mardi 31 juillet 2012

28 JOURS PLUS TARD (28 Days later)

                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site listal.com

de Danny Boyle. 2002. Angleterre. 1h53. Avec Cillian Murphy, Naomie Harris, Megan Burns, Brendan Gleeson, Christopher Eccleston, Alex Palmer, Bindu De Stoppani, Jukka Hiltunen, David Schneider.

Sortie salles France: 28 Mai 2003. U.S: 27 Juin 2003

FILMOGRAPHIE: Danny Boyle est un réalisateur Britannique, né le 20 Octobre 1946 à Manchester. 1994: Petits Meurtres entre amis. 1996: Trainspotting. 1997: Une Vie moins Ordinaire. 2000: La Plage. 2002: 28 Jours plus tard. 2004: Millions. 2007: Sunshine. 2008: Slumdog Millionaire. 2010: 127 Hours. 2013: Trance. 2015: Steve Jobs.


Précurseur du film d'infectés (si on élude le pizzaiolo Avion de l'Apocalypse !) et renouveau de la vague déferlante des zombies sous amphétamines, 28 Jours plus tard est le premier volet d'une trilogie post-apocalyptique. S'il doit en priorité son influence à Zombie de Romero, Danny Boyle se révèle suffisamment adroit et intègre pour nous concocter une terrifiante descente aux enfers à la dignité humaine désabusée. Une association de la cause animale pénètre par effraction dans un laboratoire pour libérer des chimpanzés condamnés à la vivisection. Contaminé par la rage, le premier singe relaxé se jette sur l'un des sauveteurs et le mord violemment au cou. 28 jours plus tard, la plupart des êtres humains ont été enrayés par cette maladie du sang poussant les infectés à s'entretuer avec une rage incontrôlée. Jim, patient hospitalier sorti d'un coma, va rencontrer sur sa route quelques survivants et tenter de résister ensemble à la menace meurtrière.


A partir d'un argument éprouvé (une poignée de survivants tentent de résister à une menace meurtrière dans un pays dévasté), Danny Boyle dénonce dès son prologue social l'embrasement des guerres de religions et la folie de l'homme toujours plus belliqueux à combattre son rival. Avec l'entremise de véritables images d'archives extraites des infos télévisuels, 28 Jours plus tard provoque le malaise à illustrer sans concession le comportement barbare de civils livrés à l'anarchie la plus confuse. Une façon catastrophique à mettre en évidence la violence urbaine en recrudescence avant qu'un primate atteint de la rage ne contamine l'humanité entière vouée à une furie irraisonnée ! Avec une photographie rugueuse exploitée en caméra DV, de manière à mettre en exergue sa facture documentaire, le film de Danny Boyle dépayse allégrement le spectateur plongé dans une ambiance de solitude où un pays tout entier est éludé de sa démographie. Ce climat post apo prédomine avec souci d'authenticité une aura de décrépitude auprès des rares survivants cloîtrés dans des appartements insalubres car abandonnés. Alors que dehors, les cadavres s'amoncellent sous l'allégeance de hordes d'infectés extrêmement agressifs pour courser toute présence humaine. C'est Jim, ancien blessé à peine sorti d'un hôpital vacant qui va établir de façon aléatoire la rencontre d'un père et sa fille, ainsi qu'une femme solitaire particulièrement déterminée. Communément, ils vont décider de s'aventurer vers des contrées inexplorées pour peut-être découvrir un asile plus serein et côtoyer quelques rares survivants. 


Avec vulnérabilité, Danny Boyle privilégie un soin humaniste à la densité de ces personnages particulièrement attachants dans leur quête désespérée de daigner survivre dans ce monde chaotique. Pour amplifier ce sentiment d'insécurité sous-jacent, certaines attaques cinglantes perpétrées par les contaminés contre nos héros se révèlent redoutablement efficaces et nous ébranlent dans leurs exactions sanglantes d'une vigueur estomaquante ! La réalisation exploite lestement ce sentiment de peur mais aussi d'isolement anxiogène qui vont planer sur les frêles épaules de nos héros. Bien avant qu'un cortège de militaires extrémistes se résout à les prendre en otage, après les avoir tièdement accueilli dans leur château. Puisque leur intention majeure aura été de daigner féconder les deux uniques survivantes afin de préserver leur éventuelle postérité. En crescendo, la mise en scène préalablement dépouillée de surenchère spectaculaire va déployer quelques scènes d'action et d'horreur particulièrement éprouvantes. En prime, la partition musicale ajustée par le cinéaste en personne ainsi que ses acolytes, Godspeed You, Black Emperor puis John Murphy va largement contribuer à scander son ambiance mortuaire quand nos héros vont tenter de s'opposer à la dictature militaire et déjouer les enragés planqués aux abords du château. Le scénario efficient et bien construit nous a donc longuement accordé une empathie à la destinée incertaine de nos protagonistes évoluant dans un no man's land précaire. Tandis que son alerte point d'orgue va lever le voile sur les motivations insidieuses de nos militaires vouées à la déchéance primitive et stigmatiser l'avilissement du machisme communautaire en humiliant la femme par l'outrage sexuel.


Si 28 Jours plus tard réussit largement à transcender tous ces ersatz qui ont repris le concept du zombie infecté dans les années successives, il le doit avant tout à la densité humaine de ces personnages remarquablement dessinés. Cette compassion désenchantée est également impartie à son atmosphère élégiaque exploitant à merveille son environnement naturel ou d'urbanisation confinés à l'exode mutique. Alors qu'une frayeur cinglante engagée par des enragés sanguinaires vont relancer la mode du Zombie movie sous amphétamine. Réaliste, âpre et parfois poétique (la traversée des chevaux), ce must du genre sera néanmoins détrôné 5 ans plus tard avec sa séquelle 28 Semaines plus tard...

La chronique de 28 Semaines plus tard: http://brunomatei.blogspot.fr/…/28-semaine-plus-tard-28-wee…

31.07.12. 2èx
Bruno Matéï

Info Erratum ! http://www.erreursdefilms.com/sf/voir-toutes-les-erreurs-28-jours-plus-tard-28JP.html

Récompenses: Prix du meilleur film britannique lors des Empire Awards en 2003.
Prix de la meilleure photographie lors des Prix du cinéma européen en 2003.
Prix du meilleur réalisateur lors du festival Fantasporto en 2003.
Prix du meilleur film étranger lors du Festival international du film fantastique de Neuchâtel en 2003.
Saturn Award du meilleur film d'horreur en 2004.


vendredi 27 juillet 2012

THE DARK KNIGHT RISES


de Christopher Nolan. 2012. U.S.A./Angleterre. 2h45. Avec Christian Bale, Liam Neeson, Joseph Gordon-Levitt, Anne Hattaway, Gary Oldman, Morgan Freeman, Marion Cotillard, Michael Caine, Juno Temple.

Sortie salles France: 25 Juillet 2012. U.S: 20 Juillet 2012

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Huit ans après les tragiques évènements qui vont valu la défaite du Joker, d'Harvey dent et de Batman, Bruce Wayne reste reclus dans sa demeure, épargné de la foule et des médias. Mais une cambrioleuse circonspecte et un terroriste du nom de Bane vont contraindre le justicier masqué à renflouer sa panoplie pour combattre le crime et l'injustice.


Suite et fin de la trilogie du Chevalier noir entamé en 2005, The Dark Knight Rises conclu de manière toujours aussi ambitieuse la destinée du héros névrotique issu des planches de Comic books. Cette fois, Christopher Nolan aborde le thème du terrorisme de grande ampleur dans un état en crise où les nantis véreux ont davantage le monopole de la mégalomanie. Tristement actuel donc pour mettre en exergue l'impuissance des pauvres, des exclus et des marginaux, subordonnés au côté obscur du terroriste Bane, délibéré à faire exploser un engin nucléaire en plein centre urbain. Sombre et fascinant dans la densité d'un scénario catastrophiste aux enjeux démesurés, le troisième chapitre de Batman est une quête initiatique sur le sens de la bravoure et du sacrifice en transcendant ses peurs par la rage de vaincre. L'impact du film est indubitablement imparti à ces protagonistes meurtris, que ce soit Bruce Wayne réduit à l'état d'esclave dans la cavité d'une prison séculaire; mais obnubilé à remonter à la surface pour combattre un nouvel antagoniste redoutable. Bane, dangereux terroriste au passé trouble et galvaudé est uniquement voué à annihiler la terre entière par dépit revanchard. Entre nos deux rivaux pugnaces, Selina Kayle, cleptomane de renom s'accapare des fortunes de riches industriels pour tenir lieu de sa rancoeur inhérente. Il y a aussi John Blake, un policier orphelin particulièrement empathique pour daigner convaincre Batman de rempiler la panoplie afin que l'injustice soit à nouveau combattue pour redresser une cité en chute libre. Spoiler ! Pour clore ses profils torturés mais téméraires et afin de ne pas spoïler, j'occulterai le nom d'un personnage clef plutôt discret (voir, faussement effacé !) auquel son point d'orgue révélateur lèvera le voile sur sa véritable identité dans un coup de théâtre percutant ! Fin du Spoiler


Réalisé de main de maître avec une virtuosité à couper le souffle pour exacerber un suspense oppressant, The Darl Knight Rises n'oublie pas pour autant de nous façonner dans sa dernière heure  un immense spectacle au souffle épique disproportionné. Les séquences d'actions, de poursuites en véhicules ou de guérilla urbaine impressionnent par leur acuité spectaculaire d'une débandade civile livrée à l'anarchie. Alors que sa dramaturgie émotive empreinte de lyrisme parachève une course éreintante contre la mort que Batman et ses comparses vont devoir endurer pour contrecarrer un psychopathe contestataire.
Et afin de symboliser une nouvelle icône du mal, Tom Hardy se révèle parfaitement approprié dans sa nouvelle stature corpulente (15 kilos d'embonpoint entrepris rien que pour sa prestance corporelle !) afin de crédibiliser un terroriste au visage martelé d'un masque d'acier. Son timbre de voix élevé et profond exprime d'une manière théâtrale ses ambitions nihilistes à un peuple assujetti sans faire preuve d'une once d'indulgence. Son passé trouble et torturé est d'autant plus partial que sa vengeance planifiée l'a définitivement assouvie aux racines du mal. Dans celui du chevalier noir, Christian Bale endosse une ultime fois un héros malmené après avoir retrousser sa panoplie, cette fois-ci exilé au fond d'un gouffre carcéral. Mais sa vaillance pugnace de réfréner ses peurs par la rage de vaincre l'illégalité nous confine vers l'endurance d'une confrontation physique afin de corriger le mécréant Bane !


Réflexion sur la défaillance d'une politique affabulatrice, tutrice de la crise économique, introspection du dépassement de soi et du sens du sacrifice, The Dark Knight Rises achève de manière olympienne une trilogie fondée sur la notion d'héroïsme et la responsabilité de l'engagement. Ses protagonistes meurtris opposés à leur raison et aux sentiments nous bouleversent finalement dans leur propre affliction galvaudée par la colère ou la haine punitive. La partition musicale puissamment orchestrée par Hans Zimmer scande le rythme d'une épopée homérique à l'intensité dramatique en apothéose. Cet embrasement d'apocalypse élève pourtant le mythe du héros "sans pouvoir" à sa valeur humaine par le sens de l'offrande. Là où les surhommes ou demi-dieu se lèguent à la mort, à l'exception des légendes vouées à perdurer pour ne jamais s'éteindre... 

La critique de mon ami Gilles Rollandhttp://www.onrembobine.fr/critiques/critique-the-dark-knight-rises
01.08.12
Bruno Matéï

jeudi 26 juillet 2012

HOUSE. Prix de la Critique Avoriaz. Grand Prix au Rex, 1986.

                                            
                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.fr

de Steve Miner. 1986. U.S.A. 1h32. Avec William Katt, George Wendt, Richard Moll, Kay Lenz, Mary Stavin, Michael Ensign, Erik Silver, Mark Silver, Susan French, Alan Autry, Steven Williams.

Sortie salles France: 4 Juin 1986. U.S: 28 Février 1986

Récompenses: Prix de la Critique à Avoriaz, 1986
Grand Prix au Rex de Paris, 1986

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


Récompensé à Avoriaz et au Rex après avoir remporté un joli succès en salles, House surfe sur le démoniaque Evil-dead et cette nouvelle tendance d'horreur cartoonesque. Conçu à la manière d'un train fantôme émaillé de chausse-trappe et d'effets de surprise, cette série B mainstream s'approprie du thème de la demeure hantée et transcende ses conventions par une dérision sarcastique assez finaude. Après la disparition inexpliquée de son fils Jimmy qui aboutira au divorce de sa femme et après la mort de sa tante, le célèbre écrivain Roger Cobb décide de s'installer dans la demeure de la défunte pour écrire son dernier roman. Mais des phénomènes surnaturelles ne vont pas tarder à se manifester prouvant notamment que son fils est bel et bien toujours vivant, retenu prisonnier dans une dimension inconnue. 


Loufoque, crétin et débridé, House est le genre de divertissement ludique du samedi soir conçu sur un scénario inventif prétextant un déploiement de monstres ricaneurs en tous genres. Avec comme point de départ l'argument horrifique d'une demeure hantée occultant une disparition inexpliquée, Steve Miner dynamite les traditionnels clichés dans une succession de gags euphorisants. La caractérisation des personnages privilégie à bon escient une excentricité dans leur complicité amicale sournoise. Notre vénérable romancier est en effet épié par un badaud de palier, investigateur et trouillard, alors qu'une bimbo désinvolte usera plus tard de son charme pour lui soumettre la garde de son rejeton. Les vicissitudes improvisées qui en émanent, telle l'investigation des flics dans la maison de Roger, la visite surprise de son ex épouse ou encore la main baladeuse agrippée au dos du bambin sont habilement acheminées avec une efficacité roublarde. Le film aurait pu également se prénommer Monster in the Closet tant la maison recèle nombre de pièces et placards secrets investis par des hordes d'esprits farceurs ! Cet esprit cartoonesque bon enfant (la maison aux teintes opalines ressemble à s'y m'éprendre à un jouet grandeur nature dans une morphologie criarde), cette fantaisie naïve et débridée impartie aux protagonistes rendent l'aventure diablement réjouissante. Avec des effets spéciaux artisanaux pour la confection inédite de monstres en caoutchouc et l'environnement surnaturel d'une maison érigée en interne d'une quatrième dimension (le saut dans le vide précipité par Roger de sa salle de bain abouti au milieu hostile d'une jungle vietnamienne !), House dépayse, détonne et surprend avec une inventivité décomplexée.


S'il a aujourd'hui légèrement subi un coup de patine, House reste toutefois un spectacle fort sympathique grâce à son script dingo et ces comédiens avenants à la bonne humeur expansive. En prime, la partition musicale de notre éminent Harry Manfredini marque harmonieusement le rythme du train fantôme confectionné pour un public familial.

26.07.12. 5èx

mardi 24 juillet 2012

CARNAGE (Prime Cut)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site esbilla.wordpress.com

de Michael Ritchie. 1972. U.S.A. 1h27. Avec Lee Marvin, Gene Hackman, Angel Tompkins, Gregory Walcott, Sissy Spacek, Janit Baldwin, William Morey, Clint Ellison, Howard Platt, Les Lannom, Eddie Egan.

Sortie salles U.S: 28 Juin 1972

FILMOGRAPHIE: Michael Ritchie est un réalisateur américain, né le 28 Novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin, décédé le 16 Avril 2001 à New-York.
1967: La Course à la Vérité (télé-film). 1969: La Descente Infernale. 1972: Carnage. 1972: Votez Mc Kay. 1975: Smile. 1976: La Chouette Equipe. 1977: Les Faux Durs. 1979: An Almost Perfect Affair. 1980: l'île Sanglante. 1980: Divine Madness ! 1981: Student Bodies. 1983: The Survivors. 1985: Fletch aux Trousses. 1986: Femme de Choc. 1986: Golden Child. 1988: Parle à mon psy, ma tête est malade. 1989: Autant en emporte Fletch. 1989: La Nuit du Défi. 1993: Complot meurtrier contre une pom-pom girl (télé-film). 1994: Les Robberson enquêtent. 1994: La Révélation. 1997: Comfort Texas (télé-film). 1997: La Guerre des Fées. 2000: The Fantasticks.


Réalisé par un cinéaste éclectique aimable faiseur de séries B, Michael Ritchie élabore en 1971 un de ces premiers métrages et sans doute le plus maîtrisé dans le genre policier, ici violent et parfois tendu. Il est dommageable que cette série B remarquablement troussée et dominée par l'illustre prestance de deux monstres sacrés du cinéma (Lee Marvin et Gene Hackman) soit sombrée malencontreusement dans l'oubli.

Un tueur de la mafia et ses coéquipiers vont tenter de récupérer l'argent fraudé d'un trafiquant de drogue et de prostitution, planqué derrière l'entreprise d'un abattoir bauvin du Kansas. Mary Ann doit en effet à son supérieur de Chicago plus de 500 000 dollars. Les deux hommes vont se provoquer sans intimidation et se confronter à une guerre de clans en pleine campagne rurale. 


A partir d'une trame linéaire éludée de surprises, Michael Ritchie exploite au possible le cadre bucolique de champs de cultivation auquel deux clans mafieux vont devoir s'y planquer pour récupérer un butin d'un demi million de dollars. Avec l'efficience d'une narration lestement structurée dans une mise en scène solide et la présence fébrile de deux mafieux obtus, Carnage est un excellent polar jalonné d'action cinglante et de plages intimistes sur la considération féministe. En effet, Devlin, tueur au grand coeur alarmé par la condition sordide infligée aux jeunes prostituées de Mary Ann, va prendre sous son aile l'une d'entre elles (Sissy Spacek à son tout jeune
âge de beauté candide !) en guise d'acompte. Une façon insolente d'inciter ce dernier à livrer l'argent pour leur prochaine transaction établie au sein d'une foire commerciale bondée de riverains. A ce titre, l'aspect glauque et réaliste d'une séquence clef interpelle les esprits quand une poignée d'esclaves sexuelles sont retrouvées droguées, allongées sur des stands de paille afin d'exposer leur corps dénudé devant une foule de pervers nantis. Bien évidemment, leur rencontre escomptée va aboutir à un sanglant règlement de compte au cours duquel les hommes de main de Mary Ann ne vont pas hésiter à sortir les fusils pour exécuter Devlin et ses complices.


Michael Ritchie exploite habilement son environnement champêtre de champs de mais et de tournesols que nos protagonistes vont devoir traverser pour contrecarrer l'antagoniste. Ces scènes de courses poursuites haletantes et fertiles sont parfaitement coordonnées dans une mise en scène rigoureuse comme cette traque à bout de souffle envisagée à Devlin et sa compagne, tentant désespérément d'échapper aux entrailles d'une moissonneuse batteuse !
Sans instant de répit, et entre deux séquences intimes d'idylle (notamment les retrouvailles de Devlin avec son ancienne maîtresse, se révélant en l'occurrence l'épouse hautaine de Mary Ann !), Carnage est rehaussé par la présence majeure de deux leaders à forte tête, respectivement incarnés par nos briscards Lee Marvin et Gene Hackman. Leur affrontement pugnace émaillé de dérision caustique dans leur verve insolente donne lieu à des séquences percutantes de gunfight, notamment avec l'impact explosif déployé par les fusils à pompe de leurs adjoints !


D'une grande efficacité dans sa narration linéaire et captivant par ses enjeux encourus, Carnage est un petit classique du polar rugueux des années 70. Le cadre insolite de son ambiance rurale et l'humour parfois décalé résultant de certaines situations extravagantes renforcent son aspect anticonformiste d'une oeuvre militante pour la cause animale. Car ici l'homme dépravé et anthropophage s'en distingue par la monstruosité cupide de sa propre mégalomanie.

24.07.12
Bruno Matéï



lundi 23 juillet 2012

LE TUEUR DU VENDREDI (Friday the 13th, Part 2)


Photo empruntée sur Google, appartenant au site 411.me
de Steve Miner. 1981. U.S.A. 1h27. Avec Amy Steel, John Furey, Adrienne King, Kirsten Baker, Stuart Charno, Warrington Gillette, Walt Gorney, Marta Kober, Tom McBride.

Sortie salles France: 13 Janvier 1982. U.S: 1er Mai 1981

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut.
1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


Un an après l'énorme succès Vendredi 13, un réalisateur néophyte succède à son créateur Sean S. Cunningham pour livrer une déclinaison aussi orthodoxe que son modèle. Cinq ans après les évènements tragiques du camp Crystal Lake, un nouveau groupe de campeurs s'installe près des environs alors qu'un tueur décime un à un ses occupants. Le début du cauchemar ne fait que recommencer ! 


On prend les mêmes et on recommence ! Recette inchangée et succès renoué au box-office, Le Tueur du Vendredi ne déroge pas à la règle du traditionnel slasher champêtre émaillé de meurtres sanglants à rythme cadencé. Avec une banalité éloquente pour nous refourguer ses situations éculées ainsi qu'une galerie de jeunes cons stéréotypés, Steve Miner ne prend aucun risque pour prendre la relève dans une mise en scène aseptisée assurant le minimum syndical. Après dix minutes d'évocation des évènements antécédents entraperçus dans le précédent volet, le film ne perd pas de temps à nous refourguer la nouvelle compagnie estivale d'une colonie de vacanciers venus flâner dans une contrée forestière. Sans jamais accorder un moindre intérêt à la caractérisation de ses personnages et sans distiller une quelconque notion de suspense, Le Tueur du Vendredi nous ressasse donc la banalité quotidienne d'une jeunesse insouciante molestée par les exactions pataudes d'un tueur planqué dans les broussailles, affublé ici d'un sac à patate sur la tête.


Jalonné de clichés dans la caricature des personnages (le vieillard arriéré avertissant ses nouveaux résidents que la mort rode toujours à Crystal Lake, le bouffon amateur de blagues potaches, le couple d'amoureux bravant les interdits pour investir les lieux du drame sanglant) et de situations rebattues (la farce macabre contée par le leader de groupe au coin du feu, les vaines séquences à sursaut du "ouh, fait moi peur pour rien!", la voiture incapable de démarrer au moment fatal et son point d'orgue haletant où la dernière victime rusée va tenter de déjouer le tueur), Le Tueur du Vendredi ne pourra en l'occurrence que satisfaire les puristes mélancoliques ayant été bercés dans les années 80.
Néanmoins (et comme avec le précédent volet !), la dernière demi-heure s'approprie d'un rythme plus vigoureux pour scander la dernière traque improvisée entre l'héroïne et Jason, alors qu'une certaine cocasserie involontaire s'émane parfois d'une situation alarmiste. A titre d'exemples, la survivante tentant de se faire passer pour la mère de Jason devant le tueur hébété, ou encore la maladresse dont ce dernier fait preuve pour courser sa proie en trébuchant sur le palier à plusieurs reprises !


Que reste-il aujourd'hui de cette suite routinière quasi conforme à son modèle ? Une curiosité futilement sympathique pour l'aficionado de la franchise, aussi redondante que les autres chapitres de la saga (mêmes si certains opus se révéleront par la suite beaucoup plus funs, idiots et hilarants). Deux, trois meurtres spectaculaires, le minois de quelques jolies donzelles dévêtues, son cadre bucolique ensoleillé ainsi que l'illustre partition d'Harry Manfredini nous égayent tout de même par son aspect gentiment rétro. 

23.07.12. 4èx
Bruno Matéï


vendredi 20 juillet 2012

THE DARK KNIGHT (Batman, The Dark Knight)

                                       
Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemovies.com

de Christopher Nolan. 2008. U.S.A. 2h32. Avec Christian Bale, Michael Caine, Heath Lodger, Aaron Eckhart, Maggie Gyllenhaal, Gary Oldman, Morgan Freeman, Eric Roberts, Cillian Murphy, Anthony Michael Hall.

Sortie salles France: 13 Août 2008. U.S: 13 Juillet 2008

Récompenses: Oscar 2008 du Meilleur Second Rôle Masculin pour Heath Lodger
Oscar du Meilleur Montage Sonore.

FILMOGRAPHIE: Christopher Nolan est un réalisateur, scénariste et producteur anglais, né le 30 Juillet 1970 à Londres en Angleterre.
1998: Following. 2000: Memento. 2002: Insomnia. 2005: Batman Begins. 2006: Le Prestige. 2008: The Dark Knight. 2010: Inception. 2012: The Dark Knight Rises.


Batman doit combattre un nouvel ennemi délibéré à procréer le Mal sur Gotham City et ainsi mieux asservir le monde. Sévèrement malmené par une population qui ne croit plus en ses capacités bienfaitrices, le chevalier noir va devoir user de bravoure et vaillance pour se mesurer au joker mais aussi se confronter à un ancien procureur rendu fou de vengeance, Double-face !


Succès invétéré auprès de la critique et du public lors de sa sortie, The Dark Knight est une oeuvre nihiliste et désenchantée sur la notion éperdue de héros. Puisqu'ici Batman, plus que jamais dubitatif sur ses fonctions rédemptrices de justicier redresseur de tort est sévèrement compromis par un sociopathe mégalo, mais aussi sa propre démographie humaine réfractaire à son inefficacité altruiste. Une population précaire en quête d'idéologie car incessamment destinée à refondre un nouvel espoir pour leur postérité après la déroute de Batman. Premier film de super-héros pour adulte d'une richesse thématique abstraite dans les introspections torturées de nos protagonistes confrontés à l'anarchie chaotique du Joker, The Dark Knight est un cauchemar urbain asservi par la folie ambiante. Le maître de cérémonie est ici représenté par un clown sournois au visage ricaneur badigeonné de cirage. Sa quête inhérente n'est que provoquer le désordre et la destruction pour pervertir un monde sur le déclin. De manière sardonique, le Joker va imposer à ses rivaux nombre de dilemmes inéquitables sur le sort réservé aux victimes molestées et par la même occasion influencer les gardiens de l'ordre à reconsidérer leur conviction sur la moralité de l'existence. Pour exacerber la débâcle, un ancien procureur rendu fou de haine après le sacrifice toléré à sa défunte se reconverti du côté obscur pour libérer sa vengeance sur les responsables de cet acte malencontreux. Autour de ce trio maudit, un lieutenant de police va lui aussi tenter d'apporter son soutien dans sa ville sinistrée et épauler Batman dans ces épreuves de force consécutives pour contrecarrer ses psychotiques farceurs.


Dans une mise en scène virtuose déployant avec fluidité des séquences d'action homérique ultra spectaculaires, Christopher Nolan dédie néanmoins son oeuvre funèbre à la densité tourmentée de ces personnages égarés dans le sens de l'équité. C'est notamment cette ambiance de déliquescence humaine où la population affolée ne sait plus à qui se vouer pour éradiquer la pègre criminelle que The Dark Knight prend des allures d'opéra dramatique. Au milieu de ce chaos, trois justiciers vont devoir se mesurer et s'entredéchirer pour retrouver un regain d'intérêt à leur notion de survie. 
Si cette traque implacable se révèle si intense, contrariante dans sa déchéance humaine en roue libre et éprouvante dans les enjeux dramatiques impartis, elle le doit notamment à la dimension psychotique du regretté Heath Lodger. En bouffon excentrique odieusement pervers dans ses exactions inlassables, l'acteur endosse son personnage avec une foi autoritaire intarissable ! Le joker déluré crève littéralement l'écran et impose sa prestance avec un charisme machiavélique, sachant que sa destinée est vouée à une certaine victoire tendancieuse ! De son côté obscur d'un psyché névrosé, Christian Bale, dans la peau du chevalier noir, n'aura jamais été aussi malmené et déprécié par son ennemi juré, alors qu'une population égoïste et intransigeante décide de lui tourner le dos pour ses inadvertances humaines. Un homme meurtri et replié, douteux de ces compétences héroïques quand un rival futé finit par accéder à la consécration. Au final, Batman s'occulte dans l'anonymat afin de laisser croire à la démographie de Gotham City que l'espoir continue de perdurer, tant qu'un héros tapi dans l'ombre puisse à nouveau croire en sa commodité. 


D'une densité humaine désespérée et d'une dimension épique étourdissante, The Dark Knight explore des thématiques passionnantes et profondes sur la notion d'héroïsme, l'équité et la vengeance, la perte d'identité et notre ambiguïté existentielle exposée au Bien et au Mal. Baignant dans une ambiance crépusculaire et déployant des effets pyrotechniques en alliance avec son cheminement narratif, ce chef-d'oeuvre obscur est en outre sublimé par la prestance nocive d'un génie du dilemme immoral, un Joker blafard ! Son pouvoir hypnotique de fascination prédomine et ébranle le spectateur embarqué dans une odyssée à bout de souffle, et de lui laisser en mémoire le film de super-héros le plus adulte et opaque jamais réalisé !

20.07.12. 2èx
Bruno Matéï

Apport technique du blu-ray: 10/10


jeudi 19 juillet 2012

HALLOWEEN, 20 ANS APRES. (Halloween H20 : 20 Years Later)


                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site video.fnac.com

de Steve Miner. 1998. U.S.A. 1h28. Avec Jamie Lee Curtis, Josh Hartnett, Adam Arkin, Michelle Williams, LL Cool J, Jodi Lyn O'Keefe, Adam Hann-Byrd, Janet Leigh, Joseph Gordon-Levitt, Nancy Stephens.

Sortie salles France: 9 décembre 1998. U.S: 5 Août 1998

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut.
1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


17 ans après la suite estimable du film de Rick Rosenthal, l'habile artisan du B movie, Steve Miner, s'attelle à rendre un ultime hommage à une saga trop longtemps galvaudée par ces suites aseptisées. Avec notre icone du mal, Michael Myers, escorté de la scream queen Jamie Lee Curtis, les retrouvailles s'en sortent avec les honneurs dans son habile alliage d'angoisse et de suspense.
20 ans après les tristes évènements d'Hadonfield, Laurie Strode tente de se reconstruire grâce à son poste de directrice de collège dans une bourgade Californienne. Mère chérissante entièrement vouée à protéger son jeune fils de 17 ans, Laurie est obnubilée par la crainte de voir réapparaître un jour son frère Michael Myers. Sa paranoïa et sa psychose vont lui donner raison ! Le Mal est à nouveau délibéré à daigner se venger de la manière la plus expéditive ! Exterminer sa propre soeur après sa défaite en 1981 !


Après trois épisodes consécutifs particulièrement faméliques (l'opus 4, 5, et 6), nous étions en droit de craindre la redite inutile avec ce 7è volet présageant un nouveau massacre syndiqué. Néanmoins, par l'entremise d'un cinéaste mineur mais plutôt doué en terme de savoir-faire frissonnant, et avec le retour de notre babysitter attitrée, Halloween H20 attise un regain de curiosité pour tous fans de la franchise, aussi inégale et redondante qu'elle soit. A l'arrivée, cette déclinaison préalablement célébrée à grand renfort de pub est tout simplement l'un des meilleurs slashers des années 90 en même temps qu'un des plus percutants épisodes de la saga ! Et on peut dire que Steve Miner s'est montré assiduà essayer d'honorer le travail notable de Carpenter, entrepris 20 ans au préalable. Dès le prologue, sobre et éprouvant dans son angoisse diffuse, un hommage respectueux est déjà établi dans sa réalisation travaillée, utilisant à bon escient la gestion de l'espace et du cadre au sein d'une demeure taciturne. Le réalisateur va appliquer cette règle de la suggestion et de la mise en attente d'une mort prochaine durant une majorité du métrage.


La présence de Jamie Lee Curtis en mère vindicative, cette fois-ci déterminée à affronter son pire cauchemar est une bonne idée de départ afin d'exorciser ses démons internes (notamment son penchant pour l'alcool !). Le réalisateur accorde d'ailleurs une attention particulière à étoffer sa dimension humaine en mère castratrice, obsédée à l'idée de protéger son fils, John. Alors que les parents fuyaient l'éducation de leur rejeton dans le premier volet, ici, Laurie Stroode et entièrement vouée à sauvegarder et choyer l'existence de son chérubin, bientôt compromis au stade de sa majorité. Avec efficacité, Steve Miner s'attache donc à nous décrire leur relation conflictuelle (alors que Michael rode aux alentours !), jusqu'à ce que John improvise un subterfuge à sa mère pour passer du bon temps entre amis dans une maison isolée. C'est à ce moment propice, favorable aux exactions meurtrières, que la terreur va investir les lieux avec l'émergence de notre boogeyman plus revanchard et brutal que jamais ! Car même si le hors-champs est souvent préconisé, certaines mises à mort se révèlent parfois cruelles et réalistes ! Sans outrance ou facilité, la réalisation exploite habilement nombre de situations rebattues en misant sur le suspense escompté, l'efficience d'un montage nerveux et son caractère spectaculaire qui en découle. Et son point d'orgue homérique de réitérer la même logique sans faire sombrer le navire dans l'esbroufe improbable en se focalisant sur la pugnacité revancharde d'une Jamie Lee Curtis plus opiniâtre que jamais à annihiler le Mal !


Entrecoupé de clins d'oeil aux 2 premiers volets (mais aussi à certaines oeuvres iconiques comme Psycho, le Tueur du Vendredi ou Scream !), superbement photographié et baignant dans  une atmosphère d'angoisse palpable avant l'ascension de la terreur, Halloween H20 est une vraie bonne surprise qui redore le blason d'une saga mercantile noyée dans la médiocrité. Son sens indéniable de l'efficacité, son rythme infaillible, sa réalisation alerte et la présence notable d'une Jamie Lee Curtis pleine de vigueur nous acheminent au slasher retors conçu dans la probité et refus de facilité.

19.07.12. 2èx
Bruno Matéï
Blu-ray technique: 8/10 (couleurs chaudes et éclatantes)

mercredi 18 juillet 2012

BARTON FINK. Palme d'Or à Cannes, 1991

 

de Joel et Ethan Cohen. 1991. U.S.A. 1h57. Avec John Turturro, John Goodman, Judy Davis, Michael Lerner, John Mahoney, Tony Shalhoub, Jon Polito, Steve Buscemi, David Warrilow, Richard Portnow.

Sortie salles France: 25 Septembre 1991. U.S: 21 Août 1991

Récompenses: Palme d'Or, Prix de la Mise en scène, Prix d'Interprétation Masculine à Cannes, 1991.

FILMOGRAPHIE: Joel (né le 29 Novembre 1954) et Ethan Cohen (né le 21 Septembre 1957) sont des réalisateurs, scénaristes, producteurs et monteurs américains.
1984: Sang pour Sang. 1987: Arizona Junior. 1990: Miller's Crossing. 1991: Barton Fink. 1994: Le Grand Saut. 1996: Fargo. 1998: The Big Lebowski. 2000: O'Brother. 2001: The Barber. 2003: Intolérable Cruauté. 2004: Ladykillers. 2006: Paris, je t'aime. 2007: No Country for old Men. 2007: Chacun son cinéma (sketch: world cinema). 2008: Burnt After Reading. 2009: A serious man. 2010: True Grit. Prochainement: Inside Llewyn Davis.


Etrange, insolite, baroque, dérangeant mais aussi loufoque et décalé ! la Palme d'Or de Cannes 1991 est une oeuvre hybride inclassable noyée dans une ambiance anxiogène, où chaque personnage interlope endosse un rôle cynique pour mieux écorner la posture pernicieuse de l'industrie d'Hollywood.

Un auteur de théâtre en ascension se retrouve plongé dans l'univers d'Hollywood après qu'un producteur nanti lui ait proposé de collaborer au scénario d'un film de catcheur. Blotti dans un hôtel à la chaleur étouffante, Barton se lie d'amitié avec un étrange voisin particulièrement bruyant. Déconnecté de sa propre réalité en chute libre et perdant peu à peu ses repères, le scénariste se retrouve incapable de rédiger la moindre ligne. Jusqu'à ce qu'un contexte meurtrier le ramène à l'inspiration !


Un scénario substantiel qui bouscule les conventions du genre pour mieux ébranler son spectateur, entraîné ici dans un cauchemar kafkaïen ! Tel est la marque de fabrique des frères Cohen ! Permettre à l'outil cinématographique de se renouveler dans un fond novateur où l'argument narratif et les protagonistes sont compromis à nous surprendre au sein de leur sombre entreprise.
Avec ironie caustique, les réalisateurs nous concoctent une descente aux enfers au cours duquel un auteur timoré est contraint d'écrire un scénario de série B. Peu inspiré par ce nouveau projet à valeur mercantile, Barton sombre peu à peu dans une paranoïa diffuse au fil de ses rencontres impromptues avec des personnages autoritaires. Que ce soit l'arrivée soudaine de son voisin de palier bedonnant et désinvolte (dont l'identité réelle va lui permettre de renouer avec la création), son producteur véreux et sournois, deux flics mesquins et orgueilleux ou encore un illustre cinéaste alcoolo et violent. Avec la scénographie baroque d'un hôtel inoccupé où la tapisserie murale suinte l'humidité au contact d'une chaleur feutrée et avec l'amertume d'un écrivain humaniste dévoué corps et âme pour sa passion de l'écriture, le film nous entraîne dans un dédale psychotique. De façon sous-jacente, les frères Cohen nous élabore une douloureuse farce corrosive sur l'univers du cinéma d'exploitation en caricaturant une galerie de protagonistes cyniques et condescendants. A travers l'esprit névrosé de Barton, davantage assujetti à un environnement qu'il ne tolère pas, sa fragilité neurotique va davantage le confronter à un climat oppressant où ses pires démons vont se matérialiser sous l'apparence d'un tueur en série sorti tout droit de l'enfer ! Cette ambivalence d'un scénario désordonné mais clairement planifié nous piège adroitement dans une chimère départagée entre illusion et réalité. En perte de nos repères, les réalisateurs bousculent nos habitudes de spectateur épanoui et nous confrontent à une forme de thriller sarcastique particulièrement insolent.


En jouant sur la peur de l'échec mais aussi le dépassement de soi par l'accumulation de vicissitudes sordides, Barton Fink dérange, déroute, inquiète et implique le rire nerveux. Son aura insolite découlant d'une allégorie sur le libéralisme et la dimension chétive impartie à son héros malmené en quête d'idéologie humaine lui octroient des allures de conte désabusé sur l'aspiration créative.

18.07.12
Bruno Matéï

mardi 17 juillet 2012

LET'S SCARE JESSICA TO DEATH (The Secret Beneath The Lake)


                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site fuckyeahmovieposters.tumblr.com

de John D. Hancock. 1971. U.S.A. 1h29. Avec Zohra Lampert, Barton Heyman, Kevin O'Connor, Gretchen Corbett, Alan Manson, Mariclare Costello.

Sortie salles U.S.A: 7 Août 1971

FILMOGRAPHIE: John D. Hancock est un réalisateur, scénariste et producteur américain , né le 12 Février 1939 au Kansas City, Missouri. 1970: Sticky My Fingers... Fleet my feet. 1971: Let's Scare Jessica to Death. 1973: Le Dernier Match. 1976: Baby Blue Marine. 1979: California Dreaming. 1987: Weeds. 1988: Steal the Sky (télé-film). 2000: A Piece of Eden. 2001: Mayhem.


Sorti en Vhs aux States au début des années 80 mais honteusement inédit chez nous ainsi qu'en salles, Let's scare Jessica to Death est l'ovni surgi de nulle part car se révélant une expérience schizophrène unique en son genre. A l'instar du tout aussi étrange, Carnival of Souls, cette série B bien ancrée dans sa facture seventie d'une époque hippie est façonnée par un spécialiste de télé-films et séries TV. Une oeuvre réfrigérante transcendée par la prestance diaphane de l'actrice Zohra Lampert (la Fièvre dans le Sang, Alphabet City, l'Exorciste, la suite). Après un séjour en asile psychiatrique, Jessica emménage dans une bourgade bucolique du Connecticut parmi la présence de son mari et d'un ami. Dans l'enceinte de la demeure, ils découvrent la présence fortuite d'une étrange jeune femme du nom d'Emilie. Alors qu'ils visitent ensemble le village à proximité, les citadins leur avertissent qu'une légende persistante évoque le fantôme d'une dame blanche, morte noyée dans le lac avant le jour de ses noces. Déambulant près du lac, Jessica semble à nouveau contrarié par d'étranges phénomènes inexpliqués alors que des voix récursives se font entendre dans son psyché torturé. 



Climat intimiste d'une contrée champêtre aussi étrange qu'exaltante, Let's Scare Jessica to Death est une expédition latente au sein de l'esprit tourmenté d'une femme démunie. Avec sensibilité prude et anxiété, le réalisateur John D. Hancock nous dépeint son désir de renouer avec une existence modeste parmi sa fascination pour les sculptures de pierres tombales. Mais molestée par des êtres diaboliques et hantée par des chuchotements anonymes, elle se retrouve immergée dans une spirale d'angoisse. Au fil de son cheminement, il se révèle néanmoins impossible de savoir si ses évènements pernicieux émanent d'un phénomène surnaturel ou de sa folie schizophrène.


D'apparence calme et sereine mais profondément angoissée par toutes ses visions, Jessica plonge dans une irrémédiable terreur sournoise lorsque des paysans balafrés, une fille aguicheuse et une morte noyée vont venir l'importuner de façon toujours plus cinglante. Avec l'utilisation judicieuse de ces décors naturels particulièrement hostiles et son ambiance anxiogène sous jacente, Let's Scare Jessica to Death renoue avec les oeuvres singulières où l'envoûtement s'accapare du spectateur avec une rare acuité. Si cette série B indépendante se révèle aussi immersive et hermétique, c'est également grâce à la présence équivoque de Zohra Lampert. La comédienne donnant chair à son personnage avec une sensibilité chétive dans son esprit vacillant entre réalité et déraison. Ce comportement ambivalent est renforcé par l'apparence flegme de son visage hagard alors que l'instant d'après des signes d'affolement sont décuplés par les visions d'évènements meurtriers. Epaulé de l'harmonie funèbre tantôt mélancolique de sa partition, le périple de Jessica nous implique émotionnellement dans ses hantise d'une femme vampire jouant un rôle conséquent ! Cette ambiguïté insoluble, cette intensité d'étrangeté, cette douceur mélodique imparties à son univers nous provoquant inévitablement l'empathie pour sa fragilité précaire.


La dame du lac
Quintessence du cinéma fantastique moderne pouvant se targuer de figurer parmi les plus belles réussites du genre, Let's Scare Jessica to Death cultive néanmoins une réputation notoire non usurpée auprès des aficionados et en dépit de sa rareté. Avec son final délétère en apothéose décuplant une terreur ambiante, le spectateur émerge difficilement de l'introspection intimiste d'une victime dépressive. Cette empathie accordée est d'autant mieux scandée de l'aura sensitive d'un climat éthéré, sa lenteur fascinante sublimant avec élégie l'errance existentielle d'une femme égarée au milieu d'un étang maculé de sang. 

Dédicace à Daniel Aprin
17.07.12
Bruno Dussart


lundi 16 juillet 2012

48 HEURES (48 Hours). Grand Prix au Festival du film policier de Cognac, 1983.


                                                                            (Photo empruntée sur Google, appartenant au site johnplissken.com)


de Walter Hill. 1982. U.S.A. 1h36. Avec Nick Nolte, Eddie Murphy, Annette O'Toole, Frank McRae, James Remar, David Patrick Kelly, Sonny Landham, Brion James, Kerry Sherman, Jonathan Banks.

Sortie salles France: 27 Avril 1983. U.S: 8 Décembre 1982

Récompense: Grand Prix au Festival du film policier de Cognac, en 1983

FILMOGRAPHIE (source Wikipedia): Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis).
1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver, 1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule, 1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs, 1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV).


Gros succès à sa sortie et révélation du néophyte Eddie Murphy pour son premier rôle à l'écran, 48 heures est devenu au fil du temps une référence du Buddy Movie, genre prisé au début des années 80. Sous la houlette d'un maître du cinéma musclé et avec la complémentarité de deux comédiens loquaces, ce film policier moderne constitue un jubilatoire concentré d'action et de comédie par son rythme sans faille. Pour retrouver un dangereux criminel et son complice, l'inspecteur Jack Gates négocie une transaction avec Reggie Hammond, un taulard afro condamné à une peine de 3 ans mais prochainement libérable. Durant 48 heures de liberté surveillée, Reggie va devoir collaborer avec son allié pour remonter la piste de ces anciens associés mais aussi mettre la main sur un butin de 500 000 dollars.


Sous le pilier d'une intrigue habilement troussée générant une action échevelée et parmi la posture volcanique de deux partenaires forts en gueule, 48 Heures est un modèle de divertissement grand public. Sans céder à la facilité d'une action redondante, Walter Hill mise surtout sur l'abattage de ces deux protagonistes dans leur personnalité caractérielle. Au fil de leurs vicissitudes semées d'embûches et de déconvenues, le flic et le voleur en perpétuel conflit moral font finalement parvenir à s'apprivoiser, s'accepter et se tolérer afin de débusquer des tueurs sans vergogne lâchés dans les cités nocturnes de New-York. A deux doigts d'appréhender à plusieurs reprises ces criminels, ils n'auront de cesse de manquer leur cible en jouant de malchance ! Un alibi de manière à attiser l'expectative pour la prochaine rixe haletante avivée d'une violence incisive. Parmi la drôlerie de leur complicité braillarde, Walter Hill retarde l'altercation pronostiquée pour laisser libre court à leurs discordes et  provocations fantaisistes (leur rixe improvisée en pleine rue avant qu'une patrouille de police ne les séparent, l'interrogatoire improvisé par Reggie à la clientèle d'un bar de country ou encore sa requête lubrique invoquée à certaines femmes pour satisfaire sa libido). En flic renfrogné à l'impressionnante carrure, Nick Nolte impose une autorité inflexible avant d'accéder à la loyauté d'accorder du crédit à son coéquipier marginal. Secondé par ce taulard aussi loquace que finaud, Eddie Murphy se délecte spontanément à gouailler son partenaire ainsi que les malfrats avec une verve hilarante.


Au rythme de l'inoubliable thème de James Horner, 48 heures divertit en diable grâce à notre irrésistible tandem de durs à cuire à l'ironie percutante et au professionnalisme de son auteur transfigurant une action décapante. En conjuguant avec extravagance l'action et l'humour, 48 Heures peut aisément se qualifier comme modèle du Buddy Movie

16.07.12. 4èx
Bruno Matéï

                                          

jeudi 12 juillet 2012

CROIX DE FER (Cross of Iron)


de Sam Peckinpah. 1977. Angleterre/Allemagne de l'Ouest. 2h13. Avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Klaus Lowitsch, Vadim Glowna, Roger Fritz, Dieter Schidor, Burkhard Driest, Fred Stillkrauth.

Sortie salles France: 18 Janvier 1978. U.S: 11 Mai 1977

FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984.
1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.


Ne vous réjouissez pas de sa défaite, vous les hommes. Car même si le monde s'est levé pour arrêter l'ordure, la traînée qui l'a mis au monde est à nouveau en rut. Bertolt Brecht.

D'après le livre de Willi Heinrich, La Peau des Hommes, Sam Peckinpah retrace avec Croix de Fer le conflit entre un capitaine prussien, en quête d'une croix de fer pour satisfaire son égo, et le caporal Steiner, un baroudeur inflexible et loyal, pris au piège par son rival égocentrique.
Film de guerre explosif d'une grande violence et parfois même d'une cruauté vénale, Croix de Fer dénonce une fois de plus l'absurdité de la guerre dans toute sa laideur et son inanité d'un conflit belliqueux à bout de souffle. Alors que l'armée allemande bat en retraite sur le front russe en 1943, Steiner et sa troupe vont devoir continuer à se battre contre les alliés et contourner nombre de subterfuges émis sur leur cheminement en déclin. Avec des moyens techniques considérables (comme la présence rarissime d'authentiques chars soviétiques T-34) et de prestigieuses stars notoires (James Coburn, James Mason, David Warner, Maximilian Schell), Sam Peckinpah impose à bon escient ses traditionnels effets de ralenti où les éclaboussures de sang s'extraient des chairs meurtries pour dénoncer la barbarie humaine d'une guerre mondiale préalablement décrétée par un leader fasciste. Outre le fait que ses soldats valeureux combattent l'antagoniste au front avec une bravoure exemplaire, la situation acharnée dans laquelle ils évoluent les rendent si surmenés et exténués que leur éthique semble davantage avilie par la sauvagerie qui en résulte.


Avec réalisme cinglant, notre réalisateur pourfendeur jalonne son récit de séquences chocs particulièrement difficiles car inéquitables sur le sort réservé à l'antagoniste cosmopolite. Comme ce sort final réservé au petit garçon russe, préservé de prime abord par les comparses de Steiner mais compromis par l'orgueil mégalo d'un capitaine sans vergogne. La découverte par nos baroudeurs des femmes de l'armée rouge réfugiées dans une cabane est sans doute la séquence la plus pénible et pertinente pour dénoncer l'inanité d'une guerre odieuse éludée d'équité. Dans le chaos et la confusion, quelques soldats délibérés à violer certaines d'entre elles vont finalement être contraints de se défendre quand les femmes auront décidé de se soustraire à la soumission sexuelle dans une rébellion suicidaire. Parfois, pour mieux stigmatiser l'absurdité des conflits rivaux, Peckinpah utilise l'ironie caustique comme cet épilogue acerbe où Steiner décide de déserter par dépit et vengeance afin de rejoindre le capitaine Stransky pour l'assassiner. Préalablement, une autre séquence éloquente tourne en dérision les délires irascibles de Steiner, soigné dans un hôpital de guerre. Entre songes et réalité, celui-ci décide de se révolter violemment contre ses confrères supérieurs venus ausculter les blessures infligés aux combattants pour savoir s'ils peuvent à nouveau rejoindre le front par manque d'effectif.


Outre une distribution d'exception, James Coburn incarne avec une rigueur innée le rôle d'un
belligérant pugnace mais dépité à l'idée de se défendre au milieu d'une guerilla dissolue et anarchique. Il dégage avec virilité une prestance héroïque particulièrement cynique pour railler ses supérieurs condescendants mais aussi un humanisme fébrile pour prémunir sa brigade sévèrement prise à parti. Dans celui du capitaine sans vergogne, Maximilian Schell se révèle proprement détestable dans ces exactions perfides et ses ambitions égotistes pour s'accaparer d'une croix de fer en guise de trophée célébré.


Violent, cruel, voir même parfois malsain, Croix de Fer est un grand film personnel sur la déroute d'une guerre mondiale éludé d'héroïsme. Epris d'une ambiance désenchantée pour mettre en exergue la dureté des combats déloyaux et renforcé par la densité déshumanisée de ces protagonistes déchus, Sam Peckinpah concrétise une fois encore une oeuvre ambitieuse, abrupte et spectaculaire. Un réquisitoire hostile aux institutions militaires où la mélancolie s'exacerbe un peu plus au fil d'authentiques images d'archives nauséeuses défilant inévitablement au générique de fin. Une manière congrue de nous rappeler toute l'ignominie contagieuse d'une seconde guerre régie par une aspiration barbare, alors qu'un rire intempestif s'emmêle avec une frénésie incontrôlée !

Bruno Matéï
12.07.12. 2èx