samedi 27 janvier 2024

Dogman

                                                       Merci Ă  Thierry Savastano pour l'affiche 

de Luc Besson 2023. France. 1h53. Avec Caleb Landry Jones, Lincoln Powell, Jonica T. Gibbs, Christopher Denham, Clemens Schick, Grace Palma, John Charles Aguilar, Alexander Settineri, Michael Garza.

Sortie salles France: 27 Septembre 2023.

FILMOGRAPHIE: Luc Besson est un rĂ©alisateur, producteur, et scĂ©nariste français nĂ© le 18 mars 1959 Ă  Paris. 1983: Le Dernier combat, 1985: Subway, 1988: Le Grand Bleu, 1990: Nikita, 1991: Atlantis, 1994: LĂ©on, 1997: Le 5è Ă©lĂ©ment, 1999: Jeanne d'Arc, 2005: Angel-A, 2006: Arthur et les Minimoys, 2009: Arthur et la vengeance de Maltazard, 2010: les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, Arthur 3, la guerre des 2 mondes, 2011: The Lady. 2013 : Malavita. 2014 : Lucy. 2017: ValĂ©rian et la Ville aux mille planètes. 2019 : Anna. 2023 : DogMan. 
Besson, la rĂ©surrection. 

                                 "Partout oĂą il y a un malheureux, Dieu envoie un chien."
                                  Lamartine. 

On n'y croyait tellement plus au fil des dĂ©cennies Ă©coulĂ©es, je craignais tant le produit sirupeux sombrant involontairement dans la semi-parodie que j'ai finalement optĂ© pour une projo matinale en lieu et place de "Dernière SĂ©ance" nocturne. Or, Ă  l'arrivĂ©e, et en dĂ©pit d'un 1er quart d'heure sur le fil du rasoir (il faut un temps d'adaptation et de familiaritĂ©), une dĂ©chirure interne causĂ©e auprès de son arc en ciel final imprĂ©gnĂ© de spiritualitĂ©, mode lyrisme Ă©lĂ©giaque. Une sĂ©quence anthologique Ă  marquer d'une pierre blanche pour ceux qui ont su ouvrir leur coeur face Ă  cette odyssĂ©e humaine incongrue (fatalement) en perdition. Un immense moment d'Ă©motion donc et de fragilitĂ© aigue comme rarement Luc Besson su nous le retranscrire dans son autonomie intime (si on excepte sans doute Le Grand Bleu et LĂ©on) sous l'impulsion d'un acteur habitĂ© par ses Ă©corchures morales dĂ©nuĂ©es de fioriture. Dogman s'appuyant beaucoup sur sa profondeur de jeu dĂ©pouillĂ© n'implorant nullement la pitiĂ©, la sinistrose ou le pathos de comptoir. Caleb Landry Jones vivant son personnage apatride au grĂ© d'une dĂ©tresse morale tacite car impassible, introverti Ă  exhiber ouvertement ses douleurs intimes tant il se refuse Ă  Ă©mouvoir le spectateur (et son auditrice congĂ©nère !) pour la trivialitĂ© d'une Ă©motion programmĂ©e. Sa prĂ©sence aussi luminescente que profondĂ©ment tragique suscitant chez nous un terrible attachement fĂ©brile pour autant inscrit dans la dignitĂ© de par sa condition dĂ©soeuvrĂ©e/misanthrope impartie Ă  l'inconsolable solitude que nous ressentions dans la rĂ©serve car en pudeur contenue. Or, quoi de plus fidèle et loyale que la rassurante prĂ©sence du chien pour s'Ă©chapper de l'enfer qu'il se partage en masse au sein de son taudis douillet. 

                                            

Et si l'intrigue s'avère simpliste autant que lunaire et surprenante, elle tire justement parti de son charme, de sa fantaisie (musicale), de son excentricité enjouée et de son innocence communicative en cette icone marginale épaulée de ses compagnons retors. Des seconds-rôles canins insensés car admirablement (ou plutôt "justement") dirigés, qui plus est par un Luc Besson infiniment inspiré, attentionné, amoureux, lucide, clairvoyant à donner chair à ceux-ci et à sa narration entre sensibilité épurée et poésie surréaliste que l'on adoube sans s'en rendre compte. Et c'est bien là la grande force de ce conte féérique meurtri que de vivre au sens large sa folle histoire, que de nous conter ses étreintes fraternelles, entre poésie, humour, éclairs de violence et plages de tendresse. Le chemin de croix d'un laissé-pour-compte abdiqué par l'homme mais se façonnant un semblant de vie autrement plus tolérable, respirable, supportable parmi la protection de ses chiens envoyés du ciel. Et donc ne puisant un sens à son existence qu'en leur fidèle présence soumise à sa noble autorité qu'ils acceptent pour tenir lieu de sacerdoce, Douglas Munroe nous relate (à nous et à son auditrice afro) sa trajectoire morale avec une nonchalance taiseuse criante de vérité effacée quitte à me répéter. Son expressivité à la fois si tangible, responsable et discrète invitant à l'humilité dans sa mansuétude que son auditrice consulte avec une étonnante attention humaine de par leur commune douleur familiale, sociétale qu'ils se partagent en contradiction d'éthique.

Voilà, Dogman est donc à mes yeux, grâce aussi à sa modeste simplicité si payante un (gros) coup de coeur, un cri du chant aussi (splendide hommage nostalgique à Edith Piaf !) autant qu'un cri du coeur issu de Besson, parce que peut-être son oeuvre la plus fragile, tourmentée et personnelle. Et pour ce retour en grâce dénué d'opportunisme et encore moins de cynisme, je ne peux que te remercier Luc de m'avoir triturer le coeur tous azimuts (bon Dieu quel déchirant final scintillant que je serai incapable d'omettre !) auprès de ta dramaturgie salvatrice émaillée d'émotions exaltées. Et bon sang je me rends compte à terme que tu m'a bien manqué depuis toutes ses décennies infructueuses (tant ciné que pour nos rapports humains en perdition que tu dénonces à ciel ouvert avec une sensibilité lestement / fructueusement infantile). Une oeuvre malade en somme car écorchée vive, magnifique tout simplement.

*Bruno

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