jeudi 17 mars 2016

Mars Attacks !

                                                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site cineclap.free.fr

de Tim Burton. 1996. U.S.A. 1h45. Avec Jack Nicholson, Glenn Close, Annette Bening, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Martin Short, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Rod Steiger, Tom Jones, Lukas Haas, Natalie Portman, Jim Brown, Lisa Marie, Sylvia Sidney, Paul Winfield, Pam Grier, Jack Black, Joe Don Baker, O-Lan Jones, Christina Applegate.

Sortie salles France: 26 fĂ©vrier 1997. U.S: 13 dĂ©cembre 1996

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste et producteur amĂ©ricain, nĂ© le 25 AoĂ»t 1958 Ă  Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le DĂ©fi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


Parodie des films de science-fiction des annĂ©es 50 inspirĂ© d'un jeu de cartes Ă  collectionner de 1962, Mars Attacks se permet par cette occasion un joli pied de nez au patriotisme d'Emmerich lorsque Independance Day sorti en fanfare la mĂŞme annĂ©e. 

Le PitchDes martiens venus de Mars tentent d'entrer en contact avec le doyen des Etats-Unis. Alors que l'armĂ©e sur le qui-vive solutionne l'affront, le prĂ©sident opte pour l'accueil pacifiste. A tort, si bien que ces derniers n'ont comme seule ambition de dĂ©truire notre planète afin de la conquĂ©rir. 

ComĂ©die dĂ©bridĂ©e se moquant ouvertement des valeurs amĂ©ricaines avec une dĂ©rision caustique, Mars Attacks conjugue l'action pĂ©taradante et les gags burlesques avec une inventivitĂ© exubĂ©rante. Sous l'impulsion extravertie d'une distribution de stars hĂ©tĂ©rogènes (on y croise mĂŞme le chanteur Tom Jones), l'intrigue linĂ©aire n'est qu'un prĂ©texte pour Burton Ă  singer une invasion extra-terrestre pour mieux se railler de l'idiocratie ricaine.


Que ce soit les Ă©lus politiques, l'armĂ©e rĂ©actionnaire, la contre-culture de la communautĂ© "peace and love" ou encore le fanatisme de la religion, chacune de ses institutions bien pensantes volent en Ă©clat sous les ricanements des E.T. Caricaturant sans modĂ©ration le tempĂ©rament vaniteux des reprĂ©sentants politiques et de l'armĂ©e dans leur fonction martiale, Tim Burton privilĂ©gie Ă©galement la valeur morale de deux personnages candides, introvertis et placides (une grand-mère et son p'tit fils timorĂ© prochainement aptes Ă  sauver le monde de manière alĂ©atoire) souvent rĂ©pudiĂ©s par leur entourage comme des laissĂ©s-pour-compte. Outre cette galerie de personnages fantasques, patriotiques et doux rĂŞveurs, Mars Attacks tire parti de son ressort jouissif grâce aux exactions persifleuses de nos E.T famĂ©liques. AffublĂ© d'un cerveau surdimensionnĂ© que leur petit corps supporte nativement, ces derniers complotent leurs stratĂ©gies d'attaques parmi la motivation sardonique de subterfuges Ă  rĂ©pĂ©tition. Le peuple amĂ©ricain Ă©tant considĂ©rĂ© Ă  leurs yeux comme des ĂŞtres naĂŻfs aussi influençables que manipulables. EmaillĂ© de moments surrĂ©alistes insufflant un climat biscornu (le camouflage d'un martien dans une posture fĂ©minine au dĂ©hanchement dĂ©gingandĂ© !), voir parfois mĂŞme dĂ©rangeant (leurs expĂ©rimentations douteuses pratiquĂ©es sur quelques cobayes humains), Tim Burton cultive de temps Ă  autre une poĂ©sie baroque fortuite pour mieux nous dĂ©tourner !


Satire cinglante du patriotisme amĂ©ricain, pamphlet parodique Ă©voquant le danger du nuclĂ©aire, Mars Attacks ! renouvelle l'invasion extra-terrestre dans un esprit dĂ©lurĂ© de bande-dessinĂ©e au vitriol. Outre la posture irrĂ©sistible de nos martiens gausseurs numĂ©riquement assez convaincants, le film sĂ©duit Ă©galement par sa vigueur musicale. Tant par le thème entĂŞtant orchestrĂ© par Danny Elfman que les bruitages Ă©clectiques de sa bande-son survoltĂ©e ! (notamment l'impact strident des armes lasers). Jouissif au possible dans une dĂ©contraction irrĂ©sistiblement assumĂ©e. 

*Bruno
04.10.24.
4èx. Vostfr

mercredi 16 mars 2016

SLEEPY HOLLOW. Oscar de la Meilleure Direction Artistique, 2000.

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site timburton.wikia.com

de Tim Burton. 1999. U.S.A/Allemagne. 1h45. Avec Johnny Depp, Christina Ricci, Miranda Richardson, Michael Gambon, Christopher Walken, Marc Pickering, Casper Van Dien, Jeffrey Jones, Richard Griffiths, Ian McDiarmid, Michael Gough, Steven Waddington, Christopher Lee, Lisa Marie, Martin Landau, Ray Park.

Sortie salles France: 9 Février 2000. U.S: 19 Novembre 1999

FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie.
1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2008: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.


DĂ©libĂ©rĂ© Ă  rendre hommage au cinĂ©ma gothique italien et Ă  la Hammer Films avec une ambition avisĂ©e, Tim Burton emprunte la nouvelle homonyme de Washington Irving afin de parfaire un conte horrifique d'une fulgurance formelle (photo dĂ©saturĂ©e Ă  l'appui). 1799. Un mystĂ©rieux assassin surnommĂ© le cavalier sans tĂŞte s'en prend Ă  de paisibles villageois dans la contrĂ©e de Sleepy Hollow. Issu de New-York, le dĂ©tective Ichabod Crane est enrĂ´lĂ© afin de prouver son talent scientifique pour dĂ©masquer l'identitĂ© du meurtrier. Son enquĂŞte l'amène Ă  frĂ©quenter une galerie de magistrats particulièrement Ă©quivoques au moment mĂŞme oĂą le cavalier sans tĂŞte redouble d'exactions sanglantes. Par le biais d'un scĂ©nario retors opposant le surnaturel Ă  la rationalitĂ© du complot, Tim Burton rend hommage Ă  l'Ă©pouvante sĂ©culaire pour le dĂ©poussiĂ©rer avec une fraĂ®cheur fringante.



De par la vigueur des scènes d'action remarquablement chorĂ©graphiĂ©es (que ce soit les poursuites en fiacre ou Ă  cheval et les pugilats), l'efficacitĂ© des sĂ©quences gores multipliant les dĂ©capitations percutantes et la posture maladroite du dĂ©tective aussi perspicace que pittoresque. Johnny Depp rĂ©ussissant Ă  donner chair Ă  sa fonction pleutre avec un soupçon d'exubĂ©rance subtilement modeste. On est donc loin de ses mimiques outrĂ©es prochainement aperçues dans des mĂ©trages lucratifs (la saga des Pirates des CaraĂŻbes, Dark Shadows, Lone Rangers, Alice au pays des merveilles). Dans celui du mĂ©chant iconique Ă  l'animositĂ© cruelle, Christopher Walken lui prĂŞte la vedette avec un charisme saillant par sa physionomie effrayante (dentition acĂ©rĂ©e et regard azur injectĂ© de haine). On est Ă©galement impressionnĂ© par sa robustesse et son agilitĂ© lorsque ce dernier dĂ©nuĂ© de tĂŞte alpague froidement sa victime (enfant compris !) pour y collectionner ses macabres trophĂ©es. BourrĂ© d'illustres seconds-rĂ´les au charisme burinĂ© (Christopher Lee, Martin Landeau, Michael Gambon, Jeffrey Jones, Richard Griffiths, Ian McDiarmid, Michael Gough), Sleepy Hollow dĂ©clare sa flamme aux classiques de l'Ă©pouvante parmi l'affable complicitĂ© de tous ces vĂ©tĂ©rans. Quant aux gentes dames s'opposant des sentiments de tendresse, de jalousie et de rancoeur, Christina Ricci et Miranda Richardson se disputent la vedette avec une sĂ©duction vĂ©nĂ©neuse.


Formellement renversant, si bien que Tim Burton transfigure la campagne brumeuse et les habitacles domestiques Ă  l'instar de tableaux picturaux, Sleepy Hollow oscille l'onirisme fĂ©erique (notamment par l'entremise des songes d'Ichabod) et le gothisme macabre sous un ressort narratif bourrĂ© de suspense, rebondissements et faux coupables. Avec un brio technique impressionnant et parmi la complicitĂ© de sa distribution prestigieuse, Sleepy Hollow parvient Ă  susciter mystère et angoisse sous l'impulsion de la superstition locale et d'une sorcellerie perfide. Tour Ă  tour fascinant et ensorcelant, une des plus belles rĂ©ussites de son auteur Ă  ranger aux cĂ´tĂ©s de sa monstrueuse parade, Batman, le dĂ©fi et du cruel conte de fĂ©e, Edward aux mains d'argent.

mardi 15 mars 2016

HARDCORE

                                                Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site 2or3thingsiknowaboutfilm.blogspot.com

de Paul Schrader. 1979. U.S.A. 1h47. Avec George C. Scott, Peter Boyle, Season Hubley, Dick Sargent, Leonard Gaines, Dave Nichols, Larry Block, Gary Graham, Ilah Davis

Sortie salles France: 2 Mai 1979 (Interdit aux - de 18 ans). U.S: 9 Février 1979.

FILMOGRAPHIE: Paul Schrader est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 22 Juillet 1946 à Grand Rapids (Michigan).
1978: Blue Collar: 1979: Hardcore. 1980: American Gigolo. 1982: La Féline. 1985: Mishima. 1987: Light of Day. 1988: Patty Hearts. 1990: Etrange Séduction. 1992: Light Sleeper. 1994: Witch Hunt (télé-film). 1997: Touch. 1997: Affliction. 1999: Les Amants Eternels. 2002: Auto Focus. 2005: Dominion. 2007: The Walker. 2008: Adam Resurrected.


Drame psychologique abordant les thèmes de la pornographie underground et du rigorisme parmi le tĂ©moignage du paternel investigateur, Hardcore nous dĂ©voile l'envers du dĂ©cor lorsqu'une jeune adolescente disparaĂ®t afin de devenir esclave sexuelle derrière l'Ă©cran. Après avoir vainement embauchĂ© un dĂ©tective vĂ©reux, Jak Van Dorn dĂ©cide de mener lui mĂŞme son enquĂŞte afin de retrouver sa fille en vie. PlongĂ© dans un monde obscur qu'il n'a jamais cĂ´toyĂ©, son parcours l'amène Ă  frĂ©quenter la clientèle au sein des clubs SM et Sex-shops diffusant parfois des projections privĂ©es de films ultra violents. TournĂ© Ă  la fin des annĂ©es 70, Hardcore aborde le libĂ©ralisme de la pornographie Ă  son expansion. Car c'est durant cette pĂ©riode sulfureuse que les productions X ont droit de diffusion dans les salles spĂ©cialisĂ©es tout comme l'Ă©mergence florissante des Sex-shop. A l'instar d'une enquĂŞte policière, l'intrigue prend son temps Ă  relater le difficile pĂ©riple d'un père, catholique pratiquant plongĂ© malgrĂ© lui dans un univers de dĂ©pravation sexuelle après avoir Ă©tĂ© tĂ©moin des Ă©bats de sa fille lors d'une projection super 8.


Par l'entremise du porno underground, Paul Schrader ose aborder avec sĂ©rieux la lĂ©gende urbaine des fameux Snuff-movies que certains dĂ©saxĂ©s s'Ă©changeraient sous le manteau lors d'une stricte confidentialitĂ©. A cette Ă©poque en vogue de la libre circulation du X, Schrader y dĂ©nonce le laxisme et l'impuissance de la police Ă  dĂ©masquer les auteurs de pĂ©dophilie lorsque des filles mineures sont enrĂ´lĂ©es de force pour tourner dans des productions sans fiche identitaire. Si la mise en scène parfois maladroite manque de subtilitĂ© Ă  exploiter son sujet et d'intensitĂ© dramatique (notamment pour les rapports conflictuels entre le père et sa fille), Hardcore suscite l'intĂ©rĂŞt quant Ă  la dĂ©liquescence irascible du paternel contraint d'observer les pratiques sexuelles les plus perverses. Par le biais de ce personnage puritain qu'endosse brillamment le vĂ©tĂ©ran George C. Scott, son parcours moral tend Ă  dĂ©cliner vers des accès de violence incontrĂ´lĂ©es, notamment en osant molester une jeune prostituĂ©e venue lui prĂŞter main forte pour retrouver les auteurs de l'Ă©ventuel kidnapping. Mieux encore, Schrader met en appui les consĂ©quences dramatiques de sa morale rigoriste sachant Spoil ! que sa fille ne fut finalement jamais enlevĂ©e par un quelconque rĂ©seau. C'est ce que le final nous dĂ©voile brièvement lorsque cette dernière osera avouer Ă  son paternel qu'elle claqua la porte du domicile depuis l'Ă©thique conservatrice de ce dernier. Fin du Spoil. L'Ă©mancipation de la femme et la libertĂ© sexuelle Ă©tant notamment Ă  cette Ă©poque en pleine rĂ©volution.


Hormis quelques scories dĂ©naturant parfois le rĂ©alisme de situations scabreuses, la caricature de certains seconds-rĂ´les (principalement le dĂ©tective privĂ© grossièrement incarnĂ© par Peter Boyle) et son sujet pas totalement abouti, Hardcore ne manque pas de dĂ©ranger pour fustiger l'industrie mafieuse d'un porno autonome et l'influence qu'elle peut engendrer chez sa clientèle dĂ©viante. Portant le film Ă  bout de bras, l'immense George C. Scott parvient en outre Ă  se tailler une carrure Ă©quivoque dans sa posture de voyeur vindicatif avant sa remise en question religieuse pour l'amour filial. 


lundi 14 mars 2016

KRAMPUS

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Michael Dougherty. 2015. U.S.A. 1h38. Avec Adam Scott, Toni Collette, David Koechner, Allison Tolman, Conchata Ferrell, Emjay Anthony.

Sortie salles France: 4 mai 2016. US: 4 décembre 2015

FILMOGRAPHIE: Michael Dougherty est un réalisateur, acteur, scénariste, monteur et producteur américain, né en Octobre 1974 à Columbus. 1998: Refrigerator Art. 1998: Deadtime Stories. 2008: Trick'r Treat. 2010: Calling all Robots. 2015: Krampus.


DĂ©jĂ  responsable du rĂ©jouissant Trick or Treat, Michael Dougherti confirme tout le bien que l'on pensait de lui avec Krampus. Un conte de noĂ«l gouailleur dans la lignĂ©e de Gremlins et de l'esprit gĂ©nĂ©reux de Joe Dante Ă  honorer le genre. Durant la rĂ©union de famille d'un rĂ©veillon de NoĂ«l, le jeune Max ne supporte plus l'ambiance Ă©lectrique de leurs discordes. Tandis qu'une menace semble se propager Ă  l'extĂ©rieur de la maison, tous les invitĂ©s se prĂ©parent Ă  recevoir son Ă©ventuel intrusion. A travers un cheminement narratif Ă©culĂ© (stratĂ©gies d'attaques et de dĂ©fense contre une menace grandissante), Michael Dougherti parvient Ă  renouveler les codes du film de monstres grâce au charisme de leur morphologie, l'implication spontanĂ©e des comĂ©diens, l'habile gestion de l'expectative et un sous-texte social fustigeant le consumĂ©risme.


Les consĂ©quences horrifiques de cette nuit tumultueuse Ă©manant de l'incivisme des enfants autant que celui des adultes rendus capricieux par leur confort matĂ©riel. Sans jamais ridiculiser la coutume de NoĂ«l puisque pleine de tendresse pour sa noble tradition, le rĂ©alisateur en profite donc pour nous rappeler Ă  quel point notre sociĂ©tĂ© de consommation nous a tous rĂ©duits Ă  des ĂŞtres insolents fĂ©rus d'Ă©goĂŻsme Ă  occulter dignement la naissance de JĂ©sus. La plupart des adultes se comportant ici comme des bambins dĂ©nuĂ©s de tous repères moraux. Jouant Ă©galement sur l'attente quant Ă  l'apparence ostensible de la grande menace, Michael Dougherti cultive la curiositĂ© par une notion latente de suspense jusqu'Ă  ce que des seconds-rĂ´les diablotins ne viennent bouleverser la donne lors d'une 2è partie Ă©chevelĂ©e. Pleins d'inventivitĂ© et d'insolence, les pugilats entre crĂ©atures et victimes laissent libre court Ă  un esprit cartoonesque sous l'impulsion de l'humour noir et d'une ambiance survoltĂ©e offrant un joli pied de nez Ă  la sagesse de NoĂ«l. Le soin apportĂ© aux dĂ©cors oniriques et Ă  sa photo bigarrĂ©e confirmant Ă©galement la volontĂ© du cinĂ©aste d'y soigner son cadre traditionnellement chaleureux.


Sans rĂ©volutionner le genre et sans autre ambition que de distraire intelligemment le spectateur par le biais d'une pĂ©tulante Ă©preuve de survie, Michael Dougherti continue de surprendre et de prouver son amour, sa gĂ©nĂ©rositĂ© et son brio Ă  honorer le genre comme le fit autrefois l'illustre Joe Dante. Efficacement menĂ© et emballĂ© et regorgeant de situations dĂ©bridĂ©es ne laissant aucun bĂ©nĂ©fice aux personnages (Ă  l'instar de la causticitĂ© de l'Ă©pilogue), Krampus constitue une sympathique farce macabre au travers d'une diatribe sur notre matĂ©rialisme infantile.  

vendredi 11 mars 2016

MEURTRES EN 3 DIMENSIONS (le tueur du vendredi 2)

                                                                                    Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site users.net1.cc

"Friday the 13th Part 3" de Steve Miner. 1982. U.S.A. 1h35. Avec Dana Kimmell, Paul Kratka, Richard Brooker, Nick Savage, Rachel Howard, David Katims, Larry Zerner, Tracie Savage.

Sortie salles France: 16 février 1983. États-Unis: 13 août 1982

FILMOGRAPHIE: Steve Miner est un réalisateur américain, né le 18 Juin 1951 à Westport, dans le Connecticut. 1981: Le Tueur de Vendredi. 1982: Meurtres en 3 dimensions. 1986: House. 1986: Soul Man. 1989: Warlock. 1991: A coeur vaillant rien d'impossible. 1992: Forever Young. 1994: Sherwood's Travels. 1994: My Father ce Héros. 1996: Le Souffre douleur. 1998: Halloween, 20 ans après. 1999: Lake Placid. 2001: The Third Degree (télé-film). 2001: Texas Rangers, la revanche des Justiciers. 2002: Home of the Brave (télé-film). 2006: Scarlett (télé-film). 2007: Day of the Dead.


Troisième opus de la franchise Vendredi 13, retitrĂ© en Dvd et Vhs par Le Tueur du Vendredi 2, Meurtres en 3 dimensions exploita le relief en vogue Ă  l'aube des annĂ©es 80 (les Dents de la mer 3, Amityville 3, Parasite, etc...) afin de mieux rameuter son public ado. DĂ©jĂ  responsable du second volet, Steve Miner (rĂ©alisateur parfois inspirĂ© si je me rĂ©fère Ă  House, Lake Placid et Halloween H20) ne s'embarrasse ici ni de subtilitĂ© ni d'originalitĂ© pour donner suite aux exactions de Jason. A titre de dĂ©tail iconique, c'est d'ailleurs la première fois qu'il s'affuble d'un masque de hockey au visage pour Ă©branler sa victime, Ă©piĂ©e et coursĂ©e avant l'estocade promise. On prend donc les mĂŞmes et on recommence ! Le scĂ©nario d'une rare indigence reprenant les clichĂ©s du premier (et second) opus dans une structure narrative aseptique si on Ă©pargne la teneur sardonique de l'Ă©pilogue confinĂ© Ă  l'orĂ©e d'un lac.


On retrouve donc le cadre idyllique du camp forestier auquel une traditionnelle clique d'étudiants fêtards s'y sont réunis comme le caractérisent le duo de fumeurs de joints, le farceur féru de blagues macabres et le couple d'amoureux, quand bien même un vagabond leur avait préalablement prédit un destin des plus macabres. Pour ajouter un peu de fantaisie à l'aventure horrifique, Steve Miner s'embarrasse également de l'irruption impromptue d'un trio de loubards venus provoquer nos ados avant que Jason ne mette rapidement un terme à leurs bravades. Endigué de suspense et de tension, Meurtres en 3 dimensions ne compte donc que sur l'outrance spectaculaire des meurtres inventifs (2/3 effets chocs valent tout de même le détour !) avant que la dernière survivante ne rehausse le rythme pour affronter vaillamment le tueur lors de l'ultime quart d'heure. Cartoonesque en diable car fertile en poursuites homériques, ce point d'orgue ne manque ni de rythme ni de cocasserie lorsque le duo impromptu renchérit à se courser inlassablement pour l'enjeu de survie. Pour un peu, on se croirait même dans un épisode de Tom et Jerry tant Jason fait preuve d'apathie à daigner alpaguer maladroitement sa partenaire alors que cette dernière se parodie à jouer la victime effarouchée !


Franchise lucrative destinĂ©e Ă  rĂ©pĂ©ter la mĂŞme recette jusqu'Ă  saturation, Meurtres en 3 dimensions ne dĂ©roge pas Ă  la règle mais se revoit aujourd'hui avec un sourire amusĂ© pour les inconditionnels de Jason et du cĂ©lèbre leitmotiv d'Harry Manfredini. Parfois spectaculaire et involontairement drĂ´le, puis haletant lors de sa dernière partie, ce nanar sans prĂ©tention fait encore son p'tit effet ludique Ă  condition de l'Ă©valuer au second degrĂ©. 

jeudi 10 mars 2016

A L'INTERIEUR

                                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com

de Alexandre Bustillo et Julien Maury. 2007. France. 1h23. Avec Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nathalie Roussel, François-Régis Marchasson, Jean-Baptiste Tabourin, Dominique Frot, Claude Lulé

Sortie salles France: 13 Juin 2007

FILMOGRAPHIE: Alexandre Bustillo, né à Saint-Cloud le 10 août 1975, est un réalisateur et scénariste français. 2007 : À l'intérieur (avec Julien Maury). 2011 : Livide (avec Julien Maury).
2014 : Aux yeux des vivants (avec Julien Maury). 2016 : Leatherface (avec Julien Maury).
Julien Maury est un réalisateur et scénariste français.


Première incursion derrière la caméra du duo français Bustillo/Maury, A l'intérieur emprunte le schéma du survival horrifique sous le joug du huis-clos. Recluse chez elle, Sarah se remet difficilement de son accident de voiture qui lui valu la perte de son mari. Enceinte et sur le point d'accoucher, elle est persécutée par une mystérieuse inconnue délibérée à lui soutirer son bébé. Prenant pour thèmes le deuil et la maternité, A l'Intérieur aborde la perte de l'être aimé d'un point de vue horrifique jusqu'au-boutiste tant nos compères redoublent de provocation à enchaîner les exactions sanglantes avec une sauvagerie rarement intentée dans le paysage français. Grâce à son efficacité narrative soigneusement planifiée alternant situations de survie et stratégies de défense parmi l'appui de seconds-rôles en proie au danger permanent, ce home invasion ne cesse de surenchérir dans le hardgore avec un parti-pris assumé.


EpaulĂ© d'une photo sĂ©pia aux Ă©clairages translucides et d'une partition monocorde atmosphĂ©rique, Bustillo et Maury fignolent le cadre nocturne d'une demeure domestique confondue en théâtre de sang sous l'impulsion d'une tortionnaire intraitable. Dans sa posture hiĂ©ratique et longiligne, Beatrice Dalle se dĂ©lecte Ă  emprunter la soutane d'une prĂŞtresse habitĂ©e par la perversitĂ©. Cette dernière traquant ses proies avec un flegme inquiĂ©tant avant de se laisser chavirer vers des pulsions sanguinaires autrement primitives. La manière stylisĂ©e dont les cinĂ©astes transfigurent chacune de ses apparitions apporte une touche surrĂ©aliste Ă  sa silhouette mortifère. A l'instar d'une sĂ©quence subtilement angoissante lorsque cette dernière, tapie dans la pĂ©nombre d'une pièce, espionne par derrière sa victime Ă  l'instar d'un spectre invisible. En proie soumise incessamment molestĂ©e et martyrisĂ©e (l'affrontement final innommable repousse les limites de la biensĂ©ance !), Alysson Paradis provoque la surprise Ă  endosser la caricature fragile d'une dĂ©funte en instance de survie oscillant vigilance et bravoure pour contredire les châtiments de son ennemie. Nos deux partenaires fĂ©minines insufflant au fil de leur pugilat une tension dramatique d'une fureur viscĂ©rale. Pour terminer, on peut louer la qualitĂ© des FX artisanaux que Jacques Olivier Molon est parvenu Ă  mettre en exergue avec un rĂ©alisme Ă  couper au rasoir (en dĂ©pit de 2/3 CGI grossiers, Ă  l'instar du rĂŞve de l'hĂ©roĂŻne et des apparitions internes du foetus).


Parmi son ambiance malsaine dĂ©rangeante instaurĂ©e dans le cadre feutrĂ© du huis-clos anxiogène, A l'IntĂ©rieur parvient Ă  distiller angoisse, terreur et tension sous l'impulsion d'une horreur Ă©prouvante parfois insoutenable (la gorge perforĂ©e Ă  l'aide d'une tige Ă  tricot, l'Ă©ventration au ciseau). Pour ce premier essai, Bustillo et Maury se tirent haut la main de la routine pour ĂŞtre parvenus avec sincĂ©ritĂ© et insolence Ă  façonner un survival brut de dĂ©coffrage sous l'autoritĂ© charismatique de deux comĂ©diennes Ă  couteaux tirĂ©s. 
A réserver à un public averti.

mercredi 9 mars 2016

THE LAST HOUSE ON DEAD END STREET

                                                                          Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lostmedia.wikia.com

de Roger Watkins. 1977. U.S.A. 1h18. Avec Roger Watkins, Ken Fisher, Bill Schlageter, Kathy Curtin, Pat Canestro, Steve Sweet, Edward E. Pixley.

Sortie salles U.S: Mai 1977 (Interdit aux - de 18 ans). Inédit en France.

FILMOGRAPHIE: Roger Michael Watkins (pseudos: Richard Mahler/Bernard Travis/Victor Janos) est un rĂ©alisateur, scĂ©nariste, producteur et acteur, nĂ© le 17 Septembre 1948, dĂ©cĂ©dĂ© le 6 Mars 2007.
1988: Decadence (Video) (as Richard Mahler). 1987: American Babylon (Video) (as Richard Mahler). 1983: Midnight Heat (as Richard Mahler). 1983: Corruption (as Richard Mahler). 1981: A Day in the Life of... The Cosmopolitan Girls (uncredited). 1981: Spittoon. 1980: Her Name Was Lisa (as Richard Mahler). 1980: Shadows of the Mind (as Bernard Travis). 1980: The Pink Ladies (as Richard Mahler). 1977: The Last House on Dead End Street (as Victor Janos).


Avertissement ! Par son climat putride et ses séquences scabreuses, le film est à réserver à un public averti.

PrĂ©cĂ©dĂ© d'une rĂ©putation sulfureuse aux sĂ©ances nocturnes des Grindhouse et des drive-in, The Last house on dead end street surfe sur le thème des Snuff-movies que le duo Michael et Roberta Findley avait dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© un an au prĂ©alable dans leur mĂ©diocre Snuff. A peine sorti de prison, un cinĂ©aste underground se lance dans l'exploitation de films pornos. Avec l'appui d'un producteur sans vergogne, il dĂ©cide de le rĂ©aliser en repoussant les limites de la tolĂ©rance. Dans une ambiance Ă©lectrique, le tournage va virer Ă  l'orgie sanglante lorsque Terry dĂ©cide d'assassiner devant la camĂ©ra ses acteurs ainsi que son producteur afin de proposer au public un spectacle plus vrai que nature. ExpĂ©rience malsaine tout droit sortie d'un esprit dĂ©rangĂ©, The Last house on dead end Street constitue la première oeuvre de Roger Watkins, rĂ©alisateur mais aussi acteur principal de son propre film. Un cinĂ©aste aussi discret qu'obscur comme le souligne ses multiples pseudos qu'il emprunta Ă©galement pour la confection de mĂ©trages X.


Par l'entremise d'un pitch linĂ©aire exploitant Ă  intervalle rĂ©gulier sexe et gore de la manière la plus racoleuse (humiliations et sĂ©vices corporels s'avĂ©rant les maĂ®tres mots !), Roger Watkins traite du mythe du Snuff-movie avec un rĂ©alisme (faussement) documentĂ©. Un parti-pris assumĂ© de prĂ©coniser le choc cĂ©rĂ©bral chez le spectateur participant malgrĂ© lui Ă  une expĂ©rience visuelle et auditive profondĂ©ment dĂ©rangeante (dissonance musicale Ă  l'appui). Par son climat d'hystĂ©rie collective oĂą chaque protagoniste est affublĂ© d'un masque risible, ses Ă©clairages limpides ou autrement ternes, son dĂ©cor d'entrepĂ´t insalubre et ses salles d'expĂ©rimentations, The Last house on dead end Street amorce une dĂ©rive criminelle en roue libre. Bien que son cheminement narratif ne cesse de compiler une succession de sĂ©quences chocs parfois/souvent dĂ©viantes (le cĂ©lèbre supplice de la patte de bouc), le film parvient Ă  susciter une curiositĂ© palpable par son florilège d'images cauchemardesques oĂą la folie dĂ©saxĂ©e semble habiter chacun des comĂ©diens. D'ailleurs, durant ce tournage chaotique, on peut suspecter que ces derniers se soient adonnĂ©s aux drogues hallucinogènes, le rĂ©alisateur Ă©tant lui mĂŞme un fervent consommateur Ă  sa pĂ©riode autodestructrice. Cette ambiance aussi enragĂ©e que dĂ©rangĂ©e reflète bien les Ă©tats d'âme pathologiques de celui-ci soucieux de cristalliser sur pellicule un bad-trip dĂ©moniaque habitĂ© par la perversitĂ©.


Que l'on adhère ou rejette en bloc ce dĂ©lire scabreux imparti Ă  l'expĂ©rimentation douteuse, The Last house on dead end street ne laisse pas indiffĂ©rent et entretient la curiositĂ© par son panel de sĂ©quences hystĂ©riques oĂą l'ambiance malsaine indĂ©crottable laisse parfois en mĂ©moire des images d'une perversitĂ© maladive. Probablement l'une des expĂ©riences les plus cintrĂ©es de l'histoire du cinĂ©ma.
A ne pas mettre entre toutes les mains. 


mardi 8 mars 2016

Le Manoir de la Terreur / Le Notti del terrore/Burial Ground

                                  Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site bubblegeek.eklablog.com

d'Andrea Bianchi. 1981. Italie. 1h25. Avec Karin Well, Gianluigi Chirizi, Simone Mattioli, Antonella Antinori, Roberto Caporali, Claudio Zucchet, Renato Barbieri, Mariangela Giordano, Peter Bark.

Sortie U.S le 15 Octobre 1986. Italie: 9 Juillet 1981

FILMOGRAPHIEAndrea Bianchi est un rĂ©alisateur italien, nĂ© le 31 Mars 1925 Ă  Rome.
1972: Diabolica Malicia. 1972: L'Île au trésor. 1974: Quelli che Contano. 1974: Basta con la guerra... facciamo l'amore. 1975: Nu pour l'assassin. 1976: La Moglie di mio padre. 1977: Cara dolce nipote. 1978: La moglie siciliana. 1979: Malabimba. 1981: Le Manoir de la Terreur. 1983: Altri desideri particolari. 1983: Morbosamente vostra. 1986: Dolce Pelle di Angela. 1987: Maniac Killer. 1987: l'Ange de la Mort. 1988: Incontri in case private. 1988: Racconti di donne. 1989: Massacre. 1989: Io Gilda. 1990: Qualcosa in più. 1990: Gioco di seduzione. 1991: Bambola di carne. 1993: Formula 3 - 1 ragazzi dell'autodromo.

 
"Chair en Décomposition et Terre Cuite : Les Délices Fétides du Manoir de la Terreur"
Joli succès VHS dans les annĂ©es 80 sous l'effigie de Fantastic Video, Le Manoir de la Terreur s’est taillĂ© au fil des dĂ©cennies une rĂ©putation culte auprès des aficionados du nanar transalpin. TournĂ©e en quatre semaines avec des interprètes nĂ©ophytes (exception faite de Mariangela Giordano), cette bisserie typiquement latine s’affranchit du mythe zombie traditionnel grâce au cadre singulier du manoir et Ă  l'apparence risible de ses revenants, maculĂ©s de terre cuite sur la trogne. InspirĂ© de L’Enfer des Zombies, rĂ©alisĂ© un an auparavant, et plus prĂ©cisĂ©ment de la saga des Templiers d’Ossorio, le film d’Andrea Bianchi se revendique ouvertement gore, dans la plus pure tradition putassière du patrimoine italien. Soupçon de polissonnerie en prime, notamment Ă  travers une sĂ©quence scabreuse restĂ©e dans les mĂ©moires (mais j’y reviendrai plus tard...).

Le pitch : SĂ©journant dans un manoir le temps d’un week-end, deux couples, une mère et son fils se retrouvent assiĂ©gĂ©s par une horde de zombies. MalgrĂ© leur inexpĂ©rience (c’est peu dire), ils vont devoir redoubler de vigilance et de bravoure pour repousser un antagoniste exhumĂ© d’une crypte.

Cette intrigue triviale, dĂ©nuĂ©e de surprises, est louablement transcendĂ©e par le rythme Ă©chevelĂ© des agressions carnivores que nos zombies parcheminĂ©s ne cessent de surenchĂ©rir, armĂ©s d’outils de jardinage improvisĂ©s en armes blanches (ils iront jusqu’Ă  s’emparer d’un bĂ©lier pour dĂ©foncer la porte d’entrĂ©e).

Et Ă  ce niveau dĂ©bridĂ©, les pĂ©ripĂ©ties, d’abord instaurĂ©es dans le cadre verdoyant du jardin, dĂ©bordent de gĂ©nĂ©rositĂ©, multipliant les affronts entre zombies et survivants. Très vite, ces derniers se barricadent dans l’enceinte du manoir dès la tombĂ©e de la nuit. Grâce Ă  la vigueur des affrontements rĂ©currents et Ă  la prĂ©sence mortifère des macchabĂ©es emmitouflĂ©s dans des soutanes, Andrea Bianchi parvient Ă  nous immerger dans l’action, portĂ©e par une bande-son tour Ă  tour dissonante et onirique (aux accents lyriques rappelant par moments le Popol Vuh).
Entre meurtres sauvages bricolĂ©s Ă  la main et indĂ©cence lubrique (la relation incestueuse entre le fils et sa gĂ©nitrice, suivie d’un matricide glacial), Le Manoir... s’efforce aussi de magnifier la scĂ©nographie gothique du mausolĂ©e Ă  travers une jolie photographie contrastant avec son gore criard.

Et si la rĂ©alisation, oscillant entre zooms grossiers et montage approximatif, accentue le cĂ´tĂ© fauchĂ© de l’entreprise, le film conserve pourtant sa rĂ©jouissante vitalitĂ© dans l’exubĂ©rance d’un jeu d’acteurs inexpressifs, surjouant la panique comme au théâtre de foire. MalgrĂ© cette galerie de tĂŞtes nĂ©gligeables, Mariangela Giordano s’avère un peu plus convaincante en mère effarouchĂ©e, tandis que l’Ă©trange Peter Bark, acteur de petite taille, parvient Ă  faire oublier son inexpĂ©rience grâce Ă  son regard rĂ©vulsĂ© et son faciès Ă©maciĂ©.
Son apparence blĂŞme, sa morphologie prĂ©maturĂ©e (il a en rĂ©alitĂ© 25 ans au moment du tournage mais joue un garçon de 12 ans) ajoutent encore Ă  l’Ă©trangetĂ© dĂ©rangeante du rejeton dĂ©viant.

 
"FantĂ´mes d’Italie : Quand le Bis S’Empaille dans un MausolĂ©e"
Avec son ambiance gothique ombrageuse, sa partition lancinante, son interprétation bovine, le look décati de ses zombies et ses scènes gores parfois insensées (sein arraché à pleines dents, tête tranchée à la faux, gorge arrachée, sans oublier les traditionnels festins de chair humaine en gros plans !), Le Manoir de la Terreur reste un plaisir innocent et constant.
Tout du moins pour les inconditionnels du cinĂ©-bis de la grande Ă©poque, il demeure aujourd’hui encore plus dynamique et fantasque que bien des zombie movies contemporains, trop sages ou trop lisses. Dans son ambiance dĂ©bridĂ©e, ancrĂ©e dans un contexte de survie gothique, Andrea Bianchi exploite sa sĂ©rie Z avec une verve dingo, immersive et ludique. Le plaisir innocent dans sa plus pure expression.


*Bruno
08.03.16. 4èx
13.07.12. (204 v)

lundi 7 mars 2016

Frankenstein

                                        Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site senscritique.com  

de Bernard Rose. 2015. U.S.A. 1h33. Avec Carrie-Anne Moss, Xavier Samuel, Danny Huston, Tony Todd, Mckenna Grace, James Lew, Carol Anne Watts, Maya Erskine.

FILMOGRAPHIE: Bernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de photo et monteur britannique, né le 4 Août 1960 à Londres.
1986: Smart Money. 1987: Body Contact. 1988: Paperhouse. 1990: Chicago Joe and the Showgirl. 1992: Candyman. 1994: Ludwig van B. 1997: Anna Karénine. 2000: Ivans xtc. 2005: Snuff Movie. 2008: The Kreutzer Sonata. 2010: Mr Nice. 2011: Two Jacks. 2015: Frankenstein.


RĂ©actualisation moderne du roman de Mary Shelley, Frankenstein est Ă©galement l'occasion pour Bernard Rose de renouer avec le cinĂ©ma Fantastique. Genre qui le rĂ©vĂ©la avec le magnifique poème infantile Paperhouse, puis un plus tard avec une perle toute aussi marquante, le conte social Candyman. Reprenant Ă  peu de choses près le mĂŞme cheminement narratif du chef-d'oeuvre de James Whale par le biais de clins d'oeil judicieusement insĂ©rĂ©s, Frankenstein relate Ă  nouveau les vicissitudes d'une crĂ©ature candide dĂ©laissĂ©e par son crĂ©ateur et donc livrĂ©e Ă  elle mĂŞme dans un univers dont elle ignore toute dĂ©ontologie. En plaçant le cadre de l'action dans une banlieue urbaine contemporaine et avec le parti-pris d'adopter une dĂ©marche rĂ©aliste parfois proche du docu, Bernard Rose alterne critique sociale et conte existentielle avec une sensibilitĂ© Ă  fleur de peau. De par la posture candide du monstre dĂ©muni contraint de subir en permanence la violence d'une autoritĂ© arbitraire depuis sa situation marginale et pour son illettrisme. Dès le prologue, Bernard Rose nous immerge de manière expĂ©rimentale en privilĂ©giant la camĂ©ra subjective afin d'ausculter la souffrance physique et morale de la crĂ©ature livrĂ©e aux expĂ©rimentations mĂ©dicales. Par l'entremise de ses sĂ©quences Ă©prouvantes, comment ne pas prĂŞter allusion Ă  la vivisection lorsque la crĂ©ature apeurĂ©e et terrorisĂ©e subit contre son grĂ© une multitude de châtiments corporels afin de contenter la recherche thĂ©rapeutique du crĂ©ateur.


Car comparable Ă  un nouveau-nĂ© (rĂ©flexes infantiles Ă  l'appui), le monstre adopte une posture innocente vĂ©ritablement Ă©mouvante, tant par son Ă©moi Ă  observer la rĂ©alitĂ© du quotidien dans un cadre cliniquement scientifique que par son instinct affectif Ă  rechercher rĂ©confort auprès de la personne maternelle, la savante Elisabeth Frankenstein. Mais rapidement livrĂ© Ă  l'abandon par ses parents depuis l'interrogation inexpliquĂ©e d'une maladie de l'Ă©piderme, et sur le point d'ĂŞtre sacrifiĂ©, le monstre finit par s'Ă©chapper pour sillonner un monde hostile oĂą la loi du plus fort et l'insociabilitĂ© dĂ©partagent les classes sociales. Peinture pessimiste sur la civilisation dĂ©clinante de nos sociĂ©tĂ©s modernes oĂą l'exclusion fait constamment parti du paysage urbain, Frankenstein porte un regard si cruel sur notre intolĂ©rance, notre Ă©goĂŻsme et notre indiffĂ©rence Ă  capter les ressorts Ă©motifs de l'autre. Vivant reclus comme un SDF avec l'appui d'un aveugle, le monstre tente de dĂ©crypter les us et coutumes sociales de notre civilisation par le biais d'une violence rĂ©trograde complètement en roue libre. Que ce soit les forces de l'ordre aveuglĂ©es par leur ligne de conduite professionnelle, la foule rĂ©actionnaire avide d'auto-justice ou ses parents dĂ©missionnaires de leur poste pĂ©dagogue. Ainsi donc, par son cheminement de survie oĂą les sĂ©vices les plus cruels lui seront infligĂ©s avec une violence sans limite, le monstre nous provoque dĂ©sarroi et pitiĂ© avec une affliction bouleversante jusqu'Ă  l'insoutenable. Si bien que grâce au jeu pantomime de Xavier Samuel, l'acteur parvient Ă  se tailler une carrure fragile avec une dimension humaine souvent Ă©prouvante au point de dĂ©tourner le regard aux moments les plus cruels. Son parcours social s'apparentant au chemin de croix que JĂ©sus parcouru pĂ©niblement jusqu'Ă  la rĂ©demption de la mort. EmaillĂ© de sĂ©quences poĂ©tiques Ă  travers le songe et renforcĂ© d'un monologue subjectif souvent poignant quant Ă  l'initiation existentielle de la crĂ©ature en rĂ©flexion identitaire, Frankenstein nous saisit d'Ă©motion ardue de par son rĂ©alisme jusqu'au-boutiste parfois/souvent intolĂ©rable.


D'une acuitĂ© Ă©motionnelle aussi rigoureuse que bouleversante, tant par la cruautĂ© physique que psychologique infligĂ©es sur l'innocence du monstre rĂ©duit Ă  l'Ă©tat de dĂ©chet, Frankenstein renouvelle le roman de Mary Shelley avec une rare intelligence parmi l'ambition scrupuleuse du cinĂ©aste humaniste amoureux de son souffre-douleur. De par sa dimension philosophique, sa rĂ©flexion sociale sur l'inĂ©galitĂ© et la nature primitive de l'homme ainsi que le jeu sans fard de Xavier Samuel, ce portrait dĂ©senchantĂ© d'une innocence dĂ©chue nous laisse en Ă©tat de collapse. A mon sens, il s'agit peut-ĂŞtre mĂŞme de la plus belle version de son roman Ă©ponyme. Mais une Ă©preuve cinĂ©matographique très difficile Ă  endurer auprès des plus sensibles. Vous voilĂ  averti(e)s.

Je suis Adam.

Ci-joint la chronique de Jean Marc Micciche.
Cycle fantastique avec pour commencer l'énorme Frankenstein de Bernard Rose. Quoique réalisé par un réalisateur autrefois coté (paperhouse, candyman) et quelques raretés (Anna Karénine, Ludwig Beethoven, Chicago Joe et Showgirl), on peut vraiment se demander ce qu'un énième adaptation de Frankenstein pouvaient apporter de neuf....c'est dire la découverte du film a été un énorme choc tant cette version 'moderne' comptemporaine' s'impose sans doute comme la meilleur adaptation du mythe depuis les films de James Whale. En gros on n'oublie tout ce qui a été fait, on change d'axe (tout est vue par la créature), on reformule les figures imposés (l'émeute des villageois, la machine à faire vivre, l'aveugle, la petit fille) et on impose quelque chose de totalement inédit. Bref on repart à zéro. Et du coup, le sentiment d'immersion est totale des les premières minutes (on songe à la naissance de Robocop) pour plonger dans un cauchemar clinique à l'absence du budget devient non seulement sa force mais aussi une véritable profession de fois qui ravira sans aucun doute tous les fanas du cinéma gore des années 70 et 80, à une époque où justement le gore pouvait horrible, viscérale, triste, poétique. Un peu comme si Cronenberg (période Rage avait voulu adapter le roman de Shelley). On pense au Jodorowki de Santa Sangre, on pense au culte Sonny Boy, on pense à cette esthétique du caniveau cher aux Basket case, aux films de SF The brother from another planet. Bref, tout ce peut paraître chip et fauché sur la forme est au contraire transcendé par une vision tragique et pathétique du personnage de la Créature, du Monstre et donne vraiment pour la première fois la possibilité de scrupter son âmes damnés et à comprendre sa tristesse et sa haine de sa condition....La scène de la bastonnade, celle de la prostitué et de l'aveugle, la scène de l'euthanasie, la scène du chien, vont longtemps vous marquer de sa gifle. Voilà c'est fabuleux, ça aurait du avoir avoir un prix à Gérardmer...

vendredi 4 mars 2016

Marathon Man. Meilleur second rĂ´le masculin, Laurence Olivier, Golden Globes 77.

                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lemodernecinematographe.unblog.fr

de John Chlesinger. 1976. U.S.A. 2h05. Avec Dustin Hoffman, Laurence Olivier, Roy Scheider, William Devane, Marthe Keller, Richard Bright, Marc Lawrence, Fritz Weaver, Jacques Marin

Sortie salles France: 22 décembre 1976 (Interdit aux - de 18 ans). U.S: 8 octobre 1976.

FILMOGRAPHIE: John Chlesinger est un rĂ©alisateur, acteur, scĂ©nariste et producteur anglais, nĂ© le 16 FĂ©vrier 1926 Ă  Palm Springs, dĂ©cĂ©dĂ© le 25 Juillet 2003. 1962: Un Amour pas comme les autres. 1963: Billy le menteur. 1965: Darling. 1967: Loin de la foule dĂ©chaĂ®nĂ©e. 1969: Macadam Cowboy. 1971: Un Dimanche comme les autres. 1975: Le Jour du FlĂ©au. 1976: Marathon Man. 1979: Yanks. 1981: Honky Tonk Freeway. 1984: Le Jeu du Faucon. 1987: Les EnvoĂ»tĂ©s. 1988: Madame Sousatzka. 1990: FenĂŞtre sur Pacifique. 1993: L'Innocent. 1995: Au-delĂ  des lois. 2000: Un Couple presque parfait


Thriller d'espionnage doublĂ© d'un suspense haletant auprès de son intensitĂ© Ă  corps perdu, Marathon Man n'a point usurpĂ© sa rĂ©putation notoire de chef-d'oeuvre tant John Chlesinger a su redoubler d'ambition et de brio pour y transcender un scĂ©nario machiavĂ©lique d'une rare efficience. Le pitch: A la suite de la mort de son frère "Doc", agent double de contre espionnage, "Babe" se retrouve mĂŞlĂ© au chantage du Dr Christian Szell. Cet ancien dentiste nazi exilĂ© en Uruguay est contraint de rappliquer Ă  New-York afin de rĂ©cupĂ©rer un magot depuis la mort accidentelle de son frère aĂ®nĂ©. Dès lors, "Babe" est harcelĂ© par Szell depuis que "Doc" lui aurait Ă©ventuellement soufflĂ© un mot sur la planque du butin. S'entraĂ®nant quotidiennement au marathon, il va devoir compter sur son endurance afin de dĂ©jouer une traque inlassable au sein des quartiers urbains. D'après le roman Ă©ponyme de William Goldman, Marathon Man aborde les thèmes du spectre du nazisme et de la paranoĂŻa au sein d'une sociĂ©tĂ© contemporaine encore traumatisĂ©e par l'après-guerre. De par le concours d'une circonstance aussi risible qu'infortunĂ©e (un banal accident de voiture) compromettant un complice, John Chlesinger en extrait une intrigue perfide oĂą l'espionnage et le nazisme ne cesseront de se disputer la mise d'un trĂ©sor !


Ainsi, par le biais d'une distribution prestigieuse au charisme burinĂ© ou suave (Marthe Keller, dĂ©lectable de charme fallacieux), chaque comĂ©dien oscille la mesquinerie et le subterfuge dans leur fonction sournoise Ă  manoeuvrer l'Ă©tudiant. "Babe", dernier tĂ©moin de l'agonie de son frère, si bien que celui-ci s'efforça en dernier ressort de lui souffler un mot imprononçable. Dustin Hoffman endossant la stature timorĂ©e du jeune marathonien dans une posture maladroite de bouc-Ă©missaire. Grâce Ă  son Ă©preuve de survie sur le fil du rasoir puis son influence fluctuante vers l'auto-justice (sauver l'honneur de son frère mais aussi celle de son père, ancien historien dĂ©chu), nous lui Ă©prouvons une forte empathie depuis ses vicissitudes Ă  dĂ©jouer des agents doubles en transaction avec Szell. DĂ©testable de couardise, Laurence Olivier donne chair Ă  son personnage dans une posture monolithique de nazi impassible. Sous son impĂ©riositĂ© perverse, comment ne pas aborder la sĂ©ance bucco-dentaire que "Babe" endure par le principe improvisĂ© d'une torture Ă  la fraise. John Chlesinger Ă©laborant avec suggestion et rigueur quasi insoutenable l'expectative d'une soumission de longue haleine avant le supplice facial. Outre ces moments Ă©prouvants en crescendo, l'intrigue ne cesse d'y dĂ©ployer avec une logique narrative infaillible des moments de bravoure aussi anxiogènes qu'oppressants ! Tant auprès de la tentative d'assassinat de Doc dans sa chambre d'hĂ´tel, de l'effraction de deux espions dans la demeure de Babe confinĂ© dans sa salle de bain, de sa poursuite Ă  pied perpĂ©trĂ©e dans un new-york inhospitalier, de sa fausse cavale automobile instrumentalisĂ©e par Janeway, de sa rencontre avec Elsa et ses sbires dans la maison de Klaus Szell, de son ultime confrontation avec le Dr Szell, ou encore de son point d'orgue d'un malaise tangible lorsque d'anciens dĂ©portĂ©s croient reconnaĂ®tre l'ange blanc au coeur d'une foule urbaine !


C'est sans danger ?
ScandĂ© de l'inoubliable partition de Michael Small renforçant Ă  merveille le caractère oppressant des situations de dangerMarathon Man ne laisse aucun rĂ©pit au spectateur pour l'entraĂ®ner au coeur d'un thriller paranoĂŻde oĂą chacun des antagonistes n'auront de cesse de tourmenter un souffre-douleur tout en se trahissant afin d'approcher la prospĂ©ritĂ©. Un grand moment de cinĂ©ma d'une intensitĂ© scrupuleuse sous l'impulsion viscĂ©rale d'un duo d'acteurs (Hoffman/Mason) Ă  leur acmĂ©.   

Récompense: Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle pour Laurence Olivier en 1977.

Eric Binford
5èx

jeudi 3 mars 2016

LA VALLEE DE GWANGI

                                                                                   Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site t411.in

"The Valley of Gwangi" de Jim O'Connolly. 1969. U.S.A. 1h35. Avec James Franciscus, Gila Golan, Richard Carlson, Laurence Naismith, Freda Jackson, Gustavo Rojo

Sortie salles U.S: 3 Septembre 1969

FILMOGRAPHIE: Jim O'Connolly est un réalisateur, scénariste et producteur britannique, né le 23 février 1926 à Birmingham et mort en décembre 1986 à Hythe dans le Kent.
1963 : The Hi-Jackers. 1965 : The Little Ones. 1964 : Smokescreen. 1967 : Le Cercle de sang. 1967-1969 : Le Saint (TV). 1969 : Crooks and Coronets. 1969 : La VallĂ©e de Gwangi. 1972 : La Tour du diable. 1974 : MaĂ®tresse Pamela.


Relativement oubliĂ© et peu diffusĂ© Ă  la TV, La VallĂ©e de Gwangi fit les beaux jours des vidĂ©ophiles lors de son exploitation en Vhs au milieu des annĂ©es 80. RĂ©alisateur mĂ©connu, Jim O'Connolly aime Ă  jumeler les genres de manière singulière comme le soulignera Ă©galement le très sympathique La Tour du diable (une chasse au trĂ©sor horrifique confinĂ©e Ă  proximitĂ© d'un phare insulaire) rĂ©alisĂ© 3 ans plus tard. Avec la VallĂ©e de Gwangi, il affilie les composantes du Western et du Fantastique mythologique parmi l'attraction foraine de monstres prĂ©historiques. A la suite du vol d'El Diablo par des Tsiganes (l'Eoipus, cheval miniature disparu depuis 50 millions d'annĂ©es), une poignĂ©e de cowboys et les propriĂ©taires d'un cirque se lancent Ă  leur poursuite jusqu'Ă  destination d'une vallĂ©e rĂ©putĂ©e interdite. C'est dans ce lieu tenu secret qu'ils vont avoir affaire Ă  l'hostilitĂ© de monstres prĂ©historiques comme le symbolisera un dangereux T Rex. RĂ©cit d'aventure familial fertile en pĂ©ripĂ©ties dans son brassage d'action, de fantastique et de merveilleux (chacune des interventions candides d'El Diablo), La VallĂ©e de Gwangi dĂ©payse agrĂ©ablement le spectateur embarquĂ© dans un western d'un nouveau genre.


Exploitant Ă  peu de choses près la narration de King-Kong, notamment lors de sa dernière partie lorsque Gwangi est capturĂ© par nos hĂ©ros afin de l'exhiber dans une attraction foraine, et la poursuite qui s'ensuit, Jim O'Connolly parvient Ă  nous distraire avec l'efficacitĂ© d'une traque haletante. Dans des rĂ´les hĂ©roĂŻques redoublant de bravoure Ă  dĂ©jouer les affronts des monstres, les protagonistes s'investissent dans l'action avec une spontanĂ©itĂ© aussi enjouĂ©e qu'exaltante. Comme le souligne Ă©galement la romance en ascension du couple d'amants compromis par leurs sentiments contradictoires depuis le vol d'El Diablo. On peut Ă©galement s'amuser du comportement versatile de l'hĂ©roĂŻne Ă  daigner profiter d'une dĂ©couverte aussi prodigieuse quand bien mĂŞme un scientifique sournois n'y songe qu'Ă  l'Ă©tudier. Au milieu de ce duo attisĂ© par la cupiditĂ©, Tuck Kirby (l'amant de cette dernière) tente timidement de les raisonner tout en se laissant envahir par ses sentiments amoureux. James Franciscus se prĂŞtant au jeu de la loyautĂ© avec le charisme viril qu'on lui connait. Mais au-delĂ  des fantaisies et mĂ©sententes caractĂ©rielles de nos personnages, La VallĂ©e de Gwangi est surtout transcendĂ© par la prĂ©sence disproportionnĂ©e des monstres prĂ©historiques ! Ray Harryhausen accomplissant une fois de plus le tour de force de donner vie Ă  ces crĂ©atures par le biais du Stop Motion ! Outre la fluiditĂ© de chacun de leur mouvement, leur aspect cartoonesque (couleurs criardes Ă  l'appui) renforcent le charme naĂŻf de leur caricature afin de nous fasciner avec une fantaisie innocente.  


Éminemment kitch, naïf et un brin corrigible pour la caractérisation expéditive de certains personnages, la Vallée de Gwangi insuffle malgré tout une indéniable sympathie par son pouvoir enchanteur sous l'impulsion prodige de Ray Harryhausen. On est d'autant plus amusé d'assister à la résurrection de ces monstres antiques que le western dit classique se dévergonde ici avec une dérision pétulante. A redécouvrir avec son âme d'enfant.

mercredi 2 mars 2016

LA TRAQUE

                                                                            Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site lci.tf1.fr

de Serge Leroy. 1975. France. 1h35. Avec Mimsy Farmer, Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau,
Michael Lonsdale, Michel Constantin, Philippe Léotard, Paul Crauchet, Michel Robin.

Sortie salles Allemagne: 7 Novembre 1975

FILMOGRAPHIE: Serge Leroy est un réalisateur français, né le 14 Mai 1937 à Paris, décédé le 27 Mai 1993.
1973: Le Mataf. 1975: La Traque. 1977: Les Passagers. 1978: Attention, les enfants regardent. 1981: Pause-cafĂ©. 1982: LĂ©gitime Violence. 1983: L'Indic. 1985: Double Face (tĂ©lĂ©film). 1985: Le Quatrième Pouvoir. 1988: Contrainte par corps. 1989: Pause-cafĂ©, pause tendresse. 1989: Une saison de feuilles (tĂ©lĂ©-film). 1991: Les Cahiers Bleus (tĂ©lĂ©-film). 1992: Maigret chez les Flamands (tĂ©lĂ©-film). 1992: Maigret et le corps sans tĂŞte (tĂ©lĂ©-film). 1993: Taxi de Nui. 


Survival brut de dĂ©coffrage pour un genre peu prisĂ© dans le paysage du cinĂ©ma français, la Traque porte la signature du franc-tireur Serge Leroy. Un cinĂ©aste audacieux ayant surtout oeuvrĂ© dans les annĂ©es 70 et 80, comme le souligne l'excellent Attention les Enfants regardent (farce caustique sur l'influence que peut exercer la violence tĂ©lĂ©visuelle chez nos tĂŞtes blondes). Peu diffusĂ© Ă  la TV et inĂ©dit en Dvd dans l'hexagone, La Traque constitue un modèle de mise en scène plus de 40 ans après sa sortie confidentielle. Dans le sens oĂą la rĂ©alisation consciencieuse privilĂ©gie l'aspect inhabituellement documentĂ© d'un thriller âpre profondĂ©ment malsain oĂą la dynamique de groupe s'accorde une complicitĂ© commune d'une rare vilenie. La violence des actes Ă©manant autant d'une brutalitĂ© physique (le viol, les blessures corporelles Ă  l'arme Ă  feu) que d'une psychologie perfide (les bourreaux multipliant points de vue et comportements contradictoires avant une connivence dĂ©loyale). A travers le pĂ©riple cauchemardesque d'une jeune anglaise pourchassĂ©e par des chasseurs en pleine forĂŞt après avoir Ă©tĂ© violĂ©e, Serge Leroy cultive un rĂ©alisme poisseux afin de dĂ©ranger le spectateur tĂ©moin malgrĂ© lui d'une battue d'un nouveau genre, la chasse au gibier humain. 


Dans la lignĂ©e du Comte Zaroff pour sa rĂ©flexion sur la bassesse et l'instinct pervers du chasseur avide de pourchasser sa proie (humaine) jusqu'Ă  ce que mort s'ensuive, la Traque dresse le portrait pathĂ©tique d'une communautĂ© de bourgeois machistes compromis par leur confort, leurs pulsions lubriques et punitives ainsi que leur lâchetĂ©. Bien que le film affiche une distribution de premier choix (on y croise Jean-Pierre Marielle, Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Michel Constantin, Philippe LĂ©otard, Paul Crauchet et Michel Robin), on en arrive Ă  oublier ses tĂŞtes familières tant chacun des comĂ©diens exprime un naturel sobre dans leur fonction couarde, pleutre, mesquine et sournoise. Quant Ă  la jeune actrice amĂ©ricaine Mimsy Farmer, cette dernière insuffle une acuitĂ© fragile dans sa carrure filiforme de proie incessamment molestĂ©e par des justiciers sans vergogne. Spoil ! Ces derniers s'efforçant de la traquer sans relâche pour lui autoriser une transaction depuis sa complicitĂ© de s'ĂŞtre vengĂ©e auprès d'un des tortionnaires. HabitĂ©s prochainement par une justice expĂ©ditive, leurs comportements impulsifs finissent Ă  leur tour par les inciter Ă  la vendetta Fin du spoil. Par son regard tendre et candide habitĂ© par le dĂ©sespoir et l'angoisse de trĂ©passer, Mimsy Farmer provoque un malaise toujours plus tangible face Ă  sa condition torturĂ©e. Ce qui nous converge vers une glaçante conclusion d'une violence psychologique difficilement soutenable ! 


Apre, tendu, malsain, dĂ©rangeant, poisseux, dĂ©sespĂ©rĂ©, La Traque est l'une des rares incursions françaises Ă  s'ĂŞtre essayĂ© au survival rural avec brio et rĂ©alisme sans fard. Car plus de 40 ans après sa sortie, cette descente en enfer champĂŞtre continue d'exercer un pouvoir vĂ©nĂ©neux dans sa dĂ©chĂ©ance immorale. Tant par la situation insurgĂ©e de la victime violĂ©e que de la peinture sordide allouĂ©e Ă  une bourgeoisie invulnĂ©rable (Ă  l'instar de leur culpabilitĂ© victorieuse). 

La chronique d'Attention, les Enfants regardent: http://brunomatei.blogspot.fr/2013/09/attention-les-enfants-regardent.html