jeudi 1 mai 2014

APOCALYPSE 2024 (A Boy and his Dog)

                                                                      Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site apocalypsezone.com

de L. Q. Jones. 1975. U.S.A. 1h31. Avec Don Johnson, Susanne Benton, Jason Robards, Tim McIntire, Alvy Moore, Helene Winston.

Sortie salles France: 21 Avril 1976. U.S: Novembre 1975

FILMOGRAPHIE: L. Q. Jones est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain, né le 19 Août 1927 à Beaumont, Texas (Etats-Unis).
1964: The Devil's Bedroom. 1975: Apocalypse 2024. 1978: L'Incroyable Hulk (série T.V. 1 Episode: On the Line.

Authentique film culte mĂ©connu, rarement diffusĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision, Apocalypse 2024 est aussi l’occasion de retrouver, dans un rĂ´le encore juvĂ©nile, le gĂ©nial futur hĂ©ros de Miami Vice, Don Johnson. Quant Ă  l’identitĂ© du rĂ©alisateur - davantage connu comme acteur de western - il ne signera que deux longs-mĂ©trages, dont un premier essai demeurĂ© inĂ©dit en France.

RĂ©cit post-apo dĂ©crivant les errances d’un survivant et de son chien, Apocalypse 2024 parvient d’emblĂ©e, avec peu de moyens, Ă  restituer un monde ravagĂ© par l’Ă©clatement de la quatrième guerre mondiale. Communiquant par tĂ©lĂ©pathie avec son animal, Vic tente de survivre dans un dĂ©sert aride, cernĂ© par l’hostilitĂ© de rescapĂ©s affamĂ©s. Tandis qu’une autre population prospère dans un monde souterrain, il cherchera Ă  y accĂ©der par l’entremise d’une jeune inconnue qu’il avait pourtant tentĂ© de violer plus tĂ´t. Lors de leurs instants d’intimitĂ© - et après avoir Ă©chappĂ© Ă  la horde des hurleurs - Quilla s’emploie Ă  le convaincre de rejoindre cet autre monde, contre l’avis du chien. 

 

Ă€ travers une hybridation de comĂ©die noire et d’anticipation pessimiste, L. Q. Jones signe un ovni aussi dĂ©routant qu’attachant. D’abord par les Ă©changes savoureux entre l’homme et son chien douĂ© de parole, ce dernier se rĂ©vĂ©lant bien plus lucide, cultivĂ© et pragmatique que son maĂ®tre. Ensuite par la dystopie scindĂ©e en deux univers : la surface, oĂą les laissĂ©s-pour-compte survivent dans une sauvagerie primitive (on pense inĂ©vitablement Ă  Mad Max 2), et le monde souterrain, sociĂ©tĂ© policĂ©e cherchant dĂ©sespĂ©rĂ©ment un fĂ©condateur pour assurer sa pĂ©rennitĂ©. PortĂ© par un humour corrosif - le chien Blood vole systĂ©matiquement la vedette par sa rĂ©partie cinglante et sa luciditĂ© cruelle - et par l’extravagance de personnages dĂ©licieusement dĂ©calĂ©s (chaque habitant de Topeka arbore un maquillage blanchâtre quasi mortuaire), le film mĂŞle farce satirique et post-nuke en soulignant la tyrannie des pulsions sexuelles, Vic demeurant prisonnier de ses instincts lubriques. Certains y verront une misogynie assumĂ©e, la femme y Ă©tant rĂ©duite Ă  une fonction manipulatrice - voire Ă  un objet de soumission dans sa première partie - afin de renverser l’ordre Ă©tabli. Mais Ă  travers l’errance maladroite d’un rescapĂ© machiste, contraint de choisir entre son chien et l’illusion d’un monde meilleur, L. Q. Jones livre aussi un rĂ©cit initiatique grinçant, doublĂ© d’une histoire d’amitiĂ© homme-animal aussi cynique que profondĂ©ment humaine.


Pittoresque et attachant, Ă©trange et fascinant, Apocalypse 2024 parvient Ă  s’extraire de l’ornière avec une audace iconoclaste, dĂ©poussiĂ©rant le genre Ă  coups d’ironie mordante — jusqu’Ă  un Ă©pilogue sidĂ©rant, confinĂ© dans une farce macabre d’une immoralitĂ© rĂ©jouissante. La relation fusionnelle entre Vic et Blood devient alors l’expression ultime d’une fidĂ©litĂ© indĂ©fectible, plus sincère que toute utopie humaine. Une perle rare, immersive et rugueuse, sublimĂ©e par ses panoramas arides magnifiquement photographiĂ©s, Ă  faire dĂ©couvrir d’urgence.


— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤
16.02.26. 4èx


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