vendredi 2 janvier 2026

Halloween Ends de David Gordon Green. 2022. U.S.A. 1h51.

                     (Crédit photo : image trouvée via Google, provenant du site Imdb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)

"Haddonfield ou la fabrique des monstres."

Je n’aurais pas misé un clopé, tant il m’aura fallu près de trois ans d’hésitation pour enfin le découvrir. Autant dire que la surprise n’en fut que plus grande.

Halloween Ends de David Gordon Green est, à mes yeux, une proposition audacieuse à contre emploi de son inutile précédant opus, et surtout une conclusion remarquable à une saga trop souvent prisonnière de ses propres automatismes (on taille dans le bide toutes les 15 minutes, on connait le refrain). Un film plus adulte, plus posé, plus contemplatif, qui préfère le malaise psychologique à la surenchère tapageuse.


Ici, le cœur du récit ne bat pas uniquement dans l’ombre de Michael Myers, mais dans les fractures intimes de Laurie, dans le deuil irrésolu de sa fille, et surtout dans le destin tragique de Corey. Corey, victime avant d’être bourreau. Un homme brisé dès un prologue glaçant, percutant, où l’accident devient une condamnation sociale. La population le désigne, l’isole, l’empoisonne du regard. En lui gronde une rage sourde, une colère injuste, née du rejet et de l’humiliation. Le film capte attentivement cette lente déchéance psychologique, ce glissement progressif vers la violence, jusqu’à la contamination du mal, dans une réalisation circonspecte traversée de séquences chocs d'une rare brutalité. 

Michael Myers, quant à lui, n’est plus qu’une ombre figée, réfugiée dans les égouts, diminuée, presque mourante. Une figure spectrale, un principe plus qu’un corps. Et c’est là toute l’audace de cette passionnante confrontation : le mal ne disparaît pas, il se transmet. Corey s’en inspire, s’en nourrit, s’en rapproche. Une passation trouble, vénéneuse, où Myers observe, accompagne, tue encore parfois, mais n’est plus l’unique moteur. Le mal circule, s’infiltre, se propage, jusqu'à éclabousser l'écran sanguinolent. 


Le film est également porté par des interprétations impliquées qui ont plaisir à vivre ce qu'elles jouent. Jamie Lee Curtis, magistrale, livre une Laurie Strode fatiguée, endeuillée, mais décidée à vivre autrement grâce à sa rébellion de dernier ressort. Sa fille endossée par Andi Matichak est tout aussi sobrement convaincante même si secondaire, tout comme l’acteur Rohan Campbell incarnant Corey, habité par une violence intérieure palpable, douloureuse, presque contagieuse. Chaque regard pèse, chaque silence compte dans un climat insécure plutôt malsain, lâche et acrimonieux.

Halloween Ends est donc aussi un film atmosphérique, magnifiquement photographié, parsemé de clins d’œil au Halloween originel de John Carpenter, jamais gratuits, toujours respectueux. Une œuvre qui prend le temps, qui installe, qui dérange et qui fait même parfois peur à travers la figure spectrale d'un Michael Myers monolithique, ange de la mort impassible en proie à un ultime sursaut criminel. 


Malgré les critiques, je persiste : c’est non seulement une excellente conclusion, mais de loin l’un des meilleurs opus de toute la saga. Un portrait meurtrier en reflet de miroir, un film noir et violent qui accepte que tout ait une fin, que les monstres vieillissent et meurent, mais que la peur change de visage - et que l’horreur la plus profonde naisse parfois du regard des autres.

"Tout a une fin" (?)
Halloween Ends montre avec courage, humilité et audace (en désacralisant le mythe) comment une société parano fabrique son propre monstre jusqu'au trône de la célébrité. Car tant que la peur, la violence et la haine collective existent, le mal trouvera toujours un corps. Ad vitam Aeternam.
 

— le cinéphile du cœur noir 🖤

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