mercredi 15 août 2012

Les Dents de la Mer (Jaws)

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steven Spielberg. 1977. U.S.A. 2h04. Avec Roy Scheider, Robert Shaw, Richard Dreyfuss, Lorraine Gary, Murray Hamilton, Carl Gottlieb, Jeffrey Kramer, Susan Backlinie, Jonathan Filley, Chris Rebello.

Sortie salles France: 1er Janvier 1976. U.S: 20 Juin 1975

FILMOGRAPHIE: Steven Allan Spielberg, Chevalier de l'Ordre national de la LĂ©gion d'honneur est un rĂ©alisateur, producteur, scĂ©nariste, producteur exĂ©cutif, producteur dĂ©lĂ©guĂ© et crĂ©ateur amĂ©ricain, nĂ© le 18 dĂ©cembre 1946 Ă  Cincinnati (Ohio, États-Unis). 1971: Duel , 1974: Sugarland Express, 1975: Les Dents de la mer, 1977: Rencontres du troisième type, 1979: 1941, 1981: les Aventuriers de l'Arche Perdue, 1982: E.T. l'extra-terrestre , 1983: La Quatrième Dimension (2è Ă©pisode), 1984: Indiana Jones et le Temple maudit, 1985: La Couleur pourpre, 1987: Empire du soleil, 1989: Indiana Jones et la Dernière Croisade, Always, 1991: Hook, 1993: Jurassic Park, La Liste de Schindler, 1997: Le Monde Perdu, Amistad, 1998: Il faut sauver le soldat Ryan Saving Private Ryan, 2001: A.I., 2002: Minority Report, ArrĂŞte-moi si tu peux, 2004: Le Terminal , 2005: La Guerre des Mondes, 2006: Munich, 2008: Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal, 2011: Les Aventures de Tintin, Cheval de Guerre.


Premier blockbuster de l'histoire du cinĂ©ma et troisième long-mĂ©trage d'un jeune metteur en scène surdouĂ©, les Dents de la mer crĂ©a dès sa sortie un vĂ©ritable vent de panique auprès des baigneurs qui dĂ©sertèrent en masse les plages du monde entier. C'est dire si l'impact Ă©motionnel du film fut considĂ©rable de par sa diabolique habiletĂ© Ă  susciter l'effroi face aux mâchoires acĂ©rĂ©s d'un requin surdimensionnĂ©. D'après le cĂ©lèbre roman de Peter Benchley, les Dents de la Mer est notamment un immense succès commercial et critique Ă  travers le globe. MĂŞme si Ă  contrario, il influencera la machinerie hollywoodienne Ă  confectionner des produits Ă  grand spectacle misant sur l'esbroufe au grand dam des personnages et du scĂ©nario. Dès la sĂ©quence d'ouverture, terrifiante d'intensitĂ© Ă  travers son rĂ©alisme Ă  la fois cinglant et impitoyable, Steven Spielberg provoque sans rĂ©pit l'horreur pure d'une situation dramatique auprès d'une nageuse furtivement agressĂ©e par un requin ! La jeune fille nageant en toute quiĂ©tude se retrouvant subitement ballottĂ©e de gauche Ă  droite par une force invisible venue du fond de l'ocĂ©an. Alors qu'elle tente de se dĂ©battre dĂ©sespĂ©rĂ©ment, ses hurlements d'effroi s'Ă©tranglent avec l'eau salĂ©e au moment oĂą le squale dĂ©cide de l'entraĂ®ner au fond de l'eau pour la dĂ©vorer ! 


Cette sĂ©quence d'anthologie terriblement brutale est d'autant plus efficiente que Spielberg mise sur le pouvoir de suggestion en ne dĂ©voilant jamais l'apparence du monstre marin et encore moins une goutte de sang ! Ainsi, cette règle d'occulter la prĂ©sence hostile de l'immense requin blanc sera respectĂ©e une bonne heure durant afin d'attiser l'expectative, latente et oppressante, transcendĂ©e d'une mise en scène assidue, pour ne pas dire millimĂ©trĂ©e. Par consĂ©quent, en prenant soin d'y caractĂ©riser la contrariĂ©tĂ© des protagonistes plongĂ©s dans le dĂ©pit de devoir autoriser ou interdire une station balnĂ©aire, faute de dĂ©couvertes macabres, Spielberg distille une inquiĂ©tude tangible face Ă  la menace sous-jacente du requin aux aguets ! Sans cĂ©der Ă  une quelconque outrance spectaculaire, les deux scènes de paniques perpĂ©trĂ©es aux abords de la plage s'avèrent des moments d'affolement d'une perversitĂ© insidieuse. Car si de prime abord on redoute la crainte du squale pouvant Ă  tous moments s'extraire de l'eau afin d'happer un nageur lambda, Spielberg utilise aussi le sarcasme lorsque deux marmots ont dĂ©cidĂ© de se railler des adultes en leur jouant un subterfuge.  


Après cette mise en condition de l'angoisse diffuse et de la terreur cinglante (Spielberg ose mĂŞme tolĂ©rer la mort innocente d'un enfant ! ), la seconde partie beaucoup plus Ă©chevelĂ©e et haletante s'oriente vers l'odyssĂ©e maritime de trois pĂŞcheurs de requins engagĂ©s dans une lutte sans merci contre l'animal. Entre une beuverie impromptue et quelques chamailleries caractĂ©rielles octroyĂ©es entre le scientifique et le chasseur expert, les trois hommes vont se confronter Ă  leur pire cauchemar face Ă  la menace toujours plus belliqueuse du requin increvable ! (c'est peu de le dire !). Les sĂ©quences homĂ©riques se succĂ©dant Ă  un rythme davantage fertile jusqu'Ă  ce que le monstre rĂ©ussit Ă  rĂ©duire en lambeaux la carcasse du bateau trop Ă©troit. LĂ  encore, l'intensitĂ© des sĂ©quences d'action savamment coordonnĂ©es dans la vigueur d'un montage gĂ©omĂ©trique implique Ă©motionnellement le spectateur, complètement immergĂ© dans les enjeux alarmistes de nos hĂ©ros dĂ©munis se battant avec acharnement contre l'animal. Telle cette sĂ©quence aquatique suffocante oĂą l'un des protagonistes se retrouve piĂ©gĂ© en interne d'une cage d'acier pendant que le requin essaie Ă  maintes reprises de l'apprĂ©hender en dĂ©fonçant hargneusement les barreaux ! Avec une maĂ®trise technique imparable et des Fx bluffants de rĂ©alisme, Spielberg rĂ©alise une vĂ©ritable prouesse technique Ă  daigner authentifier la menace du monstre, toujours plus agressif et furtif lorsqu'il dĂ©cide de s'Ă©lancer sans rĂ©serve vers ses victimes hĂ©bĂ©tĂ©es ! Pour mettre en exergue la bravoure anxiogène de ces combattants de la mer, Roy Scheider suscite le jeu contractĂ© d'un commissaire intègre mais inhibĂ© d'une terreur infantile (la peur de l'eau). NĂ©anmoins c'est en hĂ©ros vaillant qu'il sortira vainqueur lors de sa dernière bataille esseulĂ©e contre le requin blanc. En chasseur de squale intarissable, Robert Shaw s'alloue du rĂ´le le plus viril dans sa conviction opiniâtre Ă  provoquer sans rĂ©pit l'animal, et ce avec orgueil et une arrogance un peu trop appuyĂ©e Spoil ! quant Ă  sa destinĂ©e morbide Fin du Spoil. Enfin, Richard Dreyfuss incarne avec perspicacitĂ© un scientifique ocĂ©anographique particulièrement lucide. Ses brimades Ă©changĂ©es avec le capitaine pour un conflit de classes sociales donne lieu Ă  de cocasses moments de rĂ©parties avant de retourner affronter le monstre sans rĂ©pit. 


Elle fut la première...
En empruntant le schĂ©ma du film catastrophe agencĂ© Ă  l'horreur, l'aventure et le grand spectacle, les Dents de la mer constitue une vĂ©ritable leçon de mise en scène transcendĂ©e du score tonitruant de John Williams. Une manière judicieuse, inĂ©galable, d'avoir su combiner densitĂ© des personnages, scĂ©nario singulier (quelle idĂ©e de gĂ©nie de nous confronter Ă  la phobie du requin auprès d'une station balnĂ©aire !), intensitĂ© dramatique et suggestion de l'effroi. Quand Ă  la photogĂ©nie ombrageuse de l'animal quasi indestructible, il demeure l'un des monstres les plus pugnaces, pernicieux et impressionnants du cinĂ©ma de genre. 

Apport technique du Blu-ray 4K: 10/10. Totale redécouverte.

*Eric Binford
23.07.21. 6èx
15.08.12. 

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