(Crédit photo : image trouvée via Imdb, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
J'y allais un peu Ă reculons. Trois jours Ă tourner autour, Ă repousser le moment. Et puis finalement, je m’y suis aventurĂ©… Et je ne regrette pas.
Parce que Dolly est de ces petites surprises horrifiques qui surgissent de nulle part. Comme celle de l'époque des VHS quand on louait le film d'horreur du Samedi soir sans être déçu de son contenu parfois mineur.
Un film modeste gĂ©rĂ© par Rod Blackhurst - pas tout Ă fait un dĂ©butant (un 1er film puis un court: Babydoll transformĂ© aujourd'hui en long), mais ici clairement en train d’affirmer une identitĂ© respectueuse. Car une identitĂ© nourrie de pellicule, de chair, et d’un amour viscĂ©ral pour les pĂ©loches crasseuses des annĂ©es 70, de Massacre Ă la tronçonneuse que tout le monde rapproche aux sĂ©ries B grindhouse et video nasty les plus oubliĂ©es.
Oui le scĂ©nario est une coquille vide. Et ce n’est pas un problème je trouve. Pourquoi ? Parce que Dolly ne se raconte pas - il se ressent. C'est une expĂ©rience Ă©motionnelle, sensorielle. ViscĂ©rale.
Tourné en 16 mm, le film arbore une texture granuleuse, presque organique. La forêt inquiétante devient un piège photogénique, la demeure baroque un espace envoûtant, et chaque plan semble suinter quelque chose de sale, de malsain et de beau.
Les couleurs saturées, les éclairages tout à fait soignés, tout participe à créer une chaude ambiance poisseuse, dérangeante, profondément immersive auquel on se laisse facilement aguicher.
On ne regarde pas Dolly. On s’y enfonce doucement par attirance.
Et dans cette expérience sensorielle, les acteurs - pourtant méconnus - surprennent par leur désir de convaincre. On croit à leur détresse, à leur fatigue, à leur douleur physique et morale. Une souffrance qui ne triche pas. Car le film ne fait pas semblant.
La violence est lĂ , crue, graphique, crasseuse. Les effets artisanaux, charnels, frappent par leur crĂ©dibilitĂ© : c’est viscĂ©ral, parfois franchement dĂ©gueulasse, et efficace. Une brutalitĂ© qui renoue avec une Ă©poque oĂą l’horreur passait par la matière, par le corps, par la blessure visible, sans rougir de honte.
Alors oui, tout n’est pas parfait. Bien au contraire.
Les situations sont mĂŞme souvent Ă©culĂ©es (jeu de cache-cache incessant, tueur increvable). Certains comportements frĂ´lent le grotesque (notamment ce final avec le garde forestier complètement Ă l'ouest). Mais Ă©trangement, ces maladresses deviennent des qualitĂ©s. Elles participent Ă l'essence de la bisserie, Ă ce charme dĂ©suet, Ă cette sensation de film bricolĂ© avec passion, façonnĂ© Ă la main, avec amour. Un cinĂ©ma clairement imparfait… donc profondĂ©ment vivant.
Et puis il y a cette tueuse. Une fois n'est pas coutume.
Une prĂ©sence troublante, Ă la fois enfantine et dĂ©rangeante, Ă©voluant dans un univers de poupĂ©es de porcelaine qui Ă©voque un conte de fĂ©es malade, dĂ©formĂ©, presque putrĂ©fiĂ©. Une figure qui fascine autant qu’elle met mal Ă l’aise, comme sortie d’un imaginaire brisĂ© gĂ©nialement horrifiant. D'autant plus que l'on ne sait pas grand chose sur son passĂ©, ce qui amplifie l'aura de mystère qui l'entoure.
En Ă peine 1h17, Dolly ne prĂ©tend donc jamais ĂŞtre plus qu’il n’est.
Mais il le fait avec sincérité. Un tout petit métrage, oui, assurément.
Mais un p'tit film qui respire, qui suinte, qui marque, qui séduit irrémédiablement.
Et au fond, c’est peut-ĂŞtre ça le plus important. Participer plaisamment Ă l'expĂ©rience en se dĂ©tachant sagement de notre morne rĂ©alitĂ©.
Je ne regrette pas de m’ĂŞtre perdu dans ce petit bois des tĂ©nèbres.
Et j’y retournerai avec plaisir - masochiste.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤




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