vendredi 8 décembre 2023

Sucker Punch

                                              
                                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Zack Snyder. 2011. U.S.A. 2h07 (version longue). Avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone, Vanessa Hudgens, Jamie Chung, Carla Gugino, Michael Adamthwaite, Danny Bristol, Scott Glenn, Jon Hamm, Oscar Isaac...

Sortie en France le 31 Mars 2011, U.S.A le 24 Mars 2011

FILMOGRAPHIE: Zack Snyder est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et acteur amĂ©ricain nĂ© le 1er mars 1966 Ă  Green Bay, Wisconsin (États-Unis). 2004 : L'ArmĂ©e des morts (Dawn of the Dead). 2007 : 300. 2009 : Watchmen. 2010 : Le Royaume de Ga'hoole : La LĂ©gende des gardiens (Legend of the Guardians: The Owls of Ga'Hoole). 2011 : Sucker Punch. 2012 : Superman: Man of Steel. 2016 : Batman v Superman : L'Aube de la justice (Batman v Superman: Dawn of Justice). 2017 : Justice Leaguenote 1 - (version de Whedon). 2021 : Zack Snyder's Justice League - (version Snyder Cut). 2021 : Army of the Dead. 2023 : Rebel Moon - Partie 1 : Enfant du Feu. 2024 : Rebel Moon - Partie 2 : L'Entailleuse. 

                                      (mea-culpa:) Plus qu'un film, une philosophie existentielle.

PartagĂ© entre la sĂ©duction et la dĂ©ception au 1er visionnage (alors qu'un ami me l'avait fortement recommandĂ© Ă  renfort d'insatiables dithyrambes), il m'eut fallut patienter plus de 12 ans pour retenter l'expĂ©rience (Ă  un moment alĂ©atoire qui plus est) afin d'apprĂ©cier Ă  sa juste valeur ce monstrueux morceau de pellicule autant inscrit dans la dĂ©mesure homĂ©rique que dans la fragilitĂ© pour le profil imparti Ă  la cause fĂ©ministe en voie de surpassement de soi. Si bien que dans le cadre du film d'action Ă©pique oĂą tout y est permis s'y chevauchent par le truchement du rĂŞve (Ă©chappatoire Ă  une rĂ©alitĂ© sordide) les composantes de la romance (dĂ©chue), de la science-fiction, de la Fantasy, de la violence belliqueuse (plus prĂ©cisĂ©ment le film de guerre), du film musical (surtout dans la version longue) et du drame. Sucker Punch nous Ă©tourdissant les sens (mirettes, ouĂŻe, encĂ©phale) parmi l'efficacitĂ© (pour ne pas dire l'audace) d'un concept musical (les numĂ©ros de danse que nous ne verrons jamais ouvertement tout en rendant hommage en filigrane au music-hall) avec une puissance Ă©motionnelle inusitĂ©e. Eu Ă©gard de la mine dĂ©confite, hagarde, sans voix que nous exprimions dans la finalitĂ© du dĂ©roulement du gĂ©nĂ©rique de fin. Tout du moins auprès de ma sensibilitĂ© ballotĂ©e durant tout ce pĂ©riple ne ressemblant Ă  nulle autre aventure de par son acuitĂ© formelle, symbolique pour autant numĂ©risĂ©e. Et lĂ  aussi on peut parler de tour de force technique d'un rĂ©alisme immersif si stupĂ©fiant, si dĂ©paysant que l'on aimerait Ă  jamais rejoindre cette armĂ©e de rebelles en jupes courtes plus que jamais remontĂ©es Ă  bloc (ça pĂ©tarade Ă  tout va au sein d'une action TOUJOURS lisible !) faute de leur condition d'exclusion. 


Jack Snyder
nous livrant Ă  mon sens le plus beau mĂ©trage de sa carrière tant il dĂ©clare sa flamme Ă  cette cause fĂ©ministe avec intelligence, audace, sincĂ©ritĂ© indĂ©fectible auprès de la fragilitĂ© dĂ©munie de ses hĂ©roĂŻnes des temps modernes en apprentissage frondeur. Car sous couvert de mĂ©taphore fantasmagorique auprès des dĂ©lires internes d'une orpheline ballerine s'imaginant son propre univers hyperbolique afin de s'Ă©chapper de sa geĂ´le, et pour y transcender sa condition Ă  la fois soumise et torturĂ©e, Jack Snyder, habitĂ© par une ambition morale Ă  feu et Ă  sang, aligne Ă  rythme mĂ©tronome les sĂ©quences d'anthologie toutes plus Ă©bouriffantes les unes que les autres au fil de missions chevaleresques rigoureusement dĂ©complexĂ©es, stylĂ©es, zĂ©lĂ©es, dĂ©bridĂ©es. Tout en prenant soin de ne jamais omettre la dimension humainement fragile de ses patientes internĂ©es par une gente masculine misogyne, machiste, abusive, pour ne pas dire haĂŻssable. Ainsi, en nous immergeant de plein fouet dans son univers hybride d'une beautĂ© stylisĂ©e sans Ă©gale, le spectateur est embarquĂ© dans un jeu de rĂ´le plus intelligent que les apparences si bien que le moindre dĂ©tail narratif et visuel prime au fil d'un cheminement Ă  suspens davantage Ă©pineux, risquĂ©, cruel d'oĂą le sens du sacrifice y prendra tout son sens lors de son final inoubliable. Quant aux actrices sexy mais nullement vulgaires, elles se prĂŞtent admirablement au jeu de l'action belliciste avec un charisme typĂ©, une foi morale aussi dĂ©terminĂ©e qu'indĂ©cise. Car outre son hymne Ă  cette cause fĂ©minine plongĂ©e dans le rĂŞve le plus exaltant et cauchemardesque qui soit, le message essentiel de Snyder sous-tend une rĂ©flexion mystique sur le pouvoir chimĂ©rique des anges, leur facultĂ© innĂ©e, dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  nous observer pour nous protĂ©ger et ainsi forger notre propre destin (Ă  condition d'ĂŞtre Ă  leur Ă©coute; et donc de croire Ă  l'improbable, l'invisible, pourtant bien prĂ©sent si l'on reste attentif) en dĂ©passant nos affres de l'Ă©chec, de la solitude, de l'Ă©garement, de la dĂ©sillusion. Croire en soi en somme. 


Spectacle absolu de décadence à travers sa mélancolie d'une beauté funeste.
Divertissement hybride Ă©bouriffant d'impact Ă©motionnel Ă  travers son hymne Ă  l'Ă©vasion vers d'autres mondes, entre fulgurance visuelle et dramaturgie vĂ©riste aussi bien fĂ©brile que rugueuse, Sucker Punch est peut-ĂŞtre l'un des films d'action les plus beaux, les plus tĂ©nĂ©breux, les plus jouissifs et insensĂ©s jamais rĂ©alisĂ©s au sein d'une chorĂ©graphie musicale terriblement vertigineuse. D'oĂą l'emprise irrĂ©pressible que gĂ©nère l'hĂ©roĂŻne infantile Babydoll Ă  travers notre sensibilitĂ© torturĂ©e aussi rĂŞveuse que pessimiste avec, comme message salvateur, de croire en soi Ă  condition de se battre contre nos dĂ©mons. 

Pensée particulière pour Luke...

*Bruno
02.04.11.
08.12.23. 2èx. Vostfr

                                                                         Ci-joint ma chronique de 2011:

Attendu depuis plus d'un an par une horde de fans surexcités à l'idée du projet (en résumé, dans un monde fantastique, un trio sexy de donzelles armées jusqu'aux dents ont décidé de dépuceler la gente masculine à coups de mitraillettes dégénérés et de sabre acéré !), le nouveau film scénarisé pour la première fois par Zack Snyder accuse une sévère divergence du côté des critiques bien pensantes ! Attendu au tournant pour voir enfin aboutir l'accomplissement d'une oeuvre personnelle d'un auteur polémique, Sucker Punch attise la curiosité, délie les traditionnels préjugés et engendrent les critiques assassines n'y voyant qu'un énième blockbuster dans la tradition culinaire du genre. Alors que du côté du public, une flopée de spectateurs téméraires sans influence eurent vécu un formidable divertissement fun et débridé, beaucoup plus profond et intelligent qu'il n'y parait.

Synopsis: Baby Doll et sa soeur sont les souffre-douleur d'un beau-père incestueux alors que leur mère vient de décéder. Après que celui-ci eut découvert que seules les deux filles pourront bénéficier du versement testamentaire légué par leur mère, il décide de punir l'une d'elle en la battant violemment. Témoin de la posture moribonde de sa soeur, Baby Doll, éprise d'une haine vindicative s'empare d'une arme à feu et tire en direction de son beau-père. Malheureusement, sa soeur sévèrement touchée par la balle meurtrière s'écroule. Contrainte de se retrouver dans un asile psychiatrique à la suite d'une magouille financière, la jeune orpheline coupable d'homicide va s'inventer à présent un monde imaginaire afin de trouver la force de combattre et de retrouver sa liberté en tentant de s'évader avec la complicité de ces acolytes féminines.

Je dois avouer qu'après avoir assistĂ© Ă  la projection de Sucker Punch, quelques heures Ă  peine alors que je me dĂ©cide de divulguer mes impressions Ă  chaud, me laisse dans un futile Ă©tat de doute et de frustration. Non pas que le film m'eut déçu, bien au contraire, mais qu'il alterne dans ma psychĂ© dĂ©routĂ© un sentiment persistant d'Ă©motions troublĂ©es, dĂ©sorientĂ©es, irritĂ©es, dĂ©structurĂ©es pour finalement m'apercevoir  après le douloureux acte final que le personnage hĂ©roĂŻque de Baby Doll reste ancrĂ© dans mon esprit pour me hanter sur ma façon d'envisager mon propre avenir. Mais aussi sur l'influence spĂ©culative que peut exercer sur ma conscience une jeune fille chimĂ©rique au passĂ© fustigĂ©, reflet de mes rĂ©miniscences indociles et Ă©hontĂ©es. Ce flamboyant concentrĂ© de fantasy Ă©chevelĂ©e, de tendresse innocente, d'action dĂ©bridĂ©e et surtout de quĂŞte existentielle sur le sens du courage abouti de mon point de vue personnel Ă  une oeuvre foisonnante hybride, baroque, imparfaite, insolite, hors norme, d'une fragilitĂ© insoupçonnĂ©e !
                             
Le préambule à l'ambiance superbement gothique, filmée à la manière d'un mini-clip et rythmé par un célèbre tube de Eurythmics amorce dès le départ une empathie certaine auprès de notre jeune héroïne condamnée à se retrouver jusqu'aux restants de ces jours dans un asile psychiatrique pour y être lobotomisée. Présentation glauque des lieux désaturés accentuant l'aliénation mentale des malades ainsi que la noblesse de personnages perfides avant l'entrée en scène d'un gigantesque décor de salle de théâtre des années 50 ! C'est après avoir fait connaissance avec les commanditaires régissant cette sordide hiérarchie et ses femmes esclaves soumises que Baby Doll décidera de combattre ses faiblesses, sa peur, sa timidité en s'inventant un monde imaginaire. Mais dans son univers irréel se dédouble également celui de sa propre réalité perçue dans le refuge putassier de ce centre médical ! Celui de l'asile transformé dans son esprit en bordel de luxe pour la clientèle de vieillards embourgeoisés. Un réseau de prostitution (lieu perverti influencé par le caractère incestueux du beau-père putanesque) auquel la directrice de l'établissement ordonnera à Baby Doll de se préparer à un cours de danse artistique inscrit dans la sensualité pour appâter cette gente masculine. Ainsi, dans un maelström d'images cinglantes furieusement spectaculaires dont la virtuosité technique indiscutable appâte systématiquement la vue et l'ouïe du spectateur désorienté, Zack Snyder nous invite aux rêves introspectifs de notre jeune héroïne accompagnée de farouches guerrières impliquées dans les combats de front tous plus belliqueux les uns que les autres. Univers post-apocalyptique de guerre mondiale auquel des zombies lobotomisés sont déployés en masse, époque ancestrale moyenâgeuse gouvernée par un dragon ailé ou ville futuriste régie par des cyborgs argentés se succèdent à chaque nouvelle leçon de danse magistralement chorégraphiée dans le délire fantasmé de la psyché de notre héroïne évasive.
Cette idée insolite, séduisante et originale faisant intervenir en lieu et place d'un show de danse sexy un clip actionner survitaminé possède toutefois son revers de médailles. Les séquences très spectaculaires impliquant des icônes pernicieuses de monstres hérités de la Fantasy ou du jeu-vidéo manquent cependant d'une certaine densité pour l'intensité dramatique. Car les combats incessants que mènent l'héroïne et ses guerrières rebelles au travers de son imaginaire refoulé ne permettent pas de s'impliquer pleinement dans l'action et l'aventure intrépide. Dans le sens émotionnellement parlant puisque l'ennemi envisagé et redouté change à chaque fois d'identité et de lieu et surtout qu'il est éludé d'un véritable enjeu dramatique malgré les indices concourus. Ne subsiste alors que le côté fun et outrancier de l'action survoltée et des décors dantesques incroyablement décharnés.
                                       
Je regrette aussi que Baby Doll ne démontre jamais au spectateur ses véritables talents d'artiste innée, chorégraphiant ses pas de danse sur un air musical envoûté d'Eurythmics ou de Bjork ! Régulièrement, durant la projection, je me suis dit que cette fois-ci nous allons avoir droit à une séquence d'anthologie accès sur la sensualité épurée d'une jeune fille photogénique ! Malheureusement, mon espoir fantasmé ne sera jamais exaucé et Zack Snyder gardera la cadence du caractère ultra spectaculaire pour ses scènes d'actions festives et jouissives (telle la séquence faisant intervenir un dragon démesuré en plein donjon moyenâgeux, proprement impressionnante et fascinante d'imagerie épique !) avant la dernière demi-heure d'une riche intensité dramatique.

C'est cette dernière partie particulièrement dure et sombre auprès des conflits humains que le récit adopte une ampleur dramatique soudainement austère. Depuis le début, on s'était rendu compte de la portée métaphysique du script et que toute cette équipée féministe pleine de bruit et de fureur investie à travers l'esprit tourmenté d'une jeune fille esseulée constitue un véritable cri du coeur asséné aux défavorisés des athées. De ceux qui ont la malchance de ne pouvoir trouver la foi en la création de son propre monde. Que chacun est maître de son destin, qu'il suffit de trouver la clef qui est en soi pour pouvoir se libérer de nos démons carnassiers, nos craintes tant redoutées et d'affronter avec risque notre nouvel univers matérialisé. Sucker Punch souhaitant aussi nous convaincre que les anges existent, sous quelque forme qu'il se représente et que nous possédons tous cette entité bienfaitrice à nos côtés, prête à nous épauler ou favoriser si l'on veut bien se prendre la peine de croire à nos rêves les plus insensés. A moins que le devoir de sacrifice nous rappelle à la raison et nous transforme soi même en ange purificateur afin de pouvoir sauver la vie de celui ou celle que l'on chéri.
                               
Dans le rôle de Baby doll, la jeune Emilie Browning insuffle une séduction probante dans une composition en demi-teinte d'héroïne aussi téméraire, combative que chétive et angoissée, à deux doigts de la vulnérabilité. Doté d'un charisme troublant dans sa physiologie blême et pastel, la comédienne confirmée semble habitée par sa prestance militante pour la quête identitaire, la foi au courage et au dépassement de soi.

Submergé d'une BO rock endiablée et louablement interprété par des jeunes comédiennes aussi attachantes et survoltées que fragiles et anxiogènes, Sucker Punch est un spectacle atypique d'une richesse cérébrale dans sa philosophie existentielle et d'une acuité parfois bouleversante lors de sa dernière partie élégiaque. Dans tous les cas, cette oeuvre insolite est l'exemple type du blockbuster intelligent qui ose proposer au spectateur quelque chose de singulier et de viscéral auprès de son humanité torturée, au risque de dérouter et de laisser certains spectateurs dubitatifs par son esbroufe quelque peu gratuite.

Dédicace à LUKE MARS (l'ange d'une destinée ?!)

02.04.11
*Bruno 
                                        
Ă  11:58:00  
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1 commentaire:

luke2 avril 2011 Ă  23:50
ÉNORME CRITIQUE! J'en ai quasi pleuré, qui me va droit au cœur et me colle le frison. Il est vrai que le film souffre de nombreux défauts, mais le voyage intérieur que l'on vit grâce à BABYDOLL n'en reste pas moins d'une intensité extraordinaire. Je suis ému de voir que quelqu'un a su voir le film dans le film, je pensais être fou!
En revanche, je constate qu'on a une interprétation différente des faits (la danse de BABYDOLL),ce qui est finalement normal puisque c'est sa propre souffrance personnelle que l'on projette dans BABYDOLL, cela en fait du coup un film encore plus dense pour moi. J'y est projeté ma propre expérience, mes souffrances étant jeune et le besoin d'aller au cinéma pour m'évader, m'échapper et tenir le coup, m'enfuir ailleurs comme l'héroïne de cette bombe.
Je suis marqué par ce film et ce de façon indélébile et encore plus par la petite notation que tu as ajouté à coté de la dédicace.
Merci et tu me pousse à continuer à aller au cinéma TOUS les jours. En ce sens, mon ange, protecteur, celui de mes valeurs cinématographique, c'est bien toi Bruno!

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