jeudi 29 mai 2014

LE SOUFFLE DU DEMON (Dust Devil)

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Richard Stanley. 1992. Afrique du Sud. 1h29. Avec Robert John Burke, Chelsea Field, Zakes Mokae, John Matshikiza, Rufus Swart, William Hootkins.

Sortie salles France: 17 Mars 1993

FILMOGRAPHIE: Richard Stanley est un réalisateur et scénariste sud-africain né à Fishhook le 22 Novembre 1966.
1990: Hardware. 1992: Le Souffle du Démon. 1996: l'Ile du Dr Moreau (remplacé par John Frankenheimer). 2011: The Theatre Bizarre (segment: The Mother of Toads).


Introduction: Je ne vois pas pourquoi les gens attendent d'une oeuvre d'art qu'elle veuille dire quelque chose alors qu'ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien. David Lynch 

Il était une fois, à l'époque de la lumière rouge et du vent désertique, un homme comme nous. Jusqu'au jour où, par malheur, des ailes lui poussèrent. Et il s'envola comme un oiseau. 

A l'instar de son monologue introductif, on ne peut mieux définir le terme culte à une oeuvre aussi atypique que Le Souffle du Démon ! Déjà responsable de l'étonnant Hardware, un ovni post-apo au rabais inspiré de Terminator et à la photogénie crépusculaire déjà bien prégnante, le second film du sud-africain Richard Stanley se rapproche cette fois de l'onirisme cher à la Forteresse Noire de Michael Mann. Par son climat irréel chargé ici de couleurs ocres et sa partition musicale envoûtante, par l'expérience sensitive que procure les images et par la nonchalance des personnages combattant difficilement les forces du Mal. Dans une petite contrée sud-africaine, un mystérieux tueur sévit en s'en prenant aux victimes damnées. Jusqu'au jour où il fraye sur son chemin une jeune femme en rupture sentimentale. Tandis qu'un homme s'est lancé à sa trace pour essayer de l'anéantir, les deux amants vont échanger une étrange relation. 


Poétique, décousu, mystérieux, impénétrable, Le Souffle du Démon est conçu à la manière d'un rêve métaphysique dont le spectateur, perdu de ses repères, se sent irrésistiblement attiré. Par l'entremise de cette icône du Mal surgie de l'autre côté du miroir, Richard Stalney nous invite à une expérience spirituelle dénuée de logique. Au sein de ses plaines désertiques ou en amont de ce petit village enseveli par le sable, un démon à visage humain tente de s'approprier de la nature pour y laisser son empreinte par don surnaturel. Voué à tuer sans répit des quidams véreux afin de pouvoir transmuter et perdurer son itinéraire routier, Dust Devil (c'est ainsi qu'il se prénomme !) semble lui même la victime de son propre fardeau. Celui de se nourrir du mal des autres afin de pouvoir continuer de survivre au sein de notre au-delà terrestre ! Parmi ses ambitions diaboliques, une femme va devenir le fruit de son subterfuge avant qu'elle ne comprenne ses réelles motivations par l'entraide d'un chasseur de démon. A l'instar du bricolé Hardware, Richard Stanley renoue avec les mêmes failles pour son budget modeste et ses maladresses techniques, desservies ici par un montage sporadique partant dans tous les sens (du moins pour cette version cut d'1h24 !). Mais l'ambition du réalisateur bourrée de bonnes intentions et la sincérité de sa démarche de nous livrer un authentique film fantastique 1er degré honore finalement l'entreprise puisqu'il nous cristallise un trip ésotérique pour cette virée diabolique en compagnie d'un cowboy reptilien ! 


Entre western, fantastique et romance, Richard Stanley joue la carte de l'expérimental et de la métaphysique afin de nous plonger dans un rêve abscons irrésistiblement palpable. Par la beauté de ces images surnaturelles régies autour d'un désert solaire, par le charisme magnétique du démon à visage humain (on songe parfois au regard azur terriblement inquiétant de Rutger Hauer découvert dans Hitcher !) et par l'alchimie qui émane de son ambiance impénétrable, le Souffle du Démon est une expérience de cinéma, le chemin de croix d'un incube en quête de renaissance et d'amour ! 

Bruno Matéï
3èx

mercredi 28 mai 2014

CREATURES CELESTES (Heavenly Creatures). Grand Prix Gérardmer, 1995

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Peter Jackson. 1994. Allemagne/nouvelle-Zélande. 1h38. Avec Kate Winslet, Melanie Lynskey, Sarah Peirse, Diana Kent, Clive Merrison, Simon O'Connor, Jed Brophy.

Récompenses: Lion d'Argent à la Mostra de Venise, 1994
Grand Prix à Gérardmer, 1995.

Sortie salles France: 3 Juillet 1996. U.S: 16 Novembre 1994

FILMOGRAPHIE: Sir Peter Robert Jackson est un réalisateur, producteur et scénarise néo-zélandais, né le 31 Octobre 1961 à Pukerua Bay, North Island (Nouvelle-Zélande).
1987: Bad Taste. 1989: Les Feebles. 1992: Braindead. 1994: Créatures Célestes. 1995: Forgotten Silver. 1996: Fantômes contre fantômes. 2001: Le Seigneur des Anneaux. 2002: Les Deux Tours. 2003: Le Retour du Roi. 2005: King-Kong. 2009: Lovely Bones. 2012: Le Hobbit: un voyage inattendu. 2013: Le Hobbit: la Désolation de Smaug. 2014: Le Hobbit: Histoire d'un aller et retour.


En 1953-54, Pauline Yvonne Parker relata dans son journal son amitié avec Juliet Marion Hulme. Ceci est leur histoire vraie fidèlement reprise dans le journal de Pauline.

Auréolé du Lion d'Or à Venise et du Grand Prix à Gérardmer, Créatures Célestes fait presque figure d'ovni tant Peter Jackson déconcerte à allier lyrisme, poésie et tendresse sous couvert d'une tragédie baroque intentée au crime passionnel. L'action se situe en 1953 et prend pour cadre la charmante contrée bucolique de Christchurch, dans l'île sud Néo-zélandaise. Insolentes, anticonformistes et espiègles, Juliet et Pauline unissent leur point commun en se partageant une belle amitié durant leur étude scolaire. Au fil de leur intense relation et de leur passion vouée à l'opéra, les deux filles se réfugient dans des univers enchanteurs afin de s'évader de leur quotidienneté. Voyant d'un très mauvais oeil cette relation amicale trop possessive, les parents des deux adolescentes décident de les séparer. 


Totalement inspiré par ce fait-divers sordide que sa femme lui avait sollicité de porter à l'écran, Peter Jackson nous reconstitue ici une histoire d'amour atypique dans son caractère aussi obsessionnel que crapuleux. La mise en scène inventive suggérant les univers tantôt féeriques (château et jardins édéniques), tantôt baroques (les ténors d'opéra prenant vie sous la forme de patte à modeler !) que Juliet et Pauline matérialisent à travers leur imagination. Si de prime abord, il s'agit d'une liaison amicale inscrite dans l'utopie et la passion, l'amour saphique va finalement s'y installer, quand bien même l'autorité parentale y décidera d'y mettre un terme. Au passage, Peter Jackson en profite donc pour dénoncer l'homophobie à travers les personnages puritains du père de Juliet et du psychiatre de Pauline, car y voyant d'un oeil suspect une orientation sexuelle trop inaccoutumée. Dominés par les prestances transies d'émoi de Kate Winslet, Melanie Lynskey, les deux comédiennes insufflent avec enthousiasme fiévreux un tempérament aussi erratique et névrosé qu'attendrissant dans leur élan amoureux. Durant leur cheminement instable causé en partie par l'intolérance parentale, ces "inséparables" extériorisent une fragilité humaine inscrite dans la crise adolescente, le désarroi puis la folie. Car rapidement, une aura malsaine se dégage de leur profil psychologique parce que trop éprises d'une liaison possessive où la moindre idée de rupture leur provoque un marasme insurmontable ! C'est ce qui entraînera Pauline à la préméditation criminelle et qui incitera Juliet a y collaborer afin de retrouver un semblant d'illusion impartie à l'évasion et l'épanouissement. Ce drame inéluctable qui se profile à l'horizon, Peter Jackson le filme à la manière d'un suspense Hitchcockien terriblement oppressant dans l'expectative du meurtre à accomplir. Cru et sanglant, cet acte morbide perpétré par ces adolescentes névrosées bouleverse et épouvante dans leur acte suicidaire, sachant que l'issue sera inévitablement fatale pour leur défaite. 


Imprégné de lyrisme et de tendresse où les visions baroques se mêlent à l'onirisme enchanteur, Créatures Célestes dérange durablement par son odeur de souffre car il nous oppose à une descente aux enfers vertigineuse où l'amour passionnel converge au sacrifice morbide. Il en émane une oeuvre profondément cruelle et désespérée dans sa description pathologique d'une puissante amitié et d'un amour impossible ! 

Bruno Matéï
3èx




    mardi 27 mai 2014

    LES SEIGNEURS (The Wanderers)

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Cinemotions.com

    de Philip Kaufman. 1979. U.S.A. 1h56. Avec Ken Wahl, John Friedrich, Karen Allen, Toni Kalem, Alan Rosenberg, Jim Youngs, Tony Ganios.

    Sortie salles France: 12 Mars 1980. U.S: 4 Juillet 1979

    FILMOGRAPHIE: Philip Kaufman est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 23 Octobre 1936 à Chicago, Illinois (Etats-Unis).
    1965: Goldstein. 1967: Fearless Frank. 1972: La Légende de Jesse James. 1974: The White Dawn. 1978: L'Invasion des Profanateurs. 1979: Les Seigneurs. 1983: L'Etoffe des Héros. 1988: L'Insoutenable Légèreté de l'être. 1990: Henry et June. 1993: Soleil Levant. 2000: Quills, la plume et le sang. 2004: Instincts Meurtriers. 2012: Hemingway and Gellhorn (télé-film).


    On les appelle "les Seigneurs", leur rythme c'est la musique, les filles sont leur faiblesse, leur point fort, c'est leur force au combat.  
    Leurs ennemis sont les Baldies, les Bombers, les Wongs et les Ducky Boys. Indéniablement des troupes puissantes. 
    Mais "Les Seigneurs" sont les plus forts.  

    Film culte de plusieurs générations alors qu'aujourd'hui il est injustement occulté, les Seigneurs rend hommage au "film de bandes" avec une générosité et une tendresse sans égales. Hymne à l'insouciance d'une jeunesse avide d'aventures, de liberté et de fantaisies, Les Seigneurs se porte en témoignage d'une époque révolue, celle des années 60 baignant dans le Rock 'n' Roll et la Pop, la Soul et la vague yéyé, quand bien même toute la nation américaine pleure l'assassinat du président Kennedy en ce 22 Novembre 1963. L'action prend pour cadre le quartier du Bronx à travers la quotidienneté d'adolescents revanchards, en particulier ceux appartenant à la bande des Wanderers. De jeunes italiens issus de classe ouvrière passant leur temps à provoquer d'autres clans d'ethnie étrangère tout en courtisant les jeunes filles du samedi soir ! Alors qu'ils viennent d'avoir un accrochage avec les Bombers, Richie Gennaro et ses acolytes leur promettent un prochain lieu de rencontre sur un stade de foot. Au même moment, après une rixe avec les Baldies (la bande des cranes rasés dirigé par "Terreur" !), ils sont secourus in extremis par un nouveau venu plutôt mastard, Perry LaGuardia. Enfin, Richie doit aussi faire face à la jalousie de sa compagne depuis qu'il s'est laissé attendrir par le charme d'une ravissante inconnue lors d'une partie de boum-doudoune (peloter incidemment les seins de citadines !).


    Lorsque l'on redécouvre Les Seigneurs pour un énième visionnage, on est immédiatement frappé par la fraîcheur amicale qui se détache des personnages. Non seulement celle des Wanderers mais aussi celle des Baldies et des Bombers pour leur cohésion et leur zèle impartis à la bravoure ! Car outre le fait de rendre un vibrant hommage à l'époque iconique des sixties, Philip Kaufman porte notamment un témoignage au sens de la camaraderie et de la fraternité durant le passage de l'adolescence non exempte de malaise identitaire (la reconversion de Turkey chez les Baldies, la désillusion de Joey au sein du cocon familial en perdition). Ce moment puéril d'idéologie décomplexée où seuls compte les distractions de beuveries, de dragues improvisées, de parties de strip-poker et de bagarres de rues afin de se prouver que l'on garde le monopole de l'élite aux yeux des autres. Tous ces ados naïfs issus du prolétariat, le cinéaste nous les caractérisent avec une tendresse immodérée dans leur fragilité humaine impartie à une quête existentielle (Joey espère quitter la région pour fuir les maltraitances de son paternel !). Qui plus est, et à certaines reprises, le réalisateur adopte la rupture de ton pour insister sur le caractère sombre de situations de rixe (à l'instar du sort tragique réservé à Turkey !) lorsque les plus démunis d'entre eux sombrent dans une délinquance amorale. Je pense à la bande belliqueuse des Ducky Boys issus des ghettos les plus défavorisés et dénués de tout contact avec l'étranger (alors que bizarrement, ils se raccrochent à la religion pour communier dans une église et accepter l'hostie !). A travers le parcours contradictoire des Wanderers, Les Seigneurs consacre notamment toute une partie de notre propre jeunesse avec une intensité émotionnelle proprement bouleversante. A titre d'exemple, il suffit de se remémorer l'épisode des adieux échangés entre Perry, Joey et Richie pour se rendre compte de l'énorme empathie qu'on leur attribue dans leur divergence morale à se consacrer à un avenir meilleur. A travers ce départ précipité, Philip Kaufman brosse donc leur nouvelle initiation à la responsabilité après s'être opposé à une baston collective d'une rare férocité (la séquence confinée dans un stade de foot fait office d'anthologie épique par sa violence acerbe et le nombre de figurants déployés !) quand bien même Richie est sur le point de se marier en regrettant amèrement son ancienne idylle d'un soir !


    Une commémoration de l'adolescence
    Scandé par les tubes rock des sixties (on y croise Smokey Robinson, The Champs, The Volumes, Chantays, The Surfaris, The Four Seasons, Contours, Isley Brothers, Dion, Lee Dorsey, The Angels, Shirelles, Ben E. Kingk, rien que çà !!!), Les Seigneurs constitue un chef-d'oeuvre du "film de bandes" aussi galvanisant que ces illustres homologues, la Fureur de Vivre, les Rues de Feu et Les Guerriers de la Nuit. Un moment de cinéma nostalgique bourré d'énergie, de musiques et d'émotions, auquel la prestance terriblement attachante des comédiens renforce l'identification du spectateur ! A découvrir impérativement au moins une fois dans sa vie !  

    La critique des Guerriers de la Nuit (les): http://brunomatei.blogspot.fr/2013/04/les-guerriers-de-la-nuit-warriors.html
    La critique des Rues de Feu (les): http://brunomatei.blogspot.com/2011/11/les-rues-de-feu.html

    Dédicace à Christophe Krust Masson
    Bruno Matéï
    6è visionnage

    lundi 26 mai 2014

    LES SEVICES DE DRACULA (Twins of Evil)

                                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviecovers.com

    de John Hough. 1971. Angleterre. 1h27. Avec Peter Cushing, Kathleen Byron, Mary Collinson, David Warbeck, Damien Thomas.

    Sortie salles U.S: 8 Août 1972. Royaume-Uni: 3 Octobre 1971

    FILMOGRAPHIE: John Hough est un réalisateur anglais, né le 21 Novembre 1941 à Londres.
    1969: Wolfshead : The Legend of Robin Hood. 1970: Eyewitness. 1971: Les Sévices de Dracula. 1972: l'île au Trésor. 1973: La Maison des Damnés. 1974: Larry le dingue, Mary la garce. 1975: La Montagne Ensorcelée. 1978: Les Visiteurs d'un Autre Monde. 1978: La Cible Etoilée. 1980: Les Yeux de la Forêt. 1981: Incubus. 1982: Le Triomphe d'un Homme nommé Cheval. 1986: Biggles. 1988: Hurlements 4. 1988: American Gothic. 1989: Le Cavalier Masqué (télé-film). 1990: A Ghost in Monte Carlo (Télé-film). 1992: Duel of Hearts (télé-film). 1998: Something to Believe In. 2002: Bad Karma.


    Dernier volet de la trilogie Karnstein, Les Sévices de Dracula est réalisé au moment même où la Hammer est en perte de vitesse. Quoi de plus profitable donc que de surenchérir dans la violence et l'érotisme en recrutant deux pin-up issues du mag Playboy ! Dit comme cela, le film pourrait paraître réduit à l'objet de vulgarité, mais c'est sans compter sur la sensualité de ses jeunes actrices et le talent honorable d'un faiseur de série B pour redorer une oeuvre somme toute modeste. Tandis que Gustav Weil dirige de main de fer une confrérie de chasseurs de sorcières et impose sa terreur dans le village en immolant des filles innocentes, l'arrivée de ses nièces jumelles attire l'attention du comte Karnstein. Ce dernier menant une vie dissolue dans son luxueux château et se livrant à d'étranges rites sataniques afin d'implorer la résurrection de Mircalla Karnstein. 


    Efficacement réalisé par un John Hough débutant mais déjà prometteur, Les Sévices de Dracula doit son caractère ludique grâce au dynamisme de son récit multipliant péripéties et rebondissements. En opposant le fanatisme religieux avec le vampirisme, John Hough rivalise de cruauté pour dénoncer les actes gratuits d'un groupuscule fondamentaliste et les caprices d'un comte omnipotent avide de chair et de sang ! Une manière habile d'ironiser également sur les exactions grotesques de son inquisiteur, persuadé qu'il condamne sur le bûcher d'authentique sorcières, alors qu'un vrai vampire aristocrate impose ses sévices sanglants sur le cou des jeunes villageoises ! Mais l'intérêt majeur du film provient inévitablement de la présence oh combien lascive des soeurs jumelles, successivement incarnées par Mary et Madeleine Collinson. Sans jamais verser dans la trivialité, les comédiennes novices réussissent à imposer une présence ensorcelante dans leur beauté juvénile, quand bien même le cinéaste les filment avec une ténuité suggérée (décolleté voluptueux, nuisettes transparentes à l'appui !). Pour autant, ces anciennes égéries de Playboy parviennent à insuffler un jeu convaincant dans leur relation antinomique basée sur la pudeur et l'effronterie (Maria est timide et introvertie alors que Frieda est attisée à courtiser le mâle dominant !). En jouant sur une certaine notion de suspense quand au sort réservé à la seconde soeur (la première étant malencontreusement tombée sous le coup de la damnation vampirique !), John Hough exacerbe sa dernière partie et converge à une course poursuite sanglante entre la confrérie de Gustav Weil et le baron Karnstein ! Pour clore, on ne peut occulter la présence toujours aussi charismatique du gentleman de l'horreur, Peter Cushing, faisant preuve ici d'une personnalité antipathique pour mettre en évidence l'autorité opiniâtre d'un intégriste aveuglé par sa foi, mais d'en payer ensuite le lourd tribut !


    Si les Sévices de Dracula ne réserve pas vraiment de surprises et fait parfois preuve d'incohérences (qu'en est-il de la présence de la comtesse Mircalla Karnstein entraperçue en préambule, par qui a été mordu la première victime ?), l'efficacité vigoureuse de sa réalisation, son soin formel et surtout le charme envoûtant des soeurs Collinson réussissent humblement à honorer la firme anglaise !

    Dédicace à Eugène Rocton
    Bruno Matéï
    3èx

    vendredi 23 mai 2014

    THE SACRAMENT. Prix du Jury Syfy, Gérardmer 2014.


    de Ti West. 2013. U.S.A. 1h41. Avec Amy Seimetz, Joe Swanberg, Kate Lyn Sheil, AJ Bowen, Cal Johnson, Gene Jones, Kentucker Audley.

    Récompense: Prix du Jury Syfy, Gérardmer 2014.

    Sortie salles France: Prochainement...

    FILMOGRAPHIE: Ti West est un réalisateur, producteur, éditeur et scénariste américain né le 5 Octobre 1977.
    2001: The Wicked. 2005: The Roost. 2007: Trigger Man. 2009: Cabin Fever 2. The House of the Devil. 2010: Perdants Take All. 2011: The Innkeepers. 2013: The Sacrament.


    Vice est une entreprise multimédia new-yorkaise qui se polarise sur l'information, l'art et la culture à l'internationale. La compagnie, qui existe dans plus de 34 pays, est connue pour couvrir des sujets agressifs et controversés, passés sous silence par les mass media. Ce journalisme d'un nouveau genre offre un contenu à la fois captivant et original qu'on désigne sous l'appellation, "Immersionnisme".

    Inspiré du suicide collectif du "Temple du Peuple" ordonné par le révérend Jim Jones (de son vrai nom, James Warren Jones) au cours duquel 908 de ces membres périrent par empoisonnement; The Sacrament relate l'expédition journalistique de trois hommes au sein d'une confrérie religieuse située à Eden Parish. Inquiet de l'état de santé de sa soeur qu'il soupçonne d'avoir infiltré une secte, Patrick décide de se rendre sur place pour la rencontrer avec l'entraide de ces comparses. Sur place, ils découvrent une étrange communauté que sa soeur aiguille parmi l'autorité faussement rassurante d'un gourou.


    A l'aide du procédé en vogue du Found Footage, le réalisateur Ti West nous immerge ici dans l'isolement d'un Eden bucolique parmi la présence d'une confrérie catholique mais auquel des geôliers armés surveillent dès l'entrée toute intrusion illégale ! Avec le réalisme du docu-vérité, la première partie nous présente de manière scrupuleuse la quotidienneté de ces citadins coexistants en harmonie parmi l'allégeance de leur "père". Un prêtre conservateur prêchant uniquement la bonne parole, tolérance et respect d'autrui dans une discipline drastique. Après l'avoir interviewé, nos trois journalistes finissent par comprendre que ce dernier n'est autre qu'un dangereux fanatique ayant une mainmise perfide sur sa population. La manière dont Ti West réussit à véhiculer un climat anxiogène au sein de cette étrange communauté nous plonge dans un malaise latent qui ira crescendo au fil de l'investigation de nos trois héros. Soucieux d'être au plus près de la réalité, d'où la fonction de la caméra portée à l'épaule, le réalisateur nous plonge dans le "reportage" afin de scruter le comportement interlope de ces adeptes. Ce portrait alloué à cette population lobotomisée et la caractérisation effrayante que Ti West projette sur son gourou (l'acteur Gene Jones possède un charisme magnétique terriblement impressionnant !) fait froid dans le dos puisqu'ici la cause de Dieu est rattachée à une idéologie sectaire fondée sur le culte, le repli et l'exil. L'aura malsaine qui s'y dilue dans l'air, ce trouble sentiment d'insécurité que nos journalistes perçoivent vont notamment s'exacerber avec les allégations de quelques adeptes suppliant en dernier ressort leur assistance. La seconde partie, confinée à une descente aux enfers, nous exprime un sentiment de marasme parmi le témoignage de masse d'un suicide inconscient ! Impitoyable et nauséeux, Ti West n'hésitant pas à enfoncer le clou de l'effroi face à la résultante de ce carnage planifié et auquel le sentiment d'injustice ne nous laisse pas indemne pour l'impuissance des victimes !


    Si la mise en scène aurait gagné à être un peu mieux maîtrisée et que le jeu de certains acteurs s'avère perfectible, The Sacrament réussit à provoquer une terreur psychologique des plus tangibles face à l'exploitation du fait-divers ! Ce brûlot contre le fanatisme religieux, l'intégrisme et l'endoctrinement s'avère d'autant plus effarant qu'il s'inspire avec beaucoup de précision d'un authentique génocide sectaire ! (voir ci-dessous !).

    Bruno Matéï


    La véritable histoire du "Temple du Peuple" (info wiki): 
    James Warren Jones (né le 13 mai 1931 à Crete dans l'Indiana, aux Etats-Unis - mort le 18 Novembre 1978 à Jonestown au Guyana) est le fondateur et pasteur du groupe religieux d'inspiration protestante: le "Temple du Peuple" dont il a fait le siège d'une lutte pour l’égalité raciale et la justice sociale qu’il appela « socialisme apostolique » et dont la communauté établie au Guyana a parfois été considérée, à l'origine, comme un projet agricole communiste avant d'être le lieu d'un massacre et finalement désignée comme l'archétype de la secte dangereuse.
    Jim Jones est à l’origine d’une des dérives religieuses les plus connues de l’Histoire ayant provoqué un traumatisme à l’échelle mondiale. Sa communauté connut une fin tragique le 18 Novembre 1978 à Jonestown908 personnes périrent par ingestion de cyanure de potassium ou assassinat.

    Biographie
    James Jones est le fils de James Thurman Jones et Lynetta Putnam. Il se disait descendant d'indiens Cherokees par sa mère.
    En 1951, il est brièvement affilié au Communist Party USA.
    Son intérêt pour la religion apparaît tôt dans son enfance et, dès la fin de ses études, songe à fonder sa propre Église qu’il appelle tout d’abord « Les ailes de la délivrance » avant de la baptiser "Temple du Peuple". Le premier siège de son Église fut établi à Indianapolis.
    En 1964, Jim Jones est ordonné pasteur d’une congrégation protestante importante, « les disciples du Christ », une Église qui traite les noirs avec le même respect que les blancs. Il commence alors à s’engager dans une lutte pour l’égalité raciale et la justice sociale sur l'exemple de l'International Peace Mission de Father Divine. Dès le début des années 1960, il adopte des enfants de différentes races qu'il appelle sa « rainbow family » (famille arc-en-ciel). Bien que les adeptes de son Église n'en soient pas toujours conscients et que ses sermons ne sont pas toujours explicites sur le sujet, Jones se dit maoïste et s'identifie à Karl Marx au point de vouloir créer sa propre « forme de marxisme », qu'il appelle finalement « socialisme apostolique ». Il est cependant considéré plus comme un fondamentaliste protestant que comme un marxiste, avant d'être un des premiers personnages de l'histoire religieuse contemporaine à être qualifié de gourou dans le sens donné ensuite par les organismes de lutte antisectes.
    Il déménage son Église à Redwood Valley, en Californie, lieu que Jim Jones disait être un des rares qui pourrait résister à un holocauste nucléaire.
    Son premier livre, La lettre tue (de « la lettre tue mais l’esprit vivifie » de l’apôtre Paul, tiré de la Bible) souligne ce qu’il considère être des contradictions, des absurdités et des atrocités dans la Bible, tout en parlant également de ce qu’il analyse comme étant de « grandes vérités ».

    La chute

    Une vue des bâtiments de la communauté à Jonestown.

    Cette phase politico-religieuse lui attire des sympathies de diverses personnalités à l'époque, qui modifient le comportement de Jones, à mesure qu'il prend conscience de son propre charisme. Il se fait alors appeler « Père » par les membres de son Église. Il commence à cette époque à affirmer qu’il est l’incarnation de Jésus, d’Akhénaton, de Bouddha ou de Lénine et il accomplit de prétendus miracles pour attirer de nouveaux disciples. À cette époque, Jim Jones est encore très respecté, y compris par des personnalités politiques et artistiques de premier plan (dont Rosalyn Carter, épouse du Président des États-Unis de l'époque), en partie à cause de cette Église d’exception qu’il a fondée, composée de noirs et de blancs et soutenant les nécessiteux, mais surtout pour le soutien dans leur carrière politique qu'il leur apporte en retour .
    C’est à l’été de 1977, alors que la communauté vient de subir un contrôle fiscal, que Jones et les 900 membres du Temple du Peuple déménagent au Guyana dans le but déclaré de créer une communauté agricole utopique au milieu de la jungle, près de Port Kaituma, dépourvue de racisme et fondée sur les principes du socialisme. Il baptise le village de son propre nom : « Jonestown ». L’autorité de Jones aurait commencé à diminuer à cette époque, entre autres raisons à cause de sa dépendance à la drogue.

    Le massacre de Jonestown

    Leo Ryan.

    En novembre 1978, le représentant Leo Ryan est envoyé mener une enquête dans la communauté à la suite de plaintes déposées par des proches de membres du Temple du Peuple, concernant des conditions de vie enfreignant potentiellement les Droits de l'homme et en particulier à cause du fait que le village serait géré comme un camp disciplinaire. Le 15 novembre 1978, il arrive sur les lieux accompagné de reporters de NBC et du Time et d'un cameraman. Il passe alors trois jours à interviewer les résidents. Certains membres de la communauté expriment le souhait de ne plus y rester et forment alors ce qui fut appelé « le groupe de Ryan ».
    Le matin du samedi 18 novembre, le groupe de Ryan cherche à quitter les lieux lorsqu’un homme de la communauté agresse Leo Ryan avec un couteau. Le groupe de Ryan, composé de quinze membres de la communauté ayant demandé à l'accompagner, se précipite alors vers l’avion dans une tentative de fuite. D'autres membres de la communauté fidèles à Jones prennent alors un camion pour rejoindre le lieu du décollage et font feu sur le groupe qui commence à prendre place dans l’avion, tuant aussitôt Leo Ryan et 5 autres personnes (le caméraman, le reporter de NBC, un photographe et un des membres de la communauté qui souhaitait partir), avant de retourner au village.
    Plus tard, dans la même journée, 908 habitants de la communauté, dont plus de 300 enfants, meurent dans ce qui fut appelé « un suicide collectif ». Quatre autres corps, ceux d'une mère et de ses trois enfants, ont également été retrouvés à la maison du Temple du Peuple à Lamaha Gardens à Georgetown. En raison de l'état de décomposition avancé des corps quand ils ont finalement été récupérés, de l'impossibilité d'identifier certains d'entre eux et du fait que les familles, par pauvreté ou par honte, ne sont pas venu les réclamer, 408 d'entre eux furent enterrés dans une fosse commune au cimetière d'Evergreen à Oakland.


    Le personnel militaire transporte les corps après le massacre.

    Cependant, une part de mystère subsiste à ce jour quant à la thèse du suicide collectif et à son déroulement, en particulier parce que toutes les personnes ne sont pas mortes volontairement (plusieurs ont été abattues par des armes à feu ou des flèches). La majeure partie des membres a cependant ingurgité un mélange mortel de jus de raisin mélangé à du cyanure et des somnifères. Les enfants se seraient fait injecter le poison en premier. Selon certaines sources, le suicide collectif aurait même été préparé de longue date au cours de simulations appelées « nuits blanches » (jusqu'à 100, selon les sources). Jones est retrouvé mort assis sur une chaise, une balle dans la tête, le pistolet à quelques pas de lui sans qu'il ait pu être déterminé s'il s'agissait d'un meurtre ou d'un suicide. Selon les sources, 167 membres de la communauté ont survécu à cet épisode, 87 si on ne compte que ceux qui étaient présents le jour du massacre.
    Ces divers assassinats mêlés à la thèse du suicide collectif et aux manquements des services médicaux ont suscité diverses thèses parallèles pour expliquer l'affaire. Une d'entre elle prétend, par exemple, que la CIA (voir Projet MK-Ultra), avec plus ou moins la complicité de Jim Jones, se serait servie de la communauté de Jonestown pour faire des expérimentations médicales secrètes.
    Il n’existe aucune image de l’évènement, mais le FBI produisit un enregistrement de 45 minutes appelé « Death Tape » qui rapporterait ce qui s’est passé pendant la tuerie et en particulier le dernier discours de Jim Jones. On l'entend dire : « ne soyez pas effrayés de mourir (…), la mort est une amie ».
    « Death Tape »
    Sur la bande audio, Jones dit aux membres de sa communauté que l'Union soviétique, avec laquelle il avait préalablement négocié un exil, ne les accueillerait plus à cause de l'assassinat de Ryan. La perspective était de voir des hommes « parachutés » et « tuer [les] enfants innocents » ou « torturer les membres de la communauté, les plus âgés ». Dans ces conditions, Jones et d'autres membres de la communauté déclarèrent qu'ils devaient commettre un « suicide révolutionnaire » en buvant un breuvage au cyanure mêlé à des somnifères. Christine Miller, une adepte de la communauté, exprime son désaccord au début de la bande. D'autres membres se mettent à pleurer. Jones leur déclare : « arrêtez cette hystérie, ce n'est pas ainsi que les socialistes et les communistes meurent. Nous devons mourir avec dignité ». Jones dit alors : « N'ayez pas peur de mourir, la mort est juste le passage vers un autre plan, la mort est une amie ». À la fin de la bande, Jones conclut : « nous commettons un acte de suicide révolutionnaire en protestation contre les conditions de ce monde inhumain ».

    Les instructions du 16 octobre 1978
    Jim Jones diffusait des instructions quotidiennes par haut-parleur à la communauté ou par écrit. Dans les instructions qui ont été retrouvées du lundi 16 octobre 1978, soit un mois avant le massacre, Jim Jones a diffusé un document écrit dont plusieurs passages concernant le suicide sont soulignés.« Toute personne qui aurait le désir de se suicider doit donner son nom à la salle de radio parce qu'un tel acte serait une chose grave et dangereuse pour vous-même (...) N'oubliez pas que lorsque vous tentez de vous suicider, quand vous voulez endommager votre corps, celui-là même qui pourrait nous permettre de lutter contre notre ennemi commun (ndt les capitalistes), vous utilisez l'énergie de Jim Jones alors qu'elle pourrait être utilisée contre l'ennemi (...) Le suicide est stupide et un gaspillage de votre potentiel. Pensez à ce que vous pourriez accomplir si au lieu de retourner cette violence contre vous, vous la dirigiez vers l'ennemi (...) si vous vous sentez suicidaire, écrivez-moi, peut-être pourrai-je retirer vos tensions»
    Ces propos en contradiction totale avec ceux du 18 novembre et le suicide collectif qui en a résulté ont été analysés de différentes manières. La thèse la plus partagée est qu'à cette époque, Jones souhaitait encore que tous les membres de la communauté restent en vie pour « lutter contre l'ennemi », même si la mention, dans une autre instruction, que les personnes suicidaires pourraient « recevoir un tranquillisant pour les aider » a parfois été interprétée comme un message ambigu, prémonitoire du mélange de tranquillisants et de cyanure qui allait être absorbé le mois suivant.

    jeudi 22 mai 2014

    L'EPREUVE DE FORCE (The Gauntlet)

                                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Clint Eastwood. 1977. U.S.A. 1h49. Avec Clint Eastwood, Sondra Locke, Pat Hingle, William Prince, Bill McKinney, Michael Cavanaugh.

    Sortie salles France: 5 Avril 1978. US: 21 Décembre 1977

    FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie.
    1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un  Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper.


    Alors que les trois premiers volet de l'Inspecteur Harry (Harry le salopard pour les intimes !) viennent de triompher sur les écrans et révéler une nouvelle icône héroïque, Clint Eastwood casse son image de flicard expéditif avec l'Epreuve de Force. Chargé par son supérieur d'accompagner une jeune prostituée faisant office de témoin lors d'un procès, l'inspecteur Ben Schockley doit se confronter à la corruption policière et la mafia pour l'empêcher d'accéder au tribunal. C'est le début d'une longue course-poursuite que notre duo va devoir sillonner à travers les routes bucoliques de l'Arizona.


    Modèle du film d'action réputé pour son fameux canardage final faisant figure d'anthologie (8000 munitions sont déchargées sur la carrosserie d'un autocar blindé !), l'acteur investit cette fois-ci la double fonction d'acteur et de réalisateur parmi l'entremise de sa compagne d'alors, Sondra Locke. A eux deux, ils forment un tandem des plus obtus dans leur discorde sexiste, sachant qu'ici une jeune prostituée ne va avoir de cesse de tenir tête au machisme d'un flic alcoolique et violent. C'est donc ici un policier à contre-emploi que nous taille Clint Eastwood afin de mettre en exergue son initiation courageuse pour se prouver qu'il n'est pas un raté comme sa compagne et ses supérieurs le laissent sous-entendre. Grâce au caractère bien trempé de cette catin d'apparence vulgaire, mais oh combien perspicace et entreprenante, il va pouvoir se remettre en question et se rétablir une confiance en envisageant une mission périlleuse. A travers l'étude de caractère de ce couple en apprentissage, Clint Eastwood illustre également leur ascension amoureuse par l'intermédiaire de leur confiance et leur cohésion mais aussi leur bravoure impartie à contrecarrer la police et la mafia durant leur périple. Impeccablement construit, le scénario alterne donc moments intimistes et action explosive dans une verve de réparties cocasses que n'aurait pas renié Tarantino ! Quand à l'épisode final alloué au baroud-d'honneur, il fait office de grand moment de cinéma lorsque le couple tente de pénétrer dans l'enceinte de la ville à l'aide d'un bus customisé pour défier les barrages policiers ! Ultra spectaculaire dans ses fusillades incessantes assénées au mastodonte, d'une intensité inouïe dans son impact apocalyptique et sa rigueur du montage, cette ultime épreuve de force nous laisse le souffle coupé !


    Jouissif et endiablé dans son aventure périlleuse, cocasse mais aussi parfois violent (la scène de viol ne prête pas à plaisanter !)l'Epreuve de Force reste une référence du genre en terme d'esbroufe et une peinture passionnante sur l'évolution humaine de ces personnages. Clint Eastwood accordant autant d'intérêt à retranscrire le superbe portrait d'un couple en quête de légitimité et d'égalité des sexes.  

    Bruno Matéï
    3èx

    mercredi 21 mai 2014

    PSYCHOSE 2 (Psycho 2)

                                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site projectdeadpost.com

    de Richard Franklin. 1983. U.S.A. 1h53. Avec Anthony Perkins, Meg Tilly, Vera Miles, Robert Loggia, Dennis Franz, Hugh Gillin.

    Sortie salles France: 20 Juillet 1983. U.S: 3 Juin 1983

    FILMOGRAPHIE: Richard Franklin est réalisateur et producteur australien, né le 15 Juillet 1948 à Melbourne (Australie), décédé le 11 Juillet 2007.
    1972: Belinda. 1973: Loveland. 1975: The True Story of Eskimi Nell. 1976: Fantasm. 1978: Patrick. 1981: Déviation Mortelle. 1983: Psychose 2. 1984: Cloak and dagger. 1986: Link. 1991: FX 2, effets très spéciaux. 1994: Un Agent très spécial (télé-film). 1995: Hotel Sorrento. 1996: Brillliant Lies. 1997: One way Ticket (Télé-film). 1999: Le monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle: la découverte (télé-film). 2003: Visitors.


    Confectionner une suite 22 ans après une pièce fondatrice de l'épouvante était aussi risqué qu'inutile tant le modèle d'Hitchcock se suffisait à lui même. Une gageure suicidaire que Richard Franklin (habile faiseur beaucoup trop méconnu !) relève pourtant avec adresse dans la construction d'un scénario machiavélique peu avare en coups de théâtre. 22 ans après avoir été interné, Norman Bates ressort libre de l'asile psychiatrique car aujourd'hui considéré comme saint d'esprit. Après avoir trouvé un petit boulot de serveur dans un snack, il décide de reprendre la direction du motel et reloge à la maison de sa mère. Alors que la clientèle se fait discrète, il décide de venir en aide auprès d'une jeune fille sans-logis et l'invite à l'héberger dans sa propriété. Mais d'étranges évènements ne vont pas tarder à bousculer la tranquillité de Norman !


    Thriller à suspense et slasher en vogue se télescopent dans Psychose 2, série B d'apparence éculée pour son premier acte mais louablement retorse quand à la tournure des évènements à venir. Alors que d'étranges appels téléphoniques ébranlent la fragilité de Norman et qu'un nouveau meurtre vient d'être perpétré, sa schizophrénie semble reprendre l'avantage parmi la hantise de sa mère ! Avec l'aimable soutien d'une jeune serveuse (Meg Tilly retransmet sobrement douceur et tendresse auprès du désarroi de Norman), il se réconforte tant bien que mal auprès de son amitié afin de pouvoir refréner ses anciennes pulsions meurtrières. En jouant sur l'ascension psychotique de Norman et sur l'autre éventualité d'un mystérieux meurtrier, Richard Franklin insuffle dans sa première partie un suspense assez routinier jusqu'à ce qu'un rebondissement ne vienne relancer l'intrigue. A partir d'une idée de conspiration, le réalisateur réussit à nous convaincre de cette révélation tout en exploitant savamment rebondissements et coups de théâtre (le final s'avère rondement palpitant dans son lot de situations alarmistes et cruelles où les protagonistes sont sévèrement châtiés). Avec dérision macabre (le pauvre Norman est décidément victime de sa malédiction familiale quand bien même l'épilogue nous provoque un rire nerveux !) et un vrai sens du suspense quand à débusquer l'identité du coupable, Psychose 2 réussit à contenir l'intérêt dans une tension en crescendo aux quiproquos sardoniques (victime et meurtrier vont s'inverser les rôles !). Qui plus est, l'attachement que l'on accorde au duo Norman Bates / Mary Loomis nous permet de nous impliquer dans leur intimité avec empathie. D'ailleurs, la superbe mélodie de Jerry Goldsmith renforce le côté fragile de leur complicité en demi-teinte (Mary est aussi attendrie qu'effrayée pour guérir de ses névroses Norman !). Quand au mode opératoire du slasher, et sans doute pour contenter la nouvelle génération, une certaine violence graphique est imposée à deux meurtres particulièrement acerbes dans l'effet gore recherché (tel ce long couteau planté en pleine bouche d'une victime !).


    Si Psychose 2 laissait craindre une suite au rabais uniquement vouée à renflouer les caisses, c'était sans compter sur le talent d'un artisan de série B pour confectionner un solide scénario chargé d'ironie macabre et de savoureux clins d'oeil (à l'instar de l'aimable participation de Vera Miles !). Campé avec sincérité par un Anthony Perkins toujours inquiétant et susceptible (alors qu'à la base, il ne souhaitait pas rempiler la combinaison du tueur !) et le charme timoré de Meg Tilly, cette séquelle réussit honorablement à éviter la redite sans esprit de cynisme.  

    La Chronique de Psychosehttp://brunomatei.blogspot.fr/2015/06/psychose.html

                             Psychose 3: http://brunomatei.blogspot.fr/2016/08/psychose-3.html

    Dédicace à Gérald Shub-Niggurath
    Bruno Matéï
    5èx



                                                  

    mardi 20 mai 2014

    LINK. Prix Spécial du Jury, Avoriaz 86.

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site backtothemovieposters.blogspot.com

    de Richard Franlin. 1986. Angleterre. 1h50. Avec Elisabeth Shue, Terence Stamp, Kevin Lloyd, Steven Garnett, David O'Hara, Joe Belcher.

    Sortie salles France: 5 Mars 1986

    Récompense: Prix Spécial du Jury, Avoriaz 1986

    FILMOGRAPHIE: Richard Franklin est réalisateur et producteur australien, né le 15 Juillet 1948 à Melbourne (Australie), décédé le 11 Juillet 2007.
    1972: Belinda. 1973: Loveland. 1975: The True Story of Eskimi Nell. 1976: Fantasm. 1978: Patrick. 1981: Déviation Mortelle. 1983: Psychose 2. 1984: Cloak and dagger. 1986: Link. 1991: FX 2, effets très spéciaux. 1994: Un Agent très spécial (télé-film). 1995: Hotel Sorrento. 1996: Brillliant Lies. 1997: One way Ticket (Télé-film). 1999: Le monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle: la découverte (télé-film). 2003: Visitors.


    Hit vidéo des années 80 déjà réputé par son Prix Spécial du Jury à Avoriaz, Link emprunte la thématique du singe tueur sous le moule de la série B. A juste titre, car ce slasher simiesque rondement mené ne démérite pas dans son originalité et l'efficacité d'une mise en scène aussi nerveuse qu'inventive. Une étudiante en zoologie est engagée comme stagiaire au sein de la villa du professeur Phillip. A l'arrivée, elle fait la connaissance de deux chimpanzés et de l'orang-outang, Link, faisant office de majordome. Après avoir passé une première journée houleuse parmi l'autorité acariâtre de son propriétaire, Jane Chase se retrouve isolée dans sa demeure en son absence inexpliquée. Toujours plus inquiète, elle finit par se rendre à l'évidence qu'un incident a intenté à la vie du professeur et doit se confronter à l'hostilité toujours plus insolente de Link.


    Divertissement intelligent dénonçant l'exploitation de l'homme sur le primate à des fins scientifiques (ce dernier pourra-il un jour transcender l'intelligence de l'homme ?), Link renouvelle les codes du slasher et du survival avec une vitalité inspirée. De par la vigueur d'une réalisation virtuose multipliant travellings aériens et exploitant à merveille les recoins du huis-clos, par la construction d'une dramaturgie toujours plus oppressante et par l'interprétation spontanée de la débutante Elisabeth Shue. Mais la grande réussite de ce jeu du chat et de la souris intenté entre une jeune fille et un singe provient inévitablement de la présence inquiétante de ce dernier. Link, orang-outang en pleine ascension de maturité, décide de se rebeller et de se venger de l'autorité de son maître après avoir décelé qu'il était voué au sacrifice. La manière subtile dont Richard Franklin inculque le jeu de la comédie auprès de l'animal s'avère véritablement troublante puisque ce dernier véhicule une présence particulièrement ombrageuse par son regard sournois et son comportement autonome livré à la provocation (il est accoutré d'un costard et fume le cigare afin de mieux dévoiler sa suprématie !). Retranchée dans la grande propriété, Jane Chase va donc devoir user de stratagème et de persévérance afin de se défendre contre son autorité meurtrière. L'intrigue habilement structurée distille de prime abord un climat d'inquiétude lattent lorsque l'héroïne doit démystifier l'absence prolongée du professeur et assurer le maintien de l'ordre parmi l'insolence des trois primates. C'est après avoir compris le caractère frondeur et nuisible de Link qu'un jeu perfide de domination va s'installer entre les deux adversaires, quand bien même quelques invités surprises feront les frais de leur soudaine intrusion. L'action s'avérant ensuite toujours plus effrénée, criminelle et intense du fait de l'agressivité toujours plus véloce de l'animal envers l'étranger.


    Conçu sur le caractère palpitant du survival multipliant sans répit péripéties et chausse-trappes, Link adopte la franchise du divertissement avec efficacité, originalité et intelligence. Son caractère irrésistiblement ludique est notamment scandé par le score de Jerry Goldmisth, privilégiant les accents fantaisistes afin d'ironiser sur la prédominance du tueur simiesque. 

    Bruno Matéï
    4èx  



    lundi 19 mai 2014

    LE DERNIER TESTAMENT (Testament)

                                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site t411.me

    de Lynne Littman. 1983. U.S.A. 1h34. Avec Jane Alexander, William Devane, Rossie Harris, Roxana Zal, Lukas Haas, Philip Anglim, Lilia Skala.

    FILMOGRAPHIE: Lynne Littman est une réalisatrice, scénariste et productrice, née le 26 Juin 1941 à New-York, USA.
    1973: In the Matter of kenneth. 1980: Once a Daughter. 1983: Le Dernier Testament. 1999: Freak City (télé-film). 1999: Having our say: the delanys sister's 100 years (télé-film).


    Sorti la même année que Le Jour d'Après, Le dernier Testament prend le contre-pied du trauma post-apo de Nicholas Meyer pour décrire les effets collatéraux d'une bombe nucléaire sur la population civile. Car ici, point de catastrophe spectaculaire et de visions morbides de victimes décharnées sous les effets radioactifs, Lynne Littman optant la sobriété afin de mettre en valeur le caractère humain de sa tragédie. Dans une petite banlieue de San Francisco, les habitants sont soudainement avertis d'un message télévisuel leur indiquant que des engins nucléaires viennent d'exploser sur leur territoire. Une mère de famille, dont l'époux vient de s'absenter, tente de préserver ses enfants quand bien même le nombre de victimes commence à progresser.


    Inédit en Dvd, Le Dernier Testament est une modeste production aussi méconnue que l'identité de sa réalisatrice mais qui s'avère pourtant digne d'intérêt dans sa puissance dramatique. En privilégiant à tous prix la force de suggestion réfutant l'esbroufe, Lynne Littman dénonce les effets dévastateurs de la bombe nucléaire avec une pudeur émotive qui force le respect. Car ici point de pathos pour nous bouleverser d'une situation aussi catastrophiste (bien que cette bourgade de San Francisco n'ait jamais été directement touchée par une explosion !) mais une retenue à imposer un sentiment de désespoir inscrit dans la constance et la décence. Ce qui intéresse surtout l'auteur, c'est le cheminement courageux d'une mère de famille pour préserver la vie de ses trois enfants avec son refus de s'y morfondre quand ses proches sont voués à l'inévitable. A travers son destin galvaudé, la réalisatrice brosse un superbe portrait maternel où accablement et lutte pour l'espoir ne cessent de s'entrechoquer. Car rendue garante depuis l'absence professionnelle de son mari, Carol va tenter de relever tous les défis moraux pour survivre après les effets secondaires de la radiation. En jouant la carte de l'intimisme, Lynne Littman nous fait également pénétrer dans la loyauté de cette famille parmi la responsabilité infantile car y accordant une belle place pour leur solidarité. Qui plus est, ce qu'il y a d'inévitablement bouleversant et implacable dans cette tragédie, c'est d'observer de manière impuissante le calvaire psychologique d'une mère toujours plus accablée par la mort de sa progéniture Et de compter sur le souvenir, la foi (après l'avoir dénigré !), la filiation, le soutien, et surtout la fermeté afin de tolérer pareil fardeau.


    Bouleversant et remarquablement interprété (Jane Alexander force l'admiration dans son épreuve de force interminable !); Le Dernier Testament est un réquisitoire contre l'holocauste nucléaire inscrit dans la pudeur et la dignité humaine. Une oeuvre modeste mais fragile qu'il faut impérativement redécouvrir pour juger de son intensité émotionnelle et sa simplicité narrative allant droit à l'essentiel. 

    Bruno Matéï
    3èx

    vendredi 16 mai 2014

    OUT OF ORDER... En dérangement. (Abwärts)

                                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site moviepostershop.com

    de Carl Schenkel. 1984. Allemagne. 1h27. Avec Götz George, Wolfgang Kieling, Hannes Jaenicke, Kurt Raab, Jan Groth, Claus Wennemann, Ralph Richter, Renée Soutendjik, Ekmekyemez Fierdevs.

    Sortie salles France: 23 Janvier 1985 (13 Février 1985 selon d'autres sources)

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Carl Schenkel est un réalisateur et scénariste allemand, né le 8 Mai 1948 à Berne, Switzerland, décédé le 1er Décembre 2003 à Los Angeles, Californie, USA.
    1979: Graf Dracula in Oberbayern. 1981: Kalt wie Eis. 1984: Out of Order. 1992: Face à face. 1995: Terror Clinic. 1998: Tarzan et la cité perdue. 2001: Le crime de l'Orient Express (télé-film).


    Sorti un an après l'Ascenseur de Dick Maas, Out of Order exploite le même décor restreint mais en l'étalant sur une durée d'1h30 et sans l'argument du fantastique. Un couple, un comptable et un jeune marginal se retrouvent coincés dans un ascenseur le temps d'une soirée. L'alarme n'étant pas déclenchée et ne voyant pas les secours arriver, deux d'entre eux décident de grimper au dessus de la cage pour accéder au périmètre des câbles. Rapidement, les esprits vont s'échauffer quand bien même leur situation de survie s'avère de plus en plus alarmiste. C'est une forme de pari Hitchcockien que s'est lancé le cinéaste allemand Carl Schenkel avec ce huis-clos intense jouant autant sur la claustrophobie de son unique décor que sur la rivalité psychologique des protagonistes. En particulier celui de deux individus au milieu social opposé, un publicitaire et un chômeur, n'ayant de cesse de se provoquer verbalement afin d'imposer leur mainmise.


    L'ancienne maîtresse du pubard est également à l'origine de leur discorde puisque facilement attendrie par l'autorité rebelle du jeune délinquant. La jalousie, la rancoeur et le sentiment de supériorité vont être les vecteurs pour les deux adversaires à se combattre moralement et physiquement jusqu'à ce qu'un incident capital ne vienne dramatiser la situation. En prime, et pour pimenter l'intrigue, le témoin le plus discret, un comptable sexagénaire, possède une étrange mallette attisant inévitablement la curiosité de ces camarades ! Hormis la facilité à laquelle ils décident (trop) rapidement d'investir le périmètre technique, Carl Schenkel réussit à insuffler un suspense constamment haletant dans leur confrontation machiste et leur bravoure à escalader les câbles de l'ascenseur pour tenter de rejoindre une issue de secours. L'exploration de ce long couloir de cordages électriques offrant des moments intenses de haut le coeur pour le spectateur apte au vertige ! Qui plus est, la prestation solide des comédiens et leur caractère bien trempé permettent notamment de maintenir l'intérêt dans leur esprit de désinvolture mais aussi leur hypocrisie à se rejeter la faute l'un sur l'autre (ils sont incapables de distinguer la bonne foi de l'accusé mis en cause !). Enfin, pour la dernière partie, le réalisateur intensifie sa progression dramatique et l'action encourue lors d'une tentative de secours des plus vertigineuses ! Et de clore cette séquestration sur une note bougrement amorale puisque la cupidité aura une fois de plus corrompu chacun des protagonistes !


    En dépit de quelques facilités et défauts de réalisation, Out of Order reste un palpitant thriller à suspense jalonné de rebondissements et exploitant à bon escient son unique décor de claustration. Pour parachever, sa galerie de personnages impudents, toujours plus confrontés au stress et à la paranoïa, prouve encore qu'en situation de péril, l'homme ne peut finalement compter que sur son estime afin de remporter la mise. Mais à quel prix ?

    Bruno Matéï
    4èx


    jeudi 15 mai 2014

    PONTYPOOL

                                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

    de Brice McDonald. 2008. Canada. 1h35. Avec Stephen McHattie, Lisa Houle, Georgina Reilly, Harant Alianak, Rick Roberts, Daniel Fathers.

    Sortie salles France (l'Etrange Festival): 5 Septembre 2010. Canada: 6 Septembre 2008 (Festival de Toronto).

    FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Bruce McDonald est un réalisateur, producteur, acteur, scénariste et monteur canadien né le 28 Mai 1959 à Kingston, dans l'Ontario, Canada.
    1989: Roadkill. 1996: Hard Core Logo. 1997: Platinum (télé-film). 2007: The Tracey Fragments. 2008: Pontypool. 2010: Ma Babysitter est un vampire.


    Inédit en salles, en dehors de sa sélection dans certains festivals, Pontypool est donc passé discrètement par la case Dtv parmi l'entremise d'un bouche à oreille plutôt élogieux ! A partir du concept en vogue du film d'Infectés (et/ou de Zombies, on ne sait plus trop ce qu'il en est !), cette série B de facture visuelle très "Carpenter" (format scope, unité de lieu et de temps, comédiens hyper photogéniques) est un ovni d'une audace inouïe dans sa manière d'aborder le thème éculé. Au sein d'une station de radio, l'animateur Grant Mazzie et ses deux standardistes diffusent leur programme traditionnel quand l'un de leur collaborateur parti en reportage décrit par téléphone un évènement des plus improbables ! Une horde de patients ont encerclé le cabinet de leur médecin et se comportent comme des déments atteints de cannibalisme ! C'est le début d'une nuit de cauchemar que nos animateurs vont de tenter de déjouer à l'aide de leur propre dialecte ! Amateurs de bizarreries saugrenues imprégnées d'ironie, préparez vous à suivre une expérience hors du commun dans ce huis-clos anxiogène où la menace externe s'avère aussi singulière qu'incompréhensible. Du moins, c'est ce que laisse penser la première partie du film, non exempt de bavardages un peu rébarbatifs afin de distiller une ambiance d'inquiétude latente.


    Imaginez le contexte aussi grotesque qu'invraisemblable ! Un nouveau virus d'origine inconnue s'empare de l'esprit des citadins par l'entremise du dialecte oral ! Je m'explique : dès que vous prononcez certains mots spécifiques durant vos conversations (prioritairement les plus affectueux), une menace invisible s'infiltre en vous pour prendre possession de votre cerveau et vous plonger dans une folie meurtrière incontrôlée ! Subitement atteint de démence, et répétant incessamment le mot contaminé, vous devenez une sorte de zombie gesticulant à répétition nombre de divagations, et vous vous empressez d'écouter les paroles de vos voisins afin de vous transmettre le germe ! Réfugiés dans une station de radio, nos trois héros vont donc tenter de se prémunir contre cette menace en évitant de bavasser entre eux, quand bien même, dehors, une foule de quidams enragés commencent à encercler leur station ! Face à cette situation cauchemardesque et apocalyptique (dehors, les incidents en masse se multiplient !), ils vont peu à peu se laisser gagner par la paranoïa et s'efforcer de se réfugier dans le mutisme ! Alors que l'une des standardistes était préalablement infectée, ils vont également s'employer à déchiffrer un remède pour s'y protéger et par la même occasion désinfecter la population ! Réussir à retranscrire une situation improbable dans le domaine du crédible, c'est ce qu'à réussi à entreprendre son réalisateur avec l'alibi de la satire et de la complicité de solides comédiens. Avec l'efficacité du pouvoir de suggestion, Bruce McDonald réussit notamment à distiller une ambiance d'étrangeté toujours plus insaisissable et un climat d'angoisse subtilement diffus afin de faire plonger le spectateur dans l'aberration ! La poésie, l'oxymore et le sens des mots, leur incohérence et effet de contradiction nous plongeant toujours plus dans une situation de psychose !


    Parlez vous français ?
    Avec pas mal d'ironie et nombre d'idées aussi retorses que débridées, Pontypool ressemble à s'y méprendre à un épisode long format de la 4è dimension. Indubitablement, il ne plaira pas à tous, l'action et le gore s'avérant quasiment absents et son rythme plutôt languissant. Mais la manière atypique dont le cinéaste aborde son sujet, l'effet de surprise inopiné qui en découle et surtout sa crédibilité qu'il réussit finalement à cristalliser redorent la symbolique du film culte ! Une expérience hors-norme faisant office de farce sarcastique et qui ne peut laisser indifférent quelque soit l'opinion encourue ! 

    Bruno Matéï
    2èx