de Kevin Macdonald. 2013. Angleterre. 1h41. Avec Saoirse Ronan, Tom Holland, Anna Chancellor, George MacKay, Corey Johnson, Sophie Ellis, Harley Bird.
Sortie salles France: 12 Mars 2014. Angleterre: 4 Octobre 2013
FILMOGRAPHIE: Kevin Macdonald est un réalisateur, scénariste et producteur écossais, né le 28 Octobre 1967 à Glasgow.
2003: La Mort Suspendue. 2006: Le Dernier roi d'Ecosse. 2009: Jeux de pouvoir. 2011: L'Aigle de la 9è Légion. 2013: How I live now. 2014: Black Sea.
Un dĂ©chirant coup de đź’”…
How I Live Now, c’est l’histoire de Daisy, adolescente amĂ©ricaine, venue passer l’Ă©tĂ© chez ses cousins dans la campagne anglaise. LĂ , elle se lie d’affection — d’amour, peut-ĂŞtre — avec le jeune Isaac. Mais une troisième guerre mondiale Ă©clate. SĂ©parĂ©s par les forces armĂ©es, en deux groupes distincts, Daisy lui jure de revenir. De le retrouver, quand le moment viendra.
Ce film fait partie de ces curiositĂ©s dont le pitch usĂ© pourrait, de prime abord, faire hausser les Ă©paules. Et pourtant… Il est ici transcendĂ© avec un lyrisme fragile, une Ă©motion dĂ©pouillĂ©e, d’une grâce telle qu’on en ressort transformĂ©. Kevin Macdonald livre une Ĺ“uvre d’auteur sans balises, sans repères rassurants, Ă l’image de ses hĂ©roĂŻnes. Tout n’est que tâtonnement, instinct de survie, et menace latente, tapie dans les dĂ©tours de chemins incertains.
Ce sentiment d’abandon, cette vulnĂ©rabilitĂ© adolescente, s’incarnent Ă travers des comĂ©diens d’une pudeur bouleversante. L’Ă©motion surgit lĂ oĂą on ne l’attend pas : tantĂ´t poignante, tantĂ´t cruelle. Sous couvert d’un contexte apocalyptique, le rĂ©alisateur esquisse avec pudeur les ravages de la guerre — non pas frontalement, mais en suggĂ©rant, par les silences et les hors-champs, l’empreinte du dĂ©sastre. Il filme la barbarie avec une retenue glaçante, en se focalisant sur les stigmates laissĂ©s dans l’environnement, sur les paysages souillĂ©s, les ruines intimes, les traumatismes invisibles.
Jamais racoleur, jamais dans la surenchère larmoyante, Macdonald bouscule l’âme Ă travers une guerre vue Ă hauteur d’enfant. L’innocence fauchĂ©e. L’adolescence sacrifiĂ©e. Le film devient alors le rĂ©cit dĂ©chirant du pĂ©riple de Daisy et de la petite Piper, en quĂŞte d’un havre, d’un amour perdu, d’une terre vierge — entre survie animale et foi aveugle en la lumière.
La nature, filmĂ©e comme un Eden sensoriel, enveloppe leurs corps frĂŞles et tremblants. Mais la beautĂ© de ce cadre n’a d’Ă©gal que la violence qui le ronge : exactions, viols collectifs, effroi sans nom — tout cela percute de plein fouet l’innocence en marche. Ce contraste vertigineux entre puretĂ© et souillure installe un malaise profond, viscĂ©ral, qui nous dĂ©sarme. Le spectateur vacille, happĂ© entre l’Ă©clat d’une virginitĂ© menacĂ©e et les mâchoires d’une brutalitĂ© rampante, que le cinĂ©aste manie avec une sincĂ©ritĂ© dĂ©sarmante.
Hymne Ă l’indĂ©pendance, ode Ă l’harmonie primordiale, poème d’amour et de mort, How I Live Now est une Ĺ“uvre houleuse, cruelle, viscĂ©rale. Un chef-d’Ĺ“uvre naturaliste d’une acuitĂ© douloureuse — Ă l’image de sa dĂ©livrance finale, aussi traumatique qu’Ă©purĂ©e.
*BrunoUn grand merci Ă Pascal Frezzato et Gilles Rolland




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