vendredi 26 juin 2015

PENSIONE PAURA

                                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au blog l'antredel'horreur

de Francesco Barilli. 1977. Italie/Espagne. 1h32. Avec Luc Merenda, Leonora Fani, Francisco Rabal, Jole Fierro, José Maria Prada, Lidia Biondi, Maximo Valverde, Wolfango Soldati.

FILMOGRAPHIEFrancesco Barilli est un acteur, réalisateur et scénariste italien, né à Parme en 1943 (Italie). Comme réalisateur: 1968 : Nardino sul Po, 1974 : Il Profumo della signora in nero1977 : Pensione paura1987 : Cinecittà 50, 1991 : Le Dimanche de préférence,1997 : Casa Barilli (vidéo),1998 : Erberto Carboni (vidéo),2000 : Giuseppe Verdi (vidéo), 2002 : Giorni da Leone (feuilleton TV), 2005 : Il Palazzo ducale e il Bertoja a Parma (vidéo).
Comme scénariste: 1972 : Qui l'a vue mourir ? (Chi l'ha vista morire?), 1972 : Au pays de l'exorcisme, 1974 : Il Profumo della signora in nero, 1977 : Pensione paura, 2002 : Giorni da Leone (feuilleton TV).

                                         

Drame psychologique à la croisée du giallo et du polar, Pensione Paura s'avère un ovni délicieusement insolite dans la galerie impartie à ces seconds-rôles rustres ne songeant la plupart du temps qu'à forniquer au sein d'un hôtel lugubre, quand bien même un mystérieux tueur rode aux alentours. A la fin de la seconde guerre mondiale, la jeune Rosa attend impatiemment l'arrivée de son père parti au front depuis des années. Gérante d'un hôtel avec l'appui de sa mère, elle est contrainte de tolérer une clientèle peu recommandable dans leur goût pour la luxure et le voyeurisme. Alors que la mère de Rosa planque un amant dans un placard, cette dernière est retrouvée morte en bas de l'escalier, la nuque brisée. Livrée à elle même malgré la bonhomie sournoise du jules, la jeune fille se confronte aux provocations lubriques de sa clientèle. En particulier, un machiste ne cessant de la harceler avant de daigner dérober les diamants de sa vieille maîtresse. 


Trois ans après le Parfum de la dame en noir, superbe introspection psychanalytique d'un trauma infantile, Francesco Barilli renoue avec le même thème dans ce drame schizophrène pour mettre en exergue le portrait fragile d'une adolescente livrée à une inépuisable inquiétude depuis la mort de sa mère et l'absence paternelle. Métaphore sur le fascisme dans le profil alloué à une clientèle vile, collabo et expéditive, poème sur l'incapacité d'assumer le deuil et sur la perte de l'innocence, initiation à la maturité et à l'éveil sexuel, Pensione Paura se pare d'une aura singulière pour traiter ses thèmes sous l'impulsion d'une adolescente prise à parti avec l'arrogance d'une salace clientèle. Principalement un gigolo obsédé sexuel capable d'en déflorer l'innocence, quand bien même deux gangsters viennent s'inviter dans l'établissement dans le but de dérober les diamants d'une rombière parmi sa complicité. Immersif en diable, de par son atmosphère ensorcelante régie au sein d'un hôtel baroque (notamment l'aspect expressionniste des extérieurs rappelant l'architecture picturale de la Maison aux Fenêtres qui rient !), et l'interprétation incandescente de Leonora Fani (l'expression de sa pudeur crève l'écran à chacune de ses apparitions !), l'intrigue hermétique ne cesse de bousculer les habitudes du spectateurs impliqué dans une énigme criminelle assez nébuleuse, à l'instar de la posture extravagante de chacun des protagonistes. Entre film auteurisant et thriller horrifique, Francesco Barilli parvient à consolider ces éléments contradictoires par le biais d'une structure narrative fortuite et d'un lot de rebondissements à la limite du grotesque ! Mais sans toutefois verser dans le ridicule, et grâce à la présence angélique de Leonara Fani, le film ne cesse d'irriguer un pouvoir de fascination dans la déambulation fantasmagorique de l'héroïne sur le fil du rasoir (Alice n'est pas loin !). Le comportement incohérent, déficient ou excentrique des témoins de l'hôtel renforçant l'aspect indicible d'un climat diaphane irrésistiblement magnétique où perversion, débauche et voyeurisme font bon ménage.


Alice et les songes de la perversion 
Soutenu par la partition gracile de Adolfo Waitzman et par l'aplomb d'une galerie de comédiens inscrits dans une dépravation insidieuse, Pensione Paura décuple son pouvoir d'envoûtement sous l'impulsion traumatique d'une adolescente livrée à leur déchéance sexuelle. Il en émane un magnifique drame sur le trouble identitaire où l'ombre du Giallo titille l'intérêt du spectateur parmi l'alchimie ambitieuse d'un auteur féru d'ambiance ésotérique (avec l'appui contraire d'un environnement naturel onirique) et de réalisme cru (la scène de viol et les corps dénudés sont filmés sans tabou et les meurtres transmettent une violence morbide). A découvrir d'urgence du fait de sa rareté car il s'agit d'une relique transalpine peu reconnue !  

Remerciement à la Caverne des Introuvables.

Bruno Matéï
26.06.15
09.05.11 (376 vues)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire