jeudi 20 février 2014

Le Moulin des Supplices / Il Mulino delle donne di pietra

                                         Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site creadoresimagenes.blogspot.com

de Giorgio Ferroni. 1960. Italie. 1h35 (version italienne intégrale). Avec Pierre Brice, Dany Carrel, Scilla Gabel, Wolfgang Preiss, Herbert A. E. Bohme, Marco Guglielmi, Liana Orfei, Olga Solbelli.

Sortie salles France: 5 Septembre 1962

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Giorgio Ferroni (né le 12 avril 1908 à Pérouse et mort le 17 août 1981 à Rome) est un réalisateur et scénariste italien. 1939: Terre de feu. 1946: Sans Famille. 1960: Le Moulin des Supplices. 1961: La Guerre de Troie. 1961: Les Bacchantes. 1963: Hercule contre Moloch. 1964: Le Colosse de Rome. 1965: Le Dollar Troué. 1968: 2 pistolets pour un lâche. 1971: La Grande Chevauchée de Robin des Bois. 1972: La Nuit des Diables. 1975: Le dur... le mou... et le pigeon.


Grand classique transalpin Ă  la croisĂ©e de l'Homme au masque de cire et des Yeux sans Visage, le Moulin des Supplices est un bijou gothique aussi raffinĂ© que les cĂ©lèbres illustrations de Bava. Le pitch: Hans, apprenti sculpteur, part Ă  Amsterdam pour rencontrer le professeur Wahl. L'homme est propriĂ©taire d'un moulin reconverti en musĂ©e de cire et cohabite avec un mĂ©decin et sa propre fille. Gravement malade, cette dernière ne peut supporter la moindre contrariĂ©tĂ© au risque d'en perdre la vie. Depuis l'arrivĂ©e du jeune inconnu, elle jette son dĂ©volu sur la passion amoureuse. Mais leur relation va vite se transformer en cauchemar depuis que Hans Ă©prouve des sentiments pour une autre femme. Futur rĂ©alisateur d'un autre classique aussi flamboyant (la Nuit des Diables), Giorgio Ferroni prouva dĂ©jĂ  avec le Moulin des Supplices qu'il fut capable de transcender l'Ă©pouvante Ă  travers un esthĂ©tisme gothique macabre. Car en affiliant la tragĂ©die, la romance impossible et l'horreur sĂ©culaire, le rĂ©alisateur peaufine au possible une ambiance aussi mĂ©lancolique que doucereusement Ă©trange (Ă  l'instar des sculptures de pierre qui ornent le moulin).


Qui plus est, avec l'apparition ensorcelante de la comĂ©dienne italienne Scilla Gabel littĂ©ralement habitĂ©e par ses expressions d'angoisse et de crainte, le film adopte des allures de conte Ă©lĂ©giaque. Car dans la peau de Elfie, elle nous rĂ©vèle ici une sombre prĂ©sence de trouble beautĂ© en suscitant une aura magnĂ©tique lorsqu'elle s'enflamme Ă  dĂ©clarer son amour pour l'ĂŞtre aimĂ©. Mais son engagement auprès du jeune Hans dĂ©coule d'une profonde souffrance impartie Ă  sa solitude dans l'antre du moulin, notamment sa maladie incurable dont elle ignore les aboutissants. Si la première partie du film laisse transparaĂ®tre une romance envoĂ»tĂ©e, les choses vont rapidement dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es lorsque Hans deviendra le pion d'une terrible machination. Ainsi, en combinant hallucinations et rĂ©alitĂ©, le rĂ©alisateur sème le doute dans l'esprit du spectateur depuis que notre hĂ©ros n'est plus apte Ă  discerner la part de vĂ©ritĂ©. PassĂ© ce suspense latent admirablement entretenu durant plus de la moitiĂ© du film, les rĂ©vĂ©lations vont enfin pouvoir nous dĂ©voiler l'Ă©trange collaboration que prĂ©serve le professeur avec son adjoint mĂ©decin. Et donc en abordant les thèmes de l'amour possessif, de l'obsession et de la folie, Giorgio Ferroni y  structure une magnifique tragĂ©die d'Ă©pouvante Ă  la fois dĂ©sespĂ©rĂ©e et morbide de par sa scĂ©nographie de mannequins putrĂ©fiĂ©s et son intensitĂ© dramatique en crescendo, quand bien mĂŞme l'archĂ©type du savant fou y renoue ses exactions lors d'accès de dĂ©mence davantage ingĂ©rables. 


Classique impĂ©rissable de souche italienne oĂą l'amour fou se mĂŞle Ă  la cruautĂ© morbide, Le Moulin des Supplices honore l'Ă©pouvante gothique Ă  travers sa mise en scène attentionnĂ©e, ses Ă©clairages sĂ©pia au climat mortifère et le jeu transi d'Ă©moi de sa distribution photogĂ©nique. Un Chef-d'oeuvre au sens Ă©purĂ©. 


*Bruno
13.01.20.
09.06.23
5èx

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