mardi 28 août 2018

Les Insectes de Feu / Bugs. Licorne d'Or, Paris 1975.

                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site seriebox.com

"Bug" de Jeannot Szwarc. 1975. U.S.A. 1h40. Avec Bradford Dillman, Joanna Miles, Richard Gilliand, Jamie Smith Jackson, Alan Fudge, Jesse Vint, Patricia McCormack, Brendan Dillon.

Sortie salles France: 28 Janvier 1976

FILMOGRAPHIE: Jeannot Szwarc est un réalisateur français, né le 21 Novembre 1939 à Paris.
1973: Columbo: adorable mais dangereuse, 1975: les Insectes de Feu, 1978: Les Dents de la mer 2, 1980: Quelque part dans le temps, 1983: Enigma, 1984: Supergirl, 1985: Santa Claus, 1994: La Vengeance d'une Blonde, 1996: Hercule et Sherlock, 1997: Les Soeurs Soleil.

Une pierre angulaire de l’horreur catastrophiste héritée du réalisme malsain des Seventies. Glaçant.

À l’aube d’une riche carrière éclectique alternant le meilleur et le pire, le Français Jeannot Szwarc réalise en 1975 l’un de ses meilleurs films : une série B horrifique matinée de science-fiction et de catastrophe alors en vogue. Produit et coécrit par William Castle, en collaboration avec la Paramount depuis le prodigieux succès de Rosemary’s Baby, Les Insectes de feu est également tiré d’un roman de Thomas Page, The Hephaestus Plague, publié en 1973.

Un séisme ravage une région bucolique des États-Unis, libérant par l’occasion d’étranges insectes capables d’incendier la nature environnante au contact de leur abdomen. Peu à peu, d’étranges incidents surviennent auprès des citadins, les arthropodes agressant leurs victimes par le feu. Un professeur universitaire, retranché chez lui depuis la mort de son épouse causée par ces créatures, décide alors de les étudier.

Récompensé en Catalogne et au Rex à Paris, où il remporte la fameuse Licorne d’Or, Les Insectes de feu demeure un délicieux cauchemar si représentatif des Seventies avec son réalisme aussi âpre que terrifiant. Et pour cause : son sujet, traité avec le plus grand sérieux, exploite des séquences horrifiques proprement viscérales et remarquablement efficaces, tant par leur impact inédit que spectaculaire que par la qualité consciencieuse des trucages (eux aussi récompensés en Catalogne). 

En l’occurrence, les victimes, insidieusement molestées par les blattes, tentent désespérément de fuir la menace du feu, ces dernières étant capables d’incendier leurs proies au simple contact de leur abdomen. Les citadins se transforment alors en torches humaines après que l’insecte est parvenu à produire une chaleur combustible au contact tactile. Des visions d’effroi malsaines, impitoyables et dérangeantes que Szwarc parvient à mettre en exergue avec un brio technique avisé.

Ces séquences s’avèrent d’autant plus réalistes lorsque les victimes accourent dans l’intensité de l’affolement, quand bien même Jeannot Szwarc y injecte auparavant un suspense parfois oppressant quant à l’expectative de leur prochaine agression. Ainsi, la fascination répulsive exercée par ces diaboliques invertébrés, délibérés à dominer le monde sous l’impulsion d’un chercheur endeuillé, réussit à nous convaincre de leur dangerosité grâce à leur véracité corporelle.

Repoussantes par leur aspect presque métallique, leur carapace oscillant entre souplesse et rigidité, ces créatures crèvent l’écran avec un réalisme inusité, sachant que l’auteur se refuse à désamorcer l’horreur des situations par une quelconque dérision macabre. Qui plus est, celui-ci utilise habilement son savoir-faire technique par l’entremise d’une partition musicale quasi expérimentale, d’une photographie solaire et crépusculaire, ainsi que de nombreux zooms auscultant l’anatomie de ces blattes dévoreuses de cendre.

La seconde partie, beaucoup plus sobre mais cauchemardesque et résolument inquiétante par son aspect documenté, exploite le huis clos étouffant à travers les agissements scientifiques du biologiste, obsédé à l’idée d’exterminer les insectes depuis que sa femme fut l’une de leurs victimes. Sous le principe du reportage animalier, ce second acte réussit à captiver à travers une succession d’épreuves scientifiques qu’effectue ce dernier, subitement animé par une forme de dépression mégalomaniaque, jusqu’à vouloir ensuite accoupler ces arthropodes - hérités de la préhistoire - avec une autre race d’insectes.

Efficacement mené et résolument fascinant par l’aspect réaliste de cette menace animale plus vraie que nature, Les Insectes de feu constitue une Å“uvre charnière de l’épouvante des Seventies. À travers son passionnant thème écologique - la quête de pouvoir entre l’homme et l’insecte -, on demeure d’autant plus alerté face à l’arrogance de ce chercheur borderline, obsédé à l’idée de dompter une mutation carnivore pour une cause révolutionnaire, voire mégalomaniaque selon moi.

Sa solide distribution - Bradford Dillman, très investi en savant en perte de moralité -, les séquences chocs impressionnantes qui ponctuent l’intrigue sans gratuité, ainsi que son score dissonant confirment que ce classique de l’horreur-vérité n’a rien perdu de sa vigueur malsaine ni de son pouvoir d’étrangeté.

— Celui du cÅ“ur noir des images 🖤

28.08.18. 5èx
13.06.11

Récompenses:
Prix des meilleurs effets spéciaux pour Phil Cory, lors du Festival du film de Catalogne en 1976.
Prix du Public et Licorne d'Or au Rex à Paris en 1975.

1 commentaire: