mardi 16 février 2016

SUBURRA

                                                                                 Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmosphere.com

de Stefano Sollima. 2015. Italie/France. 2h15. Avec Pierfrancesco Favino, Greta Scarano, Jean-Hugues Anglade, Elio Germano, Alessandro Borghi, Giulia Gorietti, Lidia Vitale, Claudio Amendola.

Sortie salles France: 9 décembre 2015. Italie : 14 octobre 2015

FILMOGRAPHIE: Stefano Sollima, né le 4 mai 1966 à Rome, est un cinéaste et réalisateur italien. FILMS: 2012: A.C.A.B.: All Cops Are Bastards. 2015: Suburra. SERIES TV: Un posto al sole - soap opera (2002), La squadra - série TV, 7 épisodes (2003 - 2007), Ho sposato un calciatore - mini série (2005),
Crimini - série TV, épisodes Il covo di Teresa, Mork et Mindy et Luce del nord (2006 - 2010)
Romanzo criminale, 22 épisodes (2008 - 2010). Gomorra, 12 épisodes (2014 - 2015).


Révélé par le film A.C.A.B. et les séries TV, Romanzo Criminale et Gomorra, Stefano Sollima n'en finit plus de prouver l'étendue de son talent avec une nouvelle bombe sépulcrale, Suburra. D'une puissance émotionnelle rigoureuse pour les revirements impromptus des vendettas criminelles (on ne devine jamais quel est la prochaine victime à trépasser et par qui elle sera exécuté !), l'intrigue retrace avec souci de réalisme et de limpidité le déclin en chute libre de clans mafieux se disputant le projet de casinos parmi la complicité véreuse d'un parlementaire et d'un cardinal. Ou comment la mort par overdose d'une mineure va déclencher chez eux une dérive d'exactions revanchardes depuis la culpabilité d'un politique. Fort d'une mise en scène épurée et d'une bande-son stylisée constamment ensorcelante, Suburra nous immerge de plein fouet dans cet univers vénéneux où chacun des témoins tentent d'accéder à la suprématie avec une détermination intraitable. L'emploi de la violence chez la nouvelle génération s'avérant notamment désordonnée et d'une cruauté sans limite dans leurs pulsions de rancoeur et d'allégeance. A cet égard, les éclairs de violence poisseuse qui traversent le récit font preuve d'une crudité acérée quand bien même une certaine fascination malsaine s'en extrait sans sombrer dans la complaisance.


Chaque exĂ©cution n'Ă©tant que le vecteur des consĂ©quences tragiques d'une rĂ©action en chaĂ®ne de vendetta mafieuse. Si l'intrigue Ă©culĂ©e a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© maintes fois exploitĂ©e dans les classiques du genre que Scorcese, De Palma, Mann et Coppola ont su optimiser avec quintessence, Stefano Sollima parvient Ă  renouveler les codes grâce Ă  la virtuositĂ© de sa rĂ©alisation d'une prĂ©cision mĂ©tronome, son rĂ©alisme brut, sa tension alerte et Ă  l'autoritĂ© viscĂ©rale de comĂ©diens criants de vĂ©ritĂ©. Des sales gueules burinĂ©es au pouvoir de sĂ©duction infaillible dans leur posture orgueilleuse Ă  se disputer la mise d'une transaction pharaonique. TĂ©nĂ©breuse lorsque la ville d'Ostie nous est reprĂ©sentĂ©e comme un dĂ©dale tentaculaire corrompu par le Mal, Suburra fait appel au lyrisme par sa puissance dramatique en ascension, puis Ă  l'onirisme dĂ©senchantĂ© lorsque les hommes rĂŞvent d'un Eden inaccessible quand bien mĂŞme les femmes dĂ©pendent de leur machisme avant que l'une d'elle n'entreprenne une riposte. Sous l'impulsion vaniteuse de ces tĂ©moins tributaires de leur dĂ©chĂ©ance vĂ©nale, Suburra fascine et hypnotise nos sens avec une vigueur Ă©motionnelle vertigineuse. Car on ne compte plus les scènes d'anthologie tantĂ´t sensuelles (sexe et mort s'uniformisent lors d'un triolisme), tantĂ´t criminelles (la fusillade dans le supermarchĂ©, la poursuite en voiture, Spoil ! la mort d'un rival sous les yeux impuissants de son amie fin du Spoil) que Stefano Sollima transcende au grĂ© d'une charpente narrative souvent inopinĂ©e par ces ripostes furibondes.


Vision hallucinĂ©e et crĂ©pusculaire d'un univers de corruption proche du chaos (le prĂ©ambule nous averti dĂ©jĂ  d'une fatale apocalypse et la chronologie journalière des Ă©vènements dramatiques va confirmer la prophĂ©tie !), Suburra dĂ©peint le venin du pouvoir par le biais du sexe et de l'argent. Un monde de dĂ©chĂ©ance humaine oĂą chacun des rupins lâches, cyniques, pleutres et insidieux vont payer le prix fort de leur insolence mĂ©galo. Fort d'une bande-son Ă©lectrisante appuyant un lyrisme dĂ©senchantĂ©, ce polar mafieux confine irrĂ©mĂ©diablement au chef-d'oeuvre opĂ©ratique par son rĂ©alisme aussi poisseux que stylisĂ© et sa distribution au charisme fĂ©lin Ă©trangement sĂ©ducteur. 



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