vendredi 4 mai 2018

FASCINATION

                                               Photo empruntĂ©e sur Google, appartenant au site filmaffinity.com

de Jean Rollin. 1979. France. Avec Brigitte Lahaie, Franca Maï, Jean-Marie Lemaire, Fanny Magier, Évelyne Thomas, Sophie Noël, Muriel Montossé.

Sortie salles France: 2 Janvier 1980 (int - 18 ans)

FILMOGRAPHIE: Jean Michel Rollin, Roth Le Gentil est un réalisateur, producteur et scénariste français, né le 3 novembre 1938 à Neuilly-sur-Seine (France), décédé le 15 Décembre 2010.
1958 : Les Amours jaunes, 1961 : Ciel de cuivre, 1963 : L'Itinéraire marin, 1964 : Vivre en Espagne, 1965 : Les Pays loin, 1968 : Le Viol du vampire, 1969 : La Vampire nue, 1970 : Le Frisson des vampires, 1971 : Requiem pour un vampire, 1973 : La Rose de fer, 1974 : Les Démoniaques, 1975 : Lèvres de sang, 1978 : Les Raisins de la mort, 1979 : Fascination,1980 : La Nuit des traquées, 1981 : Fugues mineures (Les Paumées du petit matin, 1981 :Le Lac des morts vivants (sous le pseudonyme de J. A. Lazer), 1982 : La Morte vivante, 1984 :Les Trottoirs de Bangkok, 1985 : Ne prends pas les poulets pour des pigeons (sous le pseudonyme de Michel Gentil), 1989 : Perdues dans New York, 1990 : La Griffe d'Horus(TV), 1991 : À la poursuite de Barbara, 1993 : Killing Car, 1997 : Les Deux Orphelines vampires, 2002 : La Fiancée de Dracula, 2007 : La Nuit des horloges, 2010 : Le Masque de la Méduse.


ConsidĂ©rĂ© comme un vulgaire tâcheron dans les annĂ©es 70 et 80 puis peu Ă  peu reconnu comme un auteur chez une communautĂ© de fans, principalement en Angleterre, Jean Rollin est bel et bien le franc-tireur atypique que la France bien pensante a souvent occultĂ©. Faute du jeu amateur de ses interprètes, de sa mise en scène au budget plus que prĂ©caire et de ses histoires sans queue ni tĂŞte. Et pourtant, de par sa sincĂ©ritĂ© et son amour pour le cinĂ©ma Ă©rotico-fantastique, son goĂ»t pour l'esthĂ©tisme onirique (tant auprès d'un environnement naturel feutrĂ©, de ses nymphettes en position lascive que des bâtisses et monuments gothiques superbement Ă©clairĂ©s), Jean Rollin nous aura lĂ©guĂ© une dizaine de films inĂ©gaux souvent fascinants, voir mĂŞme envoĂ»tants Ă  travers leur charme permĂ©able quasi indicible. Ce qui survient Ă  point nommĂ© avec Fascination, l'une de ses oeuvres les plus accessibles et rĂ©ussies illustrant avec une dĂ©licate attention la prise d'otage d'un truand auprès de deux lesbiennes domestiques confinĂ©es dans leur château.


Tandis qu'un peu plus tard, les rĂ´les seront amenĂ©s Ă  s'inverser lorsqu'une confrĂ©rie de convives fĂ©minines frapperont Ă  leur porte afin d'entamer leur liturgie annuelle. Etrange, vĂ©nĂ©neux, magnĂ©tique, ensorcelant auprès de tĂŞtes d'affiches charnelles n'hĂ©sitant pas Ă  se dĂ©vĂŞtir dans leur plus simple appareil, Fascination constitue une invitation au fantasme opaque chez des misandres d'une audace aussi insidieuse que licencieuse. Jean Rollin recourant Ă  l'expectative de cette fameuse procession rĂ©unissant au sein du salon de gentes dames Ă  la fois aguicheuses, interlopes et provocatrices. Quand bien mĂŞme au prĂ©alable nous aurions fait connaissance avec deux châtelaines (la sublime Brigitte Lahaie très Ă  l'aise en aguicheuse effrontĂ©e et Franca MaĂŻ, fraĂ®chement naturelle en gouvernante ambivalente) prises Ă  parti avec un malfaiteur rĂ©solument machiste. Comme de coutume chez Rollin, le jeu théâtral de sa distribution et ses ellipses narratives semĂ©es d'incohĂ©rences et maladresses peuvent de prime abord rebuter le spectateur non averti. Pour autant, la franche sincĂ©ritĂ© de ces interprètes Ă©tonnamment attachants (jeu de soumission/domination autour d'une guerre des sexes) et sa succession de sĂ©quences Ă©tranges conçues sur l'emprise lubrique et la violence morbide nous magnĂ©tisent l'esprit auprès d'une scĂ©nographie stylisĂ©e, et ce en dĂ©pit de ces dĂ©cors limitĂ©s. Le tout accompagnĂ© d'une contribution musicale lancinante de Philippe d'Aram se prĂŞtant Ă  merveille au climat fantastique d'une aura sensiblement indolente.


Fantasmatique, baroque et enivrant parmi la synergie de l'Ă©rotisme et de l'horreur (on y taille les victimes Ă  la grande faux !), Fascination recourt Ă  l'expĂ©rience cinĂ©gĂ©nique hors norme de la part d'un artiste fĂ©ru de ces actrices et d'un cadre naturel flirtant avec le gothisme polisson. Et ce Ă  travers un thème majeur du genre (dont je tairais l'indice mĂŞme si on y devine facilement son dĂ©nouement) traitĂ© Ă  la fois avec une certaine originalitĂ© et une ambition auteurisante. Une perle du genre donc au vĂ©nĂ©neux pouvoir de sĂ©duction si bien qu'Ă  la revoyure il semble aussi prĂ©gnant qu'Ă  l'Ă©poque de sa (discrète) sortie. 

* Bruno
2èx

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