mercredi 28 janvier 2026

Viral de Henry Joost et Ariel Schulman. 2016. U.S.A. 1h25.

                                                         
                                  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

J’ai dĂ©couvert Viral de manière impromptue, presque par rĂ©flexe. Une intuition payante. Car j’ai bien fait de lui faire confiance.

RĂ©alisĂ© en 2016 par Ariel Schulman et Henry Joost, et sorti chez nous directement en VOD le 1er mars 2017 - soit un an après sa sortie ricaine - Viral s’impose comme une petite sĂ©rie B horrifique, aussi modeste qu’innocente, mais portĂ©e par de rĂ©elles intentions.

Nous sommes ici face Ă  un film d’infectĂ©s, certes, mais l’horreur n’y est qu’un prĂ©texte, un Ă©cran de fumĂ©e en sorte pour raconter autre chose : le drame intime de deux sĹ“urs, recluses chez elles en l’absence du père, accompagnĂ©es d’un compagnon, et bientĂ´t contraintes Ă  un jeu de survie aussi fragile que dĂ©sespĂ©rĂ©.
Peu Ă  peu, le rĂ©cit nous invite Ă  nous familiariser avec elles, Ă  vivre Ă  leur rythme, Ă  ressentir leurs peurs. Analeigh Tipton et Sofia Black-D’Elia ne livrent pas un jeu Ă©bouriffant, mais leur sobriĂ©tĂ© fait mouche. Elles dĂ©gagent une Ă©motion nue, dĂ©pouillĂ©e, suffisante pour nous attacher Ă  leur sort prĂ©caire.
 

Le film baigne dans une bourgade américaine écrasée par un soleil aride, presque malsain, renforcé par une photographie aux teintes sépia. Un quotidien paisible bientôt ravagé par un virus mortel qui transforme les habitants en corps erratiques, haineux, étrangers à eux-mêmes.
Pourtant, les cinĂ©astes refusent la surenchère. Pas de dĂ©luge d’action, pas d’horreur hystĂ©rique. Viral prĂ©fère un suspense rampant, latent, ponctuĂ© de quelques sĂ©quences horrifiques - trois ou quatre - mais d’une efficacitĂ© redoutable. Leur impact tient Ă  la violence soudaine des situations, Ă  l’intensitĂ© des regards, et Ă  un certain rĂ©alisme des effets spĂ©ciaux, suffisamment crĂ©dibles pour que l’on croie Ă  ces parasites s’infiltrant sous la peau, contaminant les corps comme les liens.

Tout le film repose alors sur la fraternitĂ©, sur cette fratrie contrainte de se resserrer dans un huis clos domestique Ă©touffant, tandis que la menace, inĂ©vitablement, finit par s’y infiltrer elle aussi. L’espace se rĂ©trĂ©cit, l’air devient irrespirable, et la peur se fait intime.
 
 
Aussi simpliste, parfois prĂ©visible, et modestement mis en scène soit-il, Viral fonctionne. On ne s’ennuie jamais. On s’attache sincèrement aux personnages, on partage leurs angoisses, on redoute leur sort. Et surtout, le film ne cède pas Ă  la facilitĂ© d’un happy-end rassurant.

Au final, Viral s’affirme comme une sĂ©rie B honnĂŞte et dĂ©sirable, une Ĺ“uvre modeste mais soignĂ©e, qui privilĂ©gie la dramaturgie psychologique Ă  l’esbroufe, et qui plonge le spectateur dans un cauchemar horrifique avant tout humain, portĂ© par un humanisme dĂ©sespĂ©rĂ©, fragile, assez touchant pour emporter l'adhĂ©sion.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤ 

mardi 27 janvier 2026

Abigail de Matt Bettinelli-Olpin Tyler Gillett. 2024. U.S.A. 1h49

                                                   
                      (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
Abigail est une sympatoche sĂ©rie B dont je n’attendais pas grand-chose. Il m’aura fallu plus d’un an pour enfin le dĂ©couvrir, et je ne suis finalement pas déçu. Certes, le film aurait pu ĂŞtre bien meilleur, avec un scĂ©nario plus solide, plus surprenant. Mais malgrĂ© ses limites, le rĂ©cit distille par moments de bonnes idĂ©es, aussi bien visuelles que narratives, jamais dĂ©plaisantes.
 
Le film n’est pas ennuyeux : il se laisse suivre avec un plaisir innocent. C’est un jeu du chat et de la souris relativement efficace, plutĂ´t bien menĂ©, notamment dans l’action et les sĂ©quences gore, dissĂ©minĂ©es avec une rĂ©gularitĂ© quasi mĂ©tronomique tout au long de ce pĂ©riple de survie. Les personnages gogos, assez attachants et sciemment irritants, se prĂŞtent au jeu de la riposte avec une ironie dĂ©complexĂ©e. Et la jeune hĂ©roĂŻne juvĂ©nile, incarnĂ©e par Alicia Weir, est convaincante en vampirette en herbe, jouant avec ses proies dans une provocation sardonique assez fun pour se laisser berner dans sa condition damnĂ©e.
 
 
Mais Abigail doit aussi beaucoup Ă  son dĂ©cor principal : un manoir isolĂ©, gothique et envoĂ»tant, superbement photographiĂ©. La demeure fascine, impose son aura, presque vivante, oscillant entre modernitĂ© froide et hĂ©ritage sĂ©culaire. Les dĂ©cors sont assez intelligemment exploitĂ©s, renforçant l’immersion et le sentiment d’enfermement, transformant cet espace en vĂ©ritable terrain de jeu macabre oĂą chaque couloir, chaque salle, semble guetter ses victimes.
 
Certaines scènes gores se rĂ©vèlent mĂŞme spectaculaires - ces vampires qui explosent comme des baudruches sont une idĂ©e savoureuse qu’il faut souligner. Ainsi, malgrĂ© son caractère perfectible, peut-ĂŞtre mĂŞme largement, Abigail demeure un bon divertissement, plaisant Ă  voir et Ă  suivre. Un spectacle horrifique teintĂ© d'onirisme (les rituels d'une danse macabre) que je pourrai revoir sans me forcer.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤ 

mardi 20 janvier 2026

Jonathan Livingston le goéland / Jonathan Livingston Seagull de Hal Barlett. 1973. U.S.A. 1h39.

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Jonathan Livingston le GoĂ©land (1973), rĂ©alisĂ© par Hall Bartlett, est un très beau conte philosophique qui dĂ©ploie avec grâce les thèmes du dĂ©passement de soi, du droit Ă  la diffĂ©rence et, surtout, du dĂ©sir de libertĂ© absolue. Le film emporte l’adhĂ©sion par ses envolĂ©es lyriques continues, portĂ©es par les magnifiques mĂ©lodies de Neil Diamond - rĂ©compensĂ© un an plus tard par le Golden Globe de la meilleure musique de film.
 
De prime abord, on pourrait pourtant se montrer rĂ©ticent Ă  l’idĂ©e de suivre pendant plus d’une heure et demie l’initiation d’un simple volatile, goĂ©land diffĂ©rent des autres, infiniment autonome. Mais la magie opère immĂ©diatement, grâce Ă  la beautĂ© universelle des images naturelles. L’aspect envoĂ»tant naĂ®t de ces visions aĂ©riennes du GoĂ©land, qui fendent le ciel durant tout le mĂ©trage.
 
 
À ce titre, Jonathan Livingston le Goéland se fait parfois presque expérimental, à travers des images tantôt crépusculaires, tantôt oniriques. Le film baigne dans un amour, une tendresse, une bienveillance qui réchauffent le cœur et nous invitent à réfléchir à notre propre condition existentielle, à nous remettre en question.
 
Bref, Jonathan Livingston le GoĂ©land est un spectacle Ă  la fois audacieux et intelligent, aussi mĂ©connu qu’oubliĂ© - et c’est profondĂ©ment dommage.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
 

 Patrick Haouzi:
Jonathan Livingston le Goéland (adapté du roman de Richard Bach) constitue un parfait exemple de film qui fait rêver par la beauté de ses images et de sa musique mais surtout nous permet de suivre un chemin vers le spirituel, de la matière a l'esprit.
Voici mon cheminement, mon point de vue et ma perception de ce chef d'œuvre humain :
L'appel au dépassement : Contrairement à ses pairs, Jonathan refuse la routine alimentaire pour se consacrer à la maîtrise du vol, symbolisant l'éveil de la conscience.
La rupture et l'exil : Son bannissement par le Conseil marque l'étape nécessaire de la solitude, où l'individu doit se détacher du groupe pour trouver sa propre vérité.
Le passage vers le sacré : Sa mort symbolique et son ascension vers des plans supérieurs illustrent la métamorphose de l'être, passant du matériel au spirituel.
La transmission : Le cycle se boucle lorsqu'il revient enseigner aux autres, prouvant que l'initiation n'est complète que lorsqu'elle est partagĂ©e. Bref tu as compris, ce film est pour moi une illumination ❤

L'Homme qui rétrécit de Jan Kounen. 2025. France/Belgique. 1h40

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L'honneur est sauf, puisqu'il s'agit une relecture particulièrement intelligente du chef-d’Ĺ“uvre de Jack Arnold, dans la mesure oĂą Jan Kounen privilĂ©gie de bout en bout la caractĂ©risation psychologique de son personnage principal, sans nĂ©gliger les figures secondaires familiales, mĂŞme si peu prĂ©sentes passĂ©e la partie d'exposition. Si bien que durant la quasi-totalitĂ© du rĂ©cit, nous nous retrouvons littĂ©ralement nez Ă  nez avec Jean Dujardin, contraint de survivre dans un quotidien soudain devenu inhospitalier Ă  mesure que son corps rĂ©trĂ©cit.
 

Grâce Ă  des effets spĂ©ciaux absolument irrĂ©prochables, L’Homme qui rĂ©trĂ©cit se mue en un redoutable film d’aventure et de survie, menĂ© de main de maĂ®tre par un Jan Kounen inspirĂ©, rigoureux, presque ascĂ©tique, au service d’une mise en scène d’une grande minutie. Jean Dujardin, lui, se fond entièrement dans la chair du personnage, accompagnant son Ă©volution morale avec une foi inĂ©branlable. Il incarne un homme Ă  la fois apeurĂ© dans sa condition dĂ©munie et esseulĂ©e, profondĂ©ment inquiet de sa condition, de sa posture physique, contraint de se prĂ©munir contre les dangers du quotidien : l’ameublement domestique, les insectes, l’araignĂ©e - et mĂŞme un poisson, lors d’une superbe sĂ©quence onirique dont je tairai volontairement d’autres indices.
 

C’est dire Ă  quel point L’Homme qui rĂ©trĂ©cit dĂ©borde d’Ă©motion Ă  travers ces aventures extraordinaires, portĂ©es par l’investissement total de l'acteur, qui confère au film une dimension humaine souvent poignante. Une intensitĂ© viscĂ©rale mĂŞme que vient parachever une conclusion vĂ©ritablement Ă©mouvante, onirique, et, comme dans le classique de Jack Arnold, traversĂ©e par une rĂ©flexion existentielle puissante, presque salvatrice en prime de dĂ©clarer sa flamme Ă  la valeur filiale.
 

On peut donc affirmer qu’il s’agit lĂ  d’un formidable remake - d’autant plus remarquable qu’il est signĂ© par un cinĂ©aste français - une aventure fantastique dont on ne voit pas le temps passer. On ne s’ennuie pas une seconde, et jamais, au grand jamais, Jan Kounen ne cède Ă  la surenchère. Les sĂ©quences d’action, jamais confuses, restent constamment au service de la narration, infiniment crĂ©dibles. D'oĂą l'effet d'Ă©merveillement cauchemardesque. Et pour cela, on ne peut qu’applaudir un rĂ©alisateur qui refuse les sirènes du divertissement standardisĂ© fondĂ© sur l’excès. Une belle surprise donc - mĂŞme si on aurait peut-ĂŞtre optĂ© un peu plus d'originalitĂ© dans son schĂ©ma narratif connu des initiĂ©s.
 
 — le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

dimanche 18 janvier 2026

Le Dernier monde cannibale / Ultimo mondo cannibale de Ruggero Deodato. 1977. Italie. 1h32.

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"La survivance de la bĂŞte en l’homme."

Le Dernier Monde Cannibale, rĂ©alisĂ© par Ruggero Deodato trois ans avant Cannibal Holocaust, est une expĂ©rience de cinĂ©ma aussi extrĂŞme qu’hallucinĂ©e, formellement rĂ©servĂ©e Ă  un public averti - et tout aussi formellement dĂ©conseillĂ©e aux âmes sensibles. Je pèse mes mots : le film est Ă  la fois impressionnant, fascinant et profondĂ©ment rĂ©pulsif, Ă  un niveau comparable, voire Ă©quivalent, Ă  Cannibal Holocaust.


HĂ©las - lourdement hĂ©las - on y retrouve des sĂ©quences de snuff animalier. Elles sont ici moins nombreuses, mĂŞme si la scène du crocodile demeure absolument abjecte, innommable, insoutenable. Certaines autres maltraitances, notamment sur des volatiles, semblent moins gratuites que dans Cannibal Holocaust, dans la mesure oĂą elles s’inscrivent dans le rĂ©cit et les us et coutumes d’un peuple indigène anthropophage de l’Ă®le de Mindanao. Le film s’inspire d’ailleurs d’une histoire vraie : celle d’un AmĂ©ricain dont l’avion s’Ă©crase, capturĂ© par ces indigènes, contraint d’apprendre Ă  vivre - ou plutĂ´t Ă  survivre - parmi eux, avant de tenter l’Ă©vasion dans une seconde partie suffocante.

LĂ  oĂą Le Dernier Monde Cannibale sidère vĂ©ritablement, comme le souligne Christophe Gans dans les bonus du Blu-ray et du 4K, c’est par son hyper-rĂ©alisme estomaquant. TournĂ© en pleine jungle - entre la Malaisie et les Philippines - le film abolit la frontière entre cinĂ©ma et rĂ©alitĂ©. On ne regarde plus : on vit. On partage le quotidien de cet homme nu, plongĂ© pendant une heure dans une nature aussi sauvage que ceux qui l’habitent. Un film sur l’instinct primitif, sur la contamination de la sauvagerie : l’homme civilisĂ©, au contact de cet enfer vert, rĂ©veille son propre animal intĂ©rieur pour survivre.


Et c’est lĂ  que l’horreur opère pleinement. Le malaise est constant, l’insĂ©curitĂ© permanente, l’oppression sourde. On est fascinĂ© autant qu’on est rĂ©vulsĂ©. La puissance des images est telle qu’on en oublie, totalement, qu’il s’agit d’une Ĺ“uvre de fiction. D’autant plus que les indigènes ne sont pas des acteurs, mais de vĂ©ritables habitants jouant leur propre rĂ´le, avec un rĂ©alisme brut, expressif, viscĂ©ral, absolument sidĂ©rant. On a les yeux constamment Ă©carquillĂ©s - tel cet infanticide extrĂŞmement dĂ©rangeant par sa bestialitĂ© en deux temps, mĂŞme si quasi hors-champs.

Oui, certaines sĂ©quences provoquent le haut-le-cĹ“ur. Mais Le Dernier Monde Cannibale dĂ©passe l’entendement grâce Ă  son aspect plus documentĂ©: c’est une expĂ©rience de cinĂ©ma extrĂŞme qui, en termes de radicalitĂ© et mĂŞme de puissance, surpasse peut-ĂŞtre Cannibal Holocaust, pourtant Ă©rigĂ© en sommet du genre - et que j’admire, snuffs animaliers mis Ă  part Ă©videmment. Ici, Deodato s’attarde heureusement moins sur la souffrance animale, malgrĂ© l’horreur indĂ©lĂ©bile de la scène du crocodile Ă  vomir qu'il faut passer en accĂ©lĂ©rĂ© grâce Ă  votre tĂ©lĂ©commande.


Pour les amateurs de cinĂ©ma d’horreur pur et dur, d’expĂ©riences limites et proprement inoubliables, Le Dernier Monde Cannibale est sans doute le sommet absolu du film de cannibales. Un film qu’on ne peut ni oublier, ni effacer de sa mĂ©moire, une fois traversĂ©.

Il serait enfin injuste de ne pas saluer l’interprĂ©tation de Massimo Foschi, dans le rĂ´le du pĂ©lerin Robert Harper. Une performance absolument convaincante, fondĂ©e sur un jeu dĂ©muni, apeurĂ©, peu Ă  peu primitif, qui accompagne avec une justesse troublante son initiation progressive Ă  la survie, au viol et Ă  la sauvagerie. Foschi se livre corps et âme, littĂ©ralement : nu durant près d’une heure de mĂ©trage, exposĂ©, vulnĂ©rable, il fallait oser - il l’a fait, avec un naturel confondant et une crĂ©dibilitĂ© sidĂ©rante. Chapeau-bas Ă  cet acteur trop mĂ©connu, qui porte le film sur ses Ă©paules, Ă  l’instar des indigènes, avec une force expressive constamment impressionnante.


Préparez vous au choc, thermique, viscéral, frontal; vous n'en sortirez pas indemne. Jusqu'au vortex.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

mercredi 14 janvier 2026

Sur un air de Blues / Song Sung Blue de Craig Brewer. 2025. U.S.A 2h12.

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"La musique plus forte que le chagrin."

Sur un air de blues de Craig Brewer est un film musical sincèrement attachant Ă  travers deux chanteurs de seconde zone, vibrant pour les yeux comme pour l'ouĂŻe. Hugh Jackman et Kate Hudson y incarnent Mike et Claire, alias Lightning & Thunder (Ă©clair et tonnerre), duo de scène et de cĹ“ur, cover band dĂ©diĂ© aux reprises de Neil Diamond. On peut rappeler que ce terme anglicisme dĂ©signe un groupe musical spĂ©cialisĂ© dans les reprises de chansons de groupes ou artistes cĂ©lèbres. Et rapidement, la magie opère. Les chansons sont toutes magnifiques, portĂ©es par une intensitĂ© Ă©motionnelle gratifiante, sublimĂ©es par la complĂ©mentaritĂ© fusionnelle du couple Ă  l’Ă©cran. Qu’ils chantent rĂ©ellement ou non importe peu: leur prĂ©sence, leur justesse, leur Ă©nergie commune rendent chaque performance radieuse, sĂ©millante, pour ne pas dire galvanisante.
 

On s’attache immĂ©diatement Ă  leur relation, Ă  ce lien fragile et incandescent, mĂŞme si, Ă  mi-parcours, la crainte surgit de voir le film basculer dans un mĂ©lo appuyĂ© Ă  la suite d’un Ă©vĂ©nement que je tairai. Mais heureusement, le rĂ©cit reprend son souffle. Craig Brewer fait preuve d’une intelligence de mise en scène : le mĂ©lo, contenu et maĂ®trisĂ©, ne dĂ©vore jamais le film. La trajectoire narrative se rĂ©accorde alors au mouvement musical initial, et Sur un air de blues rebondit Ă  nouveau pour renouer avec des scènes de concert absolument magnifiques, chargĂ©es d’Ă©motion et d’Ă©lan vital, tout en rendant hommage Ă  ces chanteurs de bars avec une Ă©mouvante sincĂ©ritĂ© au travers de leur ascension populaire que personne n'eut prĂ©vu.

Certes, Mike et Claire peuvent peut-ĂŞtre parfois frĂ´ler la caricature, mais Jackman et Hudson sont si investis, si spontanĂ©s, si profondĂ©ment humains, que tout passe. Leur sincĂ©ritĂ© dĂ©samorce les quelques couacs, y compris un final qui s’attarde peut-ĂŞtre sur deux plans de trop, un peu appuyĂ©s sur les regards en berne. Pourtant, mĂŞme lĂ , le film choisit la sobriĂ©tĂ© Ă  travers l'humilitĂ© de Claire, refusant d’exacerber les bons sentiments faciles auprès d'une chanson mĂ©morablement digne. 
 

Au bout du compte, impossible de sortir indemne. Les larmes montent, inĂ©vitablement, lors d’un final bouleversant, Ă  la fois doux et lumineux, porteur d’un message existentiel d’espoir et d’optimisme, sans jamais plomber l’atmosphère chaleureuse et solennelle qui irrigue tout le rĂ©cit. Et les chansons, toujours superbes, donnent une furieuse envie de dĂ©couvrir - ou redĂ©couvrir - la vĂ©ritable voix de Neil Diamond. Ce film est aussi un hommage vibrant, sincère, un rĂ©cit biographique lĂ©gèrement romancĂ© mais assez respectueux, notamment dans le sort rĂ©servĂ© Ă  l’un des deux protagonistes. Un air de blues qui rĂ©sonne longtemps après la dernière note. D'ailleurs, je n'ai eu qu'une seule envie après la projo: Ă©couter la vĂ©ritable voix de Neil Diamond dont j'ignorai l'existence. 
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤ 

mardi 13 janvier 2026

Landman créée par Taylor Sheridan et Christian Wallace. U.S.A. 2024 -

                            (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Landman est un véritable coup de cœur impulsé par la mélodie élégiaque de Andrew Lockington.
Une sĂ©rie fastueuse, tant visuelle que cĂ©rĂ©brale, portĂ©e par le gĂ©nie de Taylor Sheridan, et qui, avec dĂ©jĂ  deux saisons au compteur - et visiblement encore de belles annĂ©es devant elle aux dernières news - s’impose comme l’une des plus grandes rĂ©ussites tĂ©lĂ©visuelles rĂ©centes. Probablement ma sĂ©rie attitrĂ©e depuis Gomorra, mĂŞme si les tonalitĂ©s diffèrent profondĂ©ment. LĂ  oĂą Gomorra auscultait la chute, la perfidie et la violence la plus crasse, Landman parle de valeurs nobles : la famille, l’honneur, l'amour, et surtout la quĂŞte du bonheur conjugal, traversĂ© par les conflits du quotidien (notamment financier) de tout un chacun. 
 

C’est aussi une sĂ©rie sur le temps qui passe, sur la vieillesse, abordĂ©e avec une humanitĂ© rare comme le souligne par exemple l'immense vĂ©tĂ©ran Sam Elliott en papy sclĂ©rosĂ© dans la saison 2: fragile, poignante, bouleversante, mais jamais appuyĂ©e. Aucune Ă©motion programmĂ©e ici, aucun pathos. Landman ne s’apitoie jamais sur ses personnages, elle les regarde vivre, lutter, aimer, avec une pudeur admirable.

Et quels personnages. Tous crèvent l’Ă©cran. Billy Bob Thornton est prodigieux en patriarche retors, caractĂ©riel, mais d’une intelligence redoutable dans ses affaires. Demi Moore est sublime en veuve en berne, tentant de reprendre l’empire de son mari dĂ©funt avec une fermetĂ© et une personnalitĂ© impressionnantes. Et quel immense plaisir de retrouver Andy Garcia, grande figure des annĂ©es 80-90, acteur trop souvent sous-estimĂ© Ă  mon sens. Ici, il est remarquable de sobriĂ©tĂ©, de force tranquille, de maĂ®trise, mĂŞme si ses Ă©clats de colère sèment parfois le doute sur ses vĂ©ritables intentions.
 

Autour d’eux, le casting est d’une richesse folle. Alyssa Larter, que je ne connaissais pas, incarne une matriarche grande gueule, aux allures de cougar physiquement renversante, Ă  tomber d'amour fou pour elle, mais dotĂ© d'un coeur d'une sensibilitĂ© presque torturĂ©e. Michelle Randolph, dans le rĂ´le de la fille Norris, dĂ©gage une sexualitĂ© troublante, longiligne, moulante, hypnotique en diable Ă  nous rendre azimutĂ©. Paulina Chavez apporte une douceur et une fragilitĂ© bouleversantes, marquĂ©es par le deuil de son mari. Et puis il y a la rĂ©vĂ©lation Jacob Lofland, fils Norris, magnifique de pudeur et de noblesse des sentiments : altruiste, bienveillant, d’une humanitĂ© et d’une sensibilitĂ© rares, notamment dans son amour pour Ariana. Leur couple est fusionnel, profondĂ©ment touchant, tendre et dĂ©licat.
 

VoilĂ  ce qu’est Landman Ă  mes yeux : l’une des plus belles sĂ©ries dramatiques de ces 20 dernières annĂ©es. Peut-ĂŞtre plus encore que This is Us. Un immense coup de cĹ“ur dont mĂŞme les petits dĂ©fauts nous apparaissent comme des qualitĂ©s. Chaque Ă©pisode est un pur rĂ©gal Ă©motif gratifiant. Une sĂ©rie qui fait un bien fou au moral, grâce Ă  la puretĂ© de ses sentiments, Ă  la profondeur humaniste de ses personnages, Ă  un humour omniprĂ©sent portĂ© par des dialogues denses, intelligents, inventifs, souvent caustiques, fusant tous azimuts.

Bref, Landman est une sĂ©rie existentielle touchĂ©e par la grâce, Ă  laquelle je souhaite longĂ©vitĂ©, aussi riche en qualitĂ© qu’en durĂ©e. Une saga profondĂ©ment romantique que l'on croyait perdu ces dernières annĂ©es tant elle a disparu de nos grands Ă©crans.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

jeudi 8 janvier 2026

Marionette de Elbert van Strien. 2020. 1h52.

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"Quand croire devient une nécessité dangereuse."
Marionnette (2020), coproduction entre le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, se rĂ©vèle ĂŞtre, dans sa finalitĂ©, un excellent thriller psychologique, aussi intelligent qu’efficace dans sa capacitĂ© Ă  nous manipuler du dĂ©but Ă  la fin. Le film avance masquĂ©, jusqu’Ă  ce que sa dernière demi-heure lève enfin le voile - le vĂ©ritable voile - sur les tenants et aboutissants de ses deux protagonistes.
 
Au centre du rĂ©cit, Marianne Winter, pĂ©dopsychiatre incarnĂ©e par l’excellente hollandaise Thekla Reuten, d’une crĂ©dibilitĂ© troublante en thĂ©rapeute sans fard constamment sur le fil du rasoir jusqu'au point de non retour. Au fil de son enquĂŞte, de ses sĂ©ances avec un enfant de dix ans aussi secret qu’inquiĂ©tant, elle perd peu Ă  peu pied avec la rĂ©alitĂ©, doute de ses certitudes, et commence Ă  accorder une confiance dangereuse Ă  ce garçon qui prĂ©tend contrĂ´ler l’avenir Ă  travers ses dessins, voire provoquer des incidents.
 
 
Le film traite admirablement de l’impossibilitĂ© de faire le deuil, de manière originale et dĂ©stabilisante, notamment grâce Ă  un twist final remarquable qui reconfigure tout ce que nous pensions avoir vu. C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que Marionnette devient passionnant, et sans doute encore davantage Ă  la revoyure, en revisitant l’intĂ©gralitĂ© du rĂ©cit Ă  travers le regard fissurĂ© de Marianne et l’imaginaire de cet enfant en souffrance impeccablement modĂ©rĂ© par son jeu Ă  la fois trouble, distant, impassible de l'acteur Elijah Wolf
 
Narrativement, le film se montre d’une grande efficacitĂ©, exploitant avec finesse les codes du fantastique - phĂ©nomènes paranormaux, tĂ©lĂ©kinĂ©sie suggĂ©rĂ©e, pouvoir d’influence Ă  distance - sans jamais sombrer dans le spectaculaire, le racoleur ou la complaisance. Tout reste diffus, Ă©thĂ©rĂ©, insidieux, nichĂ© dans la relation psychologique trouble et inquiĂ©tante qui unit la thĂ©rapeute et l’enfant en porte-Ă -faux.
 
 
Marionnette porte Ă©galement une rĂ©flexion forte sur la foi. Quand tout est perdu, quand la souffrance devient moralement intolĂ©rable, la tentation de se raccrocher Ă  une croyance apparaĂ®t comme un dernier refuge. Le film interroge ainsi le besoin de sens face au chaos, la frontière trouble entre soin et emprise, la dangerositĂ© des rĂ©cits salvateurs, et l’impossibilitĂ©, parfois, de guĂ©rir sans accepter la perte. Car il n’y a pas de miracle possible quand on refuse la mort.
 
Nous sommes donc face Ă  un vĂ©ritable drame psychologique, sombre et ambigu : un film sur la foi comme symptĂ´me, sur le deuil comme maladie de l’âme, et sur le danger de vouloir rĂ©parer l’irrĂ©parable. Un thriller passĂ© inaperçu, sorti discrètement chez nous via Internet en Novembre 2021 - et c’est bien dommage - car Marionnette mĂ©rite d’ĂŞtre dĂ©couvert avec attention. Pour ma part, je ne regrette absolument pas de m’y ĂŞtre confrontĂ©, et j'y retournerai.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤ 

mercredi 7 janvier 2026

Robin des Bois / Robin Hood de Wolfgang Reitherman et David Hand. 1973. U.S.A. 1h23.

                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

Robin des Bois (1973) est le tout premier dessin animĂ© que j’ai eu la chance de dĂ©couvrir, Ă  sept ans, aux cĂ´tĂ©s de ma mère, dans une salle de cinĂ©ma. Un souvenir fondateur, Ă©videmment mĂ©morable, presque sacrĂ©. Si bien que, paradoxalement, ce n’est que plusieurs dĂ©cennies plus tard que je me dĂ©cide Ă  le revoir, seulement pour la seconde fois (avant hier prĂ©cisĂ©ment). Et le charme opère intact Ă©videmment.

Certes, Ă  sa sortie, les critiques n’Ă©taient guère enchantĂ©es par les libertĂ©s prises avec la lĂ©gende consacrĂ©e de Robin des Bois. Mais qu’importe. Le film s’inscrit pleinement dans la grande tradition Disney : un enchantement radieux et fougueux, portĂ© par une intrigue simple, mais gorgĂ©e d’humour, d’invention, de tendresse et de cocasserie.
 
 
Comme souvent chez Disney, tout repose sur les personnages - ici animaliers - absolument irrĂ©sistibles par leur expressivitĂ© Ă  la fois innocente et badine. C’est lĂ , sans doute, la grande rĂ©ussite du film : susciter un attachement immĂ©diat, presque instinctif, Ă  ces figures hĂ©roĂŻques et pourtant appauvries, Ă©crasĂ©es par la misère faute de leur roi… attendez… du roi… comment s’appelle-t-il dĂ©jĂ  ? Non, le frère du roi, le prince Jean endossĂ© par ce lion ridicule, altier et geignard - oui, lui, Ă©paulĂ© de son disciple, le serpent sir, servile persifleur !  

Robin des Bois n’est peut-ĂŞtre pas un chef-d’Ĺ“uvre absolu, mais c’est un rĂ©gal de divertissement, attendrissant et irrĂ©sistiblement pittoresque. Les personnages fourmillent d’allĂ©gresse et d’expressivitĂ© bonnard, portĂ©s par des chansons si entĂŞtantes qu’on se surprend Ă  les fredonner avec eux tout au long de ce pĂ©riple aventureux. Un voyage menĂ© par un Robin des Bois charismatique, renard rusĂ© - redoutablement rusĂ© - qui se dĂ©lecte Ă  railler son roi avec une malice et une dĂ©rision jubilatoires.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

vendredi 2 janvier 2026

The Grudge de Takeshi Shimizu. 2004. Japon/U.S.A. 1h31.

  (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)
 
A la 3è revoyure, je trouve The Grudge (2004) de Takeshi Shimizu plutĂ´t rĂ©ussi, mĂŞme si mon souvenir avec son modèle initial s’est estompĂ© avec le temps. Je suis donc dans l'incapacitĂ© de pouvoir comparer.

Cette rĂ©actualisation soigne avant tout son ambiance - et c’est bien lĂ  que le film trouve sa vĂ©ritable force. Une atmosphère pesante, lourde, presque dĂ©senchantĂ©e, que Sarah Michelle Gellar porte sur ses Ă©paules d’enquĂŞtrice circonspecte, tentant de dĂ©mĂŞler l’Ă©trange logique d’une vague de crimes convergeant vers une seule et mĂŞme demeure.
 

Planter l’action Ă  Tokyo est une bonne idĂ©e dĂ©paysante. La texture visuelle du film possède quelque chose de singulier, presque hors du temps. On a parfois l’impression d’assister Ă  une pellicule granuleuse des annĂ©es 70-80, notamment dans cette manière latente, diffuse, de filmer l’angoisse sans prĂ©cipitation.  
The Grudge s’impose ainsi comme une sĂ©rie B assez captivante et ludique : le scĂ©nario reste d’une grande simplicitĂ©, mais l’ensemble demeure original et percutant, notamment dans son approche des personnages pris au piège de ce massacre familial maudit.
 

Ici, la peur naĂ®t moins de la terreur frontale que de la tension continue. Certaines sĂ©quences peuvent effrayer, certes, mais c’est surtout cette oppression constante qui domine, et Ă  ce niveau-lĂ , le film se montre efficace, maĂ®trisĂ©, menĂ© avec une sobriĂ©tĂ© bienvenue par un casting bien choisi. Revoir Sarah Michelle Gellar Ă  contre-emploi de son rĂ´le pugnace dans la sĂ©rie Buffy contre les vampires fait toujours plaisir. Rien de pĂ©joratif lĂ -dedans, bien au contraire : elle s’en sort avec retenue et justesse, portant le film dans ses silences autant que dans ses regards contrariĂ©s.
 
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤ 

Halloween Ends de David Gordon Green. 2022. U.S.A. 1h51.

                     (CrĂ©dit photo : image trouvĂ©e via Google, provenant du site Imdb. UtilisĂ©e ici Ă  des fins non commerciales et illustratives)

"Haddonfield ou la fabrique des monstres."

Je n’aurais pas misĂ© un clopĂ©, tant il m’aura fallu près de trois ans d’hĂ©sitation pour enfin le dĂ©couvrir. Autant dire que la surprise n’en fut que plus grande.

Halloween Ends de David Gordon Green est, à mes yeux, une proposition audacieuse à contre emploi de son inutile précédant opus, et surtout une conclusion remarquable à une saga trop souvent prisonnière de ses propres automatismes (on taille dans le bide toutes les 15 minutes, on connait le refrain). Un film plus adulte, plus posé, plus contemplatif, qui préfère le malaise psychologique à la surenchère tapageuse.


Ici, le cĹ“ur du rĂ©cit ne bat pas uniquement dans l’ombre de Michael Myers, mais dans les fractures intimes de Laurie, dans le deuil irrĂ©solu de sa fille, et surtout dans le destin tragique de Corey. Corey, victime avant d’ĂŞtre bourreau. Un homme brisĂ© dès un prologue glaçant, percutant, oĂą l’accident devient une condamnation sociale. La population le dĂ©signe, l’isole, l’empoisonne du regard. En lui gronde une rage sourde, une colère injuste, nĂ©e du rejet et de l’humiliation. Le film capte attentivement cette lente dĂ©chĂ©ance psychologique, ce glissement progressif vers la violence, jusqu’Ă  la contamination du mal, dans une rĂ©alisation circonspecte traversĂ©e de sĂ©quences chocs d'une rare brutalitĂ©. 

Michael Myers, quant Ă  lui, n’est plus qu’une ombre figĂ©e, rĂ©fugiĂ©e dans les Ă©gouts, diminuĂ©e, presque mourante. Une figure spectrale, un principe plus qu’un corps. Et c’est lĂ  toute l’audace de cette passionnante confrontation : le mal ne disparaĂ®t pas, il se transmet. Corey s’en inspire, s’en nourrit, s’en rapproche. Une passation trouble, vĂ©nĂ©neuse, oĂą Myers observe, accompagne, tue encore parfois, mais n’est plus l’unique moteur. Le mal circule, s’infiltre, se propage, jusqu'Ă  Ă©clabousser l'Ă©cran sanguinolent. 


Le film est Ă©galement portĂ© par des interprĂ©tations impliquĂ©es qui ont plaisir Ă  vivre ce qu'elles jouent. Jamie Lee Curtis, magistrale, livre une Laurie Strode fatiguĂ©e, endeuillĂ©e, mais dĂ©cidĂ©e Ă  vivre autrement grâce Ă  sa rĂ©bellion de dernier ressort. Sa fille endossĂ©e par Andi Matichak est tout aussi sobrement convaincante mĂŞme si secondaire, tout comme l’acteur Rohan Campbell incarnant Corey, habitĂ© par une violence intĂ©rieure palpable, douloureuse, presque contagieuse. Chaque regard pèse, chaque silence compte dans un climat insĂ©cure plutĂ´t malsain, lâche et acrimonieux.

Halloween Ends est donc aussi un film atmosphĂ©rique, magnifiquement photographiĂ©, parsemĂ© de clins d’Ĺ“il au Halloween originel de John Carpenter, jamais gratuits, toujours respectueux. Une Ĺ“uvre qui prend le temps, qui installe, qui dĂ©range et qui fait mĂŞme parfois peur Ă  travers la figure spectrale d'un Michael Myers monolithique, ange de la mort impassible en proie Ă  un ultime sursaut criminel. 


MalgrĂ© les critiques, je persiste : c’est non seulement une excellente conclusion, mais de loin l’un des meilleurs opus de toute la saga. Un portrait meurtrier en reflet de miroir, un film noir et violent qui accepte que tout ait une fin, que les monstres vieillissent et meurent, mais que la peur change de visage - et que l’horreur la plus profonde naisse parfois du regard des autres.

"Tout a une fin" (?)
Halloween Ends montre avec courage, humilité et audace (en désacralisant le mythe) comment une société parano fabrique son propre monstre jusqu'au trône de la célébrité. Car tant que la peur, la violence et la haine collective existent, le mal trouvera toujours un corps. Ad vitam Aeternam.
 

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤