de Richard Fleischer. 1973. U.S.A. 1h37. Avec Charlton Heston, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten, Brock Peters, Paula Kelly, Edward G. Robinson.
Sortie en Salles: 19 Avril 1973 (New-York), 9 Mai 1973 (Etats-Unis), 26 Juin 1974 (France)
FILMOGRAPHIE: Richard Fleischer est un réalisateur américain né le 8 décembre 1916 à Brooklyn, et décédé le 25 Mars 2006 de causes naturelles. 1952: l'Enigme du Chicago Express, 1954: 20 000 lieux sous les mers, 1955: les Inconnus dans la ville, 1958: les Vikings, 1962: Barabbas, 1966: le Voyage Fantastique, 1967: l'Extravagant Dr Dolittle, 1968: l'Etrangleur de Boston, 1970: Tora, tora, tora, 1971: l'Etrangleur de Rillington Place, 1972: Terreur Aveugle, les Flics ne dorment pas la nuit, 1973: Soleil Vert, 1974: Mr Majestyk, Du sang dans la Poussière, 1975: Mandingo, 1979: Ashanti, 1983: Amityville 3D, 1984: Conan le destructeur, 1985: Kalidor, la légende du talisman, 1989: Call from Space.

Le pitch :
En 2022, l’avenir du monde vacille. Surpopulation, pollution, rĂ©chauffement climatique, famines et crise du logement prĂ©cipitent l’humanitĂ© vers une ultime alternative. Le Soleil Vert — ou bleu, ou rouge — dĂ©signe une tablette alimentaire synthĂ©tique Ă base de plancton, censĂ©e enrayer la famine. Mais derrière ce produit de consommation prolifique se dissimule un secret terrifiant. C’est ce que dĂ©couvrira, au pĂ©ril de sa vie, un flic obtus enquĂŞtant sur la mort suspecte d’un directeur de production.
Un an après Les Flics ne dorment pas la nuit, polar fiĂ©vreux, Richard Fleischer bascule vers la science-fiction et nous tend l’un des miroirs les plus glaçants du devenir de notre humanitĂ©, en s’inspirant d’un roman de Harry Harrison. OvationnĂ© au Festival d’Avoriaz, Soleil Vert rĂ©sonne aujourd’hui avec une acuitĂ© dĂ©rangeante par ses thĂ©matiques politiques, Ă©cologiques et sociales, portĂ©es par une intensitĂ© Ă©motionnelle inconsolable. Visionnaire dĂ©faitiste, Fleischer nous immerge dès le gĂ©nĂ©rique dans une atmosphère fuligineuse, dĂ©roulant via images d’archives le dĂ©veloppement industriel des mĂ©galopoles, de l’aube du XXe siècle jusqu’Ă notre Ă©poque. Un flot d’instantanĂ©s blafards, insalubres, claustrophobes, dĂ©versant leur fatalisme : surpopulation et pollution en lente dĂ©gĂ©nĂ©rescence.

Cette prophĂ©tie d’entrĂ©e est exacerbĂ©e par la partition mĂ©lancolique de Fred Myrow, qui souligne l’Ă©chec de dirigeants prĂ©occupĂ©s par leurs profits plutĂ´t que par le salut de la planète. Parmi les foules pressĂ©es dans des citĂ©s dĂ©labrĂ©es, Soleil Vert happe d’emblĂ©e Ă la gorge, son esthĂ©tique cauchemardesque saisissant le spectateur par sa cruditĂ© sensorielle. Sous couvert d’une enquĂŞte criminelle feutrĂ©e, le film explore la routine morne de Robert Thorn, flic opiniâtre partageant son appartement avec le vieux Sol Roth, jusqu’Ă ce que l’un et l’autre lèvent le voile sur une machination inavouable. Avec une sobriĂ©tĂ© brutale, Fleischer dessine un New York diaphane, suffocant, filtrĂ© d’un vert maladif, et provoque un effroi tant moral que viscĂ©ral.
Au cĹ“ur de ce cauchemar, une scène : celle, Ă©difiante, oĂą Sol offre Ă son jeune acolyte la possibilitĂ© de goĂ»ter aux plaisirs d’antan. Une feuille de salade, quelques tomates juteuses, une tranche de bĹ“uf, une pomme rouge. Leur complicitĂ© douce-amère, tissĂ©e de regards affamĂ©s, exhale une Ă©motion aigre, poignante, face Ă la mĂ©moire d’un monde rĂ©volu oĂą manger avait encore un goĂ»t de fertilitĂ©. Cette scène, improvisĂ©e Ă la demande de Charlton Heston et Edward G. Robinson, n’en est que plus bouleversante dans son humanitĂ©.
Plus engagĂ© que jamais, Fleischer lance un cri d’alarme Ă©colo, et frappe juste. Son avenir caniculaire est despotique et phallocrate. Les femmes sont battues, rĂ©duites Ă l’Ă©tat de « mobilier », objets de location. Les pauvres s’entassent sur les marches et dans les Ă©glises, privĂ©s de sommeil, d’avenir. Les forces de l’ordre, impitoyables, ramassent les contestataires Ă la pelleteuse pour les entasser dans des camions-bennes comme du bĂ©tail. Pendant ce temps, les Ă©lites jouissent dans leurs pavillons climatisĂ©s : eau chaude, nourriture, alcool, sexe, hygiène Ă volontĂ©. Quant Ă la faune et Ă la flore, elles ne subsistent plus que dans les souvenirs tremblants des anciens, quand ils ne prĂ©fèrent pas le suicide Ă la dĂ©sillusion.
Éprouvant, malsain, sans échappatoire, Soleil Vert nous laisse hébétés, exsangues, comme après une commotion cérébrale.
*Bruno27.09.19. 4èx
26.07.11. 240 v
Récompenses: Grand Prix au Festival d'Avoriaz en 1974.
Prix du meilleur film de science-fiction (Saturn Award), lors de l'Académie des films de science-fiction, fantastique et horreur en 1975.
Note: Edward G. Robinson, qui venait de clôturer son 101ème dernier film, mourut en janvier 1973 (rongé par un cancer) peu après la fin du tournage, alors que Soleil vert n'était pas encore présenté au public.



Il fait partie des films qui m'ont marqué, et dans les rares que je peux revoir
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