"Year of the Dragon" de Michael Cimino. 1985. U.S.A. 2h14. Avec Mickey Rourke, John Lone, Ariane Koizumi, Leonard Termo, Victor Wong, Dennis Dun, Raymond J. Barry
Sortie salles France: 13 novembre 1985. U.S: 16 août 1985
FILMOGRAPHIE: Michael Cimino est un réalisateur, scénariste et producteur américain, né le 3 février 1939 à New-York.
1974: Le Canardeur. 1978: Voyage au bout de l'enfer. 1980: La Porte du Paradis. 1985: L'Année du Dragon. 1987: Le Sicilien. 1990: La Maison des Otages. 1996: The Sunchaser. 2007: Chacun son cinéma - segment No Translation Needed.
Grand polar des années 80 qui redora le blason de Michael Cimino après le four financier de La Porte du paradis, L'Année du dragon est l’occasion singulière de tailler une carrure antipathique à un héros réactionnaire.
Souhaitant à tout prix alpaguer un baron de la drogue au sein du quartier de Chinatown, Stanley White nous est décrit comme un capitaine ingrat, inscrit dans un individualisme forcené. Un chien fou aux méthodes expéditives, qui entraînera des dommages collatéraux auprès de son entourage, quand bien même son rôle d’époux infidèle le réduit à l’état de goujat incorrigible. C’est d’ailleurs durant ce désordre conjugal qu’il extériorise sa colère sur le terrain, avant de se réconforter maladroitement dans les bras d’une séduisante journaliste.
Dans une subtile structure narrative, à la manière d’un opéra aux accents lyriques, Michael Cimino dépeint la situation chaotique d’une cité urbaine où trafics et exactions de triades sont savamment planifiés. Au sein de cette pègre intouchable, commanditée par le magnat Joey Tai, Stanley White s’est juré de nettoyer les quartiers de cette vermine en provoquant orgueilleusement son ennemi juré.
Prenant grand soin d’ausculter le profil torturé d’un flic sur la dérive, Cimino accorde beaucoup de crédit à nous familiariser avec son quotidien conjugal afin de renforcer l’intensité des enjeux et de nous alerter sur sa responsabilité morale face aux conséquences criminelles qu’il engendre.
Par son incapacité à se remettre en question ("J’aimerais devenir un type sympa, mais je ne sais pas comment faire !" s’exclamera-t-il dans la conclusion), sa prétention et son arrogance à provoquer la mafia, émergent une série d’affrontements punitifs dont White et Tai seront les principaux instigateurs.
Dans sa fonction irritable de flic rageur, Mickey Rourke explose une fois de plus l’écran, endossant la carrure pugnace d’un justicier aux confins de la folie. Sa volonté constante d’éradiquer à tout prix les trafiquants donne lieu à des pugilats sanglants que Cimino orchestre avec virtuosité. Une violence âpre, insufflant par ailleurs une intensité dramatique rigoureuse, notamment dans le sacrifice des innocents.
Par son rythme haletant, mais aussi ses plages d’accalmie mettant en lumière la caractérisation fébrile et tourmentée des protagonistes, L'Année du dragon déploie sa trajectoire sous le prisme d’une dimension humaine désespérée.
Chemin de croix d’un jeune loup suicidaire dans sa soif de justice et de vendetta, L'Année du dragon transfigure avec brio imperturbable le portrait peu recommandable d’un représentant de l’ordre sur le fil du rasoir. Par le biais de sa déchéance morale, de sa responsabilité assumée et de son courage burné, Michael Cimino y dénonce l’impossible déracinement d'une emprise mafieuse implantée sur un territoire étranger. D’un réalisme opaque dans sa facture, aussi épique que poignant, ce chef-d’œuvre du polar séduit également par son éclatante modernité (à l’instar de l’énergie rageuse de ses séquences d’action).
— le cinéphile du cœur noir 🖤




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