vendredi 31 mars 2017

LION

                                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site zickma.fr

de Garth Davis. 2016. Australie/U.S./Angleterre. 1h58. Avec Dev Patel, Rooney Mara, Nicole Kidman, David Wenham, Abhishek Bharate

Sortie salles France: 22 Février 2017. U.S: 25 Novembre 2016

FILMOGRAPHIE: Garth Davis est un réalisateur australien.
2006: Love my way (3 épisodes). 2013 : Top of the Lake (4 épisodes). 2016 : Lion


Tiré d'une histoire vraie (comme le souligne le déchirant générique de fin qui voit intervenir les principaux témoins de la famille Brierley), Lion retrace avec pudeur et retenue l'odyssée humaine de Saroo. Un enfant indien qui fut séparé de son frère dès l'âge de 5 ans après s'être assoupi dans le compartiment d'un train. Issue d'une région précaire où la misère règne en maître, son frère aîné s'était envisagé le soir de sa disparition de trouver du travail à proximité d'une ville urbaine. Seulement, sous les supplications du petit Saroo avide d'aventures et de nouvelles découvertes, il décida de l'emmener en dépit de son trop jeune âge. A partir de cette situation ardue d'abandon et de solitude où percera force et courage, Garth Davis en extrait un conte moderne d'une intensité dramatique bouleversante, et ce sans céder au misérabilisme bon marché. Illuminé par la prestance de Sunny Pawar époustouflant de naturel en force de la nature, Lion émeut durablement parmi la subtilité d'une mise en scène entièrement dédiée à son profil caractériel. Le cinéaste décrivant de prime abord ses errances urbaines à hauteur d'enfant, avec souci d'authenticité et de pudeur. Par le biais de brèves séquences psychologiquement éprouvantes mais jamais sirupeuses, il nous alerte sur la condition désoeuvrée de ces vagabonds infantiles livrés à eux mêmes dans une métropole hostile où les disparitions s'avèrent monnaie courante (80 000 par an nous énoncera le générique final). Ce qui engendre inévitablement l'exploitation des enfants à des fins cupides, sexuelles ou crapuleuses.


La seconde partie, toute aussi humaniste et pleine de fragilité, prend son temps à dépeindre la nouvelle condition morale de Saroo aujourd'hui devenu adulte. Adopté par un couple australien depuis une vingtaine d'années parmi la compagnie d'un autre enfant indien autrement instable et irascible, Saroo est toujours plus hanté par son passé meurtri en dépit de l'amour et de l'éducation que ses parents adoptifs ont su lui enseigner. Sans nouvelles de sa famille depuis le soir de sa disparition, il décide alors d'emprunter un parcours du combattant par le biais de la technologie moderne d'internet. Indécis mais aussi désespéré de ne pouvoir retrouver son foyer exilé à des milliers de kilomètres, Saroo se réfugie dans le mutisme et la solitude au mépris de l'affection de sa petite amie et de ses nouveaux parents. Si le cinéaste s'attarde longuement à dépeindre son désordre moral et sa quête investigatrice à retrouver les siens par le truchement de "Google Earth", c'est pour mieux nous familiariser avec son éprouvante attente de longue haleine (les mois et années défilant au ralenti !) avant l'éventuelle retrouvaille de la rédemption. Récompensé du Meilleur Acteur de second rôle au British Academy Film Awards, Dev Patel insuffle une prestation lestement dépouillée dans sa torture psychologique où angoisse et détresse se télescopent mutuellement avant l'entrée en matière d'un potentiel espoir. Par son regard candide plein de sagesse et d'humanité, il transmet au spectateur une émotion prude qui atteindra son apogée lors d'un épilogue d'une vive sensibilité. Quant au retour de Nicole Kidman, l'actrice insuffle une humble maturité dans sa fonction de mère adoptive où s'entremêlent pour autant les sentiments contradictoires d'optimisme et d'aigreur.


Formellement dépaysant au sein d'une nature indienne étrangement sereine, humainement fragile et sensible sous l'impulsion d'un itinérant en quête de retrouvaille familiale, Lion constitue un hommage bouleversant (pour ne pas dire déchirant quant à sa conclusion incandescente !) à ses enfants des rues sous le pivot d'une incroyable histoire d'amour entre deux frères et leur génitrice.

Bruno Dussart.

Récompenses: British Academy Film Awards 2017 :
Meilleur acteur dans un second rôle pour Dev Patel
Meilleur scénario adapté

jeudi 30 mars 2017

LIENS D'AMOUR ET DE SANG

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site focus-cinema.com

"Beatrice Cenci" de Lucio Fulci. 1969. 1h33. Avec Tomás Milián, Adrienne Larussa, Georges Wilson, Mavie Bardanzellu, Antonio Casagrande, Ignazio Spalla.

Inédit en salles en France. Sortie Italie: 14 Novembre 1969

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Lucio Fulci est un réalisateur, scénariste et acteur italien, né le 17 juin 1927 à Rome où il est mort le 13 mars 1996. 1966: Le Temps du Massacre, 1969 : Liens d'amour et de sang , 1971 : Carole, 1971: Le Venin de la peur,1972 : La Longue Nuit de l'exorcisme, 1974 : Le Retour de Croc Blanc, 1975: 4 de l'Apocalypse, 1976: Croc Blanc, 1977 : L'Emmurée vivante, 1979: l'Enfer des Zombies, 1980 : la Guerre des Gangs, 1980 : Frayeurs, 1981 : Le Chat noir, 1981 : L'Au-delà, 1981 : La Maison près du cimetière , 1982 : L'Éventreur de New York , 1984 : 2072, les mercenaires du futur, Murder Rock, 1986 : Le Miel du diable , 1987 : Aenigma, 1988 : Quando Alice ruppe lo specchio, 1988 : les Fantomes de Sodome, 1990 : Un chat dans le cerveau, 1990 : Demonia, 1991 : Voix Profondes, 1991 : la Porte du Silence.


Film maudit au sein de la carrière de Fulci, de par sa faible reconnaissance à l'époque de sa sortie confidentielle, à l'instar de son invisibilité dans nos salles hexagonales et de sa maigre exploitation Vhs, Liens d'amour et de sang pu enfin renaître de ses cendres sous la bannière du regretté Neo Publishing. Abordant le drame historique d'après un sordide fait-divers commandité par la noble italienne, Beatrice Cenci, Liens d'amour et de sang surprend par sa maîtrise technique si bien que Fulci, terriblement inspiré par cette sordide dynastie familiale, nous livre sans effet de manche une ambitieuse reconstitution. Et ce en dépit d'une première partie au rythme assez poussif. Soumise à l'autorité tyrannique de son père Francesco, souverain à la tête d'une fortune parmi ses immenses propriétés, Beatrice Cenci tente une conjuration meurtrière contre ce dernier avec la complicité de sa mère, de son amant et d'un malfrat. Passé le meurtre dune rare cruauté, ils tentent communément de le faire passer pour un tragique accident. Mais la trahison d'un des leurs vont les mener un à un à leur condamnation face à un juré sanguinaire. Drame crapuleux d'un romantisme désespéré, Liens d'amour et de sang surprend par son climat terriblement austère au sein de l'inquisition du 16è siècle. Car outre ses séances de tortures d'une violence crue que Fulci filme avec son inimitable talent, l'environnement étouffant auquel évoluent nos personnages nous saisit à la gorge avec une fascination aussi trouble que malsaine.


Au fil d'une intrigue machiavélique mettant en parallèle les exactions perverses d'un seigneur impassible avec le complot vindicatif des membres de sa propre famille, Fulci nous instaure avec force et intensité dramatique la déliquescence morale d'une famille maudite. Le cinéaste prenant soin de nous illustrer graphiquement la tentative puis le châtiment punitifs du noble sanguinaire (sacrifié en plein sommeil !) sous le témoignage de ses odieux complices partagés entre effroi et remord (l'épouse de la victime), appréhension et indécision (Olimpo et son adjoint) et indifférence (Béatrice). En prime, par le biais d'une romance entamée entre Olimpo et Béatrice, Fulci persévère à dénoncer l'étrange hypocrisie de son héroïne meurtrie réfutant les accusations de complicité face au témoignage démuni de son amant livré aux supplices des tortures. L'intensité de cette séquence dramatique émanant ensuite de l'attitude étonnamment loyale d'Olimpo à revenir sur ses aveux de complicité pour protéger sa maîtresse. Quand bien même, un peu plus tard, Beatrice tentera de préserver à son tour la culpabilité des membres de sa famille en guise éventuelle de repentance ! Parmi ces études de caractère inscrites dans la lâcheté, la corruption et la rancune meurtrière émane un sentiment mélancolique d'amertume face à la condition torturée d'une héroïne autrefois molestée par son paternel. Victime d'embrigadement mais aussi d'inceste lors d'un flash-back implicite préconisé en dernier acte, Beatrice se découvre sous nos yeux avec une lourde empathie du fait de son impuissance à rejeter les avances d'un père abusif n'éprouvant en prime aucune compassion filiale (la mort par maladie de ses 2 fils l'indiffère sans pitié). Quand bien même la populace subitement tolérante lors du procès tentera en dernier ressort de la déculpabiliser du parricide depuis la sinistre réputation du bourreau.


Une procession funèbre partagée entre l'élégie et la poisse. 
Baignant dans un trouble climat de perversité et de cruauté humaines et émaillé de séquences dramatiques d'une intensité étonnamment poignante, Liens d'amour et de sang confine au malaise sous-jacent sous l'autorité déloyale de protagonistes équivoques communément complices de leur culpabilité morale. Malsain, mélancolique, émouvant et toujours plus irrespirable, Fulci combine ses facteurs contradictoires avec un brio à la fois inspiré (pour ne pas dire passionné !) et baroque. Sans oublier de mettre en exergue la densité psychologique d'une distribution infaillible (Tomás Milián entre autre, mais surtout la sublime Adrienne Larussa et Georges Wilson habités par leur fonction impure !) auquel nous ne sortirons pas indemne de leurs actes aussi couards. A redécouvrir avec vif intérêt en dépit d'une première partie laborieuse. 

Bruno Dussart.
3èx

mardi 28 mars 2017

ATOMIK CIRCUS, LE RETOUR DE JAMES BATAILLE

                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site fan-de-cinema.com

de Didier Poiraud et Thierry Poiraud. 2004. France. 1h31. Avec Vanessa Paradis, Jean-Pierre Marielle, Benoît Poelvoorde, Jason Flemyng, Venantino Venantini, Vincent Tavier, Bouli Lanners, Jacky Lambert.

Sortie salles France: 21 Juillet 2004

FILMOGRAPHIE: Didier Poiraud est un réalisateur et scénariste français. Thierry Poiraud est un réalisateur et scénariste français né à Nantes. 2004 : Atomik Circus, le retour de James Bataille
2014 : Goal of the dead. 2015 : Don't Grow Up. 2017 : Zone blanche (téléfilm), co-réalisé avec Julien Despaux.


Première réalisation des Frères Poiraud, Atomik Circus, le retour de James Bataille (quel titre prometteur à l'esprit BD !) est une tentative intéressante mais néanmoins ratée de proposer un divertissement politiquement incorrect dans le paysage stérile du cinéma français, et ce même si le mauvais goût sardonique peut parfois paraître d'un goût douteux (les maltraitances du chien mélomane par son maître arriéré). Car en dépit d'une première partie cocasse annonçant une sympathique série B menée tambour battant autour de situations tantôt polissonnes (les avances de Poelvoorde auprès de son assistante durant leur périple routier), tantôt macabres (le redneck erratique vivant reclus avec sa mère empaillée !), l'intrigue beaucoup trop rudimentaire (des extra-terrestres envahissent une paisible bourgade forestière quand bien même James Bataille s'évade de prison pour retrouver sa dulcinée !) finit à mi-parcours de provoquer l'ennui, faute d'un rythme défaillant plutôt mal géré car à court d'enjeux et de rebondissements.


Les Frères Poiraud misant essentiellement sur l'extravagance des personnages déjantés s'en donnant à coeur joie dans les postures incongrues, et sur la photogénie solaire de son environnement bucolique (on se croirait en Louisiane) au mépris d'un scénario superflu. On prend tout de même plaisir à retrouver d'illustres seconds-rôles comme les confirment la présence amiteuse de Jean-Pierre Mariel en tenancier bourru, la participation pétulante de Benoit Poolverdoe en imprésario égrillard et le charme très sexy d'une Vanessa Paradis aussi sémillante que lascive en chanteuse en herbe. Si sa dernière partie vrillée s'avère assez fun et cocasse par son invention visuelle particulièrement homérique (le carnage festif d'un assaut extra-terrestre au sein d'un bar en plein concert), sa conclusion déroutante et nonsensique nous rappelle que nos cinéastes pétris de bonnes intentions ont maladroitement façonner leur premier essai autour d'une structure narrative sporadique.


Un divertissement atypique en demi-teinte donc, soufflant le chaud et le froid, à découvrir d'un oeil aussi curieux qu'indulgent.  

Eric Binford.
2èx

lundi 27 mars 2017

LES VOITURES QUI ONT MANGE PARIS

                                                                     Photo empruntée sur Google, appartenant au site horrorpedia.com

"The Cars That Ate Paris" de Peter Weir. 1974. Australie. 1h29. Avec John Meillon, Terry Camilleri, Kevin Miles, Rick Scully, Max Gillies, Danny Adcock, Bruce Spence.

Sortie salles Australie: 10 Octobre 1974. U.S: Juin 1976

FILMOGRAPHIE: Peter Weir est un réalisateur australien, né le 21 Août 1944, à Sydney, Australie.
1974: Les Voitures qui ont mangé Paris. 1975: Pique-nique à Hanging Rock. 1977: La Dernière Vague. 1981: Gallipoli. 1982: l'Année de tous les Dangers. 1985: Witness. 1986: Mosquito Coast. 1989: Le Cercle des Poètes Disparus. 1990: Green Card. 1993: Etat Second. 1998: The Truman Show. 2003: Master and Commander. 2011: Les Chemins de la Liberté.


Première réalisation du grand auteur Peter Weir, Les Voitures qui ont mangé Paris est un ovni australien comme on en voit peu dans le cinéma conventionnel. Précurseur de Mad-Max 1 si je me réfère à son thème (la violence sur bitume) et comme le souligne son délirant final auquel une meute de délinquants sème terreur et mort à bord de leur véhicule blindé, Les Voitures qui ont mangé Paris déborde de cocasserie et d'humour noir en nous plongeant dans la quotidienneté de citadins coexistants en autarcie. A la suite d'un accident de voiture qui eut valu la mort de son frère, Arthur est accueilli avec hospitalité par le maire de la ville de Paris confinée en Australie. Adopté comme un fils par ce dernier, Arthur est cependant raillé par les jeunes du quartier depuis sa fonction de gardien de parking quand bien même les accidents de voitures sont en recrudescence dans la région.


A partir de cette trame insolite, Peter Weir en extirpe un petit bijou d'étrangeté et de drôlerie (souvent noire) dans son brio à retranscrire les us et coutumes d'une population au mode de vie rétrograde. Peuplé de personnages absurdes ou excentriques co-existant au sein d'un microcosme rural afin de s'épargner la violence externe des villes modernes, les Voitures qui ont mangé Paris nous désarçonne par son aspect à la fois décalé et baroque. Les situations grotesques et incongrues s'enchaînant au fil du témoignage timoré d'un étranger en berne. Avec son timbre vocal à la fois chétif et efféminé et son physique aussi candide que craintif, John Meillon se prête ironiquement au jeu taiseux de l'orphelin en quête (désespérée) de liberté depuis son trauma moral (il a causé la mort de deux personnes lors d'accidents de voiture). Parfois même hilarant par sa bonhomie à ne jamais hausser le ton face à ses adversaires, ce dernier parvient aussi à nous attacher de sa condition esseulée sous la fragilité d'un regard d'enfant. Outre l'irrésistible sentiment de dépaysement que l'ont discerne au sein de cette région bucolique faussement sereine, Les Voitures qui ont mangé Paris vaut surtout pour sa caricature folingue impartie à des protagonistes arriérés si j'ose dire (la séquence archaïque du bal costumé vaut son pesant de cacahuètes !). De par leur comportement docile dicté par un bourgmestre impérieux émane la peinture d'une société sédentaire conservatrice si bien que la jeunesse privée de nouveauté, de loisirs et de liberté urbaine se réfugie dans l'ivresse de la vitesse à bord de leurs bolides meurtriers.


Etrange curiosité aussi déjantée que décalée non exempt de moments hilarants, les Voitures qui ont mangé Paris constitue une savoureuse farce macabre sous couvert de la dérive progressive d'une jeunesse délinquante au sein d'une société bien-pensante repliée sur elle-même. 

Bruno Matéï
3èx 

vendredi 24 mars 2017

SPLIT

                                                                    Photo empruntée sur Google, appartenant au site orangemagazine.ph

de M. Night Shyamalan. 2017. U.S.A. 1h57. Avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley,
Jessica Sula, Haley Lu Richardson, Brad William Henke, Sebastian Arcelus.

Sortie salles France: 22 Février 2017. U.S: 20 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE: M. Night Shyamalan est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur américain, d'origine indienne, né le 6 Août 1970 à Pondichéry.
1992: Praying with Angers. 1998: Eveil à la vie. 1999: Sixième Sens. 2000: Incassable. 2002: Signs. 2004: Le Village. 2006: La Jeune fille de l'eau. 2008: Phenomènes. 2010: Le Dernier maître de l'air. 2013: After Earth. 2015: The Visit. 2017: Split.


Si M.Night Shyamalan a toujours divisé une partie du public et de la critique (même s'il faut reconnaître qu'il est capable du meilleur comme du raté), on ne peut nier sa passion, sa sincérité et son amour du genre comme il le prouve à nouveau avec Split. S'efforçant à chacun de ses projets de crédibiliser avec savoir-faire des intrigues particulièrement originales, voires singulières afin de surprendre le spectateur embarqué dans un univers fantastique que n'aurait pas renié Rod Serling (twist récurrent à l'appui), M. Night Shyamalan atteste avec Split qu'il est capable de soigner le fond et la forme avec ce même goût immodéré pour le genre. Gros succès commercial international tel qu'il ne l'avait pas connu depuis 6è sens et Incassable, Split puise son intérêt et son intensité dans l'ossature d'une intrigue bougrement originale basée sur une réelle pathologie, le "trouble dissociatif de l'identité". Une pathologie mentale définit en 1994 auquel le patient souffre de multiples personnalités après avoir été maltraité durant son enfance dans la majorité des cas (agressions physiques et sexuelles). Perturbé par ces 23 personnalités, Kevin est suivi par la psychiatre Karen Fletcher afin de canaliser ses multiples identités. Un beau jour, sur un parking, il kidnappe trois adolescentes sans connaître de prime abord les véritables motifs de cette soudaine agression. Recluses dans la cave d'un sous-sol, elles vont tenter de s'extraire de leur geôle quand bien même Kevin est sur le point d'extérioriser une 24è identité. 


A partir de cette intrigue aussi passionnante que fascinante, M. Night Shyamalan insuffle une belle efficacité dans son lot de stratégies d'évasion et de confrontations violentes que se disputent victimes et bourreau entre deux séances de thérapie que ce dernier se réserve de consulter. Outre l'intensité soutenue d'un suspense ciselé, Shyamalan cultive un thriller horrifique d'autant plus substantiel sous l'impulsion d'une étude caractérielle. Car en dépit de l'attention scrupuleuse imputée au portrait schizo du malade en proie à ses démons internes et prochainement apte à engendrer un personnage d'un genre nouveau, Shyamalan souligne en parallèle le profil d'une des 3 victimes étrangement taiseuse et pondérée depuis une maltraitance sexuelle. Sur ce point, Anya Taylor-Joy s'avère presque aussi magnétique que son rival dans son jeu fiévreux de victime à la fois apeurée, perspicace et flegme si bien qu'elle ne cède jamais à la panique auprès de sa survie. En nous dévoilant sobrement par l'entremise de flashback sa condition traumatique d'une enfance maltraitée, Shyamalan établit un rapport étroit avec le kidnappeur également soumis à un passé assez commun. Au-delà de ses personnages bien dessinés (notamment au niveau de la posture anti-potiche des victimes secondaires s'efforçant de trouver une solution d'échappatoire avec inventivité, et donc sans se vautrer dans les vulgaires clichés), Split est notamment transcendé par la performance caméléon de James McAvoy. L'acteur terriblement expressif et spontané se fondant dans la peau de divers personnages avec une intensité viscérale trouble, entre fascination et doux malaise. Grâce à la disparité de son jeu sournois, sarcastique et délétère souvent imprévisible, la montée progressive du suspense gagne en intensité horrifique lors de ses accès de démence si bien que la dernière demi-heure fertile en rebondissements insuffle une angoisse en crescendo. Notamment de par la cruauté tolérée à certaines situations de survie d'où pointe le désespoir. Quand bien même Shyamalan culmine ses confrontations psychologiques et musclées par le biais d'une idée saugrenue follement astucieuse (l'auto-suggestion que le patient parvient à imprimer dans sa chair) sans jamais sombrer dans le grand-guignol de comptoir.


Croyez en la bête !
Suspense horrifique aussi tendu qu'anxiogène doublé d'un drame moral auquel l'empathie éprouvée pour le duo commun renforce le caractère crédible d'une pathologie mentale aussi atypique (sur ce point, Shyamalan réussit en prime l'exploit de ne pas faire chavirer l'intrigue dans le ridicule vers son dernier acte incongru), Split scande un superbe affrontement psychologique autour d'un plaidoyer pour la cause animale (leur condition d'embrigadement et d'exhibition) et d'une métaphore sur la bête qui sommeille en nous (en l'occurrence chez les victimes de maltraitance infantile soumises à un trauma inapaisable).

Eric Binford.

jeudi 23 mars 2017

BRIMSTONE

                                                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site Allocine.fr

de Martin Koolhoven. 2017. U.S.A. 2h28. Avec Dakota Fanning, Guy Pearce, Kit Harington, Carice van Houten, Emilia Jones, Jack Roth

Sortie salles France: 22 Mars 2017. U.S: 10 Mars 2017

FILMOGRAPHIEMartin Koolhoven, nom de scène de Martinus Wouter Koolhoven est un réalisateur, scénariste et acteur néerlandais, né le 25 avril 1969 à La Haye (Pays-Bas). 1993 : Chess. 1995 : KOEKOEK! 1996 : De Orde Der Dingen. 1997 : Duister licht (TV). 1997 : Vet Heftig - de video (vidéo). 1999 : Suzy Q (TV). 2001 : AmnesiA. 2001 : De grot. 2004 : Het zuiden. 2005 : Het schnitzelparadijs. 2005 : Knetter. 2006 : 'n Beetje Verliefd. 2008 : Oorlogswinter (Winter in Wartime). 2017 : Brimstone.


"Les gens pensent que ce sont les flammes qui rendent l'enfer insupportable. C'est faux. C'est l'absence d'amour".

Western insolite si j'ose dire à la lisière du cauchemar horrifique comme le fut en son temps la maudite Nuit du Chasseur, Brimstone est un drame crépusculaire dont on ne sort pas indemne. Le chemin de croix d'une martyre immolée par le patriarcat, le fondamentalisme et la phallocratie. D'une durée substantielle de 2h28, cette étude de moeurs fustigeant avant tout le fanatisme religieux nous retrace le parcours chaotique de Liz, fille d'un prêcheur intégriste n'ayant de cesse de la persécuter durant sa destinée. Découpé en 5 chapitres alternant présent et passé (montage très habile à l'appui !) afin de mieux nous surprendre des tenants et aboutissants des personnages au passé torturé, Martin Koolhoven (cinéaste hollandais dont j'ignore le contenu de sa filmo), compose sa mise en scène à l'instar d'une procession funèbre. D'une grande violence jamais ostentatoire (alors qu'une majeure partie de la presse lui reproche une complaisance putassière ! ?), l'intrigue nous dresse un douloureux portrait de femme humiliée, soumise et molestée auprès d'une gente masculine d'un machisme trivial.


Un plaidoyer pour l'émancipation de la femme. 
Plus que jamais d'actualité en ces temps intolérants de conservatisme et d'inégalité des sexes, Brimstone éprouve moralement lorsqu'une mère de famille tente de survivre et d'appliquer sa révolte contre la phallocratie au coeur de l'Ouest américain à la fin du 19è siècle. Sans faire preuve d'émotion programmée, notamment grâce à la sobriété des comédiens et à l'épure d'une mise en scène sublimant au passage son cadre bucolique avec l'appui d'une photo immaculée, Martin Koolhoven parvient à distiller un sentiment vénéneux au fil d'un cheminement mortuaire où les cadavres s'amoncellent sans répit. Et ce avec une grande cruauté dans ce monde rétrograde où la femme est souvent réduite à l'objet sexuel destituée de ses droits et de sa propre personnalité. Habité par un instinct meurtrier, Guy Pearce hypnotise l'écran de sa carrure ténébreuse avec l'intensité d'un regard noir impassible, reflet de son inhumanité impartie à sa doctrine obscurantiste. A la fois fragile mais pugnace et animée par l'espoir et la vendetta, Dakota Fanning lui prête la vedette avec une dignité humaine souvent poignante dans son initiation au courage et à la volonté de s'affirmer. Ensemble, ils traversent le film tels des fantômes errants si bien que derrière eux l'odeur du sang et de la mort s'agrippent à leur cheville au sein d'une société animale réfutant la noble équité.


Un choc moral indicible pour un futur classique maudit. 
Eprouvant et terriblement cruel quant à la sombre destinée d'une victime évoluant dans un monde d'asservissement où la violence primitive ne lui accordera aucun crédit, Brimstone déconcerte et émeut de manière éthérée si bien qu'après la projo on se surprend de notre état moral étrangement bafoué, à l'instar d'une remise en question morale (et inconsciente) sur notre propre époque barbare. D'une intensité dramatique en roue libre, il en émane un western marginal d'un humanisme désenchanté laissant de sérieuses traces dans la rétine et l'encéphale pour nous hanter à jamais. 

Bruno Dussart
La critique de Gilles Rolland: http://www.onrembobine.fr/critiques/critique-brimstone/

mercredi 22 mars 2017

BEYOND RE-ANIMATOR. Grand Prix au Festival du film Fantastique de Suède, 2003.

                                                 Photo empruntée sur Google, appartenant au site horrorfunatic.wordpress.com

de Brian Yuzna. 2003. Espagne. 1h36. Avec Jeffrey Combs, Jason Barry, Tommy Dean Musset, Bárbara Elorrieta, Elsa Pataky, Ángel Plana.

Sortie Dvd France: 2 mars 2004. U.S: 23 Avril 2003.

FILMOGRAPHIE: Brian Yuzna est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né en 1949 aux Philippines. 1989: Society. 1990: La Fiancée du Ré-animator. 1990: Silent Night, Deadly Night 4. 1993: Le Retour des morts-vivants 3. 1996: Le Dentiste. 1998: Progeny, l'enfant du futur. 1998: Le Dentiste 2. 2000: Faust. 2003: Beyond Ré-animator. 2004: Rottweiler. 2005: La Malédiction des Profondeurs. 2010: Amphibious 3D.


13 ans après La Fiancée du Ré-animator, Brian Yuzna reprend les commandes pour nous servir sur un plateau d'airain une séquelle encore plus réussie avec Beyond Ré-animator. Banni de nos salles obscures et donc directement passé par la case DTV, ce 3è opus diablement bonnard rivalise de générosité et d'inventivité en dépit d'une intrigue reprenant à peu de choses près le schéma narratif que le chef-d'oeuvre de Stuart Gordon. A savoir, la poursuite des expériences morbides d'Herbert, la romance impossible entre l'assistant et sa petite amie, l'intrusion d'un nouvel antagoniste mégalo et pervers délibéré à s'approprier le sérum et le carnage final qui en découle envers une armée de zombies. Mais pour y apporter un regain d'originalité, Yuzna a la bonne idée d'inclure un second sérum potentiellement salvateur car apte à assagir les zombies ! Interné en prison, Herbert West poursuit ses recherches avec l'aide d'un suppléant praticien. Ayant cette fois-ci mis au point le nanoplasma, un second sérum afin de canaliser la violence des ressuscités, Herbert parvient à réanimer un rat sans que ce dernier ne souffre de séquelles erratiques. Du moins en apparence car les effets secondaires du produit ne tardent pas à se manifester quand bien même une mutinerie entre prisonniers va prochainement éclater par la faute du directeur de prison véreux avide de s'approprier le sérum.


Grâce au dynamisme de sa mise en scène, à la fertilité des effets gores aussi impressionnants que réussis (merci Mr Screaming Mad George !) et à l'implication spontanée des comédiens (quel plaisir de retrouver Jeffrey Combs, l'icone moderne du savant fou toujours aussi déjanté !), Beyond Ré-animator parvient à réactualiser la franchise avec une sincérité que l'on retrouve rarement chez un Direct-To-Video. Féru du genre comme il nous l'eut déjà prouvé avec ses précédents travaux, Brian Yuzna continue de s'appliquer pour nous divertir par le biais d'une accumulation de péripéties aussi débridées que cartoonesques. A l'instar des confrontations musclées que se disputent notre duo de chirurgiens contre un directeur récalcitrant et une fiancée en dégénérescence morale. Car grâce à l'efficacité de ses situations et idées horrifiques souvent incongrues (la maraude du rat s'appropriant un pénis tranché, le détenu toxico s'injectant le sérum à moult reprises pour parfaire l'orgasme absolu), Yuzna parvient à retrouver la démesure visuelle du 1er opus en dépit d'un budget moins important et de sa facture "téléfilmesque". Enfin, en délocalisant l'action dans un centre pénitencier, Beyond Ré-animator exploite d'autant mieux son huis-clos blafard sous l'impulsion de marginaux en voie de sédition. Ce qui culmine avec un final des plus bordéliques dans son lot de pugilats horrifiques et de sacrifice romantique où tous les coups mortels seront permis !


Fun et débridé, cocasse et gore en diable (FX artisanaux svp !), Beyond Ré-animator déclare sa révérence aux fans du genre sous l'autorité chaleureuse de Yuzna parvenant à nouveau à bricoler une formidable série B sans soupçon de prétention, entre malice et amour du Fantastique.  

Bruno Matéï
2èx

Récompense: Grand prix du film fantastique européen, lors du Festival du film fantastique de Suède 2003.

                                                                            Photo empruntée sur Google, appartenant au site misantropey.com

de Stuart Gordon. 1985. U.S.A. 1h26. Avec Jeffrey Combs, Bruce Abbott, Barbara Crampton, David Gale, Robert Sampson, Gerry Black.

Sortie salles France: 12 Mars 1986. U.S: 18 Octobre 1985

RécompensesPrix Spécial Section Peur, Avoriaz 1986.
Prix du Meilleur Film, Catalogne 1985.
Prix du Meilleur Film et Meilleurs Effets Spéciaux, Fantafestival 1986

FILMOGRAPHIE: Stuart Gordon est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 11 Août 1947 à Chicago (Illinois).
1979: Bleacher Bums (télé-film). 1985: Ré-Animator. 1986: Aux portes de l'au-delà. 1987: Dolls. 1988: Kid Safe (télé-film). 1990: Le Puits et le Pendule. 1990: La Fille des Ténèbres. 1990: Robojox. 1993: Fortress. 1995: Castle Freak. 1996: Space Truckers. 1998: The Wonderful ice cream suit. 2001: Dagon. 2003: King of the Ants. 2005: Edmond. 2005: Masters of Horro (le cauchemar de la sorcière - Le Chat Noir). 2007: Stuck. 2008: Fear Itself.


Film-culte de la génération 80, succès public inespéré dans l'hexagone (635 284 entrées), Re-animator est également la révélation du cinéaste néophyte Stuart Gordon avant que Brian Yuzna, attitré à la production, ne soit reconnu quatre ans plus tard avec Society. En pleine mouvance du gore burlesque, le cinéaste rivalise ici d'audace et d'inventivité pour cette variation extravagante de Frankenstein. Inspiré d'une nouvelle de Howard Phillips Lovecraft, l'intrigue se focalise sur les expérimentations d'Herbert West, étudiant en médecine ayant récemment découvert un sérum permettant de réanimer les défunts. Hébergé en colocation chez Dan Cain, il débute ses expériences avec le cadavre d'un animal, le chat fraîchement décédé de son locataire. Délibéré à passer au stade supérieur, il s'entreprend de continuer l'expérience sur un être humain. Epaulé de son équipier, ils se dirigent vers la morgue de l'hôpital afin de tester le vaccin sur un cadavre. Pendant ce temps, le professeur Hill, ennemi juré de West, à la ferme intention de s'emparer de ses travaux illégaux pour accéder à la célébrité. 


A partir de ce pitch prometteur fertile en effets chocs sanglants et gags hilarants (toutes les séquences où le surveillant de police intervient avec une indolence versatile s'avèrent d'une drôlerie irrésistible !), Stuart Gordon nous concocte un bijou d'humour noir inspiré du cartoon. Nanti d'excellents maquillages de Anthony Doublin et John Naulin, Ré-animator s'en donne à coeur joie dans les démembrements, déchiquetages et décapitations que West et son acolyte outrepassent pour la réussite d'un projet improbable, rendre la vie (impossible) à des morts (erratiques) ! Ces derniers estropiés revenants à la vie dans une furie incontrôlée ! Outre l'efficacité des quiproquos, revirements et dommages collatéraux que West et Cain accumulent maladroitement, l'intrigue est également rehaussée de la fougue impétueuse des comédiens déjantés. Jeffrey Combs iconisant son personnage contemporain de Frankenstein avec l'obsession délurée de daigner coûte que coûte révolutionner la création de la vie ("il se prend pour Dieu... Mais Dieu a horreur de la concurrence !" Dixit l'accroche publicitaire ! ). Secondé par son sympathique adjoint Dan Cain, Bruce Abbott lui partage la vedette dans la peau du médecin crédule rendu irresponsable à oser lui prêter main forte. Epaulé d'une tendre compagne plongée dans le désarroi (son père vient de subir par malchance la résurrection du sérum avant de se voir infliger une camisole psychiatrique !), Barbara Crampton n'hésite pas à dévoiler ses charmes dans son plus simple appareil avant de s'égosiller, à l'instar d'une séquence nécrophile restée dans les annales. Enfin, pour incarner l'arriviste aussi mesquin que cynique, David Gale exprime un rictus sadique dans sa posture démembrée encore plus avide à parfaire ses ambitions délétères (violer Megan par le biais de sa caboche décapitée et planifier une résurrection de masse avant l'arrivée de son concurrent !).  


Jouissif et trépidant car d'une drôlerie souvent hilarante dans sa succession de gags débridés et rebondissements sanglants, Ré-animator n'a pas volé sa réputation de chef-d'oeuvre du gore folingue que des comédiens en roue libre exacerbent à renfort d'hystérie collective !

Bruno Matéï
6èx

mardi 21 mars 2017

L'EFFROYABLE SECRET DU DR HICHCOCK

                                                                Photo empruntée sur Google, appartenant au site horrormagazine.it

"L'Orribile segreto del Dr. Hichcock" de Riccardo Freda. 1962. Italie. 1h29. Avec Robert Flemyng, Barbara Steele, Montgomery Glenn, Harriet White, Teresa Fitzgerald, Spencer Williams.

Sortie salles France: 9 Décembre 1964. Italie: 30 Juin 1962

FILMOGRAPHIE: Riccardo Freda (né le 24 février 1909 à Alexandrie, Égypte - mort le 20 décembre 1999 à Rome) est un réalisateur, scénariste et acteur italien. 1942 : Don César de Bazan
1945 : Toute la ville chante. 1946 : L'Aigle noir. 1948 : Les Misérables ou L'Évadé du bagne. 1948 : Le Cavalier mystérieux. 1949 : Le Fils de d'Artagnan. 1951 : La Vengeance de l'aigle noir. 1951 : Trahison. 1953 : Spartacus. 1953 : Les Mosaïques de Ravenne. 1954 : Théodora, impératrice de Byzance. 1956: Le Chateau des amants maudits. 1956 : Les Vampires. 1959 : Caltiki, le monstre immortel. 1960 : Le Géant de Thessalie. 1961 : Les Mongols (coréalisateur). 1961 : Le Géant à la cour de Kublai Khan. 1962 : Sept épées pour le roi. 1962 : Maciste en enfer. 1962 : L'Effroyable secret du docteur Hichcock. 1963 : Le Spectre du professeur Hichcock. 1964 : Les Deux Orphelines. 1964 : Roméo et Juliette. 1965 : L'Aigle de Florence. 1965 : Coplan FX 18 casse tout. 1966 : Roger la Honte. 1967 : Coplan ouvre le feu à Mexico.


Hymne au gothisme italien que Riccardo Freda transcende avec une maestria indiscutable, l'Effroyable secret du Dr Hichcock est un régal visuel de tous les instants sous la ciselure d'un suspense latent littéralement captivant. Entretenant de troublants rapports nécrophiles avec sa complice épouse, le Dr Hichcock intente à la vie de cette dernière après lui avoir administré son traditionnel anesthésiant lors de ses expériences sexuelles. Frappé par ce deuil sentimental, il décide de se retirer de sa demeure pour laisser les clefs à sa gouvernante. 12 ans plus tard, de nouveau marié avec la jeune Cynthia, il retourne dans sa vieille demeure en compagnie de sa fidèle domestique. Seulement, cette dernière eut offert entre temps l'hospitalité de sa soeur atteinte de démence et secrètement confinée dans une chambre. A la tombée de la nuit, Cynthia est victime d'étranges évènements, à moins que tout ceci ne soit le fruit de son imagination depuis la mort de son père. Fort d'une intrigue à suspense remarquablement charpentée instaurant en intermittence quelques rebondissements que n'aurait pas renié sir Alfred Hitchcock, l'Effroyable secret du Dr Hichcock nous entraîne dans une diabolique machination sous l'impulsion de personnages aussi interlopes qu'équivoques.


A ce titre, sa distribution charismatique s'avère en tous points infaillible comme les confirment les postures sinistres de Robert Flemyng (délectable en ambitieux chirurgien à la mine renfrognée) et de Harriet White (inoubliable en domestique timidement affable, taiseuse et chafouine). Quand bien même la scream girl Barbara Steele renoue avec ses talents vocaux pour exprimer l'effroi par le biais de sa plastique ensorcelante eu égard de son immense regard ténébreux ! Impliquée dans une posture fragile, l'actrice déploie un jeu nuancé d'appréhension, de perplexité et de désarroi face aux sombres évènements qui intentent à sa tranquillité. Formellement splendide, tant auprès de ses magnifiques décors domestiques que de ses éclairages stylisés à la lisière du surnaturel, L'Effroyable secret... envoûte les yeux par son climat gothique à la fois vénéneux et expérimental (lumières criardes subitement variantes d'un plan à un autre). Audacieux par son propos scabreux, Riccardo Freda exploite la thématique de la nécrophilie de manière tacite plutôt qu'explicite. Car si le prologue ainsi qu'une autre séquence d'étreinte sépulcrale ne fait aucun doute quant aux déviances sexuelles du Dr Hichcock, le réalisateur préfère ensuite les occulter au profit d'une ossature narrative calibrée non avare de péripéties et d'obscures interrogations. A l'instar de l'éventuelle implication de la gouvernante et du mystérieux premier cadavre (à la chevelure brune) qu'Hichcock exhume de sa tombe en pleine nuit. Solidement mis en scène avec autonomie, Riccardo Freda offre ses lettres de noblesse à un gothisme moderne et épuré (Argento aurait pu notamment s'en inspirer pour ses futurs travaux baroques !) tout en rendant hommage au maître du suspense dans sa mécanique aussi bien huilée que machiavélique. D'ailleurs, le final terrifiant dévoilant l'envers des masques perfides s'avère d'autant plus impressionnant sous le pilier du thème Spoil ! du vampirisme fin du Spoil quand bien même l'audace d'une prochaine mise à mort à la fois cruelle et malsaine nous ébranle en tenant compte aussi du contexte de l'époque !


Diamant noir du gothisme transalpin à la perversité raffinée, l'Effroyable secret du Dr Hichcock perdure son pouvoir hypnotique par sa fulgurance stylisée, le jeu inflexible des comédiens et la dextérité d'une intrigue fétide en dépit d'éventuelles incohérences que Riccardo Freda préfère peut-être occulter afin d'alimenter ambiguïté et mystère. Un chef-d'oeuvre immuable que cette pièce maîtresse d'ambiance horrifique aussi archaïque que novatrice ! 

Eric Binford.
2èX

lundi 20 mars 2017

ROGUE ONE: A STAR WARS STORY

                                              Photo empruntée sur Google, appartenant au site lestoilesheroiques.fr

de Gareth Edwards. 2016. U.S.A. 2h14. Felicity Jones, Diego Luna, Donnie Yen, Ben Mendelsohn, Jiang Wen, Forest Whitaker, Mads Mikkelsen, Alan Tudyk, Riz Ahmed, Spencer Wilding et Daniel Naprous, James Earl Jones, Genevieve O'Reilly, Alistair Petrie, Paul Kasey.

Sortie salles France: 14 Décembre 2016. U.S: 16 Décembre 2016

FILMOGRAPHIEGareth Edwards est un réalisateur, scénariste et producteur britannique, né le 31 Décembre 1975. 2010 : Monsters. 2014 : Godzilla. 2016: Rogue One: a star wars story.


Spectacle enchanteur de guerre et d'aventures à couper le souffle, Rogue One: A Star Wars Story est une grandiose odyssée au souffle épique aussi persuasif que l'imputrescible l'Empire-contre attaque ! Alors que les derniers épisodes, trop lisses et conventionnels, car dénué d'âme et d'esprit créatif n'ont jamais su retrouver la magie de la saga originelle, Gareth Edwards est aujourd'hui parvenu à réactualiser le mythe avec une humilité et une maestria ébouriffantes ! Les séquences d'action, aériennes et terriennes, s'avérant d'une intensité vertigineuse, de par la fluidité et la rigueur de la réalisation, du montage ultra dynamique et du sens du découpage (rien n'a été laissé au hasard dans le moindre cadre !). Outre ses explosions dantesques de batailles tantôt spatiales, tantôt terriennes, les décors grandioses, les figurants réunis en masse (sans faire office de remplissage) et son design formel (telle la scénographie instaurée sur la plage tropicale !) décuplent le dépaysement que le spectateur éprouve à la manière d'un rêve de gosse.


Car 37 ans après la sortie de l'Empire..., Gareth Edwards est parvenu de mon point de vue subjectif à renouer avec mes émotions d'adolescence pour le sens féerique imputé à sa forme et pour la densité des personnages remarquablement dessinés, et ce jusqu'aux seconds rôles. Je pense prioritairement à la troupe des rebelles que Jyn Erso est parvenu à recruter avec l'aide d'un androïde transfuge (oh combien crédible !) afin de pouvoir récupérer les plans de l'étoile noire que son père eut secrètement préservé. Au-delà de l'aspect festif du spectacle aussi généreux qu'attachant (alors qu'il ne cède jamais à une vaine esbroufe !), la dimension dramatique de l'intrigue est également son point positif si bien que les thèmes de l'amour, de la vengeance et du sens du sacrifice étroitement liés au destin de Jyn Erso extériorisent quelques séquences véritablement poignantes et épurées (j'en ai même versé des perles de larmes lors d'un bref instant d'adieu). Si Felicity Jones ne délivre pas une interprétation inoubliable, son charisme sentencieux, sa foi humaine et sa volonté pugnace de compromettre les plans de l'Empire se traduisent avec assez de vigueur morale pour qu'on se laisse prendre à son jeu dramatique. La sobriété de la distribution étant justement une plus-value auprès de sa construction narrative lorsqu'il s'agit de préméditer des stratégies d'attaques ou de brosser des plages d'intimité autour des rapports familiaux ou romantiques de Jyn en initiation héroïque (sans toutefois être sur le front comme ses autres compagnons).


Par le biais d'une histoire simple mais forte, Gareth Edwards est donc parvenu avec Rogue One à redorer un sang neuf à la saga en donnant chair à des personnages matures d'une belle densité morale (à l'instant du guerrier aveugle croyant à la force de manière bien spécifique !). Un nouveau divertissement familial extrêmement sincère et généreux si bien qu'en terme de création d'univers chimérique, Rogue One renoue tout simplement avec la magie du grand spectacle épique. 

Bruno Dussart

vendredi 17 mars 2017

TRAQUE A BOSTON

                                                                      Photo empruntée sur Google, appartenant au site cineday.orange.fr

"Patriots Day" de Peter Berg. 2016. U.S.A. 2h13. Avec Mark Wahlberg, Kevin Bacon, John Goodman, J. K. Simmons, Michelle Monaghan, Vincent Curatola.

Sortie salles France: 8 Mars 2017. U.S: 13 Janvier 2017

FILMOGRAPHIE: Peter Berg est un réalisateur, acteur, producteur, scénariste et compositeur américain, né le 11 Mars 1962 à New-York.
1998: Very Bad Things. 2003: Bienvenue dans la jungle. 2004: Friday night lights. 2007: Le Royaume. 2008: Hancock. 2012: Battleship. 2013: Du sang et des larmes. 2016: Deepwater. 2016: Traque à boston.


Réalisateur touche à tout capable du meilleur et de quelques ratés, Peter Berg n'en finit plus de nous surprendre depuis ses récents succès Du sang et des Larmes et Deepwater alors qu'il se fit connaître avec une première oeuvre diablement réjouissante, la comédie sardonique Very Bad Things. Aujourd'hui, il s'implique à nouveau dans l'adaptation du fait divers pour mettre en boite Traque à Boston. Un titre simpliste mais prometteur faisant d'ailleurs quelque peu écho aux polars des années 70. Le 15 Avril 2013, des terroristes commettent deux attentats en plein marathon de Boston. Recherchés par toutes les polices, le duo est sur le point de parfaire une nouvelle attaque quand bien même le sergent Tommy Saunders s'efforce de retrouver leur trace avec l'appui du FBI. A travers ce fait divers tragique fustigeant à nouveau le spectre du terrorisme, Peter Berg emprunte le schéma du thriller à suspense parmi une solide maîtrise et un sens acéré de l'efficacité.


A l'instar de son unique séquence d'action aussi virtuose qu'anthologique nous immergeant de plein fouet au sein d'une guérilla urbaine à feu et à sang ! D'une vigueur et d'un réalisme hallucinants, la réalisation assidue nous plaque au siège lors de ses échanges de tirs et de bombes que se disputent policiers et terroristes. Au-delà de cet affrontement belliciste proprement vertigineux qu'on croirait sorti d'un film de guerre, Peter Berg s'efforce toutefois de fidéliser l'action des évènements avec sobriété et dignité. Le mise en scène studieuse prenant son temps dans une fidèle chronologie de retracer l'enquête et la longue traque qu'éprouve la police après nous avoir reconstitué sans esbroufe (mais avec un réalisme pénible) les deux explosions meurtrières du marathon de Boston. Du point de vue des terroristes en fuite, Peter Berg peaufine notamment avant la traque promise une nouvelle tentative d'attentat qu'ils s'efforcent à nouveau de perpétrer sous le schéma d'un suspense haletant. Certaines séquences furieusement anxiogènes (mais expurgées de fioritures) insufflant une tension terriblement viscérale lorsque deux victimes tenteront vaillamment de s'extirper de leur situation de danger létale. Quant à sa distribution virile, et en dépit du talent infaillible de nos illustres seconds-rôles (Kevin Bacon, John Goodman se partagent la vedette avec une mutuelle autorité), Mark Wahlberg s'investit à nouveau dans une posture pugnace avec charisme et modestie si bien que l'intensité des sombres évènements qui empiètent l'intrigue émanent notamment de sa constance à appréhender les criminels en dépit d'un handicap corporel ! (il boite de la jambe droite suite à un accident).


Sans jamais sombrer dans la série B de comptoir afin de divertir un public facile, Traque à Boston redore le blason du thriller à suspense avec un savoir-faire technique et une digne sobriété si je me réfère à la fidélité de sa reconstitution historique et au témoignage imputé aux victimes des attentats et secouristes (images d'archives, interview des survivants à l'appui en guise d'épilogue) pour nous laisser en mémoire un poignant hommage jamais sirupeux. 

Bruno Matéï

jeudi 16 mars 2017

L'EMPIRE DE LA TERREUR

                                                             Photo empruntée sur Google, appartenant au site kebekmac.blogspot.fr

"Tales of Terror" de Roger Corman. 1962. U.S.A. 1h29. Avec Vincent Price, Maggie Pierce, Leona Gage, Edmund Cobb, Peter Lorre, Joyce Jameson, John Hackett, Lennie Weinrib, Wally Campo, Alan DeWitt, Basil Rathbone, Debra Paget, David Frankham.

Sortie salles France: 12 Avril 1972. U.S: 4 Juillet 1962

FILMOGRAPHIE: Roger Corman est un cinéaste américain, né le 5 avril 1926 à Détroit, Michigan
1955: Day the World Ended. 1956: It's Conquered the World. 1957: Rock all Night. 1957: l'Attaque des Crabes Géants. 1957: Not of this Earth. 1957: Vicking Women. 1957: The Undead. 1958: War of the Satellites. 1958: She-Gods of Shark Reef. 1958: Swamp Women. 1958: Teenage Caveman. 1958: Mitraillette Kelly. 1959: Un Baquet de Sang. 1960: La Petite Boutique des Horreurs. 1960: La Chute de la Maison Usher. 1961: Ski Troop Attack. 1961: La Chambre des Tortures. 1961: Atlas. 1962: The Intruder. 1962: l'Enterré Vivant. 1962: l'Empire de la Terreur. 1962: La Tour de Londres. 1963: Le Corbeau. 1963: La Malédiction d'Arkham. 1963: l'Horrible cas du Dr X. 1963: l'Halluciné. 1964: Le Masque de la Mort Rouge. 1964: l'Invasion Secrète. 1965: Le Tombe de Ligeia. 1965: Not of this Earth. 1966: Les Anges Sauvages. 1967: l'Affaire Al Capone. 1967: The Trip. 1970: Bloody Mama. 1971: Gas-s-s-s. 1971: Le Baron Rouge. 1990: La Résurrection de Frankenstein.


Quatrième adaptation de Poe supervisée par le maître Roger Corman, l'Empire de la Terreur regroupe 3 anthologies auquel se télescopent harmonieusement les thèmes de la jalousie, de la vengeance, de l'adultère et du surnaturel. D'une durée écourtée de 22 minutes, le 1er sketch intitulé Morella illustre la vengeance d'une mère de famille morte en couche par la cause de sa fille. 26 ans plus tard, et pour se faire pardonner, cette dernière rend visite à son père au sein de sa poussiéreuse demeure. Mais celui-ci, passéiste et mélancolique, n'est pas prêt de lui accorder la rédemption. Si Morella s'avère inévitablement l'épisode le plus faible de la trilogie, Roger Corman parvient toutefois à maintenir l'attention grâce à l'esthétisme envoûtant d'une demeure sclérosée et à sa faculté de nous faire croire à l'improbable lorsqu'un fantôme vindicatif décide de prendre sa revanche sur son passé galvaudé. L'interprétation fort convaincante (Vincent Price en tête dans un rôle assez proche du personnage meurtri et solitaire d'Usher !) rehaussant l'intensité des enjeux humains compromis par les sentiments de remord, de rancoeur et de pardon.


Le second sketch, Le Chat Noir, constitue une savoureuse comédie horrifique lorsqu'un époux alcoolique se voit contraint de concurrencer un dégustateur de vin lors d'une soirée arrosée au sein d'une auberge. Epris d'amitié, Montresor invite le dégustateur Fortunato à son domicile, quand bien même ce dernier ne reste pas insensible aux charmes d'Annabel, épouse soumise au vieux machiste. Par le biais d'une intrigue charpentée émaillée de situations cocasses, Vincent Price et Peter Lorre s'en donnent à coeur joie dans le mimétisme outrancier pour nous livrer un irrésistible numéro d'acteurs. Je songe inévitablement à l'épreuve du vin que nos deux compétiteurs affrontent avec un cabotinage volontairement badin. Outre l'aspect fantaisiste de son intrigue et des péripéties que Montresor accuse lors de ses hallucinations d'ébriété ou de ses querelles avec un chat, l'esthétisme raffiné des décors gothiques (taverne chaleureuse, ruelles touristiques et foyer victorien) nous ensorcelle à nouveau si bien que Roger Corman nous immerge d'autant mieux dans son époque vétuste par le truchement d'une flamboyante photographie. On s'amusera également, et pour parachever, de son astucieuse chute sardonique que les amateurs connaissent sans doute sur le bout des doigts !


La dernière anthologie prénommée La Vérité sur le cas de M. Valdemar s'avère assurément la plus originale et captivante lorsqu'un hypnotiseur tente de percer les secrets d'une éventuelle vie après la mort avec l'accord de son patient moribond. Au centre de cette incroyable énigme, un triangle amoureux va sévèrement compromettre l'enjeu spirituel pour culminer une fois encore à une vengeance d'outre-tombe. Vincent Price, au jeu cette fois plus sobre, et le charismatique Basil Rathbone s'affrontant avec une autorité dandy, quand bien même la sublime Debra Paget (bon dieu, quelle déesse !) électrise l'écran de sa présence chétive sous la ténuité de son regard azur.

Conclusion: Sans atteindre les niveaux autrement plus ambitieux de la Chute de la maison Usher, du Masque de la Mort rouge et de La Tombe de Ligeia, L'Empire de la terreur constitue une fort sympathique série B sous la direction de Corman vouant à nouveau son amour au genre gothique avec une intégrité indéfectible.

Eric Binford.
2èx 

mercredi 15 mars 2017

CANDYMAN 2

                                                                         Photo empruntée sur Google, appartenant au site alamy.com

"Candyman: Farewell to the Flesh" de Bill Condon. 1995. 1h35. Avec Kelly Rowan, Tony Todd, Veronica Cartwright, Bill Nunn, William O'Leary, Timothy Carhart

Sortie salles France: 9 Août 1995. U.S: 17 Mars 1995

FILMOGRAPHIE: Bill Condon est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur américain, né le 22 octobre 1955 à New York, aux États-Unis. 1987 : Sister, Sister. 1995 : Candyman 2. 1998 : Ni dieux ni démons. 2004 : Kinsey. 2005 : Dreamgirls. 2011 : Twilight, Chapitre IV : Révélation - 1re Partie. 2012 : Twilight, Chapitre V : Révélation - 2e Partie. 2013 : Le Cinquième Pouvoir. 2015 : Mr. Holmes. 2017 : La Belle et Bête.


En dépit de quelques meurtres spectaculaires, d'une photo sépia soignée, du jeu sobre de l'héroïne (Kelly Rowan se donne d'honnêtes moyens pour nous convaincre) et d'un final assez réussi quant aux origines du Candyman, Candyman 2 ne parvient pas à envoûter, de par sa réalisation académique et d'une intrigue superflue dénuée d'intensité. Quant à l'icone Tony Todd, il n'est plus que l'ombre de lui même dans ses tentatives infructueuses de provoquer le frisson.

15.03.17. 2èx


de Bernard Rose. 1992. U.S.A. 1h38. Avec Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley, Kasi Lemmons, Vanessa Williams, DeJuan Guy, Barbara Alston, Caesar Brown, Kenneth A. Brown, Michael Culkin.

Sortie salles France: 20 Janvier 1993. U.S: 16 Octobre 1992
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RécompensePrix du Public à Avoriaz en 1993.
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FILMOGRAPHIEBernard Rose est un réalisateur, scénariste, acteur, directeur de la photographie et monteur britannique. Il est né à Londres le 4 août 1960.
1987 Body contact, 1988 Paperhouse, 1990 Chicago Joe and the Showgirl, 1992 Candyman, 1994 Ludwig van B.(Immortal Beloved),1997 Anna Karénine, 2000 Ivans xtc., 2008 The Kreutzer Sonata, 2010 Mr Nice.

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Quatre ans après l'éblouissant Paper House, poème diaphane sur l'enfance galvaudée, Bernard Rose transpose à l'écran l'une des nouvelles de Clive BarkerThe Forbidden tiré du roman Livres de sang. Sous couvert de légendes urbaines et de superstitions alimentées par la peur des déshérités, Candyman aborde le thème de l'exclusion et de la xénophobie à travers le martyr d'un croque mitaine, symbole vindicatif de la communauté noire immolé par la haine raciale. Une étudiante et sa collègue rédigent une thèse sur les légendes urbaines. Elles décident de s'aventurer dans un quartier noir défavorisé de Chicago pour enquêter sur le célèbre mythe de Candyman. Au départ incrédule et athée, Hélène va malgré tout devenir la nouvelle cible du croque mitaine afin de la reconvertir en maîtresse des ténèbres. 
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Avec l'impact d'un scénario astucieux transcendant un conte social d'une épouvantable noirceur, Candyman progresse tranquillement lors de sa première partie avec l'investigation scrupuleuse de deux étudiantes compromises au mythe des légendes urbaines. A première vue, on pourrait croire se retrouver embarquer dans un énième avatar de slasher inspiré des cavalcades insolentes d'un Freddy Krueger préalablement adulé durant les années 80. Pourtant, par le biais de cette première partie suggérant au possible tout effet horrifique, et par la diabolique présence d'un éventuel personnage chimérique, l'oeuvre austère de Bernard Rose distille un suspense anxiogène habilement diffus. Par l'entremise du personnage d'Hélène, étudiante érudite interpellée par les croyances populaires mais dubitative à toute notion de véracité, le réalisateur exploite son incrédulité pour la révéler au rang de nouvelle victime emblématique imposée par son bourreau. Car il s'agit de la vengeance implacable d'un homme de couleur préalablement massacré par une population raciste mais revenu de l'au-delà par le truchement des miroirs dès qu'une personne souhaite invoquer à 5 reprises son patronyme face à la glace. A chaque meurtre perpétré dans les bas-fonds d'un quartier insalubre gangrené par la précarité, Hélène sera malencontreusement la coupable idéale sous l'influence délétère de Candyman. Par ses exactions sanguinaires commises avec une rare sauvagerie, notre spectre revenu des limbes de l'enfer va lui imposer la responsabilité de ses odieux méfaits en lui administrant la preuve tangible de l'arme du crime apposée dans ses mains. Une manière sournoise de la contraindre à reconnaître devant la justice sa culpabilité mais aussi l'acculer à un odieux chantage infantile grâce à l'enlèvement d'un bambin préservé dans une cachette imprenable.
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Cette empathie éprouvée pour la victime blanche issue d'un quartier aisé, ce sentiment d'impuissance de pouvoir clamer son innocence face à sa propre justice, cette désillusion de daigner convaincre l'improbable nous insufflent un sentiment implacablement éprouvant, intense et terrifiant. Doté d'une maîtrise technique imperturbable pour exacerber un sentiment d'angoisse tangible face aux apparitions ou exactions sanguinaires du CandymanBernard Rose dilue un malaise persistant qui ne va pas lâcher d'une seconde le spectateur ébranlé par l'invalidité d'une héroïne vouée à la damnation. L'environnement inquiétant de ces décors d'HLM saturés de graffitis criards et l'incroyable score cérémonial de Philip Glass vont également amplifier ce climat morose et cafardeux. Quand à l'apparence béante du spectre revanchard affublé d'un manteau de velours noir et armé d'un crochet amovible à la place de la main droite, il nous glace instinctivement d'effroi comme le laisse sous-entendre l'écho de sa voix gutturale ! Spoil ! Enfin, l'épilogue sardonique se réapproprie malicieusement d'une nouvelle légende urbaine à travers l'emblème féministe d'une femme blanche sacrifiée pour la cause d'une ségrégation raciale. Fin du Spoil.


Brillamment interprété par la candide Virginia Madsen, poignante de sensibilité et de désillusion se disputant la vedette avec un Toni Todd effrayant de présence mortifère, Candyman s'achemine au chef-d'oeuvre du fantastique à résonance sociale. Un conte moral particulièrement cruel dans sa peinture sans concession imputée à la haine raciale et à l'exclusion si bien que l'atmosphère urbaine suffocante nous hante dans sa détresse humaine. A redécouvrir d'urgence !

Bruno Dussart06.03.12.