jeudi 14 janvier 2021

Les Choses de la Vie. Prix Louis-Delluc, 1969

                                                       Photo empruntée sur Google, appartenant au site Imdb.com

de Claude Sautet. 1970. France. 1h25. Avec Michel Piccoli, Romy Schneider, Lea Massari, Jean Bouise, Gérard Lartigau, Boby Lapointe.

Sortie salles France: 13 Mars 1970

FILMOGRAPHIE: Claude Sautet, né le 23 février 1924 à Montrouge (Seine) et mort le 22 juillet 2000 dans le 14e arrondissement de Paris, est un scénariste et réalisateur français. 1951 : Nous n'irons plus au bois (court-métrage). 1955 : Bonjour sourire (non crédité comme scénariste). 1960 : Classe tous risques. 1965 : L'Arme à gauche. 1970 : Les Choses de la vie. 1971 : Max et les Ferrailleurs. 1972 : César et Rosalie. 1974 : Vincent, François, Paul... et les autres. 1976 : Mado. 1978 : Une histoire simple. 1980 : Un mauvais fils. 1983 : Garçon ! 1988 : Quelques jours avec moi. 1991 : Un cœur en hiver. 1995 : Nelly et Monsieur Arnaud.

"Avoir sous les yeux la triste preuve de l'extrême fragilité de l'existence rend soudain exaltant le sentiment d'être encore en vie."

La vie, l'amour, la mort. Tels sont les thèmes œcuméniques que nous évoque l'immense réalisateur Claude Sautet, un des plus grands auteurs du cinéma français dont on ne peut se lasser de revoir ses classiques de par sa faculté à nous immerger dans les tourments de ses personnages fragiles avec un réalisme qui n'appartient qu'à lui. Ainsi, la trame nous évoque l'interrogation perplexe de Pierre, architecte quadragénaire séparé de son épouse depuis sa rencontre avec Hélène. Or, il décide depuis quelques temps de s'éloigner de cette dernière pour des raisons indécises. Et ce au point de vouloir lui écrire une lettre pour mettre un terme à leur liaison déclinante qu'Hélène a bien du mal à accuser dans sa condition délaissée. Mais avant de la lui adresser, et alors qu'il empreinte une route nationale à bord de son véhicule, un camion calé à l'intersection d'une chaussée lui cause l'accident fatal. Semi-comateux sur un lit de pelouse, il se remémore son passé sentimental auprès des deux compagnes de sa vie. 

De par son climat austère et son réalisme clinique quasi documenté, Les Choses de la vie pourrait aujourd'hui paraître un peu difficile d'accès auprès d'un jeune public non préparé. Son rythme languissant (surtout avant l'accident), ses décors parfois blafards et le jeu si particulier du grand Michel Piccoli dans sa fonction assez orgueilleuse peuvent entraîner un sentiment un peu déconcertant auprès d'une frange du public. Pour autant, de par la présence divine de Romy Schneider fidèle à sa nature radieuse et sensuelle et son cheminement narratif traité de manière résolument personnelle (notamment auprès de cet anthologique crash automobile filmé de l'habitacle), les Choses de la Vie instaure un climat d'étrangeté tantôt doucereux, tantôt morbide (une aura mortuaire plane sur les épaules de Piccoli lors de ses pensées internes parfois hallucinogènes). Et ce au point de nous susciter un sentiment de fascination indicible. Sautet, réfractaire aux conventions, nous immergeant de manière subjective dans les pensées de la victime avec un réalisme aussi trouble qu'onirique. Les Choses de la vie traitant de l'importance du jour présent par le biais du spectre de la mort que Piccoli côtoie sans appréhension particulière. Tant et si bien que l'on reste figé d'émotions brutes de décoffrage lors de sa déchirante conclusion au point de ne pas en sortir indemne. Les Choses de la Vie s'offrant à nous telle une leçon existentielle à travers notre égoïsme, notre fierté et notre ego de s'opposer parfois à la réconciliation pour des raisons triviales. 

A la fois étrange, hermétique, onirique, cruel et mélancolique (appuyé de l'inoubliable mélodie lancinante de Philippe Sarde) entre quelques bribes (solaires) de tendresse et d'insouciance, les Choses de la Vie peut faire office d'ovni spirituel à travers sa réflexion sur le temps s'étiolant inexorablement au point d'en omettre notre (extrême) fragilité existentielle. Du grand cinéma d'auteur d'une dignité humaine davantage sensorielle (notamment auprès de la pudeur des regards en berne passée la tragédie) au point de quitter l'écran dans un état d'amertume aussi démuni que désenchanté. Mais en traversant le cap de cette destinée mortuaire, les Choses de la vie nous offre surtout le désir de se remettre en question à travers nos sentiments préjudiciables d'amour-propre, d'instabilité et d'insatisfaction.  

*Bruno

Récompense: Prix Louis-Delluc, 1970

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