mardi 29 juillet 2014

Django

                                       Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site orangemonkeymusic.wordpress.com

de Sergio Corbucci. 1966. Italie/Espagne. 1h32. Avec Franco Nero, José Bodalo, Loredana Nusciak, Angel Alvarez, Eduardo Fajardo, Jimmy Douglas.

Sortie salles Italie: 6 Avril 1966. Espagne: 21 Septembre 1967

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Sergio Corbucci est un rĂ©alisateur et scĂ©nariste italien, nĂ© le 6 DĂ©cembre 1927 Ă  Rome, dĂ©cĂ©dĂ© le 1er DĂ©cembre 1990. 1962: Romulus et Remus. 1963: Danse Macabre (co-rĂ©alisĂ© avec Antonio Margheriti). 1966: L'Homme qui rit. 1966: Django. 1966: Ringo au pistolet d'or. 1966: Navaja Joe. 1968: Le Grand Silence. 1969: Le SpĂ©cialiste. 1970: Companeros. 1972: Mais qu'est ce que je viens foutre au milieu de cette rĂ©volution ? 1978: Pair et Impair. 1980: Un DrĂ´le de flic. 1981: Salut l'ami, adieu le trĂ©sor. 1989: Night Club.


Sorti en pleine mouvance du western italien initiĂ© par Sergio Leone avec Pour une PoignĂ©e de dollars, Django va Ă©galement remporter un succès commercial foudroyant et rĂ©vĂ©ler aux yeux du public un acteur aussi charismatique que Clint Eastwood, Franco Nero (alors que le rĂ´le Ă©tait imparti Ă  Mark Damon). Fort de ce succès, un nombre incalculable d'ersatz empruntera le titre afin d'en tirer autant profit. Rivalisant de cruautĂ© dans sa violence inĂ©dite, Sergio Corbucci annonce clairement la couleur rutilante dans ce western iconoclaste Ă  contre-courant des productions ricaines instaurĂ©es par le lyrisme de John Ford. Outre l'âpretĂ© de sa sauvagerie non exempte d'effusions gores (tranchage d'oreille en gros plan que la victime se contraint d'avaler !), c'est l'ambiance crasseuse qui frappe au premier abord Ă  travers la topographie d'un village boueux. La peinture assĂ©nĂ©e Ă  cette contrĂ©e Ă  faible population demeurant plutĂ´t dĂ©pressive de par l'atmosphère d'une mĂ©tĂ©o blafarde. Ainsi, au milieu de cette place mortifère, un croque-mort solitaire venu de nulle part trimbale avec lui un mystĂ©rieux cercueil. Après avoir sauvĂ© une jeune prostituĂ©e du major Jackson, ils dĂ©cident de trouver refuge dans un saloon dĂ©crĂ©pit gĂ©rĂ© par un proxĂ©nète. Mais son repos ne sera que de courte durĂ©e si bien que les sbires de Jackson sont en route pour lui trouer la peau. 


Redoutablement efficace car pourvu d'un rythme sans faille dans ces confrontations belliqueuses entre clans, bagarre de saloon et retournements de situation, le scĂ©nario de Django est rĂ©gi autour des subterfuges d'un veuf inconsolable jouant l'individualitĂ© afin de mieux parfaire sa vengeance. Mais Ă  se laisser gagner par la colère, la cupiditĂ© et trahir ses amis, Django devra en payer les consĂ©quences avant sa prise de conscience avec l'intĂ©gritĂ© d'une femme l'incitant Ă  la repentance. Et donc, Ă  travers le cheminement vindicatif de ce hĂ©ros sans foi ni loi, Sergio Corbucci joue la carte de la transgression pour caractĂ©riser un marginal intraitable et machiste, voir Ă  la limite de la misogynie (les humiliations sarcastiques qu'il rĂ©serve gratuitement Ă  Maria), ne comptant que sur ses stratagèmes pour vaincre l'ennemi. Car autour de lui s'affrontent l'armĂ©e de belligĂ©rants mexicains contre une secte de yankees racistes et sadiques encapuchonnĂ©s Ă  l'instar du Ku Klux Klan. Leur loisir fĂ©tiche: un lâcher de paysans mexicains en guise de chasse au pigeons, quand bien mĂŞme la gente fĂ©minine d'un bordel est assouvie Ă  sa tyrannie. En illustrant les bravoures d'un hĂ©ros stoĂŻque Ă  la rĂ©partie acĂ©rĂ©e, Sergio Corbucci taille la carrure d'un vengeur corrompu par sa justice expĂ©ditive mais rattrapĂ© in extremis par l'amour d'une femme au grand coeur.


Brutal, atmosphĂ©rique, jouissif en diable car fertile en action violente et adroitement construit, Django n'a pas volĂ© sa rĂ©putation de chef-d'oeuvre bisseux du western latin, mĂŞme s'il doit beaucoup au charisme viril du regard azur de Franco Nero et Ă  l'âpretĂ© de son climat funèbre. On en oublierait presque d'Ă©voquer son magnifique thème interprĂ©tĂ© par Franco Migliacci que Tarantino reprendra des dĂ©cennies plus tard afin de l'honorer dans une dĂ©clinaison Ă©loignĂ©e de l'univers fĂ©tide de Corbucci.   

*Bruno
21.03.23. 4èx

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