jeudi 11 juillet 2013

GUMMO

                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site movieposters.2038.net

de Harmony Korine. 1997. U.S.A. 1h35. Avec Jacob Reynolds, Nick Sutton, Lara Tosh, Jacob Sewell, Darby Dougherty, Chloë Sevigny.

Sortie salles France: 9 Juin 1999

FILMOGRAPHIE: Harmony Korine est un réalisateur et scénariste américain, né le 4 Janvier 1973 à Bolinas, Californie.
1997: Gummo. 1999: Julien Donkey-Boy. 2007: Mister Lonely. 2009: Trash Humpers. 2013: Spring Breakers.


La célébration des anonymes
Bien avant l'ovni Spring BreakersHarmony Korine avait dĂ©butĂ© en 1997 avec un premier film indĂ©pendant sorti dans l'indiffĂ©rence mais dont le bouche Ă  oreille lui aura tout de mĂŞme valu d'accĂ©der au rang de film-culte. Tranches de vie d'une poignĂ©e de marginaux après qu'une tornade eut dĂ©vastĂ© leur petite banlieue, Gummo se livre en expĂ©rience humaine oĂą l'hyper rĂ©alisme documentĂ© nous dĂ©concerte et nous Ă©meut par ses Ă©lans d'onirisme blafard. Sans voyeurisme ni misĂ©rabilisme, le rĂ©alisateur nous dresse ici le portrait d'une AmĂ©rique profonde endeuillĂ©e par une catastrophe naturelle mais livrĂ©e depuis toujours dans une immense solitude. Ce tableau peu reluisant d'une population livrĂ©e au chĂ´mage ausculte de façon alĂ©atoire la quotidiennetĂ© triviale de petites gens dĂ©soeuvrĂ©s, dĂ©ficients ou alcooliques tentant de survivre et tuer l'ennui dans un monde qu'ils ne comprennent pas. S'y cĂ´toient devant notre tĂ©moignage et de manière dĂ©sordonnĂ©e, deux adolescents tueurs de chats, une trisomique, un nain africain, une albinos, un travelo, un couple de gay et de lesbiennes, deux soeurs jumelles, deux boxeurs de sang ainsi que la faune Ă©clectique des habitants de Xenia. 


Avec divers procĂ©dĂ©s photographiques et une camĂ©ra vacillante, Harmony Korine nous pĂ©nètre Ă  l'intĂ©rieur de cette ville sinistrĂ©e avec une vĂ©racitĂ© perturbante si bien qu'il semble filmer en temps rĂ©el l'existence primaire de laissĂ©s-pour-compte avec une improvisation gĂŞnante. Cette sensation de malaise persistant et cette inĂ©vitable empathie que l'on Ă©prouve pour ces quidams nĂ©vrosĂ©s souvent livrĂ©s Ă  la dĂ©chĂ©ance ou la perversitĂ© nous remettent en question sur notre situation sociale, le bien-ĂŞtre de notre cocon rassurant et notre Ă©thique Ă  accepter la diffĂ©rence la plus hĂ©tĂ©rodoxe. TransportĂ©s dans un tourbillon de sĂ©quences intimes d'une pudeur dĂ©rangĂ©e (la drague improvisĂ©e entre le gay refoulĂ© et le nain timorĂ©) ou d'une violence animale (la table de cuisine rĂ©duite en pièces dĂ©tachĂ©es par une famille avinĂ©e !), Gummo se positionne en expĂ©rience humaine oĂą l'Ă©motion trouble nous accapare avec une acuitĂ© poignante. L'aspect amateuriste des comĂ©diens nĂ©ophytes ou inexpĂ©rimentĂ©s au langage rustre machinal renforce cet (Ă©trange) sentiment de cruditĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e oĂą la tendresse se mĂŞle Ă  la colère de la partialitĂ©. 


La monstrueuse parade.
Avec dignitĂ© et sans jamais se moquer de leurs extravagances, Harmony Kroine livre avec Gummo un portrait inoubliable d'une parade de paumĂ©s inadaptĂ©s sans jamais juger de leurs agissements erratiques. DĂ©rangeant et perturbant mais dĂ©bordant d'humanitĂ© fĂ©brile et de poĂ©sie infantile (le garçonnet aux oreilles de lapin traversant le film avec une discrĂ©tion aphone), cette errance existentielle nous confronte finalement Ă  leur dĂ©sillusion de reconnaissance et d'amour.  

11.07.13. 2èx
Bruno Matéï

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