dimanche 15 mai 2011

La Solitude des nombres premiers / La Solitudine Dei Numeri Primi

                                                

de Saverio Costanzo. 2010. Italie/Allemagne/France. 1h58. Avec Arianna Nastro, Alba Rohrwacher,  Filippo Timi, Iabella Rossellini, Luca Marinelli, Maurizio Donadoni.

Sortie en salles en France le 04 Mai 2011.

FILMOGRAPHIE: Saverio Costanzo est un rĂ©alisateur italien nĂ© le 28 Septembre 1975 Ă  Rome. Il est le fils du scĂ©nariste Maurizio Costanzo et le frère de la rĂ©alisatrice-scĂ©nariste Camilla Costanzo.
2004: Private. 2007: In memoria di me. 2010: La solitude des nombres premiers

                                     

Après Private (LĂ©opard d’Or Ă  Locarno), qui retraçait la vie d’une famille palestinienne, et In Memoria di me, plongĂ©e introspective dans l’âme d’un jeune sĂ©minariste, Saverio Costanzo revient avec un drame psychologique baroque et flamboyant, atypique et lyrique, dĂ©chirant et bouleversant, explorant les amours insolubles de deux ĂŞtres hantĂ©s par un trauma infantile. La Solitude des nombres premiers est adaptĂ© du best-seller de Paolo Giordano, couronnĂ© en 2008 du Prix Strega et du Campiello de la première Ĺ“uvre.

Synopsis: Alice, jeune fille introvertie et taciturne, subit la risĂ©e de ses camarades depuis sa chute de ski, qui la contraint Ă  boiter. Mattia, adolescent prodige, rĂ©servĂ© et timorĂ©, cache un secret lourd, liĂ© Ă  la prise en charge de sa sĹ“ur jumelle autiste. Par hasard, ils se rencontrent dans les couloirs du lycĂ©e. Alice ressent une attirance irrĂ©sistible pour Mattia et finit par l’inviter comme cavalier en boĂ®te, accompagnĂ©e d’une amie perfide.

NarrĂ© sur quatre Ă©poques (1984, 1991, 1998, 2007) par une dĂ©structuration en flashbacks incessants, La Solitude des nombres premiers dĂ©peint avec humanisme le portrait fragile d’un couple d’âmes marquĂ©es par un passĂ© brisĂ©. Dans une danse vertigineuse entre passĂ© et prĂ©sent, le rĂ©alisateur nous entraĂ®ne dans un drame lyrique proche du cinĂ©ma expĂ©rimental — notamment dans les sĂ©quences obsĂ©dantes en boĂ®te de nuit. Sa mise en scène stylisĂ©e explose Ă  chaque plan, viscĂ©rale et sensitive, imposant l’introspection douloureuse de ces ĂŞtres blessĂ©s par l’aigreur existentielle, alors que l’un d’eux semble prisonnier d’un traumatisme passĂ©.

Mattia porte les cicatrices de ses scarifications sur un bras, tandis qu’Alice garde l’empreinte indĂ©lĂ©bile de son accident sur la jambe gauche. Dans une photographie Ă©clatante aux teintes polychromes, presque baroque, Costanzo nous plonge dans un dĂ©dale d’Ă©motions troubles, charnelles, Ă  la fois attirantes et anxiogènes. Il s’approprie des codes du cinĂ©ma fantastique et du giallo, Ă  la Dario Argento ou John Carpenter, pour tisser une atmosphère opaque, ponctuĂ©e par une comptine enfantine (hommage Ă  Ennio Morricone pour L’Oiseau au plumage de cristal), et contrastĂ©e par les nappes caverneuses de Mike Patton. La techno stridente et les hits pop des annĂ©es 80, comme l’inoubliable « Bette Davis Eyes » de Kim Carnes, renforcent ce climat d’inconfort Ă©nigmatique.

Le film fourmille de dĂ©tails troublants : le portrait figĂ© de la famille de Mattia, la première apparition de la cicatrice d’Alice dans les toilettes du lycĂ©e, scrutĂ©e par un regard pernicieux, le parc près du manège, ou l’embouchure du pont. Les figures obscures — le docteur, la mère dĂ©pressive d’Alice, Mattia en habit mortuaire, le clown narrateur d’une histoire terrifiante — contribuent Ă  cette atmosphère oppressante. La camĂ©ra agile explore et Ă©pure chaque recoin, transcendant notre sensorialitĂ©, suivant le lent cheminement mĂ©lancolique des protagonistes.

                                     

La Solitude des nombres premiers rĂ©sonne d’une manière proche de Suspiria d’Argento, dans l’harmonie entre image et son, la symbiose des Ă©clairages, les couleurs vives et la musique lyrique des Goblins, le tout ponctuĂ© par des tubes pop eighties traversant le temps. On y cĂ´toie un univers onirique, fantasmagorique, funeste, une symphonie diaphane de lamentation oĂą nos fantĂ´mes errants Ă©voluent dans un monde d’insolence, refusant tolĂ©rance, fraternitĂ© et empathie.

Costanzo rĂ©invente la matière cinĂ©matographique, façonne une esthĂ©tique hallucinante et hypnotise nos sens Ă  travers un script hantĂ© par le suspense horrifico-giallesque, pour nous plonger dans un drame bouleversant. Une histoire d’amour dĂ©chirante, aussi capiteuse qu’hypnotique, oĂą une fille esseulĂ©e cherche dĂ©sespĂ©rĂ©ment Ă  conquĂ©rir un garçon muet, marquĂ© par un secret inavouable, voire impardonnable. La narration en puzzle dĂ©voile leur fĂŞlure morale, leur sensibilitĂ© Ă  fleur de peau — Alice Ă©mue aux larmes devant la mort d’un enfant dans une sĂ©rie animĂ©e, leur fragilitĂ© exacerbĂ©e par des parents impuissants (la mère de Mattia se disant maudite, le père d’Alice castrateur et mĂ©prisant). Ces blessures intĂ©rieures transparaissent physiquement : maigreur et anorexie pour Alice, scarifications et embonpoint pour Mattia. Solitaires, diffĂ©rents, uniques comme des nombres premiers, ils cheminent vers la morositĂ©, l’amour dĂ©sespĂ©rĂ© et l’espoir fragile de survivre dans un monde Ă©goĂŻste refusant les souffrances.

                                      

"Fragments d’une solitude infinie".
Brillamment incarnĂ© par Alba Rohrwacher, Luca Marinelli — Ă©voquant les Frissons de l’Angoisse — et la jeune Arianna Nastro, Ă©blouissante de candeur, La Solitude des nombres premiers est une Ĺ“uvre hybride sur l’incommunicabilitĂ©, l’enfance bafouĂ©e par une autoritĂ© parentale absente et notre instinct cruel. PortĂ©e par une partition hĂ©tĂ©roclite, en harmonie avec cette mosaĂŻque d’images dĂ©sincarnĂ©es, elle transfigure l’un des plus beaux chants d’amour sur le dĂ©sespoir de chĂ©rir jusqu’Ă  en crever. Une relation pudique, une attente lancinante, une fuite intemporelle de deux enfants condamnĂ©s Ă  errer dans les cimes du nĂ©ant. L’expĂ©rience viscĂ©rale et sensorielle s’avère abstraite, dĂ©routante, parfois traumatisante — et, comme le disait un acolyte, le dernier film que j’aimerais vivre avant de mourir.

Bruno Dussart
16.05.11

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L'avis d'Alexandra Louvet:

Voici venus les nouveaux Amants du cercle polaire mâtinĂ©s de Dario Argento ! Excellente surprise que ce film bourrĂ© d’angoisse Ă  ras-bord, se tĂ©lescopant sur quatre Ă©poques diffĂ©rente...s (de 1984 Ă  aujourd’hui) autour du destin contrariĂ© de deux ĂŞtres aux plaies Ă  vif, tentant tant bien que mal de survivre au milieu des regards…tous ces regards qui les auscultent, les jugent, sans connaĂ®tre le drame qu’ils ont connu durant leur enfance. Alice et Mattia se rencontrent au collège. Ils ne sont pas comme les autres. Adolescents mutiques aux visages renfermĂ©s, tour Ă  tour effrayĂ©s par leurs camarades (forcĂ©ment cruels - on oublie toujours Ă  quel point on peut ĂŞtre con Ă  cet âge-lĂ  -), fascinĂ©s par leurs premiers Ă©mois (qu’eux ne peuvent vivre, Ă©tant considĂ©rĂ©s comme des « freaks ») ou sadisĂ©s brutalement par les mĂŞmes (les scènes de vestiaire sont d’une rare violence psychologique). Entre grands brulĂ©s du cĹ“ur, Alice et Mattia se reconnaissent, sans mĂŞme avoir Ă  se parler. Dans le roman Ă  succès de Paolo Giordano, les deux scènes traumatiques originelles ont lieu dès les premières pages. Costanzo fait le choix de les situer en milieu de bobine. Et c’est lĂ  toute la force du film et son intelligence : en nous faisant vivre des scènes du quotidien des deux personnages sur diffĂ©rentes pĂ©riodes (centrĂ©es sur leur famille, Ă©touffante, nĂ©vrotique et leurs « premiers pas » au dehors de ce microcosme pourri de l’intĂ©rieur), le rĂ©alisateur prend le parti de crĂ©er un suspense oppressant autour de l’origine de ce qui les a blessĂ©s et transformĂ©s Ă  jamais. Quand le drame survient, on SAIT ce qui les a menĂ©s lĂ , on est plein d’empathie pour eux. Les comĂ©diens se sont tous surinvestis dans le projet. Alice, qui souffre dès l’adolescence d’anorexie, et Mattia, qui s’automutile et s’Ă©paissit au fil des ans, sont totalement mĂ©connaissables Ă  la fin du film, devenus fantĂ´mes et animaux Ă  la fois. Ils sont jouĂ©s par six acteurs, tous plus puissants les uns que les autres (mention spĂ©ciale aux enfants qui n’ont vraiment pas hĂ©ritĂ© de rĂ´les faciles Ă  porter). Leur rĂ©volution passe par le corps, en silence, et aucun dialogue n’est nĂ©cessaire pour nous faire Ă©prouver la force de ce qui les tenaille. L’amour est lĂ , entre eux, mais comment s’Ă©manciper, connaitre le bonheur quand on est « boiteux » physiquement et moralement et que trop de mĂ©moire vous fait imploser ? Costanzo a une patte indĂ©niable : il rend hommage aux films d’horreur des maĂ®tres des annĂ©es 80 (Argento, Carpenter, de Palma) en empruntant au fantastique, en jouant avec des filtres de couleur vives au grĂ© des Ă©motions qu’Alice et Mattia ressentent intĂ©rieurement, en stimulant nos nerfs avec une musique omniprĂ©sente et symboliquement chargĂ©e. Isabella Rossellini revient Ă  ce qu’elle sait jouer le mieux : les mères sĂ©rieusement flippantes. Un long rĂŞve glacial, sensitif et sensuel. Un film-puzzle sur le poids de la culpabilitĂ©, les cicatrices du temps et l’incommunicabilitĂ©. Une pure rĂ©ussite."

INTERVIEW SAVERIO COSTANZO – BLEUS PROFONDS - PAR ALEXANDRA LOUVET
Immense succès en Italie, le roman La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano (plus jeune auteur Ă  avoir reçu le prix Strega – l’Ă©quivalent du Goncourt -) vient d’ĂŞtre adaptĂ©, dĂ©construit puis rĂ©inventĂ© par le talentueux Saverio Costanzo, dĂ©jĂ  rĂ©alisateur des exigeants Private et In memoria di me. Il signe un film Ă  la poĂ©sie visuelle Ă©blouissante, empruntant aux codes des meilleurs films d’horreur des annĂ©es 80, pour nous plonger dans l’esprit nĂ©vrotique de deux personnages qui se tiennent Ă  l’Ă©cart du monde, marquĂ©s Ă  jamais par un trauma d’enfance.
Le roman de Paolo Giordano Ă©tait, selon vos propres termes, « tragique, fort et sans espoir » et vous n’avez pas eu un coup de cĹ“ur immĂ©diat pour lui. Qu’est-ce qui vous a dĂ©cidĂ© Ă  l’adapter ?
J’avais un peu peur car c’est l’un des romans les plus populaires en Italie, il a Ă©tĂ© Ă©normĂ©ment vendu. J’avais peur de me confronter Ă  un public aussi nombreux. La construction et la forme que je voulais appliquer au roman Ă©taient totalement diffĂ©rentes de celui-ci. J’ai toujours pensĂ© que les deux images du dĂ©but du livre (l’accident de ski et l’abandon de la petite sĹ“ur) Ă©taient des images archĂ©typales qui donnaient corps Ă  la « douleur originelle » des personnages de façon très puissante. Ça constituait un point de dĂ©part parfait pour moi.
Vous parlez dans le dossier de presse de « destruction et de recrĂ©ation » du roman. Comment avez-vous envisagĂ© ce travail de rĂ©appropriation ?
La forme littĂ©raire n’Ă©tait pas adaptĂ©e Ă  mon idĂ©e cinĂ©matographique du livre. Le livre avance de façon tout Ă  fait linĂ©aire. Il m’a semblĂ© qu’il ne fallait pas suivre la mĂŞme voie. Il fallait plutĂ´t se demander « pourquoi » telle chose arrivait et non pas ce qui allait se passer ensuite. Par exemple, quand arrive l’accident de ski au milieu du film (Alice a sept ans, Ă  ce moment-lĂ ), toi, tu SAIS qu’elle s’en est sortie vivante car tu l’as dĂ©jĂ  vue grandir et ton attention va alors se porter sur les raisons de cet accident. Tu participes personnellement Ă  son histoire et de façon bien plus profonde. Si j’avais mis cette scène au dĂ©but du film, comme dans le livre, le spectateur se serait juste demandĂ© si elle allait survivre. C’est comme dans Un condamnĂ© Ă  mort s’est Ă©chappĂ© de Bresson : on sait qu’il s’est Ă©chappĂ©, donc on ne va pas se focaliser lĂ -dessus mais sur le reste.
Mattia et Alice sont des enfants, des adolescents puis des adultes extrĂŞmement seuls, qui se construisent petit Ă  petit des barricades pour se protĂ©ger du monde environnant, jusqu’Ă  s’enfermer dans un Ă©tau. Vous mettez en scène cet enfermement en empruntant au fantastique. Ça a tout de suite Ă©tĂ© une Ă©vidence de traduire l’Ă©tat intĂ©rieur des personnages de cette manière-lĂ  ?
J’ai fait appel au fantastique pour traduire leur intĂ©rioritĂ© car le film peut se permettre cette imagination-lĂ . A travers le prisme du regard des autres, Mattia et Alice ont l’air, en effet, très renfermĂ©s, peut-ĂŞtre mĂŞme exclus. Mais Ă  l’intĂ©rieur, ils sont extrĂŞmement vivants ! Leur « vivacitĂ© », c’est leur fantaisie et je l’exprime Ă  travers le fantastique.
Vous filmez au plus près des visages et le jeu des regards est très fort, comme si les vrais Ă©changes ne pouvaient passer que par eux et par une forme de tĂ©lĂ©pathie…
Alice et Mattia sont toujours entourĂ©s de beaucoup de monde et ils se reconnaissent entre eux, effectivement, par leur regard. Il y a toujours beaucoup de confusion autour d’eux et ils ne peuvent communiquer que comme ça, sans un mot. Ça me permet aussi de donner l’impression des autres.
Comme dans Private oĂą la maison Ă©tait le symbole de l’enfermement, vous filmez les appartements de Mattia et Alice comme des tombeaux. On y Ă©touffe. Les couloirs, très angoissants, sont presque lynchiens. Quelles ont Ă©tĂ© vos influences majeures pour donner cette patte visuelle très esthĂ©tisante au film ? On pense beaucoup aussi Ă  Dario Argento…
J’ai beaucoup pensĂ© au bleu Ă©lectrique des annĂ©es 70, aux films de Carpenter, aux films d’horreur des annĂ©es 80 et Ă  une certaine esthĂ©tique des films d’Argento, en effet. Lynch est un dĂ©rivĂ© aussi, mais plus inconscient. Les personnages du film sont de ma gĂ©nĂ©ration et j’ai pensĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision des annĂ©es 80, Ă  ses images, Ă  ma mĂ©moire des dominantes de couleurs de cette Ă©poque.
Vous avez d’ailleurs utilisĂ© la musique des films d’horreur de Carpenter et de Palma, ainsi que celle composĂ©e par Ennio Morricone pour L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento. C’est donc un vĂ©ritable hommage que vous leur rendez …
Clairement ! C’est un hommage aux films qui m’ont marquĂ©, enfant.
Mike Patton (ancien membre du groupe de metal Faith No More) a composĂ© la musique du film. C’est vous qui ĂŞtes allĂ© Ă  sa rencontre ?
Patton a beaucoup travaillĂ© sur les premières traces de fantastique dans la carrière musicale de Morricone. Je voulais une musique qui ressemble aux premières collaborations Argento/Morricone et j’ai demandĂ© Ă  rencontrer Patton pour cette raison. On a travaillĂ© ensemble sur une esthĂ©tique musicale qui me convienne.
Votre camĂ©ra semble parfois voler sur du coton, ce qui donne une douceur Ă©tonnante au film et contraste violemment avec la menace que fait planer la musique…
En effet. Il y a toujours cette idĂ©e du « bruit autour d’eux » et je voulais crĂ©er ce contraste. Le monde extĂ©rieur leur est envahissant, il leur rĂ©clame des efforts qu’ils ne peuvent fournir et ils sont donc en perpĂ©tuelle guerre contre les autres. Il y a deux temps : celui oĂą la camĂ©ra est avec eux et celui du monde autour qui va dans une autre direction. Ce sont deux directions qui ne se rencontrent jamais.
Mattia et Alice n’ont pas que des cicatrices intĂ©rieures. Leur corps se mĂ©tamorphose Ă  travers les Ă©poques et porte la trace de leur souffrance. Vous avez fait prendre quinze kilos Ă  Luca Marinelli et perdre dix kilos Ă  Alba Rohrwacher. Ils vous ont suivi facilement dans cette folle dĂ©marche ?
Ce qui s’est passĂ©, c’est qu’ils ont d’abord tournĂ© la fin. Lui avait Ă©normĂ©ment grossi et elle, beaucoup maigri. Ils m’ont dit que ça leur avait donnĂ© plus de facilitĂ© pour connaitre leur personnage. Ils y sont entrĂ©s directement par le corps. Et ça, c’est « concret », pas du tout thĂ©orique ou psychologique. C’est un sacrifice qu’ils peuvent faire avec plaisir.
Vous dĂ©clarez d’ailleurs : « Un acteur se doit de risquer sa vie. Ceux que j’admire et respecte le plus sont ceux qui vont mettre en danger leur Ă©quilibre physique et psychologique ». Ne craignez-vous pas de passer pour un tyran en disant cela ?
Je n’ai fait que trois films, mais Ă  chaque fois, j’ai donnĂ© la possibilitĂ© aux acteurs de faire un parcours qui soit vraiment tangible. Dans Private, ce sont de vrais Palestiniens qui rencontrent de vrais IsraĂ©liens, dans In memoria di me, c’est un monastère oĂą l’on voit de jeunes novices qui font un travail pour devenir prĂŞtres, en l’occurrence un retrait de quinze jours dans le silence. LĂ  aussi, c’est extrĂŞmement « concret » pour les acteurs. Dans La solitude des nombres premiers, le corps devient le champ de bataille de l’existence des personnages. Je veux donner une expĂ©rience concrète, sans faire abstraction du film et pour moi, un grand acteur est quelqu’un qui n’a pas peur de se mesurer Ă  l’inconnu. Les acteurs sont des intermĂ©diaires, tout simplement. Quand je parle de « risquer sa vie », c’est très mĂ©taphorique. Mais, je pense, oui, que chez un grand acteur, il doit y avoir une « perte de soi », en tous cas de leurs certitudes.
Le film marque aussi le retour Ă  l’Ă©cran d’Isabella Rossellini dans son pays natal, après dix ans d’absence. Vous lui donnez un rĂ´le difficile, celui d’une mère aussi enveloppante qu’Ă©touffante et qui est capable de dire Ă  son Ă©poux : « Mes enfants ont gâchĂ© ma vie ». Cette figure noire m’a fait penser Ă  la Statue du Commandeur. Elle est très impressionnante. Avez-vous pensĂ© Ă  elle tout de suite pour le rĂ´le ?
Depuis 1976, elle n’avait pas tournĂ© en Italie ! Je l’avais vue dans Two lovers de James Gray. Elle incarnait vraiment la mère que je cherchais. Elle a dans le regard quelque chose de très italien, de très matriarcal, de très enveloppant mais aussi de très inquiĂ©tant. Je ne sais pas si cela est dĂ» Ă  l’image qu’il me reste de ses grands rĂ´les prĂ©cĂ©dents, comme dans Blue velvet, mais elle alterne ce grand sens maternel et aussi le dĂ©sespoir d’ĂŞtre une maman. C’Ă©tait justement les caractĂ©ristiques du personnage Ă  interprĂ©ter : une mère qui porte le poids, la faute des enfants avec gĂ©nĂ©rositĂ© mais qui, en mĂŞme temps, dans le regard exprime toute une contradiction. Lumière et ombre Ă  la fois.
Filippo Timi, qui reste à jamais pour nous le Mussolini de Vincere, fait un caméo en clown diabolique. Il a aussi collaboré au scénario, je crois ?
J’ai fait mon second film avec lui et nous sommes très amis. C’est un expert des annĂ©es 80 et il m’a aidĂ© Ă  dĂ©bloquer, dĂ©brouiller certaines choses que, lui, connaissait.
Il y a des scènes Ă  la lisière du fantastique, très oniriques. Je pense Ă  cette vĂ©gĂ©tation qui envahit l’appartement d’Alice, Ă  cette scène oĂą des couples dansent dans le brouillard et les bois. Que signifient-elles ? Que le monde intĂ©rieur d’Alice a pris le dessus sur la rĂ©alitĂ© ? Qu’elle est en train de basculer dans la folie ?
Toute la fantaisie, le fantasmatique, c’est ce qui est vu par le regard d’Alice. Sa fantaisie crĂ©e des images fantastiques. La vĂ©gĂ©tation dont tu parles, on la voit au moment oĂą elle rapetisse, oĂą elle redevient presque enfant…
Oui, blottie dans un immense fauteuil, elle apparait mĂŞme comme le petit Chaperon rouge…
Bien vu ! On la revoit telle qu’on l’avait vue au moment oĂą elle va skier et lĂ , elle ressemble Ă  sa mère. Ce qu’elle dĂ©sire, avec sa maigreur, c’est retrouver ce noyau, son centre fĂ©minin. Le couloir de son appartement devient un utĂ©rus dans lequel elle voit l’homme qui va lui manquer.
C’est l’affiche italienne du film, d’ailleurs, cette image du couloir empli de vĂ©gĂ©tation, et elle est bien plus parlante que la française…
On est bien d’accord ! (rires) Elle venait de la couverture du livre en Italie, qui a eu beaucoup de succès, je crois, en partie pour cela.
Propos recueillis par Alexandra Louvet.

L'avis de Bruno Terrier :
Une réussite totale et inattendue, surêment le meilleur film de genre italien depuis le AAC de Soavi, du moins dans la forme, emprunté avec génie au meilleur d'argento (on y retrouve même une excellent utilisation du thème de L'oiseau au plumage de cristal de Morricone. Le thème de l'amour impossible, de l'autisme, du drame familial, de la souffrance de ces deux personnages, de l'enfance à l'âge adulte inadapté psychologiquement et physiquement à une société qui les détruit et les exclus, malgré la force du sujet, ne nous préparait en aucune manière à un tel traitement rappelant les grands moments du cinéma italien des années 70. Le traitement rappelle donc les plus grandes réussites du Giallo avec sa superbe photo, le format Scope et le suspense lié, sous forme de flashbacks, à la découverte des traumas originels. Un film multidimensionnel que je vous encourage à découvrir au plus vite (et surtout ne vous fiez pas à son affiche hideusement commune).

Luke Mars: Une expĂ©rience unique en son genre,comme la conclusion de mon amour du cinĂ©ma et une nouvelle naissance.Le film qui est l'accomplissement de cette quĂŞte,cette soif de sensation en salle.Une sorte de rĂ©ponse Ă  tout et pourtant d'une promesse d'un avenir nouveau.ça ne s'explique pas,il faut en faire l'expĂ©rience,faire ce voyage comme une mort lente mais jamais douloureuse. C'est aussi ce qu'on appelle un putain de chef d'Ĺ“uvre oĂą chaque plan transcende le prĂ©cĂ©dent.Merci Bruno pour la dĂ©couverte,je suis ailleurs dans cette anti-chambre oĂą errent les 2 personnages de ce film magnifique.

Mathias Chaput. Ce que j’en pense :«  La Solitude des Nombres Premiers » est un mĂ©trage saisissant de par la beautĂ© picturale qu’il dĂ©gage, de par son propos rarement explorĂ© prĂ©cĂ©demment au septième art qu’il insuffle tout son long et de la magie (oui on peut parler de « magie ») inhĂ©rente Ă  son dĂ©roulement, laissant hagard et pantois le spectateur…
Ce film a une influence dramatique et une portĂ©e presque Freudienne dans son approche et renvoie aux tragĂ©dies antiques tant son traitement cinĂ©matographique est dense, pesĂ©e au milligramme et dĂ©nuĂ©e de toute lourdeur…
Certains plans utilisent la symĂ©trie, un peu comme Ă  l’âge d’or du cinĂ©ma transalpin, et l’onirisme certain et revendiquĂ© y amène tout son intĂ©rĂŞt, transcendant alors le banal quotidien en sĂ©quences d’une puissance hors du commun…
On ne peut qu’ĂŞtre subjuguĂ© face Ă  ce dĂ©ferlement de trouvailles narratives et devant ce potentiel Ă©motif dĂ©cuplĂ© via des situations extrĂŞmes de la vie (la mort, la maladie, les craintes de l’enfance, l’amour incertain, la timiditĂ© maladive, l’influence parentale et le handicap).
Mattia et Alice sont « victimes » de leurs refoulements de personnalitĂ©s qui sont dus Ă  des traumas antĂ©rieurs (Une sĹ“ur jumelle autiste pour Mattia, une inhibition et un grave accident de ski pour Alice) et tous ces Ă©vĂ©nements les ont boursouflĂ©s intĂ©rieurement, leur rendant presque impossible d’envisager une vie comme celles de leurs camarades de classe…
Ils deviennent alors la risĂ©e et le « souffre-douleur » des autres, mais arrivent Ă  maintenir leur mental pour passer outre Ă  tout ça, et ce malgrĂ© la pression exercĂ©e par leurs gĂ©niteurs (le père de Mattia soucieux pour l’avenir de son fils, celui d’Alice intraitable pour le moindre Ă©cart Ă  son autoritĂ©).
En dĂ©finitive et Ă  force d’une persĂ©vĂ©rance accrocheuse et d’une dĂ©termination en bĂ©ton armĂ©, l’issue du film se rĂ©vèlera salvateur et, tout compte fait, moins ambigu que son dĂ©roulement antĂ©rieur…
Une Ĺ“uvre intemporelle, renouveau total du cinĂ©ma mondial et qui laissera sans nul doute des sĂ©quelles dans l’esprit de ceux qui l’auront visionnĂ©e…
MaĂ®trisĂ© de bout en bout, un film hors normes, OVNI en passe de figurer au palmarès des dix meilleurs films des ces dix dernières annĂ©es, tous genres et toutes nationalitĂ©s confondus…
10/10
Merci Ă  Bruno MATEI Dussart de m’avoir fait dĂ©couvrir ce bijou et Ă  qui je dĂ©die cette chronique…

Marija Nielsen: Structure + histoire + persos + dialogues + mise en scène + musique = une Marija sans vois...
C'est une claque dans la figure, c'est juste un choc cinématographique ! comment ne pas aimer ?
Moi, je suis carrément amoureuse ! Et ça m'a donné encore plus envie d'écrire ! Ce film est vraiment incroyable à tous les niveaux. Une vraie leçon de structure d'un point de vue scénaristique.

Cyril Despontin: Pour moi un des plus beaux films de l'année.

Olivier Rossignot: En même temps ce qu'il y a de fabuleux avec ce film, c'est qu'il n'est pas bouffé par le référentiel, on sent les influences, c'est probablement l'un des meilleurs héritages du cinéma de genre des années 70, mais, c'est également une oeuvre d'une grande chaleur. Magnifique.

Sabine Garcia: Jusqu'ici c'est pour moi le plus grand film sorti en 2011.

Eric Senabre: j'en reviens...Et n'en reviens pas ! Même si je ne suis pas d'accord pour y voir un "film de genre" (ou alors, qu'est ce qui n'est pas un film de genre ?), j'ai trouvé ça très beau. Quant aux références, elles sont en effet bien digérées. Je ne trouve pas la toute fin à la hauteur du reste, mais je ne vais pas mégoter non plus. En plus, une des rares musiques de Morricone que j'aime bien !

Hélia Marzloff:: Excellent film subtil et dépouillé sur le rejet social causé par des handicaps.
Personnellement, c'est surtout le dĂ©pouillement et la pudeur du film qui m'a touchĂ©e: on ne voit presque rien, mais c'est suffisant. Par exemple, le synopsis dĂ©voile carrĂ©ment tous les dĂ©tails, mais visuellement, c'est très subtil. MĂŞme si j'adore Requiem  for a dream et Carrie, ce sont des opposĂ©s fondamentaux. Par exemple, j'avais vu les bandes annonces des films sur l'adolescence, l'autisme... qui en deviennent des campagnes de sensibilisation, contrairement aux nombres premiers.

Daniel Aprin: Un vĂ©ritable choc visuel, scĂ©naristique et surtout Ă©motionnel...que ces personnages tourmentĂ©s aux passĂ©s lourds sont beaux...un film dont on ne ressort pas indemne, comme un accident d'amour. 

Kevin Condon: Au départ, il y'a un roman que je compte bientôt lire et à l'arrivée il y'a un film qui n'est même pas un chef d'oeuvre ou encore un classique mais comme l'un des véritable monument du cinéma du 21éme siécle, Saverio Costanzo dont c'est le 1er film que je vois de lui s'en tire avec les honneurs, son film m'a marqué à vie: Alice et Matthia font parti de moi maintenant, comme si c'étaient des doubles de mon âme d'autant que le casting est parfait. Alba Rohrwacher est une Alice plus que parfaite, sa prestation risque de marquer les esprits des spectateurs qui ont vu le film, Luca Marinelli incarne avec un talent impressionnant un Mattia, un rôle pas facile à interpréter mais qu'il donne 200% de lui même et le résultat ça se voit, il est émouvant. Les seconds rôles sont trés bien(mention spécial à Isabella Rossellini, que j'ai pas reconnu au départ). Saverio Costanzo signe une mise en scéne magnifique, le film commence comme un Argento et finit Antonioni, un fantasme de cinéphile en gros mais Saverio Costanzo ne copient pas les maîtres(enfin le maître car Argento vu son dernier film c'est plus un maître), il s'affranchit pour donner à sa mise en scéne donc à son film: une identité qui lui est propre. Chaque plan est maîtrisé, c'est de la virtuosité assez impressionnante quand même, Saverio n'entraîne jamais son films vers le sordide, le glauque alors que ça aurait pu vu les sujets du film(que je ne révélerais pas pour vous laisser une surprise), non c'est trés dur(on ne ressort pas indemne de ce film) mais en même temps c'est tellement bien fait, qu'à la fin je me demandais si je pleurais de joie ou de tristesse voir des deux? La Solitude des nombres premiers posséde une photographie intense, une BO d'enfer et un montage habile qui est cohérent malgré tous ses flashbacks. Vous l'avez compris, La Solitude des nombres premiers est un film culte d'or et déjà mais que dans quelques années on l'acclamera comme l'un des meilleurs films jamais réalisés, je suis amoureux de ce film.

RUUFFET NELLY:
Un magnifique film, très mĂ©taphysique. Le rĂ©alisateur a su reprĂ©senter avec brio, et ce Ă  tous les niveaux, les mĂ©andres ambivalents de deux existences rĂ©unies mais dont ils ne peuvent pourtant pas assumer le lien fusionnel. Ainsi, le spectateur comprend rapidement le sens du titre, les nombres premiers brillant par leur raretĂ© tout en Ă©tant indivisibles, exceptĂ©s par eux-mĂŞmes: leur parcours insolite et traumatique leur interdit de pouvoir partager leur existence, mĂŞme avec un alter ego complĂ©mentaire (nous reviendrons sur cet aspect en miroir de Mattia et d'Alice, strictes symĂ©tries cultivĂ©es tout au long du mĂ©trage). La seule solution qu'ils ont est de sombrer dans une solitude « double »: une partie d'eux-mĂŞme – qu'ils n'arrivent pas Ă  apprĂ©hender, les conduit Ă  se dĂ©truire Ă  petit feu tout en appelant dĂ©sespĂ©rĂ©ment l'autre.

Le film s'inscrit d'emblĂ©e dans une vision traumatique de l'enfance, au travers de cette petite fĂŞte masquĂ©e oĂą se trouvent Mattia et sa petite soeur. Le spectateur sent cette dernière très perturbĂ©e par un Ă©vĂ©nement, mais le rĂ©alisateur ne nous donne aucun Ă©lĂ©ment pour l'apprĂ©hender. A partir de lĂ , nous sommes entraĂ®nĂ©s dans un film Ă  la chronologie Ă©clatĂ©e, qui croise les parcours de Mattia et d'Alice, mĂŞlant certaines Ă©tapes dĂ©terminantes de leur enfance, de leur adolescence, et de l'âge adulte. Mais ce n'est pas pour autant que le film en perd de sa cohĂ©rence et de son unitĂ©, bien au contraire, encore plus Ă  partir du moment oĂą leurs existences « s'affrontent » au lycĂ©e. La scène oĂą Viola pousse Alice Ă  tenter de sĂ©duire un garçon et oĂą Alice arrĂŞte son regard sur Mattia est très reprĂ©sentative de ce croisement distanciĂ©, d'autant qu'elle se dĂ©roule dans un couloir - lieu de passage et de transition – et qu'elle nous montre Ă  quel point Mattia et Alice sont fascinĂ©s par l'autre tout en Ă©tant mal-Ă -l'aise de se « voir », avec leurs failles. MalgrĂ© tout, on pourrait reprocher – surtout dans la première moitiĂ© du film – au rĂ©alisateur de trop dĂ©shumaniser le malaise des deux jeunes au profit des diffĂ©rents cadres dans lesquels leur mal-ĂŞtre s'inscrit, au point de donner momentanĂ©ment l'impression au spectateur d'ĂŞtre complètement extĂ©rieur Ă  leurs psychologies, d'autant que certains Ă©lĂ©ments sont volontairement occultĂ©s pendant un certain temps. Par exemple, nous ignorons pendant un petit moment les raisons pour lesquelles Alice tient absolument Ă  ce que Mattia se rende au mariage d'une certaine Viola. Ce n'est que par la suite, lors de la scène oĂą l'on voit Alice harcelĂ©e de façon perverse par Viola et sa bande dans les vestiaires, que nous comprenons pourquoi ce personnage est important dans la construction mentale de Mattia et d'Alice, Viola qui a permis Ă  Mattia et Alice de se rapprocher davantage lors de la soirĂ©e Ă  laquelle ils ont Ă©tĂ© conviĂ©s.

« La solitude des nombres premiers » est un des rares films Ă  avoir su allier le thème difficile des nĂ©vroses d'une vie entière, des malaises intĂ©rieurs, Ă  une symbolique forte qui est le vĂ©ritable liant du mĂ©trage sans tomber dans un pathos grossier. Les origines des traumatismes des deux principaux protagonistes sont dĂ©peintes par petites touches, lĂ©gèretĂ© oppressante renforcĂ©e par les nombreux flashback et les bonds dans le temps. Les scarifications des deux personnages nous sont rĂ©vĂ©lĂ©es au dĂ©tour des points de vue des personnes alentour. Le moment oĂą un camarade de classe de Mattia perçoit ces marques sur le corps de Mattia ne nous sont pas montrĂ©es, Mattia est saisi de dos alors que la camĂ©ra, alors postĂ©e de biais, se concentre sur l'expression perturbĂ©e du visage de l'autre jeune homme. De mĂŞme, lorsque ce dernier insiste par la suite en pleine salle de classe pour connaĂ®tre les origines de ces blessures, Mattia passe Ă  l'acte en voulant lui montrer comment il a pu se mutiler ainsi mais, lĂ  encore, les scarifications ne nous sont pas montrĂ©es. NĂ©anmoins, ces scarifications sont un des fils rouges du mĂ©trage, cela devient Ă©vident lorsqu'Alice demande – après avoir Ă©tĂ© humiliĂ©e par Viola en pleine soirĂ©e – Ă  Mattia de lui enlever le tatouage qu'elle s'est fait faire se rapprocher de la jeune fille: nouvelle dĂ©gringolade mentale d'Alice que cet Ă©chec du tranchant dans sa propre chair comme liant social, la jeune fille ne peut que se renfermer encore davantage sur elle-mĂŞme.

Le tressage des origines des traumatismes d'Alice et de Mattia permet au mĂ©trage de ne pas sombrer dans le drame pur et en devient par lĂ  mĂŞme touchant tout en nous plongeant progressivement dans une atmosphère de plus en plus torturĂ©e. C'est le cas lorsque le spectateur est confrontĂ© parallèlement aux diktats oppressants du père d'Alice - qui, courant après la performance, souhaite Ă  tout prix que sa fille devienne une championne de ski, au prix de sa santĂ© et de son bien ĂŞtre- et Ă  la scène traumatique au cours de laquelle Mattia ne parvient pas Ă  retrouver sa soeur alors qu'il pleut Ă  torrents et qu'il s'est octroyĂ© un petit plaisir, assister Ă  l'anniversaire d'un camarade d'Ă©cole. LĂ  encore, la symbolique est omniprĂ©sence au cours de cette scène de la fĂŞte d'anniversaire, avec le discours de l'inquiĂ©tant clown qui anime la fĂŞte et qui affirme qu'un aspect attrayant dissimule très souvent une grande menace, symbolique de cette enfance – censĂ©e ĂŞtre innocente – et des nombreuses blessures, cruelles, qu'elle dissimule. D'ailleurs, il faut noter que le personnage de la soeur de Mattia, pourtant en grande partie Ă  l'origine du mal-ĂŞtre du jeune homme, est Ă  peine Ă©voquĂ© et montrĂ© au cours du film, forme de pudeur touchante qui accentue la puissance du film. Cette pudeur est, lĂ  encore, habilement imprĂ©gnĂ©e d'une noirceur qui met parfois mal Ă  l'aise, c'est le cas lors des petites scènes oĂą le spectateur assiste, tel un voyeur, aux dialogues autocensurĂ©s entre les parents de Mattia, scènes qui sont toujours enveloppĂ©es d'un Ă©clairage sombre et, parfois mĂŞme, Ă  contrejour. N'oublions bien Ă©videmment pas la scène oĂą, dans la voiture, Alice – alors adulte - fait une dĂ©claration d'amour bien atypique Ă  Mattia, faisant se croiser la symbolique, l'amour et la distance, Ă  l'image de cette magnifique phrase « quand je te vois, je ferme les yeux ».

Enfin, une symbolique esthĂ©tique, alliant un verbe distanciĂ© avec humour et des Ă©clairages colorĂ©s anxiogènes qui font penser Ă  Argento – ce qui Ă©tait d'ailleurs dĂ©jĂ  le cas dans la scène inaugurale, avec ces Ă©clairages nocturnes verts -, tout en faisant dĂ©vier cet hĂ©ritage giallesque en les imprĂ©gnant d'une souffrance parfois amusĂ©e, dĂ©notant une prise de conscience Ă  la fois violente et tendre des personnages. C'est notamment le cas lorsque l'on assiste Ă  la descente aux enfers d'Alice, qui sombre Ă  vitesse vertigineuse dans l'anorexie. Costanzo nous plonge dans une atmosphère rouge vif en nous montrant une Alice prostrĂ©e et cadavĂ©rique, qui parvient Ă  peine Ă  sortir du lit. L'instant oĂą Mattia retrouve Alice après avoir passĂ© 7 ans en Allemagne pour sa thèse – 7, encore un nombre premier, rien n'est laissĂ© au hasard ! - est ponctuĂ© par une micro scène marquante au cours de laquelle Mattia demande en souriant oĂą sont les toilettes, ce qui nous ramène Ă  une scène prĂ©cĂ©dente oĂą Alice avait agi de mĂŞme: ce parallèle amusĂ© est confirmĂ© par la rĂ©ponse d'Alice ( « au fond Ă  droite »! ). Or, lorsqu'il se rend aux toilettes, l'Ă©clairage bascule de nouveau dans une lumière rouge vif, de mĂŞme que lorsque le spectateur a vu un peu avant Alice dans la mĂŞme position, sur le cabinet, pensive et recroquevillĂ©e. Ces stricts parallèles accentuent le rapprochement mĂ©taphysique des deux protagonistes, qui a dĂ©crit une progression constante tout au long du mĂ©trage, chaque alliance de plans permettant de transcender les prĂ©cĂ©dents. Juste après, la scène oĂą Mattia et Alice se font de nouveau face reprĂ©sente bien cette distance amusĂ©e et souffrante, dĂ©calage parallèle et symĂ©trique accentuĂ© par le fait que le constat – Ă©noncĂ© de façon pudique et très Ă©mouvante par Mattia – de l'anorexie d'Alice fait Ă©cho Ă  la prise de poids significative de Mattia. La symbolique est maintenue jusqu'au bout pour arriver Ă  son paroxysme lors de la scène finale oĂą Mattia s'Ă©loigne sans prĂ©venir dans la demeure d'Alice pour mĂ©diter sur un banc: Alice, dĂ©sorientĂ©e, le rejoint et l'enlace sans mot dire, en se penchant et en lui frĂ´lant tendrement le visage, Ă©pilogue tout en retenue qui met les larmes aux yeux.

Un film qui sait à merveille nous faire ressentir des émotions contradictoires en nous poussant à subir violemment l'épreuve d'une séparation déchirante, aussi bien physique que mentale. Traumatismes enveloppés d'une esthétique de toute beauté rendant hommage à des maîtres de l'âge d'or du cinéma italien, notamment Argento ou Antonioni de par l'indécision finale, comme un appel vers un ailleurs où tout semble être possible. Une oeuvre atypique où le malaise se transcende en une symbolique de tous les instants pour nous laisser pantois, sur le fil de l'émotion.

CHRISTOPHE DE LA GORGONE:
viens de voir grace à l'ami Bruno Matéï une petite bombe qui va vite devenir un bon vieux classique du cinoche "La solitude des nombres premiers" de Savero Costanzo adaptation du best-seller de Paolo Girodano !!! Nous sommes en présence avec ce film d'un OVNI du cinéma italien. L'ombre de Bertolt Brecht plane sur le film avec sa fameuse distanciation en interrogeant et impliquant le spectateur dans l'histoire et ne le lachant plus pour le faire reflechir sur le passé des personnages, sur l'exclusion des handicapés dans la société, la difficultée dans un couple d'avoir un enfant avec une maladie génétique, l'apprentissage de la vie, l'innocence de l'enfance, la dépression, l'evolution de la culture et de la contre culture, la difficultée pour un enfant de prendre des decisions d'adulte, l'anorexie, le masque... Bref, que du lourd, avec une réalisation qui n'en rajoute jamais dans le mièvre et tire jus. Bien au contraire, elle se fait fluide et aérienne ainsi que le montage en appuyant la structure du scénario fragmenté naviguant dans les eaux troubles des differentes époques du récit à la maniére d'un Alain Resnais avec MON ONCLE D'AMERIQUE. Le premier quart d'heure met à contribution la mémoire du spectateur à l'aide des visages des personnages principaux et l'attribuant aux differentes epoques de leurs vies. A partir de là, le réalisateur se sert du montage comme d'un puzzle ou plutot comme d'un psychanaliste utilisant des techniques sensorielles...pour faire remonter dans les souvenirs des patients/des personnages le pire des evenements tragiques sources de leurs melancolies, tristesses, depressions, anorexies voir névroses constituant ce qu'ils sont maintenant. Il est a noté une splendide séquence qui résume métaphoriquement l'histoire sans être trop réducteur. Il s'agit de la séquence dans la passerelle reliant deux batiments du lycée ou se trouve les deux personnages principaux adolescents. Deux Blocs/deux personnages qui auront des echanges, rencontreront du monde seulement de passage dans leurs vies...mais il n'y aura jamais de rapprochement possible entre les deux les laissant comme deux ames uniques, errantes dans un monde qu'ils ne comprennent pas et qu'ils ne les comprennent pas en plus d'un passé trop lourd à porter. J'allais oublier une influence esthetique et une ambiance tres giallesque que la musique souligne avec brio. On retrouve Argento, Soavi...et la musique de Morricone avec un immense plaisir. J'emettrais juste un petit bémol sur la derniere partie moins prenante que le reste du film mais je ne vais pas bouder mon plaisir, nous sommes en présence d'un OVNI filmique qui vous kidnappe durant deux heures et nous fait vivre une experience unique pour jamais nous faire revenir sur terre.



Saverio Costanzo


QUESTIONS AU REALISATEUR:
Le dernier film qui vous a fait pleurer ? Le mien. J'ai beaucoup pleuré intérieurement.
Pour lequel de vos films avez-vous un faible ? Peut-ĂŞtre le dernier.
Par quoi vos films sont-ils obsédés ? La liberté.
Comment reconnaît-on un de vos films ? L'angoisse.
Comment dĂ©finiriez vous La Solitude des nombres premiers ? Si je devais en fin de compte le dĂ©finir, je dirais qu’il s’agit « d’un film d’horreur centrĂ© sur les sentiments, la famille et sur l’Ă©mancipation impossible du couple ».

 

vendredi 13 mai 2011

La Grande Menace / The Medusa Touch

                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site scifi-movies.com

de Jack Gold. 1978. Angleterre/France. 1h44. Avec Richard Burton, Lee Remick, Lino Ventura, Harry Andrews, Marie Christine Barrault.

Sortie en France en Novembre 1978.

FILMOGRAPHIE: Jack Gold est un réalisateur et producteur britannique né le 28 Juin 1930 à Londres. 1967: Famine, 1968: The Bofors Gun, 1969: The Reckoning, 1973: Who ?, 1975: Man Friday, 1976: Le Tigre du ciel, 1978: The Sailor's Return, La Grande Menace, 1980: Le Petit Lord Fauntleroy, 1984: The Chain, 1987: Les Réscapés de Sobibor, 1993: Der Fall Lucona.

                                      

"— Au lieu de vous inquiĂ©ter pour ce cercueil de trois milliards de dollars qui file vers la Lune,
accordez au moins une pensĂ©e aux millions d’ĂŞtres humains
qui auraient pu ĂŞtre nourris avec tout cet argent consacrĂ© Ă  
l'ambition nationale.
Écoutez-moi, Docteur Zonfeld.
J’ai trouvĂ© le moyen de faire le sale boulot de Dieu Ă  sa place.
Dans quelques minutes, les astronautes approcheront de la sphère lunaire, majestueuse.
Et je vous donne ma parole 
qu'ils ne reviendront pas et jamais !"

Sorti la mĂŞme annĂ©e que Patrick et Fury, et trois avant Scanners, le britannique Jack Gold s'inspire du roman de Peter Van Greenaway pour traiter du thème de la tĂ©lĂ©kinĂ©sie avec La Grande Menace. Pour rappel, cette facultĂ© mĂ©tapsychique consiste Ă  mettre en mouvement la matière par la force mentale de l'esprit (du mot grec, tĂ©lĂ©: Ă  distance, et kinĂ©sie: mouvement). Le romancier John Morlar est retrouvĂ© sauvagement assassinĂ© le crane fracassĂ© dans son appartement londonien. ChargĂ© d'une mission en Angleterre, l'inspecteur français Brunel mène enquĂŞte quand bien mĂŞme la victime reprend subitement vie. Son investigation s'oriente vers le tĂ©moignage du psychiatre Zonfeld qui eut la tâche de suivre en consultation la victime Morlar. Un patient persuadĂ© de provoquer des catastrophes par la simple force de son esprit. 

                                       

Production franco-anglaise Ă  la distribution Ă©tonnamment hĂ©tĂ©roclite, La Grande Menace fut mal accueilli Ă  sa sortie par la presse alors qu'il engrange tout de mĂŞme dans notre pays hexagonal 241 762 entrĂ©es uniquement sur Paris. Aux Etats-Unis, le film est mĂŞme nominĂ© un an plus tard pour le Saturn Award du Meilleur film d'horreur sans toutefois bĂ©nĂ©ficier du prix royal. Quand bien mĂŞme au fil des dĂ©cennies, il finit par se forger une rĂ©putation Ă©logieuse de la part des fantasticophiles. Car dans un habile alliage d'enquĂŞte policière, de fantastique et mĂŞme de catastrophe, La Grande Menace tire parti de sa densitĂ© de par l'originalitĂ© de son intrigue charpentĂ©e et du portrait cĂ©rĂ©bral imparti au potentiel coupable. Remarquablement incarnĂ© par Richard Burton littĂ©ralement magnĂ©tique en Ă©crivain nĂ©vrosĂ© au regard saphir perçant, le film cultive une constante vigueur grâce Ă  sa prestance nĂ©vrosĂ©e Ă  l'ambivalence identitaire. Avec classe et retenue, Lee Remick lui partage la vedette en psychiatre rationnelle dĂ©libĂ©rĂ©e Ă  le ramener Ă  la raison, faute de son incrĂ©dulitĂ© Ă  cautionner l'existence du surnaturel. Enfin, le charismatique Lino Ventura se fond dans le corps de l'inspecteur Brunel dans une posture Ă  la fois austère et studieuse afin de dĂ©couvrir qui a tentĂ© d'assassiner Morlard et pour quel mobile. Pour en revenir au cheminement narratif, et par le biais de nombreux flashbacks, Jack Gold nous brosse notamment avec dĂ©tails surprenants le portrait de ce frondeur dĂ©jĂ  brimĂ© par son entourage depuis son enfance. Tant auprès de son professeur d'histoire tyrannique, de ses parents condescendants que de la dĂ©sinvolture de sa femme infidèle Ă©paulĂ©e d'un amant arrogant.

                                     

PersuadĂ© qu'il est capable de nuire Ă  autrui par la seule force de sa pensĂ©e, Morlar, nĂ©vrosĂ© et rĂ©duit Ă  la solitude, contacte donc un psychiatre afin d'extĂ©rioriser ses tendances psychotiques Ă©manant de sa susceptibilitĂ© et sa dĂ©pression, faute d'une insoluble quĂŞte identitaire. Au-delĂ  de l'intensitĂ© de son suspense intelligemment captivant (notamment auprès de son incroyable Ă©pilogue catastrophique !) exacerbĂ© d'une solide rĂ©alisation, les sĂ©quences-chocs qui Ă©maillent le rĂ©cit sont toutefois dĂ©samorcĂ©es par la suggestion plutĂ´t que l'outrance lors des Ă©vènements dramatiques particulièrement meurtriers. Une façon finaude d'y manipuler le spectateur, dubitatif mais constamment fascinĂ© par la persuasion de Morlar, car partagĂ© dans le doute pour ses Ă©ventuels pouvoirs surnaturels jusqu'Ă  sa conclusion aussi bien cinglante que terrifiante. Quand bien mĂŞme durant toute l'intrigue, et depuis la tentative d'assassinat, Morlar est malgrĂ© tout rĂ©duit Ă  la paralysie car confinĂ© dans une chambre d'hĂ´pital dans un Ă©tat semi comateux. Or, peu Ă  peu rĂ©gĂ©nĂ©rĂ© de ses facultĂ©s mentales, il  commence Ă  inquiĂ©ter le corps mĂ©dical et policier dĂ©contenancĂ© de son cas pathologique inopinĂ©ment robuste. Ainsi, sur le principe du genre catastrophe, le point d'orgue, en l'occurrence contrairement homĂ©rique, redouble d'intensitĂ© et de suspense exponentiel lorsque Brunel finit par se laisser convaincre de l'affront surnaturel du patient au point de tenter de sauver lors d'une ultime bravoure des centaines de dĂ©vots venus inaugurer l'immense cathĂ©drale.

                                       

Angoissant, troublant et rondement menĂ© sous le pilier d'une enquĂŞte surnaturelle laissant planer le doute quand au profil Ă©quivoque des potentiels coupables, La Grande Menace fascine en crescendo Ă  travers la subtilitĂ© de sa mise en scène solide tentant d'Ă©lucider le portrait nĂ©vralgique du meurtrier nĂ©vrosĂ© en proie Ă  une impitoyable solitude. Et ce jusqu'au nihilisme de son Ă©pilogue improbable rĂ©solument escarpĂ©, de manière Ă©galement Ă  immortaliser sur Ă©cran un profil dĂ©monial inextinguible ! 

*Bruno
28.01.19.
13.05.11

REVENGE (Haevnen/In a better World) OSCAR DU MEILLEUR FILM ETRANGER 2011



de Susanne Bier. 2010. Danemark/Suede. 1h53. Avec Mikael Persbrandt, Trine Dyrholm, Ulrich Thomsen, Markus Rygaard, William Jøhnk Nielsen, Bodil Jorgensen, Elsebeth Steentoft, Martin Buch, Anette Støvlebæk, Kim Bodnia…

Sortie en salles en France le 16 Mars 2011

FILMOGRAPHIE: Susanne Bier est une rĂ©alisatrice danoise nĂ©e Ă  Copenhague le 15 Avril 1960.
1989: Songlines, 1991: Freud quitte la maison, 1992: Lettre Ă  Jonas, 1994: Affaires de famille, 1995: Like it never was before, 1997: Sekten, 1999: The One and Only, 2000: Once in a lifetime, 2002: Open Hearts, 2004: Brothers, 2006: After the Wedding, 2007: Nos souvenirs brĂ»lĂ©s, 2010: Revenge. 

                     

AurĂ©olĂ© du prix commun du meilleur film Etranger pour la cĂ©rĂ©monie des Oscars ainsi que celle des golden Globes 2011, Revenge est un drame intense et bouleversant venu du pays Danois sur les difficultĂ©s relationnelles parentales et le traitement de la violence extĂ©riorisĂ©e, innĂ©e en chaque ĂŞtre humain. 

Elias, un garçonnet dont les parents viennent de se sĂ©parer est le souffre douleur d'une bande de collĂ©giens trubilions. Il se lit d'amitiĂ© avec un nouveau camarade, Christian, qui vient de perdre sa mère dĂ©cĂ©dĂ©e d'un cancer. Ce dernier va lui porter secours en rouant de coups et menaçant l'un des oppresseurs d'Elias avec un couteau dans les toilettes du collège. Depuis, les deux enfants se lient d'une amitiĂ© complice mais un affrontement physique entre le père d'Elias hostile Ă  toute forme de violence contre un inconnu castrateur vont leur permettre l'Ă©ventualitĂ© d'une vengeance incongrue. 

                       

Sur le thème on ne peut plus d'actualitĂ© de la banalisation de la violence dans les milieux scolaires et les relations parentales souvent conflictuelles Ă  tenter de former l'Ă©ducation de leur progĂ©niture,Revenge dĂ©crit avec sobre vĂ©ritĂ© humaine et acuitĂ© psychologique deux portraits de famille fragilisĂ©s par une fracture conjugale commune. 
La rĂ©alisatrice Susanne Bier nous fait partager avec une sensibilitĂ© prude les moments intimes de deux enfants fragilisĂ©s, introvertis sur eux-mĂŞmes par la cause indirecte de parents dĂ©jĂ  lourdement Ă©prouvĂ©s par leur Ă©chec sentimental impliquant l'idylle amoureuse de leur vie. 
C'est d'abord Christian, pronfondĂ©ment perturbĂ© par la disparition de sa mère dĂ©cĂ©dĂ©e rigoureusement d'un cancer qui interpelle le spectateur dans ses blessures morales infligĂ©es contre son grĂ© et sa violence radicale extĂ©riorisĂ©e de manière brutale envers des rejetons insolents cĂ©dant mĂ©caniquement Ă  la provocation de la violence par complexe d'infĂ©rioritĂ©. 
Alors que le jeune Elias, fils d'un père docile, mĂ©decin renommĂ© dĂ©nuĂ© d'agressivitĂ© car dĂ©jĂ  lourdement accablĂ© par les conflits guerriers d'un camp africain de rĂ©fugiĂ©s dont il a la tâche de devoir soigner chaque blessĂ©, se retrouve inĂ©vitablement en rĂ´le de victime malgrĂ© lui. Un enfant chĂ©tif au bord du marasme car n'ayant pas les outils en main pour avoir l'instinct de fiertĂ© et l'amour propre Ă  pouvoir se dĂ©fendre en cas d'agression verbale ou physique offusquĂ©e dans les brimades de son honneur bafouĂ©e. 
C'est à la suite d'une rixe entre le père d'Elias et un ouvrier irascible que les deux enfants rebutés vont décider de venger ce père pacifiste se refusant à tolérer le droit de se défendre par la riposte machinale de la violence inculte. Et cela, même si celui-ci va prouver une dernière fois aux enfants que répondre à la brutalité gratuite par la violence vindicative ne peut résoudre un conflit de prime abord accès sur l'imbécilité primaire.
Cette vengeance abrutissante Ă  haut risque compromise par deux ados rebelles dĂ©structurĂ©s est le fruit de leur blessure intĂ©rieure, leur malaise existentiel, leur quĂŞte indentitaire pour le passage dĂ©licat d'une adolescence cruelle, de surcroĂ®t entaillĂ©e par un dĂ©sordre conjugale dont l'un est destituĂ© de sa mère inĂ©quitablement dĂ©cĂ©dĂ©e. 

                      

Susanne Bier nous dĂ©montre sans pathos ni discours grandiloquant ou moralisateur les relations abstraites et exigeantes que les parents issus ici d'un rĂ©seau social confortable doivent faire face avec difficultĂ© et assumer pour leur postĂ©ritĂ© en devenir. Le portrait Ă©tabli envers Christian et Elias, pronfondĂ©ment meurtris dans leur chair illustrent Ă  quel point la pĂ©riode la plus fragile de l'existence humaine se trouve dans le difficile cap de l'adolescence. 

Par l'impartialitĂ© naturelle de comĂ©diens magnifiquement modestes (les parents Ă©rudits sont aussi criant d'humanitĂ© que les deux enfants poignants de fĂ©brilitĂ© innocente) et structurĂ© d'un scĂ©nario d'une rare densitĂ©, Revenge nous entraine contre vents et marĂ©es dans une magnifique initiation Ă  la tolĂ©rance et l'inculcation infantile. 
Mis en scène avec réalisme brut mais tempéré, cette oeuvre bouleversante est autant une réflexion immuable sur le désir de vengeance, sur les effets néfastes de la violence banalisée, sur sa répercusion morale intuitive et notre comportement épidermique face à l'intolérance néfaste. A moins d'imposer une certaine forme de lacheté loyale octroyée contre toute forme de véhémence tendancieuse. Une oeuvre fébrile à deux doigts de sombrer dans la tragédie la plus répréhensible mais sauvée par l'humanité rédemptrice de nos héros désemparés.

                     
12.05.11
Brnuo Matéï.

                                                     

dimanche 8 mai 2011

Justice Sauvage / Walking Tall


de Phil Karlson. 1973. U.S.A. 1h40. Avec Joe Don Baker, Elisabeth Hartman, Leif Garrett, Daw Lyn, Noah Beery Jr, Lurene Tuttle, Ed Call, Dominick Mazzie, Lynn Borden.

Sortie salles U.S.A: 22 FĂ©vrier 1973

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Phil Karlson est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain nĂ© le 2 Juillet 1908 Ă  Chicago, dĂ©cĂ©dĂ© le 12 dĂ©cembre 1985 Ă  Los Angeles. 1948: Rocky, 1949: Le Chat sauvage, 1952: Le 4è Homme, 1959: Les Incorruptibles dĂ©fient Al Capone, 1961: Le Dernier passage (The Secret Ways), Les Blouses Blanches (The Young Doctors) , 1962: Un direct au coeur (Kid Galahad) , 1963: Massacre pour un fauve (Rampage) , 1966 : Matt Helm, agent très spĂ©cial (The Silencers) , 1967 : La poursuite des tuniques bleues (A Time for Killing) , 1968: Alexander the great (TV) , 1969: Matt Helm règle ses comptes (The Wrecking Crew), 1970 : l'Assaut des jeunes loups (Hornets' Nest) , 1972: Ben, 1973: Justice Sauvage (Walking Tall) , 1975: La trahison se paie cash  (Framed)

                                   

TournĂ© la mĂŞme annĂ©e qu'Un Justicier dans la Ville mais sorti un an et demi plus tard (le 24 Juillet 1974 aux USA), Justice Sauvage entame le courant du film d'auto-dĂ©fense alors que le 23 DĂ©cembre 1971 explosait sur les Ă©crans l'Inspecteur Harry de Don Siegel, crĂ©ant ainsi son personnage iconique de flic charognard aux mĂ©thodes expĂ©ditives aussi brutales qu'illĂ©gales. Le film entrepris par Phil Karson aura lui aussi connu un tel succès public que trois autres suites seront rapidement mises en chantier durant toute la dĂ©cennie seventie. PitchDans une contrĂ©e bucolique, un ancien catcheur Ă  la retraite revenu dans sa rĂ©gion natale est Ă©lu par sa communautĂ© du Tennessee pour devenir leur shĂ©rif. Un homme de loi drastique et Ă©quitable par qui la corruption et la criminalitĂ© seront dĂ©finitivement bannis de sa ville empoisonnĂ©e par une mafia rĂ©gnant en maĂ®tre dans un bordel. Une guerre sans merci est alors livrĂ©e entre les deux camps.

                                      

Voici l'une des oeuvres fondatrices du film d'auto-dĂ©fense, une sĂ©rie B cĂ©lĂ©brĂ©e par une horde de fans adeptes de la violence rĂ©ac qui frappe brutalement dans un dĂ©fouloir de scènes d'action explosives habilement concoctĂ©es. Si bien que ce pur western involontairement pittoresque (on jurerait qu'il fut rĂ©alisĂ© durant les annĂ©es 50) est aujourd'hui devenu un sommet de loufoquerie domptĂ© par la prĂ©sence robuste de Joe Don Baker auquel les scènes de violences très brutales surprennent encore par son âpretĂ© et sa verdeur infligĂ©e. La narration est d'un classicisme on ne peut plus balisĂ© dans cette incessante guerre de rixe entre un shĂ©rif redresseur de tort condamnĂ© Ă  rĂ©torquer de manière sauvage auprès d'une bande de crapules immorales, propriĂ©taires d'un bordel champĂŞtre. S'ensuit donc Ă  rythme mĂ©tronome une succession d'incidents majeurs commis en dĂ©faveur de notre shĂ©rif continuellement pris Ă  parti mais armĂ© d'un imposant gourdin pour y nettoyer les truands opiniâtres des quartiers de son patelin en Ă©bullition. Il faut le voir dans sa posture de catcheur entrer dans l'enceinte d'un tribunal, saisi de sa matraque pour prĂ©senter au juge les derniers larrons qu'il vient d'apprĂ©hender ! Des situations aussi improbables et grossières, Justice Sauvage en regorge Ă  foison et tous les personnages sont si caricaturĂ©s Ă  l'extrĂŞme qu'il transcendent la consternation pour crĂ©er la sympathie. Que ce soit la femme chĂ©rissante de Budford, chĂ©tive, craintive et aimante, les enfants dociles fascinĂ©s par leur paternel  hĂ©roĂŻque, les grands parents puritains et protecteurs, l'acolyte de couleur noir Ă  la trogne bonnard fidèlement associĂ© au shĂ©rif inflexible ou les malfrats lâches et orduriers davantage rancuniers dans leurs trafalgars obtempĂ©rĂ©s.

                                    

Ainsi, au sein de ce vrai western (faussement) contemporain reprenant tous les poncifs du genre, l'ambiance est si surrĂ©aliste dans son Ă©poque contĂ©e, exacerbĂ©e de personnages saugrenus, convaincus de leur prestance cordiale que Justice Sauvage entraĂ®ne de bonne foi le spectateur dans une guĂ©rilla puĂ©rile lardĂ©e de scènes de violences sauvages ! Les coups de poing et de burin pleuvants tous azimuts et les dĂ©charges de chevrotine explosant les corps ensanglantĂ©s par de furieux impacts de balle. A ce titre, la scène la plus foudroyante dans son intensitĂ© explicite est ce moment dramatique arrivant de manière fortuite, pour un personnage clef dĂ©cimĂ© par une balle explosant l'arrière de sa boite crânienne durant une poursuite automobile. De surcroĂ®t, la spontanĂ©itĂ© rigoureuse et l'impressionnant charisme viril du personnage principal campĂ© par Joe Don Baker apporte une dimension humaine Ă©quivoque de par l'illĂ©galitĂ© et la tolĂ©rance de ses exploits hĂ©roĂŻques suicidaires, alors qu'il manquera Ă  trois reprises de mourir in extremis sous les balles perfides de l'ennemi rival. Le manque d'enjeu dramatique s'y fait malgrĂ© tout cruellement sentir durant le fil narratif et devient plus contraignant Ă  force que le mĂ©trage Ă©volue dans ces incessantes attaques vindicatives rĂ©pertoriĂ©es dans les deux camps opposĂ©s. Jusqu'Ă  ce que l'ultime quart d'heure reprenne une certaine ampleur lors de sa tragĂ©die familiale, ultime point d'orgue d'une vengeance meurtrie aveuglĂ©e par la haine et la rancoeur.

                                    

Ainsi donc, Justice Sauvage se dĂ©cline en petit classique d'exploitation faisant aujourd'hui office d'attachant divertissement rĂ©tro assez atypique. Le savant dosage de violence rrugueuse, les situations toutes plus saugrenues les unes que les autres, ces personnages stĂ©rĂ©otypĂ©s Ă  l'extrĂŞme et l'imposante prĂ©sence de Joe Don Baker achèvent de rendre ce succĂ©danĂ© sĂ©millant, Ă  dĂ©faut d'ĂŞtre passionnant, que les inconditionnels du genre ne manqueront pas d'affectionner.

08.05.11.
*Bruno

vendredi 6 mai 2011

LE CHATEAU DES MORTS-VIVANTS (Il castello dei morti vivi)


de Luciano Ricci et Lorenzo Sabatini. 1964. Italie/France. 1h31. Avec Christopher Lee, Donald Sutherland, Gaia Germani, Philippe Leroy, Jacques Slanislawski, Mirko Valentin, Antonio de Martino, Luigi Bonos, Luciano Pigozzi, Ennio Antonelli.

FILMOGRAPHIE: Luciano Ricci est un réalisateur et scénariste italien né le 16 Novembre 1928, mort le 22 Juin 1973. 1962: Solo contro Roma. 1962: Giuseppe venduto dai fratelli. 1964: Senza sole nè luna. 1964: Le chateau des morts-vivants.
Lorenzo Sabatini est un réalisateur et scénariste italien. 1964: Le Chateau des morts-vivants. 1969: Juliette de Sade. 1970: Echec à la maffia.

                                  

InĂ©dit en France, Le Chateau des Morts-Vivants est un modeste film d'Ă©pouvante concoctĂ© par un  trio de rĂ©alisateurs, et ce d'après un scĂ©nario de Michael Reeves (non crĂ©ditĂ© au poste d'assistant rĂ©alisateur). Il me parait paradoxale que cette production franco-italienne, particulièrement influencĂ©e par le gothisme de Mario Bava (Le Masque du dĂ©mon sortit sur les Ă©crans 4 ans au prĂ©alable), soit restĂ© invisible dans nos contrĂ©es, non seulement en salles mais aussi en vidĂ©o. D'autant plus qu'en tĂŞtes d'affiche se bousculent la valeur sĂ»re Christopher Lee, le français Philippe Leroy et enfin  Donald Sutherland dans un triple rĂ´le (secondaire). Au 19è siècle, une troupe d'animateurs ambulants sont invitĂ©s par le comte Drago dans son château reculĂ©. MalgrĂ© la mise en garde d'une vieille sorcière sur leur chemin du trajet, nos hĂ©ros poursuivent leur chemin. Accueillis par le serviteur Sandro, ils ne se doutent pas que Drago cache dans une pièce une exposition de cadavres monolithiques.

                                        

DĂ©butant par un prologue sarcastique en trompe l'oeil, cette oeuvre bisseuse au charme vintage attise immĂ©diatement la sympathie, notamment auprès de ces attachants personnages. Des forains concoctant auprès d'une foule champĂŞtre du 19è siècle des spectacles macabres de mises Ă  mort ! EpaulĂ© d'une superbe photo noir et blanc et de dĂ©cors gothiques singuliers, l'intrigue nous entraĂ®ne dans le refuge macabre d'un manoir antique abritant des animaux embaumĂ©s ainsi que des cadavres humains figĂ©s pour l'Ă©ternitĂ©. Une amusante variation en somme auprès des mannequins de cire tant et si bien que le Comte Drago renoue avec les travaux obsessionnels de Vincent Price entrepris dans l'Homme au masque de cire tournĂ© 9 ans plus tĂ´t. L'efficacitĂ© du rĂ©cit Ă©mane des disparitions inquiĂ©tantes de chacun des personnages piĂ©gĂ©s dans le dĂ©dale funĂ©raire du comte Drago. A ce titre, le final somptueusement baroque dĂ©voilant enfin les travaux finaux de ses horribles mĂ©faits nous scande sa plus belle sĂ©quence de poĂ©sie corporelle, qui plus est accentuĂ©e d'une atmosphère feutrĂ©e Ă©trangement surnaturelle !

                                   

Avec une classe autoritĂ© et un magnĂ©tisme glaçant, Christopher Lee rĂ©ussit une fois de plus Ă  camper un personnage aussi bien lugubre qu'orgueilleux lors de ses exactions, pour ne pas dire azimutĂ© dans sa quĂŞte obsessionnelle d'embaumer des humains afin de prĂ©server leur jeunesse auprès d'un procĂ©dĂ© rĂ©volutionnaire. Son valet incarnĂ© par Mirko Valentin ne manque pas non plus de charisme mortifère en faire-valoir criminel maladivement fascinĂ© par les expĂ©riences morbides de son maĂ®tre. D'autres personnages secondaires, telle la sorcière fĂ©tide (superbement campĂ©e par Donald Sutherland dans un rĂ´le ternaire !), le nain Nick (Antonio De Martino), Eric le leader ambulant (Philippe Leroy) ou la ravissante Laura (Gaia Germani) instaurent une prĂ©sence aussi convaincante afin de rehausser l'aura ombrageuse de cette farce macabre.

                                        

Soigneusement rĂ©alisĂ© avec savoir-faire formel, Le chateau des Morts-vivants constitue une  surprenante curiositĂ© latine. Une sĂ©rie B bisseuse agrĂ©ablement rĂ©tro, parfois mĂŞme violente (en se resituant dans le contexte de l'Ă©poque) et surtout exacerbĂ© d'un dĂ©corum parfois baroque, telles ses immenses statues de pierre animalières ornant les jardins du château. L'efficacitĂ© du rĂ©cit habilement contĂ©, la beautĂ© fulgurante de certaines images macabres ainsi que son casting inquiĂ©tant achèveront de sĂ©duire les amoureux du genre gothique que Bava inaugura de son empreinte avec Le Masque du DĂ©mon.

* Bruno

Dispo chez ARTUS FILMS en dvd.

06.05.11

jeudi 5 mai 2011

Zombie Lover / Make-out with violence. Grand Prix du Jury au festival d'Atlanta 2008.


des frères Deagol. 2008. 1h41. Avec Eric Lehning, Cody DeVos, Leah High, Brett Miller, Tia Shearer, Jordan Lehning, Josh Duensing, Shellie Marie Shartzer, Amanda Bailey, David Carney, Jack Doyle, Kevin Doyle, Patricia Doyle, Zach Duensing, Steve Duensing.

Traduction Française: Rouler une pelle avec violence.

Sortie en France le 03 Mai 2011.

                                  

FILMOGRAPHIELes frères Deagol sont des réalisateurs, scénaristes et producteurs de leur premier long-métrage, Make-out with violence.

Le Pitch: Patrick et Carol sont deux frères jumeaux venant juste de terminer leurs Ă©tudes universitaires. Ils vivent dans une petite ville amĂ©ricaine de banlieue avec leur jeune frère Beetle. Un jour, la belle Wendy, une amie de l’universitĂ©, disparaĂ®t. Un moment difficile pour les deux jumeaux, secrètement amoureux de la jeune femme. En se baladant dans les bois, les frères vont tomber sur le cadavre de Wendy. Un cadavre, mais vivant… Les jumeaux vont alors ramener la jeune femme chez eux et essayer d’en prendre soin en secret

                                     

Bon, c'est un excellent film indĂ©pendant qui sort vraiment des sentiers battus. C'est parfois touchant, original, troublant mais aussi irritant, dĂ©routant, frustrant car je ne m'attendais pas du tout Ă  ça. Le personnage de la morte vivante est magnifiquement exploitĂ©e mais uniquement dans la posture atypique d'un comportement anĂ©mique. L'archĂ©type est ici habilement renouvelĂ©, rĂ©exploitĂ©. 2/3 scènes sont absolument magnifiques dans leur poĂ©sie trouble et macabre (le gateau d'anniversaire, le final dans la piscine) mais la romance nĂ©crophile, mĂ©lancolique et dĂ©sespĂ©rĂ©e passe trop en second plan je trouve. De ce fait, je trouve que le relation entre le garçon amoureux et sa dulcinĂ©e exsangue perd de son intensitĂ© Ă©motionnelle au profit des romances Ă©perdues entre les autres personnages et ceux qui souhaite entamer une vraie relation amoureuse. La bo est formidable, les personnages ont tous une belle dimension humaine (le petit garçon est formidable de naturel), la mise en scène est inspirĂ©e et inventive mais ce faux film de zombie peut largement rebuter ceux qui n'Ă©taient pas avertis.
A découvrir pour public averti.

                                
05.05.11.
Bruno Matéï.