante, une photo limpide absolument magnifique valorisant ses décors gothiques et le charme de Virginie Ledoyen. Au final, c'est plein de bonnes intentions mais maladroit dans la conduite du récit et le suspense perce rarement. 

En espérant que ce soit la fatigue ou une saute d'humeur qui m'induisent en erreur de jugement.

Anna, est chargée de nettoyer Saint Ange, un orphelinat désaffecté. Judith, la seule enfant encore présente, est enfermée dans ses souvenirs. Petit à petit, Anna entend des pas, des rires, des voix. Elle en est convaincue: quelque part dans la maison, il y a des enfants…



vendredi 17 août 2012

LA CABANE DANS LES BOIS (The Cabin in the Woods)

Photo empruntée sur Google, appartenant au site flicksandbits.com

de Drew Goddard. 2012. U.S.A. 1h35. Avec Richard Jenkins, Bradley Whitford, Jesse Williams, Chris Hemsworth, Fran Kranz, Kristen Connolly, Anna Hutchison, Brian White, Amy Acker, Jodelle Ferland.

Sortie salles France: 2 Mai 2012. U.S: 13 Avril 2012

FILMOGRAPHIE: Drew Goddard est un réalisateur et scénariste américain, né le 26 Février 1975 à Los Alamos, Nouveau-mexique.
2012: La Cabane dans les Bois


Pour une première réalisation, Drew Goddard s'est entrepris de renouveler le concept du "ouh, fait moi peur !" en se jouant du spectateur avec une dérision sarcastique qui pourrait rebuter de prime abord. Pochette surprise brassant tous les clichés du genre horrifique, véritable hommage à l'imaginaire funèbre de ses monstres iconiques, La Cabane dans les Bois est une série B conçue pour surprendre et dérouter son public conforme du samedi soir. Variation habile de tous ces thèmes fantastiques condensés dans un scénario halluciné, la première partie du film ressasse à peu près tous les stéréotypes usuels (sous forme de clins d'oeil amusés) avec cette bande de 5 jeunes vacanciers partis en week-end pour séjourner dans une cabane au fond des bois. Argument archi éculé directement calqué sur le modèle du genre, Evil-Dead, La Cabane dans les Bois va pourtant réussir à se réapproprier ses situations conventionnelles grâce au phénomène de mode de la télé-réalité mais aussi du jeu-vidéo. La panoplie traditionnelle de protagonistes juvéniles, effrontés et insouciants, ne manque pas à l'appel ! La vierge, la pute, l'idiot, le jeune étudiant et le sportif vont se retrouver embarqués dans une sanglante nuit digne d'un canular de Creepshow ! Tandis qu'au même moment, dans un vaste bunker industriel, des agents et boursiers affublés en costard-cravate sont entrain de scruter leurs moindres faits et gestes à travers les écrans de contrôle d'ordinateur. Qui sont-t'ils ? Dans quel endroit sont-ils logés ? A quel jeu participe les occupants de la cabane et quel en est le véritable motif ?


Avec une dose d'ironie mais aussi un sens épique de la terreur factuelle, la première partie nous refourgue le coup classique du survival horrifique auquel 5 vacanciers vont devoir se défendre contre des forces démoniaques dans une forêt lugubre. Si nous sommes en terrain connu, la vigueur de la mise en scène réussit adroitement à nous procurer un florilège de frissons par ces courses poursuites fertiles en déconvenues cinglantes. L'ambiance bucolique crépusculaire et ses décors montagneux réussissent notamment à nous immerger au sein d'une nuit de terreur dont certains éléments saugrenus vont subitement nous interpeller ! (la muraille invisible disposée près du pont !). En prime, le fait inhabituel que nos protagonistes sont préalablement pris au piège des exactions meurtrières provoquées par une sombre entreprise renforcent son caractère anti-conformiste. ATTENTION SPOILER !!! Mais les prochaines vicissitudes imparties à nos héros à bout de souffle vont encore redoubler de stupeur par un rebondissement d'ordre spirituel confronté à une certaine divinité FIN DU SPOILER.
Cette seconde partie dénonçant de façon tonitruante et débridée l'envers du décor, déconcerte, désarçonne, car elle laisse place à une révélation digne d'un épisode braque de la quatrième dimension ! Jalonné de clins d'oeil aux classiques notoires du cinéma d'horreur et de fantastique (mais aussi du jeu vidéo !) tels que Hellraiser, Ca, Silent Hill, Resident Evil, etc... La Cabane dans les Bois nous plonge dans un univers toujours plus déluré ou le gore et la folie sont en idéale symbiose !


Ludique et frissonnant, irritant et déroutant, débridé et insolent, La Cabane dans les Bois mène la barque de la fantaisie horrifiée avec une originalité démesurée. Rythmé en diable, méchamment drôle et parfois même teinté d'un certain désespoir nihiliste, cette festivité est une expérience avec toutes nos phobies les plus récréatives, via le concept du 7è art. Mené sans temps morts et rehaussé de l'interprétation pugnace de nos jeunes acteurs auquel on accorde un réel intérêt pour leur survie (faute de leur sort inéquitable envisagé par une organisation insidieuse), cette série B bourrée de clins d'oeil rend hommage au genre avec respect dans son sarcasme impertinent. Enfin, le réalisateur évoque notamment notre rapport masochiste au cinéma d'horreur et ce bestiaire légendaire perdurant depuis l'antiquité, conçu finalement pour exorciser nos peurs les plus morbides.

17.08.12
Bruno Matéï


jeudi 16 août 2012

THE SECRET / THE TALL MAN

Photo empruntée sur Google, appartenant au site omnimysterynews.com

de Pascal Laugier. 2012. U.S.A/France. 1h45. Avec Jessica Biel, Jodelle Ferland, Stephen McHattie, Jakob Davies, William B. Davis, Samantha Ferris, Katherine Ramdeen, Kyle Harrison Breitkopf, Teach Grant.

Sortie salles France: 5 Septembre 2012

FILMOGRAPHIE: Pascal Laugier est un réalisateur Français né le 16 Octobre 1971.
Courts-Métrages: 1993: Tête de Citrouille. 2001: 4è sous-sol
Longs-métrages: 2004: Saint Ange. 2008: Martyrs. 2012: The Tall Man


Quatre ans après le traumatisant Martyrs, Pascal Laugier nous revient des Etats-Unis pour sa nouvelle production franco-canadienne avec The Tall Man, retitré chez nous The Secret !
A partir d'une histoire de rapt d'enfants kidnappés en interne d'une contrée bucolique, The Secret s'apparente de prime abord à un conte fantastique hérité d'une nouvelle de Stephen King. Par ces décors montagneux feutrés et sa légende urbaine invoquée par une population précaire, le récit nous oriente vers un cauchemar horrifique avec son ogre sorti des bois venu ravir les enfants d'un quartier malfamé. Julia, infirmière endeuillée par la mort de son mari, tente tant bien que mal de survivre dans cette ville déclinante ou alcool et chômage font partis du morne quotidien de citadins défaitistes. Après avoir sauver la vie d'un bébé à l'accouchement impromptu d'une marginale, Julia va se retrouver confrontée à son tour au mystérieux ravisseur d'enfants. Un soir, alors qu'une de ses amies est retrouvée ligotée dans sa maison, le petit David va disparaître sous l'oppression d'une silhouette noire. C'est à partir de cet enlèvement fortuit que le film peut démarrer pour nous entraîner au coeur d'une course poursuite effrénée à travers un itinéraire forestier. Là où l'imprévisible et la stupeur vont être habilement détournés d'une situation rebattue. Par son caractère haletant, son réalisme acerbe et son intensité cuisante, The Secret nous ébranle par ses péripéties non convenues. Passé cet incident affolant fertile en rebondissements, la narration va subitement prendre une tournure différente quand les rôles attribués vont soudainement s'inverser et suspecter chaque protagoniste interlope.


La force psychologique du film de Laugier est indubitablement impartie à la densité d'un scénario formidablement construit, l'humanité affligée de notre héroïne et son thème d'actualité confronté à la maltraitrance infantile. Si la narration hermétique ne cesse de nous torturer les méninges à savoir qui est ce mystérieux ravisseur et que sont devenus les enfants, la manière dont les questions nous sont interrogées distille avec anxiété un suspense en ascension. D'autant plus que notre infirmière sévèrement fustigée (incarnée par l'excellente Jessica Biel, toute en retenue et sobriété !) ne cesse de provoquer l'interpellation face à son comportement équivoque. Sans jouer la carte de la facilité et de la chute fortuite conçue pour épater le spectateur ahuri (oubliez donc l'accroche publicitaire faisant allusion au 6è sens !), la résolution de l'énigme est d'autant plus limpide et bouleversante qu'elle ne cherche jamais à surprendre dans l'unique but de nous ébranler. A contrario, son thème social subordonné à l'inégalité des classes provoque émoi et colère face à l'irresponsabilité politique de laisser croupir les enfants issues des souches miséreuses.


Les Enfants du Silence
Conte horrifique obscur doublé d'un drame psychologique bouleversant, The Secret renoue avec la substantialité d'un scénario singulier et de l'humanité dépréciée de ses personnages. Réflexion sur la responsabilité parentale, le viol de l'identité et le traitement infligé aux nouvelles générations sans repères, le film de Pascal Laugier est un cri d'alarme à l'innocence bafouée. Sa conclusion amère et hésitante nous suggérant que l'amour maternel reste une valeur inhérente pour entretenir l'espoir d'une postérité incertaine. 

16.08.12
Bruno Matéï


mercredi 15 août 2012

LES DENTS DE LA MER (Jaws)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steven Spielberg. 1977. U.S.A. 2h04. Avec Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Carl Gottlieb, Jeffrey Kramer, Susan Backlinie, Jonathan Filley, Chris Rebello.

Sortie salles France: 1er Janvier 1976. U.S: 20 Juin 1975

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur est un réalisateur, producteur, scénariste, producteur exécutif, producteur délégué et créateur américain, né le 18 décembre 1946 à Cincinnati (Ohio, États-Unis).
1971: Duel , 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è épisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, Arrête-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, Cheval de Guerre.


Premier blockbuster de l'histoire du cinéma et troisième long-métrage d'un jeune metteur en scène surdoué, les Dents de la mer créa dès sa sortie un véritable vent de panique auprès des baigneurs qui désertèrent en masse les plages du monde entier. C'est dire si l'impact émotionnel du film fut considérable dans sa diabolique habileté à susciter l'effroi face aux mâchoires acérés d'un requin surdimensionné. D'après le célèbre roman de Peter Benchley, les Dents de la Mer est notamment un immense succès commercial et critique à travers le globe. Même si à contrario, il va influencer la machinerie hollywoodienne à confectionner des produits à grands spectacles nantis d'esbroufe au détriment des personnages et du scénario.


Dès la séquence d'ouverture, terrifiante d'intensité dans son réalisme cinglant et crépusculaire, Steven Spielberg provoque sans répit l'horreur d'une situation dramatique auprès d'une nageuse furtivement agressée par un requin ! La jeune fille qui était entrain de nager paisiblement se retrouve subitement ballottée de gauche à droite par une force invisible venue du fond de l'océan. Alors qu'elle tente de se débattre désespérément, ses hurlements d'effroi s'étranglent avec l'eau salée au moment où le squale décide de l'entraîner au fond de l'eau pour la dévorer ! Cette séquence d'anthologie terriblement brutale est d'autant plus efficiente que Spielberg mise sur le pouvoir de suggestion en ne dévoilant jamais l'apparence du monstre marin ! Cette règle d'occulter la présence hostile d'un immense requin blanc va être respectée durant une bonne heure de métrage afin d'attiser l'expectative latente et oppressante, transcendée par sa mise en scène assidue. En prenant soin de caractériser la contrariété de protagonistes plongés dans le dépit de devoir autoriser ou interdire une station balnéaire, faute de découvertes macabres, Spielberg distille une inquiétude tangible face à la menace sous-jacente du requin aux aguets ! Sans céder à une quelconque outrance spectaculaire, les deux scènes de paniques perpétrées aux abords de la plage se révèlent des moments d'affolement d'une perversité insidieuse. Car si de prime abord on redoute la crainte du squale pouvant à tous moments s'extraire de l'eau pour happer un nageur lambda, Spielberg utilise aussi le subterfuge sarcastique lorsque deux marmots ont décidé de se railler des adultes en leur jouant un subterfuge.  


Après cette mise en condition de l'angoisse diffuse et de la terreur cinglante (Spielberg ose même tolérer la mort innocente d'un enfant ! ), la seconde partie beaucoup plus échevelée et haletante s'oriente vers l'odyssée maritime de trois pêcheurs de requins engagés dans une lutte sans merci contre l'animal. Entre une beuverie impromptue et quelques chamailleries caractérielles octroyées entre le scientifique et le chasseur expert, les trois hommes vont se retrouver confronter à leur pire cauchemar face à la menace toujours plus belliqueuse du requin increvable ! Les séquences homériques se succédant à un rythme davantage fertile jusqu'à ce que le monstre réussit à réduire en lambeaux la carcasse du bateau trop étroit. Là encore, l'intensité des séquences d'action savamment coordonnées dans la vigueur d'un montage géométrique implique émotionnellement le spectateur, complètement immergé dans les enjeux alarmistes de nos héros démunis. Comme cette séquence aquatique suffocante où l'un des protagonistes se retrouve piégé en interne d'une cage d'acier pendant que le requin essaie à maintes reprises de l'appréhender en défonçant hargneusement les barreaux ! Avec une maîtrise technique imparable et des Fx bluffants de réalisme, Spielberg réalise une véritable prouesse technique à daigner authentifier la menace du monstre, toujours plus agressif et furtif lorsqu'il décide de s'élancer sans réserve vers ses victimes hébétées ! Pour mettre en exergue la bravoure anxiogène de ces combattants de la mer, Roy Scheider livre l'interprétation contracté d'un commissaire intègre mais inhibé d'une terreur infantile (la peur de l'eau). Néanmoins c'est en héros vaillant qu'il sortira vainqueur dans sa dernière bataille esseulée contre le requin blanc. En chasseur de squale intarissable, Robert Shaw s'endosse du rôle le plus viril dans sa conviction opiniâtre à provoquer sans répit l'animal. Enfin, Richard Dreyfuss incarne avec perspicacité un scientifique océanographique particulièrement lucide. Ses brimades échangées avec le capitaine pour un conflit de classes sociales donnant lieu à de cocasses moments de réparties. 


Elle fut la première...
En empruntant le schéma du film catastrophe agencé à l'horreur, l'aventure et le grand spectacle, les Dents de la mer constitue une leçon de mise en scène transcendée par le score tonitruant de John Williams. Une manière judicieuse d'avoir su combiner densité des personnages, scénario singulier (quelle idée de génie de nous confronter à la phobie du requin auprès d'une station balnéaire !), intensité dramatique et suggestion de l'effroi. Quand à la photogénie ombrageuse de l'animal quasi indestructible, il se révèle l'un des monstres les plus pernicieux et impressionnants du cinéma de genre. 

La chronique des Dents de la Mer 2: http://brunomatei.blogspot.fr/…/les-dents-de-la-mer-2e-part…

Apport technique du Blu-ray: 10/10. Une totale redécouverte !
15.08.12. 5èx
B.M

mardi 14 août 2012

SANG POUR SANG (Blood Simple). Grand Prix du Jury à Sundance, 1985.

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Fan-de-cinema.com

de Joel et Ethan cohen. 1984. U.S.A. 1h37. Avec John Getz, Frances McDormand, Dan Hedaya, M. Emmet Walsh, Samm-Art Williams, Deborah Neumann, Raquel Gavia, Van Brooks, Senor Marco, William Creamer.

Sortie salles France: 3 Juillet 1985. U.S: 18 Janvier 1985. Director's cut: France: 19 Juillet 2000. U.S: 2 Juin 2000.

FILMOGRAPHIE: Joel Coen (né le 29 novembre 1954) et Ethan Coen (né le 21 Septembre 1957) sont deux frères réalisateurs, scénaristes, monteurs, acteurs et producteurs américains.
1984: Sang pour Sang, 1987: Arizona Junior, 1990: Miller's Crossing, 1991: Barton Fink, 1994: Le Grand Saut, 1996: Fargo, 1998: The Big Lebowski, 2000: O'Brother, 2001: The Barber, 2003: Intolérable Cruauté, 2004: Ladykillers, 2006: Paris, je t'aime (tuileries), 2007: No country for old men, Chacun son cinéma (sktech: world cinema), 2008: Burn After Reading, 2009: A Serious Man, 2010: True Grit.


                 Tuer quelqu'un est très dur, très douloureux, et très... très long (Alfred Hitchcock)

Cette illustre citation énoncée par le maître du suspense Alfred Hitchcock constitue le pivot de Sang pour Sang, première réalisation des frères Cohen multi récompensée dans divers festivals. Hommage au film noir sur le déclin au début des années 80, cette farce sardonique est un concentré de suspense au vitriol jalonné de déconvenues impromptues ! Marty, tenancier, se résigne à payer un détective véreux pour se débarrasser de sa femme infidèle ainsi que son amant. Mais rien ne se déroulera comme prévu. 


Pour une première réalisation au budget minimaliste, les frères Cohen élaborent un véritable coup de maître dans leur dextérité à renouveler des codes du genre. A partir d'un canevas éculé exploité dans divers classiques du genre, nos deux complices se réapproprient du concept criminel agencé autour de l'adultère dans un savant dosage d'humour noir et de réalisme acerbe. Un couple d'amants indécis se retrouve confronté au subterfuge meurtrier d'un détective véreux payé par le mari jaloux. Déterminé à faire liquider les amants infidèles, Marty est pris au piège du tueur à gage trop cupide pour duper un à un le trio corrompu. Superbement photographié au sein de la contrée bucolique d'un Texas crépusculaire et transcendé par le score envoûtant de Carter Burwell, Sang pour Sang est un inépuisable jeu de massacre. Une farce macabre à la limite de la parodie (la rancune du mari imbécile n'en finit plus d'être brocardée jusqu'au point de non retour) où chaque adversaire antipathique exprime une austérité sournoise à contrecarrer son allié. Pour cause, les réalisateurs prennent malin plaisir à nous caractériser le profil peu recommandable de personnages autonomistes, couards et contrariés dans leur désir de se dépêtrer d'un cadavre encombrant. La preuve éloquente du briquet et la complicité indirecte de l'amant vont être les éléments déclencheurs de vicissitudes interminables entre le détective avide de retrouver son objet, et ce prétendant, persuadé que sa maîtresse s'avère l'unique responsable du meurtre de l'époux.


S'ensuit une multitude de déconvenues à hauts risques auprès du trio maudit quand bien même le premier responsable de cette machination criminelle en sera châtié pour trépasser d'une manière aussi apathique qu'insupportable (d'où la tagline de l'affiche empruntée à Hitchcock!). Ce retournement de situation abrupt permet de relancer l'intrigue sur une série de situations grotesques où chacun des antagonistes ne saura plus où donner de la tête à déceler qui tire les ficelles du traquenard criminel. Parmi cette rupture de ton alternant humour noir corrosif et réalisme macabre, les frères Cohen en cristallisent un bijou de film noir d'une diabolique inventivité. Comme en témoigne le simulacre d'un piège mortel intenté à l'un des antagonistes (sa main poignardée sur le rebord d'une fenêtre et sa tentative de s'y extraire par le biais de son arme à feu et de la force de sa poignée).


Fort du charisme irrésistible de trognes gouailleuses et taiseuses, Sang pour Sang constitue une farce macabre à la dérision insolente au sein de l'atmosphère opaque d'une nature en clair obscur. Un modèle de film noir, brutal et sanglant, mais d'une cocasserie incongrue dans sa suite de déboires amorcées par ces pieds nickelés empotés.

14.08.12. 3èx
B-D

Récompenses: Grand Prix du Jury à Sundance, 1985.
Prix de la Critique à Cognac, 1985
Prix du Public à Fantasporto, 1986


lundi 13 août 2012

LES FRISSONS DE L'ANGOISSE (Profondo Rosso / Deep Red)


de Dario Argento. 1975. Italie. 1h47 / 2h06. Avec David Hemmings, Daria Nicolodi, Gabriele Lavia, Macha Meril, Eros Pagni, Giuliana Calandra, Piero Mazzinghi, Glauco Mauri, Clara Calamai, Aldo Bonamano.

Sortie salles France: 17 Août 1977. U.S: 11 Juin 1976. Italie: 7 Mars 1975

FILMOGRAPHIE: Dario Argento est un réalisateur et scénariste italien né le 7 septembre 1940, à Rome (Italie).
1969: l'Oiseau au plumage de Cristal, 1971: Le Chat à 9 queues, Quatre mouches de velours gris, 1973: 5 Jours à Milan, 1975: Les Frissons de l'Angoisse, 1977: Suspiria, 1980: Inferno, 1982: Ténèbres, 1985: Phenomena, 1987: Opera, 1990: 2 yeux Maléfiques, 1993: Trauma, 1996: Le Syndrome de Stendhal, 1998: Le Fantome de l'Opéra, 2001: Le Sang des Innocents,2004: Card Player, 2005: Aimez vous Hitchcock ?, 2005: Jennifer (épis Masters of Horror, sais 1), 2006: J'aurai leur peau (épis Masters of Horror, sais 2), 2006: Mother of Tears, 2009: Giallo, 2011: Dracula 3D.


Un pianiste est malencontreusement témoin du meurtre d'une médium trop curieuse pour démasquer un assassin. Intrigué par un détail énigmatique vis à vis d'un tableau dans la demeure de la victime, il décide de mener sa propre enquête. Le tueur susceptible continue sur sa lancée meurtrière en supprimant les témoins gênants.


Chef-d'oeuvre de Dario Argento, panthéon du Giallo novateur, les Frissons de l'Angoisse arrive quatre ans après sa trilogie animale achevée en 1971. C'est avec ce thriller baroque au goût prononcé pour la violence sanguine que le réalisateur va pouvoir déployer sa maestria beaucoup plus circonspecte. Soin du cadrage et travellings tarabiscotés par une caméra mobile, décors insolites d'une recherche esthétique stylisée et raffinement cruel dans l'élaboration de meurtres sanglants. Ajoutez à cela une angoisse sous jacente pour l'investigation criminelle, une ambiance gothique surnaturelle (dans la hantise d'une demeure pour dégoter un macabé décharné !) et un suspense lattent imparti à une narration finaude en trompe l'oeil ! Car ici, méfions nous des apparences et ce dès le générique musical ! Argento se résout en l'occurrence à jouer avec la perception visuelle du spectateur observant un bambin potentiellement coupable ou témoin d'un meurtre commis à l'arme blanche. Dans le salon conjugal d'une nuit de noël, une violentes rixe est entrevue à travers le mur de deux ombres menaçantes. Un cri infantile est soudainement intoné ! Un couteau de cuisine ensanglanté trébuche sur le sol tandis que la scène suivante nous illustre de façon prononcée deux jambes d'un enfant s'approchant près de l'objet tranchant ! Le montage parfaitement structuré est musicalement scandé d'une comptine entêtante ! Une séquence d'anthologie roublarde évoquant l'homicide d'un trauma infantile et sa faculté suggestive à semer le doute auprès du spectateur pour tenter de déceler certains éventuels indices ! La suite continue dans cette logique du "faux semblant" avec l'investigation criminelle du héros et la représentation picturale d'un tableau où un détail éloquent lui était préalablement oublié ! C'est ensuite dans une maison abandonnée que Marcus va une nouvelle fois manquer de constance pour décortiquer l'intégralité d'un dessin morbide incrusté à travers les murs. Alors que l'instant d'après, il décèle à travers une photo d'archive que la maison divulgua une fenêtre condamnée ! Autour de lui, les cadavres s'amoncellent, faute d'une médium omnisciente, alors que le tueur de plus en plus déterminé, tente à plus d'une reprise d'intenter à sa propre vie.


Il faut indubitablement louer l'incroyable partition musicale des Goblin déployant à rythme cadencé un tempo entraînant pour mettre en exergue la fascination ombrageuse d'une intrigue criminelle jalonnée d'indices irrésolues. Et Argento d'agencer un goût funeste pour le baroque et l'insolite (jeux de lumière, couleurs hybrides contrastées, architecture picturale de sculptures historiques) mais aussi le surnaturel feutré (toute la fouille archéologique se déroulant dans la demeure gothique) afin de transcender le genre Giallesque dans une mouvance singulière. Les Frissons de l'Angoisse est notamment la prémices d'une transition pour le maître d'augurer ses délires sanglants d'un fantastique occulte entrepris 2 ans plus tard avec Suspiria. En effet, on sent déjà ici une nette influence putanesque à confectionner quelques meurtres sadiques d'un réalisme cru et stylisé (la mâchoire d'une des victimes fracassée contre le marbre d'une cheminée puis sur le bois d'une table ou encore la lapidation infortunée de Carlo n'en finissant plus d'agoniser !). Le point d'orgue final fertile en déconvenues et péripéties instables instaure avec acuité le mode opératoire du suspense préalablement distillé, juste avant de nous dévoiler l'identité du meurtrier entraperçu dès les cinq premières minutes du film ! Cet alliage d'hermétisme indicible, d'anxiété diffuse et de suspense croissant nous confine au sein d'un environnement insécurisant jonché de détails troubles, tel ce combat bestial entre chiens, le lézard perforé d'une aiguille, les tableaux au visages mortifères ou le piano bar et sa clientèle statique. Tandis que d'autres éléments macabres nous sont accolés parmi la symbolique d'une poupée pendue ou celle d'un pantin de porcelaine (au rictus diablotin) violemment projeté sur une victime.


Maîtrise technique d'un esthétisme stylisée, intrigue tortueuse émaillée d'éléments patibulaires, meurtres sadiques d'une verdeur audacieuse et science du suspense planifiée autour de protagonistes malhabiles, Les Frissons de l'Angoisse est conçu à la manière d'un puzzle édifié sur le simulacre. Baignant dans une atmosphère hybride délicieusement funèbre et sublimé par le score inimitable des Goblin, cette oeuvre expérimentale possède en outre une aura de fascination dépassant notre raison.

Note perso: préférence pour la version courte d'1h47, plus fluide, moins bavarde et mieux rythmée.

13.08.12. 3èx
Bruno Matéï

LE REGNE DES INSECTES (Court-Métrage)


De Pascal Frezzato. Court-métrage. France. 2012. 12 mns. Avec Sylvie Gonnord, Bruno Dussart, Pascal Frezzato. Scénario: Pascal Frezzato, Bruno Dussart.

On Rembobine.fr: LE REGNE DES INSECTES : Un court-métrage à ne pas rater !
Le point de vue de Gilles Rolland:

Chez On Rembobine.fr, on s’intéresse aux longs-métrages, mais aussi aux courts. Parfois, il nous arrive de tomber sur de petits bijoux qui, à force d’inventivité, de malice et d’une sincérité boostée par une véritable passion communicative, arrivent à s’imposer.

C’est le cas du Règne des insectes, un court-métrage de Pascal Frezzato, qui met en scène Bruno Dussart, Sylvie Gonnord et Jérôme Roulon.


L’histoire du Règne des insectes est aussi simple que rudement efficace :

Le 2 septembre 2014, les hommes et les animaux ont disparu de la surface de la Terre, victimes de la cupidité de l’être humain. Désormais, ce sont les insectes qui règnent sans partage sur le monde…

Un cataclysme pourtant prévu par un chercheur du nom de Madeira. Madeira qui, quelques temps avant la catastrophe, tente d’avertir les autorités de ce qui se prépare. Sans succès… La fin est ineluctable.

Le Règne des insectes débute alors que Madeira se présente devant Delphine Dullac, la mystérieuse représentante d’une non moins mystérieuse agence gouvernementale toute-puissante de sureté nationale. Le ton monte chez Madeira qui tente de justifier son point de vue sur une situation qui de toute façon est inévitable…


Aujourd’hui, Le Règne des insectes est enfin disponible sur internet. L’occasion de vous présenter dans son intégralité ce film prenant, immersif et puissant dans son propos concerné. Un film à la photographie irréprochable et chirurgicale, qui souligne le talent d’un réalisateur qui prouve une nouvelle fois qu’il est possible aujourd’hui de réaliser un film puissant sur un sujet pourtant maintes fois abordé. Ici, pas de sensationnalisme facile, mais plutôt une tension qui n’en finit pas de monter jusqu’au climax impressionnant.

Mélancolique, d’une certaine façon poétique et relativement tendu, Le Règne des insectes bénéficie en outre de l’interprétation au cordeau de Bruno Dussart (dans son premier rôle). Un comédien, dont l’intensité habite l’œuvre d’un bout à l’autre, confronté à une Sylvie Gonnord glaciale et effrayante, en représentante d’une société sourde qui creuse ironiquement sa propre tombe en refusant d’ouvrir les yeux.

Métaphore brillante, Le Règne des insectes se doit d’être vu le plus largement possible.
Gilles Rolland
http://www.onrembobine.fr/news/news-le-regne-des-insectes-un-court-metrage-a-ne-pas-rater


Le Point de vue de Mathias Chaput:
Synopsis :
Dans un avenir très proche, suite à une catastrophe cataclysmique de la plus grande ampleur, la population humaine a été décimée et seuls ont survécu les insectes qui peuplent la surface terrestre…
Toute trace de vie de l’homme a été anéantie !
Peu de temps avant cette fin du monde annoncée, un homme du nom de Madeira, qui se préfigure comme annonciateur de ce cataclysme, est interrogé dans les locaux de l’agence de sureté nationale par Delphine Dullac, une chargée de développement du groupe qui veut percer le mystère et éluder le pourquoi du comment inhérent au carnage qui va arriver !
Très vite le ton monte !
Jusqu’à ce que Madeira commette l’irréparable !
Comme une évidence balancée à la face des politiques, il va mettre devant leurs propres responsabilités tous ces représentants de l’establishment qui refusaient de croire à l’ampleur de ce désastre et à l’évidence de ses conséquences…
L’affrontement verbal vire au drame !


Avis :
Construit sur une trame solide et un ton très convaincant, « Le règne des insectes », outre ses qualités narratives incontestables, bénéficie d’une mise en condition radicale du spectateur, presqu’une une mise en immersion directe et ce, des le début du court !
ON EST DEDANS tout de suite et c’est ça qui est fascinant !
Les comédiens sont animés d’une volonté de bien faire, notamment Bruno Dussart dont c’est le premier rôle et qui s’en sort admirablement bien !
Sylvie Gonnord dégage avec son personnage un aura certain mais Dussart arrive à transcender sa prestation par une sincérité et une prestance inoubliable, car il insuffle un côté émotionnel très fort dans sa composition et se révèle très adroit et habile dans un jeu d’acteur particulièrement appuyé et abouti !

Bruno Dussart, Sylvie Gonnord et Pascal Frezzato
Pascal Frezzato, passionné de cinéma de genre (tout comme Bruno Dussart) a pondu un petit joyau et a réussi à transmettre sa passion via un scénario imparable, petit condensé de la plupart des films post apocalyptiques déjà référencés à ce jour, mais en y rajoutant sa patte !
En fait « le règne des insectes » est bien plus sincère et honnête en tant que court métrage que bien des LONGS métrages sortis dans le milieu professionnel, prétentieux et déplaisants, ici Frezzato parle avec son CŒUR et c’est ce qui fait la qualité indéniable du « Règne des insectes »…
On va de surprises en surprises, d’un niveau exemplaire pour une œuvre amateur et d’une efficacité très bien rôdée, « Le règne des insectes » remporte un succès indubitable et se prépare pour rentrer dans les rang très serré des meilleurs courts réalisés cette année, n’en doutons pas !
Gorgé d’émotion et nerveux au niveau de l’action en même temps, « Le règne des insectes » s’avère une franche réussite, à cautionner et encourager de façon certaine !
Très beau boulot à l’équipe !


Mention spéciale à mon fidèle ami Bruno : tu as fait un malheur !
Note : 10/10.

La critique de Memory of the dead: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/11/memory-of-dead-court-metrage.html
La critique de Pour une Poignée de Spaghettis: http://brunomatei.blogspot.fr/…/per-un-pugno-di-spaghetti-p…

Le film ci-dessous ! Bonne séance !

                         

vendredi 10 août 2012

LE DRAGON DU LAC DE FEU (dragonslayer)

                                             
Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Matthew Robbins. 1982. U.S.A. 1h49. Avec Peter McNicol, Caitlin Clarke, Ralph Richardson, John Hallam, Peter Eyre, Albert Salmi, Sydney Bromley, Chloe Salaman, Emrys James, Roger Kemp, Ian McDiarmid.

Sortie salles France: 20 Octobre 1982. U.S: 26 Juin 1981

FILMOGRAPHIE: Matthew Robbins est un réalisateur, scénariste, producteur, acteur américain.
1978: Corvette Summer. 1981: Le Dragon du Lac de Feu. 1985: La Légende de Billie Jean. 1985: The Main Attraction (Episode TV). 1985: Histoires Fantastiques (1 épisode). 1987: Miracle sur la 8è Rue. 1989: Mothers, Daughters and Lovers (télé-film). 1991: Bingo.


Co-produit par Walt Disney et Paramount, le Dragon du lac de Feu fut malencontreusement un échec financier à sa sortie. Totalement sombré dans l'oubli depuis, en dehors d'une poignée d'aficionados indéfectibles, cette production de 18 millions de dollars (qui en aura rapporta 14 !) se révèle pourtant un spectacle d'héroïc-fantasy assez inhabituel. Puisqu'en l'occurrence, l'écurie Disney s'attelle cette fois-ci à faire preuve de violence audacieuse dans les méfaits d'un dragon destructeur, friand de jolies donzelles candides. Au royaume d'Urland, un dragon sème la terreur auprès de la population. Pour calmer sa haine destructrice, le roi est régulièrement contraint de lui offrir en sacrifice une jeune vierge tirée au sort parmi sa population. Galen, un apprenti-sorcier, va tenter de le combattre depuis que son maître fut malencontreusement assassiné.


Par le biais d'une photo somptueuse aux teintes maltaises et de décors naturels transcendant l'immensité de plaines et montagnes clairsemées, Le Dragon du Lac de Feu séduit par son esthétisme d'une époque moyenâgeuse où la sorcellerie semble en phase de déclin. Le choix des comédiens est notamment un atout anticonformiste pour crédibiliser les enjeux dramatiques impartis aux protagonistes. En oracle autoritaire et vieillissant, Ralph Richardson fait preuve de son charisme habituel alors que son comparse, Galen, interprété par le débutant Peter McNicol, s'attribue un rôle chevaleresque à la bonhomie naïve. Sa compagne Valérik, campée par Caitlin Clarke, possède elle aussi une physionomie ordinaire dans sa beauté suave toute en modestie. Cette aventure sombre mais jamais avare de cocasserie nous illustre donc l'initiation d'un jeune apprenti sorcier délibéré à combattre un monstre destructeur que personne ne semble pouvoir circonscrire. Si son maître nécromancien s'était de prime abord accordé la tâche drastique de l'enrayer, il en aura décidé autrement au moment opportun pour se porter en sacrifice et ainsi privilégier Galen à prendre la relève. S'ensuit alors une expédition de longue haleine pour le jeune disciple afin de traquer le monstre et assurer la sérénité auprès du royaume d'Urland. Ce qui surprend durant son cheminement narratif à l'intérêt grandissant, c'est son refus de l'esbroufe et la volonté majeure de rationaliser un monde médiéval régi par un monarque égocentrique. En effet, le roi empli d'orgueil réfute sans complexe à ce que sa fille vierge soit tirée au sort comme toutes les paysannes prudes de sa contrée afin de satisfaire le dragon irascible. Le réalisateur mise donc dans un premier temps sur la suggestion en retardant au possible les apparitions dantesques de l'animal. Un peu comme les Dents de la Mer ou Alien, le dragon va nous être dévoilé avec parcimonie en divulguant certaines parties de son anatomie. Que ce soit son immense queue de serpent, l'intonation rugissante de sa gueule cracheuse de feu ou ses larges ailes déployées du fond d'un ciel crépusculaire !


En affiliant l'humour pittoresque d'un apprenti maladroit avide de renommée, la tendresse de sa liaison naissante avec une paysanne timorée et son aventure dantesque d'une traque laborieuse contre un dragon cruel, cette épopée médiévale nous transpose un univers dépaysant où la magie est en instance d'initiation. La dernière demi-heure échevelée laisse place à la frénésie de combats homériques entre Galen et l'animal, réfugiés dans une grotte de feu pour se livrer une lutte sans merci. Quand au point d'orgue final tout aussi épique, il met en valeur les envolées aériennes d'un dragon plus pugnace que jamais afin de provoquer l'antagoniste réfugié en altitude d'une montagne. C'est à cet instant fatidique que la sorcellerie acquise va enfin pouvoir porter ses fruits par l'anticipation d'un alchimiste rusé. Toutes ces séquences impressionnantes où le dragon apparaît dans sa complète anatomie se révèlent saisissantes de réalisme par son aspect funèbre et terriblement hostile. D'ailleurs, en ce qui concerne les effets spéciaux, il s'agit du premier film ayant utilisé la technique de l'animation go-motion supervisée par ordinateur. On est également surpris par la cruauté tolérée à certaines séquences martyrs ou de jeunes vierges sont sacrifiées par embrasement d'un brasier ou simplement dévorées par les rejetons du dragon !


Anticonformiste aux spectacles familiaux édulcorés, Le Dragon du Lac de Feu aborde le genre d'héroic fantasy avec maturité et même une certaine audace horrifique lors de deux séquences portées en offrande. En réalisateur intègre, Matthew Robbins n'oublie pas pour autant la légèreté d'un humour imparti à son héros principal et surtout la crédibilité d'un univers médiéval ténébreux. Quand à la caractérisation du monstre belliqueux, il se révèle l'un des dragons les plus probants jamais conçus au cinéma !

10.08.12. 3èx
Bruno Matéï


jeudi 9 août 2012

FRISSONS / Shivers / Parasite Murders (They Came from Within)

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site films.cultes.free.fr

de David Cronenberg. 1975. Canada. 1h28. Avec Paul Hampton, Joe Silver, Lynn Lowry, Allan Kolman, Susan Petrie, Barbara Steele, Ronald Mlodzik, Barry Baldaro, Camil Ducharme, Hanka Posnanska, Wally Martin.

Sortie salles France: 4 Août 1976. U.S: 6 Juillet 1976. Canada: 10 Octobre 1975

FILMOGRAPHIE: David Cronenberg est un réalisateur canadien, né le 15 mars 1943 à Toronto (Canada). 1969 : Stereo, 1970 : Crimes of the Future, 1975 : Frissons, 1977 : Rage,1979 : Fast Company, 1979 : Chromosome 3, 1981 : Scanners, 1982 : Videodrome, 1983 : Dead Zone, 1986 : La Mouche, 1988 : Faux-semblants,1991 : Le Festin nu, 1993 : M. Butterfly, 1996 : Crash, 1999 : eXistenZ, 2002 : Spider, 2005 : A History of Violence, 2007 : Les Promesses de l'ombre, 2011 : A Dangerous Method. 2012: Cosmopolis.


La maladie, c'est l'amour partagé de deux corps étrangers 
David Cronenberg

L'homme est un animal qui pense trop. Un animal qui a perdu le contact avec son corps et ses instincts. L'être humain est au fond un animal qui s'englue dans ses pensées, une créature vraiment trop rationnelle perdue dans son intellect au détriment de son corps et de son instinct. L'homme est trop cérébral et pas assez viscéral. Pour y remédier, créons un parasite. C'est à dire un combiné entre un dérivé d'aphrodisiaque et une maladie vénérienne qui pourrait transformer le monde en une magnifique et démentielle orgie. Une belle et insouciante orgie !
Extraits de Frissons


Premier succès commercial de David Cronenberg et premier long-métrage professionnel pour une troisième réalisation, Frissons reste une expérience jusqu'au-boutiste, un cauchemar lubrique s'insinuant dans notre corps et notre esprit de manière viscérale ! Dans un immeuble en location, leurs propriétaires sont tours à tours contaminés par un étrange parasite ayant la faculté de les rendre nymphomanes. Un médecin assiste impuissant à l'épidémie en ascension. Attention, film choc à ne pas mettre devant tous les yeux ! Pour ceux n'ayant pas encore eu l'aubaine de découvrir l'un des premiers essais du maître, Frissons constitue un électro-choc orgasmique dont il est impossible de sortir indemne. A partir d'un canevas incongru (un professeur décide de créer un parasite en combinant un dérivé d'aphrodisiaque et une maladie vénérienne afin de transfigurer le monde en une magnifique orgie !), Frissons nous achemine à une descente aux enfers proche du marasme.


Son huis-clos confiné en interne des logements d'un immeuble provoquant rapidement chez le spectateur un sentiment de claustration par son atmosphère aussi irrespirable que terriblement licencieuse ! Avec des moyens réduits et des comédiens non professionnels (en dépit de la présence annexe de Barbara Steele), le néophyte David Cronenberg s'efforce de nous ébranler avec provocation en compilant une succession d'images cauchemardesques d'une redoutable efficience. Qui plus est, la photo blafarde amplifie lourdement le réalisme nauséeux émanant de ces incroyables effets gores (supervisés par Joe Blasco), alors que son rythme incisif, imparti à une pandémie prise sur le vif, ne cesse de décupler les séquences chocs de façon viscérale. Car elle touche à un phénomène biologique fondamental, notre rapport intrinsèque et équivoque face à la sexualité. Sous l'autorité d'un metteur en scène facétieux, son argument aurait été un prétexte pour singer une comédie parodique avec un sujet si impudent. Mais avec l'intervention clinique d'un maître de l'horreur organique, ce cauchemar nihiliste interpelle, dérange, tétanise par son flot quasi ininterrompu de situations horrifiques parfois scabreuses (les 2 bambins à moitié nu promenés en laisse comme des animaux de compagnie, la gamine embrassant de force un quinquagénaire ou encore le papy en étreinte avec sa propre fille !). Il est clair que si Frissons avait été façonné de nos jours, la censure aurait été intransigeante sur certaines séquences illustrant sans complexe des tabous outrepassant les règles de bienséance.


Si l'ensemble peut paraître au premier abord répétitif et sans surprise et que l'interprétation manque d'aplomb, la réalisation modeste de Cronenberg est suffisamment assidue pour nous agrémenter sans accalmie des séquences d'agressions cinglantes par leur impact émotionnellement trouble. Avec une impulsion d'urgence à bout de souffle (le médecin redouble de peine à pouvoir enrayer l'orgie en progression), nous suivons en temps réel cette propagation d'une maladie vénérienne auquel ses occupants sont malencontreusement infectés par un parasite phallique. Et pour s'introduire dans le corps étranger, cette forme de sangsue visqueuse s'infiltre (ou s'en extrait !) par voie buccale, produisant notamment chez certains sujets des protubérances au sein de l'estomac. Passé l'inoculation, les victimes sont instinctivement éprises d'un désir sexuel si incontrôlé qu'elles sont parfois poussées à une folie meurtrière pour propager leur maladie à autrui. En prime, le sentiment d'impuissance octroyé au médecin pour contrecarrer cette débauche sexuelle nous éprouve davantage quant à l'escalade de cette exubérance charnelle !


L'Emprise des sens
Réflexion sur l'altération de l'organisme, métaphore sur l'addiction sexuelle et la dépendance aux drogues, Frissons provoque et malmène, trouble et désoriente dans sa manière viscérale de nous confronter à nos désirs érotiques. La stimulation du corps et ces zones érogènes en quête d'activité sexuelle semble nous énoncer ici que la perversité est innée en chacun de nous. Car cette énergie relative à l'appétence de la chair nous contrôle inconsciemment pour régir notre existence commune. De là à prétendre que nous sommes tous des obsédés sexuels ! Avertissement aux âmes prudes toutefois car l'oeuvre scabreuse garde intacte son pouvoir de fascination malsaine !

La critique de Rage: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/02/rage-rabid.html

09.08.12. 6èx (28.07.02)
Bruno Matéï