1) MANIAC et ALABAMA MONROE
3 coups de coeur recalés:
Mon trio maudit découvert en video:
COUPS DE COEUR SERIES T.V 2013
Quatre ans après Le Passage, RenĂ© Manzor renoue avec la singularitĂ© Ă travers 36-15 Code Père NoĂ«l, dans un registre nettement plus cauchemardesque et dĂ©bridĂ©. Flop commercial Ă sa sortie, ce vilain petit canard demeure aujourd’hui un authentique ovni franchouillard, un dĂ©lire de courses-poursuites incessantes opposant un enfant belliqueux Ă un père fouettard psychopathe. PrivĂ© de ses parents, Thomas, neuf ans, doit affronter ce Père NoĂ«l dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et sauver la vie de son grand-père au sein du château familial. DĂ©guisĂ© en Rambo, le marmot multiplie les subterfuges, piĂ©geant son adversaire Ă l’aide de gadgets retors puisĂ©s dans sa cargaison de jouets. Le point de dĂ©part d’une confrontation dantesque, rejouĂ©e comme une partie de cache-cache sadique. Bizarre ? AssurĂ©ment.
Que s’est-il donc passĂ© dans la tĂŞte de RenĂ© Manzor pour concevoir un divertissement aussi immoral, dĂ©sacralisant sans complexe l’archĂ©type du Père NoĂ«l ? Un traumatisme d’enfance, peut-ĂŞtre, infligĂ© par ce grand-père Ă la fourrure rouge, au point d’en rĂ©vĂ©ler l’imposture ? Toujours est-il qu’un tel objet, aujourd’hui, serait impensable : aucun producteur n’oserait autoriser un tel sacrilège sans en Ă©dulcorer prudemment la charge subversive.
Ă€ mi-chemin entre Maman, j’ai ratĂ© l’avion, Rambo II et Douce Nuit, Sanglante Nuit, 36-15 Code Père NoĂ«l suscite une palette d’Ă©motions contradictoires - entre stupeur et perplexitĂ© - dans ce chassĂ©-croisĂ© infernal entre deux adversaires pugnaces. Si le film a pris une patine rĂ©tro avec son esthĂ©tique criarde aux teintes fluos, il oscille sans cesse entre maladresses gĂŞnantes (la trĂŞve lacrymale de Thomas plombĂ©e par une mĂ©lodie sirupeuse façon Bonnie Tyler) et fulgurances rĂ©jouissantes, orchestrĂ©es par un Rambo en culotte courte. Son joli minois trop lisse et sa colère outrĂ©e flirtent parfois avec l’irritation du stĂ©rĂ©otype, malgrĂ© l’empathie suscitĂ©e par son sens aigu de la bravoure et son ingĂ©niositĂ© fĂ©brile.
Dans sa volontĂ© de modernitĂ©, Manzor adopte une mise en scène clippesque, saturĂ©e de ralentis chorĂ©graphiques et de cadrages alambiquĂ©s. La scĂ©nographie baroque transforme le manoir high-tech en vĂ©ritable champ de bataille, noyĂ© sous une avalanche de jouets - on se croirait parfois dans l’antre dĂ©lirante d’un Toys “R” Us. Pourtant, le cinĂ©aste exploite habilement chaque recoin et passage secret de la bâtisse, faisant preuve d’une imagination ludique et d’une efficacitĂ© nerveuse indĂ©niable.
Avec sa facture kitsch, ses situations parfois ridicules, ses clichĂ©s Ă©culĂ©s (voiture en panne, tueur increvable) et le cabotinage parfois approximatif de ses interprètes - le grand-père sclĂ©rosĂ© restant dĂ©sespĂ©rĂ©ment inexpressif - 36-15 Code Père NoĂ«l prĂŞte aujourd’hui Ă sourire. Le film n’Ă©vite pas non plus un certain pathos, notamment dans ses moments intimistes, lorsque affleure le traumatisme latent du bambin. MAIS en cinĂ©aste pourfendeur, RenĂ© Manzor livre surtout une sĂ©rie B outrageusement insolente, Ă la libertĂ© de ton franchement couillue, conjuguant horreur brute et action quasi homĂ©rique. La prĂ©sence inquiĂ©tante du Père NoĂ«l incarnĂ© par Patrick Floersheim achève de rendre l’ensemble profondĂ©ment malsain, ludique, dĂ©concertant, pĂ©tulant, dĂ©rangeant.
Au final, une bizarrerie erratique et inclassable, à (re)découvrir avec précaution.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
18.12.13. 3èx