de Ruggero Deodato. 1980. 1h32. Italie/Colombie/Etats-Unis. Avec Robert Kerman, Carl Gabriel Yorke, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi.
Sortie salles France: 22 Avril 1981. Italie: 7 Février 1980
FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ruggero Deodato est un réalisateur italien, né le 7 Mai 1939.
1977: Le Dernier monde Cannibale. 1979: SOS Concorde. 1980: Cannibal Holocaust. 1980: La Maison au fond du parc. 1983: Les Prédateurs du Futur. 1985: Amazonia, la jungle blanche. 1987: Les Barbarians. 1987: Body Count. 1988: Le Tueur de la pleine lune. 1993: The Washing Machine.
Mais le rĂ©alisateur poussa encore le vice Ă sa sortie officielle, en nourrissant une folle rumeur autour du sort des comĂ©diens principaux, exilĂ©s hors d’Italie pendant un temps, complices avec lui pour simuler leur disparition auprès de la populace italienne.
DĂ©couvrir Cannibal Holocaust aujourd’hui reste une expĂ©rience aussi traumatisante qu’inoubliable. Deodato redouble de provocation putassière, jouant de l’illusion entre fiction et authenticitĂ©, avec le principe avant-gardiste du found footage. La camĂ©ra portĂ©e Ă l’Ă©paule suit quatre journalistes avides d’images-chocs, filmant en pleine cambrousse amazonienne une succession de mises Ă mort hyper racoleuses : dĂ©peçage d’une tortue, massacre d’un porcinet, viol d’une indigène, incendie de la hutte des Yacumos. Ils filment aussi une fausse couche suivie d’une lapidation, un rituel barbare, une femme empalĂ©e sur un pieu (sĂ©quence souvent censurĂ©e en VHS), le meurtre d’un des leurs et le viol collectif de la petite amie du cameraman.
Au-delĂ de cette boucherie primitive, Cannibal Holocaust dresse une charge corrosive contre notre sociĂ©tĂ© dite civilisĂ©e. Nos quatre reporters, en expĂ©dition amazonienne, s’abandonnent Ă la dĂ©bauche et Ă l’assassinat, guidĂ©s par l’appât du scoop et la mĂ©galomanie. Leur cruautĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e vise Ă prouver aux « primitifs » la suprĂ©matie de la loi du plus fort. En juxtaposant ces barbaries aux coutumes cannibales, aux meurtres d’animaux rĂ©els et aux jouissances meurtrières des « civilisĂ©s », Deodato sème un profond malaise. Son dĂ©sir de choquer, d’Ă©cĹ“urer le spectateur, l’enferme dans un maelström d’images morbides, crues, Ă©difiantes. Entre fiction et rĂ©alitĂ©, on perd ses repères : l’illusion se transcende en vĂ©ritĂ© palpable. Combien, Ă l’Ă©poque, crurent assister Ă un vĂ©ritable shockumentaire ?
Cette aversion viscĂ©rale Ă la cruautĂ©, le rĂ©alisateur la transforme en une rĂ©flexion sur notre propre voyeurisme, cette curiositĂ© instinctive Ă observer la mort sous son aspect le plus sordide. Le score Ă©lĂ©giaque, tragique, amplifie avec provocation notre dĂ©goĂ»t, rĂ©vĂ©lant l’animalitĂ© tapie en nous. La mort et la souffrance, qu’elles soient sentence vindicative ou violence gratuite, demeurent des rituels universels, tĂ©moins d’une civilisation aussi moderne qu’inhumaine.
"Le festin de l’horreur : quand le cinĂ©ma rĂ©vèle notre part d’ombre".
De ce chaos primitif Ă©mane un grand film malade, viscĂ©ralement Ă©prouvant, hyper dĂ©rangeant, mais d’un pouvoir de fascination rĂ©vulsif et d’une puissance Ă©motionnelle rare. Cette accumulation explicite de barbarie suggère que nous sommes tous complices, coupables de notre voyeurisme, osant contempler la cruautĂ© indissociable du monde sauvage qui nous entoure. Que l’on adhère ou rejette ce tĂ©moignage intolĂ©rable, Cannibal Holocaust provoquera toujours polĂ©miques et dĂ©bats passionnĂ©s sur la nature humaine, son instinct meurtrier, et notre morbide soif d’images choc.
*Bruno
16.07.13. 5èx





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