jeudi 31 juillet 2014

LA MAISON DE CIRE (House of Wax)

                                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Jaume Collet-Serra. 2005. U.S.A./Australie 1h37. Avec Elisha Cuthbert, Chad Michael Murray, Brian Van Holt, Paris Hilton, Jared Padalecki, Jon Abrahams.

Sortie salles France: 25 Mai 2005

FILMOGRAPHIE: Jaume Collet-Serra est un réalisateur catalan, né le 23 Mars 1974 à Barcelone.
2005: La Maison de Cire. 2007: Goal 2: La Consécration. 2009: Esther. 2011: Sans Identité. 2014: Non-Stop. 2014: Run all Night.


Par le réalisateur de l'excellent Esther, Jaume Collet-Serra avait déjà montré ses preuves dans le domaine horrifique avec La Maison de Cire, une relecture moderne du classique d'André De Toth, l'Homme au masque de cire. Et pour une première réalisation, on peut déjà vanter son savoir-faire à avoir su gérer suspense et angoisse à partir d'un scénario éculé mais plus retors qu'il n'y parait. Clairement influencé par le slasher et afin de rameuter la nouvelle génération, La Maison de Cire reprend le canevas traditionnel d'une bande de vacanciers exilés à la campagne et tombant un à un dans les mailles d'un tueur sans pitié. Si la première partie n'évite pas la redite dans sa représentation caricaturale d'ados écervelés s'éclatant autour du sexe et de l'alcool, la suite adopte une tournure plus intéressante lorsque deux d'entre eux se retrouvent infiltrés au sein d'un village fantôme par l'amabilité d'un redneck interlope. Epaulé d'une somptueuse photographie, l'ambiance rétro qui émane de cet endroit touristique atteint son apogée lors de la visite du musée entièrement façonné de cérumen. Car cette bâtisse aux teintes sépia renferme d'étranges personnages de cire, ou plutôt de véritables cadavres fraîchement embaumés par un artiste aussi prodige que maudit. D'ailleurs, toute la ville est aménagée de citadins factices conçus à son image afin de refonder un semblant de vie pour son existence solitaire.


La fascination macabre qu'exercent ces pantins de chair se répercute sur l'anxiété de nos protagonistes égarés dans une chambre des horreurs. Sans perdre de temps, Jaume Collet-Serra confronte ces protagonistes à des enjeux de survie puisque l'un d'entre eux finira rapidement par se faire alpaguer par le tueur. Quand bien même l'arrivée des autres camarades vont rapidement faire les frais d'agressions sanglantes pour être sauvagement assassinés. Sur ce point, l'inventivité des meurtres et leur réalisme acéré impressionne le spectateur SPOILER ! d'autant plus que la menace est finalement exprimée par deux criminels compromis au secret familial ! Fin du Spoiler. On est aussi parfois surpris de l'ironie accordée à certaines situations de stress (celle d'une survivante dépassant son doigt au dessus d'une plaque de grillage pour invoquer de l'aide !) ou à la manière inédite dont certains protagonistes se retrouvent dans une posture cruelle (une victime rendue mutique par de la Super Glue plaquée sur sa bouche, une autre proie embaumée mais encore vivante derrière son apparence de cire !). Passé une succession de meurtres en série adroitement planifiés, l'intrigue se recentre ensuite sur la survie d'un frère et d'une soeur, unissant leurs efforts et redoublant de brutalité afin de combattre les bourreaux (les coups de batte de base-ball dans une tronche font très mal dans leur impact cinglant !). Palpitant en diable, le réalisateur les confrontent donc à une série d'épreuves drastiques pour leur survie culminant vers un final littéralement flamboyant. Sur ce point, on peut évoquer l'anthologie stylisée tant la perfection des effets spéciaux réussit à nous bluffer lorsque le musée se met à fondre lentement sa cire par la chaleur d'un incendie ! Les survivants tentant désespérément de s'extraire de la bâtisse réduite en lambeaux de pate !


Efficace et haletant, La Maison de Cire exploite les codes du slasher avec savoir-faire et inventivité, quand bien même la morphologie factice du tueur et la fastuosité des décors rétros participent notamment à l'immersion d'un univers poético-macabre. Un excellent divertissement tirant vers le haut un sous-genre plutôt mineur. 

Bruno Matéï
3èx

mercredi 30 juillet 2014

TERREUR SUR LA LIGNE (When a stranger calls). Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique, Avoriaz 1980.

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Fred Walton. 1979. U.S.A. 1h37. Avec Charles Durning, Carol Kane, Colleen Dewhurst, Tony Beckley, Ron O'Neal, Steven Anderson.

FILMOGRAPHIE: Fred Walton est un réalisateur et scénariste américain.
1979: Terreur sur la Ligne. 1986: Week-end de terreur. 1987: Confession criminelle. 1987: Hadley's Rebellion. 1988: I saw what you did (télé-film). 1989: Seule dans la tour de verre (télé-film). 1990: Murder in Paradise. 1992: The Price She Paid (télé-film). 1992: Homewrecker (télé-film). 1993: Terreur sur la ligne 2 (télé-film). 1994: Dead Air (télé-film). 1995: The Courtyard (télé-film). 1996: The Stepford Husbands (télé-film). 


Primé à Avoriaz deux fois consécutives, Terreur sur la Ligne s'est notamment attribué d'un joli succès commercial lors de sa sortie. Aujourd'hui oublié, voir même dénigré d'une certaine frange de cinéphiles et critiques spécialisées, ce premier long-métrage de Fred Walton s'avère un vrai coup de maître dans sa maîtrise du suspense et de l'angoisse influencée par Hitchcock. Divisé en trois actes, les 21 premières minutes nous relatent le harcèlement téléphonique d'une jeune baby-sitter, Jill Johnson, prise à parti avec un dangereux maniaque. Alors que ce dernier lui répète incessamment la même question: "Etes vous allez voir les enfants ?", elle finira par invoquer l'aide de la police en désespoir de cause. A travers ce huis-clos étouffant, Fred Walton nous élabore un modèle de mise en scène dans son management d'une tension exponentielle. La victime confinée dans une sombre demeure dont elle ignore la familiarité des lieux nous exprime d'autant mieux sa crainte et sa solitude lorsqu'elle se laisse gagner par la paranoïa d'un danger aussi imprécis que persistant. Le tueur ne cessant de la rappeler au combiné pour lui rabâcher cette même question dérangeante ! Qui plus est, l'empathie qu'on lui éprouve est notamment exacerbée par sa fragilité émotionnelle à ne pouvoir canaliser ses sentiments de stress. Son harcèlement psychologique permanent éveillant chez elle une lourde angoisse qui ira crescendo Spoil ! jusqu'à l'issue implacable d'un twist particulièrement sordide Fin du Spoil ! 


Le second acte se focalise ensuite sur le profil psychologique du tueur, un malade tout juste évadé de l'asile après y avoir purgé 7 ans d'internement. C'est dans un bar miteux qu'il décide d'aborder un soir une sexagénaire particulièrement acariâtre. Au même moment, le détective privé John Clifford se lance à sa poursuite lors d'une traque impitoyable puisque délibéré à l'assassiner outrageusement. Cette fois, le réalisateur peaufine avec circonspection l'entretien d'un climat ombrageux à travers ses ruelles sombres infréquentables et pour le sort réservé à une potentielle nouvelle victime. Quand à l'identité du criminel, il nous caractérise un psychopathe réduit à l'état de clochard car contraint de fréquenter les réfectoires humanitaires afin de subvenir à sa survie. Profondément paumé et meurtri de sa solitude, il déambule la nuit dans les quartiers défavorisés en quête de compagnie amicale et avant de se torturer l'esprit de ses visions morbides. Car conscient de sa déficience mentale et incapable de pouvoir s'insérer dans la société, il finira par songer au suicide en guise de rédemption ! Superbement incarné par Tony Beckley (il décédera d'un cancer 3 jours après la sortie française du film !), l'acteur réussit à exprimer les sentiments de névrose, de désarroi et d'accès de violence dans sa condition de psychopathe erratique en quête éperdue d'un main secourable. Le troisième et dernier acte renoue avec la terreur du préambule parmi la nouvelle intervention de la baby-sitter, Jill Johnson. Aujourd'hui mariée et mère de 2 enfants, elle se prépare à dîner au restaurant avec son époux, quand bien même une nourrice est recrutée pour la garde de ses chérubins. Là encore, la montée en puissance du suspense et de l'angoisse confinés en interne de la cellule familiale vont être poussés à leur paroxysme lors d'un point d'orgue littéralement cinglant ! 


Fer de lance qui influencera une poignée de slashers ostentatoires (son remake aseptique, la saga Scream), Terreur sur la Ligne reste un modèle de suspense horrifique (rien que le prologue est à enseigner dans les écoles de ciné !) consacré à la fragilité psychologique des victimes terrorisées mais aussi à celle du tueur névrosé. Pour parachever, il faut vanter l'efficacité de sa partition ombrageuse savamment orchestrée afin d'exacerber l'angoisse ! (à l'instar de sa dernière image, fondu enchaîné résolument glaçant !)

Bruno Matéï
5èx

mardi 29 juillet 2014

DJANGO

                                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site orangemonkeymusic.wordpress.com

de Sergio Corbucci. 1966. Italie/Espagne. 1h31. Avec Franco Nero, José Bodalo, Loredana Nusciak, Angel Alvarez, Eduardo Fajardo, Jimmy Douglas.

Sortie salles Italie: 6 Avril 1966. Espagne: 21 Septembre 1967

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Corbucci est un réalisateur et scénariste italien, né le 6 Décembre 1927 à Rome, décédé le 1er Décembre 1990.
1962: Romulus et Remus. 1963: Danse Macabre (co-réalisé avec Antonio Margheriti). 1966: L'Homme qui rit. 1966: Django. 1966: Ringo au pistolet d'or. 1966: Navaja Joe. 1968: Le Grand Silence. 1969: Le Spécialiste. 1970: Companeros. 1972: Mais qu'est ce que je viens foutre au milieu de cette révolution ? 1978: Pair et Impair. 1980: Un Drôle de flic. 1981: Salut l'ami, adieu le trésor. 1989: Night Club.


Sorti en pleine mouvance du western spaghetti initié par Sergio Leone avec Pour une Poignée de dollars, Django va également remporter un succès commercial foudroyant et révéler aux yeux du public un acteur aussi charismatique que Clint Eastwood, Franco Nero (alors que le rôle était imparti à Mark Damon). Fort de ce succès, un nombre incalculable d'ersatz va emprunter le titre afin d'en tirer autant profit. Rivalisant de cruauté dans sa violence inédite, Sergio Corbucci annonce clairement la couleur rouge sang dans ce western iconoclaste à contre-courant des productions ricaines instaurées par le lyrisme de John Ford. Outre l'âpreté de sa sauvagerie non exempte d'effusions gores (tranchage d'oreille en gros plan que la victime se contraint d'avaler !), c'est l'ambiance crasseuse qui frappe au premier abord dans la topographie d'un village boueux. La peinture assénée à cette contrée à faible population s'avère plutôt dépressive dans l'atmosphère d'une météo blafarde.


Au milieu de cette place mortifère, un croque-mort solitaire venu de nulle part trimbale avec lui un mystérieux cercueil. Après avoir sauvé une jeune prostituée du major Jackson, ils décident de trouver refuge dans un saloon décrépit géré par un proxénète. Mais son repos ne sera que de courte durée puisque les sbires de Jackson sont en route pour lui trouer la peau. Redoutablement efficace car pourvu d'un rythme sans faille dans ces confrontations belliqueuses entre clans, bagarre de saloon et retournements de situation, le scénario de Django est régi autour des subterfuges d'un veuf inconsolable jouant l'individualité afin de mieux parfaire sa vengeance. Mais à se laisser gagner par la colère, la cupidité et trahir ses amis, Django va devoir en payer les conséquences avant sa prise de conscience avec l'intégrité d'une femme l'incitant à la repentance. A travers le cheminement vindicatif de ce héros sans foi ni loi, Sergio Corbucci joue la carte de la transgression pour caractériser un marginal intraitable et machiste, voir à la limite de la misogynie (les humiliations sarcastiques qu'ils réservent gratuitement à Maria), ne comptant que sur ses stratagèmes pour vaincre l'ennemi. Car autour de lui s'affrontent l'armée de belligérants mexicains contre une secte de yankees racistes et sadiques encapuchonnés à l'instar du Ku Klux Klan. Leur loisir fétiche: un lâcher de paysans mexicains en guise de chasse au pigeons, quand bien même la gente féminine d'un bordel est assouvie à sa tyrannie ! En illustrant les bravoures d'un héros stoïque à la répartie acérée, Sergio Corbucci taille la carrure d'un vengeur corrompu par sa justice expéditive mais rattrapé in extremis par l'amour d'une femme au grand coeur.


Brutal, atmosphérique, jouissif en diable car fertile en action violente et adroitement construit, Django n'a pas volé sa réputation de chef-d'oeuvre bisseux du western latin, même s'il doit beaucoup au charisme viril du regard azur de Franco Nero et à l'âpreté de son climat funèbre. On en oublierait presque d'évoquer son magnifique thème interprété par Franco Migliacci que Tarantino reprendra des décennies plus tard afin de l'honorer dans une déclinaison éloignée de l'univers fétide de Corbucci.   

Bruno Matéï
3èx

vendredi 25 juillet 2014

HOW I LIVE NOW (Maintenant c'est ma vie)

                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Kevin Macdonald. 2013. Angleterre. 1h41. Avec Saoirse Ronan, Tom Holland, Anna Chancellor, George MacKay, Corey Johnson, Sophie Ellis, Harley Bird.

Sortie salles France: 12 Mars 2014. Angleterre: 4 Octobre 2013

FILMOGRAPHIE: Kevin Macdonald est un réalisateur, scénariste et producteur écossais, né le 28 Octobre 1967 à Glasgow.
2003: La Mort Suspendue. 2006: Le Dernier roi d'Ecosse. 2009: Jeux de pouvoir. 2011: L'Aigle de la 9è Légion. 2013: How I live now. 2014: Black Sea.


Découvrir une production méconnue (car sortie dans la discrétion !) par le biais d'un ami après avoir été dubitatif au vu de sa bande-annonce prouve qu'il ne faut pas s'arrêter à une compilation bâtie sur le merchandising. Daisy, adolescente américaine, passe séjourner quelques vacances chez ses cousins dans la campagne anglaise. Alors qu'elle se lie d'affection auprès du jeune Isaac, une 3è guerre mondiale éclate ! Séparés en 2 groupes par les forces armées, Daisy lui tient la promesse de venir le rejoindre au moment opportun. How I Live now fait parti de ces curiosités dont le pitch éculé pourrait de prime abord délaisser le spectateur s'il n'avait pas été retranscrit avec autant de lyrisme et de subtilité. Car il s'agit bien ici d'un film d'auteur que l'anglais Kevin Macdonald nous retransmet sans règle établie, dans le sens où, comme le cheminement incertain des deux héroïnes, nous ne sommes guidés que par leur instinct de survie où le danger aléatoire peut brusquement intervenir.


Ce sentiment d'abandon, cette fragilité adolescente sont d'autant mieux exprimés par des comédiens dépouillés où l'émotion, tantôt poignante ou cruelle, intervient là où on ne l'attends jamais. Sous couvert de 3è guerre mondiale, le réalisateur illustre avec une habile suggestion les conséquences du désastre et de la barbarie car se focalisant plutôt sur la désolation environnementale et la résultante des massacres commis par les terroristes. Dénonçant leur lâcheté, leur animosité et leur perversité en cas d'invasion guerrière, Kevin Macdonald ne cherche pas le racolage ni l'artifice pathos pour nous ébranler. Et pourtant, un malaise tantôt sous-jacent, tantôt viscéral vient nous dérouter car la guerre est en l'occurrence observée du point de vue de l'innocence. Celle de l'enfance et de l'adolescence. Retraçant le parcours de Daisy et de la petite Piper en quête éperdue d'une terre nouvelle et de retrouvaille amoureuse, le cinéaste aborde le mode du survival avec pudeur et réalisme brut. Filmant la nature comme un Eden sensoriel, nos deux héroïnes évoluent dans ce milieu écologique avec la crainte au ventre car témoins d'exactions criminelles et de viols en réunion au fil de leur itinéraire. Ce tableau saisissant imparti à la beauté de la nature et la candeur des héroïnes contrastent avec la violence putassière de la guerre et le traumatisme qui s'ensuit. Ce qui nous achemine vers un climat déconcertant car bousculant nos habitudes de spectateur pris à parti entre les composantes de virginité et de brutalité que le réalisateur dompte à sa guise.


La fille au bout du chemin
Quête initiatique à la maturité, récit d'amour désespéré, réquisitoire contre l'ignominie guerrière How I live now extériorise au final un apprentissage à la liberté. Car l'implication de cette guerre démystifie une réflexion sur l'obsession de la prévention alimentaire et celle de l'hygiène que les médias et magazines s'empressent de nous dicter sous l'enseigne de la santé publique. Hymne à l'indépendance et à l'harmonie de la nature, poème d'amour et de mort, How I live now est une oeuvre dure et brutale, mais aussi sensible que fragile, à l'instar de sa délivrance finale d'une grave intensité émotionnelle. 

Un grand merci à Pascal Frezzato et Gilles Rolland
Bruno Matéï


jeudi 24 juillet 2014

NOMADS. Grand Prix du Public au rex de Paris, 1986.

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de John Mc Tiernan. 1986. 1h31. U.S.A. Avec Pierce Brosnan, Lesley-Anne Down, Anna Maria Monticelli, Adam Ant, Mary Woronov, Héctor Mercado, Josie Cotton, Frank Doubleday, Jeannie Elias, Nina Foch...

Sortie salles France: 21 Mai 1986. U.S: 7 Mars 1986

Récompenses: Grand prix du Public et Prix de la meilleure Musique au 15è Festival International du film Fantastique de Paris en 1986.

FILMOGRAPHIE: John McTiernan est un réalisateur et producteur américain, né le 8 janvier 1951 à Albany à New-York. 1986: Nomads. 1987: Predator. 1988: Piège de Cristal. 1990: A la Poursuite d'Octobre Rouge. 1992: Medicine Man. 1993: Last Action Hero. 1995: Une Journée en Enfer. 1999: Le 13è Guerrier. 1999: Thomas Crown. 2002: Rollerball. 2003: Basic.


Boudé à sa sortie par la critique mais ovationné par le public du Rex de Paris lui décernant le Grand Prix, Nomads fait parti de ces films maudits injustement vilipendés. C'est d'autant plus préjudiciable qu'il s'agissait d'une toute première oeuvre d'un cinéaste de 35 ans reconnu depuis comme un maître du cinéma de genre. Car un an après ce flop commercial, John Mc Tiernan allait déjà se tailler une réputation notable et exploser le box-office avec un survival testostéroné, PredatorDans un hôpital, une praticienne tente de porter secours à un patient malmené par la police car particulièrement fébrile et déclarant des propos incohérents. Alors qu'elle tente de le calmer, l'homme fulmine à nouveau pour lui souffler à l'oreille quelques mots incompréhensibles juste avant de mourir. Habitée par l'esprit de cet éminent anthropologue, Eileen Flax va découvrir les véritables raisons qui l'ont amené au bord de la folie. 


En terme d'originalité, Nomads peut dignement faire office d'oeuvre atypique dans son concept de fantastique moderne dédié à la légende. Celle de la tribu des Inuits, des esquimaux errants sur les déserts de glace (et de sable !) avant de voyager à travers le monde. Prenant forme humaine, ils s'agiraient d'esprit maléfiques résidant dans des lieux maudits, et qui apporteraient folie et malheur à ceux qui s'en approcheraient. A partir de ce pitch aussi étrange que fascinant, John Mc Tiernan nous invoque du fantastique mature dans sa noblesse de suggestion et la caractérisation fragile des personnages. Avec l'intervention improvisée d'une doctoresse en transe, Nomads ne cesse de confondre rêve et réalité dans son psyché torturé où se projettent sans répit les réminiscences de Jean-Charles Pommier. En quête de vérité pour savoir s'il était épris de démence et quelle relation il pouvait entretenir avec les Enuits, elle va revivre ses derniers jours d'investigation lorsqu'il épiait de son appareil photo une bande de loubards particulièrement violents et autonomes. Mutiques, vêtus de noir et voyageant d'une contrée à l'autre, ces noctambules nous sont représentés comme des affranchis sans vergogne car perpétrant le mal à leur guise. A travers l'interaction émotive d'Eileen et Jean-Charles, psychologiquement raccordés pour observer les conditions de vie de la tribu, Nomads insuffle un climat envoûtant, sachant que ces loubards semblent avoir la faculté d'extérioriser chez l'intrus des délires hallucinatoires proches de la folie. Alors qu'il était persécuté et poursuivi sans relâche, Eileen Flax va à son tour subir leurs provocations hostiles lorsqu'elle décide de trouver refuge chez son épouse. 


Etrange, déroutant et envoûtant, Nomads joue la carte d'un fantastique éthéré au mystère irrésolu, à l'instar de son twist cuisant inopinément caustique. Renforcé du jeu fébrile d'un Pierce Brosnan transi d'émoi et scandé par le magnifique thème de Bill Conti, Nomads garde intact son pouvoir de fascination tout en préservant son identité mystique, entre hallucination et réalité existentielle. Une perle rare donc à réhabiliter d'urgence !

Bruno Matéï
3èx

mercredi 23 juillet 2014

ROLLING THUNDER (Legitime Violence)

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de John Flynn. 1977. U.S.A. 1h42 (version intégrale). Avec William Devane, Tommy Lee Jones, Linda Haynes, James Brest, Dabney Coleman, Lisa Blake Richards, Luke Askew.

FILMOGRAPHIE: John Flynn est un réalisateur et scénariste américain, né le 14 Mars 1932 à Chicago, décédé le 4 Avril 2007 en Californie.
1968: Le Sergent. 1972: The Jerusalem File. 1973: Echec à l'Organisation. 1977: Légitime Violence. 1980: Les Massacreurs de Brooklyn. 1980: Marilyn, une vie inachevée. 1983: Touched. 1987: Pacte avec un Tueur. 1989: Haute Sécurité. 1991: Justice Sauvage. 1992: Nails (télé-film). 1993: Scam (télé-film). 1994: Brainscan. 1999: Meurtres très ordonnés. 2001: Protection.


Vigilante movie bien ancré dans les années 70 dans sa violence aride façon Peckinpah et dans sa représentation nihiliste d'une Amérique gangrenée par la criminalité, Rolling Thunder bénéficie aujourd'hui d'une côte d'estime bien plus considérable que lors de sa sortie. Pour exemple, Quentin Tarantino lui voue un tel culte qu'il emprunta le titre éponyme afin de nommer sa boite de distribution Dvd spécialisée dans le cinéma d'exploitation. Après 7 ans de captivité au Vietnam, le major Charles Rane retour chez lui pour être accueilli comme un héros de guerre multi décoré et ovationné par la population. Traumatisé par ce qu'il a vécu, ses relations avec son fils et sa femme battent de l'aile, quand bien même cette dernière lui avoue qu'elle l'a trompé avec l'un de ses amis. Quelques jours plus tard, une bande malfrats s'introduisent dans sa demeure pour lui réclamer une mallette de dollars. Tenant tête à leur exigence, il est sévèrement battu puis torturé par un broyeur de cuisine lui arrachant la main.  


Entre le western et le film d'auto-défense initié par Bronson avec Un Justicier dans la Ville, Rolling Thunder se détache du lot traditionnel par une aura toute particulière pour le genre d'exploitation où vendetta est synonyme de violence expéditive. Celle d'un climat poisseux, désincarné au sein d'une Amérique hantée par des fantômes marginaux, même si c'est au niveau de la frontière mexicaine que notre anti-héros s'aventurera afin de retrouver les assassins de sa famille. Epaulé d'une blondinette de 30 ans en quête affective, Charles Rane l'utilise au départ comme appât pour mieux amadouer les criminels et avant d'aborder une relation faussement sentimentale. Déambulant dans les endroits miteux de bars et de bordel, notre exterminateur n'a comme seul dessein d'affronter l'ennemi par le sang afin de satisfaire ses pulsions meurtrières. Muni d'un crochet de boucher à la place d'une main amputée et de diverses armes à feu, c'est une guerre toute aussi bestiale qu'il décide de déclarer dans un dernier baroud d'honneur suicidaire. Avec son ambiance défaitiste où les contrées désertiques sont desséchées par le soleil, Rolling Thunder contraste avec la désillusion du vétéran traumatisé par les horreurs de la guerre et devenu depuis machine à tuer. Sa tentative de réhabilitation au sein de sa patrie ne sera de courte durée puisque conscient qu'il n'est plus que l'ombre de lui même, un mort-vivant préalablement sacrifié dans une geôle de prisonniers. Diatribe contre la barbarie de la guerre, John Flynn dresse ici l'inquiétant portrait d'un martyr devenu insensible à la douleur parce que épris de masochisme pour la torture quotidienne qu'il a autrefois expérimenté. A travers son errance désabusée et sa complicité fragile avec son amie de passage, le film observe leur parcours de laissés-pour-compte rêvant d'un ailleurs édénique (celui de la nature réfrigérante de l'Alaska !) afin d'oublier leur morne existence.


Le Mort-Vivant
Traversé d'éclairs de violence sèche jusqu'au point d'orgue paroxystique, Rolling Thunder est une odyssée de l'amertume et de la solitude, le tableau dérisoire d'une Amérique post-vietnamienne dénuée de repères, au moment même où l'un de leur vétéran aura décidé une seconde fois de s'y sacrifier. C'est ce qui fait l'originalité et l'intensité de cet étrange périple hanté par le charisme sévère d'un acteur concis, William Devane

Dédicace à Christophe Colpaert
Bruno Matéï
3èx

AMITYVILLE 2: LE POSSEDE (Amityville 2: The Possession)

                                                                  Photo empruntée sur Google, appartenant au site wrongsideoftheart.com

de Damiano Damiani. 1982. U.S.A. 1h40. Avec James Olson, Burt Young, Rytanya Alda, Jack Magner, Andrew Prine, Diane Franklin, Moses Gunn, Ted Ross, Erika Katz, Brent Katz, Leonardo Cimino.

Sortie en salles en France le 5 Janvier 1983. U.S: 24 Septembre 1982

FILMOGRAPHIE: Damiano Damiani (23 Juillet 1922 à Pasiano di Pordenone) est un écrivain, scénariste, acteur et réalisateur de cinéma italien. 1960: Jeux Précoces, 1961: Il Sicario, 1962: L'Isola Di Arturo, 1963: La Repatriée, l'Ennui et sa Diversion, 1966: La Strega in Amore, El Chuncho, 1968: Una ragazza piuttosto complicata, La Mafia fait la loi, 1970: Seule contre la Mafia, 1971: Confession d'un commissaire de police au procureur de la République, Nous Sommes tous en Liberté Provisoire, 1972: Girolimoni, il mostro di Roma, 1974: Il sorriso del grande tentatore, 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche, 1976: Perché si uccide un magistrato, 1977: Un Juge en Danger, 1980: Goodbye e amen, Un uomo in Ginocchio, 1981: L'avvertimento, 1982: Amityville 2, le possédé, 1985: Pizza Connection, 1986: La Gran Incognita, l'Inchiesta, 1989: Gioco al Massacro, 1990: Il sole Buio, 1992: l'Angelo con la Pistola, 2000: Alex l'ariete, 2002: Assassini dei giorni di Festa.


Trois ans après l'énorme succès d'Amityville, honorable film d'épouvante gentiment anxiogène, le producteur Dino De Laurentiis propose de transposer un préquelle au réalisateur italien Damiano Damiani. Oscillant entre le classique film de demeure hantée et la possession sataniste en vogue, Amityville 2 rentabilise également son budget initial pour gagner au fil des décennies une reconnaissance considérable au point que les fans du genre le considèrent aujourd'hui comme le meilleur volet de la saga. La famille Montelli vient d'emménager dans leur nouvelle demeure d'Amityville sur Long Island. Dès leur arrivée, d'étranges évènements se manifestent alors que le fils aîné éprouve une étrange attirance au climat éthéré de la maison. Peu à peu, une force diabolique s'empare de lui pour le posséder et l'influencer à trucider sa famille.


Avec le scénario hardi de Tommy Lee Wallace reprenant comme modèle le fait-divers morbide du massacre de la famille DeFeo, la fascination vénéneuse qu'exerce cette suite est entièrement allouée au portrait instable d'une famille dysfonctionnelle. Le père mécréant est un sexagénaire irascible particulièrement violent, la mère empathique est une catholique pratiquante obligée de subir ses chantages sexuels et ses brutalités physiques, quand bien même leurs progénitures doivent tolérer leurs récurrentes chamailleries autour du repas familial. Passé le premier quart d'heure conventionnel déployant furtivement une succession de phénomènes paranormaux à tendance spectaculaire, l'ambiance hostile va peu à peu se distiller dans un climat oppressant davantage palpable. C'est du côté de la personnalité pervertie de l'aîné des fils des Montelli que la trame va se concentrer. A cet égard, personne ne peut oublier la fameuse séquence incestueuse qui voit Johnny séduire avec malice sa soeur compatissante pour être ensuite rongée par le remord. Un moment glauque et dérangeant jouant habilement sur le suggéré, le cinéaste employant le sous-entendu d'un échange de regards complices bâtis sur une trouble séduction. Au préalable de cet intimité incongrue, un autre moment fort est à souligner lorsque Johnny est subitement en proie à la possession démoniaque de l'entité s'emparant brutalement de son corps. A l'aide d'une caméra subjective multipliant les angles de vue en lévitation ou en rotation, la victime est pourchassée à travers la maison jusqu'à s'isoler à l'intérieur de sa chambre, étalé torse nu sur son lit et suppliant la force de ne pas le violer !


Durant la majorité du récit, c'est donc la lente possession démoniaque de Johnny que le réalisateur nous ausculte par le biais d'un climat malsain des plus insidieux. Avouons sans peine que Damiano Damiani réussit là à surpasser son modèle dans une mise en image beaucoup plus réaliste et terrifiante. Même la prestance des comédiens s'avère plus intense car réussissant à exprimer sentiments de névrose, de contrariété, de honte et de perversité au sein d'une cellule familiale en déliquescence. En particulier la jeune soeur démunie endossée par Diane Franklin, car rongée d'amertume dans sa culpabilité d'être devenue objet sexuel l'instant d'un soir . Quand à Jack Magner, il y incarne mesquinement un rejeton diabolique compromis par le Mal avec ce que cela sous entend de vice immoral afin d'avilir sa soeur. Si la dernière partie s'avère moins subtile dans son air de déjà vu, elle réussit tout de même à garder un intérêt constant dans la quête rédemptrice d'un prêtre, résigné à libérer du mal une innocente victime. L'ultime séance d'exorcisme pratiquée à renfort d'effets chocs horrifiques réussit malgré tout à impressionner par le biais d'FX artisanaux assez saisissants.


Rehaussé du score lancinant de Lalo Schiffrin, Amityville 2, le possédé fait parti de ses rares réussites réussissant à surpasser leur modèle dans un esprit subversif où l'aura malsaine s'avère particulièrement perméable. Un préquelle très efficace dans son alliage de déviance perverse et de violence glaçante (le massacre de la famille est restitué avec réelle cruauté !). L'interprétation magnétique de l'inquiétant Jack Magner doit également beaucoup au malaise éprouvé auprès de ses exactions à la fois putassières et criminelles.  

Note: Le film ne fut pas tourné dans la maison d'origine où les faits s'étaient déroulés mais dans une autre demeure dont les intérieurs ont été érigés en fac-similé.

11.08.11
Bruno Matéï

mardi 22 juillet 2014

AMITYVILLE, LA MAISON DU DIABLE (The Amityville Horror)

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site eightdayzaweek.blogspot.com

de Stuart Rosenberg. 1979. U.S.A. 1h57. Avec James Brolin, Margot Kidder, Rod Steiger, Don Stroud, Murray Hamilton, John Larch, Natasha Ryan, K.C. Martel, Meeno Peluce, Michael Sacks, Helen Shaver...

Dates de sortie : 27 juillet 1979 (États-Unis), 20 février 1980 (France)

FILMOGRAPHIE: Stuart Rosenberg est un réalisateur américain né le 11 août 1927 à New York (États-Unis) et mort le 15 mars 2007 à Beverly Hills (États-Unis).
1960 : Crime, société anonyme , 1961 : Question 7, 1964 : Calhoun: County Agent (TV), 1965 : Memorandum for a Spy (TV), 1966 : Une petite rébellion (TV), 1966 : Fame Is the Name of the Game (TV), 1967 : Luke la main froide 1969 : Folies d'avril , 1970 : Move, 1970 : WUSA, 1972 : Les Indésirables , 1973 : Le Flic ricanant , 1975 : La Toile d'araignée , 1976 : Le Voyage des damnés , 1979 : Amityville : La Maison du diable , 1979 : Avec les compliments de Charlie , 1980 : Brubaker , 1984 : Le Pape de Greenwich Village , 1986 : Let's Get Harry, 1991 : My Heroes Have Always Been Cowboys.


Une histoire vraie ? 
La demeure d'Amityville située au 112 Ocean Avenue à Long Island fut le théâtre d'un fait divers sanglant survenu dans la nuit du jeudi 13 novembre 1974. Ronald Junior, fils aîné de la famille DeFeo, assassina au fusil ses parents, frères et sœurs durant leur sommeil. Plaidant pour la folie, il est condamné par le tribunal à six peines de 25 ans d'emprisonnement. Un an après le drame, la maison est rachetée par la famille Lutz qui emménage le 18 décembre 1975. Il n'y resteront que 28 jours après avoir été témoins de nombreux phénomènes inexpliqués. En 1977, Les Lutz s'associent avec l'écrivain Jay Anson afin de rapporter à l'écrit leur mésaventure dans un livre devenu un best-seller: The Amityville Horror - A True Story. Après des années de débats et de scepticisme, il fut démontré que les évènements surnaturels signalés par la famille Lutz n'étaient qu'affabulation en accord avec le romancier pour une opération lucrative. L'affaire d'Amityville se conclut donc par une manipulation médiatique montée de toute pièce par le trio en dépit de la conviction de certains spécialistes et amateurs de paranormal. Qui plus est, après que les Lutz eurent quitté les lieux, la maison est ensuite passée par d'autres acquéreurs (les familles Cromarty et O'Neill) n'ayant jamais signalé la moindre manifestation surnaturelle. En 2010, elle est mise en vente pour environ 1 million d'euros et continue d'attirer badauds et touristes de tous horizons.


Enorme succès au box-office à travers le monde, Amityville, la Maison du Diable doit beaucoup de sa notoriété au caractère potentiellement véridique (mais aujourd'hui démystifié) d'un cas de hantise déjà célébré par le romancier Jay Anson. Imperméable au genre, Stuart Rosenberg se laisse une première fois tenter par l'expérience afin de transposer à l'écran cette histoire démoniaque sur fond de satanisme. Puisque l'on apprendra en cours de récit que la demeure fut bâtie par un adepte de sorcellerie chassé de Salem. Sans subtilité mais avec une modeste efficacité, le réalisateur émaille son intrigue d'évènements inexpliqués afin de distiller angoisse et tension. A l'instar des différents amis de la famille Lutz venus leur rendre visite mais aussitôt épris de malaise physique et psychologique lorsqu'il aborde la devanture de la maison. Quand au couple Lutz soudé par les liens du mariage, leur relation va peu à peu se désagréger lorsque Georges va adopter un comportement irascible après s'être réveillé chaque nuit à 3h15 du matin ! (l'heure du crime à laquelle De Feo sombra dans la démence !). D'autres incidents plus inquiétants ou brutaux (la nourrice enfermée dans le placard, le prêtre assiégé de mouches et chassé de la demeure par une voix maléfique, la découverte du puits dans la cave) sont aussi de la partie afin d'exacerber le caractère délétère de la demeure, quand bien même la fille des Lutz est étrangement férue d'amitié avec son personnage invisible, Jodie. Quand à la dernière nuit redoutée, le couple en désarroi finit par s'affronter au corps à corps (Kathy étant persuadée que son époux est possédé par l'esprit de DeFeo !) avant que les murs ne ruissellent de sang et les fassent fuir de leur maison ! Correctement réalisé et pourvu d'une interprétation totalement impliquée dans les enjeux surnaturels, Amityville réussit à rendre attachante une intrigue éculée mais suffisamment prenante et élaborée avec efficacité pour se prêter gentiment au jeu. Et pour parachever, de vanter également l'aspect colonial de la demeure provoquant chez nous un réel sentiment d'insécurité lorsque l'on observe son étrange façade.  


Si Amityville, la Maison du Diable est loin de rivaliser avec les grands classiques du genre car ne provoquant jamais l'effroi, il s'avère tout de même conçu avec sincérité dans sa tentative appliquée de rendre plausible un cas de maison hantée. La bonne volonté des comédiens, l'architecture insolite de la demeure ainsi que le thème lancinant de Lalo Schifrin réussissent finalement à instaurer un climat anxiogène sous-jacent.  

Bruno Matéï
5èx

lundi 21 juillet 2014

LIFEFORCE

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site Notrecinema.com

de Tobe Hooper. 1985. U.S.A. 1h54 (version intégrale). Avec Steve Railsback, Peter Firth, Frank Finlay, Mathilda May, Patrick Stewart, Michael Gothard, Nicholas Ball, Aubrey Morris, Nancy Paul, John Hallam, John Keegan.

Sortie Salles France: 18 Septembre 1985. U.S: 21 Juin 1985

FILMOGRAPHIE: Tobe Hooper est un réalisateur américain né le 25 Janvier 1943 à Austin (Texas)
1969: Eggshells, 1974: Massacre à la Tronçonneuse, 1977: Le Crocodile de la Mort, 1979: The Dark (non crédité), 1981: Massacre dans le Train Fantome, 1982: Poltergeist, 1985: Lifeforce, 1986: l'Invasion vient de Mars, Massacre à la Tronçonneuse 2, 1990: Spontaneous Combustion, 1993: Night Terrors, 1995: The Manglers, 2000: Crocodile, 2004: Toolbox Murders, 2005: Mortuary, 2011: Roadmaster.


Série B à gros budget mésestimée à sa sortie, d'autant plus desservie par son échec commercial, Lifeforce s'est depuis taillé une réputation de petit classique de la science-fiction horrifique pour son judicieux alliage des genres. Lors d'une mission spatiale, le colonel Tom Carlsen et son équipage explorent un vaisseau spatial réfugié dans la comète de Halley. A l'intérieur, ils y découvrent trois êtres d'apparence humaine enfermés dans des caissons de verre. Ces sujets dénudés s'avèrent de redoutables vampires de l'espace déterminés à conquérir notre monde en se nourrissant de notre force vitale. Nanar pour les uns, divertissement du samedi soir pour les autres, Lifeforce ne manque pourtant ni de moyens techniques ni d'idées retorses pour captiver le spectateur embarqué dans une trépidante course contre la montre où se télescopent vampires extra-terrestres et zombies en rut. 


D'après le roman de Colin Wilson, le film bénéficie d'une trame originale afin d'explorer le mythe du vampire dans un contexte futuriste ! Son aspect insolite émanant de l'origine stellaire à laquelle ces vampires appartiennent. Il tire parti d'une indéniable efficacité à multiplier leurs exactions meurtrières afin de converger à une réaction en chaîne produisant une pandémie dans un Londres en flammes ! Soutirés de leur substance vitale par le simple acte d'un baiser, les citadins possédés se contraignent à leur tour d'embrasser d'autres proies afin de survivre et sauvegarder la race extra-terrestre. Avec la présence angélique de la française Mathilda May, Lifeforce est notamment guidé par son aura ensorcelante, son appétit insatiable à dérober nos forces vitales afin de nous anéantir et conquérir notre planète. Filmée dans son plus simple appareil, l'actrice dévoile un charme de sensualité à damner un saint ! Sa présence charnelle mais délétère s'érige en icone du Mal pour nous convaincre de sa puissance vampirique à connotation sexuelle. Car au-delà de ses ambitions belliqueuses, la vamp recherche également un mâle afin de satisfaire ses désirs, pallier sa solitude et anticiper sa postérité ! A travers l'impuissance des hommes incapables de refréner leur émotion pour résister à son baiser, on peut y voir une métaphore sur la nature vampirique de la femme et leur instinct éminemment séducteur ! Si on peut émettre quelques réserves sur le jeu cabotin (mais oh combien attachant !) de chacun des seconds-rôles, Mathilda May se tire honorablement de son rôle laconique en misant sur l'attrait d'un corps immaculé doublé d'un regard pénétrant ! 


Récit audacieux brassant les genres de science-fiction, d'érotisme et d'horreur, Lifeforce réussit à divertir grâce à l'élaboration d'un scénario aussi original que captivant car riche en péripéties. 
Le soin alloué aux effets-spéciaux (même si aujourd'hui leur aspect mécanique peut paraître obsolète !) et aux décors futuristes (le préambule confiné au sein du vaisseau spatial insuffle une poésie trouble !), et l'implication sympathique des comédiens parachèvent le spectacle d'une série B éminemment charmante. 

Bruno Matéï
4èx

vendredi 18 juillet 2014

PARENTS. Prix de la Critique, Avoriaz 1989

                                                                               Photo empruntée sur Google, appartenant au site cinedemedianoche.cl

de Bob Balaban. 1989. U.S.A./Canada. 1h22. Avec Randy Quaid, Mary Beth Hurt, Sandy Dennis, Bryan Madorsky, Juno Mills-Cockell.

Récompense: Prix de la critique à Avoriaz, 1989

Sortie salles France: 22 Janvier 1989 (Festival d'Avoriaz). U.S: 27 Janvier 1989

FILMOGRAPHIE: Bob Balaban est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain, né le 16 Août 1945 à Chicago.
1983: The Brass Ring (télé-film). 1989: Parents. 1992: Amazing Stories: Book Five (épisode TV). 1993: My Boyfriend's Back. 1994: The Last good Time. 1995: Legend (série TV). 1997: Subway Stories: tales from the Underground (télé-film). 1999: Strangers with Candy (série TV). 1999: Un Agent très secret (série TV). 2000: Deadline (série TV). 2001: Temps mort (série TV). 2004: No Joking (télé-film). 2005: Hopeless Pictures (série TV). 2005: The Exonerated (télé-film). 2007: Bernard et Doris (télé-film). 2008: Swington (série TV). 2009: Georgia O'Keefe (télé-film).


Traitant du thème de la fragilité de l'enfance, à l'instar de son compère Paperhouse, communément récompensés à Avoriaz, Parents n'a pas usurpé sa réputation de perle culte vantée à l'époque dans les pages de Mad Movies et mags spécialisés. Le redécouvrir aujourd'hui prouve à quel point le film Bob Balaban (réalisateur méconnu issu de la télévision) était pourvu d'une audace rafraîchissante au sein du paysage horrifique. Michael est un petit garçon fragile observant la vie avec autant de curiosité que de perplexité. Car le comportement suspect de ses parents l'amène à penser qu'ils pourraient être adeptes du cannibalisme. 


Sous couvert de pitch original baignant dans l'humour noir et la satire sociale, Parents est avant tout l'étude psychanalytique d'un enfant en perte de repère car découvrant le monde inquiétant des adultes sous un jour nouveau. Du point de vue de sa conscience candide, Michael observe l'existence de ses parents sous un aspect autrement vénal après les avoir surpris dans leur lit entrain de forniquer. Et ce n'est pas l'influence perverse de sa copine d'école, une mythomane intarissable, qui va le réconforter dans sa paranoïa grandissante. Au fil de ses observations quotidiennes, son investigation va finalement le mener à la plus horrible des vérités au point de devenir adepte du végétarisme. A travers les éléments horrifiques du cannibalisme et de la perversité, Bob Balaban satirise en diable afin de nous dévoiler l'envers du décors. Celui de la face cachée d'une Amérique d'apparence puritaine mais corrompue par le mensonge et le vice. Avec son ambiance d'étrangeté aussi décalée que dérangeante, le réalisateur nous assène une caricature de la cellule familiale habitée par le cynisme et la passion culinaire, celle de la chair humaine ! Autour de l'introspection fragile de Michael, un climat lourd et oppressant s'y distille, contrebalancé avec l'attitude ironique de parents faussement rassurants. Non dupe de leur hypocrisie, Michael bascule dès lors dans un cauchemar domestique où le danger toujours plus palpable va l'amener à se rebeller contre l'autorité rendue hostile à ses yeux. Outre sa réalisation soignée et inventive parfois expérimentale, Parents est largement privilégié par la conviction des interprètes (en parents autoritaires, Randy Quaid et Mary Beth Hurt forment un duo indissociable !). Mais c'est surtout la présence introvertie de Bryan Madorsky qui renforce l'intensité des situations, car endossant avec un naturel trouble un enfant gagné par la contrariété et la quête de découverte.


American Beauty
Malsain et oppressant, dérangeant et cruel (l'épilogue n'y va pas de main morte pour martyriser une fois de plus le bambin !), mais redoublant de dérision et de cocasserie, Parents n'a rien perdu de son insolence et de sa force métaphorique à démasquer l'aspect vénal de la maturité. Celle de l'adulte ayant comme principale priorité de se nourrir de son prochain afin d'y survivre.

Bruno Matéï 
3èx

jeudi 17 juillet 2014

DARK WATERS

                                                                 Photo appartenant à Bruno Matéï

de Mariano Baino. 1993. 1h32. Russie / Italie / Angleterre. Avec Valeri Bassel, Mariya Kapnist, Louise Salter, Venera Simmons, Pavel Sokolov.

Sortie salles: 16 Avril 1997

Récompenses: Prix du Public à Montréal, 1997. Vincent Price Award à Rome, 1994.

FILMOGRAPHIE: Mariano Baino est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 17 Mars 1967 à Naples, Italie.
1991: Caruncula (court métrage). 1993: Dark Waters. 2004: Never Ever After (court-métrage). 2010: Based on a true life (court-métrage).


Inédit en salles en France et préalablement sorti en Dvd dans une édition somme toute banale, Dark Waters est le genre de film indépendant desservi par l'ignorance mais dont le bouche à oreille l'aura finalement acheminé vers la perle rare. Aujourd'hui, l'étendard Ecstasy of Films nous fait l'honneur de l'exhumer de sa torpeur dans une copie resplendissante afin de respecter le travail formel accompli par son auteur. Qui plus est, le film nous est aujourd'hui présenté dans une version Director's cut inédite en France et accompagnée de bonus. Je vous recommande d'ailleurs le documentaire "Deep into Dark Waters" revenant sur les conditions de tournage parmi l'équipe technique. Après la mort de son père, Elisabeth se rend sur une île afin d'en connaître un peu plus sur le couvent qu'il finançait depuis son enfance. Sur place, elle y fait la rencontre d'une étrange communauté de nonnes au comportement indéchiffrable. 



Pour son premier et unique essai, l'italien Mariano Baino nous invite à un cauchemar éveillé, un poème sensoriel, une fantaisie morbide d'"Alice au pays des merveilles" égarée dans l'obscurité de chants mortuaires ! Ceux de pleurs de bambins mêlés au braillement d'une créature Lovecraftienne résonnant du fond des catacombes. Envoûtant et déroutant d'un bout à l'autre, Dark Waters est une épreuve fantasmatique hantée par l'aura funeste où chaque image onirique s'imprègne de notre âme pour tenter de nous séduire. Dans la lignée du cinéma d'Argento pour la stylisation d'une imagerie picturale au service d'un onirisme ésotérique, ou celui de Jodorowski pour son côté mystique, dérangeant et provocateur, le film n'est qu'une succession de péripéties diaphanes au fil du cheminement indécis d'Elisabeth. Hantée par d'étranges rêves depuis son enfance et cherchant l'origine de son passé à l'intérieur de ce couvent, c'est un secret de famille auquel elle va devoir se confronter parmi l'entremise des ténèbres. A travers ce huis-clos occulte régi par une assemblée majoritairement féminine et dans la caractérisation fragile de l'héroïne, on peut songer à l'opéra lyrique Suspiria. Notamment à travers sa progression initiatique lorsqu'elle tente de percer le mystère qui entoure ce couvent ! C'est également un soir de pluie qu'Elisabeth arrive dans cet endroit aussi inquiétant qu'attirant et c'est avec le soutien d'une camarade qu'elle va essayer de clarifier sa situation. Sensoriel, insolite, baroque et expérimental, Dark Waters privilégie lui aussi l'extravagance d'une bande-son à contrepoint, le délire visuel et les personnages interlopes plutôt que la futilité d'une intrigue finalement prévisible.


Elisabeth aux Enfers
En créateur d'images oniriques et morbides, Mariano Baino a accompli avec Dark Water un chef-d'oeuvre pictural où l'art gothique et l'expressionnisme ont fusionné afin de parfaire le poème incandescent. A l'instar des bougies qui illuminent chaque catacombes, Dark Water est une invitation au voyage, une odyssée naturaliste avec les ténèbres, une quête initiatique d'une fille confrontée à sa propre morale. Celui de son cheminement spirituel, son combat intrinsèque à favoriser sa nature du bien ou du mal.

Merci à Ecstasy of Films et à Mariano Baino
Bruno Matéï

mercredi 16 juillet 2014

INCENDIES

                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site atlasmedias.com

de Dennis Villeneuve. 2010. Quebec. 2h10. Avec Lubna Azabal, Mélissa Désormeaux-Poulin, Maxim Gaudette, Rémy Girard, Abdelghafour Elaaziz, Allen Altman.

Sortie salles France: 12 Janvier 2011. U.S: 22 Avril 2011

FILMOGRAPHIE: Denis Villeneuve est un scénariste et réalisateur québécois, né le 3 octobre 1967 à Trois-Rivières.
1996: Cosmos. 1998: Un 32 Août sur terre. 2000: Maelström. 2009: Polytechnique. 2010: Incendies. 2013: An Enemy. 2013: Prisoner


Réalisateur prodige reconnu du public par le thriller haletant, Prisoners, Denis Villeneuve avait pourtant déjà prouvé son talent de technicien avisé avec Enemy, thriller personnel autrement hermétique sur le thème du double, et le film qui nous intéresse aujourd'hui, Incendies.


Drame psychologique dénonçant les horreurs de la guerre, l'obscurantisme, l'instinct de vengeance et le fanatisme religieux, Incendies relate la quête de vérité de deux jumeaux fouinant le passé de leur défunte mère afin de rencontrer un père et un frère qu'ils n'ont jamais connu. Contraints de leur remettre deux enveloppes, Jeanne décide de regagner son pays d'origine, la Palestine, avant que son frère Simon ne la rejoigne. Alternant évènements du présent et du passé à travers de nombreux flash-back, Dennis Villeneuve met en parallèle leur périple et leur investigation de longue haleine dans un pays marqué par la violence de tensions religieuses, tout en retraçant le douloureux parcours de cette mère catholique, abdiquée par sa propre famille après avoir eu l'audace de fréquenter un jeune musulman. A travers ces secrets de famille bafoués par l'intolérance et la barbarie de conflits entre chrétiens et musulmans, le cinéaste dépeint le chemin de croix d'une femme violentée et humiliée, réduite à la déchéance, mais d'une dignité insolente dans sa stoïcité à ne pas se laisser vaincre par la défaite. Quand au cheminement imprécis de Jeanne et Simon, de fil en aiguille, et avec le soutien d'aimables enquêteurs, ils vont réussir à percer la vérité sur leur mère au moment même d'être bouleversés par leur véritable identité. Autour de ce trio galvaudé par la vendetta et le terrorisme, le frère méconnu pâtira notamment de sa révolte belliqueuse avant de se confronter à une révélation des plus licencieuses.


Outre le magnifique portrait maternel asséné à cette femme inflexible, Incendies nous illustre avec autant de retenue que de réalisme éprouvant sa descente aux enfers et celle de ses enfants de la honte. Autour des sentiments d'injustice, de haine et de révolte engendrés par les divergences de religion, Dennis Villeneuve décortique les conséquences dramatiques de la rancoeur et de la vengeance avant de nous réconcilier avec les notions d'amour, de paix et de pardon. Un témoignage éminemment bouleversant pour cette oeuvre fragile dont le climat austère et étouffant nous reste à la gorge bien au-delà du générique de fin. 

Bruno Matéï

Récompenses:
35e Festival international du film de Toronto (Toronto), meilleur film canadien
30e Festival international du film de l'Atlantique (Halifax), meilleur film canadien
25e Festival international du film francophone de Namur (Belgique), prix du public
55e Semaine du cinéma international de Valladolid (Espagne), prix du public, prix du meilleur scénario et prix du jury des jeunes
26e Festival du film de Varsovie (Pologne), Grand prix du jury
40e Festival international du film de Rotterdam (Pays-Bas), prix du public
Prix du Centre national des Arts du Canada
31e Prix Genie, huit statuettes :
Meilleur film
Meilleure réalisation
Meilleur actrice (Lubna Azabal)
Meilleure adaptation
Meilleure direction-photo
Meilleur son d'ensemble
Meilleur montage sonore
Meilleur montage
13e cérémonie des Jutra, neuf prix :
Meilleur film
Meilleure réalisation : Denis Villeneuve
Meilleure actrice : Lubna Azabal
Meilleur scénario : Denis Villeneuve, avec la collaboration de Valérie Beaugrand-Champagne
Meilleure direction de la photographie : André Turpin
Meilleure direction artistique : André-Line Beauparlant
Meilleur son : Sylvain Bellemare, Jean Unamsky et Jean-Pierre Laforce
Meilleur montage : Monique Dartonne
Meilleurs costumes : Sophie Lefèbvre
Prix Lumières 2012 : Meilleur film francophone
Meilleure actrice au Magritte du cinéma

mardi 15 juillet 2014

HORRIBLE (Rosso sangue / Absurd / Antropophagus 2)

                                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site bloodygoodhorror.com

de Joe d'Amato / Peter Newton. 1981. 1h38. Italie. Avec George Eastman, Annie Belle, Charles Borromel, Katya Berger, Kasimir Berger, Hanja Kochansky, Ian Danby, Ted Rusoff, Edmund Purdom, Carolyn De Fonseca, Cindy Leadbetter, Lucia Ramirez, Mark Shannon, Michele Soavi, Martin Sorrentino, Goffredo Unge.

Sortie salles France: 6 Juillet 1983. Italie: Octobre 1981

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Joe d'Amato (né Aristide Massaccesi le 15 décembre 1936 à Rome, mort le 23 janvier 1999) est un réalisateur et scénariste italien.
1977 : Emanuelle in America, 1977 : Viol sous les tropiques, 1979: Buio Omega (Blue Holocaust), 1980: Anthropophagous, La Nuit Erotique des morts-vivants, Porno Holocaust, 1981: Horrible, 1982: 2020, Texas Gladiator, Caligula, la véritable histoire, Ator l'invincible, 1983: Le Gladiateur du futur.


Un an après le succès d'Anthropophagous, Joe D'Amato rempile avec le slasher spaghetti afin de parfaire une déclinaison encore plus gore que son modèle. Recrutant à nouveau l'acteur Georges Eastman, Horrible pourrait presque faire office de suite puisque le tueur ressemble à s'y méprendre au cannibale affamé de chair humaine. A la différence près qu'ici, il est uniquement épris de folie meurtrière pour le plaisir de tuer, quand bien même, on ne sait par quel miracle, il réussit à se régénérer rapidement de ses graves blessures. Paradoxalement, après avoir été pourchassé par un prêtre, c'est également éventré qu'on le retrouve après qu'il eut escaladé la grille d'un portail. Qui plus est, sa nationalité grecque et son exil précipité à l'étranger laisse suggérer qu'il s'agirait de notre anthropophage. 


Pourvu d'un pitch aussi ridicule qu'improbable, Joe D'Amato ne s'embarrasse pas de cohérence pour illustrer la dérive meurtrière d'un tueur fou échappé d'un hôpital. Après avoir tué une infirmière, un ouvrier d'entretien et un motocycliste, l'homme part se diriger vers la campagne pour épier en dernier lieu une demeure familiale. C'est dans cette maison reculée qu'il décide de s'y introduire pour s'en prendre à un enfant, une nourrice et une tétraplégique restés seuls à l'intérieur. Titre racoleur on ne peut mieux approprié, Horrible surfe sans complexe sur une horreur pornographique, dans le sens où l'insignifiance du scénario n'est qu'un prétexte pour aligner en intermittence quelques scènes gores aussi gratinées que putassières. A l'instar de cette jeune femme prise à parti dans sa cuisine pour être finalement enfournée par la tête ! Sans doute la séquence la plus intense tant la victime tuméfiée invoque le supplice d'une asphyxie interminable face à la combustion ! D'autres meurtres réjouissent également par leur aspect cradingue (zoom à l'appui !), tel le crane d'un malheureux fendu à la scie circulaire ou le tympan d'une femme transpercée à la perceuse. Comme dans Anthropophagous, les comédiens inexpressifs s'avèrent aussi apathiques dans leur comportement hagard, mais la palme du plus mauvais tâcheron en revient inévitablement au mioche de 6 ans surjouant l'exubérance dans ses crises capricieuses et de terreur anxiogène. Beaucoup plus présent à l'écran, Georges Eastman cabotine ici en diable dans sa qualité de tueur sanguinaire insufflant avec sérieux un regard ahuri dans ses éclairs de violence ! Quand à l'ambiance putrescente qui faisait le sel d'Anthropophagous, elle est ici esquivée au profit d'une angoisse sous-jacente laissant transparaître en dernier acte une terreur haletante (le jeu de cache-cache entamé entre le tueur, l'enfant, la nourrice et la tétraplégique multiplie péripéties de survie et confrontations sanglantes !).


Mieux rythmé qu'Anthropohagous mais encore plus absurde dans sa narration (comme son titre US le suggérait !) et moins atmosphérique, Horrible privilégie l'horreur sanglante et l'action haletante culminant son apothéose en interne du huis-clos. En dépit de tous ces défauts inhérents à l'entreprise Z, il s'avère plutôt ludique et jouissif, d'autant plus qu'une fois encore le charme de son score métronomique et la simplicité des effets gores font toujours mouche dans leur impact aussi bien spectaculaire que racoleur. 

Bruno Matéï
15.07.14
06.03.11
4èx