mardi 18 juin 2019

Le Silence qui tue

                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site cult-trash-in-french-dvd-composite.blogspot.com

"The Silent Scream" de Denny Harris. 1979. U.S.A. 1h27. Avec Rebecca Balding, Cameron Mitchell, Steve Doubet, Avery Schreiber, Brad Rearden, Juli Andelman, John Widelock, Yvonne De Carlo, Barbara Steele.

Sortie salles France: 12 Novembre 1980. U.S: 18 Janvier 1980

FILMOGRAPHIE: Dennis Harris est un réalisateur et producteur américain, né le 10 Juillet 1930, décédé le 5 Mars 2007. 1979: Le Silence qui Tue.


Peu connu du public et toujours inédit sous support numérique chez nous, Le Silence qui Tue s'inspire du psycho-killer en vogue initié par Black Christmas et Halloween. Mais c'est plutôt du côté de Psychose qu'il puise sa plus grande influence à travers une trame linéaire beaucoup trop chétive il faut avouer. En gros: une jeune fille trouve refuge dans une grande bâtisse en location parmi l'hospitalité de 3 pèlerins. Accueillie par un étrange tenancier timoré, celui-ci les averti de ne pas déranger sa mère logeant dans une chambre à proximité du grenier. Rapidement, un meurtre brutal ébranle leur tranquillité en marge de la plage. Série B d'exploitation modestement campée par d'attachants comédiens de seconde zone, quand bien même Cameron Mitchell (en flic investigateur) et Barbara Steele (dans un rôle mutique uniquement bâti sur la gestuelle) viennent s'incruster avec discrétion, le Silence qui tue nous offre le minimum syndical à travers ses séquences horrifiques hors-champs épaulées d'un suspense beaucoup trop timoré pour captiver.


Pour autant, avec une évidente indulgence, l'inconditionnel du genre peut y trouver son compte grâce au charme de son ambiance horrifique symptomatique des années 80 (même s'il fut tourné en 79). Tant auprès du jeu amiteux des acteurs, de son cadre côtier estival, de son décorum gothique légèrement magnétique que de ses clichés plaisamment bonnards que l'amateur connait sur le bout des ongles. Qui plus est, sa dernière-heure à la fois révélatrice en diable et fertile en agressions divertit dans un second degré involontairement cocasse, puisque à la lisière de la semi-parodie, de par ces postures outrancières sensées provoquer appréhension ou effroi. Néanmoins, on se laisse dériver jusqu'au bout de cette intrigue machiavélique faisant intervenir la thématique de la famille dysfonctionnelle avec autant de maladresse que de bonnes intentions pour provoquer l'émoi. Bougrement dommageable donc que l'intrigue étique n'eut pu faire preuve de plus de densité, de vigueur et d'angoisse palpable lorsque les potentielles victimes sont sur le point de trépasser. Ce sera d'ailleurs l'unique essai derrière la caméra de Denny Harris disparu en 2007 pour une raison qui m'échappe.


A découvrir avec curiosité, uniquement chez les inconditionnels du genre.

*Bruno
3èx

lundi 17 juin 2019

The Killing Kind

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.fr

de Curtis Harrington. 1973. U.S.A. 1h39. Avec Ann Sothern, John Savage, Ruth Roman, Luana Anders, Cindy Williams, Susan Bernard

Sortie salles France: 7 Avril 1973

FILMOGRAPHIE: Gene Curtis Harrington est un réalisateur et scénariste américain, né le 17 Septembre 1926, décédé le 6 mai 2007. 1975: The Dead Don't Die (Télé-film). 1974 La révolte des abeilles (Télé-film). 1973 The Cat Creature (Télé-film). 1973 The Killing Kind. 1971 What's the Matter with Helen? 1971 Mais qui a tué tante Roo? 1970 Vengeance en différé (Télé-film). 1967 Le diable à trois. 1966 Queen of Blood. 1965 Voyage sur la planète préhistorique. 1961 Marée nocturne. 1977: Ruby. 1978: Les Chiens de l'Enfer (télé-film). 1985: Mata Hari.


Inédit en salles (et en Vhs) dans nos contrées si je ne m'abuse, The Killing Kind est une excellente surprise horrifique bien ancrée dans son époque Seventie, de par son réalisme documenté, le grain de sa pellicule et son climat malsain qui y émane. Ainsi, on ne peut qu'applaudir l'initiative d'Artus Films d'avoir exhumé de l'oubli ce fort intéressant portrait de serial-killer que John Savage incarne avec un naturel inné alors qu'il s'agit de sa 5è apparition à l'écran. Ce dernier dégageant par moment une douloureuse appréhension lors de ses crises de démence fortuites que Curtis Harrington nous impose de manière improvisée par le biais du ralenti. Huis-clos intimiste relatant la quotidienneté triviale d'une mère débonnaire et de son fils sexuellement refoulé, The Killing Kid s'alloue d'un charme attachant eu égard des relations maternelles que le duo partage, entre chaleur humaine, insouciance excentrique (leurs concours de danse) et soupçon d'inceste (les bisous sur la bouche que la maman impose à son rejeton).


Famille dysfonctionnelle éludée de présence paternelle, l'intrigue s'appuie donc sur le cheminement immoral de Terry terriblement perturbé à la suite d'un viol forcé qui lui valu 2 ans d'emprisonnement. Ainsi, au fil de sa morne quotidienneté et de l'omniprésence d'une maman protectrice beaucoup trop possessive, envieuse et envahissante, Terry sombre dans la folie criminelle au moment d'aborder les jeunes femmes de son voisinage, notamment cette voisine trentenaire nantie de pulsions déviantes (elle lui avouera son fantasme de se faire violer !). Sans vraiment réserver de surprises au fil d'un cheminement tracé d'avance, Curtis Harrington compte donc sur le réalisme des situations horrifiques et sur les étroits rapports du duo inconséquent afin de maintenir l'attention tout le long d'une éprouvante déliquescence criminelle (les meurtres brutaux ou cruels faisant leur petit effet poisseux). Et cela fonctionne plutôt bien si bien que durant plus d'1h35 nous parvenons à nous familiariser auprès de ce duo à la fois irresponsable et peu recommandable que le cinéaste radiographie à l'aide d'une sobre force d'expression. Tant auprès de Ann Sothern en maman décervelée nourrie aux films TV et aux pop-corn que de John Savage en serial-killer en herbe hanté de visions criminelles, notamment à travers un songe érotique nonsensique particulièrement dérangeant à travers sa posture d'enfant.


Pour l'amour d'une engeance.
Malsain et dérangeant dans un format de série B mineure pour autant intelligent et attachant à dépeindre sans fard ces profils coupables unis par l'amour maternel, The Killing Kid fait honneur au psycho-killer sous l'impulsion de protagonistes contrariés parvenant à susciter une véritable empathie lors du poignant dénouement irrigué d'amertume et de mélancolie. A découvrir.

*Bruno

vendredi 14 juin 2019

Brûle, sorcière, brûle !

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.fr

de Sidney Hayers. 1962. Angleterre. 1h30. Avec Peter Wyngarde, Janet Blair, Margaret Johnston

Sortie salles Angleterre: 14 Mai 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sidney Hayers est un réalisateur, scénariste et producteur anglais né le 24 Août 1921 à Edinburgh, Scotland, décédé le 8 Février 2000 à Altea, Espagne. 1960: Le cirque des horreurs. 1959 The White Trap. 1959 Violent Moment. 1961: Les Gangsters. 1964: La rue du péché. 1962 Brûle, sorcière, brûle! 1961 Echo of Barbara. 1966: Minibombe et minijupes.  1966 The Trap . 1965 Three Hats for Lisa.  1971: Violence en Sous-Sol. 1971 The Firechasers. 1971/I Meurtre à haute tension. 1970 Mister Jerico (TV Movie). 1969 L'étoile du sud. 1972: All Coppers Are... 1976: One Away. 1975 Diagnosis: Murder. 1975 King Arthur, the Young Warlord. 1975 Mortelle rencontre. 1975 Cet emmerdeur de Charly.


Perle maudite du Fantastique occulte honteusement inédite en salles dans nos contrées, Brûle sorcière Brûle traite de la sorcellerie sous le pilier d'un scénario retors constamment imprévisible si bien qu'il s'avère difficile d'y deviner l'issue potentiellement dramatique (sa conclusion expéditive pourrait d'ailleurs déconcerter certains d'entre vous). Le pitch: Un professeur cartésien nie l'existence de la sorcellerie face à ses élèves curieux de mysticisme. Or, quelques jours plus tard, il s'aperçoit que sa propre épouse pratique la magie noie après avoir découvert divers ustensiles planqués dans les meubles de la maison. Ainsi, à partir de ce pitch inquiétant fondé sur le simulacre et le jeu de pouvoir et de persuasion, Sidney Hayers (le Cirque des Horreurs) réalise probablement son meilleur film tant il parvient à nous scotcher au siège de par l'interprétation magistrale que forment Peter Wyngarde (transi d'émoi névrotique en victime parano !), Janet Blair (pénétrée d'appréhension à travers l'intensité de son regard dérangé), Margaret Johnston (en mégère claudiquante insidieusement diabolique). Un casting irréprochable parvenant à tailler une solide carrure à son réalisme surnaturel, notamment afin de remettre véritablement en question la foi du spectateur partagé entre le folklore de la superstition et la raison de la science parfois inapte à théoriser l'inexplicable.


Outre le jeu viscéral de ce triangle de comédiens compromis aux forces occultes, Brûle sorcière, brûle tire-parti d'une mise en scène consciencieuse où rien n'est laissé au hasard. Tant auprès de son noir et blanc crépusculaire sensiblement ténébreux que de l'exploitation retorse de ces décors gothiques magnifiquement cadrés si bien que le cinéaste use d'architectures et sculptures ornementales afin de faire progresser la trajectoire de survie du professeur et de son épouse brutalement mis à mal avec la magie noire. L'intérêt majeur de l'intrigue s'évertuant à tester l'épreuve cérébrale du professeur en proie à une succession d'évènements inexpliqués où prime l'effet de suggestion. Ce dernier à la psychologie subitement chétive s'efforçant de se raisonner avec logique afin de ne pas se laisser influencer par ces incidents potentiellement improbables. Ainsi, nanti d'un rythme trépidant à travers ses moult rebondissements cauchemardesques à donner le tournis, Brûle sorcière Brûle insuffle un climat anxiogène davantage sauvage et oppressant à travers la course effrénée du professeur s'efforçant de sauver la vie de son épouse. Tout du moins lors de sa seconde partie épileptique (si j'ose dire) sachant que Sidney Hayers eut la judicieuse idée d'inverser les rôles auprès de son 1er acte pour y dresser les liens amoureux unissant le couple infortuné.


De par son rythme infernal (qui en surprendra plus d'un !), la subtilité de ses effets-chocs et le jeu magistral des comédiens, Brûle, sorcière brûle demeure une perle rare du Fantastique éthéré, à l'instar du chef-d'oeuvre de Jacques Tourneur, Rendez-vous avec la peur. Un cauchemar sur pellicule saturé d'une partition stridente que l'on croirait issue d'une prod Hammer. A découvrir d'urgence pour tous les amateurs de sortilège et autres diableries ne prêtant nullement à rire ! 

*Bruno
2èx

jeudi 13 juin 2019

Le Battant

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Alain Delon. 1983. France. 2h02. Avec Alain Delon, François Périer, Pierre Mondy, Anne Parillaud, Andréa Ferréol, Marie-Christine Descouard, Michel Beaune, Gérard Hérold, Jean-François Garreaud, Richard Anconina.

Sortie salles France: 2 Février 1983

FILMOGRAPHIE: Alain Delon est un acteur et homme d'affaires français, né le 8 novembre 1935 à Sceaux. 1973 : Les Granges Brûlées (coréalisateur non crédité). 1981 : Pour la peau d'un flic. 1983 : Le Battant.


Seconde et dernière réalisation d'Alain Delon, Le Battant renoue avec le succès commercial si bien qu'il engrange 1 935 094 entrées. Et si 2 ans auparavant Pour la peau d'un flic cumula un peu plus de 2 377 084 entrées, son exploitation Vhs chez René Chateau battit des records, tant en terme de vente que locative. Hommage appuyé à son mentor le cinéaste René Clément auquel il dédicace son oeuvre lors de l'ultime image, Alain Delon, acteur et réalisateur, nous fignole l'un des meilleurs polars des années 80 selon mon jugement de valeur soutenu d'une tendresse mélancolique d'après cette époque révolue. Car lorsque l'on revoit Le Battant quelques décennies après, on se surprend d'y renouveler un immense plaisir de cinéphile puriste. De par la mise en scène avisée d'Alain Delon encore plus impliqué devant et derrière la caméra que Pour la peau d'un flic, et toutes ces trognes d'acteurs burinés issus de la grande école parmi lesquels s'y disputent l'immense François Perrier en mafieux perfide semi-retraité, Pierre Mondy en flic empoté, Andréa Ferréol en maîtresse sexagénaire insidieuse, Michel Beaune en fidèle acolyte infortuné et enfin Gérard Hérold en maître-chanteur flegmatique derrière une défroque de cadre supérieur. Ainsi, à travers une intrigue plutôt classique fondée sur le profil marginal d'un truand au grand coeur compromis par la trahison de son milieu et par une filature policière, Alain Delon donne chair à son personnage avec une intensité ensorcelante. Tant et si bien que son regard azur électrise l'écran à chacune de ses apparitions distinguées dans un costard cendré immaculé.


Celui-ci incarnant de par sa carrure virile le rôle d'un repris de justice venant de purger 15 ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis passé le braquage d'un diamantaire. Bien évidemment, depuis sa sortie, outre la police aux aguets de ces faits et gestes, des gangsters iront s'en prendre à son entourage afin de lui soutirer ses diamants planqués dans un endroit tenu secret. Relativement peu spectaculaire même si certaines brèves séquences de poursuite en voiture impressionnent par leur réalisme nocturne, Alain Delon n'en cède pas moins à de brutaux éclairs de violence lorsqu'il se résigne à se venger de ses rivaux de manière résolument expéditive. Ainsi, à travers ses estocades criminelles tranchées, on s'étonne de s'attacher à un personnage aussi glaçant que radical de par sa justice individuelle dénuée de clémence. Mais au-delà de l'attrait passionnant de sa mise en scène à la fois posée et studieuse ne cessant de magnifier ses personnages illégaux sous l'impulsion de gueules d'acteur infaillibles, Le Battant s'alloue d'une surprenante dimension romantique à travers le couple Delon / Parillaud mutuellement amoureux lors d'un concours de circonstances aléatoires. Anne Parillaud érotisant résolument l'écran avec beaucoup plus de certitude que Pour la peau d'un flic. Notamment en y dévoilant à nouveau, et à plusieurs reprises, son simple appareil longiligne ultra sexy. Alain Delon s'efforçant sans complaisance ni mièvrerie de rendre crédible leur relation sentimentale à travers des moments de tendre intimité aussi pures que candides. Ainsi, ses séquences d'une certaine fragilité émotionnelle vise droit au coeur du spectateur sous l'impulsion du thème mélodique de Christian Dorisse particulièrement attachant (et récursif).


Se permettant en outre d'y ajouter quelques efficaces traits de cocasserie à travers le personnage épieur de Pierre Mondy épaulé de quelques figurants d'un naturel confondant, Le Battant demeure un excellent divertissement policier mené tambour battant par le perfectionniste Alain Delon. On n'en demandait pas tant car c'est avec beaucoup d'émotions que l'on redécouvre aujourd'hui ce Battant, anti-héros peu recommandable mais pour autant nanti d'une loyauté et d'une compassion sentimentale somme toute poignantes. 

*Bruno
2èx

John Wick: chapitre 2

                                              Photo emprunté sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Chad Stahelski. 2017. U.S.A. 2h02. Avec Keanu Reeves, Riccardo Scamarcio, Ian McShane,
Ruby Rose, Common, Claudia Gerini, Lance Reddick, Laurence Fishburne, Tobias Segal, John Leguizamo, Bridget Moynahan, Peter Stormare, Franco Nero.

Sortie salles France: 22 Février 2017

FILMOGRAPHIEChad Stahelski est un cascadeur, coordinateur des cascades, acteur, assistant réalisateur puis réalisateur américain né le 20 septembre 1968 à Fort Worth (Texas). 2014 : John Wick (coréalisé avec David Leitch). 2017 : John Wick 2. 2019 : John Wick Parabellum.


Trois ans après le succès phénomène John Wick, le néophyte Chad Stahelski rempile pour un chapitre 2 évidemment bourrin en bonne et due forme. Sauf qu'en l'occurrence, si personnellement son modèle m'eut complètement laissé de marbre dans son action en roue libre aussi vaine que gratuite (désolé pour les fans) et ses personnages caricaturaux, John Wick 2: chapitre 2 m'a littéralement scotché au siège de par l'efficacité de son intrigue plus dense qu'au préalable et surtout de l'intensité des scènes d'action résolument hallucinées. Ainsi donc, aussi hyperbolique soit-il, John Wick: chapitre 2 s'avère étonnamment fun et jouissif sous l'impulsion de notre anti-héros, tueurs à gage monolithique traqué tous azimuts par des mafieux mégalos perfides. Sauf qu'ici on est à fond avec lui pour suivre ses faits et gestes "surhumains" avec une fascination morbide ! Celui-ci étant contraint d'opérer un nouveau contrat auprès d'un opportuniste italien (assassiner sa soeur, nouvelle baronne du crime, afin de récupérer son trône) en lieu et place d'écouler une paisible retraite. Or, évidemment trahi par ce mentor, puis invoquant en désespoir de cause un soutien auprès d'une confrérie de SDF (situation hallucinée pleine de réparties caustique !), John Wick ne cessera de fuir et de supprimer une armée de tueurs à gage aussi intraitables que lui.


Bien évidemment, l'intrigue simpliste (mais efficace car nanti d'enjeux plus éprouvants quant au dilemme de Wick et inventive quant aux confrontations musclées parfois théâtrales) est un prétexte afin d'aligner de façon métronome des séquences d'ultra violence incroyablement percutantes. Tant auprès de l'ultra dynamisme du montage à couper au rasoir que de leur chorégraphie n'ayant rien à envier aux meilleures prods nippones en mode "art martial". Qui plus est, usant de décors tantôt high-tech (le labyrinthe des glaces, la boite de nuit), tantôt baroques (splendides architectures transalpines à faire rougir Argento) à travers une photo aussi glacée que rutilante, John Wick 2 enivre les yeux. Tant et si bien que son surréalisme assumé se prête magnifiquement à l'ambiance mortifère des confrontations dantesques se décuplant au rythme d'une trajectoire de survie (labyrinthique) à perdre haleine. Impassible, posé et placide, Keanu Reeves se fond dans le corps du tueur à gage avec un charisme distingué plutôt inusité, notamment auprès de sa douce empathie pour son fidèle chien qu'il préserve hors-champ belliqueux. On est également ravi de retrouver dans des seconds-rôles saillants les gueules striées de Franco Nero (même si toutefois discret en mafieux subsidiaire), Laurence Fishburne (en leader SDF nourri de sarcasme) et surtout Ian McShane (du haut de ses 76 ans !) en propriétaire d'un hôtel luxueux à la fois équitable et draconien quant au sort précaire de son élève modèle.


Complètement déjanté et débridé de par son ambiance surréaliste émaillée de leste dérision, et son ultra-violence putassière aussi dégénérée que décomplexée, John Wick 2 créé la surprise pour coiffer au poteau son insignifiant prototype. Et ce en assumant avec une ambition onirique fortuite un spectacle bourrin d'une carrure et d'une intensité fulgurantes. Chacun des protagonistes bellicistes se prêtant viscéralement au jeu du gendarme et du voleur avec une douce ironie subtilement friponne, quand bien même Keanu Reeves mène la danse macabre avec son élégance impérieuse. 

*Bruno

mardi 11 juin 2019

Le Bossu

                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de André Hunebelle. 1959. France/Italie. 1h45. Avec Jean Marais, Bourvil, Sabina Selman, Jean Le Poulain, Hubert Noël, Paulette Dubost, Alexandre Rignault.

Sortie salles France: 13 Janvier 1960

FILMOGRAPHIE: André Hunebelle est un maître verrier et réalisateur français, né le 1er Septembre 1896 à Meudon (Hauts-de-Seine), décédé le 27 Novembre 1985 à Nice. 1948: Métier de fous. 1949: Millionnaires d'un Jour. 1949: Mission à Tanger. 1950: Méfiez vous des Blondes. 1951: Ma Femme est formidable. 1952: Massacre en dentelles. 1952: Monsieur Taxi. 1953: Les Trois Mousquetaires. 1953: Mon Mari est merveilleux. 1954: Cadet Rousselle. 1955: Treize à table. 1955: l'Impossible Monsieur Pipelet. 1956: Casino de Paris. 1956: Mannequins de Paris. 1956: Les Collégiennes. 1957: Les Femmes sont marrantes. 1958: Taxi, roulotte et Corrida. 1959: Le Bossu. 1959: Arrêtez le massacre. 1960: Le Capitan. 1961: Le Miracle des Loups. 1962: Les Mystères de Paris. 1963: Oss 117 se déchaîne. 1963: Méfiez vous Mesdames. 1964: Banco à Bangkok pour Oss 117. 1964: Fantômas. 1965: Furia à Bahia pour Oss 117. 1965: Fantômas se déchaîne. 1967:   Fantômas contre Scotland Yard. 1968: Pas de roses pour Oss 117. 1968: Sous le signe de Monte-Cristo. 1971: Joseph Balsamo. 1974: Les Quatre Charlots Mousquetaires. 1974: Les Charlots en Folie: A nous quatre Cardinal ! 1978: Ca va faire tilt.


Le pitch: A la suite de l'assassinat du duc Philippe de Nevers par son cousin Philippe de Gonzague, un chevalier, Henri de Lagardère, lui promet lors de son dernier souffle de préserver sa fille Aurore qu'il eut secrètement avec Isabelle de Caylus. Epaulé de son nouveau comparse Passe-poil, ils s'exilent quelques années en Espagne avant d'élaborer une retorse vengeance.


Si j'avoue avoir une préférence paradoxale pour Le Capitan réalisé un an plus tard (que j'ai d'ailleurs eu la chance de découvrir au cinéma du haut de mes 3 pommes, ceci explique cela !), André Hunebelle, spécialiste en la matière, parvient pour autant à nous tailler un solide divertissement avec le Bossu. Film de cape et d'épée en bonne et due forme dans son efficace alliage d'actions, d'humour, de romance et de poursuites chevaleresques que mènent spontanément le duo Jean Marais, très à l'aise tant en preux chevalier qu'en badin bossu; Bourvil, en domestique paternel aux p'tits soins de la radieuse Aurore (même s'il s'avère moins cocasse que dans Le Capitan lors de ses gestuelles maladroites). L'intérêt de ce divertissement solaire (notamment auprès de ces vastes paysages provinciaux) résidant avant tout dans sa densité narrative illustrant l'expectative d'une vengeance de longue haleine que prémédite, non sans sarcasme, Lagardère à travers l'art d'un camouflage patibulaire. Ovationné par le public avec 5 846 808 entrées, Le Bossu a donc fini par accéder  (également au gré de ses rediffusions TV) au rang de Classique sous l'impulsion subsidiaire du charme innocent de Sabina Selman dans un rôle bicéphale.

*Bruno

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site Senscritique.com

de André Hunebelle. 1960. France/Italie. 1h45. Avec Jean Marais, Bourvil, Elsa Martinelli, Pierrette Bruno, Lise Delamare, Annie Anderson, Guy Delorme.

Sortie salles France: 5 Octobre 1960


Un an après l'immense succès Le BossuAndré Hunebelle rempile avec le film de cape et d'épée sous la houlette d'un roman de Michel Zévaco. Et d'y recruter à nouveau ses deux acteurs fétiches Jean Marais et Bourvil fraîchement débarqués du Bossu. Déjà adapté à l'écran par Robert Vernay en 1946, Le Capitan se décline en film d'aventures coloré et bondissant sous l'impulsion spontanée du duo précité. A savoir, complots, trahison, assassinats et vengeance perpétrés sous le règne de Louis XIII que deux clans se disputent afin de s'approprier le trône ! Ainsi, à travers cette conjuration,  François de Capestang, dit Le Capitan, s'associe auprès d'un saltimbanque afin d'y déjouer (de prime abord) les manigances de Marie de Médicis (mère du jeune Louis XIII) et de son premier ministre Concino Concini. Car depuis l'assassinat d'Henri IV, les deux escrocs décident de s'emparer du trône en semant la terreur dans la Province. Mais un autre leader des conjurés, le Duc d'Angoulême, désire également subtiliser la couronne du roi de par l'inexpérience et l'âge juvénile de ce dernier. Plutôt bien troussé à travers ses digressions à rebondissements auquel s'écharpent divers antagonistes pernicieux, la mise en scène assidue de Hunebelle est empreinte d'une réelle élégance formelle. Tant auprès de ses magnifiques décors naturels ou de ses intérieurs architecturaux, des costumes flamboyants que des séquences d'action rondement dirigées. Les duels homériques à l'épée s'opérant avec agilité quand bien même certaines cascades impressionnent de par leur réalisme, notamment lorsque Jean Marais s'oppose comme de coutume à s'épauler d'une doublure !


A l'instar de son intense escalade vertigineuse sur l'une des tours du château ou encore lors de la chevauchée endiablée de Louis XIII culminant sa chute dans le précipice d'une falaise en compagnie de son cheval. Qui plus est, saturé d'une photo en Eastmancolor, le Capitan s'octroie d'un rutilant cinémascope. Niveau cast, en chevalier intrépide redresseur de tort au charisme saillant, Jean Marais s'alloue d'un naturel spontané fondée sur les valeurs de noblesse, de loyauté, de fidélité et d'amour, tant auprès de sa protégée que du jeune roi sur le fil du rasoir. Si bien que l'acteur éprouve un réel plaisir à participer une seconde fois à sa fonction de preux chevalier. Quant à son comparse servant de "faire-valoir", l'impayable  Bourvil incarne avec sa bonhomie usuelle un baladin fripon conçu pour détendre l'aventure entre deux sémillantes chansonnettes dont l'une s'avère littéralement féerique. Au delà de son action échevelée agréablement menée, André Hunebelle  n'oublie pas d'y introduire un souffle romanesque auprès d'une charmante idylle entre Gisèle d'Angoulème et le Capitan. Leur relation en herbe débouchant par ailleurs par une tentative de secours audacieuse lorsque celle-ci le sauvera in extremis de la mort. Qui plus est, et pour renchérir son climat gentiment tendre, son disciple Cogolin cédera notamment au charme de Giuseppina grâce à leur timidité commune. Une servante italienne pudique d'autant plus sensible à la candeur du saltimbanque non avare de séduction coquine.


Après son réjouissant Le Bossu, André Hunebellesolide artisan du film de cape et épée, nous confirme donc avec le Capitan une seconde réussite comme le souligne sa côte de popularité critique et public (5 177 812 entrées rien que dans l'hexagone puisqu'il s'agit d'une co-production avec l'Italie). Aventures, action, romance se conjuguant avec une harmonie fougueuse, de par l'efficience de sa narration à la fois épique et politique (entre amour conflictuel, complots et trahisons) que de la chaleureuse complémentarité de nos loyaux lurons. Une pépite antidépressive à savourer de préférence entre amis ou en famille. 


*Bruno
09.05.19. 4èx
18.10.12. (140 v)

lundi 10 juin 2019

Pour la peau d'un flic

                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site ekladata.com

d'Alain Delon. 1982. France. 1h47. Avec Alain Delon, Anne Parillaud, Daniel Ceccaldi, Jean-Pierre Darras, Xavier Depraz, Michel Auclair, Jacques Rispal.

Sortie salles France: 9 Septembre 1981.

FILMOGRAPHIEAlain Delon, né le 8 novembre 1935 à Sceaux, est un acteur et homme d'affaires français. 1973 : Les Granges Brûlées (coréalisateur non crédité). 1981 : Pour la peau d'un flic. 1983 : Le Battant.


13è au box office avec 2 377 084 entrées (alors qu'1 an au préalable; 3 Hommes à abattre cumulait 2 194 795 entrées), Pour la peau d'un flic s'alloue d'un atout spécifique, celui d'avoir été réalisé par Alain Delon. Et on peut avouer sans rougir que pour une première réalisation (même s'il co-réalisa les Granges Brûlées en 73) l'acteur, plus fringant que jamais, s'en sort aussi bien derrière que face caméra. Car à partir d'une intrigue efficace retraçant l'investigation épineuse d'un détective privé à la recherche d'une fille disparue, Alain Delon dirige ce polar avec suffisamment de conviction, de soin et étonnamment d'humour pour nous divertir à rythme métronome. Entre scènes d'action percutantes (même si elles s'avèrent assez rares), poursuites en bagnole, romance friponne (toutes les séquences détendues entre le couple s'avèrent d'autant plus cocasses sous le pivot de dialogues inventifs) et confrontations psychologiques entre rivaux obtus.


Ainsi donc, grâce à son imprévue dérision (parfois même macabre), ses détracteurs feraient mieux d'y jeter un oeil tant l'acteur ne se la joue pas orgueilleux en flic machiste consciencieux sur le point de dévoiler au grand jour le vaste trafic de drogue d'une complicité policière. Outre sa cool attitude  épaulée de son acolyte dévoué Michel Auclair en faire-valoir semi-retraité, Pour la peau d'un flic affiche d'autant mieux une décontraction sensuelle parmi la présence frivole d'Anne Parillaud. Une secrétaire infidèle éprise de tendresse pour son boss et jamais avare d'allusions grivoises pour érotiser l'atmosphère, quand bien même l'actrice ose se dévoiler dans son plus simple appareil après avoir été kidnappée par ses ravisseurs (qui s'en plaindrait !). Ainsi, sans livrer une prestance super convaincante, cette dernière parvient pour autant à cultiver un certain charme naturel à travers son second-rôle de maîtresse soumise et attentionnée peu à peu emportée par l'ivresse de l'amour.


Polar ludique symptomatique de la décennie 80 auquel se disputait également sur d'autres affiches la star Bebel, Pour la peau d'un flic s'alloue d'un charme indéfectible en la présence du trio investigateur (particulièrement détendu pour y résoudre l'énigme) sous l'impulsion du tube planétaire d'Oscar Benton: "Bensonhurst blues". A revoir avec un pincement de nostalgie au coeur, notamment pour retrouver le talent hors-pair d'Alain Delon d'un charisme viril distingué inégalé dans le paysage français.

*Bruno

vendredi 7 juin 2019

Us

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Jordan Peele. 2019. U.S.A. 1h56. Avec Lupita Nyong'o, Winston Duke, Elisabeth Moss, Tim Heidecker, Yahya Abdul-Mateen II.

Sortie salles France: 20 Mars 2019. U.S: 22 Mars 2019

FILMOGRAPHIE: Jordan Haworth Peele, né le 21 février 1979 à New York, est un acteur, humoriste, réalisateur, scénariste et producteur américain. 2017: Get Out. 2019: Us.


Observez l'affiche et méditez !
Révélé 2 ans au préalable par le coup de maître Get Out, Jordan Peele récidive dans l'horreur sociale avec Us. Un homme invasion assez efficace dans son lot d'attaques cinglantes brillamment mises en scène (en dépit de certaines facilités éculées quant aux confrontations physiques) doublé d'un survival hystérique eu égard de sa seconde partie beaucoup plus surprenante lorsque la famille Wilson doit riposter auprès de leurs oppresseurs en s'échappant de leur cocon familial vers un lunapark. Sorte d'épisode longiligne de la 4è Dimension, Us parvient donc doucement dans un premier temps à renouveler le survival domestique grâce à l'originalité de son thème dérangeant; le "doppelgänger" (métaphore de notre double maléfique) s'efforçant de substituer chaque membre afro-américain de la famille Wilson lors d'une partie de cache-cache diablement cintrée. Le réalisateur relançant avec assez de brio l'action vrillée par le biais d'une progression dramatique plus ample que prévue et d'idées souvent imprévisibles au risque de perdre le spectateur lors de son (confus) dénouement outre-mesure. Peu exploité au cinéma d'horreur si bien que son pouvoir de fascination fait à nouveau mouche en l'occurrence, le "doppelgänger" est donc ici abordé avec maîtrise quant à sa véracité identitaire. Notamment de par leur posture mécanique à la mine anxiogène, de leur dialecte inaudible sensiblement angoissant et de leur origine scientifique tenant de l'aberration.


Jordan Peele alternant fougueusement intensité dramatique et dérision macabre sous l'impulsion d'une BO pop aussi entraînante que décomplexée, et d'une partition électro tonitruante. Sa narration tributaire de la formulation classique "ouh fais moi peur" - intelligemment - abordant en sous-texte une satire sur le matérialisme technologique, le féminisme (la mère de famille finissant par prendre les commandes et dicter sa loi auprès de son mari pataud) et le despotisme gouvernemental rivalisant d'idées à la fois immorales et saugrenues afin de mieux régir notre manière de penser. Ainsi, à travers son ossature narrative davantage débridée au point d'y effleurer à force d'ambition créative le ridicule (le twist final discutable risquera à coup sur de faire grincer certaines dents et d'y diviser le public), on songe inévitablement à l'Invasion des profanateurs de Sépulture auquel Us se prétend sa réactualisation moderne. Quant au cast spécialement afro-américain, outre la posture irritante du père de famille incarné par le lambda Winston Duke, Us évolue au rythme des actions féministes qu'impose avec charisme primitif Lupita Nyong'o en mère de famille belliqueuse épaulée de Shahadi Wright-Joseph en fille aînée en apprentissage martial. Toutes deux formant dans la cohésion familiale un duo rebelle assez persuasif auprès de leur trajectoire personnelle à courser vaillamment leur sosie.


Mask.
Sans toutefois jamais rivaliser avec le percutant Get Out, Us s'avère suffisamment inventif, efficace, facétieux, sardonique et débridé (jusqu'à overdose diront les plus sceptiques) pour satisfaire l'amateur pur et dur de peloche horrifique dirigée avec indéniable savoir-faire. Le "doppelgänger" s'avérant ici d'une hostilité franchement déstabilisante à travers leur magnétisme moral à daigner imposer leur ego sous couvert de dérision sociale caustique. 

*Bruno

jeudi 6 juin 2019

Amour et mort dans le jardin des Dieux

                                                                                 Photo empruntée sur Facebook

"Amore e morte nel giardino degli dei" de Sauro Scavolini. 1972. Italie. 1h29. Avec Erika Blanc, Peter Lee Lawrence, Ezio Marano, Orchidea de Santis, Rosario Borelli.

Sortie salles Italie: 4 Décembre 1972

FILMOGRAPHIE: Sauro Scavolini est un réalisateur et scénariste italien né le 3 Février 1934 à Pesaro, Marche. 1992: Un posto freddo in fondo al cuore (Télé-film). 1989 Un coup fumant (télé-film). 1985 Un foro nel parabrezza. 1977: Una devastante voglia di vincere (TV Mini-Series). 1972: Amour et mort dans le jardin des Dieux.


Excellente découverte totalement inédite en France et exhumée de sa torpeur grâce à l'éditeur Le Chat qui Fume, Amour et mort dans le jardin des Dieux (que titre fastueux pour autant pleinement justifié !) bénéficie en prime d'une copie HD scintillante afin de se plonger dans ce thriller psycho-romantique au doux parfum d'onirisme naturel. La nature, vaste, feutrée et verdoyante, s'avérant l'interprète louable du cadre criminel parmi la complicité de volatiles qu'un professeur étudie dans une sereine solitude (on peut d'ailleurs y déceler une référence à la trilogie animalière d'Argento mais encore à Blow Out de De Palma). Car si de prime abord l'énigme policière brossant les postures couardes d'un quatuor amoureux s'avère sans véritable surprise, Sauro scavolini (dont il s'agit hélas de l'unique réalisation au cinéma !) parvient lestement à nous enivrer de par son ossature narrative consciencieusement planifiée et le brio de sa mise en scène chiadée infiniment personnelle. Par conséquent, on en prend plein la vue à reluquer ces cadres stylisés abusant souvent de gros plans et de caméra à l'épaule si bien que son réalisme naturel à la fois étonnamment envoûtant et dérangeant nous déconcerte autant qu'il nous séduit.


Ainsi, dans une ambiance singulière d'étrangeté sensiblement perméable, nous nous laissons charmer par une curieuse dérive sentimentalo-mortuaire tout en restant en permanence sur le qui vive à démêler les tenants et aboutissants des divers amants pris dans les mailles de la jalousie, de l'infidélité, de la rancune et de la vendetta. A l'écoute des apartés sur bande magnétique que le professeur mutique reconstitue studieusement avec attention, Scavolini alterne flash-back et présent afin de mieux nous interpeller et ainsi consolider sa vénéneuse intrigue entièrement soumise à la dérive morale des personnages déviants. Des prétendants maudits si j'ose dire car épris d'amour aussi bien passionnel qu'obsessionnel, au point même que notre héroïne (incarné par l'étrange et  laiteuse  Erika Blanc) s'efforce d'y consulter un psychiatre afin d'élucider son attraction charnel qu'elle suscite auprès de ses soupirants. Ainsi, à travers le thème de l'inceste que Sauro Scavolini Spoil ! manipule parmi l'alibi du simulacre fin du Spoil, Amour et mort dans le jardin des Dieux captive en mode latent à travers l'efficacité d'une réalisation expérimentale baignant à bras ouvert dans un onirisme sensoriel. Ce thriller intime aussi bien marginal que singulier se savourant au rythme placide d'une balade romantique émaillée de morts violentes.


Aussi bien désincarné que réaliste au coeur d'un paradis naturel tranquille modestement expressif, Amour et mort dans le jardin des Dieux demeure une perle maudite de psycho-killer à recommander chaudement aux amateurs de romance nécrosée. 

*Bruno

mercredi 5 juin 2019

La Saignée

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site avoir-alire.com

de Claude Mulot. 1971. France/Italie. 1h28. Avec Bruno Pradal, Charles Southwood, Gabriele Tinti, Ewa Swann, Patti D'Arbanville, Claude Cerval.

Sortie salles France: 10 Novembre 1971. U.S: 17 Décembre 1972.

FILMOGRAPHIE: Claude Mulot (Frédéric Lansac) est un réalisateur et scénariste français, né le 21 août 1942 à Paris, décédé le 13 Octobre 1986 à Saint-Tropez. 1968: Sexyrella. 1969: La Rose Ecorchée. 1971: La Saignée. 1973: Profession : Aventuriers. 1974: Les Charnelles. 1975: Le Sexe qui parle. 1976: La Rage de jouir. 1977: Suprêmes jouissances. 1977: La Grande Baise. 1977: Belles d'un soir. 1978: Le Sexe qui parle 2. 1980: La Femme Objet. 1980: l'Immorale. 1980: Les Petites écolières. 1981: Le jour se lève et les conneries commencent. 1983: Black Venus. 1986: Le Couteau sous la gorge.


A réserver aux amateurs de curiosité introuvable bien d'chez nous.
Copie HD irréprochable.

mardi 4 juin 2019

Cérémonie Sanglante

                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinematerial.com

"Ceremonia sangrienta" de Jorge Grau. 1973. Espagne. 1h28. Avec Lucia Bosè, Espartaco Santoni, Ewa Aulin, Ana Farra, Silvano Tranquilli, Lola Gaos.

Sortie salles Espagne: 19 Novembre 1973. Italie: 4 Octobre 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Jorge Grau est un réalisateur et scénariste espagnol, né le 27 Octobre 1930 à Barcelone. 1973: Ceremonia sangrienta. 1974: Le Massacre des Morts-Vivants. 1959: Costa Brava. 1960: Sobre Madrid. 1960: Medio siglo en un pincel. 1961: Laredo, Costa Esmeralda. 1961: Barcelona vieja amiga. 1976: La Siesta. 1982: La Leyenda del tambor. 1983: Coto de Caza. 1987: El extranger-oh ! de la calle Cruz del Sur. 1990: La punyalada. 1994: Tiempos mejores.


Resté malencontreusement inédit en France et en video, Artus Films nous fait aujourd'hui l'honneur de nous exhumer une pépite d'horreur gothique d'après l'inoubliable auteur du Massacre des Morts-vivants, Jorge Grau. Car Inspiré des exactions de la tristement renommée comtesse hongroise  Élisabeth Báthory de Ecséd, celui-ci s'alloue d'une touche personnelle spécialement ibérique pour nous offrir une variation à la fois originale, déroutante et inquiétante. Et si durant les deux tiers de l'action, l'intrigue en dent de scie s'avère délibérément confuse auprès des motivations équivoques des personnages parfois incohérents, Cérémonie Sanglante cultive notre attention grâce au brio inspiré de Jorge Grau soignant la forme (photo flamboyante; décors architecturaux stylisés, contexte historique plus vrai que nature) et le fond (les thème du désir, de la jalousie et de la jeunesse éternelle engendrant une mégalomanie criminelle par le biais du meurtre en série). Pour condenser, on croit dur comme fer à ce que l'on voit de par sa capacité à retranscrire à l'écran un microcosme médiéval étonnamment crédible (instruments de torture à l'appui !). Et ce jusqu'aux seconds rôles dépouillés dénués de fard car normalement expressifs.


Ainsi donc, sobrement incarné par des têtes d'affiche méconnues dans nos contrées, nous nous identifions à observer les agissements immoraux des personnages notoires à travers leurs sentiments couards, perfides, menteurs, usurpateurs. Si bien qu'aucun d'eux ne nous suscite l'empathie dans leur volonté d'asservir et d'y détruire leur proie vulnérable pour le simple enjeu de l'éternelle jeunesse. D'autre part, en dénonçant les thèmes de la superstition et du fanatisme qu'exprime une populace rétrograde effrayée à l'idée du vampire suceur de sang, Jorge Grau se débarrasse des convenances grâce à son ossature narrative plus retorse qu'elle n'y parait, tant et si bien que les personnages majeurs nous captivent sans relâche de par leurs stratagèmes délétères éludés de manichéisme. Jorge Grau se souciant beaucoup de les esquisser de manière disgracieuse dans un anticonformisme occulte. On est par ailleurs surpris de son dénouement fortuit vis à vis du revirement moral de la comtesse Spoil ! se résignant à détruire tout ce qu'elle eut préalablement entrepris parmi ses complices, faute d'adultère. Fin du Spoil.


Série B d'un gothisme classieux où aucun détail n'est laissé au hasard, Cérémonie Sanglante honore l'épouvante séculaire grâce à la personnalité hispanique de Jorge Grau résolument amoureux du genre tant il fignole le cadre historique et les turpitudes des personnages avec un goût prononcé pour la provocation où s'y confine la désillusion existentielle. Une excellente surprise donc injustement passée inaperçue chez nous, à découvrir fissa. 

*Bruno

lundi 3 juin 2019

Au service du Diable / La Nuit des Pétrifiés

                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site arcadesdirect.fr

"LA NUIT DES PETRIFIES / LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE / DEVIL'S NIGHTMARE" de Jean Brismée. 1971. Belgique/Italie. 1h35. Avec Erika Blanc, Jean Servais, Jacques Monseau, Ivana Novak, Lorenzon Terzon, Daniel Emilfork.

Sortie Française le 21 décembre 1973. U.S: Avril 1974

FILMOGRAPHIE: Jean Brismée est un réalisateur d'origine belge né le 20 Août 1926. 1971: La plus longue nuit du diable.  1964 Monsieur Plateau (Short).  1962 Jean Rouch (TV Series).  1959 La planète fauve (TV Short).  1958 Cinéma, bonjour (TV Movie documentary).  1956 Forges (Documentary short).


Unique film du réalisateur belge Jean Brismée, Au service du Diable (/ La Nuit des Pétrifiés) est un ovni d'autant plus rare que sa résurrection en Dvd et Blu-ray relève du miracle ! On ne peut donc que saluer l'heureuse initiative d'Artus Film d'avoir osé exhumé de l'oubli ce p'tit bijou bisseux à mi-chemin entre le nanar et la série B d'exploitation gentiment ludique. Le pitch: Durant la seconde guerre mondiale, un père de famille, le baron Von Rumberg, sacrifie sa progéniture depuis que sa femme enfanta une fille en lieu et place d'un garçon. Cet infanticide est à l'origine d'une vieille malédiction auquel ses descendants seraient des succubes si le nouveau-né s'avérait une fille. Quelques décennies plus tard, ce dernier sclérosé coule des jours paisibles dans son château reculé, quand bien même un groupe de 7 étrangers y fait irruption le temps d'une nuit d'épouvante chargée en fantasmes et cruelles mise à morts ! Avec l'entrée en matière d'un prologue aussi couillu pour son infanticide explicitement décrit en noir et blanc (bien que maladroitement mis en image désamorçant ainsi son réalisme escompté), Au service du diable fut donc interdit aux moins de 18 ans à l'époque de sa sortie ! Car si d'autres effets-chocs viennent ensuite égayer l'intrigue, elles s'avèrent plutôt sobres, concises et jamais choquantes, aussi sympatoches soient-elles.


Ainsi donc, dans une ambiance gothique constamment inquiétante à travers son obscur château cédant parfois aux étreintes saphiques purement gratuites, Au service du diable plante lentement son décor occulte et sa poignée de convives s'égarant dans les corridors, sous-sols et chambres de la bâtisse parmi la présence d'une éventuelle succube (incarnée par l'étrange et véritablement effrayante Erika Blank lors de sa métamorphose à la mine patibulaire !). Sa motivation: séduire et éliminer un par un tous les invités depuis leurs tentations des 7 pêchers capitaux, tout en s'efforçant de courtiser un jeune prêtre timidement sensible à ses charmes. Ainsi, à travers un scénario somme toute banal et peu motivant, Jean Brismé réussit peu à peu l'exploit de nous fasciner et de nous intriguer auprès d'une multitude de détails visuels que nous ne voyons jamais arriver ! Car déconcertant, interlope, machiavélique, imprévu, Au service du diable se décline en fantasme horrifique indicible tant il cumule, dans des formes aussi bien maladroites que contrairement brillantes une moisson de situations ubuesques parfois imprégnées d'onirisme baroque. Le jeu théâtral des acteurs (dont certains timorés s'avèrent un peu inexpressifs) renforçant le caractère saugrenu de l'entreprise alternant le chaud et le froid avec une étonnante sagacité formelle et technique (notamment auprès de certains cadrages stylisés épaulés d'une photo saturée). Car difficilement explicable sur papier à décrire mes véritables impressions subjectives, Au service du Diable enchaîne fréquemment à mi-parcours des séquences inquiétantes pensées par un auteur inénarrable délibéré à égarer notre perception cérébrale dans une combinaison extravagante de qualités et de défauts.


A la fois film maudit et oeuvre culte dont l'identité méconnue de l'auteur continuera à jamais de nous interroger et de nous fasciner quant à ses véritables propos artistiques, Au service du Diable est un délire saugrenu à l'aura d'étrangeté inexplicablement perméable. Une curiosité inusité dégageant un charme vénéneux de trouble sensualité à travers l'icone d'une succube partagée entre l'amour et la mort. Sa conclusion équivoque s'achevant de manière étonnamment tendre et ironique sous la mélodie lancinante d'Alessandro Alessandroni dans toutes les mémoires. A découvrir.

*Bruno
03.06.19. 2èx
01.03.11. 568 v

jeudi 30 mai 2019

3 Hommes à abattre

                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site boxofficestory.com

de Jacques Deray. 1980. France. 1h36. Avec Alain Delon, Dalila Di Lazzaro, Michel Auclair, Pascale Roberts, Lyne Chardonnet, Jean-Pierre Darras, Bernard Le Coq.

Sortie salles France: 31 Octobre 1980 (Int - 13 ans)

FILMOGRAPHIEJacques Deray (Jacques Desrayaud) est un réalisateur français né le 19 février 1929 à Lyon, décédé le 9 août 2003 à Boulogne-Billancourt. 1960 : Le Gigolo. 1963 : Rififi à Tokyo. 1963 : Symphonie pour un massacre. 1965 : Par un beau matin d'été. 1966: Avec la peau des autres. 1966 : L'Homme de Marrakech. 1969 : La Piscine. 1970 : Borsalino. 1971: Doucement les basses. 1971 : Un peu de soleil dans l'eau froide. 1972 : Un homme est mort. 1974 : Borsalino & Co. 1975 : Flic Story. 1977 : Le Gang. 1978 : Un papillon sur l'épaule. 1980 : Trois hommes à abattre. 1982 : Les Secrets de la princesse de Cadignan (TV). 1983 : Le Marginal. 1983 : Credo (TV). 1985 : On ne meurt que deux fois. 1987 : Le Solitaire. 1987 : Maladie d'amour. 1989 : Les Bois noirs. 1991 : Contre l'oubli. 1991 : Netchaïev est de retour. 1993 : Un crime. 1994 : 3000 Scénarios contre un virus (segment « Arnaud et ses copains »). 1994 : L'Ours en peluche. 1998 : Clarissa (TV). 2000 : On n'a qu'une vie (TV). 2001 : Lettre d'une inconnue (TV).


Succès considérable à sa sortie puisqu'il engrange 2 194 795 entrées, 3 Hommes à abattre est la nouvelle réunion du maître Jacques Deray (Borsalino et sa suite, Flic Story, La Piscine, le Gang) et du monstre sacré Alain Delon pour le meilleur du polar si on en juge l'efficacité du script appuyé d'une solide mise en scène et d'un casting hors-pair. Dans la mesure où les comédiens particulièrement virils ou autrement sclérosés se disputent la mise avec un charisme strié que l'on ne retrouve que trop rarement dans le polar mainstream. Mais au-delà du brio de sa mise en scène rigoureuse prenant son temps à planter l'histoire ainsi que l'évolution des personnages dans une formulation d'action en règle (notamment cette incroyable poursuite en voitures en plein Paris !) et de rebondissements parfois couillus (son épilogue hallucinant de radicalité pessimiste vaut son pesant de cacahuètes !), 3 Hommes à abattre est illuminé par la présence démiurge d'Alain Delon. Un justicier impassible traqué par des tueurs après avoir porté assistance à un homme grièvement blessé.


Depuis, devenu une cible prioritaire, il ne cesse de se planquer d'un endroit à un autre tout en tentant de préserver la vie de sa compagne, une jolie italienne que campe modestement Dalila Di Lazzaro  (Chair pour Frankenstein pour citer son oeuvre scabreuse la plus mémorable). Machiste, avouons le, auprès de sa compagne avenante, et d'une force de sûreté et de tranquillité, Alain Delon magnétise l'écran à chacune de ses apparitions fulgurantes. De par son élégance distinguée ne surfant pour autant jamais avec une quelconque complaisance orgueilleuse (même si sa fierté sereine finira par le perdre) et son regard azur chargé d'humanité et de loyauté. Ainsi donc, à travers son rôle de victime lâchement traquée, engendrant par l'occasion quelques dommages collatéraux, celui-ci s'alloue d'un héroïsme particulièrement brutal eu égard du parti-pris draconien de Jacques Deray incluant par moments une violence frontale terriblement cinglante ! Là encore, on s'étonne de subir un réalisme aussi percutant au point parfois d'y effleurer une certaine complaisance (zoom à l'appui sur les chairs éclatées) que le ciné transalpin se fit porte-étendard (tant auprès de leur pellicule gorasse que du néo-polar bisseux). Quand bien même sa conclusion d'une noirceur insensée aura probablement ébranlé une majorité de spectateurs subitement gagnés par l'acrimonie.


Pour tous les amateurs de polar carré hérité du cinéma de papa, 3 Hommes à abattre est un incontournable du genre à travers sa corruption ministérielle qu'Alain Delon tente de contrecarrer avec une élégance virile imputrescible. Rien que pour sa présence électrisante, 3 Hommes à abattre se doit d'être vu et revu avec toujours ce même plaisir de cinéphile puriste affecté par les valeurs du cinéma noble. 

*Bruno
2èx