jeudi 26 février 2015

LE VOYEUR (Peeping Tom)

                                        Photo empruntée sur Google, appartenant au site discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.co

de Michael Powell. 1960. Angleterre. 1h41. Avec Karlheinz Böhm, Anna Massey, Maxine Audley, Moira Shearer, Esmond Knight, Michael Goodliffe, Jack Watson.

Sortie salles France: 21 Septembre 1960. Angleterre: 7 Avril 1960

FILMOGRAPHIE: Michael Powell est un réalisateur britannique, né le 30 septembre 1905 à Bekesbourne, décédé le 19 Février 1990 à Avening, Gloucestershire.
1937: A l'angle du monde. 1939: L'Espion noir. 1939: Le Lion a des ailes. 1940: Le Voleur de Bagdad. 1940: Espionne à bord. 1941: 49è parallèle. 1942: Un de nos avions n'est pas rentré. 1943: The Volunteer. 1943: Colonel Blimp. 1944: A Canterbury Tale. 1945: Je sais où je vais. 1946: Une Question de vie ou de mort. 1947: Le Narcisse Noir. 1948: Les Chaussons Rouges. 1948: The Small Back Room. 1950: La Renarde. 1950: The Elusive Pimpernel. 1951: Les Contes d'Hoffman. 1955: Oh! Rosalinda ! 1956: La Bataille du Rio de la Plata. 1956: Intelligence Service. 1959: Lune de Miel. 1960: Le Voyeur. 1961: The Queen's Guards. 1964: Le Château de Barbe-Bleue. 1966: They're a Weird Mob. 1969: Age of Consent.


"Selon l'analyse psychanalytique de Laura Mulvey, il existe deux sources principales de plaisir visuel au cinéma : la scopophilie et le narcissisme."

Traitant du thème de la scopophilie (ou scoptophilie), c'est à dire la pulsion sexuelle, le plaisir de regarder l'autre comme objet de plaisir qu'il soumet à son regard contrôlant, Le Voyeur relate la dérive obsessionnelle d'un serial-killer d'un genre particulier. Un cinéaste obsédé à l'idée de filmer l'agonie des femmes dans sa plus horrifiante expression. Par le biais d'un procédé technique astucieux dont je me tairai de vous révéler, Mark Lewis tue ses victimes à l'aide de sa caméra meurtrière. Car traumatisé dès son enfance par un paternel étudiant ses réactions de peur et de voyeurisme sexuel par l'entremise d'une caméra, Mark désire transcender ces travaux pour façonner un documentaire encore plus édifiant ! Supprimer la vie d'autrui et continuer d'inscrire sur pellicule l'expression de terreur la plus significative au moment suprême de la mort !


« La photo, c'est la chasse. C'est l'instinct de chasse sans l'envie de tuer. C'est la chasse des anges… On traque, on vise, on tire et clac ! Au lieu d'un mort, on fait un éternel. »

Discrédité par les critiques lors de sa sortie en raison de son climat malsain, ses traits d'humour noir et de son sujet déviant, impopulaire auprès du public préférant se ruer sur le cas schizophrène de Norman Bates dans Psychose, Le Voyeur pratique la mise en abyme lorsqu'il dépeint l'improbable portrait d'un cinéaste (et photographe de charme à ses heures perdues !) prisonnier de ses obsessions morbides. Sans jamais céder à une quelconque outrance, Michael Powell compte sur le climat malsain d'un environnement cinégénique et sur l'interprétation magnétique de Karlheinz Böhm pour nous entraîner dans un voyage au bout de la peur du point de vue du 7è art. Notamment en nous interpellant sur notre curiosité masochiste face à l'image interdite mais aussi sur nos pulsions sexuelles tributaires de notre instinct voyeuriste. Le pouvoir de l'écran est également mis en cause lorsque la victime ne peut s'empêcher d'observer la toile pour découvrir avec stupeur l'obscénité d'un snuf-movie ! Pire encore, par le biais de la mort en direct, Michael Powell révèle l'effet hypnotique de l'angoisse, cette terreur viscérale de succomber au trépas par le procédé d'un reflet de miroir ! Quoi de plus horrifiant que de contempler sa propre agonie ! Redoutablement pervers et troublant, le Voyeur traite également du fétichisme lorsque le tueur est incapable de se séparer de sa caméra car n'ayant comme seule attache sa passion artistique avec la volonté de surpasser l'illusion de la fiction. La quête du réalisme le plus intense, sa fascination pour la mort ("si la mort a un visage, elles l'ont toutes vues" exprimera-t'il à sa dernière victime !) le mèneront à une descente aux enfers irréversible où l'expiation sera son seul salut.


L'expression morbide au cinéma. 
Malsain et dérangeant mais redoutablement fascinant et inquiétant dans ses réflexions audacieuses sur la scoptophilie et notre rapport pervers face à l'image tapageuse, Le Voyeur redouble d'originalité pour inscrire sur pellicule le portrait d'une victime ébranlée par ses bas-instincts tout en suggérant la légende urbaine du snuff-movie ! Un chef-d'oeuvre iconoclaste et redoutablement lucide car traduisant par les névroses du tueur notre propre image voyeuriste !

Bruno Matéï
3èx

mercredi 25 février 2015

MASSACRE HOSPITAL (X-Ray/Hospital Massacre)

                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site downinthebasement.net

de Boaz Davidson. 1982. U.S.A. 1h28. Avec Barbi Benton, Chip Lucia, Jon Van Ness, John Warner Williams, Den Suries.

Sortie U.S: Avril 1982

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Boaz Davidson est un réalisateur américain, né le
1976: Lupo B'New York. 1978: Juke Box. 1979: La Boum Américaine. 1980: Graine d'Amour. 1981: Le Tombeur, le Frimeur et l'Emmerdeuse. 1981: Massacre Hospital. 1982: The Last American Virgin. 1983: Le Tombeur, le Frimeur et l'Allumeuse. 1986: Alex Holeh Ahavah. 1987: Dutch Treat. 1987: Mon Aventure Africaine. 1988: Salsa. 1988: Lool. 1990: Ochlim Lokshim. 1993: American Cyborg: Steel Warrior. 1994: Le Corps du Délit (télé-film). 1995: Lunarcop. 1997: Looking for Lola.


Slasher des Eighties surfant sur l'unité de lieu d'Halloween 2 et de Terreur à l'Hôpital central, tous deux sortis un an au préalable, Massacre Hospital réexploite le concept du huis-clos hospitalier lorsqu'une jeune patiente s'y retrouve piéger par l'intrusion d'un dangereux maniaque. Afin de nous suggérer l'identité du présumé coupable, le prologue nous aura signalé que 19 ans auparavant, la jeune Susan avait repoussé les avances amoureuses d'un de ses camarades, Harold, devant le témoignage de son petit ami de l'époque. Fou de jalousie, Harold assassina ce camarade par pendaison le jour de la saint-valentin ! (une scène-choc un peu audacieuse dans la finalité visuelle du meurtre infantile !). Aujourd'hui divorcée et mère d'une fille, elle part se rendre à l'hôpital pour y réclamer des examens, quand bien même un psychopathe est entrain d'empiler les exactions criminelles. Démunie et contrainte de rester cloîtrer dans sa chambre après le résultat inquiétant de ses analyses, elle va tenter par tous les moyens de lui échapper au mépris de la négligence du corps médical.


Un pitch superficiel car n'accordant aucune tension pour les estocades meurtrières ni surprises pour le cheminement de survie de l'héroïne réduite à l'impuissance de pouvoir convaincre son entourage qu'un odieux tueur est entrain de massacrer le personnel ! Jouant avec outrance décomplexée sur le profil des faux suspects et les situations d'angoisse en trompe-l'oeil, Boaz Davidson, réalisateur réputé de Teen movies grivois (Juke Box, La Boum Américaine, le Tombeur, le frimeur et l'Emmerdeuse, le Tombeur, le frimeur et l'Allumeuse), manipule le spectateur avec une dérision irritable car ne cessant de jongler avec l'ineptie de personnages extravagants et les ressorts dramatiques d'une ambiance faussement inquiétante, d'une diffusion de suspense infructueux et d'une horreur sanglante timidement impressionnante. Qui plus est, en n'accordant aucune cohérence au comportement imbécile des protagonistes et à l'autonomie improbable du tueur déambulant en toute tranquillité dans les couloirs de l'hôpital, Massacre Hospital sombre dans l'auto-parodie qu'un score guttural emphatique va vulgairement prononcer. On se demande d'ailleurs si le réalisateur n'a pas délibérément souhaité se moquer du genre avec cynisme dans les effets triviaux de situations horrifiques virant ici à la pantalonnade. Seul point positif à épargner du naufrage, l'interprétation d'ensemble tout à fait convaincante même si la plupart des comédiens sombrent inévitablement dans la caricature par leur fonction de pastiche.


Réfractaires aux Slashers prosaïques bas de plafond et (in)volontairement grotesques, Massacre Hospital est donc à occulter.

Bruno Matéï
3èx

mardi 24 février 2015

ANGEL

                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site discreetcharmsandobscureobjects.blogspot.co

de Robert Vincent O'Neill. 1984. U.S.A. 1h34. Avec Donna Wilkes, Cliff Gorman, Susan Tyrrell, Dick Shawnn Rory Calhoun.

FILMOGRAPHIE: Robert Vincent O'Neill est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain. 1969: Like mother like daughter. 1970: The Psycho Lover. 1970: Blood Mania. 1973: Wonder Women. 1976: Paco. 1984: Angel. 1985: Angel 2 (The Avenging angel).


Gros succès à sa sortie, tant en salles US que chez nous sous support VHS, Angel surfe sur l'exploitation des Vigilante Movies en vogue au début des eighties. Par le profil ombrageux du tueur et son ambiance nocturne d'une jungle urbaine hantée de détraqués et excentriques en tous genres, cette série B peut évoquer l'excellent Vice Squad de Sherman ou encore le non moins épatant New-York, 2 heures du matin de Ferrara. D'ailleurs, le film eut une telle renommée auprès du public que deux autres volets ont été mis en chantier en 85 et en 88. Ce dernier opus étant réalisé par Tom De Simone, un spécialiste du WIP à qui l'on doit Les Anges du Mal 2, Quartiers de Femmes, Chained ou encore Hell Night dans un domaine autrement horrifique. Le pitch se résume à la descente aux enfers d'une jeune collégienne, Angel, 16 ans, contrainte de se prostituer la nuit faute de démission parentale. En prime, un dangereux psychopathe commence à sévir dans le boulevard de Los-Angeles auquel elle pratique ses activités puisque l'une de ses amies est retrouvée sauvagement assassinée. Alors que la police enquête afin de le démasquer, le lieutenant Andrews s'intéresse d'un peu plus près aux activités illégales d'Angel logeant à l'enseigne d'un immeuble miteux et fréquentant des laissés pour compte.


B movie entièrement bâti sur le concept ludique d'un thriller horrifique mené tambour battant (poursuites et fusillades sanglantes à l'appui !), Angel réussit à susciter l'enthousiasme, notamment grâce à son habile dosage de cocasserie, de tendresse et de dramaturgie. Le récit assez efficace ne cessant de télescoper comportements loufoques de marginaux épris d'amitié pour Angel, tendresse poignante impartie à sa solitude existentielle, compassion d'un flic indulgent, et déambulation nocturne du serial-killer aux pulsions meurtrières erratiques. Si le film fait preuve d'un charme envoûtant dans sa photogénie insécurisante d'un Los Angeles illuminé de néons flashy, il doit également beaucoup de son attrait à la présence extravagante des seconds-rôles (un travelo gaillard, un retraité camouflé en Buffalo Bill, une garçonne braillarde), quand bien même Angel mène la danse avec fragilité et un sang froid toujours plus inflexible. Donna Wilkes se prêtant à merveille dans la peau d'une midinette à couettes bientôt submergée par sa rancoeur expéditive. A ce stade, il faut la voir manier de ses petites mains du gros flingue et courser sur un boulevard bondé de citadins un serial-killer déguisé en hindouiste pour mieux duper la police. Sur ce dernier point, et dans un jeu entièrement mutique, John Diehl compte sur la neutralité de son regard diaphane pour nous retransmettre l'expression dérangée d'un état d'âme sexuellement refoulé.


Thriller horrifique décomplexé par ses moult circonstances pittoresques, sa violence parfois cartoonesque (le carnage dans le commissariat, la poursuite urbaine au final homérique !) et ces instants de tendresse pour la caractérisation démunie d'une prostituée au grand coeur, Angel remplit aisément son contrat de produit d'exploitation dans une facture bisseuse irrésistiblement attractive. A l'instar de son score aux percussions stridentes et des trognes de secondes zone se prêtant au jeu avec une bonhomie communicative. Pour parachever, on ne manquera pas non plus de se réjouir de la stature pugnace d'une Bronson en jupe courte et de l'esthétisme rutilant d'un Los-Angeles noctambule livré aux meurtres et au racolage. 
A découvrir d'urgence pour tous les amoureux de Vigilante Movies, en attendant avec autant de plaisir coupable les opus 2 et 3 !

Toute mon affection à CONTREBANDE VHS
Bruno Matéï

lundi 23 février 2015

FOXCATCHER. Prix de la Mise en scène, Cannes 2014.

                                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site impawards.com

de Bennett Mille. 2014. U.S.A. 2h15. Channing Tatum, Mark Ruffalo, Steve Carell, Sienna Miller, Anthony Michael Hall, Guy Boyd, Vanessa Redgrave.

Sortie salles France: 21 Janvier 2015. U.S: 14 Novembre 2014

FILMOGRAPHIE: Bennett Mille est un réalisateur américain, né le 30 Décembre 1966.
2005: Truman Capote. 2011: Le Stratège. 2014: Foxcatcher.


Tiré d'une histoire vraie relatant le destin peu commun de deux champions de luttes, deux frères au caractère bien distinct mais à l'esprit sportif incorrigible, Foxcatcher aborde les thématiques de la jalousie, de la rancune, de l'échec personnel et du complexe d'infériorité autour des profils introvertis d'un milliardaire et d'un jeune lutteur en soif de reconnaissance. A la suite du compromis du richissime John du Pont, le jeune lutteur Mark Schultz reçoit l'opportunité de résider dans sa luxueuse demeure afin de pouvoir s'entraîner pour concourir aux jeux olympiques de Seoul de 1988. Si de prime abord, leur relation amicale est au beau fixe, l'attitude capricieuse de John du Pont, son penchant pour la cocaïne et son complexe d'autorité finissent par nuire à l'équilibre sportif de Mark Schultz. En prime, depuis l'arrivée du frère aîné de ce dernier, mentor de lutte affirmé, la relation houleuse du trio va adopter une tournure autrement plus complexe dans leurs rapports de force. 


Film dramatique d'une intensité poignante pour le portrait imparti à trois individus unifiés par la passion mais au style de vie contradictoire, Foxcatcher transfigure leur psychologie torturée parmi la sobriété de comédiens époustouflants de charisme renfrogné. Steve Carrel, méconnaissable, endossant dans une stature aussi rigide qu'impassible l'ambivalence d'un milliardaire rongé par la frustration. Celui de n'avoir jamais pu s'imposer aux yeux des autres comme un mentor reconnu et d'avoir été discrédité par une mère intolérante de sa passion sportive ! Secondé par Channing Tatum, l'acteur lui prête la vedette avec la modestie d'un caractère introverti. Un jeune lutteur aussi fragile que susceptible mais délibérément épris de gagne malgré l'humiliation d'un milliardaire faussement paternel. Enfin, Mark Ruffalo emprunte la carrure virile d'un père de famille aimant et celui d'un coach expérimenté toujours plus soucieux à veiller sur l'équilibre de son cadet en crise identitaire. Devant la caméra virtuose de Bennett Mille, ce trio maudit se dispute le pouvoir avec l'émotion de la réserve, faute de se plier à l'orgueil d'un rupin versatile et avant que les éclairs de violence ne prennent le pas sur la révolte.


Drame humain régit autour de l'échec personnel et de la solitude, réflexion sur l'affirmation de soi et le poids de la jalousie, Foxcatcher aborde ici le problème de la reconnaissance parmi la maîtrise d'une mise en scène épurée et le numéro de comédiens criants d'humanisme contrarié ! Une oeuvre subtile dans sa manière d'ausculter les fêlures intrinsèques de nos témoins, une confrontation d'autant plus intense et douloureuse que la tournure de son final dramatique s'affranchie de manière aussi soudaine qu'inopinée ! Du grand cinéma, humble et remarquablement conté. 

Remerciement à Pascal Frezzato.
Bruno Matéï

RécompensesFestival de Cannes 2014 : Prix de la mise en scène pour Bennett Miller
Festival du film de Hollywood 2014 : Hollywood Ensemble Cast Award
American Film Institute Awards 2014 : top 10 des meilleurs films de l'année
Gotham Awards 2014 : Special Jury Award pour Steve Carell, Mark Ruffalo et Channing Tatum
Film Independent's Spirit Awards 2015 : Special Distinction Award pour Bennett Miller
National Society of Film Critics Awards 2015 : meilleur acteur dans un second rôle pour Mark Ruffalo (2e place)

    vendredi 20 février 2015

    THE TOWN THAT DREADED SUNDOWN

                                                                           Photo empruntée sur Google, appartenant au site traileraddict.com

    d'Alfonso Gomez-Rejon. 2014. U.S.A. 1h26. Avec Addison Timlin, Gary Cole, Edward Herrmann, Veronia Cartwright, Ed Lauter, Gracie Whitton, Joshua Leonard.

    Sortie salles U.S: 16 Octobre 2014

    FILMOGRAPHIE: Alfonso Gomez-Rejon est un réalisateur et producteur américain, né à Laredo, Texas.
    2014: The Town that dreaded sundown. 2015: Me and earl and the Dying Girl.


    Séquelle d'un slasher de 1976 inspiré de fait réels (d'autres évoqueront l'enseigne du Remake !), The Town that dreaded sundown relate les nouvelle exactions d'un copycat surnommé "le Fantôme" après que la population de l'Arkansas eut été témoin d'une vague de crimes inexpliqués 65 ans au préalable. Alors que son petit ami vient de se faire assassiner sous ses yeux à proximité d'un bois, Jami réussit in extremis à échapper à son tortionnaire. Avec l'aide de la police et d'un acolyte, elle décide de mener sa propre enquête qui l'orientera vers les origines du Fantôme. Dans la mouvance des slashers de commande, The Town that dreaded sundown tire assez bien son épingle du jeu grâce à l'efficacité d'une réalisation épurée et la flamboyance d'une photo à tomber à la renverse. C'est bien là les qualités premières que l'on peut lui prôner tant le film regorge de trouvailles visuelles dans ses cadrages tarabiscotés quand bien même le cinéaste nous façonne des séquences surréalistes souvent imprégnées d'onirisme crépusculaire (la poursuite nocturne dans les champs culminant avec l'apparition sardonique d'un épouvantail sous un clair de lune, l'agression dans la décharge ou celle en externe de l'hôtel !). 


    Si le scénario sans surprise se contente de structurer une investigation de longue haleine régentée par l'héroïne, l'énigme centrée sur l'ambiguïté d'une filiation s'avère assez convaincante même si son final à rebondissement pèche un peu par outrance quant à l'identification du tueur (on peut aussi l'accepter comme un clin d'oeil amusé aux slashers des années 80 !). Pratiquant également la mise en abîme afin de rendre hommage à son modèle, on sent que Alfonso Gomez-Rejon est motivé à respecter la première mouture de 76 lorsque le film est par exemple diffusé à plusieurs reprises dans un drive-in ou dans l'intimité d'un foyer, et lorsque Jami et son compagnon partent à la rencontre du fils du cinéaste où affiches et goodies sont éparpillés sur les murs. Le fantôme du film de Charles B. Pierce semble alors déteindre sur la pellicule d'Alfonso Gomez-Rejon ! Outre la dextérité d'un montage nerveux et d'un esthétisme stylisé littéralement prégnant, l'impact sanglant des meurtres réguliers se pare d'une brutalité taillée dans le réalisme, voire notamment d'une originalité pour l'audace de certaines mises à mort. Enfin, l'héroïne juvénile endossée par Addison Timlin élude intelligemment la caricature de la potiche décervelée dans sa fonction de victime traquée puis d'investigatrice, ou dans son héroïsme de dernier ressort, à l'instar du prologue meurtrier hétérodoxe et d'une poursuite finale assez homérique ! 


    Loin de révolutionner le genre, The Town that dreaded sundown compte sur la forme pour impressionner (et séduire !) le spectateur dans le cadre d'un psycho-killer efficacement géré malgré sa défaillance narrative. Mais le charisme inquiétant du fantôme masqué, la fulgurance de sa photo stylisée, l'onirisme macabre qui émane de certaines séquences horrifiques et sa bande-son incisive le configurent au dessus de la moyenne du genre. 

    Remerciements à Cid Orlandou, Isabelle Rocton et Otto Rivers
    Bruno Matéï

    jeudi 19 février 2015

    AMERICAN SNIPER

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site indiatoday.intoday.in

    de Clint Eastwood. 2014. U.S.A. 2h12. Avec Bradley Cooper, Sienna Miller, Jake McDorman, Luke Grimes, Kyle Gallner, Keir O'Donnell, Eric Close.

    Sortie salles France: 18 Février 2015. U.S: 16 Janvier 2015

    FILMOGRAPHIE: Clint Eastwood est un acteur, réalisateur, compositeur et producteur américain, né le 31 Mai 1930 à San Francisco, dans l'Etat de Californie.
    1971: Un Frisson dans la Nuit. 1973: L'Homme des Hautes Plaines. 1973: Breezy. 1975: La Sanction. 1976: Josey Wales, Hors la Loi. 1977: L'Epreuve de Force. 1980: Bronco Billy. 1982: Firefox, l'arme absolue. 1982: Honkytonk Man. 1983: Sudden Impact. 1985: Pale Rider. 1986: Le Maître de Guerre. 1988: Bird. 1990: Chasseur Blanc, Coeur Noir. 1990: Le Relève. 1992: Impitoyable. 1993: Un Monde Parfait. 1995: Sur la route de Madison. 1997: Les Pleins Pouvoirs. 1997: Minuit dans le jardin du bien et du mal. 1999: Jugé Coupable. 2000: Space Cowboys. 2002: Créance de sang. 2003: Mystic River. 2004: Million Dollar Baby. 2006: Mémoires de nos pères. 2006: Lettres d'Iwo Jima. 2008: L'Echange. 2008: Gran Torino. 2009: Invictus. 2010: Au-delà. 2011: J. Edgar. 2014: Jersey Boys. 2015: American Sniper.


    Pris dans la tourmente d'une guerre irakienne impitoyable et chargé de relever plusieurs missions afin d'annihiler un dangereux terroriste, Chris Kyle finit par accéder à une réputation légendaire, à point tel que le camp ennemi s'est juré de mettre sa tête à prix. Outre le fait pour les Navy de mettre hors d'état de nuire un franc-tireur d'Al-Qaïda, l'absurdité des conflits est notamment compromise par la rivalité d'un redoutable sniper irakien aussi méticuleux dans son sens acéré de l'assassinat. Impression trouble et persistante d'avoir vécu quelque chose d'ambigu à la sortie de la projo du nouvel EastwoodAmerican Sniper distillant une aura de souffre pour l'empathie ambivalente allouée au héros américain. Un soldat destitué de son identité depuis la fin de ses missions car hanté par sa morale et brimé par l'insatisfaction de la victoire. Cet endoctrinement de la violence et de la perversion, comme celui d'hésiter à assassiner un enfant martyr, est établi du point de vue d'un tireur d'élite contraint d'éradiquer homme, femme ou bambin s'ils représentaient une menace létale pour les Navy Seals. Dans sa position de sniper à l'affût du moindre danger, Chris Kyle va au fil des mois essuyer honneur et bravoures tout en se portant témoin des horreurs de la guerre et comptabiliser les victimes des ses confrères sacrifiés au champ d'honneur.


    La manière subtile dont Eastwood aborde aujourd'hui le trauma de la guerre préconise le non-dit lorsqu'il s'agit d'ausculter le comportement névrosé du tueur d'élite prenant goût à la violence pour une cause d'assistance envers les démunis (une doctrine inculquée dès son plus jeune âge par son père !) et de patriotisme (aimer et servir la dignité de son pays). Observant le visage impassible de Bradley Cooper ciblant sa nouvelle proie avec une précision chirurgicale, juste avant d'exercer la détente, l'acteur réussit à imposer un jeu viscéral bâti sur le self-control mais aussi la prise de conscience redoutée de sacrifier l'innocence. Son parcours immoral, sa descente insinueuse aux enfers sont notamment désamorcées par la fatalité d'une ironie acerbe, celle d'un revirement aussi paradoxal qu'inopiné. Outre la virtuosité de sa mise en scène épurée ne sombrant jamais dans la complaisance de l'actionner bourrin, Clint Eastwood filme cette sale guerre avec la grande efficacité d'un montage rigoureux alternant guérillas cinglantes, accalmies de repos et intimité des rapports de couple. Sur ce dernier point, l'incertitude est aussi à l'appel lorsque le cinéaste s'attarde sur le retour au bercail de Chris littéralement hanté par ses démons et son accoutumance à l'exécution sommaire, quand bien même sa femme observe ses névroses avec une inquiétude prémonitoire. Ses épisodes intimistes inscrits dans l'aigreur, l'anxiété mais aussi le réconfort convergent à une conclusion lourde de sens dans sa réflexion admise sur la notion d'héroïsme ainsi que la répercussion de nos actions. 


    Baignant dans une atmosphère malsaine redoutablement insidieuse, on quitte American Sniper avec le poids de l'amertume d'avoir suivi le trajet introspectif d'un héros américain hanté par le regret de ses actes barbares et avant de succomber dans une destinée aussi absurde que sa posture glorifiante d'icone américain. Réfutant la carte de l'outrance dans sa représentation animale de la guerre, le dernier Eastwood risque de faire grincer certaines dents mais il s'agit à mon sens d'un réquisitoire, d'un grand film noble sur la défaite de la guerre et le sens moral de nos principes héroïques. 

    Ci-dessous, la critique de mon ami Gilles Rolland:
    http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-american-sniper

    Bruno Matéï

    RécompensesAmerican Film Institute Awards 2014 : top 10 des meilleurs films de l'année
    Boston Society of Film Critics Awards 2014 :
    Meilleur réalisateur pour Clint Eastwood
    Meilleur montage pour Joel Cox et Gary Roach
    National Board of Review Awards 2014 :
    Top 2014 des meilleurs films
    Meilleur réalisateur pour Clint Eastwood
    Critics' Choice Movie Awards 2015 : meilleur acteur dans un film d'action pour Bradley Cooper

    mercredi 18 février 2015

    TERREUR DANS LA NUIT (Night Watch)

                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site ninjadixon.blogspot.com

    de Brian G. Hutton. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Elisabeth Taylor, Laurence Harvey, Billie Whitelaw, Robert Lang, Tony Britton, Bill Dean, Michael Danvers-Walker, Rosario Serrano, Pauline Jameson, Linda Hayden.

    Sortie salles U.S: 10 Août 1973

    FILMOGRAPHIE: Brian G. Hutton est un réalisateur et acteur américain, né le 1er Janvier 1935 à New-York, décédé le 19 Août 2014 à Los Angeles.
    1965: Graine sauvage. 1966: The Pad and How to use it. 1968: Les Corrupteurs. 1968: Quand les Aigles attaquent. 1970: De l'or pour les braves. 1972: Une belle tigresse. 1973: Terreur dans la Nuit. 1980: De plein Fouet. 1983: Les Aventuriers du bout du monde.


    Invisible en France depuis plus de 30 ans, plus précisément depuis sa diffusion sur Antenne 2 un mardi de seconde partie de soirée (fin 70/début 80), Terreur dans la Nuit est ce que l'on peut baptiser une relique oubliée que même les fantasticophiles ont tendance à méconnaître du fait de son extrême rareté. Ayant été terrorisé du haut de mes 12 ans lorsque je le découvris pour la première fois chez ma grand-mère, quelle fut ma stupeur de pouvoir retenter l'expérience 30 ans après ma réminiscence grâce à une aubaine inespérée ! Car aussi (faussement) prévisible que la narration le laisse transparaître, Terreur dans la Nuit puise sa densité dans une intrigue délétère redoutablement sournoise, par l'interprétation désaxée de l'illustre Elisabeth Taylor et par son ambiance tantôt angoissante, tantôt oppressante d'une bâtisse gothique renfermant un horrible secret ! Ellen Wheller, veuve aujourd'hui remariée avec un financier, est en proie à la vision nocturne d'un cadavre ensanglanté situé à la fenêtre d'en face d'une maison abandonnée. Dépêché sur les lieux, la police ne constate aucune effraction ni dépouille. Quelques jours plus tard, elle aperçoit à nouveau une étrange silhouette derrière le volet de la demeure. Est-elle sujette à une grave paranoïa du fait de la disparition accidentelle de son mari infidèle ou simplement le jouet d'une odieuse machination ? Et si l'époux était encore en vie ?


    Responsable de deux classiques du film de guerre, Quand les aigles attaquent et De l'or pour les BravesBrian G. Hutton s'essaie ici au genre horrifique dans le contexte du thriller à suspense. Si la trame qui se dessine laisse présager situations éculées par le biais d'une potentielle adultère et de faux coupables, la tournure des évènements adopte une ampleur autrement vénéneuse lorsque Ellen est sur le point de chavirer tout en s'efforçant de faire tomber les masques des éventuels imposteurs ! Sans déflorer plus de détails quant à l'ossature du récit, je peux me permettre de prôner l'intensité de son climat angoissant régie autour de la bâtisse délabrée. Le cinéaste cultivant un goût pour le macabre (notamment ses flashs-back décrivant la vision de cadavres blafards au sein d'une morgue !) et le mystère feutré par l'architecture gothique de couloirs, escaliers et chambres décharnées. Sur ce point, le film s'avère une franche réussite et devrait combler les amateurs d'ambiance opaque tant la scénographie des pièces obscures laisse diluer une atmosphère magnétique sous le témoignage impuissant d'une femme fébrile gagnée par la paranoïa. Quand bien même en externe de cet endroit de hantise, un volet fouetté par le vent n'aura de cesse de la brimer et compromettre la véracité de ses hallucinations. Epaulé d'une partition monocorde discrètement perçante, le film instaure l'efficacité d'un suspense latent rehaussé de la sobriété de comédiens jouant avec l'ambivalence de leur posture interlope. Quand au point d'orgue sardonique, le cinéaste transfigure la tension des rapports de force par l'explosion de violence d'un dénouement aussi terrifiant que sanglant ! Et pour l'époque, on reste encore surpris de la verdeur des crimes sauvagement perpétrés au couteau de cuisine !


    Correctement réalisé et mené avec le savoir-faire d'un cinéaste épris d'autorité Hitchcockienne, Terreur dans la Nuit privilégie la photogénie d'une ambiance nocturne tangiblement anxiogène juste avant de nous ébranler lors d'un final paroxystique ! Une petite pépite du thriller horrifique honteusement ignorée en dépit de la prestance névralgique d'Elisabeth Taylor

    Toute mon affection au blog Les Pépites du cinéma Bis, B et Z
    Bruno Matéï
    2èx

    mardi 17 février 2015

    I ORIGINS

                                                                                   Photo empruntée sur Google, appartenant au site en.wikipedia.org

    de Mike Cahill. 2014. U.S.A. 1h51. Avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Bergès-Frisbey, Steven Yeun, Archie Panjabi, Cara Seymour.

    Sortie salles France: 24 Septembre 2014. U.S: 18 Juillet 2014

    Récompenses: Meilleur Film au Festival du film de Catalogne, 2014.
    Prix Alfred P. Sloan du Meilleur Film au Festival de Sundance, 2014.

    FILMOGRAPHIE: Mike Cahill est un réalisateur, scénariste, producteur et monteur américain, né le 5 Juillet 1979 à New-Haven (Connecticut).
    2011: Another Erath.
    2014: I Origins


    "Chaque personne sur cette planète a des yeux uniques. Chaque oeil abrite son propre univers. Je suis le Dr Ian Grey. Je suis un père, un mari, et un scientifique. Tout jeune, j'ai compris que les appareils photo fonctionnent tout comme l'être humain : ils absorbent la lumière par une lentille et créent des images avec elle. Je me suis mis à photographier le plus d'yeux possible. J'aimerai vous raconter l'histoire des yeux qui ont changé ma vie. Souvenez-vous de ces yeux, souvenez-vous de chaque détail !"

    Déjà remarqué avec le récompensé Another Earth (Prix Spécial du jury à Sundance !); Mike Cahill a de nouveau fait parler de lui chez les festivaliers avec son second long, I Origins, ayant récolté deux prix à Catalogne et à Sundance. En dépit d'une sortie timorée dans nos salles, ce film indépendant d'un cinéaste féru d'astronomie et d'anticipation oppose science et religion à travers le projet improbable d'un jeune savant. Ian Grey est sur le point de parfaire une théorie qui pourrait contredire l'existence de Dieu. Au hasard d'une rencontre, il tombe littéralement amoureux d'une inconnue très portée sur la spiritualité. Par un étrange concours de circonstances, leurs destins vont basculer et remettre en doute les convictions de Ian engagé malgré lui dans un périple initiatique.


    A travers le profil de ce scientifique éperdument athée et ne comptant que sur les mathématiques pour démystifier les fois religieuses, il est étonnant de constater la dérision de ses contradictions sachant qu'en exerçant des mutations sur des lombrics aveugles, il incarne la stature d'un divin délibéré à blasphémer les codes de la nature ! Drame intimiste, romance et science-fiction se télescopent avec autant d'originalité que d'onirisme prude, Mike Cahill empruntant ici l'alibi de la vision oculaire pour mettre en appui une réflexion sur la réincarnation après la résultante d'une stupéfiante découverte permettant de retracer la postérité de nos défunts ! Loin de prendre parti, le cinéaste évite le prosélytisme en privilégiant la force des sentiments d'une romance lyrique où l'identité de l'oeil (fenêtres de notre âme, c'est bien connu !) va bouleverser le scepticisme du héros. Epaulé de jeunes comédiens tout à fait convaincants dans leur fonction investigatrice et leur posture fragilisée, le film fait preuve d'un pouvoir de fascination malgré le caractère prévisible de sa seconde partie. Contemplatifs d'une enquête de longue haleine à travers le pays de l'Inde, nous suivons la quête de vérité de Ian avec l'appui de sa cause scientifique qui pourrait justement remettre en cause nos doutes et nos espoirs sur l'existence spirituelle. Sans verser dans le sentimentalisme, Mike Cahill ne manque pas de nous émouvoir lors d'un passage dramatique inopiné (éviter de regarder le Trailer avant d'avoir vu le film ! ) et lors de plages d'onirisme en accord avec la nature, juste avant de nous bouleverser dans un épilogue salvateur d'une riche acuité humaine.


    Reflets dans un oeil d'or
    Avec originalité, pudeur émotive et une volonté de nous faire voyager à travers la lentille oculaire, I Origins interpelle sur la métaphysique et les diverses croyances sans inciter le spectateur à prendre parti pour telle ou telle cause. Par le biais du progrès scientifique, il cherche également à dénoncer les méthodes sans scrupule de savants utopistes contredisant la foi en Dieu ou bafouant les mystères insondables de l'absolu. Une oeuvre indépendante pleine de sensibilité et d'optimisme car incitant à nous questionner sur le sens de notre identité à travers la théorie de la migration de l'âme ! 

    P.S: Ne ratez pas une révélation à la toute fin du générique !

    Remerciements à Pascal frezzato et Isabelle Rocton
    Bruno Matéï


    lundi 16 février 2015

    A LA RECHERCHE DE MR GOODBAR (Looking for Mr. Goodbar)

                                                                                          Photo empruntée sur Google, appartenant au site listal.com

    de Richard Brooks. 1977. U.S.A. 2h15. Avec Diane Keaton, Tuesday Weld, William Atherton, Richard Kiley, Richard Gere, Alan Feinstein, Tom Berenger.

    Sortie salles France: 29 Mars 1978. U.S: 19 Octobre 1977

    FILMOGRAPHIE: Richard Brooks est un réalisateur, scénariste, producteur et romancier américain, né le 18 Mai 1912 à Philadelphie, décédé le 11 Mars 1992 à Beverly Hills.
    1950: Cas de conscience. 1952: Miracle à Tunis. 1952: Bas les masques. 1953: Le Cirque Infernal. 1953: Sergent la Terreur. 1954: Flame and the Flesh. 1954: La Dernière fois que j'ai vu Paris. 1955: Graine de Violence. 1956: La Dernière Chasse. 1956: Le Repas de Noces. 1957: Le Carnaval des Dieux. 1958: Les Frères Karamazov. 1958: La Chatte sur un toit brûlant. 1960: Elmer Gantry le charlatan. 1962: Doux oiseau de jeunesse. 1965: Lord Jim. 1966: Les Professionnels. 1967: De sang-froid. 1969: The Happy Ending. 1971: Dollars. 1975: La Chevauchée Sauvage. 1977: A la recherche de Mr Goodbar. 1982: Meurtres en Direct. 1985: La Fièvre du Jeu.


    Drame social illustrant un portrait sans concession de l'émancipation sexuelle de la femme au milieu des années 70, A la recherche de Mr Goodbar témoigne de la dérive d'une enseignante scolaire, Theresa, célibataire endurcie ayant un goût prononcé pour les aventures nocturnes sans lendemain. Issue d'un milieu catholique enseigné par un père castrateur, elle décide aujourd'hui de s'enfuir du cocon familial pour vivre son indépendance. Au fil de ses rencontres sexuelles avec des rupins infidèles, phallocrates et marginaux, elle se laisse mener par un mode de vie toujours plus instable, à l'instar d'une clientèle toujours frustrée à l'idée de la soumettre, et de l'émergence de la cocaïne au sein des clubs branchés.


    Comédie douce-amère toujours plus variable au fil du cheminement existentiel de l'héroïne et des désaxés qui l'entourent, A la recherche de Mr Goodbar progresse sa trajectoire vers le sillage du drame sociétal à travers les tabous en vogue de l'avortement, de l'homosexualité, du porno sur pellicule et de la révolution sexuelle. Avec humour et gravité, Richard Brooks maîtrise le sujet sans apporter de jugement sur la moralité de l'héroïne et met en relief le malaise d'une société fluctuante où les individus les plus névrosés exploitent sans modération leur nouveau vent de liberté. Outre le dynamisme de sa mise en scène au montage inventif faisant parfois preuve de dérision débridée (mettre en image les délires inconscients de l'héroïne lors de ses fantasmes les plus exubérants) et d'une BO entraînante alternant Soul et Disco, le jeu d'acteurs accentue le rythme narratif par leur stature farouche. Ils doivent beaucoup de l'intensité qui émane de leur mainmise à vouloir régir la vie d'Helena. Je pense à la présence galvanisante de Richard Gere dans celui du marginal impudent toujours plus impérieux dans ses éclairs de violence. Détestable d'orgueil, il invoque la figure du parfait phallocrate englué dans sa paresse et sa médiocrité. Pleine de fraîcheur et d'une élégance longiligne, Dianne Keaton lui partage la vedette en posture d'épicurienne. Une enseignante aussi attachante et studieuse pour la cause d'enfants sourds le jour, que dissolue et toujours plus effarouchée durant ses nuits lubriques. Une attitude paradoxale d'autant plus édifiante lorsque l'on apprend de sa confidence qu'elle se refuse à enfanter depuis le traumatisme infantile d'une scoliose héréditaire.


    Témoignage caustique de la liberté sexuelle des années 70 où les plus marginaux se laissent vaincre par leur insouciance alors que d'autres continuent de se morfondre dans le déni d'identité (l'homosexualité refoulée de Gary), A la recherche de Mr Goodbar intensifie l'empathie dans le portrait douloureux alloué à une enseignante sur la corde raide. Captivant, insolent et toujours plus ombrageux au fil de son cheminement erratique, l'épilogue effroyable (âme sensibles s'abstenir !) enfonce le clou dans son constat sordide d'une émancipation sacrifiée.  

    Bruno Matéï
    2èx


    samedi 14 février 2015

    TUSK

                                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site screenrant.com

    de Kevin Smith. 2014. U.S.A. 1h42. Avec Justin Long, Michael Parks, Génesis Rodriguez, Haley Joel Osment, Johnny Depp, Matthew Shively.

    Sortie France directement en Dvd: 11 Mars 2015. U.S: 19 Septembre 2014

    FILMOGRAPHIE: Kevin Smith est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain né le 2 Août 1970 à Red Bank, dans le New-Jersey (Etats-Unis).
    1994: Clerks, 1995: Les Glandeurs, 1997: Méprise Multiple, 1999: Dogma, 2001: Jay et Bob contre-attaquent. 2004: Père et Fille. 2006: Clercks 2. 2008: Zack et Miri font un porno. 2010: Top Cops. 2011: Red State. 2014: Tusk.


    « Je ne cherche pas à faire mon Kubrick, bordel. Je parle de faire un film avec un putain de gars dans un costume de Morse. Pour la faire courte, c’est juste dingue à quel point nous sommes malgré tout proche de faire quelque chose de vraiment bon ! »
    Kevin Smith


    Directement sorti en Dvd, Tusk s'inspire de l'épisode The Walrus and The Carpenter créée par Smith lors d'une série de Podcast. C'est suite à l'annonce improbable d'un auditeur (en guise de colocation, proposer à un étudiant d'endosser le costume d'un morse et se comporter à la manière de l'animal durant 2h journalières) que Kevin Smith décide d'emprunter ce challenge sans complexe du ridicule. Le pitch en deux mots: Un médecin misanthrope frappé du ciboulot décide de kidnapper un jeune podcasteur pour le transfigurer en véritable Morse et parfaire sa revanche sur la nature humaine !


    Un concept sardonique sans doute influencé par la farce scabreuse, The Human Centipède ( délire assumé d'une redoutable efficacité et d'un sens aiguisé de suggestion dans son dosage humour noir/horreur crapoteuse !), Kevin Smith tentant d'émuler provocation malsaine et satire morbide pour mieux nous brimer. Seulement, par le biais d'une intrigue superficielle dénuée de surprises et d'un suspense timoré autour de la situation alarmiste de la victime, le sarcasme escompté fait grise mine. La faute incombant en premier lieu à des situations potaches jamais drôles, des seconds-rôles excentriques perfectibles (Johnny Depp amuse gentiment la galerie dans une défroque pittoresque d'investigateur à l'accent québécois ) et surtout un sens de dérision macabre désamorcé d'une aura malsaine trop lourde. De par la situation inhumaine d'un étudiant réduit à une masse difforme de Pinnipède humain, de l'intolérance impartie au savant sadique et plaisantin et du climat poisseux régi autour d'eux car trop dérangeant pour égayer la séquestration. Sur ce point, et pour l'expérience horrifique infligée, Tusk s'avère une vraie réussite tant il exploite avec ultra réalisme des séquences chocs bâties sur l'humiliation psychologique et la torture physique. Une manière goguenarde d'ausculter le comportement humain du point de vue d'un animal hybride bientôt motivé par l'instinct de survie. La considération personnelle du serial-killer, porte-parole de la cause animale, s'avère aussi intéressante dans sa réflexion établie sur la nature humaine (l'homme n'est qu'un loup tributaire de ses instincts de survie, de supériorité et de perversité !) et engendre au final l'expiation du savant afin de se pardonner à lui même son manque de dignité (Michael Parks s'avérant remarquable dans la peau du tortionnaire hanté par son ancienne condition de souffre-douleur et le remord d'un sacrifice).


    A vouloir concourir sur les traces du génial The Human Centipède, Kevin Smith rate le coche sur le chemin de la dérision morbide, l'horreur poisseuse monopolisant l'absurdité du propos jusqu'au malaise viscéral pour peu que l'on soit sensible à l'agonie exponentielle d'un animal sans défense. Un délire macabre en demi-teinte donc, car faussement pittoresque et assez déconcertant, à l'instar de son épilogue ridicule lorsque Kevin Smith continue maladroitement de surfer sur l'humour grinçant et l'empathie poignante ! Mais l'expérience horrifique, éprouvante et parfois insupportable, fait des étincelles et saura largement contenter les amateurs d'ambiance licencieuse. 

    Bruno Matéï




    jeudi 12 février 2015

    MAXIMUM OVERDRIVE

                                                                                  Photo empruntée sur Google, incombant au site papystreaming.com

    de Stephen King. 1986. U.S.A. 1h38. Avec Emilio Estevez, Pat Hingle, Laura Harrington, Yeardley Smith, John Short, Ellen McElduff, J.C. Quinn.

    Sortie salles France: 25 novembre 1987. U.S: 25 juillet 1986

    FILMOGRAPHIE: Stephen King est un écrivain et réalisateur américain, né le 21 Septembre 1947 à Portland, dans le Maine des Etats-Unis.
    1986: Maximum Overdrive


    "Le 19 Juin 1987, à 9h47 du matin, la Terre a traversé la trajectoire de la comète Rhéa-M. Selon les calculs astronomiques, la planète restera dans l'influence de la queue de cette comète pendant exactement 8 Jours, 5 heures, 29 minutes et 23 secondes."

    Echec public et commercial lors de sa sortie (il rapporta 7 430 000 dollars pour un budget de 9 000 000 !), Maximum Overdrive pâtit de la réputation de son auteur, Stephen King, écrivain de littérature mondialement célébré pour ses écrits fantastiques souvent inscrits dans la modernité de notre quotidien. Planqué derrière la caméra pour la première fois de sa carrière sous la houlette du producteur Dino De Laurentiis, il se réapproprie une de ses nouvelles de Danse Macabre pour mettre en scène une série B maladroite (réalisation, montage sporadiques !) dénuée de surprise malgré un postulat de départ alléchant et la trogne sympathique d'acteurs de seconde zone (Emilio Estevez monopolise la tête d'affiche en porte-drapeau altruiste). A la suite du passage d'une comète autour de la terre, toutes nos machines industrielles se transforment en arme de destruction incontrôlée avec comme unique fonction de nous annihiler. Durant plusieurs jours, une poignée de rescapés d'un relais routier va tenter de survivre contre l'autorité de poids-lourds erratiques.



    Démarrant sur les chapeaux de roue avec une succession d'incidents techniques aussi inventifs que jouissifs (le distributeur de banque et de boisson, l'ouverture du point-levis, le couteau électrique), Maximum Overdrive débute en fanfare lorsque les machines déréglées s'unifient pour perpétrer des exactions improbables sous influence extra-terrestre. Alternant humour noir et action spectaculaire, le récit redouble d'audace et d'insolence (citadins écrabouillés par des véhicules à moteur, marmot écrasé par un rouleau compresseur, chien retrouvé la gueule déchiquetée par le jouet d'une voiture électrique) à mettre en valeur des situations alertes où nombre de quidams vont sévèrement trinquer ! Durant 45 minutes, Stephen King réussit avec assez d'efficacité à miser sur l'enchevêtrement de ces situations de panique à renfort de poursuites automobiles, explosions dantesques et agressions sanglantes. Là ou la machine va s'enrayer, c'est lorsque l'action se confine paresseusement en interne du relais pour adopter une démarche de routine beaucoup moins attractive. De par les échanges amoureux impartis au couple de héros, de l'impériosité mesquine du tenancier sans vergogne et des bavardages inutiles entamés entre une clientèle superficielle. Quand à la stratégie adoptée par Bill (traverser les tuyaux d'écoulement avec l'appui d'un bénévole pour secourir une éventuelle victime située à l'autre bout du relais), elle s'avère finalement peu haletante dans sa coordination et peu intense pour l'enjeu humain, même si la découverte d'un gamin débrouillard va relancer quelques péripéties héroïques. Dénué de surprises, Stephen King tente donc de pallier la maigreur de son intrigue par des séquences d'actions souvent spectaculaires (à l'instar de son final - à la limite du ridicule - lorsque nos rescapés sont contraints de faire le plein sous l'allégeance des poids-lourds) et d'autant mieux scandées par le hard-rock électrique du groupe AC/DC ! Quand à l'attitude pugnace du héros sombrant peu à peu dans une dépression passagère, Stephen King n'apporte aucune empathie ni densité pour l'évolution soudaine de son comportement hors d'haleine !


    Avec un pitch aussi original que prometteur dénonçant la prolifération de nos technologies modernes (ici, une menace extra-terrestre aiguillant nos propres machines pour nous enrayer !) et l'autorité d'un illustre écrivain passé derrière la caméra, Maximum Overdrive avait de sérieux atouts pour combler l'attente du spectateur. Mal exploité, sans surprises et parfois grotesque, mais récupéré par le fun de scènes homériques ou sanglantes et la bonhomie attachante d'acteurs cabotins, il reste aujourd'hui un plaisir coupable aussi décomplexé que sympathique.

    Bruno Matéï  

    mercredi 11 février 2015

    SAMBA

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site inthemoodlemag.com

    de Eric Toledano et Olivier Nakache. 2014. France. 2h00. Avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Tahar Rahim, Izïa Higelin, Youngar Fall, Isaka Sawadogo, Hélène Vincent.

    Sortie salles France: 15 Octobre 2014

    FILMOGRAPHIE: Olivier Nakache est un réalisateur, scénariste et acteur français, né à Suresnes le 14 Avril 1973. Il travaille souvent en coréalisation avec Eric Toledano. Il est le frère de l'actrice Géraldine Nakache.
    Eric Tolédano est un réalisateur, scénariste, acteur et dialoguiste français né le 3 juillet 1971 à Paris. Il travaille régulièrement avec Olivier Nakache sur l'écriture et la réalisation de longs-métrages.
    2005: Je préfère qu'on reste amis... 2006: Nos jours heureux. 2009: Tellement proches. 2011: Intouchables. 2014: Samba


    Trois ans après le phénomène Intouchables, le duo Eric Toledano/Olivier Nakache renoue avec la comédie sociale sans se laisser influencer par la facilité de la déclinaison. Samba privilégiant les rapports amoureux entre un jeune sénégalais en situation irrégulière et une cadre dépressive en voie de convalescence. Cumulant les p'tits boulots et le travail au noir, Samba est contraint d'exercer l'illégalité, notamment en falsifiant de faux papiers, afin de tenter de se faire une place dans une France gagnée par le chômage et l'immigration de masse. Avec l'appui d'un comparse arabe également en situation illégale, il va tenter de conquérir le coeur d'Alice tout en essayant de se construire une vie sociale décente.


    Si la nouvelle présence d'Omar Sy et le retour du duo gagnant Toledano/Nakache laissait craindre une resucée d'Intouchables, ces derniers sont loin de s'être laissés distraire par leur notoriété pour bâtir une nouvelle comédie dramatique axée sur la condition précaire des sans-papiers. Si l'aspect irrésistiblement comique de leur précédent succès avait su faire preuve de subtilité pour traiter également avec émotion poignante l'inattendue complicité entre un aristocrate paraplégique et un jeune délinquant, Samba change littéralement de registre pour s'orienter plutôt vers la romance et la cocasserie de situations intimistes inscrites dans le cadre d'un quotidien blafard. Bien que le rythme de la narration pâti parfois de légers signes d'essoufflement, la bonhomie attachante des personnages en quête d'insertion sociale et de fondation amoureuse, et la sincérité des cinéastes à ne pas les confiner dans le misérabilisme ou le sentimentalisme, réussissent à combiner une aventure humaine inscrite dans les instants de tendresse, d'amitié (Tahar Rahim prêtant sa confiance avec une spontanéité expansive dans celui de l'acolyte serviable !) et d'appréhension pour l'exclusion. Outre la posture naturelle d'un Omar Sy plein de doute et de précarité dans sa fonction clandestine d'immigré (un rôle à contre-emploi du boute-en-train d'Intouchables), Samba est également illuminé par la personnalité fragile de Charlotte Gainsbourg. Endossant la position timorée d'une cadre supérieure aujourd'hui reconvertie en bénévolat chez les sans-papiers, l'actrice dégage une sensualité prude dans la suavité de ses sentiments. A travers leur complicité fébrile sans cesse repoussée par l'hésitation, Samba transmet non sans fioriture leurs vicissitudes humaines parmi le réalisme de confrontations tantôt cocasses, tantôt dramatiques, à l'instar de son final poignant où perce une émotion douloureuse.


    Retenue, réalisme et sincérité sont les maîtres mots du duo Toledano/Nakache d'avoir su illustrer avec légèreté la rédemption amoureuse d'un sénégalais sans papier avec une notable dépressive, tout en portant témoignage à la difficile insertion de ces immigrés souvent contraints de frauder pour se faire une maigre place dans l'hexagone. Outre la simplicité des séquences intimistes et d'autres plus enjouées (la soirée dansante improvisée sur un tube de reggae !), la participation harmonieuse des comédiens accordent sans outrance leur soutien au récit initiatique de Samba, notamment lors de petits instants de poésie !

    Bruno Matéï 



    mardi 10 février 2015

    HOUSEBOUND. Grand Prix, NIFF 2014, Prix du Public, FEFFS 2014.

                                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site addictedtohorrormovies.com

    de Gerard Johnstone. 2014. Nouvelle-Zélande. 1h49. Avec Morgana O'Reilly, Rima Te Wiata, Glen-Paul Waru, Cameron Rhodes, Ross Harper, Ryan Lampp.

    Sortie salles Nouvelle-Zélande: 4 Septembre 2014. U.S: 17 Octobre 2014

    Récompenses: Grand Prix au NIFFF 2014 et du Prix du Public au FEFFS 2014,

    FILMOGRAPHIE: Gerard Johnstone est un réalisateur et scénariste néo-zélandais,
    2008/09: The jaquie brown diaries (Serie TV). 2014: Housebound 


    Inédit en salles en France malgré son Grand Prix décerné au Niff et son Prix du Public attribué au Feffs, Housebound est une production néo-zélandaise détonante dans son télescopage de comédie pittoresque, thriller criminel et horreur gothique. Inscrit dans la débrouillardise cérébrale grâce à l'ossature d'une intrigue riche en rebondissements impromptus (si on fait fi de petites incohérences), Housebound fait office d'attraction foraine, notamment par l'énergie communicative que les protagonistes insufflent avec une dérision percutante. Après le braquage raté d'un distributeur de banque, la jeune délinquante Kylie est contrainte d'accepter la sentence du bracelet électronique pour retourner chez sa mère durant 8 mois de détention. Alors qu'elle surprends cette dernière déclarer à la radio que sa maison est hantée, Kylie va personnellement se rendre à l'évidence que d'étranges phénomènes inexpliqués intentent à la tranquillité familiale. 


    Modeste entreprise érigée sous le moule de la série B, Housebound renoue avec l'éclat des premières oeuvres bricolées, de par sa sincérité indéniable pour le(s) genre(s) et ses trouvailles retorses privilégiant revirements en estocade plutôt que l'esbroufe racoleuse. Grâce à l'habileté de son scénario échevelé (même si sa première demi-heure marque certains signes d'essoufflement !) et la fougue héroïque de personnages aussi décalés que maladroits, le cheminement narratif ne cesse de nous surprendre par l'entremise du simulacre, du subterfuge, du retournement de situation et du faux coupable. Utilisant les codes éculés de la demeure hantée et ceux du thriller criminel (à savoir les exactions d'un éventuel serial-killer !), Housebound réussit à dépoussiérer les genres dans un esprit aussi pittoresque que dramatique (son final réussit même à provoquer une véritable émotion lorsque l'héroïne se retrouve confrontée à sa caricature par l'entremise de dessins !). Sans déflorer d'indices sur l'investigation surnaturelle impartie entre celle-ci et son agent de probation, le film exploite judicieusement le faux-semblant pour mieux nous surprendre dans une mosaïque de situations toujours plus cartoonesques (la dernière partie s'avérant effrénée par son lot de courses-poursuites meurtrières et chausse-trappes !). Soulignant en sous-texte social le rôle pédagogique des parents lorsqu'un mineur est confronté à la révolte de sa solitude, Gerard Johnstone utilise l'alibi du divertissement afin de mettre en exergue l'initiation à la tolérance et l'estime de soi lorsqu'une marginale en quête de vérité s'accorde sagacité et bravoure (parmi l'appui de sa mère !) afin d'éclaircir l'incompréhension.


    Conjuguant avec brio, et dans une facture gothique, les éléments de comédie, d'horreur et de thriller, Housebound sait également maîtriser un suspense exponentiel par l'appui d'un montage vigoureux et la structure débridée d'une intrigue soumise à l'audace des protagonistes. Il en émane un divertissement décoiffant, véritable pochette-surprise d'une satire imposée à la discorde familiale et l'apprentissage de la confiance. 

    Bruno Matéï