de Sam Peckinpah. 1977. Angleterre/Allemagne de l'Ouest. 2h13. Avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Klaus Lowitsch, Vadim Glowna, Roger Fritz, Dieter Schidor, Burkhard Driest, Fred Stillkrauth.
Sortie salles France: 18 Janvier 1978. U.S: 11 Mai 1977
FILMOGRAPHIE: Sam Peckinpah est un scénariste et réalisateur américain, né le 21 Février 1925, décédé le 28 Décembre 1984.
1961: New Mexico, 1962: Coups de feu dans la Sierra. 1965: Major Dundee. 1969: La Horde Sauvage. 1970: Un Nommé Cable Hogue. 1971: Les Chiens de Paille. 1972: Junior Bonner. Guet Apens. 1973: Pat Garrett et Billy le Kid. 1974: Apportez moi la tête d'Alfredo Garcia. 1975: Tueur d'Elite. 1977: Croix de Fer. 1978: Le Convoi. 1983: Osterman Week-end.
D’après le livre de Willi Heinrich, La Peau des Hommes, Sam Peckinpah retrace avec Croix de Fer l’affrontement entre un capitaine prussien avide de reconnaissance, prêt à tout pour décrocher une croix de fer destinée à flatter son ego, et le caporal Steiner, baroudeur inflexible et loyal, piégé par l’ambition délirante de son rival. Film de guerre explosif, d’une violence sèche et parfois d’une cruauté vénale, Croix de Fer dénonce une fois encore l’absurdité d’un conflit belliqueux à bout de souffle, exposé dans toute sa laideur et son inanité.
Alors que l’armée allemande bat en retraite sur le front russe en 1943, Steiner et sa troupe poursuivent un combat déjà perdu, contraints de survivre entre les lignes ennemies, contournant pièges et subterfuges dans une lente déliquescence morale. Fort de moyens techniques considérables — dont la présence rarissime d’authentiques chars soviétiques T-34 — et d’une distribution prestigieuse (James Coburn, James Mason, David Warner, Maximilian Schell), Peckinpah impose ses ralentis emblématiques : les éclaboussures de sang jaillissent des chairs meurtries, non pour glorifier la bataille, mais pour dénoncer la barbarie humaine d’une guerre mondiale dictée par un leader fasciste. Si ces soldats affrontent l’ennemi avec une bravoure indéniable, l’acharnement et l’épuisement les consument au point de voir leur éthique progressivement avilie par la sauvagerie qu’ils subissent et reproduisent.
Avec un réalisme cinglant, le cinéaste jalonne son récit de séquences chocs, d’autant plus éprouvantes qu’elles s’avèrent foncièrement inéquitables. Le sort tragique réservé au jeune garçon russe, d’abord épargné par les hommes de Steiner avant d’être sacrifié sur l’autel de l’orgueil mégalomane d’un capitaine sans vergogne, en est l’un des exemples les plus glaçants. Mais la séquence la plus pénible et la plus pertinente demeure celle des femmes de l’Armée rouge réfugiées dans une cabane : face au chaos et à la confusion, certaines sont livrées à la pulsion de soldats prêts à violer, avant que ces femmes ne choisissent la rébellion suicidaire pour échapper à la soumission sexuelle. Peckinpah y stigmatise frontalement l’ignominie d’une guerre vidée de toute équité.
Parfois, pour mieux souligner l’absurdité des conflits, le cinéaste recourt à une ironie caustique, comme dans cet épilogue acerbe où Steiner, par dépit et désir de vengeance, déserte pour rejoindre le capitaine Stransky et l’abattre. Plus tôt, une autre séquence tout aussi éloquente tourne en dérision la folie militaire : soigné dans un hôpital de guerre, Steiner oscille entre rêve et réalité avant de se révolter violemment contre ses supérieurs venus jauger les corps mutilés afin de déterminer lesquels peuvent encore être renvoyés au front, faute d’effectifs.
Porté par une distribution d’exception, James Coburn incarne avec une rigueur implacable ce combattant pugnace, lucide et désabusé, contraint de survivre au sein d’une guérilla dissolue et anarchique. Il impose une virilité sèche, teintée d’un cynisme mordant pour railler ses supérieurs, mais aussi un humanisme fébrile lorsqu’il tente de protéger sa brigade condamnée. Face à lui, Maximilian Schell se révèle proprement détestable dans le rôle du capitaine sans vergogne, perfide et obsédé par l’idée de s’approprier une croix de fer comme trophée d’un égo malade.
Violent, cruel, parfois même malsain, Croix de Fer s’impose comme un grand film personnel sur la déroute d’une guerre mondiale vidée de tout héroïsme. Habité par une ambiance profondément désenchantée, renforcée par la densité déshumanisée de protagonistes déchus, Sam Peckinpah livre une œuvre ambitieuse, abrupte et spectaculaire. Un réquisitoire féroce contre les institutions militaires, où la mélancolie s’exacerbe encore à la vue d’authentiques images d’archives nauséeuses défilant au générique de fin. Une manière brutale et lucide de rappeler l’ignominie contagieuse d’une guerre régie par l’aspiration barbare, tandis qu’un rire intempestif se mêle à une frénésie incontrôlée.
— le cinéphile du cœur noir 🖤12.07.12. 2èx





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