vendredi 3 avril 2026

Dolly de Rod Blackhurst. 2025. 1h23. U.S.A.

                           (Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
 
J'y allais un peu à reculons. Trois jours à tourner autour, à repousser le moment. Et puis finalement, je m’y suis aventuré… Et je ne regrette pas.

Parce que Dolly est de ces petites surprises horrifiques qui surgissent de nulle part. Comme celle de l'époque des VHS quand on louait le film d'horreur du Samedi soir sans être déçu de son contenu parfois mineur. 

Un film modeste géré par Rod Blackhurst - pas tout à fait un débutant (un 1er film puis un court: Babydoll transformé aujourd'hui en long), mais ici clairement en train d’affirmer une identité respectueuse. Car une identité nourrie de pellicule, de chair, et d’un amour viscéral pour les péloches crasseuses des années 70, de Massacre à la tronçonneuse que tout le monde rapproche aux séries B grindhouse et video nasty les plus oubliées.
 

Oui le scénario est une coquille vide. Et ce n’est pas un problème je trouve. Pourquoi ? Parce que Dolly ne se raconte pas - il se ressent. C'est une expérience émotionnelle, sensorielle. Viscérale. 
Tourné en 16 mm, le film arbore une texture granuleuse, presque organique. La forêt inquiétante devient un piège photogénique, la demeure baroque un espace envoûtant, et chaque plan semble suinter quelque chose de sale, de malsain et de beau. 

Les couleurs saturées, les éclairages tout à fait soignés, tout participe à créer une chaude ambiance poisseuse, dérangeante, profondément immersive auquel on se laisse facilement aguicher.
On ne regarde pas Dolly. On s’y enfonce doucement par attirance. 

Et dans cette expérience sensorielle, les acteurs - pourtant méconnus - surprennent par leur désir de convaincre. On croit à leur détresse, à leur fatigue, à leur douleur physique et morale. Une souffrance qui ne triche pas. Car le film ne fait pas semblant.
 

La violence est là, crue, graphique, crasseuse. Les effets artisanaux, charnels, frappent par leur crédibilité : c’est viscéral, parfois franchement dégueulasse, et efficace. Une brutalité qui renoue avec une époque où l’horreur passait par la matière, par le corps, par la blessure visible, sans rougir de honte. 
Alors oui, tout n’est pas parfait. Bien au contraire. 

Les situations sont même souvent éculées (jeu de cache-cache incessant, tueur increvable). Certains comportements frôlent le grotesque (notamment ce final avec le garde forestier complètement à l'ouest). Mais étrangement, ces maladresses deviennent des qualités. Elles participent à l'essence de la bisserie, à ce charme désuet, à cette sensation de film bricolé avec passion, façonné à la main, avec amour. Un cinéma clairement imparfait… donc profondément vivant.

Et puis il y a cette tueuse. Une fois n'est pas coutume. 
Une présence troublante, à la fois enfantine et dérangeante, évoluant dans un univers de poupées de porcelaine qui évoque un conte de fées malade, déformé, presque putréfié. Une figure qui fascine autant qu’elle met mal à l’aise, comme sortie d’un imaginaire brisé génialement horrifiant. D'autant plus que l'on ne sait pas grand chose sur son passé, ce qui amplifie l'aura de mystère qui l'entoure. 
 

En à peine 1h17, Dolly ne prétend donc jamais être plus qu’il n’est.
Mais il le fait avec sincérité. Un tout petit métrage, oui, assurément.
Mais un p'tit film qui respire, qui suinte, qui marque, qui séduit irrémédiablement. 
Et au fond, c’est peut-être ça le plus important. Participer plaisamment à l'expérience en se détachant sagement de notre morne réalité. 

Je ne regrette pas de m’être perdu dans ce petit bois des ténèbres.
Et j’y retournerai avec plaisir - masochiste.
 
— le cinéphile du cœur noir 🖤