de John Cassavetes. 1980. U.S.A. 2h01. Avec Gena Rowlands, John Adames, Julie Carmen, Tony Knesich, Buck Henry, Lupe Garnica, Jessica Castillo, Lawrence Tierney.
Sortie salles France: 31 Décembre 1980. U.S: 1er Octobre 1980
FILMOGRAPHIE: John Cassavetes est un réalisateur, scénariste et acteur américain, né le 9 Décembre 1929 à New-York, décédé le 3 Février 1989 à Los Angeles. 1959: Shadows. 1961: Too late blues. 1963: Un Enfant attend. 1968: Faces. 1970: Husbands. 1971: Minnie et Moskowitz. 1974: Une Femme sous Influence. 1976: Meurtre d'un bookmaker chinois. 1978: Opening Night. 1980: Gloria. 1984: Love Streams. 1985: Big Trouble.
Avant-propos:
Cassavetes a mis du temps avant d'accepter Gloria. Il a longtemps décrié le film, le considérant comme un "accident" à l'intérieur de sa filmographie. Il ne faut pas écouter les cinéastes: ils sont bien moins placés qu'on ne le croit pour juger de leurs oeuvres. Devant l'effet tétanisant que produit Gloria sur le spectateur, personne ne peut supputer la moindre trahison de Cassavetes envers son cinéma. Philippe Azoury.
Thriller à suspense oppressant où se télescopent l'action et le drame psychologique, Gloria constitue un grand moment de cinéma sous l'impulsion impérieuse de la divine Gena Rowlands ! Crevant l'écran à chacune de ses apparitions, l'actrice insuffle un jeu fébrile d'autorité aussi poignant que viscéral dans sa détermination désespérée à protéger un jeune orphelin, témoin gênant du massacre de sa famille par la pègre mafieuse. En possession d'un précieux calepin ayant appartenu à son défunt père, dans lequel sont répertoriés les numéros de comptes et les identités de leurs détenteurs, le garçon devient une cible prioritaire pour ses tueurs sans vergogne. Mais, juste avant le carnage familial, la mère de Phil put contacter une amie call-girl afin de lui confier sa garde. Dès lors, dans un implacable jeu du chat et de la souris, une traque infernale s'engage entre le duo impromptu et les hommes de main.
Grâce à ce pitch simpliste mais original, John Cassavetes extirpe un survival haletant d'une efficacité redoutable, si bien que, sous couvert de divertissement grand public, le cinéaste se permet d'y cultiver sa patte personnelle. À savoir : authentifier le cadre, remarquablement détaillé, de son action urbaine en magnifiant la ville de New York telle un dédale de tous les dangers.
Dans son parti pris d'ultra-réalisme hérité du documentaire, Cassavetes enrichit l'intensité dramatique des événements et relance constamment l'action à travers le caractère instable de Phil, particulièrement entêté et versatile avant de se laisser progressivement apprivoiser par cette blonde inconnue (sa fugue dans les quartiers new-yorkais, puis, un peu plus tard, son égarement dans le métro).
Sous les atours d'un thriller palpitant émaillé d'éclairs de violence, Cassavetes transcende le portrait à la fois fragile et pugnace d'une escort-girl réfractaire à la maternité. Récit initiatique où la perte de l'innocence du bambin influera sur la rédemption maternelle de sa protectrice, Gloria conjugue tension et bouffées de tendresse avec une pudeur détonante propre à nous chavirer le cœur. Car, au fil de leurs échanges intimes, l'intrigue ne cède jamais aux bons sentiments d'une émotion programmée, ni aux dérives d'une violence gratuite, grâce à une ossature narrative entièrement consacrée à l'évolution de ce duo de fortes têtes, engagé dans un apprentissage autant affectif qu'héroïque. Outre la performance viscéralement intense de Gena Rowlands en justicière stoïque - l'un des plus beaux portraits de femme jamais vus à l'écran -, le jeune John Adames lui donne admirablement la réplique avec un naturel, une innocence et un semblant d'autorité (il joue souvent au machiste inflexible, comme son père le lui a enseigné) aussi émouvants que désarmants.
À ce titre, il est amusant de savoir que, hors tournage, Gena Rowlands entretenait volontairement une certaine distance avec son jeune partenaire, se montrant plutôt réservée et lui adressant peu la parole afin de préserver la justesse de leur relation à l'écran. Une attitude dont elle s'excusa lors des trois derniers jours de tournage en lui offrant plusieurs jouets, un geste aussi tendre que révélateur de l'affection qu'elle lui portait finalement. Cette anecdote est révélée dans le livret du coffret Blu-ray/Dvd édité par Wild Side Video.
Thriller à suspense d'un réalisme documenté cher à son auteur, portrait fulgurant d'une femme désenchantée mais redoutablement impérieuse, Gloria cultive une intensité émotionnelle vertigineuse sous l'impulsion galvanisante de ce duo marginal à bout de souffle. Chef-d'œuvre existentiel d'une sensibilité à fleur de peau - à l'instar de la mélodie fragile de Bill Conti, aux accents lyriques évoquant Rocky - où la passion des sentiments se mêle à une révolte fielleuse, Gloria ne quittera plus jamais votre mémoire.
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