mercredi 18 février 2015

Terreur dans la Nuit / Night Watch

                             Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site ninjadixon.blogspot.com

de Brian G. Hutton. 1973. U.S.A. 1h43. Avec Elisabeth Taylor, Laurence Harvey, Billie Whitelaw, Robert Lang, Tony Britton, Bill Dean, Michael Danvers-Walker, Rosario Serrano, Pauline Jameson, Linda Hayden.

Sortie salles U.S: 10 Août 1973

FILMOGRAPHIE: Brian G. Hutton est un réalisateur et acteur américain, né le 1er Janvier 1935 à New-York, décédé le 19 Août 2014 à Los Angeles.
1965: Graine sauvage. 1966: The Pad and How to use it. 1968: Les Corrupteurs. 1968: Quand les Aigles attaquent. 1970: De l'or pour les braves. 1972: Une belle tigresse. 1973: Terreur dans la Nuit. 1980: De plein Fouet. 1983: Les Aventuriers du bout du monde.

Invisible en France depuis plus de trente ans - plus prĂ©cisĂ©ment depuis sa diffusion sur Antenne 2 un mardi en seconde partie de soirĂ©e Ă  la fin des annĂ©es 70 ou au dĂ©but des annĂ©es 80 - Terreur dans la Nuit s’apparente aujourd’hui Ă  une vĂ©ritable relique oubliĂ©e, que mĂŞme les fantasticophiles ont tendance Ă  mĂ©connaĂ®tre tant sa raretĂ© demeure extrĂŞme.

Ayant Ă©tĂ© littĂ©ralement terrorisĂ© Ă  l’âge de douze ans lors de ma première dĂ©couverte chez ma grand-mère, quelle ne fut pas ma stupeur de pouvoir retenter l’expĂ©rience plus de trente ans après ce souvenir persistant, grâce Ă  une aubaine aussi inattendue qu’inespĂ©rĂ©e. Car aussi (faussement) prĂ©visible que la narration puisse le laisser croire, Terreur dans la Nuit puise sa force dans une intrigue dĂ©lĂ©tère d’une redoutable sournoiserie, soutenue par l’interprĂ©tation dĂ©saxĂ©e de l’illustre Elizabeth Taylor et par l’atmosphère tantĂ´t angoissante, tantĂ´t oppressante d’une bâtisse gothique renfermant un terrible secret.

Rappel des faits: Ellen Wheeler, veuve aujourd’hui remariĂ©e Ă  un financier, est en proie Ă  la vision nocturne d’un cadavre ensanglantĂ© aperçu Ă  la fenĂŞtre d’en face, dans une maison abandonnĂ©e. DĂ©pĂŞchĂ©e sur les lieux, la police ne constate pourtant aucune effraction ni la moindre dĂ©pouille. Quelques jours plus tard, elle distingue Ă  nouveau une Ă©trange silhouette derrière le volet de la demeure. Est-elle victime d’une paranoĂŻa grandissante liĂ©e Ă  la disparition accidentelle de son premier mari, pourtant infidèle ? Ou bien le jouet d’une odieuse machination ? Et si ce dernier Ă©tait encore en vie ?

Responsable de deux classiques du film de guerre - Quand les aigles attaquent et De l'or pour les Braves - Brian G. Hutton s’essaie ici au registre horrifique dans le cadre d’un thriller Ă  suspense. Si la trame initiale semble annoncer des situations dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©es - adultère potentiel, faux coupables et manipulations - la tournure des Ă©vĂ©nements adopte progressivement une dimension bien plus vĂ©nĂ©neuse lorsque Ellen vacille peu Ă  peu, tout en s’efforçant de dĂ©masquer d’Ă©ventuels imposteurs.

Sans en rĂ©vĂ©ler davantage sur l’ossature du rĂ©cit, on peut nĂ©anmoins saluer l’intensitĂ© de son climat angoissant, largement orchestrĂ© autour de la bâtisse dĂ©labrĂ©e. Le cinĂ©aste cultive un goĂ»t manifeste pour le macabre - notamment Ă  travers des flashbacks dĂ©crivant des visions de cadavres blafards dans une morgue - et pour un mystère feutrĂ© sublimĂ© par l’architecture gothique de corridors, d’escaliers et de chambres dĂ©charnĂ©es. Sur ce point, le film se rĂ©vèle une franche rĂ©ussite et devrait combler les amateurs d’ambiances opaques, tant la scĂ©nographie des pièces obscures distille une atmosphère magnĂ©tique sous le regard impuissant d’une femme fĂ©brile gagnĂ©e par la paranoĂŻa.

Ă€ l’extĂ©rieur mĂŞme de ce lieu hantĂ©, un simple volet fouettĂ© par le vent semble vouloir compromettre la vĂ©racitĂ© de ses visions. ÉpaulĂ© par une partition discrètement lancinante, le film installe un suspense latent renforcĂ© par la sobriĂ©tĂ© de comĂ©diens jouant habilement avec l’ambivalence de leurs postures Ă©quivoques.

Quant au point d’orgue sardonique, le cinĂ©aste fait basculer la tension vers une explosion de violence lors d’un dĂ©nouement aussi terrifiant que sanglant. Pour l’Ă©poque, on reste encore surpris par la verdeur de certains crimes sauvagement perpĂ©trĂ©s au couteau de cuisine.


Correctement rĂ©alisĂ© et menĂ© avec le savoir-faire d’un cinĂ©aste manifestement imprĂ©gnĂ© d’une autoritĂ© hitchcockienne, Terreur dans la Nuit privilĂ©gie la photogĂ©nie d’une ambiance nocturne profondĂ©ment anxiogène avant de nous Ă©branler lors d’un final paroxystique.

Une pĂ©pite du thriller horrifique injustement ignorĂ©e, sublimĂ©e par la prestance nĂ©vralgique d’Elizabeth Taylor, toujours aussi glaciale, inquiĂ©tante et magnĂ©tique.

— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤

Gratitude au blog Les Pépites du cinéma Bis, B et Z

08.03.26. 3èx. Vostfr




1 commentaire:

  1. Je prends aussi ce commentaire sympathique Ă  mon compte, Uncle Jack (d'un ami de Dan A. Ă  un autre!)

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