mardi 31 décembre 2013

LES BRASIERS DE LA COLERE (Out of the Furnace)

                                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site lyricis.fr

de Scott Cooper. 2013. U.S.A/Angleterre. 1h56. Avec Christian Bale, Casey Affleck, Willem Dafoe, Woody Harrelson, Forest Whitaker, Zoë Saldana, Sam Shepard, Boyd Holbrook.

Sortie salles France: 15 Janvier 2014. U.S: 6 Décembre 2013

FILMOGRAPHIE: Scott Cooper est un réalisateur, scénariste et acteur américain, né en 1970 à Abingdon, Virginia, U.S.A.
2009: Crazy Heart. 2013: Les Brasiers de la colère



Soit comme un loup blessé qui se tait pour mourir. Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.

Quatre ans après la ballade mélancolique de Crazy Heart, Scott Cooper revient nous confirmer son talent de metteur en scène avec Les Brasiers de la Colère. Avec ses têtes d'affiche aux gueules burinées, ce drame fiévreux emporte tout sur son passage dans sa plongée immersive de l'âme humaine, vers un voyage au bout de l'enfer. Car c'est bien l'ombre du chef-d'oeuvre de Michael Cimino qui plane sur le récit pour mettre en relief la situation indécise de prolétaires impliqués dans un concours de circonstances malchanceuses. On retrouve ici le même décor industriel auquel des ouvriers y exercent leur fonction, la partie de chasse improvisée chez un braconnier subitement rattrapé par sa pitié pour l'animal, et enfin le comportement suicidaire d'un vétéran traumatisé par la guerre. Ce personnage magnifiquement incarné par Casey Affleck va d'ailleurs devenir le pivot dramatique, l'élément déclencheur d'une vendetta implacable. Avec une dimension humaine scrupuleuse, Scott Cooper s'intéresse à dépeindre les états d'âme de braves frangins issus de l'Amérique profonde. L'aîné, Russell, est un ouvrier courageux toujours plus contrarié par l'état de santé d'un père moribond, quand bien même la déchéance morale de son cadet va l'amener à reconsidérer son jugement. Ancien vétéran martyrisé par la guerre d'Irak, Rodney est incapable de se réinsérer dans la société afin d'exercer, à l'instar de son frangin, un travail d'employé dans la métallurgie. Pour canaliser sa colère et se faire un peu d'argent, il fréquente les combats de rue clandestins sous l'entremise de John Petty. Alors que Russel se retrouve à séjourner en prison pour la responsabilité d'un accident mortel, Rodney s'empresse de rencontrer des adversaires autrement plus pugnaces afin de rembourser ses dettes et tourner la page.


Voilà en gros ce que nous rapporte le postulat auquel la thématique de la vengeance va distiller son poison durant le cheminement psychologique d'un personnage. Car Les Brasiers de la Colère raconte avec simplicité la déchéance vindicative d'un homme inconsolable, partagé entre sa sa colère de l'injustice et sa volonté de réparer ses erreurs. Avec intensité, Scott Cooper brosse le portrait d'un ouvrier digne mais contraint d'assumer moralement sa responsabilité d'un accident meurtrier. Son soutien auprès d'un paternel gravement malade, sa douloureuse rupture sentimentale et le comportement erratique d'un frère traumatisé par les horreurs de la guerre vont aussi l'amener à reconsidérer sa vie et celle de l'équité. Après sa tragédie du deuil familial, va t'il persévérer dans ses pulsions de haine pour pourchasser un animal sans vergogne (Woody Harrelson, habité par la mort !), ou à contrario, y renoncer avec le bénéfice de la prudence ? Si dans la première partie, on devine rapidement la tragédie qui se dessine, la suite des évènements reste logiquement prévisible (car irréversible !) dans sa tournure poisseuse afin de mettre en exergue la dérive psychologique d'un homme assailli par ses démons (Christian Bale, transi de tourments dans son questionnement !). Qui plus est, l'incroyable densité des seconds rôles mis en cause, le soin circonspect imparti à la mise en scène et le réalisme brutal qui en découle nous conditionnent en état d'hypnose, jusqu'au point d'orgue rédempteur ou défaitiste.


La bête tue de sang froid
Avec extrême sobriété, Scott Cooper vise juste et simplement pour redorer les lettres de noblesse du cinéma. Celui d'un film d'acteurs au diapason où la fêlure des personnages insuffle une incroyable vérité (in)humaine et où l'intensité dramatique converge à l'introspection d'un justicier en perdition. Bouleversant avec ce qu'il faut de juste retenue afin d'éviter l'apitoiement sentimental, Les Brasiers de la Colère renoue magistralement avec l'épopée du western sauvage et désenchanté. 

31.12.13
Bruno Matéï


lundi 30 décembre 2013

LES EVADES DE LA PLANETE DES SINGES (Escape from the Planet of the Apes)

                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site sci-fimovieposters.co.uk

de Don Taylor. 1971. U.S.A. 1h38. Avec Roddy McDowall, Kin Hunter, Bradford Dillman, William Windom, John Randolph, Eric Braeden. 

Sortie salles France: Août 1971. U.S: 21 Mai 1971

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Don Taylor est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 13 Décembre 1920 à Freeport, Pennsylvanie (Etats-Unis), décédé le 29 Décembre 1998 à Los Angeles (Californie)
1969: 5 hommes armés. 1971: Les Evadés de la Planète des Singes. 1973: Tom Sawyer. 1977: L'île du Docteur Moreau. 1978: Damien: la malédiction 2. 1980: Nimitz, retour vers l'enfer.


Troisième opus de la saga réalisé par Don Taylor (habile faiseur de séries B responsable de L'île du Dr Moreau, La Malédiction 2 et Nimitz, retour vers l'enfer), les Evadés de la Planète des singes reprend le concept du voyage temporel en inversant cette fois-ci le rôle des protagonistes. 
Le docteur Milo, Cornelius et sa compagne Zira réussissent à embarquer dans la navette spatiale du capitaine Taylor afin d'échapper à la destruction de la terre. Suite à une défaillance, ils se retrouvent projetés 2000 ans avant leur règne, c'est à dire en 1973. 


Série B modestement réalisée, de par son budget deux fois moindre que son modèle, les Evadés de la Planète des singes se focalise aujourd'hui sur la destinée précaire du couple Cornelius/Zira, pris à parti avec l'orgueil de notre civilisation moderne. D'abord accueilli avec courtoisie et curiosité par le gouvernement, nos deux chimpanzés ne vont pas tarder à se confronter à l'hostilité du Dr Otto Hasslein. En effet, suite aux déclarations prémonitoires sur leur prochaine ascension et après avoir avoué leurs travaux de dissection autrefois pratiqués sur les êtres humains, le gouvernement aura décidé de s'en débarrasser afin de sauvegarder l'éventuelle extinction de la race humaine. Comme dans le premier volet, nos héros vont pouvoir compter sur le soutien humaniste de deux médecins chargés de leur trouver une planque afin d'échapper à leur sentence, et se rapprocher auprès d'un directeur de zoo, témoin capital pour leur postérité. A l'instar de son prélude (l'escale des chimpanzés affublés de combinaisons de cosmonautes !), Don Taylor ne manque pas de distiller certains moments de cocasserie lorsque Cornelius et Zira sont contraints de comparaître devant un tribunal en s'exprimant avec l'art du langage. En sous texte social, on peut aussi déceler un réquisitoire contre la vivisection lorsque les chimpanzés sont confrontés à leur responsabilité morale d'avoir osé disséquer des êtres humains au nom de la science. A travers les allégations de Cornelius (comment les chats et les chiens ont fini par disparaître pour laisser place aux singes !), le réalisateur ironise également sur notre instinct possessif envers la domestication animale dans le but de nous tenir compagnie et de nous divertir. Enfin, il souligne notre rapport masochiste face au divertissement du sport (en l'occurrence, la boxe chorégraphiée dans toute sa violence !) et notre goût immodéré pour l'action du spectacle ! La dernière partie, beaucoup plus sombre et brutale, joue la carte du suspense et ne manque pas de provoquer une émotion poignante quand au sort réservé à nos deux héros. 


Si Les évadés de la planète des singes se réserve de surpasser son modèle, il se tire honorablement de la redite par une pirouette scénaristique retorse en privilégiant avec humilité la dimension romantique du couple Cornelius/Zira. Un 3è opus attachant et efficacement mené, surpassant aisément son antécédente séquelle. 

Bruno Matéï  

vendredi 27 décembre 2013

FONDU AU NOIR (Fade to black). Prix de la Critique, Avoriaz 1981

                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site colonelmortimer.blogspot.com

de Vernon Zimmerman. 1980. U.S.A. 1h40. Avec Dennis Christopher, Tim Thomerson, Linda Kerridge, Mickey Rourke, Eve Brent.

Récompense: Prix de la Critique à Avoriaz, 1981

FILMOGRAPHIE: Vernon Zimmerman est un réalisateur et scénariste américain.
1964: The college (Documentaire). 1972: Deadhead miles. 1972: Unholy rollers. 1980: Fondu au noir
1995: Chuck and Wally on the Road (court-métrage)


Sorti en salles dans l'indifférence mais auréolé du Prix de la Critique à Avoriaz en 1981, Fondu au Noir s'est notamment attribué d'une certaine renommée dans les rayons des vidéos club au point de devenir culte chez une poignée de cinéphiles (Pascal Laugier le considère d'ailleurs comme l'un de ses films de chevet !). Réalisateur méconnu uniquement responsable de trois longs-métrage, Vernon Zimmerman s'intéresse ici à traiter un cas de schizophrénie du point de vue d'un cinéphile infaillible.
Passionné de cinéma, Eric vit reclus dans son foyer parmi la compagnie d'une mère castratrice. Pour compenser sa solitude, il visionne inlassablement ses films préférés qu'il connaît par coeur. Un jour, dans un bar, il tombe amoureux du sosie de Marilyn Monroe. Le soir même, il lui propose un rencart en ville pour une séance ciné mais la jeune fille étourdie oublie de le rejoindre. Dépité, il rentre chez lui et se replonge illico dans un vieux classique de film noir. Gagné par une rancune incontrôlée depuis que sa mère osa pénétrer dans sa chambre pour y détruire une bobine de pellicule, Eric finit par sombrer dans la folie meurtrière.


Oeuvre insolite à la lisière du drame, de la romance et de l'horreur, Fondu au Noir se présente comme un hommage au cinéma de genre sous le truchement d'un cinéphile dérangé. Plongé dans son désarroi de la solitude, faute d'une mégère incapable de lui porter un regain d'amour maternel, Eric est d'autant plus contraint de supporter les railleries de collègues de boulot et l'intolérance d'un patron draconien. Son seul réconfort, il le retrouve dans les films qu'il se repasse en boucle du fond de sa chambre. Connaissant par coeur chaque séquence et réplique culte, à l'instar de la filmographie des acteurs et réalisateurs, il s'est taillé depuis toujours une réputation de cinéphile incollable. Mais sa détresse et sa colère d'être systématiquement dénigré aux yeux des autres vont finir par le faire sombrer dans une vendetta irréversible. L'originalité du sujet est ici traité de manière débridée afin de rendre hommage au 7 art mais surtout pour y dénoncer ses effets pervers sur l'emprise de l'image. Car afin de se permettre une raison d'exister et d'accomplir sa vengeance, notre cinéphile finit par s'inventer une nouvelle identité, à la manière du dédoublement de personnalité, pour pénétrer dans la peau de ses personnages favoris du cinéma. Travesti en vampire, cow-boy, momie ou gangster, Eric sème la panique et la mort autour de lui sous ses grotesques panoplies. Si les références et les clins d'oeil aux classiques du cinéma pullulent dans Fondu au Noir, c'est notamment pour y dénoncer l'influence que peuvent avoir certaines images chez des esprits fragiles ou dérangés jusqu'à ne plus pouvoir différencier réalité et fiction. En l'occurrence, la violence au cinéma auquel notre héros va instinctivement se remémorer les souvenirs les plus intenses afin d'extérioriser sa rage meurtrière.


L'homme aux 1000 visages
Avec une indéniable tendresse pour son personnage et une émotion parfois poignante, Vernon Zimmerman transcende le portrait pathétique d'un cinéphile égaré dans la chimère et la désillusion. Une victime rongée par sa solitude et l'intolérance d'une société arriviste, qui, pour oublier sa médiocrité, se raccroche au symbole sexuel de Marilyn Monroe pour la courtiser et accéder à la notoriété (celle d'un acteur oublié !). Sous l'élégie fragile de son thème musical et parmi le jeu écorché de l'acteur Dennis Christopher, Fondu au noir s'érige en oeuvre inclassable, trouble et dérangeante, d'où s'extrait un lourd sentiment d'amertume.

27.12.13. 5èx
Eric Binford


jeudi 26 décembre 2013

LE BAL DES VAMPIRES (The Fearless Vampire Killers or pardon me, but your teeth are in my neck)

                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

de Roman Polanski. 1967. U.S.A/Angleterre. 1h48. Avec Jack MacGowran, Roman Polanski, Sharon Tate, Alfie Bass, Jessie Robins, Ferdy Mayne, Iain Quarrier.

Sortie salles France: 1er Avril 1968. U.S: 13 Novembre 1967. Angleterre: Février 1967

FILMOGRAPHIE: Roman Polanski est un réalisateur, producteur, comédien, metteur en scène de théâtre et d'opéra et scénariste franco-polonais américain. Il est né le 18 Août 1933 à Paris.
1962: Le Couteau dans l'eau. 1965: Répulsion. 1966: Cul de sac. 1967: Le Bal des Vampires. 1968: Rosemary's Baby. 1971: Macbeth. 1972: Week-end of a champion. 1972: Quoi ? 1974: Chinatown. 1976: Le Locataire. 1979: Tess. 1986: Pirates. 1988: Frantic. 1992: Lunes de fiel. 1994: La Jeune fille et la mort. 1999: La 9è porte. 2002: Le Pianiste. 2005: Oliver Twist. 2010: The Ghost Writer. 2011: Carnage. 2013: La Vénus à la fourrure.


Chef-d'oeuvre parodique, Le Bal des Vampires perdure son pouvoir ensorcelant grâce à l'esthétisme gothique inspiré de la Hammer Film et à l'excentricité des personnages impliqués dans la maladresse ou la mesquinerie. En confrontant l'horreur et la comédie, Roman Polanski offre une satire diablement ludique tout en respectant le puriste cinéphile de la firme anglaise. A travers ses décors enneigés aux teintes immaculées et l'architecture poussiéreuse d'un vieux château, le Bal des Vampires est notamment une invitation au dépaysement, un voyage au bout de la nuit sous l'allégeance du comte Krolock. Quand bien même s'y prépare un fameux bal annuel auquel une assemblée de morts-vivants vont s'exhumer de leur cercueil pour rejoindre l'invitation.


Au scénario éculé (un professeur et son assistant vont tenter d'extirper une jeune femme des griffes d'un vampire), le réalisateur se tire adroitement de la redite grâce à la verve insolente d'une succession de gags où les situations ne manquent pas d'audace (l'improvisation de la drague homosexuelle, les stratégies coquines du tenancier incapable de refréner ses pulsions, ou encore l'épilogue sardonique annonçant la propagation du Mal à travers le monde !). C'est avant tout au niveau des déconvenues de nos deux héros que le film engendre une indéniable sympathie. A l'instar d'Abronsius congelé à deux reprises par la température hivernale puis prochainement coincé dans la brèche d'une fenêtre pour accéder à la crypte, quand bien même Alfred redouble d'étourderie à daigner affronter Krolock et son fils Herbert ! Qui plus est, l'aventure accroît sa démesure avec l'effronterie des seconds rôles charismatiques. Que ce soit le juif aubergiste préoccupé à l'idée de rejoindre en pleine nuit une midinette plutôt que d'enlacer sa femme bedonnante, l'homosexuel vampire improvisant une lecture poétique pour attendrir le jeune Alfred, ou encore l'attardé Koukol (bossu enlaidi d'un large rictus !) soumis à l'obéissance de son maître (en comte Krolock, Ferdy Mayne se délecte à parodier Christopher Lee avec une modestie amusée !). Enfin, avec la bonhomie de deux chasseurs de vampires malhabiles (Abronsius et Alfred forment un tandem très attachant dans leur complicité parentale !) et le charme étrangement sensuel de Sarah (Sharon Tate dégage un magnétisme trouble !), le Bal des Vampires adopte une démarche drôlement héroïque afin d'enrayer la menace vampirique.


Merveille esthétique de tous les instants rappelant les plus beaux fleurons gothiques de la Hammer, Le Bal des Vampires insuffle notamment une charge érotique en la présence ténue de la divine Sharon Tate. En parodiant le mythe du vampire avec une affection respectueuse, Roman Polanski rend hommage au genre horrifique avec drôlerie mais aussi une infinie tendresse pour ces protagonistes (à l'instar d'Alfred déclarant sa flamme à Sarah au cours du bal costumé !). Un classique inoxydable d'une fraîcheur exaltante !

26.12.13. 4èx
Bruno Matéï

mercredi 25 décembre 2013

FRUITVALE STATION. Grand Prix du Jury, Sundance, 2013

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Ryan Coogler. 2013. U.S.A. 1h29. Avec Michael B. Jordan, Melonie Diaz, Octavia Spencer, Kevin Durand, Chad Michael Murray.

Sortie salles France: 1er Janvier 2014

Récompenses: Grand Prix du JuryPrix du Public, Sundance 2013
Prix de la révélation Cartier pour Ryan Coogler, Prix du Public à Deauville
Prix de l'avenir, un certain regard, Cannes 2013
National Board of Review Awards 2013: Meilleure Actrice pour Octavia Spencer
Meilleure révélation masculine pour Michael B. Jordan
Meilleur premier film pour Ryan Coogler
New-York Film Critics Circle Awards 2013: Meilleur premier film pour Ryan Coogler.
Africain-American Film Critics Association Awards 2013: Meilleur film indépendant.

FILMOGRAPHIE: Ryan Coogler est un réalisateur et scénariste américain, né le 23 Mai 1986 à Oakland, Californie.
2013: Fruitvale Station. Prochainement: Creed


Auréolé du Grand prix du Jury à Sundance 2013, Fruitvale Station est la reconstitution d'un fait-divers tragique survenu le 1er Janvier 2009 dans la station de métro Fruitvale à San Francisco. Auparavant, le film relate avec souci de vérité proche du documentaire la journée d'Oscar qui a précédé son arrestation musclée. Jeune black de 22 ans, ancien taulard condamné pour deal de came, Oscar est aujourd'hui père d'une petite fille et partage sa vie avec Sophina dans l'espoir d'une réinsertion sociale. Confronté au chômage, il tente de récupérer son job de vendeur dans un supermarché contre la réticence de son ancien patron. Livré à sa solitude et son désarroi (à l'instar de son appel à l'aide pour porter secours à un chien renversé par une voiture en fuite !), il décide de revendre un peu de came aux junkies du coin avant de se raviser.


Avec réalisme intimiste, Ryan Coogler tient à mettre en exergue l'errance quotidienne d'un ancien délinquant tributaire de ses pulsions irascibles mais néanmoins rattaché à sa valeur paternelle et à l'amour conjugal. Son réconfort et son soutien, il les retrouvent notamment auprès de ses grands-parents et d'une maman autoritaire. Durant une heure, le réalisateur insiste à décrire avec pudeur ces liens familiaux qui unifient Oscar afin d'afficher son caractère humaniste et l'environnement équilibré auquel il appartient. Avec l'impact saisissant d'une authentique vidéo d'archive préalablement apposée en prologue, on imagine le drame inéluctable qui se dessine lentement autour du personnage lorsqu'il décide d'emprunter le métro avec Sophina et quelques amies pour célébrer un feu d'artifice. Durant son déplacement urbain, une certaine tension sous jacente nous accapare au fil des bavardages amicaux entretenus avec ces amis et des inconnus du compartiment. Jusqu'à la confrontation inopinément brutale qui basculera le destin d'Oscar dans la tragédie accidentelle. Cette dernière demi-heure, d'une grande puissance émotionnelle, nous confine dans un malaise au bord de l'asphyxie. Le réalisme acerbe qui découle de l'altercation avec les délinquants éméchés et de l'opposition policière qui s'ensuit nous saisit à la gorge jusqu'au drame impardonnable. Sans pathos ni apitoiement, le réalisateur rend hommage à la victime avec une pudeur humaniste bouleversante tout en dénonçant froidement l'autorité zélée de flics avides d'oppression !


A la modestie humaine préservée dans sa première heure se succède une violence aussi soudaine 
qu'incontrôlée pour retransmettre sans répit la banalité du fait-divers dramatique. A partir de cet incident majeur où la haine raciale n'est pas pointée du doigt, Fruitvale Station délivre le portrait déchirant d'un ancien délinquant qui ne demandait qu'à cristalliser ses nouveaux espoirs. Son témoignage se porte notamment en étendard pour la communauté noire régulièrement stigmatisée par le motif quelconque d'une police intransigeante. Un électro-choc dont il est difficile d'en sortir indemne. 

25.12.13
Bruno Matéï

mardi 24 décembre 2013

LA MARQUE DU DIABLE (Mark of the Devil / Hexen bis aufs blut gequält)

                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmundo.de

de Michael Armstrong. 1970. Angleterre/Allemagne. 1h37. Avec Udo Kier, Herbert Lom, Olivera Vuco, Reggie Nalder, Herbert Fux, Michael Maien, Gaby Fuchs, Ingeborg Schöner, Adrian Hoven.

FILMOGRAPHIE: Michael Armstrong est un réalisateur et scénariste anglais, né le 24 Juillet 1944 à Bolton, Lancashire, Angleterre.
1969: The Haunted house of horror. 1970: La Marque du Diable. 1986: Screamtime

Avertissement: Il s'agit de la version intégrale inédite en France mais disponible aujourd'hui grâce à l'enseigne The Ecstasy of Films ! (la Vhs d'époque de René Chateau étant cut !)


Deux ans après la sortie du chef-d'oeuvre Le Grand Inquisiteur de Michael Reeves, une production germano british se réapproprie du concept historique avec une volonté évidente de surenchérir dans l'horreur sanglante ! Pour preuve subsidiaire, un sac à vomi était distribué au spectateur à l'entrée de chaque séance de l'époque afin de titiller son instinct voyeuriste ! Dans une petite ville d'Autriche, sous le régime de l'inquisition, l'évêque Albino fait régner la terreur auprès des villageois en exerçant sa traditionnelle chasse aux sorcières. L'arrivée du juge Cumberland et de son apprenti Christian vont venir perturber la tranquillité de son insatiable soif de sadisme. Observant avec perplexité les agissements barbares de ces disciples, le jeune Christian finit par s'éprendre d'affection pour une villageoise. 


Série B d'horreur déviante, avant-coureuse du Tortur' porn, La Marque du diable s'érige en étendard du genre en cette période charnière des seventies, Michael Armstrong se livrant à une débauche putassière quasi inédite pour l'époque ! Une descente aux enfers jusqu'au-boutiste dans son lot de tortures séculaires où les instruments de tortures rubigineux rivalisaient d'inventivité pour intimider les victimes d'hérésie. Sans concession et avec une crudité poisseuse, le réalisateur étale à rythme régulier nombre de sévices corporels infligés sur ces condamnés au nom bienséant du clergé. Avec une volonté historique de dénoncer le fanatisme religieux et les exactions pratiquées par des notables véreux (le juge finit par se laisser gagner par des pulsions meurtrières et sexuelles !), Michael Armstrong livre un constat édifiant sur une société intégriste plongée dans les doctrines superstitieuses. Même les villageois assoiffés de vengeance n'hésiteront pas dans un élan de sédition à employer une violence aveugle pour fustiger les témoins du clergé en sacrifiant un innocent ! Si la Marque du diable fait parfois preuve d'une réalisation triviale en abusant de zooms sur les visages mesquins et d'un montage quelque peu sporadique, il ne manque pas de véhiculer une certaine densité dramatique pour les faits historiques énoncés et pour la relation romanesque allouée au couple Christian / Vanessa. Qui plus est, le réalisme sordide (pour ne pas dire malsain !) qui émane des tortures putassières atteint une vraie intensité émotionnelle (l'arrachage de langue est plutôt nauséeux !) et ne fait que plonger le spectateur dans l'abîme d'une cruauté inhumaine.  
Au niveau de l'interprétation, le film s'en sort avec les honneurs car nous ne somme pas prêts d'oublier l'apparence burinée du génial Reggie Nalder, baron pervers imprégné de bestialité, à l'instar de son faciès taillé à la serpe ! En juge ambivalent, Herbert Lom adopte une posture opulente particulièrement sombre dans son esprit arbitraire d'inquisiteur rattrapé par ses bas instincts. Enfin, si Udo Kier peut parfois irriter avec son comportement impassible d'apprenti observateur, son physique d'ange déchu insuffle pourtant un magnétisme et provoque même l'empathie dans sa romance meurtrie avec Vanessa. Cette dernière invoque d'ailleurs un charme pulpeux littéralement prégnant et dégage une vraie spontanéité liée au sentiment d'injustice et de rébellion. 


Sommet d'horreur craspec sous couvert de témoignage édifiant sur la barbarie d'une juridiction catholique, La Marque du Diable garde intact son impact graphique pour nous plonger dans une descente aux enfers vertigineuse au rythme entêtant d'une mélodie lascive ! (Ruggero Deodato reprendra d'ailleurs cette note élégiaque pour amplifier le malaise du maladif Cannibal Holocaust)

Dédicace à Christophe Cosyns
24.12.13. 3èx
Bruno Matéï 

lundi 23 décembre 2013

LE SECRET DE LA PLANETE DES SINGES (Beneath the Planet of the Apes)

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site notrecinema.com

de Ted Post. 1970. U.S.A. 1h35. Avec James Franciscus, Kim Hunter, Maurice Evans, Linda Harrison, Paul Richards, Victor Buono, James Gregory.

Sortie salle France: Juin 1970. U.S: 26 Mai 1970

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ted Post est un réalisateur, scénariste et acteur américain, né le 31 Mars 1918 à Brooklyn, New-York, décédé le 20 Août 2013 à Santa Monica.
1956: The Peacemaker. 1959: The Legend of Tom Dooley. 1968: Pendez les haut et court. 1970: Le Secret de la planète des singes. 1973: The Harrad Experiment. 1973: Magnum force. 1975: Whiffs. 1978: Le Merdier. 1978: Le Commado des Tigres noirs. 1980: Nightkill. 1992: The Human Shield. 1999: 4 Faces. 2000: Old Pals.


Deuxième opus d'une franchise à succès (il totalise rien qu'en France 1 163 547 entrées !), le Secret de la Planète des Singes est considéré par les fans comme étant le plus faible, faute d'un scénario superflu qui ne s'imposait pas vraiment. Pourtant, en jouant la carte du simple divertissement, cette déclinaison a tout du moins le mérite de ne jamais ennuyer grâce à une réalisation efficace et la prestance virile d'un nouveau venu: James Franciscus. Après avoir débarqué sur terre en l'an 3955, l'astronaute John Brent découvre la cité des hommes-singes par l'entremise de Nova, compagne mutique du capitaine Taylor aujourd'hui porté disparu. Rapidement embrigadés par les gorilles, ils réussissent à s'échapper grâce à la complicité des deux chimpanzés, Zira et Cornelius. Réfugiés vers la zone interdite, ils parviennent à découvrir une étrange confrérie religieuse vouée à l'adoration de l'ère atomique.


A travers cet étrange postulat, Ted Post tente de jouer la carte de l'originalité avec l'iconisation d'une menace encore plus délétère que celle des hommes-singes, une communauté de prêtres télépathes adeptes de l'arme nucléaire. A travers son thème religieux imparti au sectarisme, c'est une nouvelle guerre aux enjeux destructeurs que nous impose ce 2è opus, puisque les singes, davantage influencés par l'éthique belliqueuse des gorilles, ont décidé d'investir les fouilles de la zone interdite afin d'imposer leur mainmise. Au préalable, à travers quelques souvenirs laissés sur notre ancienne civilisation, l'astronaute Brent découvre la vérité sur l'extinction de la Terre et doit endurer une série d'épreuves psychologiques que des religieux vont lui soumettre afin de connaître la stratégie militaire des singes. De facture ringarde, on peut aujourd'hui sourire de leur apparence vestimentaire et de leur pouvoir psychique capable de tyranniser l'ennemi par la pensée (à l'écoute d'un son inaudible, la victime est éprise d'une folie meurtrière incontrôlée pour tuer son adversaire !). En prime, ils n'ont pas besoin de gesticuler la moindre syllabe pour se faire entendre puisque nous sommes capables de discerner leur parole à travers l'acuité d'un son ! Enfin, Ted Post tente de nous surprendre à travers leur véritable apparence corporelle allouée à la mutation et relance en dernier acte un affrontement spectaculaire entre clans avec l'entremise inopinée du capitaine Taylor !


Correctement emballé, interprété avec conviction par James Franciscus et entrecoupé de scènes d'actions nerveuses, le Secret de la Planète des singes se compromet maladroitement au scénario inachevé, à l'instar de son final vite expédié mais encore plus nihiliste que son prédécesseur. Une suite sans doute inutile mais bizarrement assez attachante dans son caractère ludique, exploitant notamment un esthétisme mystique délirant (la bombe atomique est à l'effigie du Christ ! ) et de jolis décors dévastés. 

La critique de La Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/la-planete-des-singes-planet-of-apes.html
Les Evadés de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2013/12/les-evades-de-la-planete-des-singes.html
La Conquête de la Planète des Singeshttp://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-conquete-de-la-planete-des-singes.html
La Bataille de la Planète des Singes: http://brunomatei.blogspot.fr/2014/01/la-bataille-de-la-planete-des-singes.html

23.12.13. 3èx
Bruno Matéï

vendredi 20 décembre 2013

LES AMANTS DU TEXAS (Ain't Them Bodies Saints)

                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site insidemovies.ew.com

de David Lowery. 2013. U.S.A. 1h40. Avec Casey Affleck, Rooney Mara, Ben Foster, Rami Malek, Keith Carradine, Nate Parker.

Sortie salles France: 18 Septembre 2013. U.S: 16 Août 2013

Récompense: Prix de la meilleure photographie au Festival de Sundance, 2013

FILMOGRAPHIE: David Lowery est un réalisateur américain.
2005: Deadroom. 2009: St Nick. 2013: Les Amants du Texas


Sélectionné à Sundance et couronné du prix de la meilleure photographie, Les Amants du Texas est tout à fait représentatif du métrage indépendant privilégiant les ambiances latentes au sein d'un drame intime tout en élégie. A la suite d'un braquage, Bob et Ruth sont contraint de se retrancher dans leur ferme prise d'assaut par la police. L'homme se rend devant la police et se dénonce afin d'épargner sa dulcinée. Incarcéré en prison, il réussit à s'échapper quatre ans plus tard après plusieurs tentatives. Sa seule aspiration est de retrouver sa femme et l'enfant qu'il n'a jamais pu connaître. Mais la police à l'affût veille sur son inévitable retour dans une contrée mutique du Texas.


Western contemplatif et drame romantique se télescopent pour dépeindre une idylle passionnelle conçue sur l'attente des retrouvailles. Avec son ambiance feutrée et l'expression aigre de ces personnages, Les Amants du Texas demande un certain effort d'adaptation au spectateur afin d'assumer un rythme languissant où les regards lamentés insufflent un climat de douceur diffus. D'une manière intimiste, David Lowery dépeint la remise en question d'une femme réduite à la solitude, partagée entre le remord d'un passé marginal et son expectative du retour de son amant. Car depuis quatre années d'espérance, Ruth se retrouve aujourd'hui démunie, épuisée à l'idée de renouer contact avec un malfaiteur en fuite. Pendant son éducation maternelle auprès de sa fille, un shérif fouineur mais attentionné se rapproche de son désarroi avec une empathie toujours plus affectueuse. De son côté, si Bob réussit à se planquer chez un comparse, un gang de malfrats lancés à ses trousses s'empressent de lui faire la peau.
Dans une mise en scène circonspecte privilégiant la psychologie meurtrie du couple en déclin, David Lowery accorde beaucoup d'importance à ausculter leur état d'âme avec une sensibilité prude. A l'instar de sa nature crépusculaire où les visages marqués par la tristesse sont discrètement éclairés par quelques rayons de soleil. Traversé de quelques éclairs de violence fulgurantes, Les Amants du Texas met notamment en évidence l'anxiété du danger et celle de la mort, la prescience redoutée d'un destin fatalement tragique.


Les amants du regret 
Superbement interprété par des comédiens au charisme austère valorisant avec humanisme l'amertume du regret et l'espoir du bonheur conjugal, Les Amants du Texas est inscrit dans la pudeur d'une romance impossible. Un western poétique dédié à la mise en scène atmosphérique car rehaussé d'un climat envoûtant et d'une partition monocorde poignante. Au public de juger et de se laisser happer par sa grâce docile ou, à contrario, de s'en détacher, faute d'un rythme monotone qui ne pourra plaire à tous.  

20.12.13
Bruno Matéï

FLOP 15, 2013



1) 

2)


3)

Dans le désordre: 














BONUS !