vendredi 10 février 2017

La Putain / Whore

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Ken Russel. 1991. U.S.A/Angleterre. 1h24. Avec Theresa Russell, Frank Smith, Gail McMullen, Benjamin Mouton, Bob Prupas, Jack Nance.

Sortie salles France: 17 Juin 1992

FILMOGRAPHIE: Ken Russell est un réalisateur, scénariste, acteur, producteur, monteur et directeur de la photographie britannique né le 3 juillet 1927 à Southampton. 1967 : Un cerveau d'un milliard de dollars, 1969 : Love , 1970 : The Music Lovers, 1971 : Les Diables, 1971 : The Boy Friend, 1972 : Savage Messiah, 1974 : Mahler, 1975 : Tommy, 1975 : Lisztomania, 1977 : Valentino, 1980 : Au-delà du réel, 1984 : Les Jours et les nuits de China Blue,1986 : Gothic, 1988 : Salome's Last Dance , 1988 : Le Repaire du ver blanc ,1989 : The Rainbow ,1991 : La Putain, 2002 : The Fall of the Louse of Usher, 2006 : Trapped Ashes segment "The Girl with Golden Breasts".

Plutôt mal aimé du public comme de la critique - sans doute parce que ses thèmes seront mieux transcendés dans l’électrisant Les Jours et les Nuits de China Blue - La Putain fait figure de vilain petit canard dans la carrière impudente de Ken Russell. Série B glauque et sordide, où le pittoresque de certaines situations scabreuses se mêle à des dérives d’un mauvais goût pleinement assumé, le film doit pourtant beaucoup de son dynamisme à la présence incandescente de son actrice vedette, Teresa Russell.

L’actrice s’y dévoile à nu, dans la peau introspective d’une catin en quête de rédemption derrière une condition soumise. Spontanée, désinvolte, elle magnétise l’écran par son bagout trivial, sa posture outrageusement aguicheuse, séduisant les mâles dominants sans jamais feindre la déférence attendue envers la Femme. Filmé à la manière d’un faux documentaire - notamment à travers ces monologues récurrents où notre féministe s’épanche face caméra - La Putain étale sur son écran insalubre ses états d’âme avec une liberté de ton qui force le respect.

Ken Russell s’autorise alors une compilation d’expériences sexuelles et de confrontations machistes crues, parfois déviantes, souvent violentes, sur un ton décalé et déroutant. De cet aspect quasi journalistique, inscrit dans une facture à la fois baroque et débridée, émane une expérience presque masochiste, étrangement fascinante, malgré la vacuité d’une narration volontairement redondante, tournée autour de la quotidienneté sordide d’une prostituée broyée par la gent masculine.

En guise d’amuse-gueule, et pour accentuer le caractère saugrenu de l’ensemble, on savourera les caméos inattendus d’Antonio Fargas (Starsky et Hutch) en philanthrope de pacotille, ainsi que celui de la star du X Ginger Lynn lors d’une brève séquence morbide.

Insolent, hors norme et foncièrement licencieux, La Putain se découvre comme une curiosité attachante dans son parti pris personnel et provocateur : ausculter l’introspection d’une catin pleinement lucide de sa condition avilissante. À réserver, toutefois, à un public averti.

B-D. 3èx

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