de Francis Lawrence. 2007. U.S.A. 1h40. Avec Will Smith, Alice Braga, Charlie Tahan, Salli Richardson-Whitfield, Willow Smith, Darrell Foster, April Grace.
Sortie salles France: 19 Décembre 2007. U.S: 14 Décembre 2007
FILMOGRAPHIE: Francis Lawrence est un réalisateur américain, né le 26 Mars 1971 à Vienne en Autriche. 2005: Constantine. 2007: Je suis une Légende. 2011: De l'eau pour les Eléphants. 2013: Hunger Games: l'Embrasement. 2014: Hunger Games, la Révolte (part 1). 2015: Hunger Games: la Révolte (Part 2). 2018 : Red Sparrow. 2022 : La Petite Nemo et le Monde des rêves. 2023 : Hunger Games : La Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur. 2025 : Marche ou crève. 2026 : Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson.
Troisième adaptation du roman de Matheson, Je suis une légende n’est pas le blockbuster formaté que l’on pouvait redouter malgré une tête d’affiche taillée pour séduire les ados. Porté par un Will Smith d’une sobriété étonnante, presque nue, dans son humanisme déchu, le film privilégie une relecture post-apo intimiste, pudique dans son émotion. Celle d’un scientifique englouti par la solitude, dernier New-Yorkais depuis qu’un virus a décimé 90 % de la population mondiale. Sa seule compagnie : son chien. Ensemble, ils arpentent des quartiers fantômes à la recherche d’un improbable survivant. Mais à la tombée de la nuit, des infectés assoiffés de sang émergent de leurs tanières pour éradiquer toute trace humaine.
Avec ses décors d’urbanisation décharnée et son climat feutré presque palpable, Je suis une légende joue la carte de la désolation dans un réalisme rigoureux. Vidé de toute présence humaine - du moins dans sa première partie - le film diffuse un silence trouble, lancinant, malgré la parole souvent laconique de son héros. Observer l’amertume d’un survivant condamné à la solitude, réduit à bavarder avec des mannequins de vitrine, illustre cruellement le besoin fondamental de l’homme : vivre avec les autres, échanger, exister dans le regard d’autrui. Quant à la tendresse qu’il voue à son chien, elle révèle, dans un ultime sursaut, l’instinct d’affection et d’amitié comme dernier rempart contre l’effondrement. En privilégiant une atmosphère monocorde, Francis Lawrence, artisan au savoir-faire solide, nous fait partager cet isolement jusque dans l’intimité de sa demeure. Régulièrement, Neville se réfugie au sous-sol pour expérimenter sur des contaminés, cherchant obstinément un vaccin salvateur.
Sans jamais céder à la gratuité de l’esbroufe, le réalisateur entretient un climat d’angoisse saisissant lorsque le héros affronte les mutants dans les souterrains obscurs de la ville. Sa manière expectative de télescoper suspense, tension et terreur frontale se voit renforcée par la vélocité rapace de ces créatures de l’ombre, furtives et mortelles, surgissant la nuit pour traquer leur proie. Si les effets numériques auraient gagné à plus de rugosité - une texture parfois trop lisse - ils restent néanmoins très impressionnants, notamment dans la physionomie émaciée des infectés et leur brutalité incontrôlée, que l’on redoute avec une appréhension presque panique. La seconde partie, plus psychologique mais tout aussi captivante, desserre légèrement l’étau avec la rencontre d’une survivante et de son fils. Entre le défaitisme de Robert et l’aspiration d’Anna, le film privilégie leur rapport conflictuel avec pudeur, ouvrant la voie à l’héritage d’un monde nouveau, voire à une évolution humanisée des mutants - dans l’épilogue originel souhaité par Lawrence. À l’inverse, la version cinéma, axée sur le sens du sacrifice, peut aussi être défendue : je la trouve plus belle, plus émouvante, dans une dramaturgie à la fois digne et concise.
En plaçant l’humain au cœur de son récit, Francis Lawrence réactualise ce classique de l’anticipation avec une humilité poignante - parfois bouleversante - tout en s’autorisant des pics de tension réellement anxiogènes, jusqu’à l’effroi, dans une action homérique salutaire. L’esthétique post-apo d’un New York délabré s’avère hautement expressive, nous immergeant dès le prélude dans un mutisme glacé. Une noble leçon d’humanité, au fond, que cette relecture nerveuse et fouillée, attentive aux tourments spirituels et scientifiques de ses personnages. Une œuvre fragile et lumineuse, avec un cœur qui bat, comme le démontre de manière dépouillée Will Smith inopinément émouvant dans son trauma personnel.
— le cinéphile du cœur noir 🖤
3èx. 15.01.26. Vostf




Consultation des mails, mug de café, un coup d’œil sur le film du jour de Bruno ce grand malade qui arrive à regarder un film par jour ! comment fait-il ? Surtout qu'après il rédige une petite bafouille amoureuse pleine de gros mots du dictionnaire sur le sujet ! ^^
RépondreSupprimerJ'aime bien ce film même si son intensité émotionnelle va en diminuant malgré un bref sursaut final...une sorte de conformisme latent contamine (infecte ?) progressivement le métrage et fait ressembler le héros à un "conservateur des valeurs"(comme Robinson) plutôt qu'à un véritable survivant..l'ampleur de sa désocialisation est éludée (ce mot là, je te le pique) en dix minutes puisqu'en définitive notre héros a réussi à sauvegarder l'essentiel de son humanité en respectant à la fois son intégrité physique et celle de son foyer.
Quoiqu'il en soit pour sa première partie intrigante, sa représentation d'un New York post-apo particulièrement réussie, sa caractérisation solide, la prestation sympathique de Will Smith..ce film reste un bon divertissement.
A demain Bruno.
lol Laurent ton comm surtout ça : "Surtout qu'après il rédige une petite bafouille amoureuse pleine de gros mots du dictionnaire sur le sujet ! ^^"
RépondreSupprimerUn conservateur des valeurs ? Qui ne croit pas en dieu en tous cas et qui offre sa vie en sacrifice (dans la version salles) !
Et il fait sauter son foyer et lui même Laurent ! lol
RépondreSupprimerOui c'est vrai à la fin il y a ce sacrifice qui est intéressant puisque la seule valeur qu'il a abandonnée en cours de route, c'est la foi.
RépondreSupprimerCe qui est dommage c'est la manière dont est géré le moment où le personnage vacille vraiment, après la mort du dernier membre de sa famille, son chien, c'est un peu vite traité.
Mais attention je dis pas que c'est un film réactionnaire (c'est moi qui dit des gros mots sur ce coup là et des très gros) et je pinaille mais c'est parce que j'adore les films Post-Apo.