mercredi 1 février 2017

QUELQUES MINUTES APRES MINUIT

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

"A Monster Calls" de Juan Antonio Bayona. 2016. Espagne/Angleterre/U.S.A/Canada. 1h48. Avec Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones, Toby Kebbell, Ben Moor, James Melville, Oliver Steer, Dominic Boyle

Sortie salles France: 4 Janvier 2017. U.S: 23 Décembre 2016

FILMOGRAPHIE:  Juan Antonio Bayona est un réalisateur et scénariste espagnol, né en 1975 à Barcelone. 2004: Sonorama (video). 2004: 10 anos con Camela (video). 2005: Lo echamos a suertes (video). 2007: l'Orphelinat. 2012: The Impossible. 2016: Quelques minutes après minuit.


Révélé par l'Orphelinat et The Impossible, Juan Antonio Bayona nous assène un nouvel uppercut émotionnel avec Quelques minutes après minuit. Un drame douloureux sur le deuil maternel qu'un jeune garçon doit s'efforcer d'accepter en dépit de son immaturité. Utilisant intelligemment le conte fantastique comme métaphore sur une initiation au courage, Juan Antonio Bayona transfigure par la même occasion une véritable déclaration d'amour aux monstres comme le souligne le déclic émotionnel que le héros éprouve à la vision de la mort injuste de Kong sur l'empire State Building. Passionné par l'art et les dessins, Conor fuit la réalité pour oublier le cauchemar qu'est entrain d'éprouver sa maman moribonde. Il s'imagine alors que l'arbre de son jardin nanti de vie pourrait éventuellement sauver cette dernière gravement malade d'un cancer.


Si son climat onirico-baroque peut dérouter de prime abord une partie du public (à l'instar du magnifique Labyrinthe de Pan !), le ton et la manière personnelle dont Juan Antonio Bayona structure son intrigue préconise les rapports intimistes et équivoques échangés entre l'arbre et le jeune héros. C'est donc l'histoire d'une longue thérapie que nous conte de manière originale l'auteur du point de vue d'un adolescent torturé en phase d'affirmation car sur le point de se libérer de sa prison mentale. Sans jamais tirer sur la corde sensible quant aux évènements douloureux traités avec une détonante pudeur; Quelques minutes après minuit distille une intensité dramatique davantage rigoureuse à l'approche inévitable du deuil familial. Instaurant au compte goutte un climat dépressif néanmoins jamais démonstratif, nous sommes d'autant plus ébranlés par la violence psychologique du contexte familial si bien que le jeune héros réduit à la solitude et humilié par des camarades de classe semble toujours plus démuni d'accepter une circonstance morbide aussi intolérable. Le jeune Lewis MacDougall endossant brillamment ce rôle juvénile d'ado à la fois timoré et précaire tout en nous extériorisant derrière ses contradictions sa rage et sa révolte afin de tolérer le fardeau insurmontable du deuil.


Bouleversant à plus d'un titre sans jamais se laisser attendrir par la sinistrose, Quelques minutes après minuit déconcerte par son aspect austère en abordant un Fantastique noble et adulte sous couvert d'une féerie horrifique rédemptrice. Epousant un point de vue fructueux quant au pouvoir de l'imaginaire exorcisant nos angoisses, en particulier celui des monstres plus tolérants et humains que le commun des mortels, Quelques minutes après minuit imprime une leçon de vie auprès de la fragilité de l'adolescence confrontée à l'injustice de la mort. Il en émane une oeuvre précieuse à la fois dure et cruelle, magnifique et délicate dans ses thèmes sobrement autopsiés si bien que l'on en sort aussi éprouvé qu'hanté.  

B-D

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