Quelle ne fut pas ma surprise que de découvrir ce soir une œuvre inédite pour ma part, d’autant plus que Dark Places date de 2015. Et quelle surprise supplémentaire d’apprendre que ce thriller franchement horrifique est réalisé par un cinéaste français, à savoir Gilles Paquet-Brenner.
Sa structure narrative, d’une précision ciselée, repose entièrement sur l’attente d’une révélation. Le film se construit comme une investigation intimiste menée par Charlize Theron, qui incarne l’une des survivantes d’un massacre familial survenu en 1985. Un carnage perpétré par un mystérieux assassin dont l’identité demeure incertaine. Tout au long du récit, elle tente de démêler la vérité, alors que son propre frère, Ben, qu’elle avait accusé à l’époque, croupit en prison depuis 28 ans.
Outre une intrigue criminelle savamment agencée et portée par un suspense latent d’une efficacité redoutable, le film nous immerge dans un climat trouble où se mêlent satanisme et déviances sexuelles. Le tout est porté par des comédiens irréprochables, avec en tête une Charlize Theron remarquable, à la fois torturée, flegmatique et hantée par les zones d’ombre de son passé.
Il convient également de saluer le jeu incroyablement percutant de la jeune Chloë Grace Moretz, qui incarne ici un second rôle à contre-emploi, aussi trouble que peu recommandable. Sans trop en dévoiler sur la nature déviante de son personnage, la comédienne insuffle un naturel confondant, doublé d’une force expressive à la fois décomplexée et profondément dérangeante en jeune paumée camée en porte-à-faux.
Sa présence résonne en nous comme un spectre féminin vénéneux, presque irréel par son regard lestement reptilien, dont l’aura glaçante imprègne durablement le récit. Il s’agit sans doute là de l’un de ses rôles les plus sombres, sinon le plus sordide - et, pour ma part, le plus terrifiant et impressionnant de sa carrière.
Grâce à de nombreux flashbacks habilement distillés, le réalisateur ne nous perd jamais, malgré la nature vénéneuse de son intrigue. L’alternance entre les années 80 et les années 2010 installe un climat malsain, quasi étouffant. Mais jamais démonstratif ni complaisant, même si certaines séquences - notamment un carnage final particulièrement estomaquant, ou encore une scène d’abattage animal - marquent durablement les esprits.
Dark Places privilégie avant tout une atmosphère pesante, glauque et profondément dérangeante, sublimée par une photographie sépia, à la fois élégante et épurée, qui épouse parfaitement cette étrangeté diffuse. On sent ici une véritable patte, une volonté de s’éloigner du thriller hollywoodien standardisé pour appâter la ménagère de + de 50 ans.
Le film se montre plus fin, plus subtil dans sa démarche, en retardant toute explosion spectaculaire au profit d’une exploration psychologique de personnages terriblement ambigus. Car ici, la frontière entre le bien et le mal se révèle d’une minceur troublante, au sein d’une famille dysfonctionnelle rongée par ses secrets et ses fréquentations douteuses. Mais chut, je n’en dirai pas plus.
En tout état de cause, Dark Places m’a profondément surpris. C’est un coup de cœur indéniable, et il pourrait même bien s’inscrire parmi mes thrillers de référence. D’autant que l’horreur, d’abord tacite puis parfois frontalement palpable, se fond avec une justesse remarquable dans cette histoire familiale sordide, déchue et irrémédiablement meurtrie.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
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