(Crédit photo : image trouvée via google, provenant du site imb. Utilisée ici à des fins non commerciales et illustratives)
Hier soir, j’ai découvert pour la première fois Tir à vue de Marc Angelo (inconnu au bataillon, bien que titulaire de plusieurs téléfilms et séries TV), avec Laurent Malet, Sandrine Bonnaire, Michel Jonasz et Jean Carmet. Il s’agit d’une petite série B policière totalement oubliée. S’il y a bien un film carrément inhumé, même s’il vient récemment de ressortir en Blu-ray, c’est bien Tir à vue réalisé en 1984.
Et pourtant, nous avons ici affaire à un divertissement d’une violence inopinément âpre. Le film suit la virée sanglante d’un couple de marginaux complètement décervelés, sans morale, lunaires, perchés dans leur propre folie. Marc Angelo les filme avec une désinhibition extravagante, si bien qu’on pense parfois davantage à Tueurs Nés ou à Killing Zoe qu’au classicisme de Bonnie and Clyde.
Ce qui surprend aujourd’hui à la revoyure de ce film assez bien torché, si j’ose dire, c’est surtout son réalisme post-Pialat, son naturalisme urbain typique des années 80, traversé par une violence gratuite, sèche, quasi absurde. Nos deux lurons faussement amoureux ne vivent que dans l’instant présent. Ils brûlent la vie sans jamais envisager les conséquences dramatiques de leurs actes. Car ici, il ne s’agit pas de petits voyous romantiques (ou alors si peu), mais bien de véritables tueurs.
Et justement, Tir à vue frappe fort grâce à cette mise en scène rigoureuse où le réalisme urbain saute aux yeux et fait des étincelles. C’est ce qui donne tout son intérêt à ce polar subversif, inhabituel dans le paysage du cinoche français des années 80 par la brutalité de certaines séquences. On pense même parfois à certains polars italiens d’exploitation tant la violence, impactante, surgit sans prévenir, sans glamour, sans recul moral.
Le film retrace ainsi leur équipée sanglante tandis que deux inspecteurs, incarnés successivement par Jean Carmet et Michel Jonasz, tous deux très convaincants, tentent de les alpaguer. Cela nous conduit à un final toujours aussi violent, rythmé, agressif et profondément désenchanté. On quitte alors le film avec l’impression d’avoir assisté à une sorte de divertissement mal élevé - et ce n’est absolument pas péjoratif - correctement réalisé et surtout remarquablement interprété.
Sandrine Bonnaire, livrée à nu (au propre comme au figuré !) y est complètement éclatée, plus dangereuse encore que son compagnon interprété par Laurent Malet. C’est précisément cette complémentarité, à la fois extravagante, un peu tendre et suicidaire, qui nourrit leur complicité malsaine. Et c’est ce qui nous immerge avec autant d’amertume, de désillusion et de pathétisme dans cette virée sanglante, tant ces personnages apparaissent pitoyables, parfois même volontairement ridicules dans leur manière de vouloir vivre vite à tout prix, jusqu’à fatalement se brûler les ailes.
— Celui du cœur noir des images 🖤




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