jeudi 19 décembre 2013

TOP 15, 2013


1) MANIAC et ALABAMA MONROE

 

2) LA CHASSE  


3) LA VIE D'ADELE


Dans le désordre:















 3 coups de coeur recalĂ©s: 





Mon trio maudit dĂ©couvert en video: 






COUPS DE COEUR SERIES T.V 2013

1



2


3


4


mercredi 18 décembre 2013

36-15 Code Père-Noël

                                              Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de René Manzor. 1982. France. 1h30. Avec Alain Musy, Louis Ducreux, Brigitte Fossey, Patrick Floersheim, François-Eric Gendron, Franck Capillery.

Sortie salles France: 10 Janvier 1990

FILMOGRAPHIE: RenĂ© Manzor est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste français, frère de Francis et Jean FĂ©lix Lalanne. Il est nĂ© le 4 AoĂ»t 1959 Ă  Mont-de-Marsan. 1986: Le Passage. 1990: 3615 code Père NoĂ«l. 1997: Un Amour de sorcière. 2003: DĂ©dales. 2002-2007: Alex Santana, nĂ©gociateur (sĂ©rie tv). 2009: Blackout (tĂ©lĂ©-film).

Quatre ans après Le Passage, RenĂ© Manzor renoue avec la singularitĂ© Ă  travers 36-15 Code Père NoĂ«l, dans un registre nettement plus cauchemardesque et dĂ©bridĂ©. Flop commercial Ă  sa sortie, ce vilain petit canard demeure aujourd’hui un authentique ovni franchouillard, un dĂ©lire de courses-poursuites incessantes opposant un enfant belliqueux Ă  un père fouettard psychopathe. PrivĂ© de ses parents, Thomas, neuf ans, doit affronter ce Père NoĂ«l dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© et sauver la vie de son grand-père au sein du château familial. DĂ©guisĂ© en Rambo, le marmot multiplie les subterfuges, piĂ©geant son adversaire Ă  l’aide de gadgets retors puisĂ©s dans sa cargaison de jouets. Le point de dĂ©part d’une confrontation dantesque, rejouĂ©e comme une partie de cache-cache sadique. Bizarre ? AssurĂ©ment.

Que s’est-il donc passĂ© dans la tĂŞte de RenĂ© Manzor pour concevoir un divertissement aussi immoral, dĂ©sacralisant sans complexe l’archĂ©type du Père NoĂ«l ? Un traumatisme d’enfance, peut-ĂŞtre, infligĂ© par ce grand-père Ă  la fourrure rouge, au point d’en rĂ©vĂ©ler l’imposture ? Toujours est-il qu’un tel objet, aujourd’hui, serait impensable : aucun producteur n’oserait autoriser un tel sacrilège sans en Ă©dulcorer prudemment la charge subversive. 

Ă€ mi-chemin entre Maman, j’ai ratĂ© l’avion, Rambo II et Douce Nuit, Sanglante Nuit, 36-15 Code Père NoĂ«l suscite une palette d’Ă©motions contradictoires - entre stupeur et perplexitĂ© - dans ce chassĂ©-croisĂ© infernal entre deux adversaires pugnaces. Si le film a pris une patine rĂ©tro avec son esthĂ©tique criarde aux teintes fluos, il oscille sans cesse entre maladresses gĂŞnantes (la trĂŞve lacrymale de Thomas plombĂ©e par une mĂ©lodie sirupeuse façon Bonnie Tyler) et fulgurances rĂ©jouissantes, orchestrĂ©es par un Rambo en culotte courte. Son joli minois trop lisse et sa colère outrĂ©e flirtent parfois avec l’irritation du stĂ©rĂ©otype, malgrĂ© l’empathie suscitĂ©e par son sens aigu de la bravoure et son ingĂ©niositĂ© fĂ©brile.

Dans sa volontĂ© de modernitĂ©, Manzor adopte une mise en scène clippesque, saturĂ©e de ralentis chorĂ©graphiques et de cadrages alambiquĂ©s. La scĂ©nographie baroque transforme le manoir high-tech en vĂ©ritable champ de bataille, noyĂ© sous une avalanche de jouets - on se croirait parfois dans l’antre dĂ©lirante d’un Toys “R” Us. Pourtant, le cinĂ©aste exploite habilement chaque recoin et passage secret de la bâtisse, faisant preuve d’une imagination ludique et d’une efficacitĂ© nerveuse indĂ©niable.

Avec sa facture kitsch, ses situations parfois ridicules, ses clichĂ©s Ă©culĂ©s (voiture en panne, tueur increvable) et le cabotinage parfois approximatif de ses interprètes - le grand-père sclĂ©rosĂ© restant dĂ©sespĂ©rĂ©ment inexpressif - 36-15 Code Père NoĂ«l prĂŞte aujourd’hui Ă  sourire. Le film n’Ă©vite pas non plus un certain pathos, notamment dans ses moments intimistes, lorsque affleure le traumatisme latent du bambin. MAIS en cinĂ©aste pourfendeur, RenĂ© Manzor livre surtout une sĂ©rie B outrageusement insolente, Ă  la libertĂ© de ton franchement couillue, conjuguant horreur brute et action quasi homĂ©rique. La prĂ©sence inquiĂ©tante du Père NoĂ«l incarnĂ© par Patrick Floersheim achève de rendre l’ensemble profondĂ©ment malsain, ludique, dĂ©concertant, pĂ©tulant, dĂ©rangeant.

Au final, une bizarrerie erratique et inclassable, à (re)découvrir avec précaution.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

18.12.13. 3èx

mardi 17 décembre 2013

MA VIE AVEC LIBERACE (Behind the Candelabra)

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site blogs.paris.fr

de Steven Soderbergh. 2013. 1h58. U.S.A. Avec Michael Douglas, Matt Damon, Dan Aykroyd, Scott Bakula, Rob Lowe, Tom Papa.

Sortie salles France: 18 Septembre 2013. U.S: 26 Mai 2013 (par la case TV)

Récompenses: Palme dog pour Baby Boy au Festival de Cannes, 2013
Meilleure mini-série ou meilleur téléfilm, Meilleur Acteur pour Michael Douglas au Critic's Choice Television Awards
Meilleur mini-série ou meilleur télé-film pour Jerry Weintraub, Meilleur réalisation pour Steven Soderbergh, Meilleur Acteur pour Michael Douglas aux Emmy Awards2013.

FILMOGRAPHIE: Steven Soderbergh est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 14 Janvier 1963 à Atlanta en Géorgie.
1985; Yes 90125 Live (doc). 1989: Sexe, mensonges et vidéo. 1991: Kafka. 1993: King of the Hill. 1995: A fleur de peau. 1996: Gray's Anatomy. 1996: Schizopolis. 1998: Hors d'Atteinte. 1999: L'Anglais. 2000: Erin Brockovich. 2000: Traffic. 2001: Ocean's Eleven. 2002: Full Frontal. 2002: Solaris. 2004: Ocean's Twelve. 2006: Bubble. 2006: The Good German. 2007: Ocean's Thirteen. 2008: Che, 1ère partie. Che, 2è partie. 2009: Girlfriend Experience. 2009: The Informant ! 2010: And everything is going fine (doc). 2011: Contagion. 2012: Piégée. 2012: Magic Mike. 2012: An Amazing Time: A Conversation About "End of the Road" (doc). 2013: Effets Secondaires. 2013: Ma vie avec Liberace



ComĂ©die dramatique retraçant l'idylle passionnelle du cĂ©lèbre pianiste Liberace avec un jeune blondinet sans le sou, Ma vie avec Liberace est surtout l'occasion pour Michael Douglas de livrer un numĂ©ro d'acteur extravagant conçu sur la posture effĂ©minĂ©e. Grace Ă  sa prestance incandescente, le film repose Ă©normĂ©ment sur ses Ă©paules sans jamais vulgariser le trait d'une caricature "gay". On en oublie rapidement que derrière cet accoutrement fantasque se cache un Michael Douglas Ă©patant de spontanĂ©itĂ© malgrĂ© son âge avancĂ© !


DĂ©boutĂ© en salles outre-atlantique Ă  cause de son sujet jugĂ© trop "homo" des aveux des producteurs, ce portrait en demi-teinte d'un pianiste notoire nous ouvre les portes de sa cĂ©lĂ©britĂ© avec une dimension humaine fataliste dans ses excès capricieux. C'est une liaison amoureuse (limite incestueuse) que nous illustre le cinĂ©aste prolifique Steven Soderbergh avec un certain sens de l'absurde puisque l'amant, Scott Thorson (excellemment campĂ© par un Matt Damon poupon !) est amenĂ© Ă  ĂŞtre lĂ©galement adoptĂ© par Liberace ! Grâce Ă  la complicitĂ© extrĂŞmement attachante du duo formĂ© par les deux stars, Ma vie avec Liberace nous dĂ©voile l'intimitĂ© de leur romance (limite paternelle), entre bonheur conjugal, crises de jalousie et colère erratique, Ă  l'image du refoulement sexuel et de l'ascension toxicomane de Scott. Du cĂ´tĂ© du maĂ®tre Ă©gocentrique, Liberace manifeste son talent de pianiste sous les paillettes d'une emphase musicale et dĂ©voile en dernier acte un talent d'usurpateur quand il dĂ©cide de publier sa biographie en occultant son homosexualitĂ©. A travers ce dĂ©ni d'un homme incapable d'assumer sa sexualitĂ© au grand jour, Soderbergh remĂ©more un tĂ©moignage prude sur l'Ă©poque de la fin des annĂ©es 70 oĂą il n'Ă©tait pas bon d'avouer son homophilie. Quand bien mĂŞme l'avènement du Sida venait de faire son apparition, Ă  l'instar du brutal dĂ©cès de l'acteur Rock Hudson entraperçu au travers d'une page de quotidien !


Alternant l'humour frivole, le drame et la tendresse, Ma vie avec Liberace rend hommage Ă  son artiste mĂ©lomane tout en dĂ©nonçant l'hypocrisie humaine de l'amour possessif Ă  travers ce couple gay tiraillĂ© par les effets pervers de la cĂ©lĂ©britĂ©, de la jalousie et de la toxicomanie. IlluminĂ© par la prĂ©sence de Matt Damon et de l'abattage de Michael Douglas, cette comĂ©die pathĂ©tique doit Ă©normĂ©ment Ă  cette complicitĂ© alĂ©atoire, tandis que les seconds rĂ´les, quasi mĂ©connaissables, relèvent la gageure avec la mĂŞme dĂ©contraction (Dan Aykroyd, Scott Bakula et Rob Lowe forment un trio "gay" hĂ©tĂ©roclite dans leur personnalitĂ© autonome !)

Clin d'oeil amusé à Karine Philippi !
17.12.13
Bruno Matéï

lundi 16 décembre 2013

Les FantĂ´mes de Hurlevent (Edgar Poe chez les Morts-vivants. Nella stretta morsa del ragno)


de Antonio Margheriti. 1971. Italie. 1h49. Avec Anthony Franciosa, Michèle Mercier, Klaus Kinski, Peter Carsten, Silvano Tranquilli, Karin Field, Raf Baldassarre, Irina malleva.

FILMOGRAPHIE: Antonio Margheriti (Anthony M. Dawson) est un réalisateur italien, né le 19 septembre 1930 à Rome, décédé le 4 Novembre 2002 à Monterosi.
1960: Le Vainqueur de l'espace. 1962: Les Derniers jours d'un empire. 1963: La Vierge de Nuremberg. 1964: La Sorcière Sanglante. 1964: Les Géants de Rome. 1964: Danse Macabre. 1968: Avec Django, la mort est là. 1970: Et le vent apporta le Violence. 1971: Les Fantômes de Hurlevent. 1973: Les Diablesses. 1974: La brute, le colt et le karaté. 1975: La Chevauchée terrible. 1976: l'Ombre d'un tueur. 1979: l'Invasion des Piranhas. 1980: Pulsions Cannibales. 1980: Héros d'Apocalypse. 1982: Les Aventuriers du Cobra d'Or. 1983: Yor, le chasseur du futur. 1985: L'Enfer en 4è vitesse.


Connu Ă©galement sous le titre Edgar Poe chez les morts-vivants (c'est d'ailleurs sous cette appellation que j'ai pu le dĂ©couvrir via mon cinĂ©ma provincial), Les FantĂ´mes de Hurlevent est le remake colorisĂ© du fameux classique Danse Macabre. Peu apprĂ©ciĂ© des critiques en gĂ©nĂ©ral depuis sa sortie, cette petite bisserie transalpine s'avère pourtant sĂ©duisante pour peu que l'on soit indulgent Ă  l'aspect copiĂ©-collĂ© de sa trame originelle. Pour rappel: A la suite d'un pari, un homme doit passer une nuit entière dans un château parmi la potentielle prĂ©sence de fantĂ´mes d'outre-tombe. BĂ©nĂ©ficiant d'une ambiance gothique rĂ©ellement envoĂ»tante, Les FantĂ´mes de Hurlevent tente de dĂ©poussiĂ©rer son ancĂŞtre avec l'emploi de la couleur ainsi qu'une distribution Ă©clectique rĂ©unissant les illustres  Anthony FranciosaMichelle Mercier et le fou furieux Klaus Kinski. Si Franciosa cabotine un peu en journaliste rationnel pour autant davantage compromis par sa nĂ©vrose paranoĂŻaque, Michelle Mercier  ne manque pas d'Ă©lĂ©gance en fantĂ´me vertueuse Ă©prise d'empathie pour notre hĂ©ros, quand bien mĂŞme Klaus Kinski reste transi d'Ă©moi de par sa discrète performance d'Edgar Poe en Ă©crivain alcoolo habitĂ© par ses dĂ©mons (nous ne le verrons apparaĂ®tre qu'au prologue et Ă  la conclusion du    film).


Ainsi, l'intrigue suit la mĂŞme ligne de conduite que son modèle mais avec un sens de l'efficacitĂ© dans l'art de brosser studieusement une histoire de hantise au sein d'un château bordĂ© de toiles d'araignĂ©es, de candĂ©labres et de cranes humains. Toute le rĂ©cit, Ă  la lisière du cauchemar Ă©veillĂ©, demeure centrĂ© sur la visite du journaliste en interne du manoir, tĂ©moin malgrĂ© lui d'une succession de visions hallucinatoires qui tendraient Ă  prouver l'existence d'ectoplasmes. Serein mais gagnĂ© par l'inquiĂ©tude, cet aimable hĂ´te se retrouve donc persĂ©cutĂ© par les anciens propriĂ©taires en revivant des Ă©pisodes du passĂ© jusqu'Ă  ce que sa survie en dĂ©pende ! En affiliant l'iconographie du fantĂ´me au thème vampirique (ils se nourrissent de sang humain pour pouvoir revenir d'entre les morts), Antonio Margheriti trousse une agrĂ©able sĂ©rie B teintĂ©e de tabous sexuels (le lesbianisme, l'adultère) en survolant au passage une intĂ©ressante thĂ©orie sur la mort (l'instinct vital du corps permettant de prolonger la vie amène une rĂ©flexion spirituelle !). Mais c'est dans l'atmosphère mortifère que les FantĂ´mes de Hurlevent s'avère le plus saisissant ! Tant au salon du bal victorien, aux sous-sol de sĂ©pulture que dans les chambres (lieux de théâtre macabre des crimes d'adultère), la scĂ©nographie insuffle une aura funèbre prĂ©gnante jusqu'au climax ironiquement tragique.


RĂ©alisĂ© sans gĂ©nie particulier mais avec rĂ©el savoir-faire afin de matĂ©rialiser une ambiance anxiogène dĂ©diĂ©e au gothisme, les FantĂ´mes de Hurlevent ne cherche pas Ă  concourir avec la rĂ©ussite de son illustre homologue. De par l'art de construire une histoire limpide, Margheriti compte aussi sur la prĂ©sence attachante de ces comĂ©diens et sur la mĂ©lodie classique de Riz Ortolani pour nous sĂ©duire. Mais surtout il fignole obstinĂ©ment l'esthĂ©tisme macabre du manoir des amants maudits avec un savoir-faire infaillible. Pour les amoureux d'ambiance sĂ©culaire palpable, les FantĂ´mes de Hurlevent est donc une oeuvre mineure certes, mais indĂ©niablement envoĂ»tante.  

*Bruno
16.12.13. 2èx


vendredi 13 décembre 2013

LA VIE D'ADELE. Palme d'Or, Cannes 2013

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cinebel.be

de Abdellatif Kechiche. 2013. France/Belgique/Espagne. 2h59. Avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Jérémie Laheurte, Mona Walravens, Salim Kechiouche, Catherine Salée.

Sortie salles France: 23 Mai 2013

FILMOGRAPHIE: Abdellatif Kechiche est un réalisateur, scénariste et acteur franco-tunisien, né le 7 Décembre 1960 à Tunis. 2000: La Faute à Voltaire. 2004: L'Esquive. 2007: La Graine et le Mulet. 2010: Vénus Noire. 2013: La Vie d'Adèle.


DĂ©clarĂ© vainqueur de la Palme d'Or en 2013 et d'une multitude de rĂ©compenses Ă  travers le monde, La Vie d'Adèle est notamment la rĂ©vĂ©lation d'Adèle Exarchopoulos. Transie d'Ă©moi et de pudeur pour sa prestance d'adolescente paumĂ©e, cette jeune comĂ©dienne suscite au spectateur une Ă©motion Ă  fleur de peau dans ses Ă©changes de regard timorĂ© et son incontrĂ´lable ardeur sexuelle dĂ©diĂ©e Ă  l'ĂŞtre aimĂ©e. En dĂ©pit d'une polĂ©mique conflictuelle entre le rĂ©alisateur, le duo d'actrices et certains techniciens, cette romance passionnelle a remportĂ© tous les suffrages pour prĂ´ner le jeu naturel des comĂ©diennes ainsi que le talent d'un metteur en scène Ă  son acmĂ©. Avec la participation exceptionnelle du couple Adèle Exarchopoulos/LĂ©a Seydoux, La Vie d'Adèle est un tourbillon d'Ă©motions pour illustrer la dĂ©rive sentimentale de deux lesbiennes habitĂ©es par la passion. C'est en prioritĂ© un magnifique portrait d'adolescente fragile que nous dresse Abdellatif Kechiche, la quĂŞte douloureuse d'une fille en questionnement sur son identification sexuelle mais prochainement rattrapĂ©e par une idylle dĂ©vorante. Après une première expĂ©rience sans lendemain avec un jeune garçon, Adèle va subitement aborder l'amour dans une boite gay parmi la rencontre d'Emma, lesbienne autrement assumĂ©e, spontanĂ©e et plus mature. 


A cause des préjugés homophobes de certaines de ses camarades de classe, Adèle n'ose pas dévoiler au grand jour son penchant saphique mais se laisse rattraper par le désir amoureux de sa nouvelle relation, jusqu'à ce qu'une crainte jalouse ne vienne tout remettre en cause. Durant plus de 3 heures, nous allons suivre son cheminement indécis et si délicat, partagée entre la quête éperdue d'un amour pur et son initiation professionnelle de maîtresse d'école. Si La Vie d'Adèle s'avère aussi puissant émotionnellement parlant, il le doit autant au talent circonspect d'un cinéaste scrutant, à l'aide de sa caméra, la pudeur humaine dans une délicate sensibilité. Celle d'une jeune fille trop fragile livrée à ses doutes en l'amour et la crainte de l'abandon, mais toujours passionnée et en essor sexuel envers l'être aimé. D'ailleurs, les séquences sexuelles explicites sont retransmises avec un tel réalisme qu'une certaine gêne peut parfois occasionner le spectateur, même si l'érotisme ardent qui en émane est rattrapé par la pureté de l'acte. D'autres seront sans doute choqués de découvrir à certains moments la crudité de certains inserts pornographiques sans que le réalisme scabreux des situations ne cède jamais à la complaisance. Au contraire, à l'aide d'une réalisation épurée au plus près des corps extatiques, il ne fait que sublimer la passion sexuelle de deux êtres envoûtés par le désir. Rarement des séquences sexuelles n'auront été vécues d'une manière aussi crue et radicale mais transcendées par la sensualité d'une fougue érogène.


Il en ressort une oeuvre Ă©purĂ©e oĂą l'Ă©motion brute nous saisit Ă  la gorge Ă  n'importe quelle situation improvisĂ©e et oĂą l'introspection initiatique d'Adèle nous hypnotise d'une manière toute intime. Outre son ode Ă  la vie et Ă  la libertĂ© homosexuelle, La vie d'Adèle illustre avec autant de luciditĂ© que de vĂ©ritĂ© humaine la cruautĂ© de l'amour et l'initiation Ă  la maturitĂ©. 

Avec toute mon affection pour Adèle Exarchopoulos
13.12.13
Bruno Matéï

L'avis de Mathias Chaput:
"La vie d'Adèle" est simplement un pur chef d'oeuvre qui frôle presque le cinéma expérimental tant l'acuité d'Abdellatif Kechiche à rendre simples et évidentes les choses force le respect...
Admirable en tous points, son film transgresse les tabous et va très loin dans le réalisme, n'occultant jamais qu'une histoire d'amour est faite de larmes et de sexe...
Sexualité débridée certes, mais NECESSAIRE pour comprendre l'amplification et la liaison charnelle qui lie les deux héroïnes, corps imbriqués physiquement mais aussi mentalement pour un amour que nul ne penserait pouvoir briser tant le feu foudroyant domine les deux femmes...
Techniquement, Kechiche fait preuve d'une maîtrise totale et emploie des mouvements de caméras gracieux et intégrés dans l'espace de façon juste, un grand travail a été fait notamment lors de plans sur le visage d'Adèle qui la suit sur un long mouvement à deux reprises dans le film (lorsqu'elle sort du lycée et lorsqu'elle quitte le vernissage)...
La direction d'actrices est extrêmement juste et les deux comédiennes jouent à un niveau de perfection peu atteint dans le cinéma français (la scène du clash annonçant la rupture m'a arraché des larmes, tout y est concis, précis et vraiment similaire au réel)...
Il y a de nombreuses allégories dans "La vie d'Adèle" comme ces feuilles qui volent, emmenées par le vent, dans un parc, au dessus du corps d'Adèle allongée sur un banc, ou ce passage incroyable et hors du temps d'une des séquences finales, dans le café, où la discussion entre les deux femmes fait penser à celle du parloir d'une prison, Adèle prisonnière, enfermée dans l'illusion d'un amour renouvelé et qui demande à Emma de la masturber, comme un détenu le demandera à son épouse, cette scène est très forte et d'une intensité rare !
D'une force imparable, "La vie d'Adèle" laissera une trace indélébile dans le cinéma hexagonal et peu de métrages ont réussi à atteindre un tel degré dans la retranscription d'un amour, à fortiori dans cette gageure pour Kechiche puisqu'il s'agit en l'occurrence de deux femmes, ce qui accentue encore plus la difficulté pour le cinéaste...
Tout simplement magique et magnifique "La vie d'Adèle" est une incroyable performance et une étape supplémentaire franchie dans la qualité au septième art, qui imprègne de sa patte et de son style tout un pan de la société, à l'heure du "mariage pour tous", bien ancrée dans l'évolution des moeurs et témoignant d'une intelligence de traitement rarement vue auparavant...
Note : 10/10

RĂ©compenses: Palme d'Or, Cannes 2013
CĂ©sar du Meilleur Espoir FĂ©minin pour Adèle Exarchopoulos
Prix Louis Delluc, 2013
Prix Fipresci pour Abdellatif Kechiche. 
Grand Prix de la FIPRESCI36
Meilleur Espoir pour LĂ©a Seydoux au Festival du film des Hamptons, 2013
Meilleure rĂ©vĂ©lation fĂ©minine pour Adèle Exarchopoulos
Meilleur film Etranger au New-York Film Critics Circle Awards, 2013
Meilleure Actrice pour Adèle Exarchopoulos au Los Angeles Film Critics Association Award, 2013
Meilleur Film IndĂ©pendant international au British Independent Film Awards, 2013
Meilleur Film en langue Ă©trangère au Boston Online Critics Association Awards, 2013
Meilleur Film Ă©tranger aux Critics' Choice Awards, 2014 !
Prix Lumières 2014

jeudi 12 décembre 2013

La Planète des Singes / Planet of the Apes

                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site space1970.blogspot.com

de Franklin J. Schaffner. 1968. U.S.A. 1h52. Avec Charlton Heston, Roddy McDowall, Kim Hunter, Maurice Evans, James Whitmore, James Daly, Linda Harrison.

Sortie salles France: 25 Avril 1968. U.S: 8 Février 1968

FILMOGRAPHIE: Franklin J. Schaffner est un rĂ©alisateur et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 30 Mai 1920 Ă  TĂ´kyĂ´, dĂ©cĂ©dĂ© le 2 juilllet 1989 Ă  Santa Monica. 1963: Les Loups et l'agneau. 1964: Que le meilleur l'emporte. 1965: Le Seigneur de la guerre. 1967: La Griffe. 1968: La Planète des Singes. 1970: Patton. 1971: Nicolas et Alexandra. 1973: Papillon. 1976: L'Ă®le des adieux. 1978: Ces Garçons qui venaient du BrĂ©sil. 1981: Sphinx. 1982: Yes, Giorgio. 1987: Coeur de Lion. 1989: Welcome Home.


"L'homme, arrogant, cupide, envieux, mégalo, autodestructeur, incapable du vivre ensemble, condamné au néant. Plus nihiliste tu meurs."
Grand classique de la science-fiction dans tous les coeurs des cinĂ©philes, La Planète des Singes laissa une trace indĂ©lĂ©bile dans la mĂ©moire du spectateur, tant par la nature dĂ©lirante de son concept que de sa rĂ©flexion philosophique sur la nature humaine. Le pitchAprès un voyage astral de 18 mois, trois astronautes se retrouvent projetĂ©s en l'an 3978 pour atterrir sur une contrĂ©e dĂ©sertique Ă©trangement mutique. Au fil de leur expĂ©dition, ils ne vont pas tarder Ă  rencontrer l'hostilitĂ© d'une ethnie d'hommes-singes. InspirĂ© du roman de Pierre Boule et d'un Ă©pisode de la 4è Dimension (Une Flèche dans le ciel), La Planète des Singes fut un Ă©norme succès international de par l'originalitĂ© de son postulat et le rĂ©alisme imparti aux maquillages des primates confectionnĂ©s par John chambers. Il y Ă©mane la crĂ©ation d'un univers atypique retranscrit avec une vĂ©ritĂ© trouble qui plus est rehaussĂ© d'une partition ombrageuse. Ainsi, Ă  travers l'irruption accidentelle de trois amĂ©ricains dĂ©barquĂ©s sur un continent aride, Franklin J. Schaffner insuffle un climat d'Ă©trangetĂ© feutrĂ© dans cet endroit solaire Ă©pargnĂ© de civilisation. Tout du moins c'est ce que les 20 premières minutes sous entendent avant que nos hĂ©ros tĂ©moignent d'une communautĂ© d'hommes sauvages fouinant de la nourriture Ă  travers champs. Rapidement pourchassĂ©s par une race de singes mutants armĂ©s, les derniers survivants vont se retrouver embrigadĂ©s dans des cages d'acier pour ĂŞtre ainsi rĂ©duits Ă  l'esclavage !


Cette trame insensĂ©e engendrĂ©e par une ancienne thĂ©orie (l'homme descendrait du singe !) est ici magnifiquement retranscrite Ă  travers la scĂ©nographie d'un microcosme primitif auquel les singes feront face Ă  la rĂ©bellion d'un humain douĂ© de parole. A travers un scĂ©nario passionnant fertile de thĂ©matiques (notamment une charge militante pour la cause animale si bien que l'homme est ici tenu en laisse et retenu en cage !) et fondĂ© sur la quĂŞte existentielle d'une civilisation première, c'est une forme de parodie tacite que Franklin J. Schaffner met en exergue afin de se railler de notre orgueil. La donne est donc inversĂ©e afin d'illustrer Ă  travers l'Ă©thique des singes Ă  quel point toute civilisation est avide d'accĂ©der instinctivement Ă  l'Ă©lite du pouvoir pour asservir les plus faibles et les priver de la libertĂ© d'expression. Car ces simiens potentiellement intelligents vont reproduire nos mĂŞmes fondements de doctrine judiciaire (leur tribunal de jurisprudence), de recherche scientifique et mĂ©dical (l'exploitation de la vivisection, le domptage animal) et de foi religieuse (leur paroisse chrĂ©tienne) pour se justifier un sens existentiel. Le conservatisme, le racisme, l'exploitation de l'esclavage sont donc traitĂ©s Ă  travers l'intolĂ©rance de leur supĂ©rioritĂ© oĂą la violence expĂ©ditive est perpĂ©trĂ©e pour maltraiter les prisonniers (les gorilles ne sont d'ailleurs que des geĂ´liers Ă©cervelĂ©s). Mais dans cette sociĂ©tĂ© faillible compromise par la persuasion d'un homme hurlant sa condition soumise, deux chimpanzĂ©s psychologues (Roddy McDowall et Kim Hunter crèvent l'Ă©cran dans leur dignitĂ© humaniste !) vont tout de mĂŞme s'extirper de leur idĂ©ologie rĂ©actionnaire pour tenter de comprendre le pacifisme de cet insurgĂ© et dĂ©couvrir sa vĂ©ritable nationalitĂ©.


No Futur. 
Mis en scène avec maĂ®trise (les scènes d'action sont remarquablement coordonnĂ©es), La Planète des singes bĂ©nĂ©ficie notamment d'une direction d'acteur hors pair pour crĂ©dibiliser les diffĂ©rents primates humains (orangs-outans, gorilles et chimpanzĂ©s ont Ă©videmment tous une morphologie distincte selon leur origine) alors que Charlton Heston tente de s'extirper de ce cauchemar, entre rĂ©silience, entĂŞtement et hargne rigoureuse. Ce qui nous amène Ă  la conclusion d'un cliffhanger effroyable de nihilisme afin de mieux fustiger la nature autodestructrice de l'homme ! Immense chef-d'oeuvre j'vous dis. 

A privilégier en Vo.

*Bruno
12.12.13
17.11.22. 4èx vost

La critique: Le Secret de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/le-secret-de-la-planete-des-singes.html
Les Evadés de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/les-evades-de-la-planete-des-singes.html
La Conquête de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-conquete-de-la-planete-des-singes.html
La Bataille de la Planète des Singes: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-bataille-de-la-planete-des-singes.html

mercredi 11 décembre 2013

Le Jouet

                                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Francis Veber. 1976. France. 1h35. Avec Pierre Richard, Michel Bouquet, Fabrice Greco, Jacques François, Charles Gérard, Gérard Jugnot, Suzy Dyson.

Sortie salles France: 8 Décembre 1976

FILMOGRAPHIE: Francis Veber est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, dialoguiste et producteur français, nĂ© le 28 Juillet 1937 Ă  Neuilly sur Seine. 1976: Le Jouet. 1981: La Chèvre. 1983: Les Compères. 1986: Les Fugitifs. 1989: Les 3 Fugitifs. 1992: Sur la corde raide. 1996: Le Jaguar. 1998: Le DĂ®ner de con. 2000: Le Placard. 2002: Tais-toi ! 2006: La Doublure. 2008: L'Emmerdeur.


Pour sa première réalisation, Francis Veber frappe un grand coup dans la subversion avec Le jouet, une comédie caustique gentiment drôle à travers un sous-texte social ravageur. Sa force implacable émanant de son postulat de départ improbable auquel un gosse de riche décide d'embrigader un quidam empoté dans sa résidence après l'avoir comparé à un jouet de vitrine ! Cette situation risible demeure donc un fameux prétexte chez Veber afin de fustiger une violente charge contre la haute bourgeoisie. Ainsi, à travers le comportement capricieux de cet enfant livré à une totale indépendance et à l'ennui, Francis Veber dénonce sa victimisation auprès d'un père égocentrique corrompu par sa propre richesse. Un milliardaire déshumanisé auprès de son confort ainsi que l'orgueil de son autorité où des milliers d'employés ne sont que ses instruments qu'il peut limoger à sa guise sous prétexte dérisoire. Par conséquent, à travers ce personnage imbus, le réalisateur aborde également le problème du chômage et l'abus de pouvoir chez les entrepreneurs si bien que les prolétaires sont contraints de se plier à une discipline drastique afin de sauvegarder leur emploi.


Mais revenons Ă  notre "pantin humain" auquel l'inĂ©narrable Pierre Richard apporte sa naturelle maladresse mĂŞlĂ©e d'une dose de tendresse. Ce personnage grotesque victime de l'arrogance d'un enfant et de sa condition prĂ©caire tentera finalement d'apprivoiser son Ă©lève de par leur confiance amiteuse et une forme d'autoritĂ© conçue sur le respect d'autrui. C'est Ă  dire Ă©veiller sa conscience par des jeux d'adresse pĂ©dagogiques (Ă  l'instar de leur crĂ©ation d'un journal pour caricaturer la hiĂ©rarchie dictatoriale du père d'Eric) et le ramener Ă  la rĂ©alitĂ© des choses simples de la quotidiennetĂ©. Le tandem que forment nos compères Pierre Richard et le turbulent Fabrice Greco doit beaucoup Ă  la ferveur dĂ©bridĂ©e du rĂ©cit de par leurs facĂ©ties outrĂ©es (le duel au sein de la Garden-party est un moment d'anthologie grinçant !) mais aussi auprès de leur affection commune (l'Ă©pilogue des adieux s'avère vraiment poignant). Enfin, en prĂ©sident impassible dĂ©nuĂ© d'empathie, l'imparable Michel Bouquet adopte une posture rigide afin de caractĂ©riser le parfait symbole du nanti renfrognĂ© manipulant Ă  sa guise le prolĂ©taire rĂ©duit Ă  la coercition. 


Les jouets du président
Parfaitement interprété en alternant avec vigueur ironie acide et douce tendresse, Le Jouet se décline en comédie intelligente pour illustrer avec originalité les dommages irréversibles de la démission parentale mais aussi de la corruption du pouvoir chez les nantis englués dans leur confort. Soutenu de la partition friponne de Vladimir Cosma, ce classique perdure sa force émotionnelle et la dérision de son thème social avec une étonnante liberté de ton !

*Bruno
11.12.13. 3èx

mardi 10 décembre 2013

LA PASSION DU CHRIST (The Passion of the Christ)

                                                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site me2day.us

de Mel Gibson. 2004. U.S.A/Italie. 2h07. Avec Jim Caviezel, Maia Morgenstern, Hristo Jivkov, Francesco de Vito, Monica Bellucci, Luca Lionello, Hristo Chopov, Rosalinda Celentano, Claudia Gerini.

Sortie sales France: 31 Mars 2004. U.S: 25 Février 2004

FILMOGRAPHIE: Mel Gibson est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 3 Janvier 1956 à Peekskill (Etats-Unis).
1993: l'Homme sans visage. 1995: Braveheart. 2004: La Passion du Christ. 2006: Apocalypto.


Il a Ă©tĂ© transpercĂ© Ă  cause de nos fautes, Ă©crasĂ© Ă  cause de nos crimes; par ses blessures nous sommes guĂ©ris. 
IsaĂŻe 53 700 av JC

Enorme succès Ă  sa sortie malgrĂ© de vives controverses quand Ă  la reprĂ©sentation graphique de sa violence et les accusations d'antisĂ©mitisme portĂ©es au rĂ©alisateur, La Passion du Christ relate les 12 dernières heures de JĂ©sus de Nazareth, de son jugement Ă  la crucifixion vers son chemin de croix. Afin de coller au plus près de la rĂ©alitĂ©, le film est tournĂ© en langue AramĂ©en, HĂ©breu et Latin. 


Interminable descente aux enfers d'un martyr religieux livrĂ© Ă  la barbarie des obscurantistes, le film est une Ă©preuve de force Ă©motionnelle que le spectateur subit avec une empathie dĂ©sespĂ©rĂ©e, puisque tĂ©moin impuissant d'un lynchage communautaire. Que l'on soit croyant ou athĂ©e, le fait d'assister durant plus de 2h00 Ă  l'agonie d'un porte-parole prĂŞchant l'Eucharistie (les sacrements catholiques) nous interpelle la raison face Ă  l'animositĂ© d'une population Juive en collaboration avec l'autoritĂ© de leur prĂŞtre et celle des romains. A travers cette lente agonie oĂą JĂ©sus endure d'innombrables sĂ©vices de flagellation et crucifixion, Mel Gibson rend hommage Ă  un symbole de la vertu capable de surmonter son calvaire grâce Ă  la foi paternelle et l'amour. Qui plus est, le fait de pardonner Ă  ces tortionnaires leurs exactions sadiques et d'invoquer Ă  ses disciples d'aimer ses ennemis prouve la tolĂ©rance exceptionnelle que ce prophète Ă©tait capable de prodiguer afin de rassembler les peuples. Dans un esprit de provocation jusqu'au-boutiste, Mel Gibson dĂ©range, incommode et provoque mĂŞme la nausĂ©e dans les tortures ininterrompues mais il ne fait que retranscrire avec vĂ©ritĂ© les châtiments corporels d'un chrĂ©tien ne s'autorisant la moindre repentance pour soulager ses souffrances. C'est aussi d'une certaine manière une analogie sur la violence aliĂ©nante du monde auquel l'intĂ©grisme est capable de se soumettre pour pallier son ignorance. Dans le rĂ´le de JĂ©sus de Nazareth, Jim Caviezel livre avec pudeur une interprĂ©tation bouleversante et s'avère presque mĂ©connaissable dans sa condition de martyr sacrifiĂ©. Son corps ruisselant de sang n'Ă©tant qu'un amas de chair osseuse entaillĂ© de plaies et d'Ă©corchures.  


Vibrant hommage au plus cĂ©lèbre prophète de l'histoire catholique, leçon de tolĂ©rance et d'amour au nom de la piĂ©tĂ©, La Passion du Christ provoque une Ă©motion Ă©prouvante (les âmes sensibles sont priĂ©es d'ĂŞtre averties !) et nous questionne Ă©galement sur la nature superstitieuse de l'homme, instinctivement tributaire de pulsions haineuses quand il s'oppose Ă  l'incomprĂ©hension. Face Ă  ce fardeau d'une rare bestialitĂ©, on en sort bouleversĂ© jusqu'au trauma ! 

10.12.13. 2èx
Bruno Matéï

lundi 9 décembre 2013

LABYRINTHE (Labyrinth)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site zonebis.com

de Jim Henson. 1986. U.S.A/Angleterre. 1h41. Avec David Bowie, Jennifer Connely, Shelley Thompson, Christopher Malcolm, Toby Froud.

Sortie salles France: 3 Décembre 1986. U.S: 27 Juin 1986

FILMOGRAPHIE: James Maury "Jim" Henson est un marionnettiste, réalisateur et producteur américain né le 24 Septembre 1936 à Greenville, décédé le 16 Mai 1990 à New-York. Il est le créateur du Muppet Show, de Monstres et Merveilles et des Fraggle Rock (1983 - 1987).
1982: Dark Crystal. 1986: Labyrinthe


Quatre ans après Dark Crystal, Jim Henson renoue avec l'esprit fĂ©erique imposĂ© par le dessinateur Brian Froud pour façonner Labyrinth. Clairement ciblĂ© pour un public enfantin, cette aventure initiatique sur le sens de l'amitiĂ© et la fraternitĂ© ne possède pas la mĂŞme noirceur que son prĂ©cĂ©dant homologue. L'univers dĂ©crit ici Ă©tant beaucoup plus Ă©dulcorĂ© pour illustrer le cheminement de la jeune Sarah, partie Ă  la recherche de son petit frère dans l'antre d'un labyrinthe. Cet endroit sorti de son imaginaire (pour pallier sa solitude, elle se rĂ©fugie dans la littĂ©rature fantastique !) est rĂ©gi par Jareth, roi des gobelins. Pour la caractĂ©risation de ce dandy, on s'Ă©tonne de retrouver le chanteur David Bowie accoutrĂ© ici d'un look vestimentaire excentrique, Ă  l'image de sa longue chevelure blonde taillĂ©e Ă  la serpe ! Alors que Sarah avait prĂ©alablement invoquĂ© le monde des lutins pour se dĂ©barrasser de son cadet turbulent, Jareth et ses sbires auront dĂ©cidĂ© de le kidnapper. Mais en dernier ressort d'une conjuration, elle bĂ©nĂ©ficie d'un ultimatum ! Tenter d'accĂ©der au château des lutins en moins de 13 heures afin de pouvoir rĂ©cupĂ©rer son frère.


A contrario de Dark Crystal, le film allie personnages rĂ©els et marionnettes en peluche en y incluant par intermittence d'Ă©tranges rimes musicales chantonnĂ©es par Bowie. Quand Ă  la linĂ©aritĂ© de l'histoire, elle n'est qu'un prĂ©texte pour invoquer un univers fĂ©erique des plus fantaisistes auquel une multitude de personnages vont entrer en scène pour aider Sarah, ou au contraire, l'induire en erreur dans son itinĂ©raire. La variĂ©tĂ© dĂ©lirante des monstres qu'elle cĂ´toie est l'atout ludique d'une aventure fertile en pĂ©ripĂ©ties oĂą l'humour bon enfant occupe une place de choix. C'est dans la caractĂ©risation humaine des monstres maladroits (Hoggle, Ludo et Didymus) que Labyrinth créé l'attachement. Des hĂ©ros parfois couards mais toujours valeureux qui vont permettre d'unir leur soutien Ă  Sarah, mais aussi lui invoquer au cours de son initiation une leçon de tolĂ©rance sur l'amitiĂ©, la confiance et le pardon. C'est Jennifer Connely qui endosse ce rĂ´le d'adolescente rebelle avec la sensualitĂ© innocente qu'on lui connait mais aussi un jeu naturel inscrit dans la loyautĂ©. 


Si aujourd'hui Labyrinth peut paraĂ®tre un brin dĂ©suet dans ces trucages de matte painting et dans l'Ă©laboration des peluches, le spectacle enfantin n'en reste pas moins sĂ©duisant (le bal masquĂ© est touchĂ© par la grâce !), musical et inventif pour mettre en relief un univers fantasmagorique dĂ©bordant de personnages extravagants.

09.12.13. 4èx
Bruno Matéï  

vendredi 6 décembre 2013

Deranged (Uncut version)

                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site hdvietnam.com

de Jeff Gillen et Alan Ormsby. 1974. U.S.A. 1h24. Avec Roberts Blossom, Marion Wardman, Cosette Lee, Mickey Moore, Robert Warner, Pat Orr, Marcia Diamond, Leslie Carlson.

FILMOGRAPHIE: Jeff Gillen est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 2 Novembre 1942, dĂ©cĂ©dĂ© le 27 Juin 1995 en Floride. 1974: Deranged. Alan Ormsby est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste amĂ©ricain nĂ© en 1944. 1973: Artists and models ball. 1974: Deranged. 1991: Popcorn (non crĂ©ditĂ©).


TournĂ© la mĂŞme annĂ©e que Massacre Ă  la Tronçonneuse, Deranged se dĂ©cline Ă©galement en petit film indĂ©pendant quelque peu fauchĂ©, semi amateuriste dans sa rĂ©alisation et sa direction d'acteurs, ce qui Ă©tonnamment renforce Ă  merveille son rĂ©alisme ultra glauque n'ayant rien Ă  envier au chef-d'oeuvre de Hooper. Notre duo de rĂ©alisateurs parvenant Ă  transcender ses Ă©ventuelles lacunes en exacerbant avec beaucoup de rĂ©alisme granuleux l'aspect sordide de la quotidiennetĂ© du tueur en y distillant (sans modĂ©ration aucune) une atmosphère glauque des plus insalubres. D'une certaine manière, on peut aussi suggĂ©rer qu'il prĂ©figure une autre perle toute aussi dĂ©viante et marquante rĂ©alisĂ©e Ă  l'orĂ©e des annĂ©es 80, le fameux Pyromaniac de Joseph Ellison. Si bien que l'on retrouve ici le mĂŞme rendu morbide pour les cadavres putrĂ©fiĂ©s installĂ©s, tel des pantins dĂ©sarticulĂ©s, dans la moiteur d'une cuisine irrespirable. Leur physionomie bleutĂ©e rappelant indubitablement les cadavres calcinĂ©s que notre pyromane embaumait pour les rĂ©server dans une chambre secrète parmi sa maman momifiĂ©e. En l'occurrence, le tueur de Deranged la prĂ©serve de la mĂŞme façon pour la choyer parmi l'intrusion d'hĂ´tes aussi dĂ©crĂ©pits.


BasĂ© sur la vĂ©ritable biographie de Ed Gein, Deranged suit donc le train-train quotidien d'un sexagĂ©naire timorĂ©, rendu azimutĂ© depuis la mort de sa maman poule. Avec souci de rĂ©alisme crapoteux pour ausculter sa pathologie schizophrène et un sens du dĂ©tail imparti Ă  la scĂ©nographie de sa vieille bâtisse, le film vĂ©hicule une vĂ©ritable aura mortifère rĂ©solument olfactive. En sa prĂ©sence de nĂ©crophile sexuellement refoulĂ©, nous suivons donc son cheminement de prĂ©dateur Ă  travers son besoin d'assouvir ses pulsions perverses d'esprit vengeur tout en renouant avec l'amour maternel. Sa devise: rechercher des proies fĂ©minines pour y recomposer l'enveloppe corporelle de sa gĂ©nitrice Ă  l'aide de leur chair humaine ! Dans le rĂ´le du demeurĂ© dĂ©ficient, Roberts Blossom impose un jeu authentique de serial-killer sclĂ©rosĂ© auprès de son petit regard Ă  la fois viciĂ© et demeurĂ©. ExacerbĂ© de sa morphologie dĂ©catie plutĂ´t dĂ©charnĂ©e, il rĂ©ussit Ă  dĂ©gager un rĂ©el sentiment d'angoisse, de malaise et d'inquiĂ©tude de manière permanente. La violence âpre, parfois Ă©mĂ©tique Ă©manant de ses exactions putassières demeurant dĂ©rangeant au possible auprès de son comportement d'autant plus sadique. L'odeur de la mort semble mĂŞme s'immiscer dans l'air, Ă  l'instar des murs de sa ferme lorsque un bras coupĂ© fait office d'ornement ! D'ailleurs une sĂ©quence Ă©prouvante a de quoi laisser une trace indĂ©lĂ©bile dans la conscience du spectateur lorsque notre tueur arrache l'oeil d'un cadavre Ă  l'aide d'une cuillère pour ensuite dĂ©couper au couteau sa boite crânienne afin d'extirper avec son couvert la masse gĂ©latineuse du cerveau. Des maquillages ultra crades particulièrement rĂ©alistes que l'on doit au tout jeune nĂ©ophyte, Tom Savini.


Grace Ă  la modestie de son faible budget, d'une rĂ©alisation approximative et du jeu d'acteurs inconnus mais fort convaincants, notamment auprès de leur charisme prolĂ©taire plus vrai que nature,  Deranged  renforce Ă  point nommĂ© le cĂ´tĂ© documentaire de l'entreprise avec une verdeur ultra glauque infaisable aujourd'hui. La partition lugubre composĂ©e Ă  l'orgue ainsi que l'inquiĂ©tante prĂ©sence du sĂ©nile Roberts Blossom renforçant tous azimuts le malaise Ă©prouvĂ© durant cette macabre reconstitution. Une perle de souffre indĂ©crottable au demeurant, Ă  redĂ©couvrir d'urgence pour tous les amateurs d'horreur documentĂ©e estampillĂ©e "Seventie". Mais Ă  rĂ©server Ă  un public averti du fait son climat malsain incroyablement permĂ©able.

P.S: Attention ! La sĂ©quence gore dĂ©crite dans mon article est censurĂ©e chez le Dvd Ă©ditĂ© par Mad Movies mais reste trouvable auprès de certains blogs spĂ©cifiques. Toutefois, cette sĂ©quence reste incluse dans la section bonus du Dvd MM.

*Bruno
02.02.24. 3èx
06.12.13

jeudi 5 décembre 2013

L'As des As

                                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site alligatographe.blogspot.com

de Gérard Oury. 1982. France/Allemagne de l'Ouest. 1h36. Avec Jean-Paul Belmondo, Marie-France Pisier, Rachid Ferrache, Frank Hoffman, Gunter Meisner, Benno Sterzenbach, Florent Pagny.

Sortie salles France: 27 Octobre 1982

FILMOGRAPHIE: Gérard Oury (Max-Gérard Houry Tannenbaum) est un réalisateur, acteur et scénariste français né le 29 avril 1919 à Paris, décédé le 20 Juillet 2006 à Saint-Tropez.
1960: La Main Chaude. La Menace. 1962: Le Crime ne paie pas. 1965: Le Corniaud. 1966: La Grande Vadrouille. 1969: Le Cerveau. 1971: La Folie des Grandeurs. 1973: Les Aventures de Rabbi Jacob. 1978: La Carapate. 1980: Le Coup du Parapluie. 1982: L'As des As. 1984: La Vengeance du Serpent Ă  Plumes. La Joncque (inachevĂ©). 1987: Levy et Goliath. 1989: Vanille Fraise. 1993: La Soif de l'or. 1996: FantĂ´me avec chauffeur. 1999: Le Schpountz.


Enorme succès de l'Ă©poque totalisant 5 452 593 entrĂ©es, l'As des as est la seconde association du duo GĂ©rard Oury/Jean Paul Belmondo si bien qu'en 1969 ils tournèrent dĂ©jĂ  ensemble dans Le Cerveau, autre rĂ©ussite commerciale un tantinet plus Ă©levĂ©e (5 547 305 entrĂ©es !). Film d'aventures bondissant renouant un peu avec l'esprit d'Ă©quipe de La Grande Vadrouille, l'As des as est un spectacle calibrĂ© pour toute la famille comme on en voit plus de nos jours. Grâce Ă  un spĂ©cialiste de la mise en scène et Ă  l'Ă©gĂ©rie amiteuse BĂ©bel, l'histoire allie aventure, tendresse et comĂ©die sous l'Ă©gide d'un entraĂ®neur de boxe contraint de sauver des griffes des nazis un enfant orphelin et sa famille juive. De par son savoir-faire traditionnel, GĂ©rard Oury nous concocte une nouvelle fois un pur moment de dĂ©tente truffĂ© de gĂ©nĂ©rositĂ© oĂą la bonne humeur expansive des comĂ©diens renforce sans modĂ©ration son capital sympathique. L'intrĂ©pide BĂ©bel et le petit Rachid Ferrache formant un tandem attachant dans leurs enjeux stratĂ©giques d'y dĂ©jouer l'indignitĂ© du FĂĽhrer en personne, Hitler ! En journaliste insidieuse mais nĂ©anmoins reconnaissante, la charmante Marie France Pisier se charge de courtiser notre aventurier rebelle lors d'un jeu de sĂ©duction aimablement hautain.  


EmaillĂ© d'humour labial et de gags dĂ©sopilants, de bastonnades viriles (bruitages criards Ă  l'appui !) et de cascades parfois impressionnantes (la poursuite en voiture, l'offensive en avion, puis, un peu plus tard, le saut en parachute alors que l'appareil est positionnĂ© Ă  l'envers), l'As des as possède Ă©galement l'atout de ne jamais surenchĂ©rir grâce Ă  une structure narrative des plus habiles multipliant bĂ©vues et quiproquos, (en ce en dĂ©pit d'un final inachevĂ© plutĂ´t sans surprise). Qui plus est, en accumulant ces pĂ©ripĂ©ties d'une aventure exaltante, GĂ©rard Oury se permet d'y parodier le tristement cĂ©lèbre dictateur de l'histoire, Adolph Hitler ! Et pour renchĂ©rir dans la dĂ©rision, notre tyran est accompagnĂ© de sa soeur Angela, une cĂ©libataire fĂ©brile dĂ©guisĂ©e en l'occurrence en travelo ! Ah ah !


ScandĂ© de la partition lyrique de Vladimir Cosma harmonisant les magnifiques paysages des alpes bavaroises et autrichiennes, l'As des as constitue la recette infaillible du divertissement populaire autour de la bonhomie de comĂ©diens animĂ©s par une tendresse amicale. Pour l'anecdote nostalgique, il s'agit du premier film diffusĂ© sur la chaĂ®ne cryptĂ©e, Canal + ! PrĂ©cisĂ©ment, le 4 novembre 1984 Ă  10h du matin ! Intemporel, mais surtout un anti-dĂ©presseur de choix. 

*Bruno Matéï
16.05.22. 4èx
05.12.13.