"Haddonfield ou la fabrique des monstres."
Je n’aurais pas misĂ© un clopĂ©, tant il m’aura fallu près de trois ans d’hĂ©sitation pour enfin le dĂ©couvrir. Autant dire que la surprise n’en fut que plus grande.
Halloween Ends de David Gordon Green est, à mes yeux, une proposition audacieuse à contre emploi de son inutile précédant opus, et surtout une conclusion remarquable à une saga trop souvent prisonnière de ses propres automatismes (on taille dans le bide toutes les 15 minutes, on connait le refrain). Un film plus adulte, plus posé, plus contemplatif, qui préfère le malaise psychologique à la surenchère tapageuse.
Ici, le cĹ“ur du rĂ©cit ne bat pas uniquement dans l’ombre de Michael Myers, mais dans les fractures intimes de Laurie, dans le deuil irrĂ©solu de sa fille, et surtout dans le destin tragique de Corey. Corey, victime avant d’ĂŞtre bourreau. Un homme brisĂ© dès un prologue glaçant, percutant, oĂą l’accident devient une condamnation sociale. La population le dĂ©signe, l’isole, l’empoisonne du regard. En lui gronde une rage sourde, une colère injuste, nĂ©e du rejet et de l’humiliation. Le film capte attentivement cette lente dĂ©chĂ©ance psychologique, ce glissement progressif vers la violence, jusqu’Ă la contamination du mal, dans une rĂ©alisation circonspecte traversĂ©e de sĂ©quences chocs d'une rare brutalitĂ©.
Michael Myers, quant Ă lui, n’est plus qu’une ombre figĂ©e, rĂ©fugiĂ©e dans les Ă©gouts, diminuĂ©e, presque mourante. Une figure spectrale, un principe plus qu’un corps. Et c’est lĂ toute l’audace de cette passionnante confrontation : le mal ne disparaĂ®t pas, il se transmet. Corey s’en inspire, s’en nourrit, s’en rapproche. Une passation trouble, vĂ©nĂ©neuse, oĂą Myers observe, accompagne, tue encore parfois, mais n’est plus l’unique moteur. Le mal circule, s’infiltre, se propage, jusqu'Ă Ă©clabousser l'Ă©cran sanguinolent.
Le film est Ă©galement portĂ© par des interprĂ©tations impliquĂ©es qui ont plaisir Ă vivre ce qu'elles jouent. Jamie Lee Curtis, magistrale, livre une Laurie Strode fatiguĂ©e, endeuillĂ©e, mais dĂ©cidĂ©e Ă vivre autrement grâce Ă sa rĂ©bellion de dernier ressort. Sa fille endossĂ©e par Andi Matichak est tout aussi sobrement convaincante mĂŞme si secondaire, tout comme l’acteur Rohan Campbell incarnant Corey, habitĂ© par une violence intĂ©rieure palpable, douloureuse, presque contagieuse. Chaque regard pèse, chaque silence compte dans un climat insĂ©cure plutĂ´t malsain, lâche et acrimonieux.
Halloween Ends est donc aussi un film atmosphĂ©rique, magnifiquement photographiĂ©, parsemĂ© de clins d’Ĺ“il au Halloween originel de John Carpenter, jamais gratuits, toujours respectueux. Une Ĺ“uvre qui prend le temps, qui installe, qui dĂ©range et qui fait mĂŞme parfois peur Ă travers la figure spectrale d'un Michael Myers monolithique, ange de la mort impassible en proie Ă un ultime sursaut criminel.
MalgrĂ© les critiques, je persiste : c’est non seulement une excellente conclusion, mais de loin l’un des meilleurs opus de toute la saga. Un portrait meurtrier en reflet de miroir, un film noir et violent qui accepte que tout ait une fin, que les monstres vieillissent et meurent, mais que la peur change de visage - et que l’horreur la plus profonde naisse parfois du regard des autres.
"Tout a une fin" (?)
Halloween Ends montre avec courage, humilité et audace (en désacralisant le mythe) comment une société parano fabrique son propre monstre jusqu'au trône de la célébrité. Car tant que la peur, la violence et la haine collective existent, le mal trouvera toujours un corps. Ad vitam Aeternam.
— le cinĂ©phile du cĹ“ur noir đź–¤





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