"Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street" de Tim Burton. 2007. U.S.A/Angleterre. 1h56. Avec Johnny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Edward Sanders, Jamie Campbell Bower, Timothy Spall, Jayne Wisener
Sortie salles France: 23 janvier 2008. U.S: 21 Décembre 2007
FILMOGRAPHIE: Timothy William Burton, dit Tim Burton, est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 25 Août 1958 à Burbank en Californie. 1985: Pee-Wee Big Adventure. 1988: Beetlejuice. 1989: Batman. 1990: Edward aux mains d'argent. 1992: Batman, le Défi. 1994: Ed Wood. 1996: Mars Attacks ! 1999: Sleepy Hollow. 2001: La Planète des Singes. 2003: Big Fish. 2005: Charlie et la Chocolaterie. 2005: Les Noces Funèbres. 2007: Sweeney Todd. 2010: Alice au pays des Merveilles. 2012: Dark Shadows. 2012: Frankenweenie. 2014: Big Eyes. 2016 : Miss Peregrine's Home for Peculiar Children.
D’après un roman publiĂ© en 1846 par Malcolm Rymer et Thomas Peckett, Sweeney Todd s’inspirerait des exactions d’un vĂ©ritable serial killer : un barbier ayant sĂ©vi Ă Paris au XIVᵉ siècle avec la complicitĂ© d’un pâtissier installĂ© en face de son Ă©choppe, lequel cuisinait des pâtĂ©s en croĂ»te Ă partir des cadavres livrĂ©s par son acolyte. AdaptĂ©e au fil du temps au cinĂ©ma, en tĂ©lĂ©film, en radiophonie et en théâtre — de 1847 jusqu’en 2006 -, la lĂ©gende rĂ©apparaĂ®t en 2007 sous la forme d’une comĂ©die musicale horrifique sous la houlette de Tim Burton. Ă€ la vision d’un tel spectacle, Ă la fois iconoclaste et hardcore, on se demande encore comment le cinĂ©aste a pu convaincre Hollywood de financer pareille entreprise. Burton ne lĂ©sine pas sur les gerbes de sang, offrant des Ă©gorgements d’un rĂ©alisme tranchant, tout en orchestrant une fable de vengeance, de romance et de folie. Le film retrace le sombre destin de Benjamin Barker, barbier londonien emprisonnĂ© quinze ans pour un motif dĂ©risoire par la cruautĂ© d’un juge vĂ©reux, Ă©pris de sa femme. Devenu Sweeney Todd, et Ă©paulĂ© par une pâtissière spĂ©cialiste des tourtes Ă la viande, il prĂ©pare sa terrible revanche contre le juge Turpin (impeccable Alan Rickman, entre orgueil tranquille et cruautĂ© dĂ©complexĂ©e), tout en espĂ©rant retrouver son Ă©pouse prisonnière de cet imposteur.
ÉmaillĂ© de mĂ©lodies Ă©clectiques chantonnĂ©es avec emphase par une troupe habitĂ©e, Sweeney Todd oscille sans cesse entre comĂ©die et horreur pure, brassant des Ă©motions d’une austĂ©ritĂ© funèbre. PortĂ© par un apparat gothique - dĂ©cors expressionnistes, costumes endeuillĂ©s, photo dĂ©saturĂ©e, reconstitution criante de vĂ©ritĂ© - le film enivre la vue, guidĂ© par le duo maudit Todd/Mrs. Lovett. Johnny Depp incarne avec froideur hiĂ©ratique un barbier mĂ©lancolique rongĂ© par une rancune incurable, tandis qu’Helena Bonham Carter oppose une sensualitĂ© trouble, complice secrètement amoureuse dont le regard vĂ©nĂ©neux insuffle une sournoiserie subtile. Si l’intrigue dramatique sacrifie le suspense Ă la mĂ©canique implacable de la vengeance, le film sĂ©duit et effraie par son ambiance hybride, quasi indicible, oĂą la violence barbare se mĂŞle Ă une galerie d’âmes corrompues. Le rĂ©alisme du climat opaque - parfois dĂ©pressif - dĂ©concerte, d’autant que la tournure cruelle des Ă©vĂ©nements ne laisse place Ă aucune illusion. La folie du barbier est retranscrite sans romantisme, jusqu’Ă l’issue nihiliste de l’Ă©pilogue qui laisse sans voix.
Tour Ă tour baroque et sardonique, profondĂ©ment malsain et sordide, romantique et tragiquement cruel, Sweeney Todd s’impose comme un spectacle horrifique hallucinĂ©, alliant l’ivresse des numĂ©ros musicaux Ă la sauvagerie d’un ultra-gore Ă couper au rasoir. Refusant le divertissement ludique, Tim Burton cisèle avec une virtuositĂ© technique un ofni inclassable, convoquant Ă la fois l’hĂ©ritage du muet et la modernitĂ© de l’horreur graphique. Par son climat onirico-macabre, aussi mĂ©phitique qu’envoĂ»tant, le film prĂ©vient d’emblĂ©e le spectateur : son aura vitriolĂ©e ne laisse pas indemne. Ĺ’uvre magnifique, mais traversĂ©e d’un dĂ©sespoir mĂ©lancolique en perdition morale, elle laisse dans la bouche une amertume dramatique difficile Ă digĂ©rer sitĂ´t le gĂ©nĂ©rique clos.
Public averti.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir
2èx. 29.08.25. Vost




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